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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Au Mali, les soldats fran&#231;ais commencent &#224; &#171; fatiguer &#187; les civils</title>
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		<dc:date>2020-03-07T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En s'attaquant aux djihadistes et en creusant des puits, l'arm&#233;e hexagonale r&#233;pandrait la joie et la prosp&#233;rit&#233; au Sahel. C'est oublier que les civils qui collaborent avec elle s'exposent &#224; d'implacables repr&#233;sailles des groupes arm&#233;s. Quand ce ne sont pas les militaires fran&#231;ais eux-m&#234;mes qui commettent des bavures. Par sa brutalit&#233; et sa maladresse, la France est en train de rater sa &#171; conqu&#234;te des c&#339;urs &#187; maliens. R&#233;cit et t&#233;moignages recueillis sur place. Communiquer sur les succ&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En s'attaquant aux djihadistes et en creusant des puits, l'arm&#233;e hexagonale r&#233;pandrait la joie et la prosp&#233;rit&#233; au Sahel. C'est oublier que les civils qui collaborent avec elle s'exposent &#224; d'implacables repr&#233;sailles des groupes arm&#233;s. Quand ce ne sont pas les militaires fran&#231;ais eux-m&#234;mes qui commettent des bavures. Par sa brutalit&#233; et sa maladresse, la France est en train de rater sa &#171; conqu&#234;te des c&#339;urs &#187; maliens. R&#233;cit et t&#233;moignages recueillis sur place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3269 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH370/-1475-9271a.jpg?1768675654' width='500' height='370' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;ommuniquer sur les succ&#232;s op&#233;rationnels au Sahel, o&#249; elle intervient depuis plus de sept ans pour &#171; traquer &#187; les groupes djihadistes : l'arm&#233;e fran&#231;aise sait faire. Communiquer sur ce que l'on appelle, chez les hommes et les femmes en treillis, les actions civilo-militaires : elle sait faire aussi. Inaugurations de puits r&#233;nov&#233;s par les soldats fran&#231;ais, prise en charge de bless&#233;s, reconstruction d'un march&#233;, organisation de soins infirmiers dans les villages recul&#233;s : tout est bon pour donner une image positive de la pr&#233;sence militaire fran&#231;aise. R&#233;guli&#232;rement, des articles vantant ces actions sont publi&#233;s sur le site du minist&#232;re des Arm&#233;es. L'un d'eux, mis en ligne le 24 f&#233;vrier dernier et consacr&#233; &#224; l'inauguration d'un studio de radio &#224; Gao, au nord du Mali, r&#233;sume l'enjeu : &#171; &lt;i&gt;Les actions civilo-militaires men&#233;es par la force Barkhane et les forces arm&#233;es maliennes b&#233;n&#233;ficient aux populations par la r&#233;alisation de projets de diverses natures &#224; leur profit&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;L'action de la France au Sahel s'inscrit dans une strat&#233;gie d'approche globale qui combine des comp&#233;tences civiles et militaires, ce qui permet de s'attaquer &#224; la fois aux sympt&#244;mes et aux causes de la crise, et d'en optimiser la r&#233;solution.&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit &#233;videmment de &#171; gagner les c&#339;urs et les esprits &#187; des populations des zones concern&#233;es, mais aussi d'envoyer un message aux Fran&#231;ais : &#171; On ne fait pas que la guerre ici, on fait aussi du d&#233;veloppement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; concoct&#233; par l'arm&#233;e et les responsables politiques fran&#231;ais depuis le d&#233;clenchement de l'op&#233;ration Serval en janvier 2013, &#224; laquelle a succ&#233;d&#233; l'op&#233;ration Barkhane en juillet 2014, ne s'embarrasse pas de subtilit&#233;s. L'ennemi est pr&#233;sent&#233; comme un &#171; fou de Dieu &#187; pr&#234;t &#224; mourir pour imposer la charia et s'inscrivant dans un &#171; djihad global &#187; au m&#234;me titre que les assaillants du Bataclan &#224; Paris ou les combattants de l'&#201;tat islamique au Moyen-Orient, alors que de nombreuses &#233;tudes ont d&#233;montr&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es que la plupart des &#171; djihadistes &#187; sah&#233;liens sont en r&#233;alit&#233; guid&#233;s par de tout autres motivations que la religion&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nombre de combattants ont rejoint des groupes djihadistes au Sahel pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et qu'ils sont bien souvent prisonniers d'un choix irr&#233;fl&#233;chi ou d'une mauvaise rencontre. Ce serait en outre une guerre &#171; propre &#187;, sans bavure, sans effusion de sang : dans les communications publiques de l'arm&#233;e, les djihadistes ne sont jamais &#171; tu&#233;s &#187; ou &#171; assassin&#233;s &#187; par des frappes cibl&#233;es, mais toujours &#171; &lt;i&gt;neutralis&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#8211; un euph&#233;misme repris depuis par les alli&#233;s africains de la France. Quant aux populations civiles, elles seraient forc&#233;ment ravies de voir les militaires fran&#231;ais voler &#224; leur secours, comme ce fut effectivement le cas en 2013, lorsqu'ils avaient chass&#233; les groupes djihadistes des villes de Gao, Tombouctou et Kidal, et elles n'en tireraient que des b&#233;n&#233;fices&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est pourtant bien diff&#233;rente sur le terrain. Ces derniers mois, les manifestations antifran&#231;aises se sont multipli&#233;es au Mali, au Burkina Faso et au Niger. &#192; Bamako, &#224; Ouagadougou ou encore &#224; Niamey, des drapeaux fran&#231;ais ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s par des centaines de manifestants r&#233;clamant le d&#233;part des troupes fran&#231;aises. Et contrairement &#224; ce que laissent entendre les militaires interrog&#233;s sur le sujet, qui ne cessent d'assurer que les soldats fran&#231;ais sont toujours les bienvenus dans les zones de guerre, cette vague de col&#232;re contre l'ancienne puissance coloniale ne concerne pas que les capitales. L'apparition des soldats fran&#231;ais est d&#233;sormais de plus en plus mal vue dans les villages et les campements du nord du Mali, de l'ouest du Niger et du nord du Burkina Faso. Elle y inspire la crainte, voire l'irritation, car elle est souvent accompagn&#233;e d'humiliations et de d&#233;sagr&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;M&#233;thodes brutales et arrestations arbitraires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Totalement &#233;trangers aux m&#339;urs locales, les soldats fran&#231;ais agissent en terrain conquis lorsqu'ils m&#232;nent des op&#233;rations dans des villages consid&#233;r&#233;s comme &#171; suspects &#187;. De nombreux t&#233;moins &#233;voquent des m&#233;thodes brutales et irrespectueuses. &#171; &lt;i&gt;Ils arrivent dans un campement arm&#233;s jusqu'aux dents, le visage souvent masqu&#233;, et font sortir tout le monde, y compris les femmes et les enfants, parfois la nuit, parfois en pleine journ&#233;e sous le soleil,&lt;/i&gt; raconte un Touareg de la r&#233;gion de Kidal (nord du Mali). &lt;i&gt;Les enfants sont effray&#233;s par ces hommes qui fouillent les maisons de mani&#232;re brutale, et arr&#234;tent les hommes, sans dire pourquoi. Cette fa&#231;on de faire est tr&#232;s mal v&#233;cue par les gens.&lt;/i&gt; &#187; Lors de ces fouilles, les Fran&#231;ais d&#233;truisent du mat&#233;riel &#8211; il leur arrive notamment de d&#233;chirer des matelas ou de briser des portes en qu&#234;te d'indices &#8211; et subtilisent des biens qui, pour l'arm&#233;e fran&#231;aise, sont jug&#233;s suspects, alors qu'ils repr&#233;sentent bien souvent la seule richesse de ces populations vivant pour la plupart de mani&#232;re semi-nomade. &#171; &lt;i&gt;Pour les Fran&#231;ais, poss&#233;der un t&#233;l&#233;phone ou un fusil est forc&#233;ment suspect. Mais pour nous, ce sont des choses vitales qui assurent notre survie, et cela n'a rien &#224; voir avec les groupes arm&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, explique un habitant de la r&#233;gion du Gourma. Ce dernier s'inqui&#232;te de l'impact que de telles sc&#232;nes peuvent avoir sur les enfants : &#171; &lt;i&gt;Quel effet cela fait, pour un gamin, de voir des dizaines de Robocop qui ne parlent m&#234;me pas sa langue faire sortir femmes et enfants et mettre sens dessus dessous la case, d'apr&#232;s vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/-1473-5b885.jpg?1768675654' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Durant ces &#171; descentes &#187; muscl&#233;es, les soldats fran&#231;ais ne m&#233;nagent pas les civils. &#171; &lt;i&gt;Les djihadistes se cachent parmi les populations. Tout homme est un suspect en puissance. On ne peut pas arriver la fleur au fusil&lt;/i&gt; &#187;, explique un militaire du rang qui a combattu au Mali en 2019. Ils proc&#232;dent en outre &#224; des arrestations qui ne sont que tr&#232;s rarement formalis&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Ils arr&#234;tent des gens sans dire ce qu'ils leur reprochent, puis les remettent aux autorit&#233;s maliennes, qui les envoient en prison pendant des mois, voire des ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, constate Mohamed, un militant des droits humains bas&#233; &#224; Bamako. Ces arrestations &#171; &lt;i&gt;fragilisent les familles, car ce sont les hommes qui rapportent l'argent &#224; la maison&lt;/i&gt; &#187;, ajoute-t-il. Dans le nord du Mali, des dizaines d'hommes ont ainsi &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise ces derni&#232;res ann&#233;es, et remis aux autorit&#233;s maliennes, sans que l'on sache ce qui leur &#233;tait reproch&#233;. Certains ont &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s au bout de plusieurs mois d'enfermement, sans jamais avoir vu un juge ou un avocat. D'autres croupissent toujours dans les prisons de Bamako.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibrahim, un ancien rebelle touareg qui rend r&#233;guli&#232;rement visite &#224; ces prisonniers, ne comprend pas la mani&#232;re de faire des Fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Quand ils sont arriv&#233;s en 2013, ils &#233;taient les bienvenus. Mais aujourd'hui, tout le monde s'en m&#233;fie. Leur strat&#233;gie n'est pas la bonne. Ils travaillent de mani&#232;re opaque, sans passer par les populations. Et ils vous soup&#231;onnent d&#232;s que vous ne collaborez pas avec eux. Ils font comme les djihadistes : ils pensent que si on n'est pas avec eux, c'est qu'on est contre eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; les repr&#233;sailles djihadistes, aucune pr&#233;caution&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand ils ne m&#232;nent pas de fouilles et qu'ils ne proc&#232;dent pas &#224; des arrestations, les Fran&#231;ais sont souvent vus d'un mauvais &#339;il. Leur arriv&#233;e dans un village est fr&#233;quemment synonyme de repr&#233;sailles &#224; venir de la part des djihadistes. &#171; &lt;i&gt;On sait que les Fran&#231;ais ne viennent pas pour nous faire du mal, &lt;/i&gt;explique le chef d'un village du Gourma, dans le centre du Mali. &lt;i&gt;Mais c'est pourtant ce qu'ils font indirectement, car ils ne restent chez nous que quelques jours, ou quelques heures seulement, et lorsqu'ils repartent, les djihadistes reviennent et s'en prennent &#224; tous ceux qui leur ont parl&#233;. Ils ont des espions partout, ils savent tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Sadou Yehia illustre parfaitement ce danger. Le 12 d&#233;cembre 2019, cet habitant du village de L&#233;l&#233;hoy, situ&#233; dans le Liptako-Gourma au Mali, a accord&#233; une interview aux journalistes de France 24 qui filmaient une op&#233;ration de l'arm&#233;e fran&#231;aise dans cette r&#233;gion. Le reportage a &#233;t&#233; diffus&#233; le 13 janvier 2020 par la cha&#238;ne fran&#231;aise. On y voit Sadou Yehia, parfaitement reconnaissable, d&#233;noncer &#224; visage d&#233;couvert l'emprise des djihadistes et notamment les taxes qu'ils imposent aux &#233;leveurs, et donner des informations aux soldats fran&#231;ais en compagnie d'autres notables de la localit&#233;. Trois semaines apr&#232;s la diffusion du reportage, le 8 f&#233;vrier, Sadou Yehia a &#233;t&#233; assassin&#233; par des hommes arm&#233;s. Pour ses proches, il ne fait aucun doute qu'il a &#233;t&#233; tu&#233; parce qu'il a &#233;t&#233; vu &#224; la t&#233;l&#233; en train de collaborer avec les Fran&#231;ais. Dans un communiqu&#233; qui a scandalis&#233; nombre de chercheurs, de journalistes et de militants des droits humains, la cha&#238;ne a ni&#233; toute responsabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Les d&#233;lais importants entre le tournage, la diffusion et l'assassinat montrent le caract&#232;re sp&#233;culatif de ce qui est pr&#233;sent&#233; h&#226;tivement par des commentateurs comme une causalit&#233; certaine.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Dans une zone o&#249; les terroristes savent tout et sur tous, sans d&#233;lai, de la pr&#233;sence des militaires dans les villages &#224; l'identit&#233; des habitants qui leur parlent, rien ne permet d'affirmer que le floutage de Sadou Yehia lui aurait garanti une quelconque s&#233;curit&#233;. Dans ce contexte, l'anonymisation est illusoire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tragique destin de Sadou Yehia est en tout cas venu rappeler la situation tr&#232;s pr&#233;caire de ceux qui collaborent sur le terrain avec les Fran&#231;ais. Quand ils arrivent dans un village, les militaires fran&#231;ais s'entretiennent g&#233;n&#233;ralement avec les notables, &#224; qui ils demandent des informations sur les mouvements des djihadistes et les sites qu'ils fr&#233;quentent. Conscients que ceux-ci les observent, les kakis ne prennent pourtant aucune pr&#233;caution : les discussions se font en ext&#233;rieur, &#224; l'ombre d'un arbre, au vu et au su de tout le monde, et n'importe qui peut y assister. Il est ainsi ais&#233; de savoir qui parle et d'entendre ce qui est dit. &#187; &lt;i&gt;La moindre des choses, dans un contexte comme celui-ci, est de trouver un lieu discret et de discuter avec chaque interlocuteur sans t&#233;moin. Ce sont des r&#232;gles de base&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tonne un militant des droits humains qui arpente la r&#233;gion depuis plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3268 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH364/-1474-1da83.jpg?1768675654' width='500' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs villages du Gourma et du Liptako, deux zones o&#249; l'arm&#233;e fran&#231;aise a multipli&#233; les op&#233;rations ces derniers mois, les djihadistes font r&#233;guli&#232;rement irruption quelques jours apr&#232;s le passage des Fran&#231;ais pour enlever ou tuer ceux qui leur ont parl&#233;, et pour menacer les autres villageois. &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont dit que quand les Fran&#231;ais reviendront, il ne faudra pas leur parler, que s'ils nous voient leur parler, ils nous tueront. Ils nous ont dit aussi qu'ils savent tout ce qui se passe ici&lt;/i&gt; &#187;, raconte un notable d'un village du Gourma r&#233;cemment &#171; visit&#233; &#187; par l'arm&#233;e fran&#231;aise. &#192; L&#233;l&#233;hoy, le village de Sadou Yehia, les djihadistes ont, en guise de repr&#233;sailles, donn&#233; un mois &#224; la population pour quitter les lieux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les djihadistes sont tr&#232;s bien inform&#233;s, &lt;/i&gt;constate un rebelle touareg qui a lui-m&#234;me collabor&#233; avec la France &#224; partir de 2013. &lt;i&gt;Ils disposent de mouchards dans tous les villages des zones o&#249; ils se trouvent. Ceux-ci les informent de tout ce qui se passe, et de tout ce qui se dit. Si un notable se montre trop critique envers les djihadistes sur la place publique, ils le d&#233;noncent. Si un homme parle aux Fran&#231;ais quand ils arrivent sur place, ils le d&#233;noncent. Il est tr&#232;s difficile d'&#233;chapper &#224; leur emprise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : un militaire qui est pass&#233; r&#233;cemment par le Mali admet qu'il est de plus en plus difficile d'obtenir des renseignements. &#171; &lt;i&gt;Quand on arrive, on a souvent affaire &#224; des regards noirs, inquiets, voire hostiles. On n'est plus les bienvenus, c'est clair&lt;/i&gt; &#187;, regrette ce sous-officier qui se dit marqu&#233; par cette d&#233;fiance. Et qui ajoute : &#171; &lt;i&gt;C'est bien de construire des puits, mais si c'est pour que les gens qui sont cens&#233;s en profiter se fassent tuer, &#224; quoi &#231;a sert&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Sur cette probl&#233;matique, point de communiqu&#233; ni m&#234;me de r&#233;ponse &#224; nos questions. L'arm&#233;e retrouve son l&#233;gendaire mutisme : circulez, il n'y a rien &#224; voir d'autre que ce que l'on veut bien montrer aux journalistes &lt;i&gt;embedded&lt;/i&gt;, qui n'ont g&#233;n&#233;ralement aucune libert&#233; de mouvement et sont condamn&#233;s &#224; suivre les instructions des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des civils tu&#233;s par les Fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les victimes indirectes de l'op&#233;ration Barkhane sont nombreuses, il existe &#233;galement quelques cas de victimes directes : des civils tu&#233;s accidentellement par les Fran&#231;ais. Officiellement, en d&#233;pit de l'arsenal utilis&#233; (h&#233;licopt&#232;res de combat, drones arm&#233;s, avions de chasse), il n'y aurait au Sahel aucune bavure commise par l'arm&#233;e fran&#231;aise, et les victimes collat&#233;rales seraient extr&#234;mement rares. La seule fois o&#249; l'arm&#233;e a reconnu &#8211; et encore : &#224; demi-mot &#8211; une faute, c'&#233;tait en juin 2019 : trois civils, dont un mineur, qui se d&#233;pla&#231;aient &#224; bord d'un 4x4 dans la r&#233;gion de Tombouctou avaient &#233;t&#233; abattus par les soldats fran&#231;ais. L'&#233;tat-major des arm&#233;es avait alors diffus&#233; un communiqu&#233; indiquant les circonstances de cette op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;voquait &#171; &lt;i&gt;un v&#233;hicule suspect&lt;/i&gt; &#187; ayant &#171; &lt;i&gt;refus&#233; de se soumettre &#224; un contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187;, des &#171; &lt;i&gt;tirs de sommation&lt;/i&gt; &#187;, le refus d'obtemp&#233;rer du v&#233;hicule et enfin &#171; &lt;i&gt;un tir&lt;/i&gt; &#187; ayant &#171; &lt;i&gt;caus&#233; de fa&#231;on non intentionnelle l'explosion du pick-up&lt;/i&gt; &#187;... Une enqu&#234;te a &#233;t&#233; ouverte &#171; &lt;i&gt;afin de faire toute la lumi&#232;re sur les faits&lt;/i&gt; &#187;. Ses conclusions n'ont pas encore &#233;t&#233; rendues publiques. D'autres bavures ont &#233;t&#233; commises ces derni&#232;res ann&#233;es, sans que l'arm&#233;e fran&#231;aise les reconnaisse. La plus choquante remonte au mois de novembre 2016 : au cours d'une patrouille, des soldats fran&#231;ais avaient tu&#233; un enfant de dix ans, Issouf Ag Mohamed, qui avait &#233;t&#233; charg&#233; par ses parents de ramener des &#226;nes vers leur campement, puis l'avaient enterr&#233; en catimini avant de rentrer &#224; leur base. Sa famille avait retrouv&#233; son corps enseveli le lendemain. D&#232;s le d&#233;but, le minist&#232;re de la D&#233;fense avait tent&#233; d'&#233;touffer l'affaire. Apr&#232;s la publication d'un article sur cette histoire, il avait fini par publier un communiqu&#233; sibyllin reconnaissant les faits, tout en qualifiant l'enfant de &#171; &lt;i&gt;guetteur&lt;/i&gt; &#187; pour le compte des djihadistes, et annon&#231;ant l'ouverture d'une enqu&#234;te de commandement dans le but de v&#233;rifier &#171; &lt;i&gt;les circonstances pr&#233;cises de cette action&lt;/i&gt; &#187;. Celle-ci, dont les r&#233;sultats ont &#233;t&#233; communiqu&#233;s un an plus tard, n'a abouti &#224; aucune sanction. &#171; &lt;i&gt;Le d&#233;c&#232;s de ce mineur est regrettable,&lt;/i&gt; a d&#233;clar&#233; la porte-parole du minist&#232;re des Arm&#233;es, &lt;i&gt;mais l'enqu&#234;te n'a relev&#233; aucune faute individuelle ou collective dans l'usage de la force. Les principes du droit des conflits arm&#233;s ont &#233;t&#233; respect&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Puisque c'est l'arm&#233;e qui nous le dit...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des drones tueurs dans le ciel du Sahel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au Mali, au Niger ou encore au Burkina, l'information n'a pas &#233;chapp&#233; aux habitants des zones dans lesquelles la France m&#232;ne des op&#233;rations militaires : celle-ci dispose d&#233;sormais de drones arm&#233;s, capables de frapper &#224; tout moment. &#171; &lt;i&gt;C'est inqui&#233;tant,&lt;/i&gt; indique le chef d'un village du centre du Mali. &lt;i&gt;Les avions, on les entend venir. Mais les drones, on ne les voit pas, on ne les entend pas, on ne sait pas d'o&#249; ils sortent.&lt;/i&gt; &#187; Longtemps, la France a utilis&#233; ses drones achet&#233;s aux Am&#233;ricains dans le seul but d'obtenir du renseignement : &#233;quip&#233;s de cam&#233;ras, ils n'&#233;taient pas arm&#233;s et servaient essentiellement &#224; faire de la surveillance a&#233;rienne dans le ciel sah&#233;lien. Mais depuis la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re, elle les emploie &#233;galement pour frapper des cibles. Chaque drone dispose de quatre bombes de 250 kg &#8211; les m&#234;mes que celles employ&#233;es par les avions de chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, en France, s'inqui&#232;tent d'une d&#233;rive &#224; l'am&#233;ricaine : depuis une dizaine d'ann&#233;es, les &#201;tats-Unis ont multipli&#233; les frappes de drones en Afghanistan, au Pakistan et au Y&#233;men, faisant de nombreuses victimes civiles. Du c&#244;t&#233; des autorit&#233;s, on assure que la doctrine n'a pas chang&#233;. &#171; &lt;i&gt;L'homme est au centre,&lt;/i&gt; insiste le minist&#232;re des Arm&#233;es. &lt;i&gt;Il le restera. C'est lui qui d&#233;cide. Que ce soit lors du travail de surveillance, de caract&#233;risation des cibles et surtout de la prise de d&#233;cision d'engagement. Le choix de la France est clair : la d&#233;cision de tir d'un drone arm&#233; doit relever d'une d&#233;cision humaine.&lt;/i&gt; &#187; Mais la multiplication des frappes depuis que ces drones tueurs sont employ&#233;s au Sahel inqui&#232;te les populations. Plusieurs sources maliennes affirment que des civils ont &#233;t&#233; tu&#233;s par des bombes fran&#231;aises ces derni&#232;res semaines, dans le Gourma notamment. Ces all&#233;gations sont toutefois tr&#232;s difficiles &#224; v&#233;rifier en raison de l'absence de toute autorit&#233; ainsi que de sources ind&#233;pendantes dans cette zone.&lt;/p&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nombre de combattants ont rejoint des groupes djihadistes au Sahel pour d&#233;fendre leur famille ou leur communaut&#233; face &#224; d'autres groupes arm&#233;s qui les mena&#231;aient. Certains ont &#233;t&#233; s&#233;duits par les promesses d'un avenir meilleur. D'autres avancent une motivation financi&#232;re, les groupes promettant de l'argent &#224; leurs futures recrues. Enfin, certains ont &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s de force. Les travaux de chercheurs et d'ONG consacr&#233;s &#224; leurs motivations sont nombreux. Citons par exemple : &#171; &lt;a href=&#034;https://issafrica.org/fr/recherches/note-danalyse/jeunes-djihadistes-au-mali-guides-par-la-foi-ou-par-les-circonstances&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jeunes &#8220;djihadistes&#8221; au Mali : Guid&#233;s par la foi ou par les circonstances ?&lt;/a&gt; &#187;, ao&#251;t 2016, Institut d'&#233;tudes de s&#233;curit&#233; ; &#171; &lt;a href=&#034;http://journey-to-extremism.undp.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Journey to extremism in Africa : drivers incentives and the tipping point for recruitment&lt;/a&gt; &#187;, 2017, PNUD ; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.fidh.org/IMG/pdf/fidh_centre_du_mali_les_populations_prises_au_pie_ge_du_terrorisme_et_contre_terrorisme.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans le centre du Mali, les populations prises au pi&#232;ge du terrorisme et du contre-terrorisme&lt;/a&gt; &#187;, novembre 2018, FIDH.&lt;/p&gt;
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