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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Zakaria Zubeidi et les fant&#244;mes de la deuxi&#232;me Intifada</title>
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		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s'&#233;vadent de la taule de Gilboa, dans le nord d'Isra&#235;l, apr&#232;s avoir creus&#233; un tunnel &#224; l'aide de cuill&#232;res. Parmi eux, une c&#233;l&#233;brit&#233; : Zakaria Zubeidi. L'homme vient de J&#233;nine et c'est dans le soul&#232;vement des camps que s'est forg&#233;e son histoire. Le temps des brigades Zakaria est n&#233; en 1976. Son p&#232;re est ouvrier et meurt d'un cancer, sa m&#232;re &#233;l&#232;ve seule huit enfants. Il a 11 ans quand &#233;clate la premi&#232;re Intifada. &#192; 13 ans il re&#231;oit une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no203-novembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;203 (novembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/BMA" rel="tag"&gt;BMA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s'&#233;vadent de la taule de Gilboa, dans le nord d'Isra&#235;l, apr&#232;s avoir creus&#233; un tunnel &#224; l'aide de cuill&#232;res. Parmi eux, une c&#233;l&#233;brit&#233; : Zakaria Zubeidi. L'homme vient de J&#233;nine et c'est dans le soul&#232;vement des camps que s'est forg&#233;e son histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps des brigades&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Zakaria est n&#233; en 1976. Son p&#232;re est ouvrier et meurt d'un cancer, sa m&#232;re &#233;l&#232;ve seule huit enfants. Il a 11 ans quand &#233;clate la premi&#232;re Intifada. &#192; 13 ans il re&#231;oit une balle dans le genou ; &#224; 14 il est envoy&#233; en prison pour six mois. Avec les accords d'Oslo s'&#233;tablit l'Autorit&#233; palestinienne (AP). Zakaria, 20 ans, se fait flic tout en trafiquant des armes et des voitures &#8211; un profil courant dans les camps de r&#233;fugi&#233;s de Cisjordanie. &#192; partir de 2001, ces camps deviennent l'&#233;picentre du soul&#232;vement prol&#233;tarien venu se nicher dans la deuxi&#232;me Intifada. Zakaria participe &#224; l'armement de la r&#233;volte : il est de ces jeunes, mi-flics mi-voyous, des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (BMA) qui pr&#233;tendent agir au nom du Fatah de Yasser Arafat. En r&#233;alit&#233; ils ne d&#233;pendent que d'eux-m&#234;mes ; ils sont les h&#233;ros des gamins autour d'eux, ils paradent, font des d&#233;clarations, tirent sur les soldats quand ils viennent, revendiquent des &#171; op&#233;rations martyrs &#187; qui tuent des civils en Isra&#235;l. De plus en plus, ils se servent aussi sur le tas et effraient les bourgeois dans les villes palestiniennes. Les journalistes constatent qu'ils &#171; font la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, Tsahal attaque le camp de J&#233;nine et le transforme en champ de ruines. Alors que la plupart des hors-la-loi recherch&#233;s sont abattus ou captur&#233;s, Zakaria reste cach&#233; sous les d&#233;combres plusieurs jours durant et en r&#233;chappe. Il devient le chef m&#233;lancolique et m&#233;diatique des nouvelles brigades du camp. Sa m&#232;re, un de ses fr&#232;res et bon nombre de ses amis ont &#233;t&#233; tu&#233;s par l'arm&#233;e ; son visage est gr&#234;l&#233; par les &#233;clats d'une bombe qui lui a p&#233;t&#233; &#224; la gueule. Quatre fois au moins, il survit miraculeusement &#224; des op&#233;rations visant &#224; l'&#233;liminer. Sa l&#233;gende cro&#238;t. Ses proches continuent de tomber, il revendique de nouveaux attentats et donne des interviews &#224; la pelle. Une ancienne militante du Likoud vient &#224; sa rencontre, d&#233;couvre les m&#233;faits de l'occupation et reste &#224; ses c&#244;t&#233;s pour lui servir de bouclier humain : tous deux affirmeront que cette relation n'avait rien d'amoureuse. En ao&#251;t 2004, elle est emprisonn&#233;e en Isra&#235;l pour collusion avec l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rencontre Zakaria bri&#232;vement cette ann&#233;e-l&#224;, alors qu'avec des copains on tourne un film dans le camp de Balata, pr&#232;s de Naplouse &#8211; un autre bastion des BMA. Entour&#233; de gamins, M16 en bandouli&#232;re, se pr&#233;occupant du service du th&#233;, le h&#233;ros de J&#233;nine ressemble beaucoup aux h&#233;ros de Balata &#8211; avec qui on boit le th&#233;, entour&#233;s de gamins, les M16 pos&#233;s contre un mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, durant les quelques mois ou ann&#233;es o&#249; ils restent en activit&#233;, ces prolos en armes se forgent un destin impr&#233;vu. Ils taillent le bout de gras avec des notables palestiniens oblig&#233;s de traiter avec eux : ils les font attendre, les d&#233;daignent, les kidnappent. Ils accumulent du pognon via les trafics et les rackets. Ils redistribuent un peu. Tout &#231;a, ils le font sans savoir s'ils seront vivants le lendemain. Ils sont fatigu&#233;s et fument clope sur clope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hors-la-loi des BMA n'ont pas d'id&#233;ologie, et leur action n'est pas moralement propre. Tout porte &#224; croire que ce &#224; quoi ils aspirent n'est pas d'avoir un &#201;tat national, mais de se venger des torts subis. Porter des coups et ne pas mourir pauvres : c'est ce d&#233;sir contradictoire et tragique qu'ils incarnent. Pour sa part, Zakaria sait dans ses interviews ne pas faire de politique : &#171; &lt;i&gt;Que ceux qui veulent nous donner des le&#231;ons s'occupent plut&#244;t de leurs affaires&lt;/i&gt; &#187;, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps des prisons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2007, l'Intifada des camps prend fin. Hamas et Fatah se font la guerre ; Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis &#233;paulent l'AP pour reprendre le contr&#244;le de la situation en Cisjordanie. Des flics palestiniens se r&#233;pandent partout ; des amnisties sont distribu&#233;es aux hors-la-loi des BMA en &#233;change d'une reddition. Zakaria pose les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tous ceux qui parlent de la paix ne pensent en fait qu'&#224; leurs petits int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt; &#187;, avait-il d&#233;clar&#233; &#224; des journalistes ; et voil&#224; que, amnisti&#233;, il bascule du c&#244;t&#233; de la paix. Il &#233;cope d'un grade dans les forces de s&#233;curit&#233; de l'AP ; il convertit son capital de combattant-trompe-la-mort en cash ; il se fait construire deux belles villas sur les hauteurs de J&#233;nine. Il devient un homme de culture, il parraine le Th&#233;&#226;tre de la libert&#233; install&#233; dans le camp de J&#233;nine. La politique le guette. Il a quitt&#233; le ciel &#233;toil&#233; de la cause sacrificielle pour rejoindre la terre ferme des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette terre n'est vraiment ferme que pour ceux qui la poss&#232;dent : sous les pieds de Zakaria, elle va continuer de tanguer. En mai 2012, il est arr&#234;t&#233;, non par Isra&#235;l, mais par l'AP. Il est accus&#233; de trafiquer des armes et d'avoir, avec des coll&#232;gues, tir&#233; sur la maison du gouverneur de J&#233;nine &#8211; l'&#233;dile effray&#233; en est mort d'une crise cardiaque. Dans les ge&#244;les palestiniennes, il est tortur&#233;. Il fait une gr&#232;ve de la faim. Les journalistes ne se ruent plus pour couvrir cette histoire : le capital romanesque de Zakaria est d&#233;pr&#233;ci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, il est lib&#233;r&#233;, mais ce n'est pas fini : on l'informe maintenant que, son amnistie ayant &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;e, il est &#224; nouveau &lt;i&gt;wanted &lt;/i&gt;par les Isra&#233;liens. Il est forc&#233; d'accepter un nouveau deal : pour &#233;chapper &#224; la taule isra&#233;lienne, il doit dormir dans une taule palestinienne &#224; Ramallah. L'heure est &#224; la fusion tendancielle des dispositifs carc&#233;raux &#8211; c'est le &lt;i&gt;bab al-dawar&lt;/i&gt;, la &#171; porte tournante &#187; : on ne sort d'une prison que pour &#234;tre envoy&#233; dans une autre. En 2017, Zakaria est finalement autoris&#233; &#224; retourner &#224; J&#233;nine. Il semble qu'il ait donn&#233; des gages et que son int&#233;gration &#224; la classe dominante palestinienne ait progress&#233; : soutenu par des journalistes de gauche isra&#233;liens, il fait un master de &lt;i&gt;cultural studies &lt;/i&gt; ; on lui donne un si&#232;ge au conseil r&#233;volutionnaire du Fatah. Mais en lui quelque chose r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il &#233;tait en prison durant la premi&#232;re Intifada, Zakaria s'&#233;tait li&#233; &#224; un autre adolescent nomm&#233; Tarek Barghout. J&#233;rusal&#233;mite, Barghout est ensuite devenu un avocat m&#233;diatique d&#233;fendant les prisonniers politiques palestiniens. Mais, au fil des ans, le caract&#232;re schizophr&#233;nique de son boulot, qui l'am&#232;ne &#224; participer au syst&#232;me qu'il veut combattre, commence &#224; l'&#233;craser. Il se construit alors une double vie : le jour il plaide et serre les paluches des juges isra&#233;liens ; la nuit il se planque et tire sur les v&#233;hicules des colons ou de l'arm&#233;e. Peu de temps apr&#232;s que Zakaria est autoris&#233; &#224; revenir &#224; J&#233;nine, Barghout lui confie son secret et il le convainc de se joindre &#224; lui. Entre novembre 2018 et janvier 2019, &#224; trois reprises, les deux hommes criblent de balles des bus de colons. Ils ne font pas de victimes, mais de mani&#232;re &#233;vidente c'est sur leurs propres vies qu'ils tirent. En f&#233;vrier 2019, l'ancien combattant et l'avocat sont arr&#234;t&#233;s. Barghout &#233;cope de treize ans ; Zakaria n'a toujours pas &#233;t&#233; jug&#233;. L'affaire des bus ayant entra&#238;n&#233; la r&#233;ouverture de celles de la deuxi&#232;me Intifada, il ne semble pas pr&#232;s de sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire dans l'histoire de Zakaria un condens&#233; de l'interminable d&#233;faite des prol&#233;taires qui se sont soulev&#233;s au cours de la deuxi&#232;me Intifada. L'appareil de domination isra&#233;lo-palestinienne a demand&#233; aux survivants des preuves de soumission croissantes, en &#233;change de gains de plus en plus incertains. Les souffrances pass&#233;es n'ont cess&#233; d'&#234;tre actualis&#233;es, prises dans un maillage carc&#233;ral toujours plus insidieux. Alors la seule mani&#232;re d'exercer malgr&#233; tout un choix consiste &#224; br&#251;ler ses propres vaisseaux, puis &#224; creuser des tunnels &#224; la cuill&#232;re : au moins la sociologie l'a dans l'os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cavale a &#233;t&#233; courte : les &#233;vad&#233;s de Gilboa ont tous &#233;t&#233; repris au bout de quelques jours. Mais, dans l'intervalle, tandis que des milliers de chiens de garde &#233;taient mobilis&#233;s pour les traquer, ils ont &#233;lectris&#233; les foules. Des hommes en armes du camp de J&#233;nine se sont &#224; nouveau r&#233;pandus dans les rues, rappelant que l'histoire du soul&#232;vement des camps durant la deuxi&#232;me Intifada n'est pas close. Zakaria Zubeidi, 45 ans, vole &#224; nouveau dans le ciel &#233;toil&#233; des incarnations. Ses compagnons de cavale se nomment Mahmoud Al-Ardah, Mohamed Al-Ardah, Yaqoub Qadri, Ayham Nayef Kamanji et Munadel Infaat.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;E. Minassian*&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt; E. Minassian a fait plusieurs s&#233;jours dans les camps de Cisjordanie entre 2004 et 2017. Il s'est entretenu avec de nombreux combattants, et anciens combattants, de la deuxi&#232;me Intifada.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Lesbos, contre les barbel&#233;s de la mer &#201;g&#233;e</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Lesbos-contre-les-barbeles-de-la</link>
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		<dc:date>2020-03-17T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;na Coulon</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Laure de Ch&#226;teaubourg</dc:subject>
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		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>courant f&#233;vrier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 2016, l'Union europ&#233;enne pr&#233;sentait la cr&#233;ation de camps o&#249; parquer les exil&#233;&#183;es comme une solution exceptionnelle, r&#233;pondant &#224; la dite &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187;. Pour les 40 000 personnes bloqu&#233;es sur les &#238;les orientales de la Gr&#232;ce, l'exception est en fait la r&#232;gle : leur mise &#224; l'&#233;cart et le d&#233;ni de leurs droits s'inscrivent dans une politique r&#233;pressive de longue date. Face &#224; elle, la lutte s'organise. (Note de la r&#233;daction) Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit courant f&#233;vrier. Il d&#233;crit la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontieres" rel="tag"&gt;fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2016, l'Union europ&#233;enne pr&#233;sentait la cr&#233;ation de camps o&#249; parquer les exil&#233;&#183;es comme une solution exceptionnelle, r&#233;pondant &#224; la dite &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187;. Pour les 40 000 personnes bloqu&#233;es sur les &#238;les orientales de la Gr&#232;ce, l'exception est en fait la r&#232;gle : leur mise &#224; l'&#233;cart et le d&#233;ni de leurs droits s'inscrivent dans une politique r&#233;pressive de longue date. Face &#224; elle, la lutte s'organise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-1472-23610.jpg?1782640968' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Laure de Ch&#226;teaubourg
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;(Note de la r&#233;daction)&lt;/strong&gt; Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit courant f&#233;vrier. Il d&#233;crit la situation de fond, avant les &lt;a href=&#034;https://www.infomigrants.net/fr/post/23162/attaques-fascistes-a-lesbos-plusieurs-ong-suspendent-leurs-activites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;graves &#233;v&#233;nements x&#233;nophobes&lt;/a&gt; ayant d&#233;but&#233; &#224; Lesbos et &#224; d'autres points de la fronti&#232;re gr&#233;co-turque &#224; la fin du mois. Depuis, il y a aussi eu l'arriv&#233;e en Europe du coronavirus. Le 13 mars, M&#233;decins sans fronti&#232;res &lt;a href=&#034;https://www.msf.fr/actualites/coronavirus-plus-que-jamais-l-urgence-de-l-evacuation-des-camps-grecs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a demand&#233; l'&#233;vacuation en urgence de ces camps&lt;/a&gt; pour &#233;viter la propagation de l'&#233;pid&#233;mie. En lisant les lignes ci-dessous, vous comprendrez pourquoi.&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;n alignement de tentes, reli&#233;es par des c&#226;bles &#233;lectriques &#233;br&#233;ch&#233;s et des fils o&#249; le linge tente de s&#233;cher entre les averses de l'hiver. &#192; l'int&#233;rieur, sur des palettes les isolant tant bien que mal de la boue m&#234;l&#233;e d'eaux us&#233;es, s'entassent adultes et enfants, sans chauffage ni &#233;lectricit&#233;. L'effarante r&#233;alit&#233; de la &#171; jungle &#187; entourant le camp de Moria, &#224; Lesbos, s'observe aussi &#224; Samos, Chios, Leros et Kos. Depuis 2016, ces &#238;les grecques au large de la Turquie sont devenues un rempart de plus contre les exil&#233;&#183;es jug&#233;&#183;es ind&#233;sirables par l'Union europ&#233;enne (UE). Demandeurs et demandeuses d'asile se retrouvent ainsi parqu&#233;&#183;es dans d'intol&#233;rables espaces de rel&#233;gation, contraint&#183;es de patienter des mois, voire des ann&#233;es, avant de recevoir les bons papiers &#8211; ou ceux qui les condamneront &#224; l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'&#233;t&#233; dernier, la surpopulation end&#233;mique de ces camps n'a fait que s'aggraver, entra&#238;nant une d&#233;t&#233;rioration majeure des conditions de vie de leurs habitant&#183;es, et des violations toujours plus graves de leurs droits fondamentaux. Celui de Moria a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour 3 000 personnes ; elles sont aujourd'hui plus de 20 000. Dans cet environnement &#233;touffant, il faut faire la queue pour tout : pour la nourriture, insipide et non nutritive, pendant plus de deux heures, trois fois par jour ; pour une douche, glaciale, ou pour les toilettes, puisqu'il n'existe qu'un cabinet &#8211; insalubre &#8211; pour 250 personnes. Idem pour avoir acc&#232;s aux soins de sant&#233;, &#224; une aide juridique, &#224; un semblant d'&#233;ducation pour les enfants, en sachant bien que l'&#233;crasante majorit&#233; n'aura acc&#232;s &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La demande d'asile, c'est comme parler &#224; des flics &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les 7 000 enfants qui vivent ici, pr&#232;s de 1 500 sont &#171; non accompagn&#233;&#183;es &#187; : des gamins venus seuls ou ayant perdu leur famille sur la route. Quelques centaines seulement ont pu trouver une place dans l'espace qui leur est r&#233;serv&#233;, cens&#233; &#234;tre plus prot&#233;g&#233; &#8211; quoique l'un d'entre eux y ait perdu la vie l'&#233;t&#233; dernier, apr&#232;s l'une des nombreuses rixes qui y surviennent, in&#233;vitables dans un tel contexte. Les autres m&#244;mes survivent dans la &#171; jungle &#187;, livr&#233;&#183;es &#224; eux-m&#234;mes : &#171; &lt;i&gt;Ceux que je vois ont des plaies qui s'infectent, souffrent de malnutrition, de la gale, d'infections pulmonaires, ont perdu beaucoup de poids&lt;/i&gt; &#187;, &#233;num&#232;re Elena, une infirmi&#232;re irlandaise pr&#233;sente &#224; Lesbos depuis le mois d'ao&#251;t 2019. &#171; &lt;i&gt;Plus que tout,&lt;/i&gt; insiste-t-elle,&lt;i&gt; ils vivent dans une peur constante, &#224; cause de ce qu'ils ont v&#233;cu, mais surtout &#224; cause des violences permanentes dans le camp, particuli&#232;rement la nuit.&lt;/i&gt; &#187; Certain&#183;es se retrouvent en plein hiver en T-shirt, pieds nus dans des tongs, sans une tente o&#249; s'abriter ni m&#234;me un sac de couchage pour dormir.
Face aux critiques pointant cette situation inqui&#233;tante, les autorit&#233;s grecques ont trouv&#233; une parade : les faire dispara&#238;tre en tant qu'enfants. &#192; leur arriv&#233;e, nombre de mineur&#183;es ont &#233;t&#233; ill&#233;galement enregistr&#233;&#183;es comme adultes. C'est le cas de Mohammad Reza, venu d'Afghanistan, qui montre sur son &#171; &lt;i&gt;police paper&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le document d'identification individuelle d&#233;livr&#233; &#224; l'arriv&#233;e au camp.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; la date de naissance qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Ils ont &#233;crit 2001, mais moi je leur ai dit &#8220;C'est 2003, c'est 2003, j'ai 16 ans.&#8221; Ils m'ont r&#233;pondu &#8220;Prouve-le alors.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques illicites et arbitraires de la police et de l'administration viennent s'ajouter &#224; la violence l&#233;gale de la proc&#233;dure d'asile elle-m&#234;me. Apr&#232;s avoir attendu leur &#171; &lt;i&gt;interview&lt;/i&gt; &#187; constamment repouss&#233;e &#224; plus tard, minots et adultes sont interrog&#233;s par des agents suspicieux, prompts &#224; voir en chacun un potentiel mystificateur. Un avocat grec raconte : &#171; &lt;i&gt;C'est difficile pour eux, parce que la demande d'asile, c'est comme parler &#224; des flics. Du genre : &#8220;Okay, raconte-nous &#231;a &#224; nouveau&#8221; pour la quatri&#232;me, la cinqui&#232;me fois. &#8220;C'&#233;tait quoi la couleur de son manteau, il &#233;tait blanc, il &#233;tait noir, ou est-ce que tu nous racontes des craques&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le nouveau gouvernement grec (de droite, en poste depuis juillet), a durci les proc&#233;dures : r&#233;duction du d&#233;lai accord&#233; pour faire appel, prolongation de la dur&#233;e d'incarc&#233;ration des migrant&#183;es consid&#233;r&#233;&#183;es comme non &#233;ligibles &#224; l'asile, suppression de certains crit&#232;res de &#171; vuln&#233;rabilit&#233; &#187;, dont le fait de souffrir de stress post-traumatique. Le message est clair : il s'agit de renforcer le contr&#244;le des fronti&#232;res, de g&#233;n&#233;raliser l'enfermement et d'intensifier les expulsions. Les annonces en ce sens se sont multipli&#233;es, pour certaines gla&#231;antes (remplacer les camps, dont les exil&#233;&#183;es sont libres de sortir dans la limite de l'&#238;le, par de nouveaux centres de d&#233;tention ferm&#233;s) et pour d'autres sardoniques jusqu'&#224; l'absurde (&#233;riger un mur flottant au milieu de la mer &#201;g&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Azadi ! &#187; (Libert&#233; !)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contre cette fuite en avant r&#233;pressive, luttes et solidarit&#233;s s'organisent. Le 16 janvier, une manifestation nocturne s'&#233;lan&#231;ait pour exiger la fermeture du centre de d&#233;tention situ&#233; &#224; l'int&#233;rieur du camp de Moria. Quelques jours plus t&#244;t, un Iranien de 31 ans s'y &#233;tait donn&#233; la mort. Cela faisait plus de deux semaines qu'il s'&#233;puisait &#224; demander aux matons indiff&#233;rents la venue d'un m&#233;decin ou d'un psychologue. Appel&#233;e pudiquement &#171; centre de pr&#233;-renvoi &#187;, la prison de Moria n'isole pas que les d&#233;bout&#233;&#183;es de l'asile : certains hommes venus seuls y sont jet&#233;s d&#232;s leur arriv&#233;e, leur nationalit&#233; les arrimant &#224; une liste de &#171; pays s&#251;rs &#187; ind&#251;ment &#233;tablie par l'&#201;tat. Ainsi, les ressortissants de nombreux pays d'Afrique subsaharienne (Congolais, Camerounais, Togolais, etc.) ou du Pakistan et du Bangladesh sont de prime abord consid&#233;r&#233;s comme ill&#233;gitimes, leur enfermement devant permettre leur expulsion rapide. Dans la plupart des cas, cependant, ils sont lib&#233;r&#233;s apr&#232;s quelques mois, sans explication, et renvoy&#233;s vers le camp &#224; coups de bottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crois&#233; en t&#234;te de cort&#232;ge, Daouda parle de son s&#233;jour en cellule comme d'une punition suppl&#233;mentaire pour les migrants africains : &#171; &lt;i&gt;Quand un homme est enferm&#233; pendant trois mois, qu'il doit vivre ensuite dans le camp, subir toutes ces &#233;preuves, et qu'&#224; la fin tu ne lui donnes pas m&#234;me des papiers, qu'est-ce qu'il lui reste&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes des &#234;tres humains.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une phrase entendue et lue &#224; chaque manifestation, une sentence dont l'&#233;vidence est clam&#233;e quand tout est fait pour qu'elle soit ni&#233;e. Brandie &#224; bout de bras sur des pancartes, entre les poings lev&#233;s des femmes de Moria, le 30 janvier dernier, portant leurs voix, leurs col&#232;res, leurs revendications au c&#339;ur de la capitale de l'&#238;le, Mytil&#232;ne. Jet&#233;e au visage hargneux des CRS grecs gazant des b&#233;b&#233;s et des enfants lors d'une manifestation, le 3 f&#233;vrier, pour l'ouverture des fronti&#232;res et la fin des expulsions. Accompagn&#233;e d'un mot, sans lequel elle n'a que peu de sens, qu'il soit exprim&#233; en dari&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;clinaison du persan principalement parl&#233;e en Afghanistan.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, en anglais, en arabe, en fran&#231;ais, ou dans l'une des dizaines de langues parl&#233;es dans les camps : &#187; &lt;i&gt;Azadi&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Houriya&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gazage, coups de matraque, rh&#233;torique raciste : la r&#233;ponse du gouvernement grec est violente, intraitable. Elle s'&#233;tend d&#233;sormais aux habitant&#183;es de Lesbos et de Chios, qui ont vu d&#233;barquer fin f&#233;vrier des centaines de CRS, charg&#233;s de mater leur opposition &#224; la construction de centres de d&#233;tention. Mais elle s'inscrit plus g&#233;n&#233;ralement dans les politiques migratoires de l'UE, criminalisant les personnes emp&#234;tr&#233;es dans ses fronti&#232;res meurtri&#232;res. Engins et agents de surveillance (drones, murs, camps, agents de Frontex sur les dents) r&#233;pondent &#224; des lois et des arrangements liberticides, voire criminels. Le camp de Moria va de pair avec le r&#232;glement de Dublin (qui oblige &#224; d&#233;poser sa demande d'asile dans le premier pays europ&#233;en travers&#233;, en l'occurrence la Gr&#232;ce), ainsi qu'avec l'accord conclu avec la Turquie en mars 2016, offrant &#224; celle-ci des milliards d'euros pour surveiller ardemment ses fronti&#232;res et coorganiser les expulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camps de la mer &#201;g&#233;e restent ce que le sociologue Marc Bernardot qualifiait d&#232;s 2008 d' &#187; &lt;i&gt;outil central de la guerre totale faite par les &#201;tats aux &#233;trangers, lorsqu'ils sont d&#233;sign&#233;s comme pauvres, d&#233;viants ou ennemis&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son livre Camps d'&#233;trangers, &#233;ditions du Croquant.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Cette guerre charrie ses morts, ses naufrages, ses cauchemars ; mais face &#224; elle, se tiennent debout, le poing en l'air, les acharn&#233;&#183;es de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L&#233;na Coulon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Note de la r&#233;daction&lt;/strong&gt; (02/03/2020) : Pour faire pression sur l'UE dans le cadre de sa guerre contre la Syrie d'Assad, la Turquie a annonc&#233; le 29 f&#233;vrier qu'elle cesserait de contenir les exil&#233;&#183;es sur son territoire. En r&#233;action, Frontex a envoy&#233; des renforts &#224; la fronti&#232;re grecque pour leur bloquer le passage. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars, une embarcation a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;e d'accoster &#224; Lesbos par un groupe de fascistes. De nombreuses autres ont &#233;t&#233; repouss&#233;es ill&#233;galement vers la Turquie par des moyens violents.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le document d'identification individuelle d&#233;livr&#233; &#224; l'arriv&#233;e au camp.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;clinaison du persan principalement parl&#233;e en Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Camps d'&#233;trangers&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Croquant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La Fraternit&#233; de nos ruines</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Jacquier</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Le 12 novembre 1949, il y a soixante-dix ans, Le Figaro litt&#233;raire publiait un &#171; appel des anciens d&#233;port&#233;s des camps nazis &#187; pour venir &#171; au secours &#187; des d&#233;port&#233;s dans les camps sovi&#233;tiques... Le 12 novembre 1949, Le Figaro litt&#233;raire publie un &#171; appel des anciens d&#233;port&#233;s des camps nazis &#187; pour venir &#171; au secours &#187; des d&#233;port&#233;s dans les camps sovi&#233;tiques. Il s'agit d'accorder &#224; ces derniers &#171; la fraternit&#233; ancienne de nos ruines &#187;, de comprendre la radicale nouveaut&#233; des r&#233;gimes bas&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/camps" rel="tag"&gt;camps&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/camps-sovietiques" rel="tag"&gt;camps sovi&#233;tiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/David-Rousset" rel="tag"&gt;David Rousset&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Porta-Westphalica" rel="tag"&gt;Porta Westphalica&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/concentrationnaire" rel="tag"&gt;concentrationnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 12 novembre 1949, il y a soixante-dix ans, &lt;i&gt;Le Figaro litt&#233;raire&lt;/i&gt; publiait un &#171; &lt;i&gt;appel des anciens d&#233;port&#233;s des camps nazis &#187;&lt;/i&gt; pour venir &#171; &lt;i&gt;au secours &#187;&lt;/i&gt; des d&#233;port&#233;s dans les camps sovi&#233;tiques...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L180xH253/-1162-e4f6a.jpg?1782644424' width='180' height='253' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 12 novembre 1949, &lt;i&gt;Le Figaro litt&#233;raire &lt;/i&gt;publie un &#171; &lt;i&gt;appel des anciens d&#233;port&#233;s des camps nazis &#187;&lt;/i&gt; pour venir &#171; &lt;i&gt;au secours &#187;&lt;/i&gt; des d&#233;port&#233;s dans les camps sovi&#233;tiques. Il s'agit d'accorder &#224; ces derniers &#171; &lt;i&gt;la fraternit&#233; ancienne de nos ruines &#187;&lt;/i&gt;, de comprendre la radicale nouveaut&#233; des r&#233;gimes bas&#233;s sur un syst&#232;me concentrationnaire et de l'&#233;clairer du point de vue de ses victimes pour le faire reculer. En effet, &#171; &lt;i&gt;il n'y a pas pire crime que celui qui consiste &#224; organiser des camps &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est sign&#233; par &lt;/strong&gt;David Rousset (1912-1997), ancien dirigeant trotskiste arr&#234;t&#233; en octobre 1943 avec d'autres militants engag&#233;s dans un travail clandestin de propagande antihitl&#233;rienne aupr&#232;s des soldats de la Wehrmacht en France. Emprisonn&#233; et tortur&#233; &#224; Fresnes, il est ensuite d&#233;port&#233; (Buchenwald, Porta Westphalica et Neuengamme). Rapatri&#233; en 1945, il &#233;crit &lt;i&gt;L'Univers concentrationnaire &lt;/i&gt;(prix Renaudot 1946) et &lt;i&gt;Les Jours de notre mort &lt;/i&gt;(1947), tous deux sur les camps nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s la parution &lt;/strong&gt;de son appel, Rousset est abandonn&#233; par la quasi-totalit&#233; de l'&lt;i&gt;intelligentsia &lt;/i&gt;de gauche, calomni&#233; et injuri&#233; par les partisans de l'URSS, alors h&#233;g&#233;moniques &#224; gauche. Rousset attaque en justice &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, un hebdomadaire communiste &#8211; ou plut&#244;t stalinien &#8211; dont le r&#233;dacteur en chef l'accusait d'avoir &#171; &lt;i&gt;invent&#233; &#187;&lt;/i&gt; les camps sovi&#233;tiques qui n'&#233;taient que des sortes de colonies de vacances destin&#233;es &#224; r&#233;ins&#233;rer les d&#233;linquants et les &#8211; vils &#8211; ennemis du r&#233;gime dans les conditions paradisiaques de &#171; &lt;i&gt;l'humanisme socialiste &#187;&lt;/i&gt;. Pas moins ! Quant &#224; l'accusation de &#171; &lt;i&gt;faire le jeu de la droite &#187;&lt;/i&gt;, Rousset y r&#233;pondait d'une mani&#232;re imparable : &#171; &lt;i&gt;qui donc est responsable : celui qui d&#233;nonce les camps ou ceux qui les font ? &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Si nous &lt;/i&gt;[ne r&#233;glons pas cela sur la place publique]&lt;i&gt;, nous n'aurons plus le droit de d&#233;noncer la &#8220;r&#233;action&#8221;, qui le fera. ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1951, il fondera &lt;/strong&gt;avec d'anciens d&#233;port&#233;s la Commission internationale contre le r&#233;gime concentrationnaire qui enqu&#234;tera aussi bien sur l'URSS que sur les r&#233;gimes autoritaires (Espagne, Gr&#232;ce), les pratiques r&#233;pressives dans les colonies fran&#231;aises (Alg&#233;rie, Tunisie), et sur le goulag chinois &#8211; le laoga&#239;. Ces &#233;crits in&#233;dits&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Rousset, La Fraternit&#233; de nos ruines (&#201;crits sur la violence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ces articles de presse et ces lettres de Rousset interrogent cette comparaison sacril&#232;ge entre les syst&#232;mes concentrationnaires nazi et sovi&#233;tique, qui n'a pas encore &#233;t&#233; men&#233;e &#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travaux pionniers &lt;/strong&gt;de Rousset et de ses pairs n'emp&#234;cheront pas les Alain Peyrefitte et Philippe Sollers de tomber b&#233;ats d'admiration devant la Chine de Mao, ni la majorit&#233; de l'&lt;i&gt;intelligentsia &lt;/i&gt;d'attendre la publication de &lt;i&gt;L'Archipel du Goulag &lt;/i&gt;(1974) pour &#171; d&#233;couvrir &#187; les camps sovi&#233;tiques. David Rousset &#233;tait alors bien oubli&#233; et, loin de revenir &#224; des travaux pionniers comme les siens, l'on eut alors droit aux &#171; nouveaux philosophes &#187; et aux &#233;lucubrations spectaculaires de ceux qui sont toujours du bon c&#244;t&#233; du manche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face aux probl&#232;mes &lt;/strong&gt;du monde d'aujourd'hui, cela a-t-il vraiment chang&#233; ? On aimerait pouvoir dire que la lucidit&#233; s'est accrue, mais en est-on tout &#224; fait s&#251;r ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Jacquier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;David Rousset, &lt;i&gt;La Fraternit&#233; de nos ruines (&#201;crits sur la violence concentrationnaire 1945-1970)&lt;/i&gt;, Fayard, Paris, 2016, 394 p., 22 euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anarchistes et r&#233;fugi&#233;s dans le chaudron ath&#233;nien</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie d'une double carte postale consacr&#233;e &#224; la situation migratoire en Gr&#232;ce. Coinc&#233;s entre un &#201;tat d&#233;faillant et des n&#233;onazis en verve, r&#233;fugi&#233;s, anarchistes et solidaires y bricolent au mieux. *** On les avait laiss&#233;s sur une victoire antifasciste contre Aube dor&#233;e . On les retrouve &#224; la fin du printemps, pas si fringants. &#171; La bascule est repartie dans le mauvais sens &#187;, balance Vag, en partance pour la Cr&#232;te, o&#249; le dernier local d'Aube dor&#233;e a &#233;t&#233; d&#233;gag&#233; il y a peu. &#171; Il y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sergei-Bonicci" rel="tag"&gt;Serge&#239; Bonicci&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camp" rel="tag"&gt;Camp&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/squat" rel="tag"&gt;squat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/refugies" rel="tag"&gt;r&#233;fugi&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grece" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/camps" rel="tag"&gt;camps&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Athenes" rel="tag"&gt;d'Ath&#232;nes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie d'une double carte postale consacr&#233;e &#224; la situation migratoire en Gr&#232;ce. Coinc&#233;s entre un &#201;tat d&#233;faillant et des n&#233;onazis en verve, r&#233;fugi&#233;s, anarchistes et solidaires y bricolent au mieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-957-80452.jpg?1782815697' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge&#239; Bonicci
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On les avait laiss&#233;s sur une victoire antifasciste contre Aube dor&#233;e&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Le Cr&#233;puscule des brutes : Gr&#232;ce, pas de quartier pour Aube dor&#233;e &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. On les retrouve &#224; la fin du printemps, pas si fringants. &#171; &lt;i&gt;La bascule est repartie dans le mauvais sens&lt;/i&gt; &#187;, balance Vag, en partance pour la Cr&#232;te, o&#249; le dernier local d'Aube dor&#233;e a &#233;t&#233; d&#233;gag&#233; il y a peu. &#171; &lt;i&gt;Il y a de nouvelles accointances entre l'extr&#234;me droite et l'&#201;tat &lt;/i&gt; &#187;, encha&#238;ne L., qui a vu son squat partiellement br&#251;ler peu apr&#232;s la deuxi&#232;me grande manif' nationaliste anti-Mac&#233;doine&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les nationalistes grecs refusent que le pays voisin s'appelle officiellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, en mars, &#224; Ath&#232;nes. &#171; &lt;i&gt; Ils sont m&#234;me venus mettre le feu au Steki Metanaston&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Place des migrants, en grec. C'est un bar avec jardin o&#249; des cours gratuits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, au c&#339;ur d'Exarchia.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tendu donc. C&#244;t&#233; r&#233;fugi&#233;s, le son de cloche diff&#232;re. &#171; &lt;i&gt; Pour nous les &#233;trangers, l'arriv&#233;e de Syriza au pouvoir a chang&#233; la situation&lt;/i&gt; &#187;, temp&#232;re l'un d'eux, qui encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt; Il est faux de dire que les r&#233;fugi&#233;s sont bloqu&#233;s en Gr&#232;ce. Le gouvernement a donn&#233; des papiers, verse une allocation de 200 &#8364; et beaucoup arrivent encore &#224; passer.&lt;/i&gt; &#187; Exag&#233;r&#233; ? Patriarche de Kaniggos 22, b&#226;timent de deux &#233;tages ouvert au c&#339;ur de la crise des r&#233;fugi&#233;s en avril 2016, Moh a pourtant des arguments : six mois ont suffi pour renouveler la majeure partie de la cinquantaine de r&#233;sidents. Des destins divers : relocalisations &#224; l'&#233;tranger ou &#224; Ath&#232;nes, passages ill&#233;gaux ou simples d&#233;parts vers d'autres squats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fuir Ath&#232;nes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le flot sans pr&#233;c&#233;dent d'arriv&#233;es en Gr&#232;ce (850 000 en 2015) s'est tari avec l'intensification des contr&#244;les aux fronti&#232;res, l'accord cynique entre l'Union europ&#233;enne (UE) et la Turquie en mars 2016 et la multiplication des formes d'enfermement&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire De Lesbos &#224; Calais : comment l'Europe fabrique des camps, Le Passager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Mais les relocalisations promises par l'UE, en 2015, se font attendre : d&#233;but 2017, en Gr&#232;ce, seules 10 000 d'entre elles &#233;taient effectives. Quant aux passages, ils s'av&#232;rent plus difficiles depuis la fermeture de la fronti&#232;re mac&#233;donienne. Cons&#233;quence : le royaume des passeurs et des fausses identit&#233;s s'agrandit. Et les anecdotes qui vont avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple &#224; Prosfigikas, plus grand squat d'Ath&#232;nes, ouvert en 2010. 500 habitants dans un d&#233;cor surr&#233;aliste : huit barres d&#233;cr&#233;pites, des fils &#233;lectriques qui pendouillent, le tout coinc&#233; entre le palais de justice et le commissariat central. Un deux-pi&#232;ces &lt;i&gt;old school &lt;/i&gt;abrite de jeunes Kurdes qui s'enflamment &#224; propos des passages &#224; l'Ouest. &#171; &lt;i&gt;Un gars de 35 ans s'est pr&#233;sent&#233; avec la carte d'un Fran&#231;ais de 52 ans, la nana de l'a&#233;roport l'a regard&#233;, avant de sourire et de le laisser passer&lt;/i&gt; &#187;, affirme l'un d'eux, d&#233;cid&#233; &#224; tenter sa chance vers l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous ont trouv&#233; refuge ici, gr&#226;ce au r&#233;seau communautaire kurde (m&#234;me si des Syriens et Irakiens peuplent aussi les lieux). Parmi eux, seul le &#171; professeur &#187;, la trentaine, condamn&#233; &#224; 27 ans de prison en Turquie, veut s'installer &#224; Ath&#232;nes et cherche un squat dans le centre. Pour bosser, mais surtout pour &#233;chapper au camp de Lavrio.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Erdogan et la Croix-Rouge&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce camp, Pisikares le conna&#238;t bien : elle h&#233;berge un cousin qui en est sorti &#233;puis&#233;. &#192; une heure d'Ath&#232;nes, 400 personnes y vivent dans un b&#226;timent v&#233;tuste, construit dans les ann&#233;es 1950 et peupl&#233; depuis 35 ans par des militants kurdes et turcs, en autogestion. Plein &#224; craquer (cinq &#224; six par chambre), agrandi avec des bungalows depuis la crise migratoire, Lavrio est &#224; bout de souffle. &#171; &lt;i&gt; Depuis un an, le camp manque de tout, &lt;/i&gt;d&#233;plore Pisikares. &lt;i&gt;La Croix-Rouge a stopp&#233; toute aide apr&#232;s les protestations de l'AKP et d'Erdogan contre ce &lt;/i&gt;&#8220; camp d'entra&#238;nement du PKK&#8221;. &lt;i&gt;Tout est dans un &#233;tat d&#233;plorable, hormis les bungalows abritant les familles et les Kurdes syriens. La cohabitation devient difficile.&lt;/i&gt; &#187; La preuve : quelques jours plus tard, deux occupants rejoignent le cousin dans l'appartement du centre d'Ath&#232;nes devenu refuge communautaire, &#224; deux pas d'Exarchia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, le quartier bouge, du moins sa partie haute. Baraques marocaines sur les collines de Strefi, langue arabe h&#233;g&#233;monique sur les escaliers surplombant le quartier, nouveaux squats, revendeurs de cigarettes omni pr&#233;sents sur la place, &#233;tals de moules farcies tenus par des Turcs&#8230; Quant aux pr&#233;curseurs iraniens, ils font d&#233;j&#224; figure d'anc&#234;tres avec leur table de falafels install&#233;e depuis deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boulevers&#233;e, la capitale, o&#249; la moiti&#233; du pays demeure. Boulevers&#233;e, cette Gr&#232;ce, o&#249; les camps de r&#233;fugi&#233;s fleurissent depuis 2016. Celui, informel, d'Idomeni, &#224; la fronti&#232;re mac&#233;donienne, a fini par &#234;tre &#233;vacu&#233;. Tout comme l'occupation de la place Victoria &#224; Ath&#232;nes. Et ils ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par de petits camps, lointains et invisibles. Qu'ils soient de transit ou d'enfermement, ouverts ou ferm&#233;s, sur des terrains abandonn&#233;s, impropres &#224; l'habitation ou r&#233;nov&#233;s &#224; l'arrache, l'&#233;volution est aussi massive que difficile &#224; observer. &lt;i&gt;A fortiori&lt;/i&gt; &#224; contrer.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'archipel des camps&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Urgence, injonctions europ&#233;ennes, arriv&#233;e d'ONG tous azimuts, &#201;tat en faillite : ce cocktail d&#233;tonnant croise un amateurisme qui rime parfois avec horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'incertitude permanente cr&#233;e de graves troubles psychologiques&lt;/i&gt; &#187;, expose ainsi Iana, &#233;tudiante en stage au Shelterpetite, structure tenue par des j&#233;suites. Elle y d&#233;couvre les joies du bricolage en mati&#232;re de droit des &#233;trangers&#8230; et la puissance des grandes ONG qui r&#232;gnent sur la rue Acharnon, &#224; quelques pas d'un squat sans eau ni &#233;lectricit&#233; et du City Plaza, h&#244;tel de luxe reconverti dans l'h&#233;bergement. Elle &#233;voque alors l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), grosse agence li&#233;e &#224; l'Onu : &#171; &lt;i&gt; L'OIM g&#233;rait le grand &#8216;&#8216; H&#244;tel '', 400 personnes avec cuisines et chambres, plut&#244;t bien. Un jour, elle les a tous fait sortir et monter dans des camions, avant de les d&#233;poser &#224; plus d'une heure d'Ath&#232;nes dans un camp abandonn&#233;, sans eau ni &#233;lectricit&#233;. Il y avait une m&#232;re enceinte et un b&#233;b&#233; avec de graves probl&#232;mes de sant&#233;, un gars qui avait fait la travers&#233;e par l'Iran et perdu ses pieds&#8230; L'horreur.&lt;/i&gt; &#187; La situation d&#233;g&#233;n&#232;re vite : apr&#232;s une &#233;meute, les r&#233;fugi&#233;s sont relog&#233;s. Et illico remplac&#233;s par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En mati&#232;re humanitaire, il y a une r&#232;gle arithm&#233;tique, ici comme &#224; Lesbos,&lt;/i&gt; enfonce Kini, partie un temps voir les &#238;les. &lt;i&gt;Plus l'ONG est grande, plus la d&#233;gueulasserie qui l'accompagne aussi. Plus elle est petite, plus elle est fr&#233;quentable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La mafia s'en m&#234;le&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui se passe dans les camps interagit en permanence avec le reste. C'est toute la complexit&#233; du chaudron ath&#233;nien. Car &#224; c&#244;t&#233; du centre de r&#233;tention, camp-pouvoir &#224; l'exercice violent sur les corps, et du bidonville, camp auto-construit aux mains des habitants, Ath&#232;nes est elle-m&#234;me un camp-h&#233;bergement g&#233;ant, avec sa constellation de b&#226;timents r&#233;quisitionn&#233;s et de lieux informels, qui bouleversent le paysage militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autoris&#233; par la crise, les logements vides, la vitalit&#233; du milieu anar et une certaine vacance du pouvoir, en particulier &#224; Exarchia, le &lt;i&gt;turn over&lt;/i&gt; dans cet archipel des r&#233;fugi&#233;s est incessant et les conditions d'occupation tr&#232;s vari&#233;es : d'immeubles tr&#232;s d&#233;labr&#233;s aux luxueux h&#244;tel, chapeaut&#233;s par des organisations grecques ou en autonomie politique, mixant familles et c&#233;libataires ou exclusivement compos&#233;s d'hommes...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1782640047' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cet autre monde, jamais totalement &#233;tanche aux ONG, l'activit&#233; d&#233;bordante n'a d'&#233;gale que le nombre d'embrouilles. Kaniggos 22 est d&#233;sormais &#171; &lt;i&gt;le seul squat ind&#233;pendant de r&#233;fugi&#233;s totalement affranchi des organisations grecques&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Vlad. Apr&#232;s trois ans d'enchantement, de bordel, d'exasp&#233;ration et de clashes &#224; r&#233;p&#233;tition, un parfum de retour &#224; l'ordre souffle sur Exarchia et l'archipel des r&#233;fugi&#233;s : &#233;quipes de s&#233;curit&#233;, voisins exc&#233;d&#233;s, campagne de presse contre le quartier &#171; &lt;i&gt;criminel &lt;/i&gt; &#187;. Bref, la tension monte&#8230; D&#233;but mai, raconte L., &#171; &lt;i&gt; 60 gars cagoul&#233;s ont chass&#233; les vendeurs &#224; la sauvette, br&#251;l&#233; des stands, tabass&#233; des revendeurs &lt;/i&gt; &#187;. Des attaques qui se multiplient, explique Pisikares. Cons&#233;quence : &#171; &lt;i&gt;Les revendeurs ont &#233;t&#233; forc&#233;s de payer leur &#8216;&#8216; protection '' &#224; la mafia. Et leurs stands se font d&#233;sormais attaquer par les groupes anti-mafia&lt;/i&gt; &#187;. Toujours pris entre le marteau et l'enclume, les r&#233;fugi&#233;s. Toujours prise aux quatre vents, la place d'Exarchia et son univers militant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo de Serge&#239; Bonicci&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-Crepuscule-des-brutes-Grece-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Cr&#233;puscule des brutes : Gr&#232;ce, pas de quartier pour Aube dor&#233;e&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 164 (mars 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les nationalistes grecs refusent que le pays voisin s'appelle officiellement &#171; Mac&#233;doine &#187;, arguant que la Mac&#233;doine historique est une r&#233;gion du nord de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Place des migrants, en grec. C'est un bar avec jardin o&#249; des cours gratuits sont dispens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &lt;i&gt;De Lesbos &#224; Calais : comment l'Europe fabrique des camps&lt;/i&gt;, Le Passager clandestin, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Migrants : &#171; Faire partie des gens qui ne les traitent pas comme des num&#233;ros &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Migrants-Faire-partie-des-gens-qui</link>
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		<dc:date>2018-02-21T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Dugrand, Mag Ali</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
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		<dc:subject>qu'ils</dc:subject>
		<dc:subject>pays</dc:subject>
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		<dc:subject>Camp</dc:subject>
		<dc:subject>nourriture</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>camps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Adeline est partie un mois et demi en Gr&#232;ce, &#224; la fronti&#232;re mac&#233;donienne, pour pr&#233;parer et servir des repas quotidiennement &#224; des milliers de migrants confin&#233;s &#224; Idomeni &#8211;&#8239;camp de r&#233;fugi&#233;s &#233;vacu&#233; le 24&#8239;mai au matin. Elle d&#233;nonce un syst&#232;me qui laisse les migrants dans un d&#233;nuement total et les emp&#234;che de s'installer ailleurs. Dans quelles circonstances es-tu partie comme volontaire dans un camp de r&#233;fugi&#233;s en Gr&#232;ce ? Nous sommes parties pendant plus d'un mois avec une amie hollandaise, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-ils" rel="tag"&gt;qu'ils&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nourriture" rel="tag"&gt;nourriture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/camps" rel="tag"&gt;camps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Adeline est partie un mois et demi en Gr&#232;ce, &#224; la fronti&#232;re mac&#233;donienne, pour pr&#233;parer et servir des repas quotidiennement &#224; des milliers de migrants confin&#233;s &#224; Idomeni &#8211;&#8239;camp de r&#233;fugi&#233;s &#233;vacu&#233; le 24&#8239;mai au matin. Elle d&#233;nonce un syst&#232;me qui laisse les migrants dans un d&#233;nuement total et les emp&#234;che de s'installer ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH274/-408-3004d.jpg?1782637700' width='400' height='274' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelles circonstances es-tu partie comme volontaire dans un camp de r&#233;fugi&#233;s en Gr&#232;ce ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes parties pendant plus d'un mois avec une amie hollandaise, de notre propre initiative, pour rejoindre une autre amie qui faisait de l'accueil d'urgence de r&#233;fugi&#233;s &#224; Lesbos depuis plus de 6 mois. Par accueil d'urgence, je veux dire l'accueil des r&#233;fugi&#233;s &#224; leur descente des bateaux, o&#249;, en g&#233;n&#233;ral, ils arrivent enti&#232;rement tremp&#233;s, ont quasiment tout perdu en mer, sont glac&#233;s, ont faim, soif, et beaucoup sont en &#233;tat de choc suite &#224; la travers&#233;e (par exemple &#224; cinquante sur un bateau pouvant contenir vingt personnes). Donc, on les attend sur la plage, la nuit, avec des couettes, des habits, de la nourriture, de l'eau, de l'attention et du r&#233;confort aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment t'es-tu finalement retrouv&#233;e &#224; Idomeni ? Quelle est la particularit&#233; de ce camp, et quel y &#233;tait votre r&#244;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine avant notre d&#233;part, la &#171; crise &#187; d'Idomeni a commenc&#233;. Nous avons appris qu'une cuisine collective et itin&#233;rante s'&#233;tait install&#233;e depuis quelques mois aux alentours de ce petit village grec tout pr&#232;s de la Mac&#233;doine. Depuis la fermeture de la fronti&#232;re, d&#233;but mars, ce camp qui n'&#233;tait au d&#233;part qu'un lieu de passage s'est retrouv&#233; surpeupl&#233; : la population y est pass&#233;e de 4 000 &#224; 5 000 personnes jusqu'&#224; atteindre 13 000, 14 000 lorsque j'y &#233;tais. C'est un camp ouvert, donc non g&#233;r&#233; par les militaires, bien qu'il y ait une forte pr&#233;sence polici&#232;re sur place. Policiers qui, selon leur humeur, d&#233;cident de bloquer ou non l'arrivage et la distribution de nourriture, d'habits, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cuisine collective est compos&#233;e de gens de diverses nationalit&#233;s qui viennent essentiellement du milieu militant/anarchiste/punk squatteur. Il y a une grosse r&#233;pression polici&#232;re et beaucoup de surveillance, non seulement envers les r&#233;fugi&#233;s, mais aussi envers les volontaires, surtout les volontaires grecs. Ce collectif n'est pas une ONG, il fonctionne gr&#226;ce &#224; des donations priv&#233;es : on a besoin de 2 000 &#224; 3 000 euros par jour pour nourrir tout ce monde. Nous &#233;tions entre 40 et 70, selon les jours, &#224; cuisiner pour une fourchette de 7 000 &#224; 14 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#226;ches des diff&#233;rentes &#233;quipes sont de faire &#224; manger et servir la nourriture, faire circuler les informations sur les demandes de droit d'asile, distribuer habits, tentes, couettes, chaussures, produits sanitaires, couches, nourriture pour b&#233;b&#233;s, etc. Nous &#233;tions les seuls &#224; fournir de la nourriture chaude, de la soupe, sous une pluie incessante. Nous achetions les l&#233;gumes aux paysans locaux, qui nous donnaient de nombreux fruits, notamment des oranges, pour que les gens &#171; aient des vitamines &#187;. Une &#233;quipe a aussi construit une tente &#224; th&#233; o&#249; on servait quasi 24/24 du th&#233; et du caf&#233; ; une autre a mont&#233; une tente pour faire des activit&#233;s avec les enfants. Car il y a beaucoup d'enfants sur le camp, environ 30 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;fugi&#233;s disposent-ils d'une aide sur place pour r&#233;gulariser leur situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, M&#233;decins sans fronti&#232;res et le Haut Commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s sont pr&#233;sents pour fournir de l'aide officielle. Les trois proc&#233;dures majeures de r&#233;gularisation sont une blague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le programme de relocalisation, o&#249; les r&#233;fugi&#233;s posent une candidature mais sans pouvoir choisir un pays &#8211; la loterie, en somme. Beaucoup ne sont pas inform&#233;s qu'il peuvent refuser le pays dans lequel ils sont relog&#233;s s'il ne leur convient pas. Mais cela signifie une nouvelle demande, de nouveaux mois d'attente, et beaucoup ont peur de se retrouver dans des pays r&#233;put&#233;s hostiles comme la Serbie ou la Croatie. Ce programme est r&#233;serv&#233; aux Syriens, Iraquiens, &#201;rythr&#233;ens ; certaines nationalit&#233;s en sont exclues de fait, entre autres les Pakistanais, les Marocains, les Afghans&#8230; Pour ceux ne pouvant demander cette relocalisation, il y a le rapprochement familial. Mais il faut avoir un mari ou une &#233;pouse, un enfant mineur ou, pour les enfants mineurs, un parent direct qui soit &#233;tabli dans un pays europ&#233;en. Tout autre parent n'est pas consid&#233;r&#233; comme &#233;tant assez proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste ensuite la demande d'asile en Gr&#232;ce, mais connaissant la situation &#233;conomique du pays, peu de gens y voient une solution. Le plus aberrant est que tout commence par une demande via Skype, avec un seul cr&#233;neau de deux heures par jour pour tous les r&#233;fugi&#233;s. Le r&#233;seau est satur&#233;. De plus, il y a tr&#232;s peu de connexions &#224; Internet, et cela sous-entend qu'il faut avoir un smartphone ou un ordinateur, avoir trouv&#233; un acc&#232;s &#224; l'&#233;lectricit&#233;&#8230; Et ensuite, &#224; supposer qu'une personne ait r&#233;ussi &#224; parler &#224; quelqu'un, cet appel ne permet d'obtenir qu'un premier rendez-vous, environ deux mois plus tard, dans la ville du centre de demande d'asile dans laquelle elle a appel&#233;. Les r&#233;fugi&#233;s doivent s'y rendre par leur propres moyens sans pour autant &#234;tre assur&#233;s du r&#233;sultat, qui mettra des semaines &#224; arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que le deal avec la Turquie a chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord a eu des grosses cons&#233;quences sur le moral des gens. Une grosse majorit&#233; des r&#233;fugi&#233;s, toutes nationalit&#233;s confondues, sont pass&#233;s par la Turquie, y ont travaill&#233; treize heures par jour pour 150, 200&#8239;euros par mois avant de pouvoir reprendre leur p&#233;riple vers l'ouest. La plupart ne veulent surtout pas y retourner.
En attendant les d&#233;portations ou d'&#233;ventuelles relocalisations, les autorit&#233;s ont construit des camps militaires. Des bus entiers arrivent au camp d'Idomeni &#8211; que les autorit&#233;s veulent r&#233;duire, voire vider &#8211;&#8239;pour amener les r&#233;fugi&#233;s dans ces &#171; endroits avec des meilleures conditions &#187;, sans leur donner aucune information sur ces nouveaux camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains sont &#171; moins pires &#187;, d'autres atroces. Et tous, grillag&#233;s et entour&#233;s par l'arm&#233;e et la police. Il &#233;tait dur de recevoir des informations sur ces camps. Parfois nous &#233;tions autoris&#233;s &#224; rentrer, escort&#233;s par un militaire, parfois nous nous sommes heurt&#233;s &#224; une hostilit&#233; ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis ton retour, quel message veux-tu faire passer ? Vas-tu y retourner ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me choque le plus, c'est le manque d'information dont nous disposons : les luttes men&#233;es par des r&#233;fugi&#233;s ou la r&#233;pression qu'ils subissent ne sont pas relat&#233;es. Les r&#233;voltes, manifs, contestations ne sont pas m&#233;diatis&#233;es, et pourtant il y en a plein ! On a notamment assist&#233; &#224; un blocage d'autoroute, qui s'est termin&#233; en grosse bagarre avec les routiers, exc&#233;d&#233;s d'&#234;tre &#171; g&#234;n&#233;s &#187; dans leur travail par des gens &#171; ind&#233;sirables &#187;. Mais en g&#233;n&#233;ral, les gens du coin &#233;taient plut&#244;t solidaires et nous ont apport&#233; leur soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut de volontaire ind&#233;pendant permet d'instaurer des liens et une aide de proximit&#233; et de confiance. On ne peut rien changer au fond du probl&#232;me, mais au moins on peut montrer de la solidarit&#233;, fournir du support mat&#233;riel, de la nourriture, t&#233;moigner ; grandir en humanit&#233; : faire partie des gens qui ne les traitent pas comme des num&#233;ros, qui les regardent dans les yeux et leur montrent que tout le monde ne les a pas oubli&#233;s. Parce que c'est bien &#231;a qu'ils essayent de faire dans les &#171; nouveaux &#187; camps : les enfermer bien loin de tous et de tout, pour qu'on oublie leur existence, qu'on n'essaie surtout pas d'entrer en contact avec eux, d'&#233;couter ce qu'ils ont &#224; dire, demander, d&#233;noncer&#8230; J'y retourne d&#232;s que je peux, en juillet s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin, voir le &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Themas-Migrants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thema : &#034;Migrants&#034;&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Vers une intifada des r&#233;fugi&#233;s ? &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Vers-une-intifada-des-refugies</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Vers-une-intifada-des-refugies</guid>
		<dc:date>2014-03-18T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Dany&#232;s</dc:creator>


		<dc:subject>A. B.</dc:subject>
		<dc:subject>lutte</dc:subject>
		<dc:subject>politiques</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>retour</dc:subject>
		<dc:subject>camps</dc:subject>
		<dc:subject>Cisjordanie</dc:subject>
		<dc:subject>l'ONU</dc:subject>
		<dc:subject>raisons politiques</dc:subject>
		<dc:subject>l'UNRWA</dc:subject>
		<dc:subject>raisons</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Dheisheh, un camp au sud de Bethl&#233;em, plus de 10 000 personnes ont v&#233;cu, durant plus de trois semaines, au milieu des poubelles et au rythme des manifestations des enfants priv&#233;s d'&#233;cole . Nous avons rencontr&#233; Mahmoud, l'un des 150 travailleurs pour l'ONU dans le camp, en gr&#232;ve de la faim . Entretien. Deux mois de lutte. Dans le silence et l'indiff&#233;rence. D&#233;but f&#233;vrier, la gr&#232;ve des travailleurs de l'UNRWA (l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no119-fevrier-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;119 (f&#233;vrier 2014)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Dheisheh, un camp au sud de Bethl&#233;em, plus de 10 000 personnes ont v&#233;cu, durant plus de trois semaines, au milieu des poubelles et au rythme des manifestations des enfants priv&#233;s d'&#233;cole . Nous avons rencontr&#233; Mahmoud, l'un des 150 travailleurs pour l'ONU dans le camp, en gr&#232;ve de la faim . Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p05-palestine-enfants-cqfd119-e631c.jpg?1783023072' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par A. B.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux mois de lutte. Dans le silence et l'indiff&#233;rence. D&#233;but f&#233;vrier, la gr&#232;ve des travailleurs de l'UNRWA (l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s de Palestine dans le Proche-Orient) a pris fin dans les territoires palestiniens. Une demi-victoire, bien s&#251;r, pour les milliers d'employ&#233;s palestiniens de l'ONU qui assurent l'essentiel des services sociaux, d'&#233;ducation et de sant&#233; aupr&#232;s des r&#233;fugi&#233;s, au nombre de plus de 700 000 en Cisjordanie. Les gr&#233;vistes ont sign&#233; fin janvier un accord-cadre avec leur administration, qui devrait r&#233;soudre le contentieux sur leurs salaires, sans toutefois satisfaire leurs exigences politiques, &#224; propos de l'avenir des r&#233;fugi&#233;s et l'&#233;ternelle revendication du &#171; droit au retour &#187;. Mahmoud, travailleur social gr&#233;viste, rencontr&#233; d&#233;but janvier dans le camp de Dheisheh, nous raconte les raisons de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Pourquoi avoir commenc&#233; cette lutte ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mahmoud :&lt;/strong&gt; L'ONU pr&#233;tend actuellement conna&#238;tre une crise financi&#232;re qui l'emp&#234;che d'appliquer correctement la r&#233;solution 302 [qui a cr&#233;&#233; l'UNRWA en d&#233;cembre 1949 &#224; la suite de la guerre de 1948, acte de naissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, ndlr]. Cette crise financi&#232;re est un mensonge, un &#233;cran de fum&#233;e destin&#233; &#224; masquer des raisons politiques, des probl&#232;mes de corruption et des pressions internationales pro-isra&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous r&#233;clamez de meilleurs salaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnels de l'UNRWA qui travaillent en Cisjordanie sont moins bien pay&#233;s que ceux qui travaillent dans les camps au Liban ou en Jordanie par exemple. Une enveloppe de 22 millions de dollars avait &#233;t&#233; d&#233;bloqu&#233;e par l'ONU mais n'a jamais &#233;t&#233; revers&#233;e ici. Nous voulons informer et tenter de d&#233;faire la pression du gouvernement isra&#233;lien sur l'ONU. Nous souhaitons non seulement une &#233;quivalence de salaire, mais une meilleure reconnaissance de notre statut, l'arr&#234;t des contrats int&#233;rimaires et des licenciements pour raisons politiques. Comme partout, il y a beaucoup de ch&#244;mage ici. Il faudrait se contenter d'avoir du travail, quelle que soit sa r&#233;mun&#233;ration. C'est le principal argument de l'ONU pour ne pas accorder d'importance &#224; nos revendications. Pour le &#171; machin &#187; sis &#224; New York, nous employer, c'est d&#233;j&#224; nous faire une faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez parl&#233; de licenciements pour raisons politiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police palestinienne et l'arm&#233;e isra&#233;lienne passent dans notre camp au moins deux fois par semaine, vers trois heures du matin, pour pratiquer des arrestations arbitraires, qu'ils justifient par une lutte contre le terrorisme. L'ONU remercie les travailleurs s'ils sont arr&#234;t&#233;s ou s'ils ont des tendances politiques trop radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est organis&#233;e la gr&#232;ve &#224; travers toute la Cisjordanie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais d'Internet, de quelques podcasts et d'un journal qui a circul&#233; entre les camps. Il y a eu &#233;galement des assembl&#233;es de l'Union des travailleurs et des meetings afin de tenir inform&#233;e la population des camps des initiatives et des directions prises par le mouvement. Sur les dix-neuf camps, dix ont cr&#233;&#233; un centre d'organisation et de rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les rares &#233;chos m&#233;diatiques sur votre lutte se sont uniquement r&#233;sum&#233;s &#224; la demande de revalorisation des salaires. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, cette gr&#232;ve ne concernait que les droits de travailleurs palestiniens de l'ONU. Tr&#232;s rapidement, ces revendications ont gagn&#233; un terrain beaucoup plus g&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire celui de l'avenir des r&#233;fugi&#233;s dans les camps. Les enfants et toute une partie des camps se sont &#233;galement mobilis&#233;s, bloquant des rues, revendiquant l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole, de l'espace pour jouer et des conditions de vie d&#233;centes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous &#233;t&#233; entendus sur ces sujets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, &#224; Dheisheh, personne n'est venu se pr&#233;occuper de notre sort. Personne ne nous a donn&#233; la parole. Aucune des revendications n'a &#233;t&#233; entendue, ni par les repr&#233;sentants de l'autorit&#233; palestinienne, ni bien entendu par le gouvernement isra&#233;lien. Tout se d&#233;cide derri&#232;re le mur. Depuis les accords d'Oslo et le pr&#233;tendu projet d'un double &#201;tat, les plus r&#233;fractaires &#224; cette politique, c'est-&#224;-dire les r&#233;fugi&#233;s qui ont tout perdu, sont largement ignor&#233;s. L'essentiel est de les &#233;touffer, de laisser la situation se d&#233;grader au maximum. Cette strat&#233;gie-l&#224; est aussi celle de la nouvelle bourgeoisie affairiste de Ramallah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous l'avenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande question que posent les r&#233;fugi&#233;s, et que personne ne veut entendre, concerne le droit au retour. La r&#233;solution 194 de l'ONU, prise en d&#233;cembre 1948, affirme &#171; &lt;i&gt;qu'il y a lieu de permettre aux r&#233;fugi&#233;s qui le d&#233;sirent, de rentrer dans leurs foyers le plus t&#244;t possible et de vivre en paix avec leurs voisins &lt;/i&gt; &#187;. Je viens d'un petit village et j'esp&#232;re pouvoir y rentrer un jour pour cultiver la terre qui a &#233;t&#233; vol&#233;e &#224; ma famille. Je crois que les r&#233;fugi&#233;s ne sont pas pr&#232;s d'abandonner ce combat. M&#234;me les enfants se retrouvent sur cette position, ils br&#251;lent des ordures et organisent eux-m&#234;mes des manifestations. D&#233;but janvier, un enfant de six ans a voulu s'immoler. D&#232;s lors, il y a une seule et grande question &#224; se poser : combien de temps reste-t-il avant de grandes &#233;meutes ? Autrement dit, combien de temps avant une intifada des r&#233;fugi&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p05-palestine-cqfd119-9c159.jpg?1783023072' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par A. B.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;ternel retour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ils sont la blessure irr&#233;parable. Les r&#233;fugi&#233;s palestiniens ont perdu leurs terres et leurs habitations pendant la guerre de 1948-49 &#224; l'origine de la cr&#233;ation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Contraints &#224; l'exode &#8211; d&#233;part dont les conditions sont l'objet d'innombrables d&#233;bats d'historiens &#8211;, ils vivent en Jordanie, au Liban, en Syrie, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Leur statut, reconnu par l'UNRWA, a la particularit&#233; unique d'englober les victimes directes de la Nakba, la catastrophe de 1948, mais aussi leurs descendants. De presque 800 000 &#224; l'&#233;poque, ils sont d&#233;sormais plus de 5 millions de r&#233;fugi&#233;s, en ajoutant les exil&#233;s de la guerre des Six Jours en 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; camps de r&#233;fugi&#233;s &#187; constituent des quartiers pauvres et tr&#232;s denses, des petites villes dans la ville. Cr&#233;&#233; en 1949 pour assister temporairement les r&#233;fugi&#233;s, l'UNRWA, pr&#233;sent dans 59 camps, n'a jamais cess&#233; de voir son mandat renouvel&#233;. Pourtant, d&#232;s 1948, l'ONU avait reconnu le droit pour les &#171; &lt;i&gt; r&#233;fugi&#233;s qui le d&#233;sirent, de rentrer dans leurs foyers le plus t&#244;t possible&lt;/i&gt; &#187;. Ce &#171; droit au retour &#187; cristallise depuis cette &#233;poque les conflits avec le gouvernement isra&#233;lien. Son ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Avigdor Liberman, d&#233;clarait encore en janvier dernier qu'il ne permettrait pas le retour &#171; &lt;i&gt;m&#234;me d'un seul&lt;/i&gt; &#187; r&#233;fugi&#233; palestinien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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