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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Les principes protecteurs des personnes inculp&#233;es sont violent&#233;s &#187;</title>
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		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>L'ordonnance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 23 mars, la loi sur l'&#233;tat d'urgence sanitaire a &#233;t&#233; adopt&#233;e, laissant les mains libres au gouvernement pour l&#233;gif&#233;rer par ordonnances. En premi&#232;re ligne, le droit du travail, mais aussi le syst&#232;me judiciaire. Si la majorit&#233; des proc&#232;s a &#233;t&#233; report&#233;e, certaines r&#232;gles ont chang&#233; pour ceux qui continuent &#224; se tenir. Rapha&#235;l Kempf, avocat au barreau de Paris et auteur du livre Ennemis d'&#201;tat : les lois sc&#233;l&#233;rates, des anarchistes aux terroristes , pointe quelques dangers de ce nouvel &#233;tat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no186-avril-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;186 (avril 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-ordonnance" rel="tag"&gt;L'ordonnance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 23 mars, la loi sur l'&#233;tat d'urgence sanitaire a &#233;t&#233; adopt&#233;e, laissant les mains libres au gouvernement pour l&#233;gif&#233;rer par ordonnances. En premi&#232;re ligne, le droit du travail, mais aussi le syst&#232;me judiciaire. Si la majorit&#233; des proc&#232;s a &#233;t&#233; report&#233;e, certaines r&#232;gles ont chang&#233; pour ceux qui continuent &#224; se tenir. Rapha&#235;l Kempf, avocat au barreau de Paris et auteur du livre &lt;i&gt;Ennemis d'&#201;tat : les lois sc&#233;l&#233;rates, des anarchistes aux terroristes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Fabrique, 2019.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, pointe quelques dangers de ce nouvel &#233;tat d'exception. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui est pr&#233;occupant dans cette loi d'urgence sanitaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un texte d'exception. Il est toujours dangereux de l&#233;gif&#233;rer dans des circonstances extraordinaires. Cela donne plus de pouvoir &#224; l'&#201;tat au d&#233;triment des citoyens. Cette loi limite drastiquement la libert&#233; de manifester, de r&#233;union, de circulation, d'entreprendre. La question est : est-ce que la situation le justifie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en d&#233;saccord avec certains profs de droit qui expliquent que ce nouveau texte permet de donner un cadre juridique aux r&#232;gles de confinement : ce n'est pas une justification suffisante. Il aurait pu y avoir d'autres solutions avec le droit existant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un point de vue pratique, que change cette loi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a la cr&#233;ation d'un nouveau d&#233;lit en cas de violation r&#233;it&#233;r&#233;e du confinement&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la mi-mars, un certain nombre de personnes n'ayant pas respect&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Si tu es verbalis&#233; quatre fois en trente jours, tu peux &#234;tre jug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'Int&#233;rieur a annonc&#233; des centaines de milliers de contraventions. Il faudrait voir les conditions dans lesquelles elles ont &#233;t&#233; distribu&#233;es ! Deux personnes m'ont saisi pour contester leur premi&#232;re contravention, mais c'est une d&#233;marche lourde qui prend du temps. Et qui est risqu&#233;e, car tu peux te retrouver &#224; payer plus. Et puis comment prouver qu'on n'a &lt;i&gt;pas &lt;/i&gt;commis une infraction ? Pas &#233;vident. Sur ces centaines de milliers de contraventions, la moiti&#233; sont peut-&#234;tre ill&#233;gales, mais il n'y aura probablement aucun constat de cette ill&#233;galit&#233;-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me d'attestation donne un pouvoir compl&#232;tement disproportionn&#233; &#224; la police : ce sont les agents eux-m&#234;mes qui jugent, par exemple, si les achats effectu&#233;s dans les commerces alimentaires sont de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Et ils le font souvent sans aucun t&#233;moin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par ailleurs, le gouvernement peut maintenant l&#233;gif&#233;rer par ordonnances, sans aucun contr&#244;le de la part du Parlement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, en dehors donc de tout d&#233;bat public. On pense ce que l'on veut du Parlement et de son r&#244;le, mais au moins il y a des d&#233;bats &#224; la t&#233;l&#233;, &#231;a permet un peu de transparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est dangereux, c'est que la loi d'urgence sanitaire habilite le gouvernement &#224; adopter par ordonnances des mesures sans limitation de dur&#233;e. Finalement, quand les premi&#232;res ordonnances sont sorties le 25 mars, elles avaient une limite temporelle. Celle concernant le droit du travail, qui d&#233;truit quand m&#234;me pas mal de protections accord&#233;es aux salari&#233;s &#8211; les r&#234;ves du Medef se r&#233;alisent ! &#8211; est valable jusqu'au 31 d&#233;cembre. Pourquoi pas avant, si l'&#233;tat d'urgence sanitaire s'arr&#234;te ? L'ordonnance qui traite des questions p&#233;nales, elle, pourra s'appliquer jusqu'&#224; un mois apr&#232;s la fin de l'&#233;tat d'urgence sanitaire&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'instant pr&#233;vue pour fin mai.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8211; lequel pourra &#234;tre prolong&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'il y a dans cette ordonnance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'article premier dit que l'ordonnance adapte les conditions &#8220;&lt;i&gt;pour permettre une continuit&#233; essentielle au maintien de l'ordre public&lt;/i&gt;&#8221;. C'est compl&#232;tement fou qu'on assigne cette mission aux tribunaux. Le maintien de l'ordre public, c'est &#224; la limite le travail de la police... mais les tribunaux doivent rechercher une v&#233;rit&#233; judiciaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On entend aussi parler de la lib&#233;ration de prisonniers...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ordonnance permet la lib&#233;ration des condamn&#233;s en fin de peine &#224; qui il reste un ou deux mois &#224; faire, les fameux 5 000 &#224; 6 000 prisonniers annonc&#233;s. Mais cette disposition est contrebalanc&#233;e par tout le reste, qui violente tous les principes protecteurs des personnes inculp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple la d&#233;tention provisoire. Imaginons quelqu'un qui passe en comparution imm&#233;diate : il demande un report de son proc&#232;s et se retrouve en d&#233;tention provisoire. En g&#233;n&#233;ral, son proc&#232;s a lieu un mois apr&#232;s. Entre-temps, son avocat peut demander une mise en libert&#233;. Dans la loi &#8220;normale&#8221;, cette demande est jug&#233;e sous dix jours. Mais avec l'ordonnance, &#231;a va passer &#224; un mois et dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc ce texte permet non pas de d&#233;sengorger les prisons, mais potentiellement d'y garder les gens jusqu'&#224; la fin de la crise sanitaire. C'est absolument scandaleux. On garde au trou des gens qui sont en attente de leur proc&#232;s, qui sont pr&#233;sum&#233;s innocents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cette loi a des cons&#233;quences sur le d&#233;roul&#233; des audiences qui continuent de se tenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Par exemple, quand une personne est mise en examen par un juge d'instruction, une audience se tient &#224; intervalle r&#233;gulier devant le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention, qui prolonge ou pas la d&#233;tention provisoire. L&#224;, avec le nouveau texte, au lieu d'avoir une audience publique, il y aura juste des &#233;changes de courrier : le procureur va dire pourquoi il pense qu'il faut que la personne reste en prison, l'avocat va d&#233;fendre le contraire et le juge va d&#233;cider. C'est s&#251;r, &#231;a facilite la vie, il n'y a plus besoin d'&#233;couter les gens et leurs avocats, &#231;a prend moins de temps mais &#231;a d&#233;truit les droits des mis en examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : la possibilit&#233; de juger &#224; juge unique. En France, il y a l'id&#233;e de la coll&#233;gialit&#233; : plusieurs magistrats ensemble qui d&#233;cident du sort des personnes. L&#224;, un juge va pouvoir condamner tout seul. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les prisonniers risquent d'&#234;tre parmi les premiers touch&#233;s par le coronavirus (lire pp. 8 &amp; 9). Cette situation ne peut pas jouer dans les d&#233;cisions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La prison d&#233;multiplie les risques : ce sont des lieux clos, surpeupl&#233;s. Malheureusement j'ai l'impression que les magistrats ne sont pas &#224; l'&#233;coute de ces arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la premi&#232;re semaine de confinement, j'ai demand&#233; la lib&#233;ration de deux clients, notamment parce qu'il y a un risque &#233;norme de contamination en prison. Dans sa d&#233;cision, un juge a dit : &#8220;&lt;i&gt;Il est purement inexact d'affirmer que le milieu carc&#233;ral ne le prot&#232;ge pas des risques de pand&#233;mie.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, &#224; Bordeaux, un procureur a os&#233; faire porter le chapeau &#224; la gr&#232;ve des avocats contre la r&#233;forme des retraites, &#8220;&lt;i&gt;qui a largement contribu&#233; &#224; la situation actuelle de surpopulation p&#233;nale&lt;/i&gt;&#8221; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment tu vois la suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; cause du confinement, il y a une visibilit&#233; beaucoup moins grande de ce que font le pouvoir, les juges, la police. Moins de gens pour filmer, pour raconter. C'est un danger. Et surtout, d'exp&#233;rience, la limitation de dur&#233;e des l&#233;gislations d'exception ne tient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 11-Septembre, la loi antiterroriste devait durer deux ans ; elle a finalement &#233;t&#233; rendue permanente et l'ann&#233;e derni&#232;re, elle a &#233;t&#233; utilis&#233;e contre les Gilets jaunes. Quant &#224; l'&#233;tat d'urgence mis en place apr&#232;s les attentats de 2015, Macron y a mis fin mais la &#8220;loi Silt&#8221; &lt;i&gt;[S&#233;curit&#233; int&#233;rieure et lutte contre le terrorisme] &lt;/i&gt;a transpos&#233; dans le droit commun certaines de ses mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garde des Sceaux dit : &#8220;&lt;i&gt;Ne vous inqui&#233;tez pas.&lt;/i&gt;&#8221; J'aimerais bien la croire, mais la justice manque tellement d'argent et de postes que certains dispositifs mis en &#339;uvre actuellement risquent fort de perdurer&#8230; au d&#233;triment de la justice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Fabrique, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis la mi-mars, un certain nombre de personnes n'ayant pas respect&#233; le confinement ont &#233;t&#233; poursuivies dans le cadre d'un d&#233;lit existant de longue date : la &#171; mise en danger de la vie d'autrui &#187;, passible d'un an d'emprisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour l'instant pr&#233;vue pour fin mai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; On remet la photo choc &#224; sa bonne place &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/On-remet-la-photo-choc-a-sa-bonne</link>
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		<dc:date>2019-11-13T12:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La nouvelle revue &#201;tats d'urgence regroupe six professionnel.le.s de la &#171; photographie sociale &#187; . Tous les ans, 128 pages de regards au long cours sur nos urgences quotidiennes : casse sociale, crise migratoire, violence d'&#201;tat, catastrophe &#233;cologique&#8230; Entretien &#224; deux voix pour interroger le r&#244;le de la photo dans les luttes : l'histoire est-elle soluble dans l'esth&#233;tique ? CQFD : Le titre de la revue est &#201;tats d'urgence, pourtant on n'y parle pas des lois antiterroristes mises en place (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/photo" rel="tag"&gt;photo&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prendre" rel="tag"&gt;prendre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle revue &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Libertalia.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; regroupe six professionnel.le.s de la &#171; photographie sociale &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valentina Camu, Val&#233;rie Dubois, Yann Levy, Nnoman, Vincent Palmier (icono), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Tous les ans, 128 pages de regards au long cours sur nos urgences quotidiennes : casse sociale, crise migratoire, violence d'&#201;tat, catastrophe &#233;cologique&#8230; Entretien &#224; deux voix pour interroger le r&#244;le de la photo dans les luttes : l'histoire est-elle soluble dans l'esth&#233;tique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1339-cba03.jpg?1782666250' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Le titre de la revue est &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt;, pourtant on n'y parle pas des lois antiterroristes mises en place par le gouvernement...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valentina Camu&lt;/strong&gt; : On ne voulait en effet pas parler directement de l'&#233;tat d'urgence impos&#233; pour r&#233;agir aux attentats, mais de l'&#233;tat d'urgence sociale en France, celui qu'on vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yann Levy&lt;/strong&gt; : Surtout que l'&#233;tat d'urgence d&#233;cid&#233; par le gouvernement a beaucoup servi &#224; r&#233;primer le mouvement social. Il y a bien urgence sociale, avec de plus en plus de pr&#233;carit&#233;, une crise migratoire et &#233;cologique. Le monde est en guerre, et toute l'&#233;conomie doit continuer &#224; fonctionner, tandis que les peuples perdent leurs libert&#233;s. C'est contre cet &#233;tat d'urgence policier, et pour remettre en avant les probl&#233;matiques sociales, que nous avons fait cette revue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233; ce projet de revue photographique collective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Le mouvement contre la loi Travail a permis &#224; beaucoup de photographes de se rencontrer pendant les manifestations. Avec Julien Pitinome et Nnoman, nous avons cosign&#233; une tribune dans Mediapart.fr en juin 2016 : &#171; Reporters ind&#233;pendant.e.s, nous vivons la pr&#233;carit&#233; et la r&#233;pression &#187;. &#199;'a &#233;t&#233; comme une premi&#232;re pierre commune. &#192; partir de l&#224;, nous avons constitu&#233; un portfolio commun sur le printemps dernier avec d'autres photographes, et ajout&#233; d'autres s&#233;ries plus personnelles, sur la ZAD, Assa Traor&#233; et son combat, ou les trajectoires de migrant.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Le travail en collectif sur ce projet est tr&#232;s motivant : on a rassembl&#233; nos diff&#233;rents travaux dans un &#171; almanach &#187; commun sur le mouvement contre la loi Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Aujourd'hui, il y a de plus en plus de photographes de qualit&#233;, et toujours tr&#232;s peu de canaux de diffusion. On produit tou.te.s des sujets auxquels on tient, mais qui ne sont pas publi&#233;s. Non pas qu'ils manquent de qualit&#233;, plut&#244;t parce qu'on n'est pas dans le bon tempo, parce qu'on ne conna&#238;t pas la bonne personne dans le bon m&#233;dia, etc. Je viens pour ma part du &lt;i&gt;DIY&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Do It Yourself&lt;/i&gt;], donc je me suis dit qu'il ne servait &#224; rien d'attendre qu'on nous propose ce type de publications : autant la fabriquer nous-m&#234;mes ! Le web nous semblait par ailleurs insuffisant, car il y manque cette notion de partage, de main &#224; la main, et on a un certain attachement affectif &#224; l'objet imprim&#233; que tu peux feuilleter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Et puis cela nous a permis de raconter des histoires par la photo, en prenant le temps n&#233;cessaire. Par exemple, le sujet que j'ai publi&#233; dans &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt;, &#171; Territoire d'exil &#187; qui rend compte de l'&#233;vacuation des migrant.e.s de La Chapelle : j'avais pu publier quelques-unes des photos dans d'autres canards d'actualit&#233;, mais l&#224;, elles forment un tout coh&#233;rent et in&#233;dit. On quitte la photo d'illustration pour lui redonner toute sa valeur de narration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1336-f3866.jpg?1782641172' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les revenus d'un.e photographe de presse aujourd'hui ? Cela permet-il de travailler en toute ind&#233;pendance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : La presse est devenue ultrapr&#233;caire, en g&#233;n&#233;ral : la pige journali&#232;re est tomb&#233;e &#224; 60 euros, ce qui rend impossible l'id&#233;e de gagner sa vie uniquement ainsi. Il faut bosser &#224; c&#244;t&#233; pour pouvoir joindre les deux bouts. M&#234;me quand on parvient &#224; vendre une photo, &#231;a ne rapporte pas grand-chose : entre 20 et 60 euros sur Internet. Sur papier, c'est un peu plus, &#231;a peut monter &#224; 200 ou 300 euros, voire 1 000 ou 2 000 si tu parviens &#224; n&#233;gocier une exclusivit&#233;. Mais c'est tr&#232;s rare, car nous sommes beaucoup dans la file d'attente. Ensuite, les grosses agences, comme l'AFP, comptent sur la masse de photos qu'elles revendent, et cassent donc les prix : tu peux en acheter pour 50 centimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Ce qui est s&#251;r, c'est que quand on prend une journ&#233;e pour aller faire des photos de manif, ce n'est pas pour l'argent ! On y va plut&#244;t pour vivre ce moment, t&#233;moigner de ce qu'il se passe, et par engagement. Ce n'est pas la m&#234;me chose pour des photographes qui sont salari&#233;.e.s &#224; l'AFP : eux envoient leurs prises de vue &#224; l'agence en direct par wifi, et c'est cette derni&#232;re qui est propri&#233;taire des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : En nous affiliant &#224; des agences ind&#233;pendantes (Hans Lucas pour nous deux ici pr&#233;sent.e.s), on conserve le choix de distribuer nos images selon un besoin d'actualit&#233; chaude, de &lt;i&gt;breaking news&lt;/i&gt;, ou bien selon une envie de construire un discours plus documentaire autour d'un &#233;v&#233;nement. Tou.te.s les photographes d'&lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt; partagent ce go&#251;t de la photo engag&#233;e et humaniste &#8211; ce qu'on appelle &#171; photographie sociale &#187;. Cela implique de se sentir proches des acteurs que nous accompagnons avec notre appareil. On ne cherche pas l'objectivit&#233; froide, mais plut&#244;t &#224; faire corps avec ce qu'il se passe. Il peut arriver qu'une de nos photos serve &#224; illustrer un article, mais ce n'est pas pour cela que nous faisons ce m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Si tu veux vivre de ce m&#233;tier sans &#224;-c&#244;t&#233;s, il faut produire un max, faire dans l'actu &#224; fond et ne pas trop te poser de questions. Pour s'en sortir, certain.e.s photographes partagent leur journ&#233;e entre un &lt;i&gt;meeting&lt;/i&gt; de Marine Le Pen, un autre de Macron, puis un saut rapide &#224; la manif du jour avant le Salon de l'Auto... On se retrouve oblig&#233;.e.s d'aller prendre en photo ce dont vont parler les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, et non ce qui nous semble important.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1340-58eeb.jpg?1782666250' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prendre une bonne &#171; photographie sociale &#187;, comme vous d&#238;tes, est-ce aussi prendre une belle photo ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Prenons un exemple : depuis un certain temps, les m&#233;dias se focalisent sur l'esth&#233;tique de l'&#233;meute, avec les affrontements de personnes habill&#233;es de noir et en cagoule. Et nous, en tant que photographes, on voit bien que photographier cela est plus vendeur. Mais on perd du m&#234;me coup toutes les autres r&#233;alit&#233;s qui font une manifestation. On se retrouve donc avec 50 photographes autour de 10 ou 15 personnes qui lancent un pauvre cocktail Molotov : l'info est r&#233;duite &#224; cela. Et ils essaieront tous de vendre la m&#234;me photo du CRS en flammes, car ils savent que c'est ce que veulent les r&#233;dactions en termes de &#171; belle photo &#187; : du spectaculaire et de l'effrayant. Alors qu'au m&#234;me moment, il se passe plein de belles choses parmi les milliers de personnes pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : La revue &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt; permet justement de faire se c&#244;toyer des photos d'assembl&#233;es, de syndicalistes en discussion et du cort&#232;ge de t&#234;te organis&#233; en &lt;i&gt;Black Blocs&lt;/i&gt;. En racontant l'ensemble du mouvement social, on remet la photo choc &#224; sa bonne place, parmi tous les autres moments plus ordinaires qui font qu'une lutte existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : C'est d'ailleurs l&#224; o&#249; le collectif de photographes prend sens : chacun.e apporte ce qu'il a vu, et &#231;a cr&#233;e une diversit&#233; de t&#233;moignages. Seul, on ne peut pas tout raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : C'est la m&#234;me chose quand on veut raconter la vie des migrant.e.s : on ne peut pas se contenter de prendre en photo le moment o&#249; les flics leur tapent dessus. Il y a aussi tout le quotidien, l'entraide, quand on fait &#224; manger, ou la lessive... Les portfolios d'&lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt; permettent de mettre ensemble des images fortes et d'autres moins, avec toujours la m&#234;me pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1337-eefc3.jpg?1782666250' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;tier de photographe de presse oblige-t-il &#224; photographier tout le r&#233;el, ou faites-vous un tri politique dans vos prises de vue ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : En tant que photographe face &#224; un &#233;v&#233;nement, on se demande si ce qu'il se passe n'a de sens qu'ici et maintenant, ou si cela a un sens plus large et plus durable. Il peut par exemple arriver que des tensions surgissent entre manifestant.e.s, par exemple entre la CGT et le cort&#232;ge de t&#234;te. Quel est l'int&#233;r&#234;t de prendre une photo ? Est-ce qu'on est dans l'anecdotique ou face &#224; une cl&#233; de compr&#233;hension du r&#233;el ? Souvent, on prend l'image, mais on ne la publie pas parce que &#231;a n'a pas assez de port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Ou encore parce qu'il y a une personne reconnaissable en train de faire quelque chose que la justice pourrait lui reprocher... Nous devons alors prendre la d&#233;cision &#233;thique de ne pas produire cette image. M&#234;me si la photo est bonne : soit on cherche nos rushes une autre photo, moins &#171; sexy &#187; mais aussi moins incriminante, soit on renonce carr&#233;ment &#224; t&#233;moigner de ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Et puis la police n'a pas besoin de photographes ind&#233;pendants comme nous pour produire des preuves ! Ils ont la vid&#233;osurveillance, des drones &#233;quip&#233;s de cam&#233;ras, les images tourn&#233;es par les CRS ou les renseignements g&#233;n&#233;raux, sans compter toutes celles que les manifestant.e.s capturent eux-m&#234;mes sur leurs smartphones... Et de toutes fa&#231;ons, l'image n'est pas essentielle pour les procureurs : il leur suffit d'invoquer un t&#233;moignage anonyme pour enclencher une proc&#233;dure. Il faut arr&#234;ter de croire que le journaliste et le photographe sont des ennemis du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette surabondance des smartphones ou des cam&#233;ras &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; cr&#233;e-t-elle une gu&#233;guerre entre professionnel.le.s et amateur.trice.s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Tout le monde peut faire une photo, il n'y a pas de l&#233;gitimit&#233; a priori des professionnels par rapport aux amateurs. Ce qui fait la diff&#233;rence, c'est ce que va devenir la photo, dans quelle narration elle sera utilis&#233;e. Les pros ne se contentent pas de prendre les &#233;v&#233;nements sur le vif, ils construisent aussi des sujets et des histoires, pour porter un regard sur une situation peu connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Certaines techniques font la diff&#233;rence, notamment quand tout va vite autour de toi : comment tu fais le cadrage, comment tu tiens compte de la lumi&#232;re, du mouvement, etc. Si tu ne veux pas faire une photo lisible par hasard, tu as deux ou trois trucs &#224; ma&#238;triser. M&#234;me les &#171; pros &#187; ne font pas toujours de belles photos, notamment dans les sujets d'actu, o&#249; tu dois juste coller &#224; l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Le m&#233;tier est en pleine r&#233;volution &#224; ce niveau-l&#224;, car de plus en plus de photographes font un travail d'auteur.e, avec un style et une patte reconnaissables entre mille. La d&#233;mocratisation de la photo a permis d'am&#233;liorer le niveau g&#233;n&#233;ral des photographes, on n'a jamais eu autant de qualit&#233; et de recherche dans la production d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Ce qui fait que parfois m&#234;me des travaux amateurs parviennent &#224; susciter l'admiration de professionnels...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : &#199;a cr&#233;e une &#233;mulation g&#233;n&#233;rale et r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Au bout d'un moment, tu cesses d'&#234;tre amateur quand ton regard a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;. Par exemple, quand tu d&#233;cides de ne pas rester avec la foule pour t'int&#233;resser &#224; quelque chose dont les autres photographes se fichent. En changeant d'angle. En suivant tel type de personnes plut&#244;t que telles autres : dans une manif, je peux choisir de prendre en photo les personnes &#226;g&#233;es plut&#244;t que le cort&#232;ge de t&#234;te, et je ressortirai avec une vision plus riche &#224; partager.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1338-a6dde.jpg?1782666250' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En plus de vos appareils photo, comment vous &#233;quipez-vous en manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Depuis l'ann&#233;e derni&#232;re, la violence des policiers a augment&#233; au point qu'on ne peut plus se rendre en manif sans se prot&#233;ger. Pour prendre des photos, je mets un casque, un masque &#224; gaz et un d&#233;contaminant. Sans oublier ma veste en cuir, qui m'a souvent &#233;vit&#233; le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Je mets un casque, avec un masque &#224; gaz int&#233;gral qui prot&#232;ge aussi les yeux contre les tirs de Flash-Ball. J'ai aussi un sac &#224; dos renforc&#233;. Les CRS cherchent &#224; nous confisquer notre mat&#233;riel de protection, sous pr&#233;texte que si on &#233;tait positionn&#233;s du bon c&#244;t&#233;, on n'en aurait pas besoin. Mais ce n'est pas &#224; la police de d&#233;cider o&#249; se placent les journalistes ! Le divorce qui existe entre la police et la population est le m&#234;me entre la police et les journalistes. On n'est pas une caste en dehors de la soci&#233;t&#233; : ce que les manifestant.e.s se prennent dans la gueule, on se le prend aussi &#224; un moment donn&#233; en tant que photographe. La carte de presse n'est pas une protection. Qui plus est en tant que photographes, on n'y a pas facilement acc&#232;s, et la police ne nous la demande pas avant de nous filer des coups de matraque. La m&#233;diatisation de la violence d'&#201;tat a desservi les forces de l'ordre au printemps dernier. Il y a eu une volont&#233; d'emp&#234;cher la production d'images soit en ne nous permettant pas de nous prot&#233;ger soit en cherchant &#224; nous blesser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C. :&lt;/strong&gt; En manif, les photographes risquent des coups des deux c&#244;t&#233;s de la barricade : en nous mettant en avant des cort&#232;ges, on se retrouve dans une zone tampon entre manifestant.e.s et policiers. On prend des coups accidentels ou plus pr&#233;m&#233;dit&#233;s, &#231;a d&#233;pend. C&#244;t&#233; flics, on sait par exemple que si on les photographie pendant qu'ils lynchent une personne au sol, ils risquent fort de venir s'en prendre &#224; nous ensuite. C&#244;t&#233; manifestant.e.s, on a appris ce qu'il faut &#233;viter de prendre en photo pour ne pas &#234;tre vir&#233; de la manif. On ne sort pas l'appareil quand les gens se changent pour mettre ou enlever leurs habits qui servent &#224; anonymiser leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L. :&lt;/strong&gt; Ou alors tu travailles en confiance avec les gens qui font &#231;a, et tu prends une photo sur laquelle on ne les reconna&#238;tra pas. Ce n'est pas une question d'autocensure, mais des moyens mis en place pour documenter le r&#233;el en tant que photojournaliste : cela peut passer par des protocoles avec les gens qu'on accompagne pour les prendre en photo.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Libertalia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Valentina Camu, Val&#233;rie Dubois, Yann Levy, Nnoman, Vincent Palmier (icono), Julien Pitinome.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;tau d'urgence</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-etau-d-urgence</link>
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		<dc:date>2018-07-03T14:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Soulci&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;tat</dc:subject>
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		<dc:subject>d'urgence</dc:subject>
		<dc:subject>juridique fran&#231;ais</dc:subject>
		<dc:subject>l'arsenal juridique</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gimes d'exception</dc:subject>
		<dc:subject>perquisitions administratives</dc:subject>
		<dc:subject>Giorgio Agamben</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes en guerre. &#187; Cette ritournelle, on l'a entendue jusqu'&#224; la naus&#233;e depuis le vendredi 13 dernier, jour o&#249; l'on a essay&#233; de nous faire comprendre que guerre et paix ne se conjuguaient plus. Pourtant, ce n'&#233;tait pas une nouvelle, la France en guerre. Puis, &#224; peine le temps d'un coup de fil aux potos qui habitent l&#224;-haut&#8200;&#8211; &#224; Paris&#8200;&#8211;, de souffler quelques instants, et nous nous sommes tous retrouv&#233;s en &#233;tat d'urgence&#8200;&#8211; Vlan ! double sanction. &#199;a s'est pass&#233; au pas de charge, sous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no138-decembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;138 (d&#233;cembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Giorgio-Agamben" rel="tag"&gt;Giorgio Agamben&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous sommes en guerre.&lt;/i&gt; &#187; Cette ritournelle, on l'a entendue jusqu'&#224; la naus&#233;e depuis le vendredi 13 dernier, jour o&#249; l'on a essay&#233; de nous faire comprendre que guerre et paix ne se conjuguaient plus. Pourtant, ce n'&#233;tait pas une nouvelle, la France en guerre. Puis, &#224; peine le temps d'un coup de fil aux potos qui habitent l&#224;-haut&#8200;&#8211; &#224; Paris&#8200;&#8211;, de souffler quelques instants, et nous nous sommes tous retrouv&#233;s en &#233;tat d'urgence&#8200;&#8211; Vlan ! double sanction. &#199;a s'est pass&#233; au pas de charge, sous perfusion martiale : proclam&#233; le 13 au soir, entr&#233; en vigueur le lendemain matin, prolong&#233; le 19 pour trois mois apr&#232;s un vote express &#224; l'Assembl&#233;e nationale et une adoption au S&#233;nat&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence, un des r&#233;gimes d'exception de l'arsenal juridique fran&#231;ais, a &#233;t&#233; institu&#233; par la loi du 3&#8200;avril 1955. Cr&#233;&#233; sur mesure pour la guerre d'Alg&#233;rie&#8200;&#8211;&#8200;et d&#233;cr&#233;t&#233; trois fois &#224; cette occasion (1955, 1958 et 1961)&#8200;&#8211;,&#8200;utilis&#233; contre les Kanaks en 1985 sur leur &#238;le, et vingt ans apr&#232;s pour mater les &#233;meutes en banlieue. On se rappellera, outre l'augmentation hallucinante de l'arbitraire policier, le massacre des Alg&#233;riens d&#233;fiant le couvre-feu le 17 octobre 1961 &#224; Paris, et les meurtres policiers du 8&#8200;f&#233;vrier 1962 au m&#233;tro Charonne. Outil de gestion coloniale, l'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; un facteur d'acc&#233;l&#233;ration du processus de militarisation de la police. Accentuant &#233;galement la confusion entre &#171; &#201;tat de droit &#187; et &#201;tat s&#233;curitaire : &#171; &lt;i&gt;C'est-&#224;-dire une soci&#233;t&#233; o&#249; la vie politique devient de fait impossible et o&#249; il ne s'agit que de g&#233;rer l'&#233;conomie de la vie reproductive&lt;/i&gt; &#187;, comme le pr&#233;cise le philosophe Giorgio Agamben dans une interview accord&#233;e &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; en janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH431/-443-1d237.jpg?1782678804' width='500' height='431' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Soulci&#233;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de la possibilit&#233; donn&#233;e aux pr&#233;fets d'instituer des zones de s&#233;curit&#233; (couvre-feu), aux perquisitions administratives (sans autorisation judiciaire) et assignations &#224; r&#233;sidence, on retrouve &#233;galement celle de la dissolution des associations et groupements &#171; portant une atteinte grave &#224; l'ordre public &#187;. Autrement dit : on l&#226;che la bride. Le message est pass&#233;, la mise &#224; jour des fichiers de police est lanc&#233;e et la chasse aux contestataires ouverte. Apr&#232;s deux semaines d'&#233;tat d'exception, on comprend rapidement que le principe &#171; &lt;i&gt;est de taper large&lt;/i&gt; &#187;, comme le souffle le pr&#233;fet du Val-d'Oise apr&#232;s une descente muscl&#233;e dans un restaurant de Saint-Ouen-l'Aum&#244;ne. Le 27 novembre, on d&#233;nombrait 1 836 perquisitions administratives, 305 personnes assign&#233;es &#224; r&#233;sidence et 200 gardes &#224; vue. Des chiffres au devenir exponentiel. Au moindre soup&#231;on : Paf ! Service de renseignement, d&#233;lation, rumeur de comptoir&#8230; Personne n'est &#224; l'abri de l'&#233;tau qui se resserre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On exag&#232;re ? Voici les faits de ces derni&#232;res semaines : le Raid qui se trompe d'appart' en pleine nuit et blesse une fillette de 6 ans &#224; Nice ; deux jeunes au comportement pr&#233;tendument suspect sont arr&#234;t&#233;s &#224; bord d'un TGV ; perquisition de squats ; perquisition chez des mara&#238;chers, en Dordogne, soup&#231;onn&#233;s d'avoir particip&#233; il y a trois ans (!) &#224; une manifestation de soutien &#224; la Zone &#224; d&#233;fendre de Notre-Dame-des-Landes, etc&#8230; L'argument est toujours le m&#234;me : recherche de &#171; &lt;i&gt;personnes, armes ou objets susceptibles d'&#234;tre li&#233;s &#224; des activit&#233;s &#224; caract&#232;re terroriste&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horreur des attentats de Paris a conduit &#224; occulter le drame des r&#233;fugi&#233;s, qui fuient pour la plupart des situations de guerre quotidiennes dont le vendredi 13 nous a donn&#233; un aper&#231;u. Manuel Valls l'a dit clairement : &#171; &lt;i&gt;L'Europe doit dire qu'elle ne peut plus accueillir autant de migrants, ce n'est pas possible&#8202;.&lt;/i&gt; &#187; Le 22 novembre, lors d'une manifestation appel&#233;e en soutien aux r&#233;fugi&#233;s &#224; Paris, 58 personnes ont &#233;t&#233; identifi&#233;es par les flics et balanc&#233;es au Parquet pour &#171; &lt;i&gt;violation d'une interdiction de manifestation prise en vertu de l'&#233;tat d'urgence&lt;/i&gt; &#187;. La derni&#232;re vague de perquisitions et d'assignations &#224; r&#233;sidence en date, &#224; la fin du mois de novembre, concerne les opposants &#224; la Conf&#233;rence de Paris sur le climat (COP21). Alors que la grande marche pour le climat du 29&#8200;novembre a &#233;t&#233; annul&#233;e, certains militants se retrouvent maintenus chez eux et oblig&#233;s de pointer au commissariat trois fois par jour. La raison ? Ils pourraient &#8211; pourraient ! &#8211;&#8200;manifester contre la COP21 et, par cons&#233;quent, constituer &#171; &lt;i&gt;une menace pour la s&#233;curit&#233; et l'ordre publics&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur injonction &#224; ne pas bouger red&#233;finit la vieille rengaine polici&#232;re : &#171; Rentrez chez vous, y a rien &#224; voir. &#187; Mani&#232;re de lutter contre leur peur s&#233;culaire de la foule et du peuple. Mani&#232;re surtout de tenir la rue, espace &#233;minemment politique. C'est d'ailleurs pour &#231;a qu'elle est aussi bien tenue, la rue, aujourd'hui plus qu'hier. L'antiterrorisme comme &#233;l&#233;ment stable des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH346/-444-16de1.jpg?1782642416' width='400' height='346' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;tat d'urgence, &#233;tat d'hypnose</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Etat-d-urgence-etat-d-hypnose</link>
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		<dc:date>2018-04-27T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<dc:subject>d'une guerre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-on d&#233;serter une guerre globale ? Une guerre o&#249; les adversaires&#8200;&#8211;&#8200;le terrorisme et l'antiterrorisme&#8200;&#8211;&#8200;se nourrissent l'un l'autre en provoquant sid&#233;ration et clivages pour mieux enr&#244;ler les populations sous leurs drapeaux ? Il faudra d'abord rompre l'hypnose. Le vendredi 13 au soir, les balles ont siffl&#233; &#224; nos oreilles en temps r&#233;el, via les r&#233;seaux sociaux. Les mauvaises nouvelles voyagent vite et semblent s'autog&#233;rer par SMS, Facebook, Twitter&#8230; Mais l&#224;, contrairement au 7 janvier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peut-on d&#233;serter une guerre globale ? Une guerre o&#249; les adversaires&#8200;&#8211;&#8200;le terrorisme et l'antiterrorisme&#8200;&#8211;&#8200;se nourrissent l'un l'autre en provoquant sid&#233;ration et clivages pour mieux enr&#244;ler les populations sous leurs drapeaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra d'abord rompre l'hypnose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vendredi 13 au soir, les balles ont siffl&#233; &#224; nos oreilles en temps r&#233;el, via les r&#233;seaux sociaux. Les mauvaises nouvelles voyagent vite et semblent s'autog&#233;rer par SMS, Facebook, Twitter&#8230; Mais l&#224;, contrairement au 7 janvier dernier, j'ai ren&#226;cl&#233;. Non pas, comme l'affirme Houellebecq, parce qu'&#171; &lt;i&gt; on s'habitue &#224; tout&lt;/i&gt; &#187;, mais parce qu'instinctivement je savais qu'une fois plong&#233; dedans, l'horreur n'allait plus me l&#226;cher.
Allumer la t&#233;l&#233;, c'&#233;tait placer la t&#234;te sur le billot. Autant gagner quelques heures en d&#233;sertant, dans les rues, dans les bars, en douce compagnie. Et chaque fois que l'effarement s'approchait du comptoir&#8200;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes pas au courant ?&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, nous esquivions le pi&#232;ge, jusqu'&#224; finir dans un antre nocturne &#233;quip&#233; d'une boule &#224; facettes. Frivolit&#233; ? &#201;go&#239;sme ? L&#226;chet&#233; ? Nous &#233;tions trop loin de Paris pour porter secours &#224; qui que ce soit. Ceux et celles qui buvaient et dansaient sur la piste, avec des petits points lumineux virevoltant sur leurs corps comme sur des cibles, savaient sans vouloir savoir. Sous le tchak-boum des vieux hits disco, les noctambules &#233;taient, cette nuit-l&#224;, exceptionnellement calmes et attentifs les uns aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascination morbide qui s'empare du t&#233;l&#233;spectateur n'est pas forc&#233;ment empathique. C'est cette impuissance que nous avons fui. Jusqu'&#224; se dire, un brin pr&#233;somptueux, &#171; &lt;i&gt;Tu vois, &#224; l'heure qu'il est, on est peut-&#234;tre les seuls dans ce putain de pays &#224; s'enrouler au lieu d'&#234;tre connect&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Au r&#233;veil, j'ai lu un quatrain d'Omar Khayyam &#224; haute voix, comme un exorcisme : &#171; &lt;i&gt;Que sont devenus tous nos amis ? La mort les a-t-elle renvers&#233;s et pi&#233;tin&#233;s ? Que sont devenus tous nos amis ? J'entends encore leurs chansons dans la taverne&#8230; Sont-ils morts, ou sont-ils ivres d'avoir v&#233;cu ?&lt;/i&gt; &#187; Puis, apr&#232;s quinze heures de r&#233;sistance, j'ai allum&#233; la t&#233;l&#233;. Chute instantan&#233;e dans la terreur et son spectacle. Absurde potlatch de sang et de mitraille. T&#233;tanis&#233;, on assiste au d&#233;compte des morts, aux traces du drame sur les trottoirs diffus&#233;es en boucle, aux d&#233;clarations belliqueuses&#8230; Un cauchemar g&#233;opolitique et social s'est invit&#233; &#224; la terrasse des caf&#233;s, au Stade de France, au Bataclan. La guerre est aussi virtuelle que r&#233;elle, l'opinion publique devient un champ de bataille. Daech le sait bien, qui soigne l'audimat en bon &#233;l&#232;ve du grand Satan.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH325/-441-44cc2.jpg?1782645052' width='400' height='325' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Stupeur face &#224; l'ampleur du massacre. Malaise &#233;galement devant la candeur de ceux et celles que les cam&#233;ras choisissent : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi tant de haine ?&lt;/i&gt; &#187; Sur Canal +, une &#233;tudiante en pleurs croit trouver la r&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;Ils ha&#239;ssent la beaut&#233; de la jeunesse parisienne, son ouverture, on est tellement bien, tellement heureux, tellement libres, et ils ha&#239;ssent &#231;a, ils sont frustr&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Son ing&#233;nuit&#233; n'est qu'un morceau choisi. Hors champ, une manif en soutien aux migrants scandait des slogans contre l'&#233;tat d'urgence &#8211;&#8200;et une semaine plus tard, sur la foi de clich&#233;s policiers, des participants seront convoqu&#233;s au commissariat, soup&#231;onn&#233;s &#171; &lt;i&gt;d'avoir commis ou tent&#233; de commettre l'infraction de violation d'une interdiction de manifester prise dans le cadre de l'&#233;tat d'urgence&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Et dire que l'homme de l'&#201;lys&#233;e somme les gens de continuer &#224; sortir, consommer et visiter les mus&#233;es par patriotisme ! Car l'affluence touristique aurait chut&#233; de 40 %. Alors, &lt;i&gt;business as usual&lt;/i&gt;, mais interdiction de manifester. Le concert de Madonna &#224; Bercy est en revanche maintenu, &#224; partir de 89&#8200;euros la place. Sarkozy continuera &#224; se pavaner dans les loges du Parc des princes qataris, sponsors de Daech. Hollande chevauche la douleur et l'innocence des quidams tu&#233;s au hasard pour d&#233;clarer la guerre, tel Bush en 2001. Et, comme on tirerait au canon sur un nid de gu&#234;pes, les bombardements &#171; cibl&#233;s &#187; de Raqqa sont men&#233;s au nom de notre s&#233;curit&#233;, au nom de la d&#233;mocratie, de nos Lumi&#232;res, de nos n&#233;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain la guerre a fait irruption dans Paris. Indicible violence. N&#233;anmoins, la France guerroie depuis longtemps en C&#244;te d'Ivoire, en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Mali, en Centrafrique, en Syrie&#8230; Les 130 morts des attentats du vendredi 13 sont aussi les victimes collat&#233;rales de ces lointains conflits. Seulement 2,6 % des victimes du terrorisme depuis l'an 2000 sont des citoyens occidentaux, mais &#224; Tripoli, &#224; Ankara, &#224; Beyrouth et m&#234;me dans un h&#244;tel &#224; touristes et expat' de Bamako, les morts n'ont pas le m&#234;me poids m&#233;diatique, la m&#234;me capacit&#233; &#224; indigner l'opinion. Et cet aveuglant ethnocentrisme risque de se payer cher. En 2004, les Espagnols avaient r&#233;agi autrement aux bombes de Madrid, qui avaient fait 192 morts dans des trains de banlieue. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s le pire attentat de notre histoire r&#233;cente, la r&#233;action de notre peuple a &#233;t&#233; intelligente, d&#233;cente et exemplaire&lt;/i&gt;, s'enorgueillit Pablo Echenique, d&#233;put&#233; europ&#233;en Podemos.&lt;i&gt; D'abord &#8211; in&#233;vitablement &#8211; le deuil, le soutien aux victimes et &#224; leurs familles, et la condamnation la plus ferme de ces sauvages assassinats et de ceux qui les avaient perp&#233;tr&#233;s. Parall&#232;lement, tr&#232;s peu de r&#233;actions x&#233;nophobes, mais plut&#244;t le contraire : on serre les rangs, en incluant la communaut&#233; musulmane. Deuxi&#232;mement, identification des v&#233;ritables causes de ces &#233;v&#233;nements et rejet massif des interventions militaires &#8211; ce rejet &#233;tant con&#231;u comme l'unique strat&#233;gie valable pour en finir avec le terrorisme djihadiste.&lt;/i&gt; &#187; Trois jours apr&#232;s le carnage d'Atocha, les &#233;lecteurs punirent le pr&#233;sident Aznar&#8200;&#8211;&#8200;qui avait tent&#233;, assez maladroitement, d'orienter les soup&#231;ons sur l'ETA &#8211;&#8200;pour avoir, un an plus t&#244;t, entra&#238;n&#233; le pays dans la guerre de Bush en Irak. Les socialistes, port&#233;s au pouvoir par cette vague, durent ordonner le retrait imm&#233;diat des troupes espagnoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France d'aujourd'hui marine fort loin d'une telle lucidit&#233;. Ici, le Janus du terrorisme et de l'antiterrorisme est devenu m&#233;thode de gouvernement. Le pays est plac&#233; sous la coupe d'un capitalisme de guerre, avec sa fuite en avant dans la strat&#233;gie du chaos. Quoi qu'ils votent, les &#233;lecteurs pl&#233;bisciteront la guerre, le consensus de la classe politique &#233;tant quasi total : l'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; moins six, dans une surench&#232;re s&#233;curitaire qui d&#233;passe celle de novembre 2005, et m&#234;me celle de la guerre d'Alg&#233;rie. FN et sarkozystes se font doubler sur leur droite par le bin&#244;me Hollande-Valls et son &#171; &lt;i&gt;impitoyable r&#233;ponse &#224; la barbarie&lt;/i&gt; &#187;. Les actions de l'industrie de l'armement ont fait un bond de 4 % au lendemain des attentats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerre domestique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 15 novembre au matin, l'urgentiste Pelloux, rescap&#233; de &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;, fait son D&#233;roul&#232;de sur France Inter : &#171; &lt;i&gt;Je ressens une peine immense, et en m&#234;me temps une grande fiert&#233;, car les services de secours, bleu comme la police, blanc comme le Samu, rouge comme les pompiers, se sont mobilis&#233;s comme jamais.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; et son sang impur, les drapeaux tricolores, les valeurs de la R&#233;publique brandies comme un encensoir : les images t&#233;l&#233;vis&#233;es insistent sur ce qui a tout l'air d'une aggravation de l'abrutissement patriotique depuis janvier. Mais les tr&#233;molos du bon docteur Pelloux embrigadent un peu vite les r&#233;flexes solidaires de nombreux Parisiens ayant port&#233; secours aux bless&#233;s ou abrit&#233; des survivants sans n&#233;cessairement communier avec l'ivresse guerri&#232;re de ceux qui, de fait, ont expos&#233; &#171; leur &#187; peuple aux repr&#233;sailles des fous d'Allah en semant le chaos en Irak, en Libye, en Syrie. L'ennemi est celui que nos gouvernants ont couv&#233; sous l'aile de leur interventionnisme. Daech est le fruit pourri du pilonnage de Bagdad en 1991, puis 2003 ; de Guantanamo, d'Abou Ghra&#239;b, des ex&#233;cutions sommaires et publiques de Saddam Hussein et Kadhafi. Sans oublier qu'en 2013, Hollande et Fabius &#233;taient parmi les plus fervents va-t-en-guerre contre le r&#233;gime de Bachar : on peut imaginer que les premiers apprentis djihadistes &#224; partir depuis la France ne se sentaient pas tant que &#231;a en rupture avec le discours officiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH294/-442-7d8d0.jpg?1782691602' width='400' height='294' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Anne Hidalgo, maire de Paris, affirme que les terroristes se sont attaqu&#233;s &#224; l'&#226;me &#171; &lt;i&gt;frondeuse&lt;/i&gt; &#187; de Paris. Les &#171; &lt;i&gt;barbares&lt;/i&gt; &#187; s'en seraient pris &#224; un mode de vie. Mais le m&#233;pris de classe pointe derri&#232;re la bonne conscience d'une capitale livr&#233;e au tourisme et aux sp&#233;culateurs, qui expulse les pauvres vers sa p&#233;riph&#233;rie depuis des d&#233;cennies. Paris, c'est la France touch&#233;e en plein c&#339;ur, et on fait le portrait des victimes en hommage &#224; leur innocence, &#224; leur humanit&#233;. Les troupes et les journalistes ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s dans le 9-3 comme en territoire comanche. Les habitants surpris par l'assaut des forces de l'ordre sur la planque des terroristes ressemblent trop&#8230; aux terroristes. Ne forment-ils pas ce fameux terreau o&#249; na&#238;t et grandit la menace ? Les soixante-dix riverains ayant pris de plein fouet l'op&#233;ration du Raid ont &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;s dans un gymnase. Anonymes, oubli&#233;s, jusqu'&#224; ce que le maire de Saint-Denis, au bout de quatre jours, alerte les m&#233;dias : aucun relogement ne leur avait &#233;t&#233; propos&#233;, sans que personne ne s'en &#233;meuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attentats du 13 novembre sont venus marquer de leur sceau de sang et de confusion le dixi&#232;me anniversaire de la r&#233;volte des banlieues de 2005. L'&#233;tat d'urgence est &#224; nouveau d&#233;cr&#233;t&#233;, cette fois-ci pour trois mois minimum. On d&#233;couvre avec tristesse le chemin parcouru depuis la Marche de l'&#233;galit&#233; (dite des &#171; beurs &#187;) de 1983. En 2005, la dimension sociale des &#233;meutes &#233;tait encore identifiable, malgr&#233; la criminalisation et le focus ethnique des discours m&#233;diatiques. Aujourd'hui, le poison identitaire et religieux recouvre tout. Avec ou contre nous, disait Bush. Ici, en 2015, c'est pareil. Peut-&#234;tre encore pire, puisque l'&#201;tat fran&#231;ais a int&#233;gr&#233; le choc des civilisations &#224; son propre agenda domestique : la R&#233;publique est en guerre contre ses quartiers populaires. En quinze jours, dans ces zones souvent dites de non-droit, 1836 perquisitions ont &#233;t&#233; men&#233;es sans commission rogatoire sous couvert de lutte antiterroriste. Combien auront &#233;t&#233; lanc&#233;es pour de simples affaires de stup&#233;fiants ? Combien d'erreurs sur la personne et de situations humiliantes ? Sachant que &#171; &lt;i&gt;le djihadisme ne vient pas du communautarisme mais de la d&#233;socialisation&lt;/i&gt; &#187; (Rapha&#235;l Liogier, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 24/11/15). &#171; &lt;i&gt;Daech puise dans un r&#233;servoir de jeunes Fran&#231;ais radicalis&#233;s qui, quoi qu'il arrive au Moyen-Orient, sont d&#233;j&#224; entr&#233;s en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand r&#233;cit pour y apposer la signature sanglante de leur r&#233;volte personnelle&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Olivier Roy, sp&#233;cialiste de l'Islam, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (24/11/15). &lt;i&gt;L'&#233;crasement de Daech ne changera rien &#224; cette r&#233;volte.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Il ne s'agit pas de la radicalisation de l'islam, mais de l'islamisation de la radicalit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Et ce nihilisme kamikaze tend un miroir grima&#231;ant au nihilisme occidental, de Breivik &#224; Lubitz en passant par S&#233;gu&#233;la et Kerviel &#8211; ma plan&#232;te pour une Rolex, un 4x4 Hummer ou un iPhone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence, auquel nous pr&#233;parait l'inutile pr&#233;sence de Vigipirate dans les rues depuis trente ans, pourrait devenir permanent. &#171; La guerre sera longue &#187;, puisqu'elle est le disque dur du capitalisme ultime. La concentration bestiale des richesses oblige les &#201;tats &#224; prendre les devants sur d'in&#233;vitables troubles sociaux. En les d&#233;voyant en guerre de civilisations et autres affrontements inter-religieux, les gouvernants repoussent d'autant l'&#233;ch&#233;ance d'un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral contre l'injustice. La COP21 maintenue sous cet &#233;tat d'exception, c'est d&#233;j&#224; le r&#233;sultat d'un Patriot Act &#224; la fran&#231;aise. Les VRP des multinationales les plus pr&#233;datrices et polluantes vont se r&#233;unir &#224; huis-clos en nous promettant, la main sur le c&#339;ur, qu'ils feront tout leur possible pour sauver la plan&#232;te. Sortir de l'&#233;tat d'hypnose bipolaire dans lequel nous maintiennent ces meilleurs ennemis du monde permettrait de d&#233;masquer l'ignominie d'une guerre qui n'est pas la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;teint la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Climat d'urgence : Carnet de COP</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu Brier</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le mois dernier (D&#233;cembre 2015), la 21e Conf&#233;rence des parties (COP21) a r&#233;uni les &#201;tats du monde entier pour discuter changement climatique. Un raout m&#233;diatique plac&#233; sous le signe de l'&#233;tat d'urgence d&#233;clar&#233; quelques jours plus t&#244;t. Mais le climat policier n'a pas su rendre inaudible toute contestation. Jeudi 26 novembre, 9h15. Squat du Massicot, Ivry-sur-Seine. D&#233;j&#224; plus d'une heure qu'ils sont l&#224;, cherchant d'hypoth&#233;tiques armes qu'ils ne trouveront jamais. Vingt Robocops (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mois dernier (D&#233;cembre 2015), la 21e Conf&#233;rence des parties (COP21) a r&#233;uni les &#201;tats du monde entier pour discuter changement climatique. Un raout m&#233;diatique plac&#233; sous le signe de l'&#233;tat d'urgence d&#233;clar&#233; quelques jours plus t&#244;t. Mais le climat policier n'a pas su rendre inaudible toute contestation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 26 novembre, 9h15. Squat du Massicot, Ivry-sur-Seine. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; plus d'une heure qu'ils sont l&#224;, cherchant d'hypoth&#233;tiques armes qu'ils ne trouveront jamais. Vingt Robocops accompagn&#233;s par autant de policiers en civil ex&#233;cutent une perquisition administrative &#171; &lt;i&gt;au vu de l'&#233;tat d'urgence&lt;/i&gt; &#187; dans cette maison qu'ils supposent habit&#233;e par des &#171; &lt;i&gt;membres de la mouvance contestataire radicale&lt;/i&gt; &#187;. R&#233;unies dans le salon, les personnes habitant la maison sont convoqu&#233;es une par une pour assister &#224; la fouille de leurs chambres respectives. Une polici&#232;re demande qu'on lui apporte les cl&#233;s du camping-car gar&#233; devant le b&#226;timent, quand son coll&#232;gue vient lui taper sur l'&#233;paule : &#171; &lt;i&gt;Pas la peine, le camping-car, on l'a d&#233;j&#224; fait&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Une entr&#233;e par effraction qui vient s'ajouter aux deux portails de la maison &#233;ventr&#233;s, aux &#233;crans bris&#233;s et aux quelques coups distribu&#233;s au r&#233;veil par les forces de l'ordre. La troupe en uniforme repartira fi&#232;rement apr&#232;s avoir saisi&#8230; des affiches critiquant la COP21.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH572/-498-10dc1.jpg?1782641300' width='400' height='572' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 27 novembre, 11h. Boulevard Saint-Michel, Paris 5e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait des int&#233;rimaires embauch&#233;s par le g&#233;ant de la publicit&#233; J.-C. Decaux, un peu maladroits avec leur grandes affiches entre les mains. Un passant &#233;tonn&#233; par le poster qu'ils viennent de placer dans un abribus les interpelle : &#171; &lt;i&gt;Gucci lance une campagne montrant les d&#233;chets produits par la mode ? Bizarre&#8230;&lt;/i&gt; &#187; H&#233;sitants, les deux gilets orange tentent un : &#171; &lt;i&gt; Peut-&#234;tre que c'est pas vraiment Gucci qui s'exprime&lt;/i&gt;. &#187; Alors qu'ils s'&#233;loignent d'un pas press&#233;, le passant leur lance d'un air maintenant entendu : &#171; &lt;i&gt;Ah, je vois. Bravo, continuez !&lt;/i&gt; &#187; Le lendemain, le collectif Brandalism revendiquera le remplacement de 600 affiches publicitaires dans tout Paris : &#171; &lt;i&gt;Des &#339;uvres d'art d&#233;non&#231;ant la mainmise des multinationales sur la COP21.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 28 novembre, 15h. Esplanade du Ch&#226;teau, Versailles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une immense banderole est tendue devant les gendarmes. &#171; &lt;i&gt;Gardez Le Bourget, on prend Versailles. Vive la Commune !&lt;/i&gt; &#187; Les convois partis de territoires en lutte n'iront pas jusqu'au site de la COP21 pour r&#233;p&#233;ter que construire un nouvel a&#233;roport au moment o&#249; l'on convoque la plan&#232;te enti&#232;re pour parler du climat rel&#232;ve du scandale, ou du foutage de gueule absolu. Question de vocabulaire. La police aura eu beau proclamer que les v&#233;los et tracteurs venus de Notre-Dame-des-Landes n'entreraient pas en &#206;le-de-France, les voil&#224; bien aux portes de Paris. Dans la foule, &#231;a discute. &#171; &lt;i&gt;Depuis les attentats, la police a d'autres chats &#224; fouetter&lt;/i&gt; &#187;, pronostique un habitant de la ZAD. &#171; &lt;i&gt;Tu parles ! Ils vont profiter de l'&#233;tat d'urgence pour essayer d'attaquer d&#232;s le mois de janvier&lt;/i&gt; &#187;, lui r&#233;pond une Parisienne. Personne ne sait quand C&#233;sar reviendra&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2012, l'op&#233;ration polici&#232;re tentant d'expulser la ZAD avait pris le joli (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, mais tout le monde s'y pr&#233;pare : la r&#233;sistance sera farouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche 29 novembre, 14h30. Place de la R&#233;publique, Paris 11e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les policiers lancent leurs premiers gaz lacrymog&#232;nes sur la foule. Depuis plus de deux heures, les manifestants se heurtent &#224; un mur de boucliers &#224; chaque coin de rue. Alors ils tournent en rond. Le gouvernement avait annonc&#233; son intention : personne ne manifestera du tout. C'est rat&#233;, les slogans fusent de partout. &#171; &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence, &#201;tat policier&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Verte ou pas, la croissance on n'en veut pas !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt; Fermons les usines et les supermarch&#233;s, une mini-&#233;olienne dans chaque potager.&lt;/i&gt; &#187; Quelques projectiles volent vers les pandores, mais les nombreuses vitrines alentour ne subissent aucun affront. Ce n'est pas l'envie qui manque chez certains manifestants. Plut&#244;t le fameux &#171; rapport de forces &#187; qui n'est pas tout &#224; fait &#224; leur avantage. On comptera 317 gardes &#224; vue, pour &#234;tre rest&#233; sur une place qu'il &#233;tait impossible de quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 4 d&#233;cembre, 13h45. Grand Palais, Paris 8e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suez, Vinci, Coca-Cola et compagnie se partagent le Grand Palais pour exposer leurs merveilleuses &#171; solutions &#187; pour la plan&#232;te. O&#249; l'on peut croiser une Formule-1 &#233;lectrique, les tout derniers casques de r&#233;alit&#233; virtuelle ou encore de jolis tournesols symbolisant l'expansion des agrocarburants. Voil&#224; qui va nous sortir d'affaire. Les perturbateurs qui ont eu le mauvais go&#251;t d'appeler &#231;a du &#171; &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt; &#187; lors de la journ&#233;e d'ouverture sont vir&#233;s un par un, empoign&#233;s par des policiers en civil. &#171; &lt;i&gt;Faites-moi une zone propre&lt;/i&gt; &#187;, ordonne l'un d'entre eux &#224; ses coll&#232;gues. Ils s'emparent alors de panneaux d'exposition sur lesquels figurent de jolies photos de la plan&#232;te, et tentent de les placer entre les manifestants et les journalistes, pour emp&#234;cher toute prise d'image de l'exfiltration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche 6 d&#233;cembre, 11h30. Village mondial des alternatives. Montreuil-sous-Bois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les attentats, les autorit&#233;s avaient annonc&#233; l'interdiction de tous les &#233;v&#233;nements pr&#233;vus dans l'espace public pendant la COP21. Le mouvement Alternatiba a pourtant maintenu son week-end citoyen dans le centre-ville de Montreuil. Autoris&#233;e au dernier moment, la grande foire aux alternatives r&#233;unit presse &#233;colo, march&#233; paysan, lutte contre le nucl&#233;aire ou solidarit&#233; internationale. Dans les couloirs du lyc&#233;e r&#233;quisitionn&#233; pour l'occasion, un prof qu&#233;b&#233;cois venu tout expr&#232;s avec quelques &#233;l&#232;ves interviewe une dame coiff&#233;e de plumes, calme et d&#233;termin&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement de l'&#201;quateur nous vole notre for&#234;t pour exploiter le p&#233;trole et menace de nous mettre en prison si nous r&#233;agissons. Mais nous n'avons pas peur, nous ne c&#233;derons pas. Nous avons march&#233; sur la capitale et nous recommencerons, avec le soutien des peuples du monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi 7 d&#233;cembre, 17h. Espace &#171; G&#233;n&#233;rations Climat &#187;, Le Bourget.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, tout est vert : la bouffe d&#233;gage la m&#234;me odeur d&#233;gueulasse qu'&#224; la cantine, mais elle est bio. L'horrible musique d'ambiance sort d'un ampli aliment&#233; par des visiteurs p&#233;dalant aimablement au &#171; Cyclo-bar &#187;. Des stands d'ONG bidon soutenues par la Banque mondiale d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vides, mais avec cloisons en bois. La vitrine &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; de la conf&#233;rence climat s'&#233;tend sur quatre immenses halls ouverts au public. L'ONU y pr&#233;sente la compensation carbone &#224; c&#244;t&#233; des peuples indig&#232;nes qui s'y opposent ; la r&#233;duction des d&#233;chets y est d&#233;fendue &#224; quelques pas d'un industriel qui vit de leur multiplication. Devant les toilettes, un homme en costard en aborde un autre. &#171; &lt;i&gt;Le Colorado sera bient&#244;t le centre du monde du renouvelable.&lt;/i&gt; &#187; L'autre lui r&#233;pond dans un anglais approximatif &#171; &lt;i&gt;Ah, vous &#234;tes dans le energy business ? Prenez donc ma carte, ma bo&#238;te expose au Grand Palais. Vous devriez venir voir !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 11 d&#233;cembre, 14h30. Conseil d'&#201;tat, Paris 1er.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'&#201;tat se pose des questions. Est-il bien l&#233;gal d'obliger des gens &#224; rester coinc&#233;s dans leur ville et &#224; pointer trois fois par jour au commissariat ? Sur la base de simples pr&#233;monitions polici&#232;res ? Sans l'avis d'un quelconque juge ? C'est le principe de l'assignation &#224; r&#233;sidence pendant l'&#233;tat d'urgence, qui concerne des centaines de personnes, la plupart soup&#231;onn&#233;es d'&#234;tre musulmanes et potentiellement terroristes. Au milieu, quelques-unes ont un autre profil, avec en commun un int&#233;r&#234;t pour la critique de la COP21. Aujourd'hui, quelques-uns de ces atypiques assign&#233;s soumettent leur cas &#224; une des plus hautes juridictions administratives du pays. Alors le Conseil r&#233;fl&#233;chit, puis tranche : oui, tout compte fait, tout est normal. Enfermer les gens chez eux sur la base de notes anonymes fournies par les services de renseignement est tout &#224; fait l&#233;gal. Circulez, y a rien &#224; voir. Enfin, circulez&#8230; chez vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 12 d&#233;cembre, 11h40. Caf&#233; Lacombe, Paris 17e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bar, personne ne regarde la t&#233;l&#233; o&#249; d&#233;filent les pronostics sur l'&#171; Accord de Paris &#187; que Fabius s'appr&#234;te &#224; annoncer fi&#232;rement. Au comptoir, &#231;a r&#226;le contre &#171; &lt;i&gt;ces &#233;colos qui font encore chier dans la rue&lt;/i&gt; &#187;. Dehors, costumes d'ours blancs, fanfares et &#233;charpes rouges cherchent &#224; rejoindre plus ou moins discr&#232;tement le rendez-vous du D12. D12 comme le douzi&#232;me jour du mois de d&#233;cembre, date coch&#233;e depuis longtemps par quelques activistes du monde entier afin de marquer la fin de la mascarade &#171; COP21 &#187;. De l'avenue qu'il &#233;tait pr&#233;vu de bloquer, ce sont finalement plusieurs milliers de personnes qui d&#233;borderont dans les beaux quartiers de Paris, parmi les habitants interloqu&#233;s qu'une manifestation sauvage soit encore possible dans cette ville. &#171; &lt;i&gt; A ! Anti, anticapitalista, a !&lt;/i&gt; &#187; reprennent en ch&#339;ur les internationaux pendant qu'un petit groupe entonne joyeusement : &#171; &lt;i&gt;Pour No&#235;l, pas de foie gras, on mange des bourgeois !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2012, l'op&#233;ration polici&#232;re tentant d'expulser la ZAD avait pris le joli nom de &#171; C&#233;sar &#187;. Ils sont venus, ils ont vu,&#8230; et ils ont &#233;t&#233; vaincus. Rebelote en 2016 ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le film d'une garde &#224; vue de masse</title>
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&lt;p&gt;Dans 317, un documentaire collectif, des victimes d'humiliations polici&#232;res t&#233;moignent. Leur point commun ? Avoir particip&#233; &#224; la manifestation interdite du 29 novembre 2015 &#224; Paris, la veille de l'ouverture de la COP21. Cette manifestation pour le climat &#233;tait pr&#233;vue de longue date. Mais les attentats du 13 novembre sont pass&#233;s par l&#224; : deux semaines apr&#232;s le carnage du Bataclan, la France a bascul&#233; dans l'&#233;tat d'urgence. Ce 29 novembre 2015, le rassemblement est interdit. Quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;317&lt;/i&gt;, un documentaire collectif, des victimes d'humiliations polici&#232;res t&#233;moignent. Leur point commun ? Avoir particip&#233; &#224; la manifestation interdite du 29 novembre 2015 &#224; Paris, la veille de l'ouverture de la COP21.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH589/-352-17cb6.jpg?1782647403' width='400' height='589' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par JMB (Bertoyas).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette manifestation pour le climat &#233;tait pr&#233;vue de longue date. Mais les attentats du 13 novembre sont pass&#233;s par l&#224; : deux semaines apr&#232;s le carnage du Bataclan, la France a bascul&#233; dans l'&#233;tat d'urgence. Ce 29 novembre 2015, le rassemblement est interdit. Quelques milliers de personnes se retrouvent quand m&#234;me &#224; Paris, place de la R&#233;publique, pour rappeler notamment que &#171; &lt;i&gt; le v&#233;ritable &#233;tat d'urgence est climatique&lt;/i&gt; &#187;. Mais elles sont nass&#233;es par les CRS. Grenades lacrymog&#232;nes : &#171; &lt;i&gt;D'un coup, &#231;a br&#251;le tr&#232;s fort les yeux, la gorge, &#231;a arrache&lt;/i&gt; &#187;, se rappelle une militante. &#171; &lt;i&gt; Je n'ai rien vu venir ; je n'ai pas compris que m&#234;me dans l'immobilit&#233; cela pouvait surgir&lt;/i&gt; &#187;, confesse un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce sont de petits groupes violents qui s'en sont pris aux forces de l'ordre avec des projectiles&lt;/i&gt; &#187;, dira le pr&#233;fet de police de Paris, photos &#224; l'appui. Chez les manifestants qui t&#233;moignent dans le film, soit directement, soit par le truchement de com&#233;diens, on se souvient surtout de violences polici&#232;res gratuites. Une f&#233;rocit&#233; dans les gestes &#8211; &#171; &lt;i&gt;Un vieux bonhomme de plus de 70 ans, maigre, les cheveux blancs, se fait tabasser par les CRS parce qu'il ne reculait pas assez vite ; plus tard, il se retrouvera dans ma cellule, incapable de marcher.&lt;/i&gt; &#187; Un d&#233;cha&#238;nement dans les mots &#8211; &#171; &lt;i&gt; Il n'y a plus de cam&#233;ras, ferme ta gueule parce que sinon je vais te saigner comme un cochon&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Mongols&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Connards de gauchistes&lt;/i&gt; &#187;... &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;317 personnes se retrouvent en garde &#224; vue. L'exp&#233;rience, in&#233;dite pour beaucoup, est brutale. Une personne est menott&#233;e, rapporte une manifestante, et les policiers &#171; &lt;i&gt;s'amusent&lt;/i&gt; &#187; &#224; lui tordre les poignets. Dans un panier &#224; salade, se rappelle un autre protestataire, &#171; &lt;i&gt; un camarade&lt;/i&gt; &#187; se retrouve braqu&#233; avec un fusil mitrailleur &#224; dix centim&#232;tres de sa bouche : &#171; &lt;i&gt;Alors, t'as peur ?&lt;/i&gt; &#187;, rigole le policier. &#171; &lt;i&gt;C'est quoi, ton probl&#232;me avec la COP21 ? Je suis s&#251;r que tu ne sais m&#234;me pas pourquoi t'es l&#224;...&lt;/i&gt; &#187;, balance un autre agent. Au bout de quelques heures de garde &#224; vue, une militante veut contacter un proche et un avocat : trop tard, lui r&#233;pond-on. &#171; &lt;i&gt;&#199;a a &#233;t&#233; d'une violence que je n'avais jamais vue et que je n'ai pas envie de revoir&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;&#199;a a &#233;t&#233; tellement fort qu'on a franchement cette peur de se dire qu'ils peuvent nous arr&#234;ter &#224; tout moment&#8230; Que tout est autoris&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L461xH614/-353-c8937.jpg?1782647403' width='461' height='614' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alis&#233; par un collectif issu de la manifestation, le film, d'une dur&#233;e d'une heure, ne s'arr&#234;te pas &#224; ces r&#233;cits poignants. Il propose aussi une analyse de la r&#233;pression en p&#233;riode d'&#233;tat d'urgence et de grands raouts diplomatiques, ces &#171; &lt;i&gt; moments de pouvoir tr&#232;s importants&lt;/i&gt; &#187; o&#249; &#171; &lt;i&gt;on applique &#224; des militants l'arsenal antiterroriste&lt;/i&gt; &#187;, comme l'explique la politologue Vanessa Codaccioni. Et puis, il y a Samir Baaloudj, militant des quartiers populaires, pour rappeler salutairement que dans les coins o&#249; il a grandi, la brutalit&#233; polici&#232;re s'applique depuis longtemps : &#171; &lt;i&gt;Moi, je vis l'&#233;tat d'urgence depuis l'&#226;ge de treize ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;https://les317.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;film 317&lt;/a&gt; est disponible en ligne gratuitement !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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