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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les vagues comme des barbel&#233;s</title>
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		<dc:date>2017-07-10T14:04:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Nenn&#232;s</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Suzanne Friedel / SOS M&#233;diterrann&#233;e</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2016, l'Aquarius sillonne les eaux internationales au large de la Libye pour porter secours aux migrants qui tentent la travers&#233;e vers l'Europe. L'une des routes les plus meurtri&#232;res au monde : plus de deux mille personnes s'y sont d&#233;j&#224; noy&#233;es en 2017. Affr&#233;t&#233; par SOS-M&#233;diterran&#233;e, L'Aquarius est l'un des huit bateaux de secours pr&#233;sents sur la zone &#8211; le seul &#224; y patrouiller toute l'ann&#233;e. CQFD a pu embarquer &#224; son bord pendant une dizaine de jours. Al'Est, les premi&#232;res (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Suzanne-Friedel-SOS-Mediterrannee" rel="tag"&gt;Suzanne Friedel / SOS M&#233;diterrann&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-ils" rel="tag"&gt;qu'ils&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvetage" rel="tag"&gt;sauvetage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2016, l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; sillonne les eaux internationales au large de la Libye pour porter
secours aux migrants qui tentent la travers&#233;e vers l'Europe. L'une des routes les plus meurtri&#232;res
au monde : plus de deux mille personnes s'y sont d&#233;j&#224; noy&#233;es en 2017. Affr&#233;t&#233; par SOS-M&#233;diterran&#233;e, L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; est l'un des huit bateaux de secours pr&#233;sents sur la zone &#8211; le seul &#224; y patrouiller toute
l'ann&#233;e. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a pu embarquer &#224; son bord pendant une dizaine de jours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Al'Est, les premi&#232;res lueurs se font plus pr&#233;cises. Il est 5h30. Depuis la passerelle, Basile scrute l'horizon aux jumelles depuis une bonne heure d&#233;j&#224;. En vain. L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; est de retour dans la SAR zone&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Search and Rescue Zone commence &#224; 12 miles des c&#244;tes libyennes, &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; apr&#232;s douze jours de cale s&#232;che. Tout le monde est tendu. Pour un peu, on se sentirait coupables d'avoir &#233;t&#233; absents. Quelque part devant, un point noir dans la nuit noire attend peut-&#234;tre d&#233;sesp&#233;r&#233;ment du secours. Un canot pneumatique gris, sans lumi&#232;re, invisible pour les radars &#224; moins de cinq miles, avec &#224; son bord des centaines de personnes, sans eau, et de plus en plus souvent sans moteur. La mer est mauvaise, le vent souffle du nord. &#171; &lt;i&gt;Il ne se passera rien aujourd'hui&lt;/i&gt;, estime Andreas, le second. &lt;i&gt;Les canots ne peuvent pas quitter la c&#244;te par ce temps, ils n'arrivent pas &#224; franchir les premi&#232;res vagues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1881 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-177-8a69a.jpg?1768732074' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Suzanne Friedel / SOS M&#233;diterrann&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas rester les bras crois&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;n&#233;vole de SOS-M&#233;diterran&#233;e, Basile poursuit tout de m&#234;me sa veille, bient&#244;t relay&#233; par James, puis Svenja. Et ainsi de suite, toutes les deux heures, jusqu'&#224; la nuit. &#171; &lt;i&gt;Ce qui &#233;tait encore vrai l'ann&#233;e derni&#232;re l'est de moins en moins&lt;/i&gt;, explique Alain, solide Martiniquais ayant d&#233;j&#224; une dizaine de rotations derri&#232;re lui. &lt;i&gt;Avant, les trafiquants attendaient que la mer soit belle pour lancer les bateaux. Et certains passagers &#233;taient &#233;quip&#233;s de gilets de sauvetage. Aujourd'hui, des pneumatiques achet&#233;s 130 &#8364; sur Alibaba&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concurrent chinois d'Amazon.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ont remplac&#233; les barques de p&#234;che. Et ils prennent la mer m&#234;me par mauvais temps. Ceux qui ne veulent pas monter sont flingu&#233;s dans les broussailles sur la plage. Les passeurs disent aux autres : &#8220;L'Italie, c'est tout droit, vous y serez dans trois heures !&#8221; Les moteurs pourris calent souvent au bout de quelques heures, faute de carburant. Ou alors, d'autres truands viennent voler le moteur et laissent les migrants &#224; la d&#233;rive.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la dizaine de b&#233;n&#233;voles de SOS-M&#233;diterran&#233;e, la journ&#233;e se passe en exercices de sauvetage : il faut roder les nouveaux&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les b&#233;n&#233;voles de SOS-M&#233;diterran&#233;e s'engagent pour trois rotations de trois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, leur faire acqu&#233;rir des automatismes. Ce ne sont pas des novices, la plupart ont d&#233;j&#224; une exp&#233;rience de marin, mais ce travail est particulier. Face &#224; des gens paniqu&#233;s et &#224; leurs propres &#233;motions, ils doivent savoir r&#233;agir, calmer, rassurer. &#171; &lt;i&gt;Je me souviendrai toujours de mon premier sauvetage&lt;/i&gt;, raconte St&#233;phane Broc'h. &lt;i&gt;J'ai pris une grosse claque.&lt;/i&gt; &#187; Ce Breton un brin taciturne coordonne les secours sur l'eau. Il est la premi&#232;re main que saisit le naufrag&#233;. Il y a plusieurs mois d&#233;j&#224; qu'il a quitt&#233; son boulot de m&#233;canicien de marine dans le Pacifique pour s'engager avec SOS. &#171; &lt;i&gt; Je ne pouvais pas rester les bras crois&#233;s, j'avais besoin d'agir, pour dormir en paix, pouvoir me regarder dans une glace. J'avais les comp&#233;tences, donc je suis venu.&lt;/i&gt; &#187; Plus tard dans l'apr&#232;s-midi, c'est l'&#233;quipe de M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF) qui assurera la formation aux premiers secours, expliquant comment prendre en charge &#224; bord les r&#233;fugi&#233;s et &#224; quels sympt&#244;mes porter attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui les hante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Midi, le lendemain. Depuis la passerelle, Alexander Moroz, le capitaine bi&#233;lorusse, pr&#233;vient : il vient de recevoir un appel du MRCC&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Maritime Rescue Coordination Center est l'organisme italien qui coordonne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Un canot est en perdition &#224; cinq heures de navigation &#224; l'est. L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; est le bateau de sauvetage le plus proche, il faut y aller. La tension monte &#8211; arriverons-nous &#224; temps ? Puis elle retombe un peu : un cargo turc est &#224; proximit&#233;, il va recueillir les naufrag&#233;s, qui seront ensuite transf&#233;r&#233;s sur notre navire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait nuit quand le transbordement commence. Pendant deux heures, le zodiac de sauvetage multiplie les allers-retours d'un bateau &#224; l'autre, transportant quinze personnes &#224; chaque fois. Hagards, les premiers rescap&#233;s posent un pied h&#233;sitant sur le pont, hiss&#233;s par les bras et les sourires de Charly et Christina : &#171; &lt;i&gt;Bienvenue, mon fr&#232;re, Welcome, Salam aleikoum.&lt;/i&gt; &#187; Une seule femme, enceinte, au milieu de 117 hommes. Maliens pour la plupart, mais aussi Ghan&#233;ens, Gambiens, S&#233;n&#233;galais : presque toute l'Afrique de l'Ouest est repr&#233;sent&#233;e. Tous sont pieds nus, certains m&#234;me torse nu. Leurs habits empestent le gasoil, la merde, la sueur et la peur. On les fait se d&#233;shabiller, se laver, se changer. Tous re&#231;oivent le m&#234;me kit : des habits propres, une couverture, de l'eau et des biscuits hypercaloriques. Le m&#233;decin rep&#232;re les bless&#233;s, organise les premiers soins. Certains s'effondrent de fatigue, d'autres tremblent sur leurs deux jambes. Peu &#224; peu, les visages se d&#233;tendent. Ce n'est qu'au bout de quelques heures qu'ils commencent &#224; raconter. La peur lors de la travers&#233;e, celle de se noyer sur cet esquif surcharg&#233;. Mais ce n'est pas elle qui tire les visages, creuse les orbites. Non, ce qui les hante, c'est la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vendu comme une ch&#232;vre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouba, un Gambien costaud d'une trentaine d'ann&#233;es, bonnet en laine viss&#233; sur la t&#234;te et sourire inoxydable, se lance : &#171; &lt;i&gt;Je suis venu en Libye pour travailler. Je pensais pouvoir y trouver un futur, mais c'&#233;tait une mauvaise id&#233;e. J'y suis rest&#233; un an. C'est court, un an, mais l&#224;-bas &#231;a m'a sembl&#233; tr&#232;s long : la vie &#233;tait tr&#232;s difficile.&lt;/i&gt; &#187; Le sourire s'efface. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; kidnapp&#233; d&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Sabha&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oasis situ&#233;e &#224; 600 kilom&#232;tres au sud de Tripoli, porte d'entr&#233;e pour ceux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Le passeur libyen rencontr&#233; &#224; Agad&#232;s m'avait vendu &#224; une bande de Beni Wali&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tribu libyenne.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ils m'ont enferm&#233; avec plusieurs centaines de personnes, hommes et femmes, jeunes et vieux. Je ne sais pas si c'&#233;tait une prison officielle, il y avait des prisonniers avec des papiers en r&#232;gle, permis de travail et tout. On ne m'a donn&#233; aucune explication.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit se fait difficile, Bouba a du mal &#224; d&#233;glutir : &#171; &lt;i&gt;Leur seule motivation, c'est l'argent. Ils te prennent tout ce que tu as, ils te mettent m&#234;me &#224; poil pour v&#233;rifier que tu ne caches rien. Ensuite, ils te demandent d'appeler ta famille pour qu'elle envoie de l'argent. Si tu n'en as pas, ils te frappent. Si tu en as, ils te frappent aussi, pour que les tiens entendent tes cris au t&#233;l&#233;phone. Moi, je suis seul, je n'ai personne, alors j'ai d&#251; travailler en esclave. Ils voulaient 3 500 dollars pour ma libert&#233; ! Et puis, un jour, ils m'ont laiss&#233; partir, sans que je sache pourquoi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omar, jeune S&#233;n&#233;galais de 19 ans, raconte une histoire semblable : &#171; &lt;i&gt;Je voulais aller en Europe, mais ils m'ont vendu. Comme une ch&#232;vre ! J'ai retrouv&#233; la libert&#233; contre de l'argent, mais j'ai &#233;t&#233; de nouveau captur&#233; quelques jours plus tard. Ils me frappaient tous les jours, ne me donnaient pas &#224; manger et m'ont oblig&#233; &#224; appeler ma famille. Et m&#234;me apr&#232;s le versement d'une ran&#231;on, ils ne m'ont pas lib&#233;r&#233;. Une nuit, j'ai g&#226;t&#233; la porte et j'ai fui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;tention effroyable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les histoires se suivent et se ressemblent, avec plus ou moins de violence, plus ou moins de chance. Beaucoup arborent de vilaines cicatrices, caus&#233;es par des menottes trop serr&#233;es aux poignets et aux chevilles. Certains souffrent de plaies infect&#233;es et de br&#251;lures, d'autres de maladies de peau contract&#233;es dans la promiscuit&#233; des centres de d&#233;tention. Pr&#232;s de la moiti&#233; d'entre eux n'avait aucune intention de passer en Europe au d&#233;part, mais ils n'ont eu d'autre choix que d'embarquer pour fuir le chaos libyen et sauver leur peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s MSF, il existe 42 centres de d&#233;tention officiels en Libye, o&#249; sont enferm&#233;s les immigr&#233;s clandestins. L'ONG n'a acc&#232;s qu'&#224; huit d'entre eux. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de registres d'entr&#233;e ni de sortie&lt;/i&gt;, raconte une charg&#233;e de mission de MSF en Libye&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des raisons de s&#233;curit&#233;, nous ne mentionnons pas son nom.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, en visite sur le bateau. &lt;i&gt;On ne peut pas effectuer de v&#233;ritable suivi. Un matin, tu te pointes, et il manque 300 personnes par rapport &#224; la veille... Impossible de savoir ce qu'elles sont devenues, si elles ont &#233;t&#233; tu&#233;es, lib&#233;r&#233;es, transf&#233;r&#233;es dans un autre centre ou mises dans des bateaux. Les prisonniers ne se plaignent pas, pour ne pas &#234;tre battus, mais les conditions de d&#233;tention sont effroyables.&lt;/i&gt; &#187; Elle explique aussi que personne ne sait combien de prisons clandestines viennent s'ajouter aux 42 officielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enroul&#233;s dans leurs couvertures, les r&#233;fugi&#233;s dorment en s&#233;curit&#233; pour la premi&#232;re fois depuis longtemps. Toute la nuit, des b&#233;n&#233;voles veillent, discutent avec ceux qui n'ont pas trouv&#233; le sommeil, posent une main bienveillante sur une &#233;paule, offrent un sourire. Demain matin, les r&#233;fugi&#233;s seront transf&#233;r&#233;s sur le bateau d'une autre ONG qui rentre en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ibrahim, 40 kilos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; a repris sa veille &#224; l'ouest de Tripoli, dans les eaux internationales. La majorit&#233; des d&#233;parts se fait depuis cette portion de c&#244;te, au large de Sabratha. Cette fois, la radio crachote un appel, mentionnant trois embarcations. Un autre navire est d&#233;j&#224; sur place, mais il a besoin de renforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, une embarcation manque &#224; l'appel. Les passagers des autres bateaux expliquent que son moteur est tomb&#233; en panne et qu'ils l'ont perdue de vue. Ont-ils fait demi-tour, se sont-ils noy&#233;s, d&#233;rivent-ils encore ? Comment savoir ? Il faut se concentrer sur ceux qui sont l&#224;, entass&#233;s dans un bateau en bois et un canot pneumatique &#224; moiti&#233; d&#233;gonfl&#233;. La ronde des canots de sauvetage reprend. Cette fois, il y a des femmes, des enfants, un b&#233;b&#233; d'un mois. Pakistanais, Bengalis, &#201;thiopiens, Soudanais, Marocains... Beaucoup de mineurs non accompagn&#233;s. En tout, 266 personnes. Et Ibrahim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il monte &#224; bord, le silence se fait. Il est grand, pas loin de deux m&#232;tres. Et d'une maigreur irr&#233;elle, &#224; peine 40 kilos. On dirait qu'il sort d'un camp de concentration. Il a de la fi&#232;vre, peut &#224; peine marcher, parle dans un souffle. Le m&#233;decin Craig Spencer l'emm&#232;ne dans la clinique. Il nous apprendra plus tard que le jeune homme est gambien, qu'il a seize ans, et souffre d'une septic&#233;mie. Il est en train de mourir de faim. D&#233;tenu pendant sept mois dans une prison clandestine de Sabratha, il est tomb&#233; malade apr&#232;s avoir d&#251; cohabiter une semaine avec le cadavre en d&#233;composition d'un compagnon d'infortune. &#192; deux reprises, il a pay&#233; pour monter dans un canot. Deux &#233;checs. La troisi&#232;me, c'est le trafiquant lui-m&#234;me, voyant qu'il allait mourir, qui l'a jet&#233; dans la barque que l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; vient de secourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'ai gagn&#233; une femme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bord, les femmes sont regroup&#233;es dans le Shelter&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abri r&#233;serv&#233; aux femmes.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Elles peuvent sortir sur le pont, mais aucun homme n'a le droit d'entrer dans leur refuge. C'est le royaume d'Alice, la sage-femme. Comme souvent, la majeure partie de ces femmes sont nig&#233;rianes, destin&#233;es aux r&#233;seaux de prostitution europ&#233;ens. Parfois, la &#171; &lt;i&gt;madame&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#232;re maquerelle.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; voyage avec elles. Certaines savent ce qui les attend, d'autres croyaient qu'elles seraient coiffeuses ou stylistes en Italie. Aucune n'a plus de vingt-cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui arrive aux femmes africaines en Libye, c'est Koubra, une Togolaise voyageant avec son mari, qui le raconte : &#171; &lt;i&gt;Il suffit qu'un Libyen te rep&#232;re dans la rue, qu'il t'attrape, te mette dans sa voiture, puis te ram&#232;ne chez lui et t'enferme. Il appelle alors ses copains et leur dit : &#8220;J'ai gagn&#233; une femme.&#8221; Que tu sois enceinte ou non, seule ou avec ton enfant dans le dos, ils s'en moquent. Ils viennent &#224; cinq ou six, te menacent avec un fusil, puis te violent un &#224; un. Quand ils ont fini, ils te demandent d'appeler ton mari pour qu'il paye la ran&#231;on. S'il manque quelques dinars ou que le mari n'est pas &#224; l'heure, ils te gardent encore. &lt;/i&gt; &#187; Elle d&#233;crit un enfer sur terre. &#171; &lt;i&gt;Tu ne peux te fier &#224; personne. Certains chauffeurs de taxi t'obligent &#224; les sucer, puis t'abandonnent dans la rue. Et les Libyennes ne se comportent pas mieux. J'ai travaill&#233; pour une m&#232;re de famille qui, apr&#232;s m'avoir pay&#233; ce qu'elle me devait, a envoy&#233; son fils me couper la route. Il m'a tout repris.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s ce qu'elle a v&#233;cu, comment demander &#224; Koubra de faire dans la nuance ? &#171; &lt;i&gt;Un bon Libyen, &#231;a n'existe pas. Un bon Libyen, c'est celui qui te laisse la vie sauve, qui se contente de te torturer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souffler, enfin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; a re&#231;u l'ordre de d&#233;poser ses naufrag&#233;s &#224; Pozzalo, en Sicile. Deux jours de navigation, avec seulement 267 r&#233;fugi&#233;s &#224; bord &#8211; aberrant en termes de co&#251;t, mais c'est le MRCC qui d&#233;cide. L'Italie veut garder la main sur la gestion de cette vague ininterrompue de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le pont arri&#232;re, Alice a mis de la musique. Une &lt;i&gt;battle&lt;/i&gt; de danse s'improvise entre un jeune Bengali et un Marocain, tout &#224; leur joie d'&#234;tre en s&#233;curit&#233;. Nombreux sont ceux qui rient, tapent dans leurs mains, esquissent quelques pas. Mais beaucoup d'autres ont le regard perdu et se taisent, le visage ferm&#233;. Dans quelques heures, ils seront en Europe. Comment vont-ils &#234;tre accueillis ? &#171; &lt;i&gt;On les pr&#233;vient que &#231;a ne va pas &#234;tre facile, mais on ne brise pas tous leurs espoirs. Les trois jours qu'ils passent sur le bateau doivent constituer un r&#233;pit : ils peuvent souffler, reprendre des forces. On ne peut pas leur dire cr&#251;ment ce qui les attend&lt;/i&gt; &#187;, explique Marcella Kraay, chef de mission pour MSF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un trafic trop rentable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous sur le bateau, b&#233;n&#233;voles de MSF et de SOS-M&#233;diterrann&#233;e, ont bien conscience qu'ils combattent les sympt&#244;mes, et non les causes. Que la solution est entre les mains des politiques, qui d&#233;tournent la t&#234;te. Combien de noy&#233;s faudra-t-il encore ? &#171; &lt;i&gt;Je ne comprends pas que les &#201;tats europ&#233;ens ne prennent pas la mesure de ce qui se passe en M&#233;diterran&#233;e et qu'ils s'obstinent &#224; financer un soi-disant &#201;tat libyen&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois gouvernements se disputent le pouvoir en Libye. S'y ajoutent un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;, s'&#233;nerve St&#233;phane.&lt;i&gt; Comme cet &#201;tat libyen n'existe pas, ils financent en r&#233;alit&#233; peut-&#234;tre les passeurs, peut-&#234;tre les milices qui organisent ce trafic humain. Pourquoi &#231;a s'arr&#234;terait ? C'est trop rentable. Les gens payent entre 500 et 2 500 &#8364; leur passage sur des bateaux de la mort&lt;/i&gt;. &#187; Le b&#233;n&#233;vole ne d&#233;col&#232;re pas : &#171; &lt;i&gt; Nous, ONG, sommes financ&#233; &#224; 99% par la soci&#233;t&#233; civile. Nous faisons le boulot des gouvernements et ils nous crachent &#224; la gueule en nous accusant d'&#234;tre de m&#232;che avec les passeurs. Les pays europ&#233;ens pr&#233;tendent se soucier des droits de l'homme, porter des valeurs humanistes, mais ils les pi&#233;tinent all&#232;grement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin les c&#244;tes siciliennes. Presque plus personne ne parle. Les formalit&#233;s de d&#233;barquement prendront plusieurs heures, sous un soleil de plomb. Accueillis sur le quai par des silhouettes en combinaisons blanches, masqu&#233;es, les r&#233;fugi&#233;s seront tri&#233;s, num&#233;rot&#233;s, pass&#233;s au d&#233;tecteur de m&#233;taux, puis convoy&#233;s en bus vers des centres de r&#233;tention. Sur le bateau, tout le monde leur serrera une derni&#232;re fois la main. Alice se cachera pour pleurer. Les jointures de James blanchiront sur le bastingage. Les dents d'Anton grinceront d'impuissance. Puis ils se remettront au travail, nettoieront le bateau, prendront une cuite et repartiront le lendemain matin. Avec en t&#234;te cette phrase d'Albert Einstein : &#171; &lt;i&gt;Le monde ne sera pas d&#233;truit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Search and Rescue Zone commence &#224; 12 miles des c&#244;tes libyennes, &#224; la limite des eaux internationales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Concurrent chinois d'Amazon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les b&#233;n&#233;voles de SOS-M&#233;diterran&#233;e s'engagent pour trois rotations de trois semaines chacune. Apr&#232;s quoi, ils doivent faire une pause. Certains rempilent, d'autres non.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Maritime Rescue Coordination Center est l'organisme italien qui coordonne les actions des navires de secours pr&#233;sents sur zone. Rien ne se fait sans son accord pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Oasis situ&#233;e &#224; 600 kilom&#232;tres au sud de Tripoli, porte d'entr&#233;e pour ceux qui arrivent par le d&#233;sert et plaque tournante du trafic humain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tribu libyenne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour des raisons de s&#233;curit&#233;, nous ne mentionnons pas son nom.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abri r&#233;serv&#233; aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;M&#232;re maquerelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Trois gouvernements se disputent le pouvoir en Libye. S'y ajoutent un certain nombre de milices plus ou moins ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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