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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Te plains pas, tu pourrais bosser &#224; l'usine &#187;</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Pas de patron, pas d'horaires fixes, un fonctionnement horizontal, une cause qui a du sens : le travail associatif n'est souvent pas consid&#233;r&#233; comme un travail. Difficile alors de parler de souffrance au travail, d'exploitation, de rapports de domination, de pr&#233;carit&#233;. La suppression massive des CUI/CAE a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour un monde associatif sous perfusion. Avec leur livre Te plains pas, c'est pas l'usine, paru le 13 mars, deux travailleuses associatives lancent un pav&#233; dans la mare sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pas de patron, pas d'horaires fixes, un fonctionnement horizontal, une cause qui a du sens : le travail associatif n'est souvent pas consid&#233;r&#233; comme un travail. Difficile alors de parler de souffrance au travail, d'exploitation, de rapports de domination, de pr&#233;carit&#233;. La suppression massive des CUI/CAE &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Des contrats vraiment pas aid&#233;s &#187;, CQFD n&#176; 158, octobre 2017.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour un monde associatif sous perfusion. Avec leur livre &lt;i&gt;Te plains pas, c'est pas l'usine&lt;/i&gt;, paru le 13 mars, deux travailleuses associatives lancent un pav&#233; dans la mare sans cracher dans la soupe. Elles y posent cette question simple : et si le travail associatif &#233;tait lui aussi un travail ? Entretien avec l'une des autrices.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH525/-1279-36df6.jpg?1779604282' width='400' height='525' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cherchez-vous &#224; interroger le travail associatif ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On travaille toutes les deux dans des associations et il nous arrivait parfois d'&#234;tre en souffrance. La seule r&#233;ponse qu'on nous opposait, c'&#233;tait que c'&#233;tait li&#233; &#224; un fonctionnement naturel des associations. Par ailleurs, des personnes de nos cercles amicaux, professionnels et militants nous disaient que le probl&#232;me venait plut&#244;t d'un tournant qu'auraient pris les associations en s'alignant sur une logique de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re chose et c'est la plus complexe : dans nos espaces militants, &#224; l'extr&#234;me gauche ou dans les milieux antiautoritaires, beaucoup de personnes, parce que les minimas sociaux ne leur suffisaient plus pour vivre, se sont mises &#224; monter des associations. On ne rejette pas ce mod&#232;le en bloc &#8211; on conclut d'ailleurs le livre en disant que le travail associatif est &#233;videmment moins pire qu'un boulot &#224; l'usine &#8211; mais on a constat&#233; que le fait de monter des associations amoindrit souvent le degr&#233; de subversion des pratiques. &#192; partir du moment o&#249; l'association touche des subventions publiques, elle est inf&#233;od&#233;e aux march&#233;s publics. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'agit-il alors d'une pente glissante ou est-ce intrins&#232;que au fonctionnement associatif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s la cr&#233;ation du statut des associations, en 1901, elles servent &#224; encadrer le mouvement ouvrier qui repr&#233;sente, &#224; l'&#233;poque, un pouvoir subversif fort mettant en danger l'&#201;tat et la production. Proposer aux gens de se monter en association, c'est-&#224;-dire &#234;tre minimum deux personnes, monter un conseil d'administration, s'enregistrer en pr&#233;fecture, c'est de base un moyen de contr&#244;le social. Et puis l'&#201;tat donne de plus en plus de missions aux associations dont il ne peut/veut plus se charger lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, les luttes &#8211; qu'elles soient f&#233;ministes, antipsychiatriques ou antiracistes &#8211; sont progressivement et en partie int&#233;gr&#233;es par le corps associatif. Et cela arrange bien l'&#201;tat. Ce dernier institutionnalise ces mouvements men&#233;s par des militants en poussant &#224; la cr&#233;ation d'associations et en leur octroyant des subventions : c'est toute l'histoire de SOS Racisme. Plus l'&#201;tat conna&#238;t une crise &#233;conomique, plus il s'appuie sur les associations, pour r&#233;pondre &#224; ses propres besoins : &#8220;&lt;i&gt;Cette ann&#233;e, &#231;a sera la d&#233;radicalisation, l'ann&#233;e prochaine, l'&#233;cologie.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente glissante se situe sans doute &#224; cet endroit-l&#224; : les associations ne vivent plus qu'en r&#233;pondant &#224; des &#8220;modes&#8221;. Dans les entretiens que nous avons r&#233;alis&#233;s pour le livre, un salari&#233; nous raconte comment l'association de r&#233;duction des risques li&#233;s &#224; l'usage de stup&#233;fiants dans laquelle il travaille s'est mise &#224; r&#233;pondre &#224; des appels d'offres sur de l'h&#233;bergement de migrants&#8230; alors que ce n'est pas sa mission initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la d&#233;mat&#233;rialisation de la Caisse des allocations familiales (Caf) ou du P&#244;le emploi et la fermeture des accueils, on voit des appels d'offres pour expliquer aux gens comment s'en sortir sur les plateformes num&#233;riques. Ils se s&#233;parent d'un personnel fonctionnaris&#233; pour se tourner vers des travailleurs associatifs. Cette main-d'&#339;uvre est moins ch&#232;re et sa mission se termine en m&#234;me temps que son contrat. Elle est aussi beaucoup moins prot&#233;g&#233;e : il n'y a pas de convention collective des associations ni de r&#233;el corps associatif. Du moins pas en tant que corps de m&#233;tier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on &#224; proprement parler d'exploitation dans le secteur associatif comme le souligne le sous-titre du livre&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'exploitation en milieu associatif &#187;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut pas parler &#8220;d'exploitation&#8221; au sens propre du terme : il n'y a pas d'extorsion de la plus-value au d&#233;triment du travailleur. Dans le cadre des associations, on ne produit rien. Et c'est aussi pour &#231;a qu'on a du mal &#224; parler de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; lorsqu'on parle du monde associatif. Ce que &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; la plus grande partie du secteur associatif, c'est de la paix sociale, de la culture, un monde plus tranquille pour permettre la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, il n'y a pas de patron. Il y a un directeur ou une directrice qui, dans les petites et moyennes associations, n'a souvent pas un salaire vraiment plus &#233;lev&#233; que les autres salari&#233;s, mais qui organise le travail et prend des d&#233;cisions. C'est aussi pour cela que le cadre est flou. Par ailleurs, il existe une ambigu&#239;t&#233; entre le patron et le conseil d'administration &#8211; constitu&#233; uniquement de b&#233;n&#233;voles cens&#233;s prendre les d&#233;cisions techniques et politiques, alors qu'ils sont souvent tr&#232;s &#233;loign&#233;s de la r&#233;alit&#233; du terrain. Bref, tu touches un salaire, tu es en partie dirig&#233; par des gens qui n'en ont pas, ton patron te dit qu'il n'est pas vraiment patron... Au final, qui est vraiment ton interlocuteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai donneur d'ordre, c'est finalement l'&#201;tat. Si tu bosses beaucoup, c'est aussi parce que tu dois boucler un appel &#224; projet propos&#233; par la Ville. Si tu n'y r&#233;ponds pas &#224; temps, la Ville te coupe les subventions, tu perds ton poste. Le patron associatif est triple : le directeur, le conseil d'administration et les pouvoirs publics. Et aucun ne s'identifie comme ton donneur d'ordre r&#233;el. Les rapports de pouvoir sont alors tr&#232;s diffus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce flou rend donc la lutte des salari&#233;s associatifs pour am&#233;liorer leurs conditions de travail plus compliqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, tu ne sais pas vraiment contre qui tu luttes. R&#233;cemment, une quinzaine d'associations d'aide et d'accueil aux r&#233;fugi&#233;s dans le Nord-Est parisien se sont mises en gr&#232;ve du fait des conditions d'exercice de leur travail. On leur coupe leurs subventions tout en leur demandant de pallier les manquements de l'&#201;tat et en leur envoyant r&#233;guli&#232;rement les flics. C'est complexe de refuser de servir &#224; bouffer parce que tu es en gr&#232;ve pour d&#233;noncer tes conditions de travail, mais celles-ci seront toujours moins merdiques que les conditions de vie des gens qui vivent l&#224;. Cela cr&#233;e un sentiment de culpabilit&#233; &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il y a l&#224; quelque chose de difficilement avouable dans le secteur associatif : tu dois lutter pour la cause, pas pour am&#233;liorer tes conditions de travail ni sauvegarder ton emploi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel lien entretient le monde associatif avec l'&#233;conomie et le march&#233; du travail ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'associatif, c'est le secteur priv&#233; non marchand. Par exemple, notre &#233;diteur est dans le priv&#233; non marchand. Pourtant, il vend ce bouquin. Le discours dominant qui place les associations en dehors de l'&#233;conomie est faux. Par ailleurs, tu retrouves les m&#234;mes contrats que dans le priv&#233; : les CDI, les CDD utilis&#233;s massivement pour &#8220;accroissement temporaire de l'activit&#233;&#8221;. Et puis il y a tous les contrats de merde : les CDII (contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e intermittent) sur le mod&#232;le des CDI de chantier : tu es cens&#233; &#234;tre tout le temps disponible pour une mission, mais tu n'as jamais de fixe. Et il y a aussi les sp&#233;cificit&#233;s de l'associatif : les CUI/CAE, les PEC&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parcours emploi comp&#233;tences.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et les emplois francs... Chaque gouvernement a propos&#233; ses mod&#232;les, ses sigles, qui sont en r&#233;alit&#233; toujours des variables d'ajustement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi tous les boulots qui ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme de l'emploi, du type service civique et b&#233;n&#233;volat&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour les services civiques, il n'y a pas d'encadrement dans le temps. Tu peux travailler 35 comme 40 heures puisque ce n'est pas cens&#233; &#234;tre du travail, mais du volontariat. Le volontariat, c'est une mission que tu fais pour le sens, contre non pas une r&#233;mun&#233;ration, mais une gratification. La grande id&#233;e du volontariat, c'est l'engagement. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est ce qui comble la suppression des emplois aid&#233;s et le manque de postes de salari&#233;s. La ministre Muriel P&#233;nicaud a d'ailleurs conseill&#233; aux associations, au moment de la suppression des emplois aid&#233;s, de se tourner vers les services civiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services civiques sont parfois des personnes dipl&#244;m&#233;es, engag&#233;es, plut&#244;t blanches issues de la classe moyenne qui esp&#232;rent trouver un emploi p&#233;renne &#224; l'issue de leur service. Mais ce dispositif permet aussi &#224; l'&#201;tat, sous couvert d'engagement, de g&#233;rer ce qu'il appelle les &#8220;exc&#233;dentaires&#8221; : recaser les pauvres, sans dipl&#244;mes, issus des quartiers. Un public qui ne fait pas &#231;a par engagement &#8211; non pas parce qu'il serait moins engag&#233; que les autres &#8211; mais bien parce que c'est le seul boulot auquel il peut pr&#233;tendre. On a rencontr&#233; un habitant d'un quartier populaire qui avait plus de responsabilit&#233;s que certains salari&#233;s et g&#233;rait m&#234;me leur planning alors qu'ils sortaient tous de masters d'&#233;conomie sociale et solidaire. Lui &#233;tait en service civique, tout &#231;a pour 530 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a la question du b&#233;n&#233;volat. Qui est b&#233;n&#233;vole ? Qui peut se permettre de donner du temps &#224; une association ? Pour comprendre, on s'est appuy&#233;es sur les recherches de la sociologue du travail Maud Simonet, qui d&#233;finit trois cat&#233;gories de b&#233;n&#233;voles. Il y a d'une part les retrait&#233;s, d'autre part des gens qui donnent du temps en esp&#233;rant un emploi &#224; la clef, et enfin, les b&#233;n&#233;voles contraints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re cat&#233;gorie est compos&#233;e de gens qui donnent du temps contre des miettes ou qui font &#231;a pour ne plus &#234;tre harcel&#233;s par la Caf ou le P&#244;le Emploi. D'ailleurs, de nombreuses collectivit&#233;s locales exp&#233;rimentent le fait de conditionner les minimas sociaux au temps b&#233;n&#233;vole consacr&#233; &#224; une association. Dans ce type de b&#233;n&#233;volat, on retrouve aussi les TIG (travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral). Ce ne sont &#233;videmment pas les m&#234;mes t&#226;ches que dans du volontariat : elles sont bien plus d&#233;gradantes et abrutissantes. Les services civiques de ramassage des d&#233;chets dans les quartiers en sont une bonne illustration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous abordez aussi la question du travail pair, par exemple un usager de drogue salari&#233; dans une association de r&#233;duction des risques. Ce statut constitue-t-il aussi une variable d'ajustement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne d&#233;nonce pas le travail pair en soi. Il est &#233;videmment important que les personnes concern&#233;es puissent devenir travailleuses sociales. Ce qu'on constate par contre, c'est que les travailleurs pairs n'ont souvent pas le m&#234;me statut en interne dans les associations. Soit formellement : ils sont moins pay&#233;s parce que non dipl&#244;m&#233;s. Soit socialement : ils ne sont pas convi&#233;s aux r&#233;unions d'&#233;quipe, ils ne prennent pas part aux d&#233;cisions importantes. On note dans nos entretiens que certaines personnes sont recrut&#233;es pour donner une image un peu &#8220;marginale&#8221; &#224; l'association, donc vendeuse aupr&#232;s des pouvoirs publics. Et encore une fois, on constate des situations aberrantes, notamment le cas d'une personne b&#233;n&#233;vole dans une association depuis des lustres et qui se retrouve &#224; faire une p&#233;riode d'essai pour avoir un emploi aid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur pair est surtout pr&#233;sent dans le travail social, type r&#233;duction des risques, travailleuses du sexe. On t'embauche parce que tu vas nous faire accepter dans les squats de toxicos, dans la rue avec les putes, dans la cit&#233;. Mais on te fera toujours sentir qu'il ne faut pas trop monter. Une personne en service civique pour une association d'aide aux devoirs dans un quartier nous a confi&#233; qu'une fois son service termin&#233;, l'association lui a demand&#233; de continuer sa mission, mais gratuitement, parce qu'il connaissait bien les familles. &#8220;&lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, &#231;a les arrange bien que j'aie un pied dans les deux camps&lt;/i&gt;&#8221;, nous a-t-il dit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous proposez le concept d' &#187; id&#233;ologie du d&#233;vouement &#187;. Peut-on finalement parler, dans le cadre du travail associatif, d'auto-exploitation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;vouement, c'est l'huile dans les rouages de la machine associative. Il est d'abord bas&#233; sur le rapport aux b&#233;n&#233;ficiaires. Et il y a aussi celui qui repose sur la peur de mal faire son travail. Comme tu es pr&#233;caire, que tes coll&#232;gues et la structure le sont aussi, tu devras bosser davantage pour r&#233;pondre &#224; des appels &#224; projet dans un domaine auquel tu ne connais peut-&#234;tre rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a l'aspect relationnel et c'est surtout le cas dans les petites structures. Ton directeur peut &#234;tre ton ami et tu sais qu'il a su&#233; pour monter sa structure et la faire vivre. Mais cette proximit&#233; peut parfois cr&#233;er une sorte de mythologie de la grande famille et du &#8220;&lt;i&gt;On donne des heures pour que le monde aille mieux&lt;/i&gt;&#8221;. Comme le travail associatif n'est pas consid&#233;r&#233; comme un vrai travail, tu peux bien faire 40 ou 50 heures par semaine, ne jamais voir tes heures suppl&#233;mentaires pay&#233;es puisque c'est avant tout un d&#233;vouement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment alors lutter dans le secteur associatif ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne peut pas y avoir de lutte victorieuse dans le secteur associatif sauf &#224; d&#233;truire le secteur associatif, ce qui n'est pas notre objectif : on continue &#224; &#234;tre travailleuses associatives et &#224; bouffer gr&#226;ce &#224; lui. Et puis ce n'est jamais en prenant une lutte sectorielle qu'on met &#224; mal tout un syst&#232;me. La lutte contre la suppression des CUI/CAE en 2017 &#233;tait assez bord&#233;lique. Des communiqu&#233;s r&#233;unissaient des gens du CNEA (le syndicat des patrons associatifs) qui vantent les bienfaits des contrats aid&#233;s dans le cadre de la r&#233;insertion, et des gens oppos&#233;s &#224; ce type de contrats pr&#233;caires, mais qui luttaient simplement pour sauvegarder leur poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la m&#234;me absurdit&#233; lors d'une action de tractage devant un CRIJ (Centre r&#233;gional information jeunesse) pour une journ&#233;e de &#8220;&lt;i&gt;recrutement de service civique&lt;/i&gt;&#8221;. Les personnes dans un parcours d'engagement recevaient plut&#244;t bien notre discours, mais on a eu des r&#233;actions parfois violentes de la part des autres, des gal&#233;riens, ceux qui n'&#233;taient pas l&#224; par choix. &#199;a dit bien toute l'ambigu&#239;t&#233; des luttes dans ce secteur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous esp&#233;rez lib&#233;rer une parole en sortant ce bouquin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On esp&#232;re d'abord que les travailleurs associatifs seront soulag&#233;s de lire que ce qu'ils vivent est v&#233;cu par d'autres gens. L&#224;-dessus, le livre &lt;i&gt;Nous n'irons plus pointer chez Ga&#239;a, jours de travail &#224; Kokopelli&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions du Bout de la ville, 2017. &#192; ce sujet, lire l'entretien &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; nous a beaucoup marqu&#233;es, car la souffrance dans le travail associatif est souvent inavouable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, le secteur associatif est tr&#232;s avant-gardiste et a beaucoup inspir&#233; les techniques de &lt;i&gt;team building&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;n&#233;o-management&lt;/i&gt; aussi via la pr&#233;carisation des contrats ou le recours au volontariat. Des bo&#238;tes priv&#233;es du secteur marchand proposent dor&#233;navant du volontariat, le SNU (Service national universel) surfe &#224; fond sur l'id&#233;ologie de l'engagement et la d&#233;fense des valeurs, comme pour le service civique. Il nous faut plus que jamais penser ces nouvelles formes de travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Te plains pas, c'est pas l'usine&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;, de Lily Zalzett et Stella Fihn, est publi&#233; chez les camarades de &lt;a href=&#034;https://nieteditions.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Niet &#201;ditions&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Des-contrats-vraiment-pas-aides' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Des contrats vraiment pas aid&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 158, octobre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'exploitation en milieu associatif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Parcours emploi comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions du Bout de la ville, 2017. &#192; ce sujet, lire l'entretien &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Kokopelli-c-est-fini' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Kokopelli, c'est fini...&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;155, juin 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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