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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Martine Vassal est-elle un cas grave ?</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Non, la pand&#233;mie du coronavirus ne nous rend pas tous &#233;gaux devant la mort, ni dans nos conditions de survie pendant la dur&#233;e de ce grand enfermement. Martine Vassal, candidate-h&#233;riti&#232;re LR &#224; la mairie de Marseille, n'est pas log&#233;e &#224; la m&#234;me enseigne que, par exemple, mon vieux p&#232;re. C'est pourquoi j'ai eu envie de lui dire deux mots. Madame Vassal, J'ai appris par la presse que vous aviez &#233;t&#233; test&#233;e positive au Covid-19. Avec vous, votre directrice de campagne, la d&#233;put&#233;e Val&#233;rie Boyer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fois" rel="tag"&gt;fois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Non, la pand&#233;mie du coronavirus ne nous rend pas tous &#233;gaux devant la mort, ni dans nos conditions de survie pendant la dur&#233;e de ce grand enfermement. Martine Vassal, candidate-h&#233;riti&#232;re LR &#224; la mairie de Marseille, n'est pas log&#233;e &#224; la m&#234;me enseigne que, par exemple, mon vieux p&#232;re. C'est pourquoi j'ai eu envie de lui dire deux mots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L346xH432/-1502-74fb7.jpg?1782644878' width='346' height='432' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Madame Vassal&lt;/strong&gt;,&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris par la presse que vous aviez &#233;t&#233; test&#233;e positive au Covid-19. Avec vous, votre directrice de campagne, la d&#233;put&#233;e Val&#233;rie Boyer &#8211; ainsi que votre colistier Yves Moraine et le d&#233;put&#233; Guy Teissier. Vous avez imm&#233;diatement &#233;t&#233; plac&#233;e en observation pour cinq jours &#224; l'Institut hospitalier universitaire M&#233;diterran&#233;e infection, &#224; la Timone &#8211; chez le professeur Didier Raoult. &#187;&lt;i&gt; Je suis assise dans un fauteuil, je lis un bon livre, je ne suis pas sous assistance respiratoire, &lt;/i&gt;d&#233;dramatisait pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Boyer depuis sa chambre d'isolement &#224; l'IHU. &lt;i&gt;[&#8230;] Tout va bien pour moi. &#187; &lt;/i&gt;Puis, plut&#244;t pimpantes, vous &#234;tes rentr&#233;es chez vous, traitement &#224; base de chloroquine en poche. Je m'en r&#233;jouis. Un peu surpris quand m&#234;me, quand on sait que, selon le m&#234;me &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, &#187;&lt;i&gt; la France limite l'acc&#232;s au test aux personnels soignants et aux cas les plus graves &#187;&lt;/i&gt;. Faut-il comprendre que vous et vos amis &#233;lus &#234;tes des cas graves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'ai d&#251; renoncer, avant m&#234;me d'&#234;tre confin&#233;, &#224; rendre visite &#224; mes vieux parents &#224; cause de maux de t&#234;te, courbatures, goutte au nez, gorge et bronches irrit&#233;es. Probablement un simple rhume des foins, mais dans le doute, je n'ai pas voulu prendre de risques. Mon toubib m'a conseill&#233; de rester &#224; la maison (&#231;a tombe bien) et de prendre du parac&#233;tamol : si la fi&#232;vre monte, si je m'&#233;touffe, et seulement dans ce cas, je serai &#233;ligible pour le d&#233;pistage. Lui et moi avons conscience de l'absurdit&#233; de la consigne : je dois attendre que mon cas s'aggrave pour avoir droit au test du coton-tige et, au pire, contribuer &#224; l'engorgement des unit&#233;s de r&#233;animation. Vous me voyez ravi de savoir que certains n'ont pas &#224; patienter jusqu'&#224; de tels extr&#234;mes &#8211; ni &#224; faire la queue pendant trois ou quatre heures sur le trottoir de l'IHU en bravant l'ordre de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisqu'il faut &#234;tre patient, je vais vous parler de mon p&#232;re. &#192; 89 ans, s&#233;v&#232;rement an&#233;mi&#233;, il devait &#234;tre op&#233;r&#233; mardi dernier d'une tumeur au colon. Mais on nous a annonc&#233; la veille qu'il passait sur liste d'attente. Avec tact, la chirurgienne m'a expliqu&#233; qu'elle pr&#233;f&#233;rait ne pas l'exposer &#224; &#171; la vague &#187; en &#233;tat de faiblesse post-op&#233;ratoire. J'ai compris qu'il s'agissait aussi de lib&#233;rer de la place en vue de ladite vague. Intuition confirm&#233;e quand j'ai expliqu&#233; que mon p&#232;re ne pouvait pas rentrer chez lui &#8211; ma m&#232;re s'absente trois fois par semaine pour aller en dialyse, et mon oncle, ma s&#339;ur et moi, confin&#233;s, ne pouvons plus la remplacer aupr&#232;s de lui dans ces moments-l&#224;. Bref silence embarrass&#233; &#224; l'autre bout du fil : &#187;&lt;i&gt; Bon, on va chercher une solution. &#187;&lt;/i&gt; Cinq jours plus tard, mon p&#232;re &#233;tait toujours en service chirurgie. On ne savait pas o&#249; l'installer &#171; en attendant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite parenth&#232;se : mon p&#232;re est hospitalis&#233; dans un &#233;tablissement situ&#233; aux portes de Marseille, &#224; la Penne-sur-Huveaune pour &#234;tre pr&#233;cis. En chantier permanent, cet h&#244;pital priv&#233; grignote &#224; belles dents les jardins et villas alentour pour s'agrandir au fur et &#224; mesure que l'h&#244;pital public d'Aubagne d&#233;p&#233;rit. D&#233;p&#233;rir, oui : l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; voulait m&#234;me fermer son unit&#233; de r&#233;animation en 2020 et d&#233;vier les flux vers l'h&#244;pital priv&#233;, alors que ce service vient &#224; peine d'&#234;tre r&#233;nov&#233; &#224; grands frais&#8230; Ce n&#233;faste projet fut abandonn&#233; gr&#226;ce aux protestations conjointes des soignants, des usagers et de certains &#233;lus. Au vu de la pr&#233;sente crise, il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que ces r&#233;sistants ont fait &#339;uvre de salut public &lt;i&gt;(voir reportage France 3, 13 octobre 2017)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre angoisse &#224; pr&#233;sent, c'est que mon p&#232;re s'&#233;teigne peu &#224; peu loin des siens. D&#233;shydrat&#233;, an&#233;mi&#233;, sous la menace d'une occlusion intestinale, il a du mal &#224; r&#233;aliser ce qui lui arrive. Chaque fois que nous parvenons &#224; l'avoir au t&#233;l&#233;phone, il faut lui expliquer pourquoi nous ne lui rendons plus visite. Le temps, pour lui, est devenu une contr&#233;e brumeuse, habit&#233;e par le seul passage des aides-soignantes. &#187;&lt;i&gt; C'est dur &#224; vivre&#8230; Vous me manquez &#187;&lt;/i&gt;, m'a-t-il chuchot&#233; avant-hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma s&#339;ur et moi (+ ma fille) sommes confin&#233;s chacun &#224; un bout de la ville. Ma m&#232;re ne sort de chez elle que pour aller se faire dialyser &#224; cinquante m&#232;tres de son homme. Sans pouvoir le voir. L'&#233;quipe m&#233;dicale a d'abord pens&#233; le caser temporairement en r&#233;&#233;ducation, mais le chef du service a fait niet : l'&#233;tage est r&#233;am&#233;nag&#233; en pr&#233;vision du pic &#233;pid&#233;mique. Un &#233;tablissement priv&#233; des environs, class&#233; r&#233;sidence avec services pour les seniors (SSR), o&#249; mon p&#232;re a d&#233;j&#224; pass&#233; trois mois apr&#232;s un AVC, a finalement accept&#233; de le recevoir. Il y sera transf&#233;r&#233; demain et y reverra, esp&#233;rons-le, des t&#234;tes connues. Mais l'inqui&#233;tude demeure : cette r&#233;sidence sp&#233;cialis&#233;e en r&#233;&#233;ducation et convalescence a-t-elle les moyens de g&#233;rer ce stand-by pr&#233;-op&#233;ratoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux m'emp&#234;cher de penser aux situations extr&#234;mes que conna&#238;t l'Italie, et que s'appr&#234;te &#224; affronter l'Espagne : devoir trier les malades, sacrifier les plus &#226;g&#233;s pour laisser les lits disponibles &#224; ceux qui, plus vigoureux, ont davantage de chances de survie. La presse espagnole redoute &#8211; et elle en constate d&#233;j&#224; les pr&#233;mices &#8211; une h&#233;catombe dans les maisons de retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la fatalit&#233; du virus, il sera difficile pour les populations de nos trois pays de ne pas faire le lien entre la p&#233;nurie de masques, de tests, de lits, d'appareils respiratoires&#8230; &#8211; c'est cette p&#233;nurie qui a rendu in&#233;vitable le confinement de masse &#8211;, et le m&#233;pris avec lequel les gouvernements ont ignor&#233; les cris d'alarme des personnels hospitaliers depuis des lustres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc, ch&#232;re madame, que vous et vos amis d&#233;put&#233;s, qui ont vot&#233; sans trembler, &#224; chaque l&#233;gislature, la &#171; rigueur budg&#233;taire &#187; qui d&#233;shabille le syst&#232;me de sant&#233; publique &#8211; et dont certains profitent au passage pour placer leurs billes dans la sant&#233; priv&#233;e (Renaud Muselier et Dominique Tian vont bien ? Mettront-ils leurs belles cliniques &#224; disposition de l'effort de guerre ?), voil&#224; qu'au moment le plus critique, vous courez vous r&#233;fugier entre les mains expertes de l'h&#244;pital public, en grillant au passage la politesse au commun des mortels. C'est un peu gonfl&#233;, &lt;i&gt;isn't it ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me direz qu'il faut bien que nos dirigeants soient sains et forts pour affronter la crise sanitaire. C'est vrai. Vivement que vous continuiez &#224; vous contrefoutre des familles &#233;vacu&#233;es et entass&#233;es dans des chambres d'h&#244;tel ; &#224; laisser des dizaines de mineurs isol&#233;s &#224; la rue (en tant que pr&#233;sidente du d&#233;partement, c'est de votre comp&#233;tence) ; &#224; remettre &#224; l'an p&#232;bre la lutte contre le mal-logement (en tant que pr&#233;sidente de la m&#233;tropole, c'est aussi de votre comp&#233;tence) &#8211; rappelons que 100 000 Marseillais se retrouvent aujourd'hui confin&#233;s dans des habitations exig&#252;es, insalubres, voire dangereuses. Avec la pand&#233;mie, le retard pris sur ces urgences sociales risque d'avoir des cons&#233;quences dramatiques. Et alors que le coronavirus a voyag&#233; vite gr&#226;ce &#224; l'hypermobilit&#233; de la &#171; mondialisation heureuse &#187; (hommes d'affaires, diplomates, croisi&#233;ristes), les victimes en bout de cha&#238;ne seront surtout les populations les plus fragiles. Merci qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous et moi le savons bien : vous n'allez rien apprendre de la catastrophe actuelle qui vous renvoie pourtant &#224; la grande mis&#232;re morale de vos choix. Pour vous, c'est juste une question de survie politique. Confin&#233;e dans votre arrogance, vous ne ferez aucun &lt;i&gt;mea culpa&lt;/i&gt; une fois la crise pass&#233;e. Au contraire, vous serez tent&#233;e, comme votre mentor apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, de profiter de l'&#233;tat de choc et d'&#233;puisement de la population pour acc&#233;l&#233;rer les processus de d&#233;possession en cours (vous avez lu &lt;i&gt;La Strat&#233;gie du choc&lt;/i&gt; de Naomi Klein ?). Au local comme au global, le public sera une fois de plus mobilis&#233; pour renflouer le priv&#233;. Et les gros poissons boufferont les petits mis &#224; sec par la quarantaine (Amazon s'en donne d&#233;j&#224; &#224; c&#339;ur joie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi d'insister. Mes parents ont &#233;t&#233; aiguill&#233;s vers l'h&#244;pital priv&#233; sans que personne ne demande leur avis &#8211; avec en revanche la b&#233;n&#233;diction de la s&#233;curit&#233; sociale. Au d&#233;but, ils ont un peu r&#226;l&#233;, attach&#233;s qu'ils sont au service public. Puis ils se sont habitu&#233;s. Dans le priv&#233; aussi, il y a des soignants comp&#233;tents et humains. Mais les m&#339;urs y sont diff&#233;rentes : un jour, ma m&#232;re, qui encha&#238;nait une br&#232;ve hospitalisation avec sa s&#233;ance de dialyse et passait d'un service &#224; l'autre en marchant cahin-caha, s'est vu poursuivie dans les couloirs par une dame brandissant une facture. &#187;&lt;i&gt; Comme une voleuse ! Ils ont cru que j'allais partir sans payer&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, racontera ma pauvre m&#232;re, vex&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on y faire ? L'h&#244;pital public se meurt. La derni&#232;re fois que mon p&#232;re a &#233;t&#233; emmen&#233; &#224; celui d'Aubagne, je l'ai retrouv&#233; aux urgences sur un brancard abandonn&#233; dans une pi&#232;ce aveugle. &#199;a ressemblait plus &#224; un local technique qu'&#224; une salle d'attente. Des taches d'humidit&#233;, une peinture moche et craquel&#233;e&#8230; On se serait presque cru dans un d&#233;cor de &lt;i&gt;La Cit&#233; des enfants perdus&lt;/i&gt;. Ce n'&#233;tait pas la faute du personnel, mais faute de personnel. Et donc de volont&#233; politique. Alors &#224; quoi bon ? En route vers le priv&#233;. Jusqu'&#224; la prochaine crise sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, Mme Vassal, je vous souhaite un prompt r&#233;tablissement et, &#171; en m&#234;me temps &#187;, une bonne rechute &#233;lectorale au second tour des municipales. Pour le reste, de plus en plus de gens savent que les batailles les plus d&#233;cisives pour stopper vos politiques mortif&#232;res ne se m&#232;nent pas depuis les institutions, mais dans la rue, dans nos quartiers, &#224; partir de nos solidarit&#233;s pratiques et de nos libres associations &#8211; tout ce contre quoi M. Macron et les v&#244;tres sont en guerre. Sachez que lorsque nous sortirons de ce mauvais film de science-fiction, nous serons heureux de nous retrouver ensemble &#224; l'air libre pour c&#233;l&#233;brer nos retrouvailles avec la vie. Mais nous serons aussi en col&#232;re. Nous n'oublierons pas. &lt;i&gt;Salute !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marseille, le mardi 24 mars 2020
&lt;p&gt;BLeD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Cette lettre ouverte a &#233;t&#233; publi&#233;e initialement sur &lt;a href=&#034;https://marsactu.fr/agora/martine-vassal-est-elle-un-cas-grave&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le blog&lt;/a&gt; de BLeD h&#233;berg&#233; par le journal local d'investigation &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://marsactu.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marsactu&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Adieu Baumettes &#187; : une op&#233;ration d'enfumage</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Adieu-Baumettes-une-operation-d</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rabha Attaf</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
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		<dc:subject>l'administration p&#233;nitentiaire</dc:subject>
		<dc:subject>Adieu Baumettes</dc:subject>
		<dc:subject>p&#233;nitentiaire</dc:subject>
		<dc:subject>visite</dc:subject>
		<dc:subject>directrice adjointe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelques mois avant la d&#233;molition des Baumettes &#171; historiques &#187;, l'administration p&#233;nitentiaire a ouvert l'ancienne prison au public. Journaliste et militante des droits humains, auteure en 2018 d'un rapport accablant sur le sujet, Rabha Attaf a tent&#233; d'effectuer cette visite touristique. Mais pour avoir pos&#233; des questions qui f&#226;chent, elle en a &#233;t&#233; expuls&#233;e illico. Voici son r&#233;cit. L'annonce se voulait aguicheuse : &#171; Ouverture au public du 18 septembre au 30 novembre : venez visiter les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no183-janvier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;183 (janvier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baumettes" rel="tag"&gt;Baumettes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-administration-penitentiaire" rel="tag"&gt;l'administration p&#233;nitentiaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Adieu-Baumettes" rel="tag"&gt;Adieu Baumettes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/penitentiaire" rel="tag"&gt;p&#233;nitentiaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/visite" rel="tag"&gt;visite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/directrice-adjointe" rel="tag"&gt;directrice adjointe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques mois avant la d&#233;molition des Baumettes &#171; historiques &#187;, l'administration p&#233;nitentiaire a ouvert l'ancienne prison au public. Journaliste et militante des droits humains, auteure en 2018 d'un rapport accablant sur le sujet, Rabha Attaf a tent&#233; d'effectuer cette visite touristique. Mais pour avoir pos&#233; des questions qui f&#226;chent, elle en a &#233;t&#233; expuls&#233;e illico. Voici son r&#233;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1413-fff6b.jpg?1782766249' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L'&lt;/span&gt;annonce se voulait aguicheuse : &#171; &lt;i&gt;Ouverture au public du 18 septembre au 30 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;novembre : venez visiter les Baumettes avant d&#233;molition du site historique.&lt;/i&gt; &#187; Exemple embl&#233;matique de l'indignit&#233; des conditions de d&#233;tention, la vieille prison des Baumettes, ferm&#233;e en 2018, doit en effet &#234;tre d&#233;molie courant 2020. Elle laissera place &#224; une nouvelle ge&#244;le, Baumettes 3, construite sur le m&#234;me mod&#232;le que&#8230; Baumettes 2. Ouverte en mai 2017, cette nouvelle prison, attenante &#224; l'ancienne, pose d&#233;j&#224; de nombreux probl&#232;mes structurels &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans m&#234;me parler de l'architecture s&#233;curitaire et d&#233;shumanis&#233;e des lieux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s dans le rapport &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre p&#233;nitentiaire de Marseille : des conditions de d&#233;tentions d&#233;gradantes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; de janvier 2018 que j'avais dirig&#233; pour Confluences, une ONG de d&#233;fense des droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet automne, dans le cadre d'une campagne de communication intitul&#233;e &#171; Adieu Baumettes &#187;, l'administration p&#233;nitentiaire a donc install&#233;, au sein de la prison historique, un mus&#233;e &#233;ph&#233;m&#232;re. Cens&#233; &#234;tre ouvert au grand public, il n'a finalement accueilli qu'une population assez homog&#232;ne. C'est que pour faire la visite, il fallait s'inscrire par Internet. Le nombre de visiteurs &#233;tait limit&#233; &#224; vingt par session, r&#233;parties sur quatre jours chaque semaine. R&#233;sultat : quinze jours apr&#232;s l'inauguration, toutes les places &#233;taient r&#233;serv&#233;es. En grande partie par des proches des personnels de l'administration p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parviens tout de m&#234;me &#224; m'inscrire deux fois. Lors de ma premi&#232;re visite, le 27 septembre, les journalistes sont nombreux. L'administration p&#233;nitentiaire fait les choses en grand. Un d&#233;l&#233;gu&#233; du minist&#232;re de la Justice et une repr&#233;sentante de la direction interr&#233;gionale de la p&#233;nitentiaire sont pr&#233;sents, avec un public tri&#233; sur le volet. La visite se fait au pas de course, guid&#233;e par la directrice adjointe de la prison des Baumettes 2 qui d&#233;bite un discours th&#233;orique et aseptis&#233;, ne laissant aucun espace &#224; des questions concr&#232;tes concernant les conditions de d&#233;tention. Il faut donc se contenter de faire le parcours du d&#233;tenu, depuis le sas d'entr&#233;e jusqu'au &#171; quartier des arrivants &#187;. En guise de mise en immersion, la d&#233;ambulation se fait sur fond de bruitages, dont celui de la cour de promenade &#8211; musique techno &#8211; laisse dubitatif. Clou du spectacle : la guillotine, install&#233;e pour l'occasion dans un couloir (c'est aux Baumettes qu'eut lieu, le 10 septembre 1977, la derni&#232;re ex&#233;cution capitale en France, celle de Hamida Djandoubi).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est comme cela que vous traitez les d&#233;tenus ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 4 octobre, deuxi&#232;me visite. J'arrive avec ma fille. &#192; peine ai-je rejoint le groupe de visiteurs qu'un surveillant-chef m'interpelle : &#171; &lt;i&gt;C'est la deuxi&#232;me fois que vous venez, vous n'avez pas compris la premi&#232;re fois&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Du tac au tac, je r&#233;ponds : &#171; &lt;i&gt;La premi&#232;re fois, je suis venue dans le cadre de la presse, aujourd'hui je suis l&#224; &#224; titre priv&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite commence. Un ex-directeur adjoint de la direction interr&#233;gionale nous raconte rapidement l'histoire de la prison devant une vitrine o&#249; sont expos&#233;s d'anciens instruments de contention, avant de passer la main &#224; la directrice adjointe des Baumettes 2, improvis&#233;e guide pour toutes les visites. Elle annonce qu'on peut poser des questions, mais pr&#233;cise aussit&#244;t que le temps est compt&#233;. Nous sommes alors introduits dans le couloir d'arriv&#233;e des personnes mises sous mandat de d&#233;p&#244;t, puis nous passons devant les cabines individuelles d'attente. Nous p&#233;n&#233;trons ensuite dans le local de la fouille au corps, o&#249; se trouve la cabine de d&#233;shabillage de l'arrivant. Premi&#232;re pause explicative sur les effets personnels non autoris&#233;s et la remise du paquetage &#171; d&#233;tenus &#187; (couverture, draps, couverts, produits d&#233;tergents, dentifrice, brosse &#224; dents). Le d&#233;tenu doit cantiner (acheter) les autres objets dont il a besoin. &#192; condition, bien s&#251;r, d'en avoir les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe s'arr&#234;te ensuite dans le sas d'attente, devant le bureau des comptes nominatifs. Notre guide explique alors que les d&#233;tenus peuvent recevoir de l'argent et que les indigents per&#231;oivent une aide. Je pose ma premi&#232;re question : &#171; &lt;i&gt;Quel est le montant de cette aide&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;10 &#224; 20 &#8364; par mois&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-elle, g&#234;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nous montons au premier &#233;tage, je remarque que la guide me surveille du coin de l'&#339;il. Je pense qu'elle m'a reconnue ; mon nom ne lui &#233;tait sans doute pas inconnu. Mon rapport avait produit son effet : le directeur de la prison, J&#233;rome Piney, avait &#233;t&#233; mut&#233; un an seulement apr&#232;s sa prise de fonction. Durant son passage aux Baumettes, deux suicides et un tabassage &#224; mort d'un d&#233;tenu avaient eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, nous entrons dans le &#171; quartier des arrivants &#187;, repeint pour l'occasion. La guide explique alors que tout est fait pour pr&#233;venir les suicides, que les surveillants sont form&#233;s pour cela, et que les sujets &#224; risque n'y sont pas enferm&#233;s seuls, etc. Je pose alors ma seconde question : &#171; &lt;i&gt;Alors pourquoi y a-t-il de nombreux suicides aux Arrivants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;La prison des Baumettes a le nombre de suicides le plus &#233;lev&#233; de France, mais c'est proportionnel &#224; la population&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-elle un peu agac&#233;e. J'ose alors une relance : &#171; &lt;i&gt;Comment se fait-il qu'un jeune d&#233;tenu, Bilal Elabdani, signal&#233; &#224; son arriv&#233;e comme souffrant d'une maladie psychiatrique, ait r&#233;ussi &#224; se suicider la nuit de son incarc&#233;ration&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, la directrice adjointe perd son sang-froid : &#171; &lt;i&gt;C'est la deuxi&#232;me fois que vous venez, sortez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Elle me saisit fermement par l'&#233;paule en faisant signe &#224; l'un des surveillants qui accompagnent le groupe. &#171; &lt;i&gt;Ne me touchez pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, dis-je en me d&#233;gageant. &#171; &lt;i&gt;Pour qui vous prenez-vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, s'emporte-t-elle, rouge de col&#232;re. Je r&#233;plique : &#171; &lt;i&gt;C'est comme cela que vous traitez les d&#233;tenus&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contr&#244;ler les visiteurs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je quitte ensuite les lieux, escort&#233;e par un surveillant confus qui m'explique que l'administration p&#233;nitentiaire a limit&#233; les inscriptions &#224; vingt personnes pour &#171; &lt;i&gt;contr&#244;ler les visiteurs&lt;/i&gt; &#187;, mais que des personnes de la maison sont rajout&#233;es au dernier moment. Effectivement, ce jour-l&#224; encore, la majorit&#233; du public a un lien avec l'administration p&#233;nitentiaire, &#224; l'exception d'un couple de jeunes &#233;tudiants en droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#224; l'ext&#233;rieur, j'attends sagement le reste du groupe sur un banc. Les deux &#233;tudiants viennent me dire qu'ils ne sont pas dupes du discours qui leur a &#233;t&#233; servi. Mais une r&#233;f&#233;rente Spip (Service p&#233;nitentiaire d'insertion et de probation) &#224; la retraite m'interpelle aussi. Selon elle, ma question &#233;tait orient&#233;e et la visite &#233;tait historique &#8211; comme dans un mus&#233;e. Je r&#233;ponds que mes questions factuelles ne concernaient que les propos tenus par la directrice adjointe et que la population incarc&#233;r&#233;e aux Baumettes depuis son ouverture fait aussi partie de l'Histoire. Ma fille, enfin, me rapporte que la suite de la visite s'est d&#233;roul&#233;e au pas de course, et sans aucune question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Adieu Baumettes ? &#187; une op&#233;ration de communication obsc&#232;ne qui ne visait qu'&#224; renforcer l'opacit&#233; de mise concernant les conditions de d&#233;tention. Aux Baumettes 2, la surpopulation s'est aggrav&#233;e : 916 personnes d&#233;tenues au 31 octobre 2019, pour une capacit&#233; op&#233;rationnelle de 614 places &#8211; soit une densit&#233; de 149,2 %. Selon les t&#233;moignages de plusieurs familles, leur souffrance psychologique s'est accrue &#8211; du fait du manque d'interactions humaines et de la surveillance &#233;lectronique. Paradoxalement, ceux qui avaient connu les cellules v&#233;tustes des Baumettes historiques y vivaient mieux, car ils pouvaient s'y balader sans &#234;tre sous l'&#339;il de cam&#233;ras et &#233;changer ne serait-ce qu'avec les surveillants. Aujourd'hui, ceux-ci, toujours en sous-effectif, passent souvent leurs nuits seuls, bloqu&#233;s devant leurs &#233;crans de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rabha Attaf&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sans m&#234;me parler de l'architecture s&#233;curitaire et d&#233;shumanis&#233;e des lieux, notons que les cellules ne comportent pas de syst&#232;me de chauffage et qu'elles sont tr&#232;s mal isol&#233;es. Il n'y a pas d'eau chaude pour les douches. Quant aux parloirs, ils ont &#233;t&#233; inond&#233;s &#224; la premi&#232;re forte averse. Par temps de canicule, il y r&#232;gne une temp&#233;rature suffocante sans qu'aucune ventilation ait &#233;t&#233; pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Centre p&#233;nitentiaire de Marseille : des conditions de d&#233;tentions d&#233;gradantes et inhumaines persistantes.&lt;/i&gt; Disponible &lt;a href=&#034;http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22588&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Appelez-moi d&#232;s que vous touchez l'eau &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Appelez-moi-des-que-vous-touchez-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Appelez-moi-des-que-vous-touchez-l</guid>
		<dc:date>2019-12-17T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Poilvet</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>faut</dc:subject>
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		<dc:subject>Maroc</dc:subject>
		<dc:subject>Alarm Phone</dc:subject>
		<dc:subject>fois</dc:subject>
		<dc:subject>Phone</dc:subject>
		<dc:subject>Alarm</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;part</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le r&#233;seau militant Alarm Phone fournit une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes migrantes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e. Apr&#232;s plusieurs tentatives de travers&#233;es avort&#233;es, Ousmane s'est appliqu&#233; &#224; soutenir ses compagnons d'exil derri&#232;re le combin&#233;. CQFD l'a rencontr&#233; &#224; Dakar cet &#233;t&#233;. Ousmane a la quarantaine bien entam&#233;e, pourtant il fait beaucoup plus jeune. Avec sa courte barbe, son air juv&#233;nile, son rire de gamin et son T-shirt orange &#171; Game on ! &#187;, il a de faux airs d'adolescent. Ne pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Quentin-Poilvet" rel="tag"&gt;Quentin Poilvet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alarm" rel="tag"&gt;Alarm&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/depart" rel="tag"&gt;d&#233;part&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;seau militant Alarm Phone fournit une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes migrantes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e. Apr&#232;s plusieurs tentatives de travers&#233;es avort&#233;es, Ousmane s'est appliqu&#233; &#224; soutenir ses compagnons d'exil derri&#232;re le combin&#233;. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'a rencontr&#233; &#224; Dakar cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH488/-1388-efc51.jpg?1782645771' width='400' height='488' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Quentin Poilvet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;usmane a la quarantaine bien entam&#233;e, pourtant il fait beaucoup plus jeune. Avec sa courte barbe, son air juv&#233;nile, son rire de gamin et son T-shirt orange &#171; &lt;i&gt;Game on&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, il a de faux airs d'adolescent. Ne pas s'y fier : l'homme a travers&#233; bien des temp&#234;tes, dont une implication dans le mouvement s&#233;n&#233;galais de contestation Y en a marre&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'entretien avec l'un des fondateurs de ce mouvement publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un long s&#233;jour au Maroc pour tenter de rejoindre l'Europe et un engagement prolong&#233; au sein du r&#233;seau Alarm Phone. Il raconte ici quelques p&#233;rip&#233;ties de son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Exil et travers&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis parti du S&#233;n&#233;gal en 2014, &#224; une &#233;poque o&#249; j'avais l'impression de stagner dans ma vie. Apr&#232;s m'&#234;tre beaucoup impliqu&#233; dans le mouvement Y en a marre et dans la vie de mon quartier, je m'&#233;tais mari&#233; et avais quitt&#233; la maison familiale. J'avais un boulot stable, mais &#231;a restait tr&#232;s compliqu&#233; : le salaire suffisait &#224; peine pour payer le loyer, les charges et la nourriture. On avait un enfant et m&#234;me pas de quoi meubler l'appartement, tout &#231;a alors que je travaillais comme un fou, voyant tr&#232;s rarement ma famille. Ce n'&#233;tait pas une vie. Tout est de plus en plus dur au S&#233;n&#233;gal, et donc je comprends les petits qui prennent la mer. Ils n'ont pas le choix. Tout le monde dit : &#8220;&lt;i&gt;Ils se sont suicid&#233;s.&lt;/i&gt;&#8221; Mais non, ils ont tout donn&#233; et &#231;a n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc parti au Maroc, presque sur un coup de t&#234;te, avec l'id&#233;e de passer en Europe. Mais &#231;a n'a pas march&#233;. J'ai tent&#233; quatorze fois la travers&#233;e ! &#192; l'&#233;poque, c'&#233;tait moins compliqu&#233;, il y avait moins de r&#233;pression et tu pouvais souvent retenter. Mais je n'ai pas eu de chance et mes &#233;conomies ont fondu. Sans argent pour faire la route dans l'autre sens, j'&#233;tais coinc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai v&#233;cu deux naufrages. La premi&#232;re fois, le bateau s'est d&#233;gonfl&#233;, et on a d&#251; s'agripper aux d&#233;bris pendant deux heures avant que les secours n'arrivent. Lors d'une autre tentative, un jeune Guin&#233;en est tomb&#233; &#224; l'eau &#224; plusieurs reprises. On l'a remont&#233; une fois, deux fois... La derni&#232;re, on a mis un certain temps &#224; le retrouver et quand on l'a hiss&#233; &#224; bord, il &#233;tait tr&#232;s mal. J'ai tent&#233; de le r&#233;animer, mais les conditions ne s'y pr&#234;taient pas. Il est mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zones de passage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fonction des points de passage, les &#8220;programmes&#8221; &lt;i&gt;[Les convois qui tentent la travers&#233;e, NDLR] &lt;/i&gt;s'organisent diff&#233;remment. Moi, j'&#233;tais &#224; Tanger. L&#224;-bas, toute la pr&#233;paration se passe en ville. Tu t'y retrouves, puis tu dois la traverser en petits groupes, avant de passer par la for&#234;t pour atteindre la mer. On faisait souvent appel aux Gambiens pour les zones foresti&#232;res, parce que ce sont des pros en la mati&#232;re. Mais il y avait d'autres choses &#224; r&#233;gler pour que le programme se passe bien, notamment le business avec les officiers et les militaires, pour qu'ils s'&#233;cartent au bon moment &#8211; la mafia faisant office d'interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Nador, c'est diff&#233;rent, les groupes sont plus massifs. Tu d&#233;places les gens dans la for&#234;t, puis ils patientent jusqu'au d&#233;part. Ce sont de grands programmes, qui mobilisent des embarcations &#224; moteur, l'inverse de Tanger o&#249; tu te retrouves &#224; ramer &#224; douze sur un bateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre que tout varie selon le point de d&#233;part. Si tu prends Tanger, tu peux partir de diff&#233;rentes zones &lt;i&gt;[Il montre une carte sur son smartphone]&lt;/i&gt; : par exemple Polo 5, Polo 7, Polo 12. L&#224;, la travers&#233;e est presque directe, mais la plupart des gens choisissent de partir d'endroits moins surveill&#233;s, quitte &#224; faire beaucoup de mer et &#224; se mettre en danger &#224; cause des courants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La bou&#233;e Alarm Phone&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 2015, j'en avais marre. Le Maroc &#233;tait trop dur et je voulais retourner au S&#233;n&#233;gal. C'est &#224; ce moment que j'ai rencontr&#233; Alarm Phone &lt;i&gt;[AP, lire ci-contre]&lt;/i&gt;. &#199;a a tout chang&#233; pour moi, &#231;a donnait du sens. Au d&#233;part, c'&#233;tait simple : je distribuais des cartes AP avec le num&#233;ro &#224; appeler en cas de d&#233;tresse pour ceux qui partaient. Puis j'ai d&#233;cid&#233; de donner mon num&#233;ro personnel. Je leur disais : &#8220;&lt;i&gt;Appelez-moi d&#232;s que vous touchez l'eau.&lt;/i&gt;&#8221; &#199;a avait ses avantages, parce que &#231;a facilitait les &#233;changes, mais la communication n'&#233;tait pas s&#233;curis&#233;e et j'&#233;tais mobilis&#233; 24 h / 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu prends beaucoup sur toi en faisant &#231;a. Par exemple, il faut ma&#238;triser la m&#233;t&#233;o &#8211; ce qui &#233;tait mon cas parce que j'ai travaill&#233; dans la marine marchande. Et il faut &#234;tre tr&#232;s rigoureux : d&#232;s qu'on t'appelle pour te dire &#8220;&lt;i&gt;&#199;a part&lt;/i&gt;&#8221;, il faut demander le nombre de femmes, d'enfants, etc. Et ensuite fixer un rendez-vous t&#233;l&#233;phonique toutes les heures, pour v&#233;rifier les positions, voir s'il y a une avarie ou un probl&#232;me particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, il faut savoir parler aux gens, sachant qu'ils sont dans un &#233;tat de stress &#233;norme, parfois dans le noir, en pleine mer, avec un bateau peu fiable. Si j'arrivais &#224; bien leur parler, c'&#233;tait aussi gr&#226;ce &#224; mon exp&#233;rience : je connaissais &#231;a, je pouvais me mettre &#224; leur place &#8211; ce qu'ils vivaient &#224; ce moment m'&#233;tait familier. J'essayais de ne pas les brusquer, de faire baisser la pression. Il arrivait qu'ils continuent &#224; m'appeler pour me demander des conseils apr&#232;s avoir fait &lt;i&gt;boza&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[r&#233;ussir la travers&#233;e]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Naufrages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand un bateau ne r&#233;pondait plus, j'essayais de me renseigner. Peut-&#234;tre que le r&#233;seau ne passait plus, qu'il y avait un probl&#232;me de portable, mais peut-&#234;tre aussi qu'ils avaient fait naufrage. J'ai v&#233;cu des p&#233;riodes pendant lesquelles il y en avait plusieurs par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, je devais me rendre &#224; la morgue pour tenter d'identifier des corps. Une &#233;preuve : les noy&#233;s sont souvent dans un &#233;tat terrible, d&#233;form&#233;s. Quand tu n'as plus rien &#224; quoi te raccrocher, tu t'agrippes &#224; toi-m&#234;me : j'ai vu des morts avec les oreilles arrach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'ils &#233;taient identifi&#233;s, il fallait contacter les proches. Parfois on me r&#233;pondait que c'&#233;tait impossible : &#8220;&lt;i&gt;Mon fils n'est pas au Maroc, ce n'est pas lui.&lt;/i&gt;&#8221; Certaines familles ne savaient pas o&#249; se trouvaient ceux qui sont partis, ou bien mettaient un moment &#224; accepter la r&#233;alit&#233;. Elles d&#233;cidaient ensuite si elles voulaient faire rapatrier le corps &#8211; une op&#233;ration tr&#232;s ch&#232;re. Parfois elles me demandaient juste d'envoyer une dent, ou son dernier T-shirt. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vie n'est pas facile pour les Subsahariens au Maroc : le racisme est omnipr&#233;sent et la police tr&#232;s violente. Quand je suis arriv&#233;, il y avait peu d'entraide. Entre migrants des diff&#233;rentes communaut&#233;s, on &#233;tait m&#233;fiants. Puis on a commenc&#233; &#224; se rapprocher pour faire front. On ne voulait plus baisser la t&#234;te et rester terr&#233;s. C'est comme &#231;a qu'on s'est retrouv&#233;s &#224; faire une manifestation de protestation, tous ensemble. Si tout le monde a fini embarqu&#233; par la police et d&#233;port&#233; dans le sud du pays, l'essentiel &#233;tait ailleurs : on s'&#233;tait rebell&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;galement trouv&#233; des formes d'organisation collective. Comme il n'est pas question d'aller voir la police marocaine quand il y a des probl&#232;mes, il faut trouver des m&#233;canismes collectifs &#8211; avec pas mal de cas r&#233;gl&#233;s &#224; l'amiable. Au c&#339;ur de ce syst&#232;me, il y a les pr&#233;sidents, ou &lt;i&gt;chairmen&lt;/i&gt;, un par communaut&#233;. Ils se retrouvent r&#233;guli&#232;rement dans une structure collective qui apporte des solutions quand il y a des probl&#232;mes. J'&#233;tais tr&#232;s impliqu&#233; l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par quitter Tanger et le Maroc parce que j'&#233;tais dos au mur. &#199;a devenait risqu&#233; pour moi, la police ne me laissait pas en paix. Et puis ma m&#232;re &#233;tait malade. Depuis que je suis rentr&#233;, je reste impliqu&#233; dans le r&#233;seau Alarm Phone, &#224; distance, mais je stresse. Je me demande : qui est l&#224;-bas ? Qui g&#232;re l'identification des corps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye aussi de raconter ici comment &#231;a se passe au Maroc, pour que les candidats &#224; l'Europe sachent &#224; quoi s'en tenir avant de partir. Au S&#233;n&#233;gal, les gens ne sont pas pr&#234;ts &#224; entendre la r&#233;alit&#233; sur ceux qui partent, sur les travers&#233;es, sur les morts. C'est tabou. Ils disent que ceux qui disparaissent sont des inconscients qui voulaient mourir. C'est loin d'&#234;tre le cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard et Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Alarm Phone : r&#233;pondre &#224; l'h&#233;catombe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alarm Phone (AP) est un r&#233;seau international qui propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en situation de d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e, gr&#226;ce &#224; un num&#233;ro joignable 24 h / 24. AP ne dispose pas de moyens de sauvetage, mais s'occupe d'alerter les secours, de s'assurer de leur intervention en mettant la pression si besoin. Le r&#233;seau regroupe plus de 200 militant&#8226;es, pr&#233;sent&#8226;es dans une douzaine de pays de part et d'autre de la M&#233;diterran&#233;e. Le num&#233;ro d'urgence, accompagn&#233; d'informations sur la s&#233;curit&#233; en mer, est distribu&#233; dans les communaut&#233;s de migrant&#8226;es des zones de d&#233;part, gr&#226;ce &#224; des relais et militant&#8226;es sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe trois principales routes de passage&lt;/strong&gt; : la mer &#201;g&#233;e (entre la Turquie et la Gr&#232;ce), la M&#233;diterran&#233;e centrale (o&#249; les d&#233;parts se font depuis la Libye ou la Tunisie) et l'Ouest m&#233;diterran&#233;en (principalement pour les travers&#233;es du Maroc vers l'Espagne). La situation des pays de d&#233;part &#233;volue tr&#232;s vite, tout comme les politiques des pays d'arriv&#233;e, et cela influe sur la fr&#233;quentation des diff&#233;rentes routes. Celle passant par le Maroc a par exemple &#233;t&#233; moins utilis&#233;e pendant plusieurs ann&#233;es, mais est &#224; nouveau tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, cons&#233;quence de l'enfer que vivent les personnes migrantes en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En plus d'assurer les permanences t&#233;l&#233;phoniques&lt;/strong&gt;, AP fournit (via son organisation-s&#339;ur Watch The Med&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Watchthemed.net.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;) un important travail de documentation des naufrages et des cas de refoulement ill&#233;gal, tout en communiquant r&#233;guli&#232;rement sur la situation, d&#233;non&#231;ant l'Europe forteresse et r&#233;p&#233;tant inlassablement que les fronti&#232;res tuent. Lutter contre la mort en mer, pour la libert&#233; de circulation de toutes et tous, mais aussi contre l'oubli des milliers de personnes disparaissant sur les routes, souvent anonymement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cinq ans d'existence&lt;/strong&gt;, AP a &#233;t&#233; en contact avec plus de 2 800 bateaux. Une solidarit&#233; internationale en actes, qui ne l&#226;che rien malgr&#233; une r&#233;pression croissante et l'accumulation des morts. Les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) &#224; ce propos sont &#233;tourdissants. Depuis 2014, 17 000 personnes auraient disparu en mer, dont 900 depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne meurt pas qu'en mer. L'OIM estime &#224; plus de 30 000 les d&#233;c&#232;s dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. L'externalisation des fronti&#232;res europ&#233;ennes rend les travers&#233;es toujours plus dangereuses. Si le nombre de d&#233;c&#232;s diminue (parce que le nombre de tentatives d&#233;cro&#238;t), les personnes embarqu&#233;es ont quatre fois plus de risques de mourir. Tandis que la France promet des navires militaires aux &#171; gardes-c&#244;tes &#187; libyens, l'Espagne diminue de moiti&#233; les moyens accord&#233;s au secours en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derniers mois, la criminalisation du sauvetage en mer&lt;/strong&gt; a s&#233;rieusement compliqu&#233; la mission des ONG en M&#233;diterran&#233;e centrale. Les avions qui effectuent des patrouilles de reconnaissance ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s de voler, les ports ferm&#233;s et les personnes secourues contraintes &#224; patienter de longs jours &#224; bord, parfois des semaines, avant d'&#234;tre autoris&#233;es &#224; d&#233;barquer. Quant aux bateaux, ils ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement bloqu&#233;s, voire saisis, &#224; leur arriv&#233;e. Si le d&#233;part de Matteo Salvini du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur italien semble avoir eu d'heureuses cons&#233;quences imm&#233;diates (les ports se rouvrent peu &#224; peu), on ose &#224; peine parler d'&#233;claircie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refusant d'attendre&lt;/strong&gt; que les gouvernements se &#171; r&#233;partissent &#187; les rescap&#233;&#8226;es&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#171; mini-sommet &#187; vient d'avoir lieu &#224; Malte, pour mettre en place un &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, un mouvement est en train de na&#238;tre et tisse des ponts entre les rives. Les dockers se proposent d'ouvrir les ports&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; G&#234;nes en juin dernier, les dockers d&#233;claraient : &#171; Nous pouvons bloquer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; et des villes se d&#233;clarent ouvertes &#224; l'accueil des personnes migrantes. Reste &#224; construire les corridors de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'entretien avec l'un des fondateurs de ce mouvement publi&#233; dans le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Y-en-a-encore-et-toujours-marre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;S&#233;n&#233;gal : y en a (encore et toujours) marre&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.watchthemed.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Watchthemed.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On ne meurt pas qu'en mer. L'OIM estime &#224; plus de 30 000 les d&#233;c&#232;s dans le d&#233;sert depuis 2014. Un r&#233;seau AP Sahara s'est cr&#233;&#233; r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un &#171; mini-sommet &#187; vient d'avoir lieu &#224; Malte, pour mettre en place un &#171; m&#233;canisme &#187; de r&#233;partition &#171; syst&#233;matique, rapide et digne &#187; des personnes sauv&#233;es par les ONG en M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; G&#234;nes en juin dernier, les dockers d&#233;claraient : &#171; &lt;i&gt;Nous pouvons bloquer les ports, mais nous pouvons aussi les ouvrir.&lt;/i&gt; &#187; En France, la CGT demandait cet &#233;t&#233; au gouvernement d'ouvrir les ports aux bateaux des ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'ordinateur dans la lutte des classes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-ordinateur-dans-la-lutte-des</link>
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		<dc:date>2019-10-22T05:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu Amiech</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
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		<dc:subject>mondialisation capitaliste</dc:subject>
		<dc:subject>march&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aupr&#232;s de certains, la critique de l'informatique passe pour une affaire d'esth&#232;tes : on veut bien en parler, mais&#8230; une fois la justice &#233;conomique &#233;tablie et les besoins de tous satisfaits. C'est oublier que la r&#233;volution num&#233;rique est au c&#339;ur de la dynamique capitaliste des quarante derni&#232;res ann&#233;es. D&#233;cryptage du r&#244;le des outils num&#233;riques dans le d&#233;s&#233;quilibre actuel entre capital et travail. Lors du mouvement social du printemps 2016 contre la loi El-Khomri, le probl&#232;me du contenu de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fois" rel="tag"&gt;fois&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mondialisation" rel="tag"&gt;mondialisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-informatique" rel="tag"&gt;l'informatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mondialisation-capitaliste" rel="tag"&gt;mondialisation capitaliste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/marches" rel="tag"&gt;march&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aupr&#232;s de certains, la critique de l'informatique passe pour une affaire d'esth&#232;tes : on veut bien en parler, mais&#8230; une fois la justice &#233;conomique &#233;tablie et les besoins de tous satisfaits. C'est oublier que la r&#233;volution num&#233;rique est au c&#339;ur de la dynamique capitaliste des quarante derni&#232;res ann&#233;es. D&#233;cryptage du r&#244;le des outils num&#233;riques dans le d&#233;s&#233;quilibre actuel entre capital et travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1323-b39ca.jpg?1783307034' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;ors du mouvement social du printemps 2016 contre la loi El-Khomri, le probl&#232;me du contenu de ce qui est produit par l'&#233;conomie &#224; notre &#233;poque et celui des outils de cette production semblent avoir &#233;t&#233; peu soulev&#233;s&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que rel&#232;ve le texte &#171; Il faut cracher dans la soupe. Notes sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les th&#232;mes de la pr&#233;carit&#233; et de la souffrance au travail ont &#233;t&#233; omnipr&#233;sents mais ils &#233;taient rarement mis en rapport avec les ressorts fondamentaux du capitalisme, qu'actionne chaque entreprise particuli&#232;re &#224; son &#233;chelle : la course &#224; la croissance, le changement constant des modes de production, la mise sous d&#233;pendance mat&#233;rielle et mentale des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la critique de l'informatique ne para&#238;t pas compl&#232;tement l&#233;gitime dans le champ du travail et des luttes sociales. Elle semble &#233;ventuellement pertinente quand il s'agit de d&#233;noncer le fichage, ou m&#234;me les ph&#233;nom&#232;nes d'addiction consum&#233;riste provoqu&#233;s par l'Internet et les t&#233;l&#233;phones mobiles. Mais sur le front des luttes salariales, agricoles, ou r&#233;cemment d'autoentrepreneurs, elle est en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale absente. Les b&#233;n&#233;fices que chacun a le sentiment d'en tirer dans sa vie personnelle, le plaisir de surfer, la fascination pour ces outils qui permettent de tout faire &#224; n'importe quel moment, font obstacle &#224; l'analyse. Or, comment esp&#233;rer r&#233;sister &#224; la casse sociale sans s'attaquer un tant soit peu &#224; ses racines mat&#233;rielles ? Sans doute le r&#244;le essentiel de l'ordinateur et des r&#233;seaux t&#233;l&#233;matiques/informatiques dans la mondialisation capitaliste, &#224; partir de 1970, est-il trop rarement per&#231;u. Presque personne ne souligne que ces innovations technologiques sont les leviers concrets qui ont permis de d&#233;s&#233;quilibrer franchement le rapport de forces entre capital et travail, apr&#232;s les d&#233;cennies de relatif compromis social (1945-75). Il faut donc revenir sur le lien entre l'informatique et deux aspects de cette mondialisation qui ont particip&#233; &#224; la d&#233;molition d'une bonne partie des &#171; acquis &#187; du mouvement ouvrier : la mondialisation de la finance et celle des cha&#238;nes de production.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'informatique, condition&lt;i&gt; sine qua non&lt;/i&gt; de la mondialisation financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;g&#226;ts sociaux et humains de la finance globalis&#233;e sont bien connus : imposition de politiques &#233;conomiques &#171; n&#233;o-lib&#233;rales &#187; aux Etats par les &#171; march&#233;s &#187; ; d&#233;membrement progressif de l'&#201;tat social dans le cadre des programmes d'aust&#233;rit&#233; ; prise de pouvoir des actionnaires dans les entreprises, avec des exigences de rentabilit&#233; intenables ; et en cons&#233;quence, licenciements boursiers, qui laissent des cohortes de prolos (et parfois de cadres) sur le carreau, dans des r&#233;gions qui voient leurs industries fermer les unes apr&#232;s les autres. La pr&#233;carisation des classes populaires et moyennes &#8211; recul des services publics et des d&#233;penses de redistribution, attaques contre le droit du travail, intensification du travail&#8230;) &#8211; est fr&#233;quemment mise en relation avec la mont&#233;e en puissance de ces &#171; march&#233;s &#187; et autres fonds de pension. Mais quelle est l'infrastructure mat&#233;rielle qui sous-tend cette mont&#233;e en puissance ? C'est la mise en r&#233;seau des places boursi&#232;res du monde entier, elles-m&#234;mes informatis&#233;es, qui a permis l'&#233;mergence d'un march&#233; plan&#233;taire unifi&#233; des capitaux, ouvert 24 h sur 24, et sur lequel les investisseurs peuvent d&#233;placer leurs fonds d'un simple clic, des centaines de fois par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'informatique a &#233;t&#233; une condition de l'explosion vertigineuse des transactions sur ce march&#233; financier mondial, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970. D'apr&#232;s Dominique Plihon, les sommes &#233;chang&#233;es sur le seul march&#233; des changes (celui o&#249; s'&#233;changent les monnaies nationales) &#233;taient deux fois sup&#233;rieures &#224; la valeur du commerce international de biens et services en 1973 ; puis, elles sont devenues dix fois plus importantes que le commerce mondial en 1980 ; 50 fois plus importantes au d&#233;but des ann&#233;es 1990 ; et elles sont aujourd'hui 100 fois plus importantes ! Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, il s'&#233;change chaque jour sur ce march&#233; 4 000 milliards de dollars, soit le double du Produit int&#233;rieur brut annuel de la France&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Dominique Plihon, Le Nouveau Capitalisme, Paris, La D&#233;couverte (Rep&#232;res).&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; la majorit&#233; de ces op&#233;rations de change ne relevant pas d'&#233;changes de marchandises, mais d'op&#233;rations de sp&#233;culation. La d&#233;connexion entre finance et &#233;conomie &#171; r&#233;elle &#187;, tant d&#233;plor&#233;e par la gauche &#171; antilib&#233;rale &#187;, n'est pas que le r&#233;sultat d'une offensive id&#233;ologique du patronat : elle est aussi une cons&#233;quence directe de la puissance de calcul et de transmission des ordinateurs, des r&#233;seaux et des logiciels dont ont &#233;t&#233; &#233;quip&#233;s les &#171; march&#233;s &#187;. Pourtant, ces outils sont en g&#233;n&#233;ral tenus &#224; l'abri de la critique et de l'indignation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Internet, fer de lance des d&#233;localisations&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me aspect essentiel de la mondialisation capitaliste, avec son cort&#232;ge de r&#233;gressions sociales : la r&#233;organisation des entreprises et de leurs cha&#238;nes de production &#224; l'&#233;chelle mondiale, gr&#226;ce aux bas co&#251;ts des transports et des communications. Le mot d'ordre de &#171; l'entreprise en r&#233;seau &#187;, &#224; partir de 1980, n'&#233;tait pas qu'une mode manag&#233;riale. Ce qui sous-tend les r&#233;organisations industrielles de grande ampleur qui ont fait exploser ch&#244;mage et pr&#233;carit&#233; en Europe et aux &#201;tats-Unis, c'est la possibilit&#233; concr&#232;te pour les patrons de d&#233;placer les diff&#233;rents segments de leur production &#224; l'endroit du monde o&#249; les co&#251;ts salariaux, ainsi que les niveaux de protection et de combativit&#233; sociales, sont optimaux pour eux. Le mouvement &#233;tait d&#233;j&#224; amorc&#233; avant l'existence d'Internet, mais la diffusion de celui-ci a radicalis&#233; les tendances des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes : le capital peut maintenant mettre en concurrence les travailleurs de (presque) partout, bien au-del&#224; des &#233;chelles de solidarit&#233; existantes (principalement nationales&#8230;). Les moyens de production, les produits interm&#233;diaires et les produits finis peuvent &#234;tre d&#233;plac&#233;s extr&#234;mement facilement &#8211; par air, par mer, par route, le tout coordonn&#233; par &#233;lectronique &#8211; ; les salari&#233;s, eux, ne peuvent pas suivre : les machines partent en Roumanie ou en Chine, mais bien s&#251;r les ouvriers lorrains ne peuvent ni aligner leur salaire sur les standards chinois ni migrer en Roumanie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, un m&#234;me groupe industriel peut avoir sa direction &#224; Londres, des centres de recherche &#224; Munich et Sophia-Antipolis, des usines affili&#233;es en Turquie ou en Tunisie, des pi&#232;ces de haute pr&#233;cision fabriqu&#233;es par des PME mises en concurrence entre elles dans le nord de l'Italie, l'agence de marketing &#224; Chicago, le centre d'appels pour la hotline &#224; Bombay et les fiches de paie &#233;dit&#233;es en Pologne. Plus besoin de ces grandes concentrations de main-d'&#339;uvre comme on en voyait fr&#233;quemment dans les ann&#233;es 1960-70, o&#249; la conscience et l'organisation des travailleurs avaient un temps effray&#233; les &#233;lites &#233;conomiques : aujourd'hui, l'informatique permet de g&#233;rer de mani&#232;re efficace une cha&#238;ne de production d&#233;centralis&#233;e, faite d'&#233;tablissements, de filiales ou de sous-traitants dispers&#233;s aux quatre coins du pays et du monde. En comparaison avec l'&#233;poque o&#249; Ford, Renault et Fiat employaient 40 000 personnes sur le m&#234;me site, les ordres de la direction circulent peut-&#234;tre mieux &#224; travers les r&#233;seaux, et la possibilit&#233; pour les milliers d'employ&#233;s dispers&#233;s de faire valoir leurs int&#233;r&#234;ts communs est nettement plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;TIC partout, justice nulle part&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est couramment admis que les Technologies de l'information et de la communication (TIC) sont d&#233;terminantes dans l'architecture actuelle des groupes capitalistes et la r&#233;partition des emplois, dans et entre les pays. Mais m&#234;me chez ceux qui disent contester le syst&#232;me &#233;conomique o&#249; nous sommes enferm&#233;s, la violence de ce syst&#232;me et les souffrances qu'il engendre sont rarement associ&#233;es &#224; ces technologies &#224; la mesure de leur r&#244;le structurant. C'est en bonne partie gr&#226;ce aux TIC que chaque &#233;tablissement des firmes en r&#233;seau (telle que celle imagin&#233;e ci-dessus) peut &#234;tre &#233;valu&#233; comme un centre de profit (&#224; d&#233;velopper) ou un centre de pertes (dont il faut vite se d&#233;barrasser). C'est gr&#226;ce aux TIC que les r&#233;sultats de nombreux salari&#233;s peuvent &#234;tre en permanence connus et examin&#233;s par leurs sup&#233;rieurs, du cadre commercial de haut niveau au camionneur sous-pay&#233;, tenus ainsi sous pression maximale. C'est enfin gr&#226;ce aux TIC que des sites comme les vastes zones commerciales en lisi&#232;re des villes, ou les plates-formes logistiques pr&#232;s des n&#339;uds autoroutiers, avec leur lot d'emplois pr&#233;caires et p&#233;nibles, ont pouss&#233; partout comme des champignons, car ils seraient ing&#233;rables sans informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore n'entrons-nous pas ici dans le d&#233;bat fondamental sur la contribution des TIC au ch&#244;mage de masse en Occident&#8230; C'est une des derni&#232;res certitudes qui r&#233;unit les &#233;conomistes de toutes tendances : le progr&#232;s technologique ne d&#233;truit pas d'emplois, ou si peu ! un rapport vient tout juste d'&#234;tre publi&#233;, qui soutient pour la &#233;ni&#232;me fois cette affirmation tellement contradictoire avec tout ce que nous voyons et entendons dans la vie de tous les jours&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport du Conseil d'orientation pour l'emploi, Automatisation, num&#233;risation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Au lendemain de cette publication, le journal &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, soulag&#233; que l'automatisation ne menace officiellement que 10% des emplois en France, donnait pour titre &#224; son &#233;ditorial : &#171; Avec les robots &#187;. Pour ce qui nous concerne, &#224; &#201;cran total, nous continuerons d'aller contre. La critique des ordinateurs et d'Internet n'est pas un suppl&#233;ment d'&#226;me de la question sociale : elle est une n&#233;cessit&#233; pour comprendre l'organisation mat&#233;rielle du monde capitaliste et pour y trouver des leviers r&#233;els de contestation, en vue d'un monde &#224; la fois plus libre et plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Matthieu Amiech&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est ce que rel&#232;ve le texte &#171; Il faut cracher dans la soupe. Notes sur la lutte des classes au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187;, &#233;crit &#224; la fin du mouvement, sign&#233; &#171; Quelques amis de la Sociale &#187; et &lt;a href=&#034;http://zad.nadir.org/IMG/pdf/il_faut_cracher_dans_la_soupe.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt; sur le site zad.nadir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. Dominique Plihon, &lt;i&gt;Le Nouveau Capitalisme&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte (Rep&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rapport du Conseil d'orientation pour l'emploi, &lt;i&gt;Automatisation, num&#233;risation et emploi&lt;/i&gt;, 12 janvier 2017 (&lt;a href=&#034;http://www.coe.gouv.fr/Detail-Nouveaute.html%3Fid_article=1347.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt; sur le site du dit COE). On gagnera du temps &#224; lire plut&#244;t la revue de presse et les r&#233;flexions du groupe Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre sur la suppression massive des postes de travail par les machines, dans leur texte de 2014, &#171; Quel &#233;l&#233;phant irr&#233;futable dans le magasin de porcelaine ? (Sur la gauche soci&#233;tale lib&#233;rale) &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Elephant.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt; sur leur site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel, trimardeur d'infortune : &#171; J'ai tout fait, tout connu &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Michel-trimardeur-d-infortune-J-ai</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Michel-trimardeur-d-infortune-J-ai</guid>
		<dc:date>2019-05-15T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>boulots</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes. Michel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &#171; J'ai commenc&#233; &#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre &#187;, me raconte-t-il au bar du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fois" rel="tag"&gt;fois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulots" rel="tag"&gt;boulots&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH286/-1150-6569f.jpg?1782656914' width='200' height='286' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;147 de CQFD, illustr&#233;e par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ichel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai commenc&#233; &lt;/strong&gt;&#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre {{}}&lt;/i&gt; &#187;, me raconte-t-il au bar du Peuple o&#249; il commande son troisi&#232;me demi. Il est 8h30 ce matin. &#171; &lt;i&gt;Comme tout le monde, j'ai fait les vendanges dans le Beaujolais. Dos cass&#233;, vin &#224; volont&#233;. &lt;/i&gt; &#187; C'est le lot des ch&#244;meurs et des alcooliques que de s'engager dans des vendanges &#224; la dure. &#171; &lt;i&gt;Des fois, les patrons sont pas vaches. Tu dors en dortoir. Y'a moyen de trouver une petite parfois. Cela dit, on &#233;tait tellement crev&#233; ou bourr&#233;... &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est l'int&#233;rim hivernal &lt;/strong&gt;en ville. &#171; &lt;i&gt;&#192; Lyon, je me suis inscrit dans ces bo&#238;tes qui fleurissaient &#224; l'&#233;poque. D&#233;m&#233;nageur un jour, tu trimballais un piano sur quatre &#233;tages dans un couloir fait pour passer un harmonica. &lt;/i&gt; &#187; L'usine aussi, quand il flotte. &#171; &lt;i&gt;Un jour l'agence m'a envoy&#233; dans une petite usine o&#249; je devais appuyer sur deux boutons en simultan&#233; toutes les secondes. &lt;/i&gt; &#187; Le contrema&#238;tre passe le voir une fois, puis deux pour l'engueuler. &#199;a ne va pas assez vite. Michel se tire au bout d'une heure. Il n'a pas la carri&#232;re dans le sang. &#171; &lt;i&gt;J'ai aussi mont&#233; des &#233;chafaudages pour avions, des stands avec toute une bande de trimards, genre salon du cuir, ou de la bouffe chinoise, avec des moquettes rouges &#224; bande. Je te dis : j'ai tout fait, tout connu. &lt;/i&gt; &#187; Il y aura pire plus tard. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a c'est de la gnognotte par rapport &#224; ce que j'ai connu apr&#232;s. Quand la bo&#238;te m'a fait confiance, il m'ont envoy&#233; sur des tafs plus s&#251;rs : le nucl&#233;aire. Je suis descendu de Lyon pour Tricastin. Pas tricastel. &lt;/i&gt; &#187; Les primes et la paye sont bonnes, tr&#232;s bonnes, m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me paraissait louche mais quitte &#224; crever, autant avoir des mains d'or. Ce fut l&#224; mon erreur. Le fric tu le perds apr&#232;s, &#224; te faire soigner. &lt;/i&gt; &#187; Les maux de t&#234;te arrivent vite. En quelques ann&#233;es, Michel attrape tout ce qui passe comme maladie. Son terrain immunitaire d&#233;gringole sec. Il va conna&#238;tre l'h&#244;pital, comme client cette fois.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &lt;/strong&gt;il en sort. Repart au taf vu qu'h&#233;riter dans sa famille, &#231;a serait plut&#244;t des emmerdes. Alors le voil&#224; monteur de stores dans des hangars en Sa&#244;ne-et- Loire : &#171; &lt;i&gt;C'est un pote qui m'a tra&#238;n&#233; l&#224;-bas. Je me coin&#231;ais tout le temps les doigts dans ces saloperies. Parfois, je r&#234;vais de faire des &#233;tudes comme des potes qui avaient compris qu'il fallait pondre des m&#233;moires sur le cercle ou les pendentifs pr&#233;colombiens pour se faire une place au soleil. &lt;/i&gt; &#187; Pour Michel, c'est un peu tard et il est grave malade. Au bar, la peau trou&#233;e par des marques disgracieuses, et un tremblement de la jambe gauche, Michel fait peine. Quand il sourit, c'est le trou noir. &#171; &lt;i&gt;Elles sont toutes tomb&#233;es. Rapport &#224; mon taf de nettoyeur &#224; Tricastin. Si j'avais pas bu mes &#233;moluments, j'aurais pu me faire remplacer mes ratiches. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, tout change &lt;/strong&gt;et Michel trouve une place chez une comtesse comme jardinier. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait par piti&#233; qu'elle m'avait embauch&#233;. Je devais couper quelques roses, arroser ici et l&#224;, passer le r&#226;teau. &lt;/i&gt; &#187; Tout se passe bien pendant quelques ann&#233;es, mais un jour la vieille dame calanche et son neveu reprend le petit ch&#226;teau. &#171; &lt;i&gt;C'est devenu Bagdad et Guantanamo pour moi . Il me bombardait d'insultes et m'interdisait de sorties, il a arr&#234;t&#233; de me payer, me demandait de bosser comme un n&#232;gre, je m'&#233;crasais &#8211; et plus je m'&#233;crasais, plus il cognait. &lt;/i&gt; &#187; un matin, c'est le drame. &#171; &lt;i&gt;Je lui envoie le r&#226;teau dans les dents comme &#224; la t&#233;l&#233; dans Charlot. Il saigne du nez et il me renvoie enfin. &#199;a me redonne de l'&#233;lan pour me tirer parce que vois-tu, fils, j'&#233;tais plus capable de d&#233;coincer de cette planque. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel se retrouve &lt;/strong&gt;en foyer pendant quatre ans. La descente aux enfers. Pas vraiment du boulot mais des chantiers d'assist&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Je me retrouvais avec tous les damn&#233;s de la terre. Gratter des pierres, monter des murets, se rouler une tige, s'envoyer deux blagues et attendre le week-end. &lt;/i&gt; &#187; Michel aimerait bien faire un &lt;i&gt;bore-out &lt;/i&gt;comme on diagnostique aujourd'hui dans les universit&#233;s. Qu'importe, il a &#233;t&#233; veilleur de nuit dans un centre pour mineurs. &#171; &lt;i&gt;C'est cool, au d&#233;but puis apr&#232;s tu te fais pote avec les gamins et puis ils te chouravent tout, te piquent tes clopes, foutent le bronx. &#192; la fin, tu te fais virer parce que t'&#233;tais sympa. &lt;/i&gt; &#187; Michel a &#233;t&#233; d&#233;moli par son exp&#233;rience chez les d&#233;linquants. &#171; &lt;i&gt;Je leur ressemblais, &#224; ses m&#244;mes ; parents disparus quand j'&#233;tais moutard, premi&#232;re clope &#224; douze ans, l'alcool qui te prend la tronche trop vite, les vols de caisse, puis les injections : je me suis m&#234;me inject&#233; du Ricard, des m&#233;docs &#224; plus en finir pour avoir des sensations. &lt;/i&gt; &#187; Alors, quand on lui propose des essais th&#233;rapeutiques pour la tachycardie, il saute sur l'occasion de se refaire un peu. un week-end de cobaye, allong&#233; avec une perfusion, peut &#234;tre tr&#232;s bien pay&#233;. Et tr&#232;s co&#251;teux pour la sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma sant&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; flageolante. Ils n'auraient m&#234;me pas d&#251; me prendre. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &lt;/strong&gt;Michel est sous tutelle et touche une allocation adulte handicap&#233;. Fini les petits boulots. Il vit &#224; Roquevaire (Bouches-du- Rh&#244;ne) et tire sa carcasse parfois dans Marseille. L&#224;, il se tra&#238;ne dans de longues errances, grattant une pi&#232;ce ici ou l&#224;. Le travail m&#232;ne &#224; tout&#8230; mais surtout &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Les Gilets jaunes m'ont apport&#233; une paix int&#233;rieure et un gros bordel dans ma t&#234;te &#187;</title>
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		<dc:creator>Lady Py&#233;lo</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier ? &#8211; Ahou ahou ! &#187;, r&#233;pond &#224; pleine gorge ma m&#232;re en t&#234;te de cort&#232;ge de la manifestation toulousaine, ce samedi d'Acte XVIII. Quelques minutes plus tard, je l'entends gueuler le sourire aux l&#232;vres : &#171; Il fait beau, il fait chaud, sortez les canons &#224; eau... &#187; Et quand on passe devant les CRS qui gardent farouchement l'entr&#233;e de la Chambre de commerce, elle beugle sourcils fronc&#233;s : &#171; Tout le monde d&#233;teste la police &#187;. OK. Il y a quelque chose qui a boug&#233;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier ?&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;Ahou ahou !&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond &#224; pleine gorge ma m&#232;re en t&#234;te de cort&#232;ge de la manifestation toulousaine, ce samedi d'Acte XVIII. Quelques minutes plus tard, je l'entends gueuler le sourire aux l&#232;vres : &#171; &lt;i&gt;Il fait beau, il fait chaud, sortez les canons &#224; eau...&lt;/i&gt; &#187; Et quand on passe devant les CRS qui gardent farouchement l'entr&#233;e de la Chambre de commerce, elle beugle sourcils fronc&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde d&#233;teste la police&lt;/i&gt; &#187;. OK. Il y a quelque chose qui a boug&#233;. Et &#231;a a l'air sacr&#233;ment profond. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1134-222c4.jpg?1782638959' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;e n'aurais jamais pens&#233; me retrouver l&#224;, au c&#244;t&#233; de ma m&#232;re, environn&#233;e de beaux jets de canettes. Le mouvement des Gilets jaunes est pass&#233; par l&#224; : un rouleau compresseur pour elle, qui n'a jamais fait partie d'un syndicat ou d'un parti politique, mais surtout un joyeux bordel dans sa t&#234;te. C'est beau &#224; voir et j'ai envie d'en parler avec elle. Parce qu'il n'y a pas que sur les ronds-points que les langues se sont d&#233;li&#233;es, mais aussi dans la vie intime, avec les amis et... ma m&#232;re. Questions et r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement des Gilets jaunes commence le 17 novembre par un blocage des ronds-points. Comment tu le vois au d&#233;but ? Pourquoi d&#233;cides-tu d'y prendre part, alors qu'&#224; 58 ans tu n'as jamais manifest&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme beaucoup de monde, je n'ai pas pris tout de suite la mesure de ce qui se passait. Je voyais surtout une lutte pour le pouvoir d'achat. une lutte importante pour les gens pour qui un euro, &#231;a compte, mais je ne m'y retrouvais pas compl&#232;tement. Je me disais qu'on allait leur l&#226;cher trois pi&#232;ces et que tout le monde rentrerait &#224; la niche. Tr&#232;s vite, les revendications sont all&#233;es bien plus loin que le carburant, si bien que pour la premi&#232;re fois de ma vie, j'ai d&#233;cid&#233; de descendre dans la rue car quelque chose de profond &#233;tait en train de se jouer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est pass&#233;e ta toute premi&#232;re manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a &#233;t&#233; une vraie r&#233;v&#233;lation. Jamais je n'aurais pens&#233; que &#231;a pouvait faire autant de bien de sentir cette chaleur, cet esprit de r&#233;sistance collective. Lors de ma premi&#232;re manif, le 8 d&#233;cembre &#224; Marseille, je d&#233;barque toute seule. Je fais d'abord un bout de la Marche pour le climat et je converge ensuite avec les Gilets jaunes. C'est tr&#232;s festif, je m'&#233;clate. Et puis je me retrouve devant le commissariat de Noailles avec l'impression que c'est la guerre. Je n'avais jamais v&#233;cu de sc&#232;nes d'&#233;meutes et je n'en mesurais absolument pas les risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &#231;a fait dix-huit samedis que je manifeste. Malgr&#233; les violences polici&#232;res et la peur, je ne peux pas quitter ces marches. J'aurais l'impression de trahir. Je vois tous ces gens tellement courageux, r&#233;sistants, et je ne peux pas imaginer que tout le monde rentre &#224; la maison parce qu'on nous aura l&#226;ch&#233; un peu moins d'imp&#244;ts... &#192; Toulouse, il y a tous les jours des actions, des assembl&#233;es, des blocages. Les Gilets jaunes ne sont pas tr&#232;s nombreux, ils vont souvent au casse-pipe, se font maltraiter. Pour tous ces gens, il ne faut pas l&#226;cher. Il n'en est pas question, d'autant qu'on arrive au bout d'un syst&#232;me o&#249; l'on s'autod&#233;truit ; des centaines de revendications convergent. Jusqu'ici, chacun &#233;tait dans ses gal&#232;res, ses souffrances, ses fins de mois difficiles, sa col&#232;re. On a d&#233;sormais pris conscience de notre force et de la l&#233;gitimit&#233; de notre parole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui fait que toi, venant plut&#244;t de la classe moyenne, tu te reconnais dans les revendications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des Gilets jaunes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai l'impression d'avoir touch&#233; du doigt une r&#233;alit&#233; dont je n'avais qu'une vision th&#233;orique. &#201;videmment la pr&#233;carit&#233; me parlait d&#233;j&#224;, mais j'ai l'impression de la comprendre davantage maintenant, en lisant des t&#233;moignages de gens qui racontent leur quotidien et en faisant des rencontres chaque semaine en manifestant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une conversation courante, on se demande ce qu'on fait comme boulot. Dans les manifs Gilets jaunes, ce n'est pas le cas. On se fout d'o&#249; tu viens, de qui tu es, de ce que tu fais dans la vie. C'est tellement bon de r&#233;pondre &#8220;&lt;i&gt;Ahou Ahou&lt;/i&gt;&#8221; quand on te demande quelle est ta profession. Et puis, il y a une gentillesse et une solidarit&#233; extraordinaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se traduit cette fraternit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a pas une manif o&#249; je n'en ai pas b&#233;n&#233;fici&#233;. On a connu des moments tr&#232;s chauds &#224; Toulouse. Mon premier samedi ici, le 15 d&#233;cembre, on nous a clairement emp&#234;ch&#233;s de manifester. Au bout d'une heure, on &#233;tait pris en &#233;tau : d'un c&#244;t&#233; une pluie de gaz lacrymog&#232;nes, de l'autre le canon &#224; eau. J'ai pris conscience des risques : quand il y a des mouvements de foule dans les petites rues, &#231;a devient tr&#232;s sportif. Les CRS et la Bac sont toujours &#224; proximit&#233; imm&#233;diate du cort&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis retrouv&#233;e &#224; plusieurs reprises dans des situations extr&#234;mement tendues. D&#233;nu&#233;e d'exp&#233;rience, j'avais tr&#232;s peur, j'&#233;touffais. Mais il y a toujours cinq ou six personnes qui font gaffe &#224; toi. Qui te voient affaiblie et qui viennent te parler, prendre soin de toi, te mettre du Maalox sur le visage. Des jeunes, des moins jeunes et pas forc&#233;ment des &lt;i&gt;street medics&lt;/i&gt;. une fois, sur le pont Neuf, un jeune homme est venu me dire que ma capuche &#233;tait mal ajust&#233;e et que s'il y avait un jet de lacrymog&#232;nes, le palet pouvait se coincer dedans. Il m'a simplement retourn&#233; la capuche et m'a souhait&#233; une bonne manif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi ces samedis ont-ils modifi&#233; ton rapport &#224; la police ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne pourrai plus jamais les voir de la m&#234;me fa&#231;on. J'ai un sentiment de haine visc&#233;rale. une rage. Je les ai vus faire tellement de d&#233;gueulasseries... Chaque semaine, on se fait traiter comme des chiens. Ils gazent alors qu'il y a des passants, des gamins. une fois m&#234;me dans le m&#233;tro : les usagers se sont retrouv&#233;s coinc&#233;s &#224; l'int&#233;rieur et ce sont les Gilets jaunes qui ont fait tomber la grille pour les lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus odieux, ce sont ceux de la Bac. On dirait qu'ils y prennent du plaisir. Avant d'avoir vu des chiens enrag&#233;s courir apr&#232;s des gens, tu ne peux pas imaginer que ce sont des chiens enrag&#233;s. Quelle gloire &#224; aller sauter sur un jeune &#224; dix contre un, &#224; le tabasser, &#224; l'humilier en lui mettant la chaussure sur la gueule ? Je comprends mieux maintenant la haine que ressentent les gens dans les quartiers populaires. Eux qui les ont sur le dos depuis des dizaines et des dizaines d'ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment te positionnes-tu par rapport aux pratiques plus &#233;meuti&#232;res qui sont pr&#233;sentes dans ces manifestations Gilets jaunes, particuli&#232;rement &#224; Toulouse et &#224; Paris pour l'acte XVIII ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'avais jamais cautionn&#233; la violence avant les Gilets jaunes. Mais d&#232;s ma deuxi&#232;me manifestation, quand j'ai vu les flics ouvrir le canon &#224; eau sur des gens assis dans la rue, c'&#233;tait fini pour moi. La violence est de leur c&#244;t&#233;. Pour moi, &#231;a a &#233;t&#233; une prise de conscience &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des choses plus joyeuses. J'adore par exemple voir des gens taguer des slogans lors de ces manifestations. Sur &#231;a aussi, j'ai &#233;volu&#233;. C'est de la po&#233;sie urbaine, c'est pertinent. Le &#8220;&lt;i&gt;Toc toc Moudenc &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, on arrive&lt;/i&gt;&#8221; tagu&#233; sur la porte du Capitole avec un petit feu devant, c'&#233;tait g&#233;nial, inventif. Les banques, les assurances, l'immobilier, je suis pour attaquer ces symboles. Quand il y a eu un saccage de deux banques sur la grande rue commer&#231;ante du centre-ville, j'&#233;tais l&#224;, en soutien, &#224; admirer et je l'avoue, &#224; prendre pas mal mon pied. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu travailles en &#233;cole de commerce, un milieu que tu as toujours consid&#233;r&#233; comme tr&#232;s hostile. Comment g&#232;res-tu le retour au boulot le lundi matin ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a &#233;t&#233; tr&#232;s compliqu&#233; &#224; g&#233;rer pendant deux mois. Tous les matins, c'&#233;tait un effort monstrueux pour aller au boulot. J'ai toujours beaucoup lutt&#233; &#224; l'int&#233;rieur de cette institution : je suis souvent mont&#233;e au cr&#233;neau, j'ai m&#234;me fait un proc&#232;s que j'ai gagn&#233;. Chaque fois qu'un coll&#232;gue subit une injustice, j'essaye de le d&#233;fendre. J'y ai pass&#233; beaucoup d'&#233;nergie, presque en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224;, merci les Gilets jaunes, vous m'avez permis de l&#226;cher, de prendre du recul. Quand les coll&#232;gues me demandent : &#8220;&lt;i&gt;Comment tu vas aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&#8221;, je r&#233;ponds que mon corps est l&#224; et qu'il va bien. J'y trouve encore un peu de sens parce que mon boulot c'est d'aider des &#233;tudiants en reconversion. Certains sont dans la gal&#232;re, notamment pas mal de m&#232;res de famille qui reprennent les &#233;tudes. Mais &#224; l'heure actuelle, j'ai vraiment la t&#234;te ailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que tu n'avais jamais utilis&#233; les r&#233;seaux sociaux, tu t'es retrouv&#233;e &#224; g&#233;rer la page Facebook &#171; Gilets jaunes Toulouse &#187;. Or l'actualit&#233; sur le mouvement est tellement mal trait&#233;e dans les m&#233;dias &lt;i&gt;main-stream&lt;/i&gt; que la plupart des Gilets jaunes s'informent sur ces r&#233;seaux sociaux, qui drainent aussi &#233;norm&#233;ment de contenus fachos, complotistes et haineux. Est-ce que tu y es confront&#233;e sur cette page ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d'abord bien senti que j'&#233;tais ignorante sur plein de choses : les &#8220;fa&#8221; [&lt;i&gt;fascistes&lt;/i&gt;], les &#8220;antifas&#8221; [&lt;i&gt;antifascistes&lt;/i&gt;], les &#8220;ACAB&#8221; [&#8220;&lt;i&gt;All cops are bastards&lt;/i&gt;&#8221;]... Pour moi, ces mots n'avait aucune signification. Quand il fallait valider des profils de gens, je ne savais pas d&#233;coder si c'&#233;tait un facho. Donc, il a fallu que j'apprenne. J'ai beaucoup lu et mon entourage m'a aid&#233;. Quand j'ai des doutes sur la personne et le contenu, on en discute dans le groupe. On re&#231;oit &#233;videmment pas mal de contenus craignos et fachos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup &#233;volu&#233; sur cette page, &#224; l'image du mouvement. La violence, on l'a condamn&#233;e, mais maintenant les Gilets jaunes eux-m&#234;mes ne la condamnent plus. On se sent tellement d&#233;grad&#233;s, manipul&#233;s et violent&#233;s que la perception de la violence a carr&#233;ment &#233;volu&#233; chez les non-violents. C'est ce qu'on a vu sur la journ&#233;e du 16 mars : la plupart soutiennent le saccage des Champs-&#201;lys&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu l'id&#233;e, dans ce groupe Facebook, d'aller &#224; la rencontre de gens dans les quartiers populaires... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est quelqu'un du groupe qui a propos&#233; un tractage dans les quartiers populaires. On &#233;tait plusieurs &#224; s'&#234;tre port&#233;s volontaires. Et puis, j'ai pris du recul. Les gens qui vivent dans ces quartiers ont &#233;t&#233; tellement maltrait&#233;s qu'ils n'ont pas du tout envie qu'on vienne leur servir la soupe avec nos tracts. Je n'ai pas envie d'&#234;tre cette avant-garde &#233;clair&#233;e qui va pr&#234;cher la bonne parole. Forc&#233;ment, on a eu des r&#233;actions du type : &#8220;&lt;i&gt;Ah, vous vous rendez compte qu'on existe quand vous avez besoin de nous !&lt;/i&gt;&#8221; C'est normal. Personne ne disait rien quand ils &#233;taient arr&#234;t&#233;s tous les jours dans la rue parce qu'ils avaient des gueules d'arabes. Difficile de leur demander de faire le nombre dans ces conditions. Ils ont eu raison de nous dire d'aller nous faire voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment envisages-tu la suite du mouvement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Gilets jaunes occupent les trois quarts de mon cerveau. Il me reste pas grand chose pour le reste ! Je suis &#224; la fois tr&#232;s inqui&#232;te et remplie d'espoir. Pour la premi&#232;re fois, je me dis qu'il peut se passer quelque chose. On est dans l'utopie la plus compl&#232;te, mais on n'a plus le choix : il faut renverser le syst&#232;me capitaliste. Il faut arr&#234;ter de mettre les valeurs &lt;i&gt;travail &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;rentabilit&#233;&lt;/i&gt; au centre de l'Homme. Malheureusement on est dans un vide id&#233;ologique intersid&#233;ral et je ne vois rien qui nous permettrait de nous &#233;chapper de ce qu'on conna&#238;t &#224; l'heure actuelle. Ou alors, il faut que j'apprenne et que je lise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Gilets jaunes a chang&#233; ma vie en profondeur. Il m'a apport&#233; &#224; la fois une paix int&#233;rieure extr&#234;mement agr&#233;able &#8211; et un gros bordel dans ma t&#234;te. J'ai parfois m&#234;me l'impression que mon cerveau va exploser parce que j'ai trop de choses &#224; apprendre en si peu de temps. C'est inimaginable ce que les Gilets jaunes ont mis en place en l'espace de deux semaines : blocages &#233;conomiques, manifestations sauvages, baraquements sur les ronds-points, caisses de soutien. Et puis, je sais que c'est d&#233;risoire, mais la premi&#232;re fois que j'ai gueul&#233; &#8220;&lt;i&gt;Anticapitaliste&lt;/i&gt;&#8221;, &#231;a montait du fond de mon ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment le risque que ces manifs deviennent un rituel, mais pour l'instant, elles restent int&#233;ressantes : je n'en n'ai jamais v&#233;cu deux pareilles. &#192; chaque fois, il y a des rencontres, des parcours, des symboles diff&#233;rents. Je n'ai pas encore senti de lassitude en me disant : &#8220;&lt;i&gt;&#192; 16 h, il y a l'h&#233;lico, &#224; 17 h, on se fait gazer&lt;/i&gt;&#8221;. Je trouve que les gens se r&#233;inventent. Chaque lundi, on se demande ce que &#231;a va donner le week-end d'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;jouis de cet acte XVIII et du saccage des Champs-&#201;lys&#233;es mais j'en ressors un peu inqui&#232;te. Je me demande comment &#231;a va &#234;tre moulin&#233; par les Gilets jaunes, les m&#233;dias, les politiques, quel arsenal r&#233;pressif ils vont sortir, quelle manipulation ils vont en faire. &#199;a peut &#234;tre un formidable espoir si les Gilets jaunes ne se d&#233;solidarisent pas, comme &#231;a peut signer l'arr&#234;t de mort du mouvement. Qui aurait dit qu'un jour, je me retrouverais &#224; exulter de joie devant les images du Fouquet's en flammes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Lady Pyelo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parlons beaucoup et parlons bien</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Parlons-beaucoup-et-parlons-bien</link>
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		<dc:date>2018-06-12T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Hermann</dc:creator>


		<dc:subject>Queen Kong Kronik</dc:subject>
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&lt;p&gt;On la voit pr&#233;parer son intervention avec minutie. Ployant sous ses dossiers, encha&#238;nant les nuits blanches et s'exer&#231;ant aux interrogatoires pi&#233;geux avec son assistant, elle fourbit ses arguments, aff&#251;te son raisonnement, m&#233;morise une grande quantit&#233; d'informations chiffr&#233;es. Pourtant, une fois devant son auditoire &#8211; exclusivement masculin &#8211;, elle se d&#233;compose. Elle consulte fr&#233;n&#233;tiquement ses notes, formule des phrases dans sa t&#234;te sans jamais les dire, guette les silences de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queen-Kong-Kronik" rel="tag"&gt;Queen Kong Kronik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parole" rel="tag"&gt;parole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/public" rel="tag"&gt;public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fois" rel="tag"&gt;fois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voit-preparer" rel="tag"&gt;voit pr&#233;parer&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/amis-hommes" rel="tag"&gt;amis hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Meryl-Streep" rel="tag"&gt;Meryl Streep&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Washington-Post" rel="tag"&gt;Washington Post&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On la voit pr&#233;parer son intervention avec minutie. Ployant sous ses dossiers, encha&#238;nant les nuits blanches et s'exer&#231;ant aux interrogatoires pi&#233;geux avec son assistant, elle fourbit ses arguments, aff&#251;te son raisonnement, m&#233;morise une grande quantit&#233; d'informations chiffr&#233;es. Pourtant, une fois devant son auditoire &#8211; exclusivement masculin &#8211;, elle se d&#233;compose. Elle consulte fr&#233;n&#233;tiquement ses notes, formule des phrases dans sa t&#234;te sans jamais les dire, guette les silences de ses interlocuteurs pour s'y engouffrer... Et ne prononcera finalement pas un seul mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sc&#232;ne de &lt;i&gt;Pentagon Papers&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce film r&#233;alis&#233; par Steven Spielberg en 2017 revient sur la publication dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; o&#249; Meryl Streep doit d&#233;fendre l'entr&#233;e en Bourse du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; devant des investisseurs et des actionnaires et s'av&#232;re trop intimid&#233;e pour s'exprimer en public, sans conteste la premi&#232;re de ce type dans un film grand public r&#233;alis&#233; par un homme, a pour toutes les femmes un amer go&#251;t de d&#233;j&#224;-vu. &#192; l'&#233;cole, nous avons mille fois renonc&#233; &#224; lever la main parce que ce que nous voulions dire ne nous paraissait finalement plus si int&#233;ressant. &#192; la fac, lors d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pendant une occupation, nous nous sommes convaincues que quelqu'un &#8211; probablement un homme &#8211; finirait bien par &#233;noncer ce que nous avions envie de dire. Au travail, pendant une r&#233;union, nous avons d&#233;sesp&#233;r&#233;ment essay&#233; de nous ins&#233;rer entre deux prises de parole masculines, sans jamais oser les interrompre ni avoir assez de temps pour intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, l'acc&#232;s des femmes &#224; la prise de parole en public est compliqu&#233; pour de multiples raisons. Elles se sentent fonci&#232;rement moins l&#233;gitimes, bien s&#251;r, mais sont aussi bien plus fr&#233;quemment interrompues par leurs interlocuteurs, et ont plus de difficult&#233; &#224; conserver leur attention&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'&#233;voquerons pas ici le probl&#232;me de la langue elle-m&#234;me, pourtant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, on pourrait penser que la prise de parole en public n'est ais&#233;e pour personne. Qu'&#224; l'&#233;vidence, elle demande de l'entra&#238;nement. Or, o&#249; s'entra&#238;ner &#224; prendre la parole, sinon dans le cadre bienveillant et familier du cercle intime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; que le b&#226;t blesse &#224; nouveau : avec leurs proches aussi, il est difficile pour la plupart des femmes de s'approprier un type de prise de parole (argument&#233;e, longue, construite) et des sujets (professionnels, intellectuels, politiques) qui leur permettraient de se sentir plus confiantes &#224; l'ext&#233;rieur. Et il s'agit peut-&#234;tre d'une des racines du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre amies femmes, la majorit&#233; des conversations concernent l'intimit&#233;, qu'on nous &#233;duque tant &#224; consid&#233;rer en priorit&#233;. &#201;changes certes souvent riches, b&#233;n&#233;fiques, profonds, permettant entraide et partage de connaissances, mais aussi engonc&#233;s dans ce carcan que nous avons tant de mal &#224; briser, fait d'empathie et de sacrifice, de travail constant visant &#224; se mettre puis &#224; rester en couple, de besoin d'exprimer nos humiliations, nos violences subies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec nos amis hommes (g&#233;n&#233;ralement rares, parce que nombre de ces amiti&#233;s ont &#233;t&#233; entach&#233;es d'une d&#233;ception amoureuse sanctionn&#233;e par un &#233;loignement), l'intimit&#233; tient aussi une place importante. Parce que la plupart des hommes en parlent peu entre eux et se r&#233;jouissent de b&#233;n&#233;ficier de notre expertise, dont nous les faisons m&#234;me parfois profiter avec une certaine satisfaction &#8211; pour une fois, ils nous reconnaissent un savoir...Dans un contexte de s&#233;duction potentielle, il peut &#234;tre &#233;galement compliqu&#233; de se sentir prise au s&#233;rieux : combien d'entre nous ont vu une conversation de haute vol&#233;e s'achever dans une mis&#233;rable tentative de drague, donnant l'impression d&#233;sagr&#233;able que l'individu concern&#233; n'avait fait mine de participer &#224; la conversation qu'&#224; cette unique fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il n'est pas rare de surprendre une conversation entre amis hommes o&#249; s'&#233;change tout ce qui peut faire d&#233;faut &#224; la prise de confiance en elles des femmes : des r&#233;f&#233;rences, une &#233;bauche d'argumentation, des th&#232;ses avanc&#233;es &#224; la h&#226;te, une r&#233;flexion &#233;chafaud&#233;e en commun. Ce n'est sans doute que dans ce t&#226;tonnement, cette recherche, cette exp&#233;rimentation, au sein du cadre attentionn&#233; de nos proches, hommes et femmes, que l'on pourra puiser l'assurance n&#233;cessaire pour parler devant un public &#8211; certes, de toute &#233;vidence &#224; d'autres fins que la d&#233;fense de l'entr&#233;e en Bourse d'un journal&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce film r&#233;alis&#233; par Steven Spielberg en 2017 revient sur la publication dans le &lt;i&gt;Washington Post,&lt;/i&gt; alors dirig&#233; par Katharina Graham, d'extraits des Pentagon Papers, rapport secret du minist&#232;re de la D&#233;fense &#233;tatsunien montrant notamment comment il a volontairement &#233;tendu et intensifi&#233; la guerre du Vi&#234;t Nam alors qu'il la savait perdue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nous n'&#233;voquerons pas ici le probl&#232;me de la langue elle-m&#234;me, pourtant notoirement sexiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Argentine : Un ennemi int&#233;rieur en carton</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Argentine-Un-ennemi-interieur-en</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Argentine-Un-ennemi-interieur-en</guid>
		<dc:date>2018-03-20T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;my Rubenstein</dc:creator>


		<dc:subject>l'ann&#233;e derni&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>gouvernement</dc:subject>
		<dc:subject>fois</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale</dc:subject>
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		<dc:subject>Erroriste</dc:subject>
		<dc:subject>erroristes</dc:subject>
		<dc:subject>l'h&#233;licopt&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 2005, dans la foul&#233;e du mouvement social argentin post-carrolito, CQFD avait fraternis&#233; avec une joyeuse bande d'activistes impr&#233;gn&#233;e d'esprit Dada, l'Internationale erroriste &#8211; il s'en &#233;tait m&#234;me d&#233;clar&#233; l'organe provisoire sous nos latitudes ! Treize ans plus tard, l'errorisme n'est pas mort, il vient m&#234;me de faire beaucoup parler de lui. Chronique d'un surr&#233;aliste come-back. Telle une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale avant son application sanglante avec les Mapuches, gouvernement et m&#233;dias se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-annee-derniere" rel="tag"&gt;l'ann&#233;e derni&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fois" rel="tag"&gt;fois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/repetition-generale" rel="tag"&gt;r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/application-sanglante" rel="tag"&gt;application sanglante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Internationale-Erroriste" rel="tag"&gt;l'Internationale Erroriste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mapuches" rel="tag"&gt;Mapuches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Erroriste" rel="tag"&gt;Erroriste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/erroristes" rel="tag"&gt;erroristes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-helicoptere" rel="tag"&gt;l'h&#233;licopt&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2005, dans la foul&#233;e du mouvement social argentin post-&lt;i&gt;carrolito&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; avait fraternis&#233; avec une joyeuse bande d'activistes impr&#233;gn&#233;e d'esprit Dada, l'Internationale erroriste&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Huit t&#234;tes de porc et des ch&#244;meurs heureux &#187;, CQFD n&#176; 13 ; &#171; Le jour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#8211; il s'en &#233;tait m&#234;me d&#233;clar&#233; l'organe provisoire sous nos latitudes ! Treize ans plus tard, l'errorisme n'est pas mort, il vient m&#234;me de faire beaucoup parler de lui. Chronique d'un surr&#233;aliste &lt;i&gt;come-back&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2197 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH225/-470-5cd46.jpg?1782691545' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Telle une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale avant son application sanglante avec les Mapuches, gouvernement et m&#233;dias se sont attaqu&#233;s au d&#233;but de l'ann&#233;e derni&#232;re &#224;&#8230; l'Internationale Erroriste. L'affaire est &#224; la fois risible et tr&#232;s significative. Comme chaque ann&#233;e, le 24 mars, les erroristes ont d&#233;fil&#233; pour comm&#233;morer &#224; leur mani&#232;re la fin de la dictature. Cette fois, ils s'&#233;taient confectionn&#233; des uniformes &#233;voquant le r&#233;gime nord-cor&#233;en un jour de parade, avec un bataillon d'h&#244;tesses de l'air aux brassards orn&#233;s du signe in&#233;gal (&#8800;) escortant un h&#233;licopt&#232;re en carton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche fut joyeuse, les tr&#232;s nombreux manifestants applaudissant la loufoquerie de la petite troupe. C'est qu'un h&#233;licopt&#232;re, en Argentine, &#233;voque irr&#233;sistiblement celui qui emporta en d&#233;cembre 2011 le pr&#233;sident De La Rua, qui a fui par les airs la Casa Rosada&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si&#232;ge du pouvoir ex&#233;cutif argentin.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour &#233;chapper &#224; la foule. Le coup d'envoi dune p&#233;riode institutionnelle amusante, avec pas moins de cinq pr&#233;sidents en une dizaine de jours, puis &#8211; plus important &#8211; plusieurs ann&#233;es d'assembl&#233;es populaires dans les quartiers, tous unis pour crier &#171; &lt;i&gt;Que se vayan todos, que no quede uno solo&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qu'ils s'en aillent tous, qu'il n'en reste plus un seul ! &#187;&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, quand des journalistes t&#233;l&#233; l'interrog&#232;rent sur la pr&#233;sence de cet h&#233;licopt&#232;re dans le cort&#232;ge, loin d'&#233;voquer cette histoire, le&lt;i&gt; comandante errorista mediano&lt;/i&gt; (ni &lt;i&gt;m&#225;ximo&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;m&#237;nimo&lt;/i&gt;, mais tout le contraire) r&#233;pondit : &#171; &lt;i&gt; Nous avons appris que le pr&#233;sident a inaugur&#233; une usine d'h&#233;licopt&#232;res de fabrication nationale. Nous voulions f&#234;ter la cr&#233;ation de ces emplois. Il faut encourager le positif !&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;mission qui a diffus&#233; cette courte interview est l'une des plus regard&#233;es du pays &#8211; autant dire que tout le monde en a parl&#233;. Et ce fut le d&#233;but d'un incroyable d&#233;lire m&#233;diatique. Durant plusieurs jours, toutes les cha&#238;nes d'information en continu titr&#232;rent sur &#171; &lt;i&gt;le club de l'h&#233;licopt&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Des analyses dans les journaux les plus s&#233;rieux parl&#232;rent &#171; &lt;i&gt;d'h&#233;licopt&#232;re destituant&lt;/i&gt; &#187;. Et un chroniqueur de Radio Mitre (la plus &#233;cout&#233;e du pays) expliqua &#224; sa mani&#232;re le signe &#8800; : il s'agirait d'une croix gamm&#233;e invers&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos erroristes se retrouv&#232;rent ainsi expos&#233;s, photos &#224; l'appui, dans tous les m&#233;dias, tandis que les journalistes dissertaient &#224; l'envi sur ce que &#171; &lt;i&gt;le gouvernement compte faire face au club de l'h&#233;licopt&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. En octobre, un d&#233;put&#233; de la majorit&#233; sortit m&#234;me un livre intitul&#233; &lt;i&gt;L'ann&#233;e de tous les dangers &#8211; Comment le gouvernement a surv&#233;cu au club de l'h&#233;licopt&#232;re&lt;/i&gt;, avec en couverture un clich&#233; de notre pauvre h&#233;lico en carton et d'une banderole erroriste&#8230; La chose serait d&#233;sopilante s'il n'y avait eu des voitures banalis&#233;es post&#233;es devant le domicile de certains d'entre nous. L'errorisme n'ayant aucune app&#233;tence pour le martyre, personne n'a cherch&#233; &#224; contredire quiconque : les cellules erroristes se sont juste rendormies en flippant tout le temps que dura la tourmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, une belle &#339;uvre artistique erroriste, presque int&#233;gralement produite par le gouvernement argentin et ses m&#233;dias affid&#233;s. Nous en ririons encore si ce n'est qu'entre-temps la m&#234;me m&#233;canique abracadabrantesque s'est abattue sur les Mapuches, qui luttent pour r&#233;cup&#233;rer une part infime de leurs terres de Patagonie, spoli&#233;es par l'&#201;tat argentin puis brad&#233;es &#224; des multinationales telles que Benetton. Cette fois, la farce a tourn&#233; au massacre. Les Mapuches, militant pour la reconnaissance de leurs droits, ont &#233;t&#233; compar&#233;s &#224; Daech et pr&#233;sent&#233;s comme des alli&#233;s &#224; la fois des Farc colombiennes et de &#171; Kurdes d'origine turque li&#233;s &#224; la gu&#233;rilla &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans &#171; Un informe reservado alerta sobre grupos violentos en la Patagonia &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. D&#233;cid&#233;ment, le ridicule ne tue pas... Ou bien si, malheureusement. Parce que ce grand d&#233;lire a fait des morts. Entre autres victimes, citons le d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre Santiago Maldonado&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet homme de 28 ans avait disparu le 1er ao&#251;t alors quil participait &#224; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, mais aussi Rafael Nahuel, tous deux tomb&#233;s lors d'interventions polici&#232;res syst&#233;matiquement l&#233;gitim&#233;es par ces journalistes aux ordres du gouvernement Macri.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Huit t&#234;tes de porc et des ch&#244;meurs heureux &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 13 ; &#171; Le jour o&#249; l'argent supprima l'Argentine &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 25 ; &#171; La menace erroriste &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Si&#232;ge du pouvoir ex&#233;cutif argentin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Qu'ils s'en aillent tous, qu'il n'en reste plus un seul ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &#171; Un informe reservado alerta sobre grupos violentos en la Patagonia &#187;, article mis en ligne sur le site du journal &lt;i&gt;Clar&#237;n&lt;/i&gt; le 26/11/17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cet homme de 28 ans avait disparu le 1er ao&#251;t alors quil participait &#224; une manifestation de la communaut&#233; mapuche, r&#233;prim&#233;e par la police militaire. Son corps a &#233;t&#233; retrouv&#233; dans une rivi&#232;re en octobre &#8211; la responsabilit&#233; de la police est d&#233;sormais av&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; &#192; la crois&#233;e du f&#233;minisme et de l'antiracisme &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-la-croisee-du-feminisme-et-de-l</link>
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		<dc:date>2017-09-18T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Nadia Berz</dc:subject>
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&lt;p&gt;On avait lu avec int&#233;r&#234;t ce texte bien balanc&#233; o&#249; une certaine M&#233;lusine r&#233;pondait, sans tomber dans les pi&#232;ges de la pol&#233;mique attendue, au livre de Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous. S'y exprimait le point de vue d'une jeune f&#233;ministe &#171; racis&#233;e &#187;. CQFD a rencontr&#233; l'auteure rue de La Roquette, au lendemain de la Marche pour la dignit&#233; et contre le racisme, le 19 mars dernier &#224; Paris. CQFD : Comment en es-tu venue &#224; m&#234;ler engagement f&#233;ministe et combat antiraciste ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no157-septembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;157 (septembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nadia-Berz" rel="tag"&gt;Nadia Berz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On avait lu avec int&#233;r&#234;t ce texte bien balanc&#233;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Bouteldja, ses &#8220;s&#339;urs&#8221; et nous &#187;, billet publi&#233; le 20 juin 2016 sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; o&#249; une certaine M&#233;lusine r&#233;pondait, sans tomber dans les pi&#232;ges de la pol&#233;mique attendue, au livre de Houria Bouteldja, &lt;i&gt;Les Blancs, les Juifs et nous&lt;/i&gt;. S'y exprimait le point de vue d'une jeune f&#233;ministe &#171; racis&#233;e &#187;. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a rencontr&#233; l'auteure rue de La Roquette, au lendemain de la Marche pour la dignit&#233; et contre le racisme, le 19 mars dernier &#224; Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH681/-192-23494.jpg?1782639629' width='400' height='681' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nadia Berz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment en es-tu venue &#224; m&#234;ler engagement f&#233;ministe et combat antiraciste ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lusine : &lt;/strong&gt; Les chemins qui m&#232;nent &#224; la crois&#233;e de l'antiracisme et du f&#233;minisme viennent de l'exp&#233;rience personnelle. Ce qui explique les divergences politiques surgissant par la suite. On ne parle pas de la m&#234;me fa&#231;on selon qu'on est Assa Traor&#233;, s&#339;ur d'un jeune homme mort asphyxi&#233; sous quatre gendarmes, ou bien Houria Bouteldja, des Indig&#232;nes de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je suis arriv&#233;e &#224; une vision critique de la soci&#233;t&#233; par le f&#233;minisme. Ce que j'ai d'abord lu sur les discriminations, ce sont notamment les textes de Christine Delphy : sa fa&#231;on de parler de la &#171; production m&#233;nag&#232;re &#187; m'a influenc&#233;e. Dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, on formule plus facilement le fait qu'on est discrimin&#233;e en tant que femme qu'en tant qu'Arabe. Le milieu social joue aussi. Mes parents sont profs, j'ai grandi dans une banlieue tr&#232;s mixte de Paris, pas &#171; en quartier &#187;. M&#234;me si &#231;a ne constituait pas une part &#233;norme de mon identit&#233; d'ado, j'ai rapidement pris conscience de la mont&#233;e du racisme, du FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Via &lt;a href=&#034;https://twitter.com/melusine_2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Twitter&lt;/a&gt;, j'ai rencontr&#233; des femmes arriv&#233;es au militantisme &#171; par l'autre c&#244;t&#233; &#187; : en se d&#233;couvrant d'abord noire ou arabe. Je suis tomb&#233;e sur tout un microcosme de collectifs de femmes en &#233;bullition, et j'ai d&#233;couvert les questions de l'afrof&#233;minisme, de l'intersectionnalit&#233;. J'avais d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; des groupes de parole entre femmes, non mixtes (m&#234;me si &#231;a faisait encore pol&#233;mique dans les milieux militants), mais j'ai d&#233;couvert que la non-mixit&#233; racis&#233;e &#233;tait encore moins accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, mon cheminement militant s'est aussi fait par les sciences sociales. J'ai eu l'occasion de travailler pour une enqu&#234;te de l'Insee sur l'immigration. Une des variables de l'enqu&#234;te, c'&#233;tait le pays de naissance des parents. Une approche forc&#233;ment biais&#233;e. Pour prendre mon exemple : mes parents sont n&#233;s en France, ou plut&#244;t en Alg&#233;rie fran&#231;aise. Cette cat&#233;gorie administrative occulte l'exp&#233;rience quotidienne du racisme. De m&#234;me pour les personnes issues des DOM-TOM : on n'a aucun moyen de saisir leur exp&#233;rience sp&#233;cifique, puisque les statistiques ethniques sont interdites. Il y a &#224; peine dix ou quinze ans que des sociologues (blancs pour la plupart) se penchent sur ce hiatus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parall&#232;lement, des politiques et des intellectuels conservateurs se d&#233;couvrent f&#233;ministes pour mieux pointer du doigt les musulmans ou les jeunes de banlieue&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les librairies fran&#231;aises, il y a un rayon avec des t&#233;moignages de femmes arabes qui racontent comment elles se sont lib&#233;r&#233;es de l'emprise familiale, du port du voile, etc. Je ne porte aucun jugement sur ces femmes, ni sur leur r&#233;cit, &#224; n'en pas douter sinc&#232;re. C'est la fascination qu'il suscite qui m'interroge. J'ai notamment &#233;t&#233; choqu&#233;e par les propos caricaturaux de vieilles militantes f&#233;ministes. Dans ses livres, Beno&#238;te Groult, apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; la condition des femmes ici, d&#233;couvre qu'ailleurs il existe un patriarcat qu'elle trouve cent fois plus brutal, avec l'excision. L'objectif semble alors d'aller sauver des femmes qu'on ne conna&#238;t pas et qu'on imagine aspirer &#224; &#234;tre des femmes comme nous. Pourtant, ce n'est pas un patriarcat d&#233;sincarn&#233; qui mutile les petites filles, mais souvent leurs propres m&#232;res et tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me avec Beauvoir : j'ai ador&#233; ses m&#233;moires, jusqu'au moment o&#249; elle va en Alg&#233;rie. Elle porte un regard tr&#232;s ac&#233;r&#233; sur la condition des femmes ici, mais d&#232;s qu'elle arrive dans une colonie, tout ce qu'elle voit, c'est une masse d'hommes noirs et arabes qui oppriment leurs femmes en les r&#233;duisant &#224; moins qu'un meuble. Sans jamais s'int&#233;resser &#224; ce qu'elles vivent et disent. Voil&#224; la base du discours actuel sur le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que f&#233;ministe, je porte un regard critique sur le voile, comme pratique vestimentaire ayant une symbolique patriarcale. Mais ici, ce v&#234;tement est pr&#233;sent&#233; &#224; la fois comme un signe de soumission absolue et de pros&#233;lytisme politique. Les femmes qui portent le voile seraient &#224; la fois victimes et fer de lance de l'islamisme ! R&#233;sultat, on est pi&#233;g&#233;es. Quand on me demande si je suis pour ou contre le fait qu'une gamine de 12 ans se rende &#224; l'&#233;cole voil&#233;e, je marche sur des &#339;ufs. Tout le monde a le droit de pratiquer une religion, et m&#234;me d'&#234;tre bigot. Mais une fille de 12 ans est d'abord une enfant. On devrait &#224; la fois la prot&#233;ger contre les adultes qui l'enjoignent &#224; se couvrir la t&#234;te et contre ceux qui la d&#233;signent comme bouc &#233;missaire. Le probl&#232;me, c'est que la loi sur le voile nous oblige &#224; prendre position sur une question biais&#233;e d&#232;s le d&#233;part. Il faut refuser d'entrer dans ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre une manipulation raciste. On a cr&#233;&#233; un probl&#232;me l&#224; o&#249; il n'y en avait pas, puisqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980, tr&#232;s peu de gamines portaient le voile &#224; l'&#233;cole. Aujourd'hui, il y en a beaucoup plus qui l'arborent en dehors : y a-t-il a un lien de cause &#224; effet ? Je ne sais pas, mais je comprends qu'on puisse avoir envie d'afficher sa religiosit&#233; quand elle est ni&#233;e, avilie et stigmatis&#233;e. Encore une fois, on est coinc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout un champ de r&#233;flexion nous a ainsi &#233;t&#233; confisqu&#233;. C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; Cologne&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 31 d&#233;cembre 2015, une stup&#233;fiante affaire d'agressions sexuelles secoue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : on a peut-&#234;tre affaire &#224; un crime sexuel de masse, et en tant que f&#233;ministe &#231;a m'horrifie. J'aimerais tenir un discours politique dessus, mais je ne peux pas, parce que Cologne serait la preuve que l'homme arabe est biologiquement un danger pour la femme blanche ! La question n'est pas de savoir si les agresseurs &#233;taient des r&#233;fugi&#233;s r&#233;cents ou des immigr&#233;s de longue date, il y eut des gens comme Kamel Daoud pour &#233;crire dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; que tout &#231;a &#233;tait la preuve que &#171; l'homme arabe &#187;, du Maroc &#224; l'Irak, a un rapport maladif aux femmes. Ce qui renforce un mythe vieux comme le monde : l'&#233;tranger qui vient voler nos femmes ! Vu la violence du discours raciste, on n'a pas envie d'en rajouter. Mais si on se tait, personne ne parlera, sauf dans une optique raciste. Voil&#224; pourquoi j'ai r&#233;pondu &#224; Bouteldja. Ce n'est pas parce que ces sujets sont manipulables qu'on doit consentir &#224; un effacement des enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu r&#233;ponds au livre de Bouteldja que &#171; &lt;i&gt;Ce qui nous rassemble, ce ne sont pas des racines authentiques &#224; reconqu&#233;rir, mais une communaut&#233; d'exp&#233;riences de la domination raciste&lt;/i&gt; &#187;. Ne s'affaiblit-on pas lorsqu'on ne se d&#233;finit qu'en n&#233;gatif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cat&#233;gories comme &#171; racis&#233;.e.s &#187; n'existent qu'en n&#233;gatif. C'est dangereux de leur donner un sens positif, m&#234;me si c'est dans le but de faire revivre une fiert&#233;. En France, quand on dit &#171; Lui, il est arabe &#187;, une grille sociale de lecture fait que tu crois savoir ce que &#231;a signifie qu'&#234;tre arabe. Mais &#231;a ne te dit en fait rien des racines r&#233;elles, souvent plus complexes &#8211; berb&#232;res, jud&#233;o-berb&#232;res, maghr&#233;bines, moyen-orientales&#8230; Je sais qu'on me consid&#232;re comme une Arabe, au m&#234;me titre qu'une &#201;gyptienne ou un Irakien. Mais en fait, qu'est-ce que je partage avec eux en termes de langue, d'h&#233;ritage culturel ou de pratiques quotidiennes ? Presque rien. Nos parents sont n&#233;s dans des pays &#233;loign&#233;s les uns des autres, parlent diff&#233;rents d&#233;riv&#233;s de l'arabe, ne pratiquent pas la religion de la m&#234;me mani&#232;re&#8230; On n'a pas tous la m&#234;me religion, on n'a d'ailleurs pas tous une religion&#8230; Bref, je crains qu'on ne fantasme un terreau commun qui n'existe pas, et que, pour le cr&#233;er, on soit oblig&#233;s d'aller puiser dans les repr&#233;sentations dominantes, fondamentalement racistes. &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas le devoir d'&#234;tre ceci, ou cela&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait Fanon : lutter contre le syst&#232;me raciste, c'est simultan&#233;ment reconna&#238;tre sa condition de racis&#233; et refuser de s'y laisser enfermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents sont n&#233;s et ont pass&#233; leur jeunesse en Alg&#233;rie, moi je suis n&#233;e ici. Je comprends l'alg&#233;rien, mais ne le parle pas. J'ai deux passeports, deux pays, mais c'est r&#233;siduel dans mon identit&#233; &#8211; ce qui bien s&#251;r, je le sais, n'est pas le cas de tout le monde. Si on entre dans les d&#233;tails, je ne suis pas arabe. Ma m&#232;re est kabyle, mon p&#232;re a une grand-m&#232;re mauritanienne, et j'accepte cette complexit&#233;. Je me dis arabe parce que c'est comme &#231;a que je suis per&#231;ue. Il ne s'agit pas de renier ses racines ou de s'abandonner &#224; l'acculturation, mais de reconna&#238;tre qu'on est tous diff&#233;rents. L'identit&#233; ne peut pas constituer une base politique, seule l'exp&#233;rience commune du racisme le peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose pour les femmes. Pour que le patriarcat tienne, on a d&#251; injecter plein de positif dans la f&#233;minit&#233;. Les femmes ont plein de qualit&#233;s, qui sont exalt&#233;es &#8211; la douceur, la compr&#233;hension&#8230; &#8211; pour mieux maquiller notre statut inf&#233;rieur en &#171; diff&#233;rence &#187;. Les hommes devraient d'ailleurs aller voir du c&#244;t&#233; de ces qualit&#233;s qu'on a laiss&#233;es en lot de consolation aux femmes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toujours &#224; propos d'identit&#233;, un ancien du Mouvement immigration banlieue (MIB) me disait que dans les quartiers, on n'est pas que des victimes. Et que les victoires consistent aussi, en positif, &#224; souder les gens, &#224; cr&#233;er des solidarit&#233;s, &#224; partager une ou des cultures communes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, on n'est pas sur le m&#234;me plan. Bien s&#251;r que la culture de mes parents est belle, que la langue arabe qu'ils parlent est belle, m&#234;me si ce n'est pas de l'arabe pur mais un cr&#233;ole arabo-berb&#233;ro-franco-espagnol ! Mais pour moi, fonder un groupe politique uniquement sur ces bases emp&#234;cherait toute possibilit&#233; d'alliance. C'est une impasse. Chacun fait face &#224; des conditions diff&#233;rentes, mais on doit viser &#224; un d&#233;passement, parce que ce sont des cat&#233;gories artificielles, invent&#233;es par l'oppresseur. Notre but, c'est de les d&#233;truire, pas de les enjoliver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel bilan tires-tu de la marche du 19 mars 2017 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; de convergence entre les luttes de quartiers et les mouvements plus traditionnels de la gauche est positive. Le mouvement du printemps 2016 contre la loi Travail a r&#233;veill&#233; une g&#233;n&#233;ration, la mienne, qui &#233;tait un peu endormie. La r&#233;ponse polici&#232;re a &#233;t&#233; tr&#232;s dure. Pour la premi&#232;re fois, j'ai eu peur en manif. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la mobilisation de la gauche contre ces violences ne pouvait se faire qu'autour de la mort d'un R&#233;mi Fraisse. L&#224;, il y a eu les blocages de lyc&#233;es pour Th&#233;o, deux manifs &#224; Belleville et M&#233;nilmontant, avec la volont&#233; de ne pas l&#226;cher l'affaire. Parce que les militants ont d&#233;couvert ce qu'est un traitement policier humiliant au quotidien. Ce n'est plus quelque chose d'abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir si ces mobilisations sont conjoncturelles ou s'il s'agit d'une convergence durable. Hier, &#224; la marche, j'&#233;tais furieuse quand les totos sont mont&#233;s au baston, alors qu'on marchait contre toutes les violences polici&#232;res, pas seulement celles exerc&#233;es contre les militants. Il y avait des familles, des enfants en poussettes, des migrants sans papiers. &#192; se demander s'il y a convergence ou si c'est juste une sorte d'auberge espagnole o&#249; chacun am&#232;ne sa tambouille sans se m&#233;langer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;tat de n&#233;vrose gagne tout le pays d&#232;s qu'on aborde certains th&#232;mes li&#233;s &#224; l'identit&#233;, aux &#171; minorit&#233;s &#187;, &#224; l'islam&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, l'accusation de &#171; racialisme &#187; est lanc&#233;e contre ceux et celles qui osent parler depuis leur r&#233;alit&#233; de personnes racis&#233;es. Mais cette scl&#233;rose de la pens&#233;e est pr&#233;sente des deux c&#244;t&#233;s. J'ai assist&#233; r&#233;cemment &#224; une conf&#233;rence avec Marwan Muhammad, du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), et avec ses &#233;quivalents belge et qu&#233;b&#233;cois. Le Canadien (comme le Belge) a dit qu'ils apprenaient des autres minorit&#233;s, des luttes LGBT, des Am&#233;rindiens, du f&#233;minisme&#8230; J'&#233;tais ravie. Mais, tr&#232;s pragmatique, le gars du CCIF a r&#233;pondu qu'eux ne d&#233;pendent pas de subventions, seulement des cotisations et des dons, et qu'ils &#233;vitent du coup les sujets ne faisant pas consensus parmi les musulmans. &#192; cause de ce manque de courage, je ne pourrais pas militer chez eux, m&#234;me si leur combat est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamophobie g&#233;n&#233;rale est ind&#233;niable. Dans la r&#233;gion des Grands Lacs, en Afrique, des milices chr&#233;tiennes commettent des attentats contre les musulmans, mais personne ne demande aux chr&#233;tiens de France de faire leur examen de conscience. C'est pourtant ce qu'on fait d&#232;s qu'il y a un attentat islamiste : tous les assimil&#233;s musulmans, m&#234;me les non-pratiquants et non-croyants sont somm&#233;s de condamner. Est-ce qu'il vient &#224; l'id&#233;e de quiconque de dire qu'il faut r&#233;former l'Ancien Testament ? Je me souviens qu'&#224; l'&#233;cole, quand on &#233;tudiait la colonisation, on utilisait encore les cat&#233;gories coloniales : les Fran&#231;ais et les musulmans. En oubliant que parmi les Alg&#233;riens, il y avait des Juifs, des Kabyles convertis au christianisme, des Europ&#233;ens n&#233;s l&#224;-bas&#8230; C'est &#224; cause de ce passif qu'il n'y a pas eu de front commun des f&#233;ministes pour dire &#224; l'&#201;tat fran&#231;ais : qui &#234;tes-vous pour l&#233;gif&#233;rer sur les modes vestimentaires des femmes ? Au contraire, &#201;lisabeth Badinter a eu cette phrase terrible : &#171; &lt;i&gt;Si elles veulent porter &#231;a, elles n'ont qu'&#224; rester &#224; la maison.&lt;/i&gt; &#187; Une fois dit cela, on ne peut pas se pr&#233;tendre f&#233;ministe. Elle a expuls&#233; ces filles de la communaut&#233; des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parle-nous de tes amies du Seum&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Seum est n&#233; sur Twitter, avant de d&#233;boucher sur une &#233;criture collective de textes critiques, &#224; la fois f&#233;ministes, anticapitalistes, antiracistes&#8230; Le collectif compte une quinzaine de membres, qui se r&#233;partissent en sous-groupes non mixtes pour &#233;crire. Ils ont des outils communs qu'ils appliquent &#224; la r&#233;alit&#233; de chacun. Sur le f&#233;minisme, ce sont ainsi les meufs qui &#233;crivent, puis elles partagent avec le reste du groupe. La r&#233;flexion s'op&#232;re sur une base mat&#233;rialiste : on examine les cons&#233;quences &#233;conomiques des discriminations. Les membres n'ont pas d'ancrage g&#233;ographique, mais leur r&#233;flexion d&#233;bouche parfois sur des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles du Seum ont par exemple r&#233;pondu &#224; Paris &#224; la campagne anti-avortement des Revenants, de jeunes cathos assez effrayants. L'&#233;t&#233; dernier, ils se sont greff&#233;s sur la mode du Pok&#233;mon-Go, et ont tagu&#233; dans tout Paris un Pikachu avec l'adresse d'un site internet. Tu y d&#233;couvrais un &#339;uf te disant : &#171; &lt;i&gt; Est-ce que tu acceptes qu'on me tue sans savoir si je ne vais pas &#234;tre un super Pok&#233;mon ?&lt;/i&gt; &#187; Un pros&#233;lytisme ignoble, qui manipule un jeu d'enfants pour faire passer un message ultra-r&#233;ac. Les filles du Seum, avec d'autres collectifs, ont recouvert ces tags avec des slogans f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi un des rares groupes &#224; se positionner sur la question clivante de l'antis&#233;mitisme. Est-ce qu'on consid&#232;re que les Juifs sont ici en France encore victimes d'un racisme syst&#233;mique, voire d'un racisme d'&#201;tat ? Le Seum a d&#233;cid&#233; de traiter l'antis&#233;mitisme au m&#234;me titre que l'islamophobie, le racisme anti-noir ou le racisme anti-arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, y a-t-il selon vous un racisme syst&#233;mique contre les Juifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on enqu&#234;te sur les discriminations, on constate qu'une juda&#239;t&#233; visible entra&#238;ne des difficult&#233;s suppl&#233;mentaires &#224; trouver un logement ou un boulot. Ce n'est pas simplement un racisme r&#233;siduel qui ne s'exprimerait que dans l'interpersonnel, par des insultes. Quand les hommes politiques traitent les Juifs comme une communaut&#233; ferm&#233;e, &#231;a rel&#232;ve du racisme. Il y a une volont&#233; de les consid&#233;rer comme un groupe &#224; part, comme &#224; l'&#233;poque du d&#233;cret Cr&#233;mieux. Rappelons que ce d&#233;cret, donnant la citoyennet&#233; fran&#231;aise aux Juifs d'Alg&#233;rie, a &#233;t&#233; un cadeau empoisonn&#233;, qui explique qu'ils aient d&#251; partir d'Alg&#233;rie avec les Fran&#231;ais en 1962, alors qu'ils &#233;taient chez eux l&#224;-bas, pour la plupart depuis des si&#232;cles. Et on n'est pas compl&#232;tement sortis de &#231;a. C'est flagrant quand les dirigeants fran&#231;ais acceptent, apr&#232;s chaque attentat, que des dirigeants isra&#233;liens viennent d&#233;clarer ici que les Juifs ne sont pas en s&#233;curit&#233; en France et qu'ils doivent aller se r&#233;fugier &#171; chez eux &#187;, en Isra&#235;l. &#199;a ent&#233;rine une ext&#233;riorit&#233; des Juifs par rapport au reste de la nation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ta r&#233;ponse au livre de Bouteldja, tu n'&#233;voques pas l'antis&#233;mitisme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;pondu sur le chapitre des femmes indig&#232;nes, pas sur son adresse aux Juifs. Ce qui rend ignoble cette adresse, c'est quand elle parle du rejet instinctif qu'elle ressent en croisant un enfant juif dans la rue, et qu'elle dit : &#171; &lt;i&gt;Ce rejet c'est de votre faute, &#224; cause de votre soutien &#224; Isra&#235;l, de votre complicit&#233; avec les Blancs.&lt;/i&gt; &#187; Elle sait qu'elle va provoquer un toll&#233; et elle y va. Mais j'ai d&#233;cid&#233; de ne pas parler de &#231;a, parce que tous les autres l'attaquaient exclusivement sur ce point. J'ai donc choisi l'angle du f&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai conscience que chaque fois qu'on &#233;crit sur l'antiracisme, on est soup&#231;onn&#233;e d'antis&#233;mitisme. C'est maladif. Certains pensent que lorsque l'antiracisme est port&#233; par des Arabes et des Noirs, on trouve forc&#233;ment un fond antis&#233;mite en grattant un peu. Face &#224; &#231;a, on ne peut pas se contenter de hausser les &#233;paules en disant &#171; c'est parce qu'ils sont racistes, ignorons-les &#187;. Je crois que &#231;a vaut le coup de r&#233;pondre par un discours actif, et de d&#233;cortiquer cette mise en concurrence des victimes de racisme. Il faut renvoyer &#224; la gueule du pouvoir le fait qu'il essentialise les Juifs autant que les autres. La solution, c'est de nouer des alliances politiques. Ces racismes se combattent ensemble, m&#234;me si c'est compliqu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/melusine-2/blog/200616/bouteldja-ses-soeurs-et-nous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bouteldja, ses &#8220;s&#339;urs&#8221; et nous &lt;/a&gt; &#187;, billet publi&#233; le 20 juin 2016 sur le blog de M&#233;lusine sur mediapart.fr.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 31 d&#233;cembre 2015, une stup&#233;fiante affaire d'agressions sexuelles secoue l'Allemagne, et particuli&#232;rement Cologne. &#192; la date du 20 janvier 2016, 521 femmes avaient d&#233;pos&#233; plainte pour cette seule ville. L'histoire fut pr&#233;sent&#233;e comme une razzia anti-femmes blanches op&#233;r&#233;e par des migrants, et qu'on aurait pu croire planifi&#233;e au vu du nombre de plaintes d&#233;pos&#233;es. Mais on est vite pass&#233; &#224; des d&#233;lits divers, allant du vol de sac &#224; main (60% des plaintes) &#224; l'agression sexuelle, perp&#233;tr&#233;s par des Allemands d'origines diverses, et deux r&#233;fugi&#233;s. Ou comment transformer un vrai probl&#232;me d'oppression masculine en faux probl&#232;me de race.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voyage sans visa</title>
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		<dc:date>2017-02-13T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Nassir Safi</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l'Afghanistan. Aujourd'hui scolaris&#233; &#224; Marseille, il a effectu&#233; un stage &#224; CQFD et nous a racont&#233; son aventure. T&#233;moignage brut. Je ne suis rest&#233; que deux ou trois jours &#224; Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes &#224; bord, il a roul&#233; jusqu'&#224; Nimr&#244;z, &#224; la fronti&#232;re iranienne. On est rest&#233;s quelques jours dans un appartement, jusqu'&#224; ce qu'un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l'Afghanistan. Aujourd'hui scolaris&#233; &#224; Marseille,
il a effectu&#233; un stage &#224; CQFD et nous a racont&#233; son aventure. T&#233;moignage brut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH189/-124-2785f.jpg?1782824340' width='500' height='189' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par La maltourn&#233;e
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&lt;p&gt;Je ne suis rest&#233; que deux ou trois jours &#224; Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes &#224; bord, il a roul&#233; jusqu'&#224; Nimr&#244;z, &#224; la fronti&#232;re iranienne. On est rest&#233;s quelques jours dans un appartement, jusqu'&#224; ce qu'un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. Apr&#232;s quelques heures, il nous a l&#226;ch&#233;s en plein d&#233;sert. L&#224;, une autre &#233;quipe nous a entass&#233;s trois par coffre, douze par voiture. Nouvel arr&#234;t. &#171; &lt;i&gt;Vous voyez ce col, l&#224;-haut ? Des passeurs iraniens vous y attendent&lt;/i&gt;. &#187; Ils nous ont frapp&#233;s avec des manches &#224; balai pour nous faire courir, m&#234;me les enfants, les vieux, tout le monde. Une fois du c&#244;t&#233; iranien, hop, dans des voitures &#224; nouveau. Sans rien boire ni manger. Les passeurs ayant peur de la police, on a attendu trois jours avant de partir &#224; pied. Ils nous ont donn&#233; des biscuits et un peu d'eau. Trois fois rien. Par petits groupes, on est arriv&#233;s en ville. Encore une voiture. Route. Encore un arr&#234;t, dans une ferme, et le soir venu, nous sommes repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; T&#233;h&#233;ran, le groupe se disperse et je me retrouve seul dans une maison. &#171; &lt;i&gt;Tu ne sors pas d'ici sans qu'on te le dise !&lt;/i&gt; &#187; Au deuxi&#232;me jour, j'ai craqu&#233;, je suis all&#233; me balader en ville et la police m'a arr&#234;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;Papiers ! Tu viens d'o&#249; ?&lt;/i&gt; &#187; Ils m'ont tabass&#233; et mis en cellule, tout seul. J'ai mang&#233;. Au bout d'une semaine, on m'a mis dehors. J'ai appel&#233; mon passeur &#8211; j'avais son num&#233;ro. J'ai pass&#233; mon t&#233;l&#233;phone &#224; un passant pour qu'il lui explique o&#249; je me trouvais. L'homme m'a ramen&#233; &#224; la planque. &#171; &lt;i&gt;Si tu sors, je te laisse dans la merde !&lt;/i&gt; &#187; Puis on est partis vers la fronti&#232;re turque, &#224; cinq dans une voiture. On s'est fait contr&#244;ler sur la route. Personne n'avait de papiers, mais la police nous a laiss&#233;s passer gr&#226;ce au bakchich. On a mang&#233;, puis on est repartis en pick-up, dix personnes par v&#233;hicule. Il faisait tr&#232;s froid, ils roulaient vite. C'&#233;tait dur. Les voitures reparties, les passeurs ont amen&#233; un bateau en plastique, type bateau de plage, pour traverser une rivi&#232;re. Je suis mont&#233; en premier et j'ai bascul&#233;, plouf ! Je ne sais pas bien nager. Heureusement, mon sac &#233;tait rest&#233; &#224; bord et j'ai pu mettre des v&#234;tements secs. On a march&#233; et on a travers&#233; une autre rivi&#232;re avec le m&#234;me bateau. Cette fois, je n'y suis pas all&#233; le premier, je n'avais qu'un rechange. Le soleil s'est lev&#233;, on s'est cach&#233;s dans les bois. Puis, le soir, on a ramp&#233; pour ne pas &#234;tre vus depuis la route. Deux v&#233;hicules sont venus nous chercher. On est mont&#233;s fissa. On est arriv&#233;s dans un village turc sans que je sente le passage de la fronti&#232;re. Dans une maison, un homme m'interroge : &#171; &lt;i&gt;Tu t'appelles comment ? C'est qui ton passeur ?&lt;/i&gt; &#187; J'ai donn&#233; le num&#233;ro de l'Iranien. Il l'a appel&#233; pour v&#233;rifier et il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Viens avec moi.&lt;/i&gt; &#187; Il m'a achet&#233; un ticket de bus. &#171; &lt;i&gt;Vas jusqu'&#224; Istanbul. Quelqu'un t'attendra l&#224;-bas&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Istanbul, un Afghan m'attendait. Il m'a guid&#233; jusqu'&#224; une maison o&#249; logeaient cinq ou six compatriotes. L&#224;-bas, on &#233;tait libres, on sortait se balader au bord de l'eau, dans des parcs, on mangeait dans des snacks pour pas cher. L'un des gar&#231;ons connaissait bien la ville, il faisait des petits boulots pour payer le passage vers l'Europe. Je suis rest&#233; quelques jours, puis cap sur la Gr&#232;ce avec une trentaine de voyageurs. Un autre passeur m'a fait monter dans un van, jusqu'&#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re. Puis on a march&#233; jusqu'au fleuve que l'on a travers&#233; avec un bateau pneumatique. Mais, l&#224;, on a &#233;t&#233; pris dans un tourbillon&#8230; J'ai cru qu'on allait y rester. Il faisait froid, ce soir-l&#224;. J'&#233;tais le seul Afghan, il y avait des Iraniens, des Irakiens. Je comprends la langue des Iraniens. Le passeur est parti avec les Irakiens et on s'est cach&#233;s sous un pont &#8211; on &#233;tait cinq. &#192; la tomb&#233;e de la nuit, d&#233;sesp&#233;r&#233;, j'ai appel&#233; le passeur &#8211; Afghans et Iraniens, c'est le m&#234;me r&#233;seau &#8211; et il m'a dit s'&#234;tre battu avec le passeur des Syriens, il faudrait attendre un jour ou deux. Le troisi&#232;me jour, une voiture arrive et je sors de notre cachette pour lui faire signe. Une patrouille m'a vu et ils m'ont frapp&#233; avant de me passer les menottes et d'embarquer les autres. Ils nous ont jet&#233;s en cellule. Il y avait du monde : Afghans, Syriens, Irakiens, Iraniens, Kurdes&#8230;. Ils nous ont tous renvoy&#233;s en Turquie. L&#224;-bas, trois Afghans m'ont dit qu'il fallait se cacher en ville et j'ai pris un taxi avec eux pour Istanbul. De retour dans la m&#234;me maison, j'ai retrouv&#233; mon coll&#232;gue. Deux, trois jours apr&#232;s, on a tent&#233; de passer la fronti&#232;re bulgare. Nouvelle arrestation et retour en prison, enfants, vieux, femmes, tous m&#233;lang&#233;s. J'ai eu de la chance de sortir apr&#232;s une semaine. Des jeunes m'ont racont&#233; qu'ils &#233;taient enferm&#233;s l&#224; depuis trois, quatre, cinq mois. Istanbul encore. Troisi&#232;me tentative &#224; la fronti&#232;re grecque. On &#233;tait six &#224; tenter la travers&#233;e du fleuve. Le passeur m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Cette fois, tu vas r&#233;ussir, vous n'&#234;tes pas nombreux.&lt;/i&gt; &#187; On est rest&#233; une journ&#233;e dans les bois, puis le passeur turc m'a appel&#233; pour me pr&#233;venir qu'une voiture allait nous emmener jusqu'&#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est rest&#233;s vingt jours en Gr&#232;ce, avec la peur de croiser la police, puis je suis parti en bus jusqu'&#224; Patras, o&#249; j'ai rejoint plein de gens sur une petite montagne. Ils attendaient pour passer en Italie. La journ&#233;e on dormait et le soir on courait apr&#232;s les camions. L'id&#233;e &#233;tait de monter dedans, dessus ou dessous juste avant qu'il embarque sur un ferry. J'en ai attrap&#233; beaucoup, mais &#224; chaque fois, le conducteur me faisait descendre, ou la police &#8211; 18 mois de prison pour qui se fait attraper. La premi&#232;re fois qu'un flic m'a mis la main dessus, il m'a frapp&#233; et m'a jet&#233; en cellule, mais j'&#233;tais sa seule prise du jour, alors il m'a rel&#226;ch&#233;. La seconde fois, je me suis enfui en sautant d'un camion en marche et je suis retourn&#233; au refuge dans la montagne avec un terrible mal de dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, on a finalement r&#233;ussi &#224; passer. On a d&#233;coup&#233; la toile d'un camion pendant que le chauffeur dormait dans sa cabine. Il devait &#234;tre quatre heures du matin. 24 heures d'attente, puis 24h de travers&#233;e : 48h sans manger ni boire. Arriv&#233;s en Italie, la remorque du camion a &#233;t&#233; plac&#233;e sur un train. C'&#233;tait un chargement de bois qui partait pour l'Allemagne. D&#233;boussol&#233;s et affam&#233;s, on a saut&#233; du train &#8211; mal de dos &#224; nouveau. On a couru vers les bois, mais on s'est fait attraper par la police. Apr&#232;s sept heures au commissariat, ils nous ont emmen&#233;s dans un camp. On a pu enfin manger. Je n'ai toujours pas id&#233;e aujourd'hui de la r&#233;gion o&#249; nous &#233;tions. On nous a dit &#171; &lt;i&gt;Italie&lt;/i&gt; &#187;, et c'est tout. J'ai achet&#233; une carte SIM et j'ai appel&#233; le passeur grec. Il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Prends un train pour Rome, ensuite Milan, puis Vintimille&lt;/i&gt;. &#187; Sans ticket, je suis arriv&#233; &#224; Milan et j'ai pris un autre train pour atteindre Vintimille. L&#224;, j'ai rappel&#233; le passeur grec. &#171; &lt;i&gt;Prends un billet pour Nice&lt;/i&gt;. &#187; Juste avant la fronti&#232;re, les flics sont mont&#233;s, ont d&#233;visag&#233; les gens et ont fait descendre tous ceux qui avaient une t&#234;te d'&#233;tranger. Je suis rest&#233; un jour et une nuit en prison, en compagnie de deux jumeaux afghans connus dans le train. Au t&#233;l&#233;phone, le Grec me conseille de marcher le long du rivage jusqu'&#224; Nice. L&#224;, j'ai appel&#233; mon oncle &#224; Kaboul pour qu'il paye le passeur afghan : 7 000 dollars. Le dernier conseil du Grec a &#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Vas &#224; Marseille, &#231;a sera mieux pour toi.&lt;/i&gt; &#187; Mes deux copains sont partis pour l'Allemagne, via Paris. J'ai dormi &#224; la gare Saint-Charles, o&#249; j'ai crois&#233; un Afghan. Il m'a accompagn&#233; au commissariat de Noailles. L&#224;, un policier, apr&#232;s m'avoir demand&#233; ce que je comptais faire &#8211; &#171; &lt;i&gt;Rester ici&lt;/i&gt; &#187;, j'ai r&#233;pondu &#8211;, m'a guid&#233; jusqu'au bureau des &#233;ducateurs de rue d'Addap13. Apr&#232;s un mois de gal&#232;re, ils m'ont trouv&#233; une place en foyer, puis dans un coll&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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