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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Au Rojhelat, l'&#233;cologie comme espace de contestation</title>
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&lt;p&gt;Dans le nord-ouest de l'Iran, le gouvernement islamique a brid&#233; le d&#233;veloppement des r&#233;gions kurdes, peupl&#233;es d'environ 7 millions de personnes. Le ch&#244;mage y est end&#233;mique. La gestion coloniale de la marge kurde par l'&#201;tat central iranien a &#233;galement un impact direct sur l'environnement. L'&#233;cologie est devenue l'un des rares espaces publics, ouverts, de contestation possible, l&#224; o&#249; toutes opposition et vell&#233;it&#233; d'autonomie sont r&#233;duites au silence et o&#249; les militant&#183;es sont contraint&#183;es de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le nord-ouest de l'Iran, le gouvernement islamique a brid&#233; le d&#233;veloppement des r&#233;gions kurdes, peupl&#233;es d'environ 7 millions de personnes. Le ch&#244;mage y est end&#233;mique. La gestion coloniale de la marge&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Kurdistan iranien (appel&#233; Rojhelat en kurde) peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; kurde par l'&#201;tat central iranien a &#233;galement un impact direct sur l'environnement. L'&#233;cologie est devenue l'un des rares espaces publics, ouverts, de contestation possible, l&#224; o&#249; toutes opposition et vell&#233;it&#233; d'autonomie sont r&#233;duites au silence et o&#249; les militant&#183;es sont contraint&#183;es de se cacher. Mais le gouvernement des mollahs n'est pas dupe et les &#233;cologistes kurdes payent aussi un lourd tribut &#224; leur lutte. Rencontre en juillet 2019 avec un membre d'une association &#233;cologiste de la r&#233;gion de Hewraman.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;338&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1461-6968f.jpg?1782664549' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Maintenues dans une pr&#233;carit&#233; forc&#233;e, les r&#233;gions kurdes connaissent un tr&#232;s important ch&#244;mage. Une des seules possibilit&#233;s de travail est de faire &#034;kolbar&#034;, c'est-&#224;-dire de transporter &#224; travers la montagne des marchandises sur son dos, au prix de risques &#233;lev&#233;s, notamment de se faire assassiner par les gardes-fronti&#232;res / Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#233;but 2019, dix militant&#183;es &#233;cologistes kurdes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;&#183;es en Iran sous un pr&#233;texte fallacieux. En septembre, Erfan Rashidi, activiste &#233;cologiste de la ville de Paveh, a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; un an de prison pour &#171; propagande contre l'&#201;tat &#187;. Alors, pour des raisons de s&#233;curit&#233;, on ne d&#233;voilera pas l'identit&#233; de l'activiste rencontr&#233; ici, ni le nom de son association. L'entretien s'est d&#233;roul&#233; chez une tierce personne, car il est impossible de mettre les pieds dans les locaux de l'organisation sans d&#233;clencher une r&#233;action des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi consiste votre action ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous travaillons sur trois axes. Primo, l'aspect individuel : chacun est responsable de la protection de l'environnement. Secundo, l'aspect sociopolitique : les choix politiques ont des cons&#233;quences sur l'environnement. On doit donc faire entendre notre voix jusqu'aux instances de d&#233;cision. Tertio, la pollution industrielle : par exemple, quand le gouvernement a projet&#233; d'installer une raffinerie de p&#233;trole pr&#232;s du lac Zribar, nous nous y sommes oppos&#233;s, car &#231;a aurait caus&#233; un d&#233;sastre &#233;cologique. Bien s&#251;r, cette lutte n'a pas &#233;t&#233; facile, le proc&#232;s a dur&#233; presque deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons conscience du fait que le probl&#232;me de l'environnement est autant mondial que r&#233;gional. Ce qui nous a pouss&#233;s vers ces activit&#233;s est le d&#233;sint&#233;r&#234;t du pouvoir vis-&#224;-vis du milieu naturel de notre r&#233;gion. Pour prendre un exemple, il avait &#233;t&#233; &#233;tabli officiellement que pr&#232;s de 5 000 oiseaux de 56 esp&#232;ces diff&#233;rentes peuplaient les alentours du lac Zribar. Or, notre groupe d'ornithologues a enregistr&#233; 257 esp&#232;ces et comptabilis&#233; plus de 80 000 individus. Cette recherche a permis de classer Zribar comme &#171; zone humide d'importance internationale &#187; dans le cadre de la convention internationale des eaux &lt;i&gt;[convention de Ramsar]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me, les feux de for&#234;t. Au d&#233;but, nous ne pouvions compter que sur nous-m&#234;mes pour lutter contre le feu. D&#232;s lors, nous avons form&#233; des groupes dans les villages contre les incendies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; r&#233;cemment, les gens ne faisaient pas attention &#224; l'environnement. Il y a eu une transition trop rapide du monde traditionnel vers le monde moderne. Dans le monde traditionnel, les gens peuvent manger des noix et jeter les coques dans la nature sans qu'il y ait de cons&#233;quence, car les noix sont biod&#233;gradables. Mais, avec les modes modernes de consommation, on mange un biscuit et on jette le plastique dans la nature. Il faut donc sensibiliser les gens &#224; tout cela. Heureusement, on a pu noter d'&#233;normes progr&#232;s. Par exemple, il y a quelques ann&#233;es, dans la plaine B&#233;lu, lieu de pique-nique r&#233;put&#233; autour de Marivan, on ramassait 20 tonnes de d&#233;chets chaque ann&#233;e ; d&#233;sormais, on n'en ramasse plus que 2 tonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier probl&#232;me auquel on doit r&#233;sister : les industries polluantes. Selon les statistiques gouvernementales, le Kurdistan englobe pr&#232;s de 10 % de la population iranienne, pourtant il repr&#233;sente moins de 2 % du d&#233;veloppement &#233;conomique du pays. Le d&#233;ficit d'emplois industriels a provoqu&#233; l'&#233;migration des Kurdes vers les autres r&#233;gions, comme la province du Khouzistan &lt;i&gt;[sud-ouest du pays]&lt;/i&gt;, pour travailler comme ouvrier ou comme ing&#233;nieur... Mais au lieu de faire entrer des industries qui sont en accord avec la situation g&#233;ographique et l'environnement de notre r&#233;gion, le gouvernement voudrait y installer des industries tr&#232;s polluantes, comme les industries du ciment &#224; Darbandzli et Ouraman, ou encore le projet de raffinerie pr&#232;s de Zribar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quel &#339;il le gouvernement voit-il vos actions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Iran, on ne permet pas que les associations expriment un point de vue politique. Le r&#233;gime m&#232;ne contre nous une r&#233;pression constante. &#192; l'heure actuelle, certains de mes amis sont en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en demandant des autorisations, on subit toutes sortes d'entraves. Lors d'une op&#233;ration de reboisement, les forces de police nous ont entour&#233;s comme si on allait commettre un crime. Ils ne veulent pas que les actions collectives se r&#233;pandent parmi le peuple, mais on continue. R&#233;cemment, on a organis&#233; un festival &#8220;Une journ&#233;e pour Zribar&#8221; qui a r&#233;uni plus de 10 000 personnes sur deux jours. Des dizaines de milliers de personnes ont aussi particip&#233; aux fun&#233;railles de deux de nos membres qui ont trouv&#233; la mort en luttant contre un incendie de for&#234;t autour de Marivan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi invit&#233; les villageois &#224; nettoyer totalement leur village le dernier mercredi de chaque ann&#233;e. Cette ann&#233;e, 204 villages l'ont fait simultan&#233;ment. Mais le gouvernement n'aime pas &#231;a, car il a peur que ces actions organis&#233;es finissent par se retourner contre lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la politique environnementale du r&#233;gime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour lui, l'environnement ne constitue pas une priorit&#233;. Pas plus que le d&#233;veloppement de notre r&#233;gion. Le point de vue g&#233;n&#233;ral du gouvernement iranien sur les questions environnementales est comparable &#224; sa politique vis-&#224;-vis des femmes. C'est une femme &lt;i&gt;[Masoumeh Ebtekar]&lt;/i&gt; qui dirige le d&#233;partement d'&#201;tat de l'environnement. Mais il s'agit seulement de produire un symbole aux yeux du monde et de faire croire que les femmes iraniennes sont investies en politique autant que les hommes. Or, cette femme n'est pas tr&#232;s comp&#233;tente dans ce domaine ; seule la forme importe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que le gouvernement iranien contr&#244;le la production agricole et impose certaines cultures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le r&#233;gime islamique a pris le pouvoir en Iran, il a appliqu&#233; une division agricole selon les diff&#233;rentes r&#233;gions. Par exemple les agrumes au nord, le bl&#233; pour le centre et le Kurdistan. Ce n'est pas raisonnable de dire qu'il faut cultiver du bl&#233; ou du colza &#224; travers tout le pays sous pr&#233;texte d'autosuffisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Iran comprend 600 plaines, dont 270 sont d&#233;sormais compl&#232;tement s&#232;ches et improductives. C'est le r&#233;sultat de l'utilisation abusive des eaux souterraines. Le niveau des nappes phr&#233;atiques a &#233;norm&#233;ment baiss&#233;. L'agriculture est en crise et la question de l'eau est un enjeu crucial pour l'avenir de l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait faire des recherches pouss&#233;es dans chaque r&#233;gion afin de savoir quel produit y cultiver de mani&#232;re &#233;cologiquement responsable. Mais la science agronomique reste centraliste. Ainsi les r&#233;sultats de leurs recherches sur le Zagros&lt;i&gt; [cha&#238;ne de montagnes &#224; cheval sur l'Iran et l'Irak]&lt;/i&gt; du sud ont &#233;t&#233; appliqu&#233;s au centre et au nord du massif, qui sont des &#233;cosyst&#232;mes totalement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La province du Kurdistan est la sixi&#232;me ou septi&#232;me province en capacit&#233; de terres agricoles et la seconde pour les ressources en eau, pourtant elle reste la dix-neuvi&#232;me en production agricole. La politique agricole de notre r&#233;gion n'est pas bien organis&#233;e du tout. Les eaux du Kurdistan vont vers les provinces voisines : &#224; l'instar de la Turquie avec le Tigre et l'Euphrate, le gouvernement iranien cherche &#224; contr&#244;ler la rivi&#232;re Sirwan &lt;i&gt;[avec le barrage de Daryan, afin d'irriguer les terres du sud-ouest]&lt;/i&gt; au d&#233;triment des r&#233;gions kurdes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Loez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une version plus longue de cet entretien &lt;a href=&#034;http://www.kedistan.net/2019/08/27/ecologie-espace-de-contestation-politique-rojhelat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;est disponible&lt;/a&gt; sur le site Kedistan.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Kurdistan iranien (appel&#233; Rojhelat en kurde) peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une &#171; marge &#187;, au sens o&#249; l'entend la g&#233;ographe Brigitte Prost : &#224; savoir &#171; &lt;i&gt;l'&#233;cart (de surface, de temps, d'intensit&#233; fonctionnelle) entre un &#8220;plus&#8221;, c'est-&#224;-dire un territoire organis&#233;, fonctionnant suivant des r&#232;gles mises en place progressivement, et un &#8220;moins&#8221; qui, pour un espace, une &#233;poque, une forme d'activit&#233; donn&#233;s, ne r&#233;pond plus aux normes du syst&#232;me... &lt;/i&gt; &#187; Brigitte Prost, &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/geocarrefour/695&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marge et dynamique territoriale&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;G&#233;ocarrefour&lt;/i&gt;, vol. 79/2, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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