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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La Macronie confine le droit du travail</title>
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		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de guerre &#233;conomique en temps d'&#233;pid&#233;mie, le gouvernement a port&#233; un coup violent au droit du travail pour le grand bonheur du patronat. Au programme ? Une semaine de travail qui pourra &#234;tre relev&#233;e &#224; 60 heures, des journ&#233;es de 12 heures, moins de temps de repos et la possibilit&#233; pour l'employeur d'imposer les dates de cong&#233;s. Ces mesures exposent encore plus les salari&#233;s au virus et menacent d'entrer un jour dans le droit commun. Du jamais vu depuis 1958. Lors du conseil des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no186-avril-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;186 (avril 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/conges-payes" rel="tag"&gt;cong&#233;s pay&#233;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bordacahar" rel="tag"&gt;Borda&#231;ahar&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/secteurs" rel="tag"&gt;secteurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de guerre &#233;conomique en temps d'&#233;pid&#233;mie, le gouvernement a port&#233; un coup violent au droit du travail pour le grand bonheur du patronat. Au programme ? Une semaine de travail qui pourra &#234;tre relev&#233;e &#224; 60 heures, des journ&#233;es de 12 heures, moins de temps de repos et la possibilit&#233; pour l'employeur d'imposer les dates de cong&#233;s. Ces mesures exposent encore plus les salari&#233;s au virus et menacent d'entrer un jour dans le droit commun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH283/-1512-d90a7.jpg?1782640554' width='400' height='283' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du jamais vu depuis 1958. Lors du conseil des ministres du 25 mars dernier, le gouvernement a d&#233;gain&#233; un arsenal de vingt-cinq ordonnances. Trois d'entre elles ciblent le droit du travail et ont &#233;t&#233; adopt&#233;es sans aucune consultation des syndicats. De quoi pr&#233;parer &#171; &lt;i&gt;le nouveau nouveau monde&lt;/i&gt; &#187; comme jubilait le jour m&#234;me l'endive &#224; &#233;charpe rouge Christophe Barbier sur BFM TV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la loi d'&#233;tat d'urgence sanitaire approuv&#233;e quelques jours plus t&#244;t par le Parlement, cette rafale d'ordonnances permet aux &#171; &lt;i&gt;secteurs d'activit&#233;s particuli&#232;rement n&#233;cessaires &#224; la s&#233;curit&#233; de la Nation ou &#224; la continuit&#233; de la vie &#233;conomique et sociale&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ordonnance n&#176; 2020-323 du 25 mars 2020 &#187;, consultable sur le site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de s'affranchir de la l&#233;gislation en termes de temps de travail jusqu'au 31 d&#233;cembre 2020. D'apr&#232;s le minist&#232;re du Travail, seront concern&#233;s les transports, la logistique, l'agroalimentaire, l'agriculture, l'&#233;nergie et les t&#233;l&#233;communications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces secteurs, la dur&#233;e quotidienne maximale de travail est port&#233;e &#224; 12 heures au lieu de 10 actuellement &#8211; celle du travail de nuit passe de 8 &#224; 12 heures. Les salari&#233;s pourront accomplir jusqu'&#224; 48 heures de labeur hebdomadaire en moyenne contre les 44 maximum en vigueur&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur une p&#233;riode de douze semaines cons&#233;cutives. Pour les travailleurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pire : au cours d'une m&#234;me semaine, il sera possible de faire trimer un salari&#233; pendant 60 heures !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re mesure &#233;tait depuis quelques jours une revendication-phare du syndicat agricole majoritaire, la FNSEA. Les fronti&#232;res &#233;tant ferm&#233;es et les r&#233;coltes approchant, l'agriculture productiviste n'est plus en mesure de faire appel &#224; ses saisonniers en provenance du Maghreb&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La veille du conseil des ministres, la FNSEA lan&#231;ait une campagne &#171; Des bras (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, bon march&#233; et exploitables &#224; souhait.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Razzia sur les cong&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le respect de futurs accords de branche ou d'entreprise, les patrons des secteurs concern&#233;s par les ordonnances seront aussi autoris&#233;s &#224; diff&#233;rer ou &#224; imposer &#224; leurs employ&#233;s jusqu'&#224; six jours de cong&#233;s pay&#233;s &#8211; et ils pourront les pr&#233;venir un seul jour &#224; l'avance, contre quatre semaines &#224; l'origine. Par ailleurs, les employeurs pourront modifier &#171; &lt;i&gt;unilat&#233;ralement&lt;/i&gt; &#187; les jours de repos et exiger la prise de dix jours de RTT ou de compte &#233;pargne-temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repos minimum entre deux journ&#233;es de travail est quant &#224; lui r&#233;duit de 11 &#224; 9 heures. Enfin, derni&#232;re mesure de ce carnage social, les ordonnances introduisent des d&#233;rogations au repos dominical pour que les bo&#238;tes puissent turbiner sept jours sur sept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Nicolas Borda&#231;ahar, avocat sp&#233;cialis&#233; en droit du travail intervenant aupr&#232;s des permanences syndicales sur Paris, ces d&#233;cisions l&#233;galisent a posteriori des pratiques patronales : &#171; &lt;i&gt;Depuis le d&#233;but du confinement, des employeurs ont forc&#233; leurs salari&#233;s &#224; se mettre en cong&#233;s pay&#233;s, en profitant du flou de la situation, du discours sur l'h&#233;ro&#239;sme des soignants et du fait que beaucoup de travailleurs pensaient encore qu'ils n'avaient pas le droit au ch&#244;mage partiel tant qu'ils n'avaient pas apur&#233; leurs cong&#233;s pay&#233;s &#8211; ce qui &#233;tait vrai il y a encore quelques ann&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; gouvernement, ces d&#233;rogations sur les cong&#233;s permettront surtout d'&#233;conomiser sur les d&#233;penses li&#233;es au ch&#244;mage partiel. Deux jours avant le conseil des ministres, celui des Comptes publics, G&#233;rald Darmanin, incitait &#224; la t&#233;l&#233;vision les salari&#233;s &#224; prendre des cong&#233;s pay&#233;s pendant le confinement afin de pouvoir travailler plus une fois l'&#233;pid&#233;mie termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Attention danger travail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ces ordonnances sont compl&#232;tement contradictoires avec la volont&#233; de r&#233;soudre la crise sanitaire, car on prend des mesures &#224; la fois tr&#232;s dangereuses pour la sant&#233; des salari&#233;s et potentiellement accidentog&#232;nes&lt;/i&gt; &#187;, critique Nicolas Borda&#231;ahar. En effet, la l&#233;galisation des 60 heures hebdomadaires va &#224; contresens des 48 heures maximum pr&#233;conis&#233;es par l'Union europ&#233;enne. Un plafond &#233;tabli &#224; partir d'&#233;tudes d&#233;montrant qu'au-del&#224;, le salari&#233; est en &#233;tat d'&#233;puisement et se met gravement en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ces d&#233;rogations exposent encore plus les travailleurs au virus. Entre le 22 et le 26 mars, un agent de s&#233;curit&#233; d'un centre commercial d'Aulnay-sous-Bois, un int&#233;rimaire &#224; Roissy et une caissi&#232;re d'un Carrefour de Saint-Denis d&#233;c&#233;daient des suites du coronavirus. En cette fin mars, la CGT a d&#233;j&#224; recens&#233; pr&#232;s de 200 travailleurs infect&#233;s, notamment au sein de l'usine de Renault Cl&#233;on (Seine-Maritime), chez Amazon ou parmi les livreurs. &#171; &lt;i&gt;On a des personnes qui, depuis l'urgence sanitaire, travaillent d&#233;j&#224; en risquant d'&#234;tre contamin&#233;es, mais au lieu de les m&#233;nager, on leur impose des cadences de travail encore plus infernales. Le tout avec moins de repos et jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e !&lt;/i&gt; &#187; s'indigne l'avocat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la CGT ou Solidaires pointent &#233;galement la d&#233;finition tr&#232;s large des secteurs dits &#171; vitaux &#187;, les syndicats redoutent surtout que ces mesures s'appliquent bien au-del&#224; du 31 d&#233;cembre prochain. Il y a effectivement peu de chances que la crise &#233;conomique due au coronavirus soit r&#233;solue d'ici la fin de l'ann&#233;e. Et &#224; l'instar des derni&#232;res mesures d'urgence en mati&#232;re d'antiterrorisme, la tentation sera tr&#232;s grande pour le gouvernement de prolonger ces d&#233;rogations, voire de les int&#233;grer dans le droit commun &lt;i&gt;(lire aussi en p. 7 l'interview de l'avocat Rapha&#235;l Kempf, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-principes-protecteurs-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les principes protecteurs des personnes inculp&#233;es sont violent&#233;s &#187;&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un effort long auquel nous allons tous ensemble faire face&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;chait le Premier ministre &#201;douard Philippe &#224; la sortie de cet affligeant conseil des ministres. Une d&#233;claration au faux go&#251;t d'union sacr&#233;e que fustige Nicolas Borda&#231;ahar : &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement vient de cr&#233;er deux mondes du travail totalement diff&#233;rents, avec deux droits parall&#232;les : d'une part, celui des t&#233;l&#233;travailleurs et de ceux qui pourront se mettre en ch&#244;mage partiel, et d'autre part, celui des gal&#233;riens qui bosseront 60 heures par semaine en mettant gravement en p&#233;ril leur sant&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041755940&amp;categorieLien=id&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ordonnance n&#176; 2020-323 du 25 mars 2020&lt;/a&gt; &#187;, consultable sur le site &lt;i&gt;Legifrance.gouv.fr&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur une p&#233;riode de douze semaines cons&#233;cutives. Pour les travailleurs de nuit, la dur&#233;e hebdomadaire de travail peut d&#233;sormais &#234;tre port&#233;e jusqu'&#224; 44 heures contre 40 heures maximum actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La veille du conseil des ministres, la FNSEA lan&#231;ait une campagne &#171; Des bras pour ton assiette &#187; incitant les Fran&#231;ais &#224; aller travailler dans les champs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> &#171; Le tourisme est une industrie de la compensation &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-tourisme-est-une-industrie-de</link>
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		<dc:date>2018-09-23T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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		<dc:subject>es-tu venu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde... Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s L'Usure du monde (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet Manuel de l'antitourisme (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien. Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ? &#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt; (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet &lt;i&gt;Manuel de l'antitourisme&lt;/i&gt; (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire assez fort chez moi, auquel s'est combin&#233; un int&#233;r&#234;t pour les sciences humaines : sociologie, ethnologie et anthropologie. Au fil de mes voyages, j'ai constat&#233; qu'il &#233;tait de plus en plus difficile d'&#233;chapper aux organisations touristiques. Cette pr&#233;occupation a donn&#233; lieu &#224; une th&#232;se de sociologie sur l'imaginaire du voyage, qui m'a renvoy&#233; &#224; l'analyse critique de ce ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent dans l'histoire de l'humanit&#233;. Pour qu'il y ait tourisme, il faut une mise en ordre touristique du monde, l'instauration d'un mod&#232;le &#233;conomique et culturel qui, contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, contribue &#224; d&#233;truire la diversit&#233; humaine et territoriale. Tourisme et soci&#233;t&#233; de consommation sont indissociables. Cette d&#233;nonciation ne va pas forc&#233;ment de soi &#8211; l'industrie touristique a longtemps b&#233;n&#233;fici&#233; d'un large consensus sur ses bienfaits. Comme si elle portait en elle une &#233;thique rendant toute critique difficile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH299/-835-f139f.jpg?1782638783' width='500' height='299' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, il s'agit quand m&#234;me d'une conqu&#234;te sociale, celle de 1936 et des cong&#233;s pay&#233;s. Comment la machine se grippe-t-elle par la suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, il y a &#224; partir de 1936 cette vis&#233;e suppos&#233;ment &#233;mancipatrice consistant &#224; lib&#233;rer &#8211; provisoirement &#8211; le travailleur gr&#226;ce &#224; l'acquisition du droit aux cong&#233;s pay&#233;s. Bien entendu, c'est un&#8197;leurre : ces cong&#233;s pay&#233;s restent d&#233;pendants du travail et du salariat. Plus qu'une lib&#233;ration, il s'agit d'un am&#233;nagement de peine. Une question s'est cependant pos&#233;e : comment occuper ce temps lib&#233;r&#233; de mani&#232;re &#224; ne pas laisser s'installer le vice et la d&#233;bauche qui, comme chacun le sait, se nourrissent de l'oisivet&#233; ? Associations, syndicats et diverses organisations ont propos&#233; des activit&#233;s et des s&#233;jours pour meubler un temps, au final, de moins en moins '' libre ''. Dans la foul&#233;e des cong&#233;s pay&#233;s na&#238;t ainsi le tourisme social. Une d&#233;marche d'&#233;ducation populaire guid&#233;e par l'id&#233;e de d&#233;couvrir l'autre et le monde. Mais, avec l'efficacit&#233; qu'on lui conna&#238;t, le capitalisme a pris en main cette tendance qui s'est rapidement av&#233;r&#233;e rentable. Depuis, la demande touristique n'a cess&#233; de cro&#238;tre dans un assentiment g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : nous avons bascul&#233; dans l'industrie '' d&#233;complex&#233;e '' du tourisme de masse. Celle-ci a largement organis&#233; les territoires &#224; des fins mercantiles. Le tourisme n'a plus comme finalit&#233; la recherche de la diversit&#233; mais celle du divertissement. Il tend &#224; transformer des r&#233;gions enti&#232;res en zones commerciales &#224; ciel ouvert. Pour les territoires non dot&#233;s de capital touristique, on implante des espaces cr&#233;&#233;s de toutes pi&#232;ces &#8211; centres de vacances, parcs &#224; th&#232;mes ou zones de loisirs. Autant d'univers artificiels d&#233;di&#233;s &#224; l'accueil des vacanciers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt;, tu ressuscites un vieux terme de la psychiatrie, &#171; dromomanie &#187;, pour signifier cette injonction &#224; la mobilit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dromomanie signifie la manie du d&#233;placement. Or la mobilit&#233; &#8211; pas simplement le fait d'&#234;tre en vacances, mais de partir en vacances &#8211; a &#233;t&#233; survaloris&#233;e. Comme si rester chez soi &#233;tait une affaire de ringard. Pour &#234;tre moderne, voire postmoderne, il faut forc&#233;ment partir, se sentir &#8220; nomade ''. Pour &#234;tre heureux, intelligent et serein, il faut quitter son chez-soi. Il y a une connotation positive attach&#233;e au fait de se d&#233;placer. L'id&#233;e admise qu'on revient forc&#233;ment l'esprit plus ouvert d'un voyage ou d'un s&#233;jour touristique. Comme si un monde o&#249; les gens se d&#233;placent facilement devait &#234;tre plus harmonieux. Rien ne prouve cette id&#233;e. L'actualit&#233; en M&#233;diterran&#233;e montre que le tourisme effr&#233;n&#233; peut cohabiter avec la r&#233;pression des migrants la plus f&#233;roce. Le monde n'est pas devenu meilleur depuis que les gens se d&#233;placent sans r&#233;fl&#233;chir, de mani&#232;re quasi compulsive, &#224; des fins touristiques. Avant l'invention de la machine &#224; vapeur et du moteur &#224; explosion, et l'am&#233;nagement de voies fluides de circulation, se d&#233;placer &#233;tait une &#233;preuve. Une aventure. On ne savait pas ce qu'on allait rencontrer sur la route, tout pouvait arriver. Il a fallu motoriser le d&#233;placement, le rendre physiquement indolore, pour qu'on puisse se d&#233;placer aussi facilement et gommer un maximum de risques inh&#233;rents au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs publics et les op&#233;rateurs priv&#233;s ont am&#233;nag&#233; l'espace de mani&#232;re &#224; le rendre accessible sans trop d'effort, en s&#233;curit&#233;. Ce maillage du territoire en axes de circulations, zones touristiques et commerciales, canalise et oriente les d&#233;placements. On n'est plus dans l'imaginaire du routard, mais dans celui du circuit organis&#233; et balis&#233;. Chez Jack Kerouac ou Nicolas Bouvier&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de L'Usage du monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; le voyage est indissociable de l'id&#233;e subversive de l'&#233;vasion. Quand il partait, Bouvier pouvait rester des ann&#233;es sur les routes, la gueule au vent. Cette philosophie a c&#233;d&#233; le pas face &#224; la mise en &#339;uvre d'itin&#233;raires structur&#233;s autour d'&#233;tapes oblig&#233;es, vendues sous forme de clich&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles aussi du d&#233;racinement, propre &#224; la fois au touriste et au migrant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;racinement est en r&#233;alit&#233; le propre de l'homme moderne. Dans les textes de Jack London, on retrouve cet imaginaire de l'aventure li&#233;e au voyage. London vit dans la mis&#232;re &#224; San Francisco. Il d&#233;cide de partir chercher de l'or en Alaska &#8211; il n'en trouvera pas, mais &#233;crira un livre qui fera sa r&#233;putation. Ce Jack London-l&#224; est beaucoup plus proche du migrant d'aujourd'hui qui fuit son pays pour une vie meilleure que du touriste. Aujourd'hui, les v&#233;ritables h&#233;ros du voyage sont les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre lecture liant touristes et migrants. Le capitalisme a besoin de consommateurs et de producteurs. Le touriste est la version d&#233;localis&#233;e du consommateur, tandis que le migrant est un producteur &#8211; au moins potentiel &#8211; d&#233;racin&#233;. La mondialisation &#233;conomique n&#233;cessite une main-d'&#339;uvre mobile qu'elle pourra employer en fonction de ses besoins. Des individus pr&#234;ts &#224; rompre avec leur territoire, leur famille, pr&#234;ts pour l'exil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En refa&#231;onnant le monde, l'industrie touristique a produit des &#171; non-lieux &#187;. Des espaces clon&#233;s, indiff&#233;renci&#233;s qu'on retrouve &#224; n'importe quel point du globe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une expression que j'emprunte &#224; l'anthropologue Marc Aug&#233;, auteur de &lt;i&gt;Non-lieux &#8211; Introduction &#224; une anthropologie de la surmodernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; au Seuil en 1992.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Alors que le tourisme a longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une recherche de l'authenticit&#233; et de la diversit&#233;, il produit des lieux similaires o&#249; qu'on soit dans le monde. Des lieux qui ob&#233;issent &#224; des mod&#232;les et des crit&#232;res de qualit&#233; et d'accessibilit&#233; identiques. Rien ne ressemble autant &#224; un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e fran&#231;aise qu'un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e tunisienne ou espagnole. En outre, ces non-lieux ob&#233;issent souvent &#224; des logiques d'enfermement. Ils deviennent de plus en plus des espaces clos, d&#233;di&#233;s aux loisirs et &#224; la consommation, fr&#233;quent&#233;s par des gens qui se reconnaissent et n'ont plus de contact avec le monde ext&#233;rieur. Sinon des relations commerciales de prestataire &#224; client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe des temps : cette logique de l'enfermement est &#233;rig&#233;e en mod&#232;le par les professionnels du tourisme. Elle serait un moyen de lutter contre les nuisances du tourisme &#8220; sauvage '' ou de type Airbnb. Des touristes qui arrivent dans une ville et se diss&#233;minent de mani&#232;re anarchique seraient plus nocifs pour le territoire que des voyageurs regroup&#233;s dans des lieux d&#233;di&#233;s. Un certain discours de la contention se pare aujourd'hui des vertus du tourisme durable. R&#233;cemment un article du Quotidien du tourisme relatait des propos de dirigeants de soci&#233;t&#233;s expliquant que pour que le tourisme soit moins nuisible, il faut l'organiser de mani&#232;re plus pr&#233;cise. Avec des lieux et des circuits desquels les gens ne s'&#233;chappent pas. L'hyper-organisation comme solution pour lutter contre les nuisances du tourisme non organis&#233;. C'est aussi une fa&#231;on pour les industriels du tourisme de produire une contre-id&#233;ologie face &#224; la mode Airbnb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que dans ce dernier domaine, on voit pointer de nouvelles tendances avec la vente d' &#8220; exp&#233;riences ''. Non seulement le particulier loue une chambre, mais il peut proposer dor&#233;navant &#224; son client une partie de p&#234;che en montagne ou une soir&#233;e flamenco dans un bar de Paris. Ce qui &#233;tait de l'ordre de la gratuit&#233; entre amis, ou bien de la rencontre de hasard, devient, avec l'ub&#233;risation, source de profit. Tout le monde se mue en agent touristique potentiel et tout devient &#8220; touristiquement '' exploitable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Barcelone, des voix s'&#233;l&#232;vent contre une peste touristique invasive et faisant flamber l'immobilier. Penses-tu qu'on assiste l&#224; &#224; l'&#233;mergence d'une pens&#233;e critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, je pense m&#234;me qu'on a franchi un palier cette ann&#233;e avec des concepts &#233;mergents comme le &#8220; surtourisme '' pour d&#233;signer des lieux gagn&#233;s par une saturation touristique. Les termes &#8220; tourismophobie'' ou &#8220; touristophobie '' sont de plus en plus utilis&#233;s. Les op&#233;rateurs touristiques s'inqui&#232;tent de ces contestations qui agitent des villes comme Barcelone, Dubrovnik ou Venise face &#224; ces perp&#233;tuels flots touristiques. En 2016, la mairie de Barcelone a inflig&#233; de fortes amendes &#224; six plate formes de location de logements en ligne. En novembre dernier, elle a sanctionn&#233; &#224; hauteur de 600 000 &#8364; Airbnb et HomeAway pour locations ill&#233;gales. La pression immobili&#232;re est telle que la mairie intervient pour que les Barcelonais ne se fassent pas &#233;reinter en cherchant &#224; se loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste dans ces &#8220; &lt;i&gt;hot spot&lt;/i&gt; '' &#224; une intensification de l'emprise touristique qui chasse la vie locale en la rendant impossible. Les travailleurs ne peuvent plus bosser &#224; cause des embouteillages, la moindre action banale de la vie quotidienne, comme acheter une baguette de pain, implique de faire une demi-heure de queue. Le tourisme ne permet plus que la vie touristique. Il proc&#232;de par une privatisation de l'espace commun, mais la gestion de ses nuisances reste &#224; la charge des pouvoirs publics. Une externalisation des co&#251;ts assez forte au demeurant. Sans compter l'aspect environnemental et sanitaire. En M&#233;diterran&#233;e, il y a une grosse activit&#233; croisi&#233;riste. On sait qu'un bateau de croisi&#232;re &#233;met en moyenne en une journ&#233;e autant de particules fines qu'un million de voitures. 8 % des gaz &#224; effet de serre sont produits par l'industrie touristique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; ce proc&#232;s &#224; charge, la critique de l'industrie touristique n'est pas toujours facile...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a certains freins psychologiques. Une esp&#232;ce d'enchantement qui fait que les gens n'ont pas conscience des dessous de l'industrie touristique. La d&#233;couverte et le voyage sont plac&#233;s en premi&#232;re ligne du plaisir touristique, mais toute l'infrastructure qui permet au syst&#232;me d'&#234;tre ce qu'il est n'est pas per&#231;ue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On pourrait ressortir ce vieux concept d'ali&#233;nation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais l'ali&#233;nation contient l'id&#233;e de souffrance alors que le tourisme prend les formes d'un certain h&#233;donisme. L'addiction touristique en est d'autant plus forte. Tout le monde a envie de partir en vacances et de profiter du soleil, des cocktails, des balades. On entend souvent les gens dire : &#8220; Il faut que je parte en vacances sinon je vais p&#233;ter un c&#226;ble. J'ai besoin de me ressourcer. '' Ces r&#233;flexes nous renvoient &#224; nos conditions de vie devenues invivables. &#192; tel point qu'on part oublier son quotidien dans des espaces produits &#224; cet effet. Le tourisme est une industrie de la compensation : je souffre, je travaille toute l'ann&#233;e, donc je m'octroie ces quelques semaines de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du tourisme est devenue tellement extensive que tout peut devenir &#8220; tourisme ''. Cons&#233;quence : tu ne peux plus critiquer le ph&#233;nom&#232;ne. Tu vas voir ta m&#232;re en Bretagne ? Tu fais du tourisme. Tu es en d&#233;placement professionnel et le soir, avant de rejoindre ta chambre d'h&#244;tel, tu vas voir une expo ? Tu fais du tourisme. Il y a une esp&#232;ce de naturalisation de l'activit&#233; touristique qui rend tout potentiellement touristique. Critiquer le tourisme, c'est alors comme critiquer le fait de respirer, boire et manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il faut revenir aux racines du probl&#232;me. Historiquement, le d&#233;veloppement du tourisme est li&#233; au d&#233;veloppement du capitalisme. Il se r&#233;pand avec la soci&#233;t&#233; industrielle. Sortir du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation, c'est sortir du tourisme. C'est aller vers une soci&#233;t&#233; du bien-vivre, respectueuse des vies humaines et non humaines. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de &lt;i&gt;L'Usage du monde&lt;/i&gt;, livre mythique publi&#233; en 1963 et auquel fait directement r&#233;f&#233;rence Rodolphe Christin dans le titre de son ouvrage&lt;i&gt; L'Usure du monde&lt;/i&gt; (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; au Seuil en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fredo, l'prolo d'Saint-Naz'</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;CE MOIS-CI ENCORE, je ne suis pas trop &#224; l'usine car j'utilise mes derniers cong&#233;s pay&#233;s de l'ann&#233;e dans divers coins de France, invit&#233; &#224; pr&#233;senter mes livres et autres. Je reviens juste d'une v&#233;ritable tourn&#233;e en Bretagne qui m'a conduit &#224; Rennes, Nantes et Saint-Nazaire&#8230; &#192; Saint-Nazaire, Fredo, Yann et Michel m'ont donn&#233; rendez-vous devant la base sous-marine, une verrue de b&#233;ton noirci datant de la guerre qui fait office de lieu touristique aujourd'hui. C'est de Fredo qu'il sera surtout (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no56-mai-2008" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;56 (mai 2008)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;CE MOIS-CI ENCORE, je ne suis pas trop &#224; l'usine car j'utilise mes derniers cong&#233;s pay&#233;s de l'ann&#233;e dans divers coins de France, invit&#233; &#224; pr&#233;senter mes livres et autres. Je reviens juste d'une v&#233;ritable tourn&#233;e en Bretagne qui m'a conduit &#224; Rennes, Nantes et Saint-Nazaire&#8230; &#192; Saint-Nazaire, Fredo, Yann et Michel m'ont donn&#233; rendez-vous devant la base sous-marine, une verrue de b&#233;ton noirci datant de la guerre qui fait office de lieu touristique aujourd'hui. C'est de Fredo qu'il sera surtout question dans ces lignes. Il a les cheveux blancs et l'air assez costaud d'un mec qui a boss&#233; sur les docks. &#192; cinquante-huit ans, il est en pr&#233;retraite depuis bient&#244;t sept ans. Lui et ses acolytes tiennent &#224; me faire d&#233;couvrir le patrimoine ouvrier local, avant mon intervention de ce soir. Chaque lieu est pr&#233;texte &#224; une &#233;vocation d'un moment de lutte ouvri&#232;re.&lt;i&gt; &#171; L&#224;, les dockers ont attach&#233; le patron dans une brouette pour l'emmener &#224; la mairie. Ici, on peut encore voir des traces de pneus br&#251;l&#233;s, reste de la derni&#232;re gr&#232;ve sur la casse du statut des dockers. Lorsque la CGT appelle &#224; une manif &#224; huit heures, on sait qu'il ne se passera rien, quand c'est &#224; quatorze heures, apr&#232;s l'ap&#233;ro et le reste, l&#224; on sait qu'il y aura de la bagarre. &#187;&lt;/i&gt; On passe devant les chantiers navals, les docks, l'usine Airbus, la raffinerie Total, le pont de Saint-Nazaire&#8230; Mais on voit bien que, si l'activit&#233; est encore tr&#232;s importante, il y a bien moins de monde pour faire tourner les machines. Ensuite, Fredo m'invite chez lui, une maison dans une cit&#233; ouvri&#232;re propri&#233;t&#233; du port. Il sait qu'il pourra y rester tout le reste de sa vie,m&#234;me maintenant qu'il est &#224; la retraite. Dans le jardin, outre un peu de bazar, comme chez tous les prolos qui bricolent, tr&#244;nent un tas de sel amen&#233; l&#224; par un cousin paludier pr&#232;s de Gu&#233;rande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredo et moi parlons musique. Il aimait les Cramps et j'&#233;voque The Kills alors qu'il met un disque des Ramones sur la platine. Il n'est pas chien pour m'offrir un verre de vin, m&#234;me s'il ne boit plus que de l'eau : &lt;i&gt;&#171; Quand je bossais j'ai tellement bu que j'ai pris de l'avance pour tout le temps qu'il me reste &#224; vivre. &#187;&lt;/i&gt; Fredo a la gouaille et le parler des prolos, mais il est conscient et analyse bien la situation : &lt;i&gt;&#171; Quand t'&#233;tais enfant de prolos &#224; Saint-Naz, il n'y avait pas trente-six solutions : soit tu bossais aux chantiers, soit t'&#233;tais docker, soit tu entrais &#224; Sud-Aviation. Moi, je suis rentr&#233; comme ajusteur aux chantiers navals. &#187;&lt;/i&gt; En1968, il a tout juste dix-huit ans lorsque &#233;clatent les &#233;v&#233;nements du mois de mai. Fredo quitte son port pour aller &#224; Paris, accompagn&#233; de Michel. Ils participent &#224; l'occupation de la Sorbonne. C'est peut-&#234;tre de l&#224; que vient leur engagement qui entra&#238;nera plus tard la cr&#233;ation du Front Libertaire sur Saint-Nazaire, groupe affinitaire anar sans lien avec les anarchistes organis&#233;s. En 1985, il y a des chamboulements dans la vie de Fredo et celuici d&#233;cide de quitter les chantiers pour atterrir sur les docks. Ce n'est pas que &#231;a lui plaise trop, mais on n'y gagne pas trop mal sa vie, m&#234;me quand on essaie de ne pas faire trop d'heures. Malgr&#233; le fait qu'il travaille dans un milieu trust&#233; par le PC et la CGT, il ne supporte pas les communistes : &lt;i&gt;&#171; Ils ont &#233;t&#233; achet&#233;s sous De Gaulle. Il a donn&#233; des bons statuts aux dockers et aux ouvriers du livre, pour avoir la paix sociale. &#187;&lt;/i&gt; &#192; cinquante et un ans, Fredo b&#233;n&#233;ficie des mesures &#171; amiante &#187; et se retrouve en pr&#233;retraite. &lt;i&gt;&#171; &#199;a tombait bien, je ne supportais plus mon boulot. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il me raconte les trucs que les coll&#232;gues et lui faisaient pour tenir au turbin : les vols &#233;videmment. Il y avait celui qui se faisait comme une mission de voler quelque chose tous les jours ; il y avait cet autre qui remplissait son garage de bouteilles de Porto piqu&#233;es sur les bateaux ; il y a le fait que tous les dockers ont du mat&#233;riel de bricolage de marque Facom (tant qu'&#224; faire), et que ce n'&#233;tait pas pour rien que presque tous les ouvriers du port se d&#233;pla&#231;aient en fourgonnette&#8230; &lt;i&gt;&#171; Voler, c'est normal chez un ouvrier, c'est comme r&#233;cup&#233;rer son d&#251;. &lt;/i&gt; &#187; Mais maintenant, la direction du port a install&#233; de hautes grilles et c'est de plus en plus difficile de piquer. Il me parle aussi de ceux qui se coupaient un doigt pour ne plus travailler et vivre d'une pension d'invalidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredo est intarissable. Maintenant qu'il est &#224; la retraite, il prend sa vie &#224; son rythme. Il voyage, aide sa famille agricultrice, lorsqu'il y a besoin de bras, ou milite. Pour ce Premier Mai, avec ses camarades, il distribuait &#224; qui le voulait bien Le Droit &#224; la paresse de Paul Lafargue dans les rues de sa ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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