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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Quand les machines se taisent </title>
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		<dc:date>2022-07-22T10:15:42Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pauline Laplace, Rafael Campagnolo</dc:creator>


		<dc:subject>Campi Bisenzio</dc:subject>
		<dc:subject>soleil &#233;crasant</dc:subject>
		<dc:subject>campagne toscane</dc:subject>
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		<dc:subject>zone industrielle</dc:subject>
		<dc:subject>GKN</dc:subject>
		<dc:subject>Seconde Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menac&#233;e de fermeture suite &#224; son rachat par un fonds d'investissement. Bas&#233; sur l'auto-organisation, le mouvement s'est f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un collectif ayant &#224; c&#339;ur de jeter des ponts entre diff&#233;rentes luttes. Reportage. Sous un soleil &#233;crasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Campi-Bisenzio" rel="tag"&gt;Campi Bisenzio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/toscane-entourent" rel="tag"&gt;toscane entourent&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menac&#233;e de fermeture suite &#224; son rachat par un fonds d'investissement. Bas&#233; sur l'auto-organisation, le mouvement s'est f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un collectif ayant &#224; c&#339;ur de jeter des ponts entre diff&#233;rentes luttes. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200usineoccupee_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/1200usineoccupee_resultat-92274.jpg?1779732547' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Elzazimut
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;ous un soleil &#233;crasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des banderoles accroch&#233;es sur des grillages arborent le slogan &#171; &lt;i&gt;Insorgiamo&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Insurgeons-nous ! &#187;), emprunt&#233; &#224; la R&#233;sistance florentine de la Seconde Guerre mondiale. Bienvenue &#224; l'usine automobile GKN, occup&#233;e par ses ouvriers depuis le 9 juillet 2021 &#224; la suite du licenciement de l'ensemble des employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apr&#232;s-midi de juin, ils sont quelques-uns, accoud&#233;s &#224; la barri&#232;re du poste de surveillance. Le site, immense, est quasiment d&#233;sert : la plupart des occupants sont partis battre le pav&#233; dans le centre. Un homme nous embarque &#224; sa suite. Francesco, manutentionnaire syndiqu&#233; d'une quarantaine d'ann&#233;es, ne cache pas son enthousiasme : &#171; &lt;i&gt;Le 13 juillet, on aura tenu plus longtemps que l'occupation la plus longue de l'histoire italienne. Vous imaginez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Je suis militant, alors paradoxalement, c'est comme un r&#234;ve qui se r&#233;alise pour moi, jamais j'aurais pens&#233; vivre &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'ombre du porche des locaux de l'administration, il raconte : &#171; &lt;i&gt;La lutte a commenc&#233; avant l'occupation. En 2007-2008, un collectif s'est constitu&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'usine [contre la modification des horaires de travail], compos&#233; d'une trentaine de militants et animant des assembl&#233;es r&#233;guli&#232;res qui pouvaient r&#233;unir jusqu'&#224; une centaine d'employ&#233;s. On avait d&#233;j&#224; insuffl&#233; une dynamique de n&#233;gociation tr&#232;s forte au sein de GKN.&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit son r&#233;cit : &#171; &lt;i&gt;Quand [le fonds d'investissement britannique] Melrose&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont le slogan est sans &#233;quivoque : &#171; Acheter, revaloriser, vendre &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;a rachet&#233; la bo&#238;te en 2018, il a ferm&#233; dans la foul&#233;e un site en Angleterre et un autre en Allemagne, sans grande r&#233;action de la part des travailleurs. On s'est dit : &#231;a nous pend au nez. Alors on s'est organis&#233;s en interne. Avec le syndicat, mais aussi en nous inspirant des luttes de Fiat dans les ann&#233;es 1970 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout au long des ann&#233;es 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Avec le collectif, on est aussi all&#233;s apporter notre soutien &#224; d'autres luttes, comme celle d'Alfasud &#224; Pomigliano (Campanie) ou d'Electrolux, &#224; Susegana (V&#233;n&#233;tie).&lt;/i&gt; &#187; Les militants de GKN sont majoritairement syndiqu&#233;s &#224; la Fiom-CGIL, l'&#233;quivalent de la CGT m&#233;tallurgie, mais au sein d'une branche dissidente, Riconquistiamo tutto (&#171; Reconqu&#233;rons tout &#187;), un peu plus rock'n'roll. Le collectif d'usine b&#233;n&#233;ficie ainsi de l'appui des syndicats, tout en conservant un fonctionnement o&#249; les prises de d&#233;cisions viennent de la base&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; La lutte des ouvriers de GKN &#224; Florence, entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vir&#233;s par mail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juillet 2021, le gouvernement d'union nationale de Mario Draghi supprime l'interdiction de licenciements pour raisons &#233;conomiques dans les secteurs de l'industrie et du b&#226;timent, mise en place par le gouvernement Giuseppe Conte&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment par le deuxi&#232;me gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; pendant la pand&#233;mie. Les investisseurs se l&#226;chent : le 9 juillet 2021, un mail envoy&#233; aux syndicats annonce la fermeture de l'usine GKN et le licenciement de ses 500 employ&#233;s. Plus d'une centaine d'entre eux se r&#233;unissent spontan&#233;ment sur les lieux et d&#233;bordent les dix gardes priv&#233;s embauch&#233;s par Melrose pour l'occasion. Ils occupent le site et forment une assembl&#233;e permanente, vite ralli&#233;e par des soutiens locaux : &#201;glise, centres sociaux autog&#233;r&#233;s, partis politiques de gauche radicale. Rapidement, des actions se mettent en place. Le 19 juillet, les syndicats appellent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 4 heures dans la province de Florence, suivie pendant tout l'&#233;t&#233; de manifestations et concerts de soutien. Le 18 septembre, une manifestation nationale r&#233;unit un cort&#232;ge spectaculaire de 40 000 personnes &#224; Florence. En parall&#232;le, la Fiom-CGIL d&#233;pose un recours aupr&#232;s du Tribunal du travail de Florence. Le 20 septembre, les licenciements sont annul&#233;s. Melrose doit reprendre &#224; z&#233;ro la proc&#233;dure de licenciement collectif, soumis par la loi &#224; un pr&#233;avis de 75 jours. Deux mois et demi durant lesquels les ouvriers touchent leurs salaires, en attendant les indemnit&#233;s et le ch&#244;mage : l'occupation peut s'inscrire dans la dur&#233;e. En d&#233;cembre, coup de th&#233;&#226;tre : l'entrepreneur Francesco Borgomeo, conseiller de Melrose dans les n&#233;gociations, rach&#232;te GKN &#224; son propre compte. Six mois plus tard, ses intentions demeurent floues, mais les ouvriers n'ont pas attendu pour embrayer sur leurs propres projets.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Convergence des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'usine, Francesco commente les lignes de bras robotis&#233;s bleu &#233;lectrique &#224; perte de vue. &#171; &lt;i&gt;L'usine est tr&#232;s rentable, la production a augment&#233; de 14 % en pleine pand&#233;mie&lt;/i&gt; &#187;, nous dit-il, dirigeant nos regards vers les logos Fiat, mais aussi Maserati, Ferrari, Lamborghini, qui tr&#244;nent &#224; c&#244;t&#233; d'un poste de contr&#244;le. Francesco poursuit : &#171; &lt;i&gt;On est ouvriers sp&#233;cialis&#233;s, on pourrait faire repartir la production d&#232;s aujourd'hui. Sans nous, rien ne tourne et il y a beaucoup d'argent immobilis&#233; ici. 8 millions d'euros, rien qu'en stock de production. Le co&#251;t des machines n'est m&#234;me pas quantifiable. Tout &#231;a, c'est notre monnaie d'&#233;change dans la n&#233;gociation.&lt;/i&gt; &#187; Alors ces machines, les occupants en prennent soin. Ils ont mis en place trois &#233;quipes tournantes qui surveillent le site en permanence. &#171; &lt;i&gt;Le nouveau propri&#233;taire de l'usine, Borgomeo, nous paye pour &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Francesco, sourire en coin, pas peu fier de l'entourloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;quipes se sont form&#233;es pour tenir l'occupation. La cantine sert des repas tous les jours et le nettoyage du site est effectu&#233; r&#233;guli&#232;rement. Un bar s'est aussi ouvert. Sans oublier le groupe de coordination des femmes, qui r&#233;unit les &#233;pouses et compagnes de la main-d'&#339;uvre &#8211; masculine &#8211; de l'usine. Hors les murs, des d&#233;l&#233;gations du collectif rencontrent des organisations &#233;tudiantes et universitaires, assistent aux assembl&#233;es de soignants et de profs, ou participent &#224; la marche anti-G20 du 30 octobre dernier &#224; Rome... Elles rallient m&#234;me les mobilisations lyc&#233;ennes pour le climat et rejoignent les luttes paysannes&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple la ferme de Mondeggi, pr&#232;s de Florence, occup&#233;e depuis 2015. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, brisant le clivage entre mouvement ouvrier et &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nous, &#231;a va ! Et vous ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les ouvriers ont une id&#233;e derri&#232;re la t&#234;te. Le 11 mars dernier, ils ont d&#233;pos&#233; un plan de reprise, r&#233;dig&#233; en collaboration avec un groupe d'&#233;conomistes, d'historiens, de sociologues et d'ing&#233;nieurs solidaires. Son horizon : une reconversion de la production vers des &#233;nergies propres et de mobilit&#233; durable, notamment dans l'hydrog&#232;ne et le photovolta&#239;que, &#224; l'int&#233;rieur d'un p&#244;le public qui associerait diverses industries en cours de transition &#233;cologique. Une proposition de loi contre les d&#233;localisations a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;crite par les ouvriers, avec l'aide de juristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Largement soutenus, les ouvriers de GKN sont en position de force et ont bien l'intention de s'en servir pour gonfler leurs rangs et jouer le r&#244;le de miroir r&#233;fl&#233;chissant des autres luttes. &#171; &lt;i&gt;Les soutiens, les journalistes, tout le monde nous demande : &#8220;Comment allez-vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, relate Francesco. &#171; &lt;i&gt;Et nous, on a appris &#224; retourner la question : &#8220;Et vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Comment vous allez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Nous &#231;a va, on est tous ensemble &#224; occuper l'usine, on a encore de quoi tenir un moment.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous laisser, Francesco lance : &#171; &lt;i&gt;Vous remarquez ce silence&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Pour quelqu'un comme moi, qui travaille ici depuis vingt-cinq ans, il n'est pas tr&#232;s plaisant.&lt;/i&gt; &#187; Sa phrase r&#233;sonne dans nos t&#234;tes alors qu'on boit un coup au bar, avec ceux qui sont revenus de la manif et qui se lancent dans un tournoi de baby foot. On se dit qu'au moins quand elles se taisent, les machines laissent &#224; d'autres la possibilit&#233; de s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Pauline Laplace &amp;Rafael Campagnolo&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont le slogan est sans &#233;quivoque : &#171; Acheter, revaloriser, vendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tout au long des ann&#233;es 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer de lance de l'autonomie italienne, qui voit les ouvriers exp&#233;rimenter de nouvelles formes d'organisation et de repr&#233;sentation au sein des usines, &#224; l'&#233;cart des partis et des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir l'article &#171; La lutte des ouvriers de GKN &#224; Florence, entre auto-organisation ouvri&#232;re et mobilisation sociale &#187;, &lt;i&gt;Chronique internationale de l'IRES&lt;/i&gt; n&#176; 177, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment par le deuxi&#232;me gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 &#233;toiles (citoyen et &#171; antisyst&#232;me &#187;) et de plusieurs partis de centre-gauche, en fonction de septembre 2019 &#224; f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple la ferme de Mondeggi, pr&#232;s de Florence, occup&#233;e depuis 2015. Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Squat-agricole-en-Italie-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Squat agricole en Italie : le terroir du chianti collectif&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170 (novembre 2018) ou encore &#171; En Italie, la Zad de Mondeggi cultive le bien commun &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (28/03/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Femmes et fronti&#232;res : corps &#224; corps</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Femmes-et-frontieres-corps-a-corps</link>
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		<dc:date>2022-05-27T09:12:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>Camille Schmoll</dc:subject>
		<dc:subject>veux voir</dc:subject>
		<dc:subject>voir ici</dc:subject>
		<dc:subject>Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Schmoll</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>Ponte Galeria</dc:subject>
		<dc:subject>voir</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>Illustration d'Elzazimut</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec Les Damn&#233;es de la mer &#8211; Femmes et fronti&#232;res en M&#233;diterran&#233;e, la g&#233;ographe Camille Schmoll livre une enqu&#234;te saisissante qui se fait l'&#233;cho de la &#171; singularit&#233; commune &#187; des parcours migratoires f&#233;minins. Focus sur ce que les fronti&#232;res font aux corps des femmes. &#171; Qu'est-ce que tu veux voir ici ? Tu crois pas que tu en as assez vu ? De voir nos corps, comme &#231;a ? Pourquoi tu veux voir ? Il y a une fille, une chercheuse du Portugal, qui est d&#233;j&#224; venue. Elle est rest&#233;e plusieurs jours. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camille-Schmoll" rel="tag"&gt;Camille Schmoll&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/veux-voir" rel="tag"&gt;veux voir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voir-ici" rel="tag"&gt;voir ici&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camille-873" rel="tag"&gt;Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Schmoll" rel="tag"&gt;Schmoll&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ponte-Galeria" rel="tag"&gt;Ponte Galeria&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voir" rel="tag"&gt;voir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Illustration-d-Elzazimut" rel="tag"&gt;Illustration d'Elzazimut&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Les Damn&#233;es de la mer &#8211; Femmes et fronti&#232;res en M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt;, la g&#233;ographe Camille Schmoll livre une enqu&#234;te saisissante qui se fait l'&#233;cho de la &#171; &lt;i&gt;singularit&#233; commune&lt;/i&gt; &#187; des parcours migratoires f&#233;minins. Focus sur ce que les fronti&#232;res font aux corps des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4560 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200femmesenexil_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH654/1200femmesenexil_resultat-dc67e.jpg?1779607978' width='500' height='654' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Elzazimut
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Qu'est-ce que tu veux voir ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Tu crois pas que tu en as assez vu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? De voir nos corps, comme &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Pourquoi tu veux voir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Il y a une fille, une chercheuse du Portugal, qui est d&#233;j&#224; venue. Elle est rest&#233;e plusieurs jours. Elle regardait tout, elle demandait tout : combien de fois on mangeait, combien de fois on chiait, comment on s'essuyait [&#8230;]. Vous en avez pas marre de nous regarder&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Qu'est-ce que vous attendez pour faire quelque chose pour nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots, ce sont ceux d'une retenue de Ponte Galeria. Un centre d'identification et d'expulsion pour femmes exil&#233;es, nich&#233; dans la banlieue de Rome, en bordure d'autoroute. Ils s'adressent &#224; Camille Schmoll. La g&#233;ographe est sur place dans le cadre d'une enqu&#234;te sur &#171; &lt;i&gt;la trace des survivantes&lt;/i&gt; &#187;. Son objectif : comprendre ce que vivent ces femmes qui ont quitt&#233; leur pays et travers&#233; la M&#233;diterran&#233;e en direction de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles, la chercheuse en a tir&#233; la mati&#232;re d'un livre : &lt;i&gt;Les Damn&#233;es de la mer &lt;/i&gt;(La D&#233;couverte, 2020), fruit d'un travail de huit ann&#233;es pass&#233;es aux &#171; &lt;i&gt;marges de l'Europe&lt;/i&gt; &#187;, entre Malte et l'Italie, aupr&#232;s des premi&#232;res concern&#233;es. Celles que l'on entend si peu &#8211; tant leur v&#233;cu contrevient au &#171; &lt;i&gt;r&#233;cit habituel des migrations, fond&#233; sur des figures masculines inqui&#233;tantes ou mena&#231;antes, &#224; l'instar des proph&#233;ties de la &#8220;ru&#233;e vers l'Europe&#8221;&lt;/i&gt; &#187;. Pourtant, Camille Schmoll le rappelle : &#171; &lt;i&gt;Les femmes repr&#233;sentent aujourd'hui la majorit&#233; des migrants internationaux, soit 51 %, selon l'ONU.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Europe, &#224; corps et &#224; cris&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi elles, Julienne, A&#239;cha, Hali ou encore Zahra, dont l' &#187; aventure &#187; est grav&#233;e jusque dans leur chair. Toutes les femmes rencontr&#233;es par Camille Schmoll ont &#171; &lt;i&gt;connu les violences sexuelles&lt;/i&gt; &#187;, a racont&#233; l'autrice sur France Culture&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'&#233;mission &#171; M&#233;diterran&#233;e noire : des femmes dans la mer fronti&#232;re &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;La migration est, sans aucun doute, une &#233;preuve du corps&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-elle dans son livre. Une &#171; &lt;i&gt;&#233;preuve&lt;/i&gt; &#187; qui ne s'arr&#234;te pas aux fronti&#232;res de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le Vieux Continent, elle se poursuit autrement, de fa&#231;on plus diffuse. Par exemple avec la prise d'empreintes permettant l'application du r&#232;glement de Dublin qui veut que les demandes d'asile soient d&#233;pos&#233;es dans le pays par lequel la personne exil&#233;e est entr&#233;e dans l'Union europ&#233;enne. Les femmes concern&#233;es que Camille Schmoll rencontre &#224; Malte lui disent &#171; &lt;i&gt;spontan&#233;ment&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;I am fingerprint&lt;i&gt;&#8221;pour se r&#233;f&#233;rer au fait qu'elles sont entrav&#233;es dans leurs mobilit&#233;s, ne faisant aucune diff&#233;rence entre la technologie du corps impos&#233;e sur elles et leur situation.&lt;/i&gt; &#187; Comme si &#171; &lt;i&gt;les femmes incorpor[aient] ainsi la fronti&#232;re&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les centres de tri et d'enfermement la violence se poursuit. Ces lieux, Camille Schmoll les d&#233;crit comme &#171; gender blind &lt;i&gt;(aveugles &#224; la dimension de genre)&lt;/i&gt; &#187;. En dehors du centre d'identification et d'expulsion italien de Ponte Galeria devenu non mixte en 2015 apr&#232;s une r&#233;volte dans le quartier des hommes, rares sont les lieux de privation de libert&#233; exclusivement r&#233;serv&#233;s aux femmes. Ce qui aurait selon la chercheuse &#171; &lt;i&gt;pour effet de [les] vuln&#233;rabiliser davantage et de les exposer &#224; de nombreux risques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question s&#233;vices inflig&#233;s au corps des exil&#233;es, l'administration n'est pas en reste : &#171; Hotspots, &lt;i&gt;centres de r&#233;tention, &lt;/i&gt;hubs&lt;i&gt; et centres de transit... Le point commun entre ces diff&#233;rents lieux, &lt;/i&gt;&#233;crit la g&#233;ographe&lt;i&gt;, est que la routine des corps &#8211; manger, se laver, dormir &#8211; se mue en violence, dans la mesure o&#249; toute forme d'autonomie et d'intimit&#233; semble ni&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Beaucoup de femmes diront &#224; Camille Schmoll que &#171; &lt;i&gt;pour elles, dans ces lieux, la fronti&#232;re de l'humain a &#233;t&#233; franchie : &#8220;On nous traitait comme des animaux.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le corps, outils de r&#233;sistance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, ces &#171; &lt;i&gt;corps impuissants, sacrifiables, soumis au pouvoir&lt;/i&gt; &#187;, peuvent aussi se transformer en outils de lutte permettant aux exil&#233;es de reprendre prise sur leur vie. Pour certaines, une grossesse revient alors &#224; &#171; &lt;i&gt;s'approprier son corps pour aller de l'avant [&#8230;], bien loin des discours moralisateurs [&#8230;] selon lesquels la natalit&#233; des femmes migrantes constituerait un frein &#224; leur mobilit&#233; et &#224; leur &#233;mancipation&lt;/i&gt; &#187;. &#192; l'inverse, pour d'autres, l'acc&#232;s &#224; la contraception ou un avortement sont autant de mani&#232;res de retrouver une forme de puissance d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Pour autant, ces &#171; &lt;i&gt;corps impuissants, sacrifiables, soumis au pouvoir&lt;/i&gt; &#187;, peuvent aussi se transformer en outils de lutte permettant aux exil&#233;es de reprendre prise sur leur vie.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de reconstruction passe aussi par le regard de l'autre. Du moins par ce qu'on lui soumet. Pour les femmes rencontr&#233;es par Camille Schmoll, les &lt;i&gt;selfies&lt;/i&gt; et leur publication sur internet permettent souvent de recr&#233;er une image positive d'elles-m&#234;mes. &#171; &lt;i&gt;De ce point de vue,&lt;/i&gt; &#233;crit la chercheuse&lt;i&gt;, on aurait tort d'en conclure au caract&#232;re apolitique des images post&#233;es, simplement elles jouent un r&#244;le de&lt;/i&gt; reconstitution &lt;i&gt;ou de construction d'une image de soi autre que de la migration.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lieux d'enfermement, subsistent aussi des gestes ou des &#171; &lt;i&gt;rituels&lt;/i&gt; &#187; quotidiens, plus ou moins anodins, qui permettent de ne pas sombrer, de r&#233;sister au risque de &#171; &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; &lt;i&gt;laisser aller&lt;/i&gt; &#187; ou de &#171; &lt;i&gt;se laisser partir&lt;/i&gt; &#187;. Camille Schmoll cite l'exemple de femmes enferm&#233;es &#224; Ponte Galeria qui s'exposent &#171; &lt;i&gt;au soleil seins nus dans la cour, sous le regard troubl&#233; des agents de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres, il ne s'agit plus de prendre soin de soi mais de s'exprimer par le corps de mani&#232;re radicale en se mutilant ou en entamant des gr&#232;ves de la faim, comme ont pu le faire, en f&#233;vrier 2017, dans ce m&#234;me centre de Ponte Galeria, une dizaine de femmes marocaines qui avaient connu l'enfer libyen. Des formes de r&#233;sistance qui rappellent que, si &#171; &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;entraves et les obstacles qui se dressent sur le chemin des femmes sont de plus en plus nombreux, [&#8230;] ils se heurtent &#224; leur volont&#233; d'autonomie et &#224; la r&#233;sistance de leurs r&#234;ves&lt;/i&gt; &#187;. Et Camille Schmoll de conclure : &#171; &lt;i&gt;Pour s&#251;r, elles ne vont pas s'arr&#234;ter de bouger.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans l'&#233;mission &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-suite-dans-les-idees/mediterranee-noire-des-femmes-dans-la-mer-frontiere-9474556&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; M&#233;diterran&#233;e noire : des femmes dans la mer fronti&#232;re &#187;&lt;/a&gt; (03/07/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Petites classes, grandes oubli&#233;es</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Petites-classes-grandes-oubliees</link>
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		<dc:date>2022-02-11T10:14:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>&#233;cole maternelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Assister l'enseignante lors des ateliers, accompagner les enfants dans l'apprentissage de la propret&#233;, nettoyer les salles et les couloirs... Sans les Atsem (agents territoriaux sp&#233;cialis&#233;s des &#233;coles maternelles), les &#233;tablissements fonctionneraient en mode d&#233;grad&#233;. Ce job multit&#226;che et massivement investi par des femmes souffre pourtant d'un vrai manque de reconnaissance. Portrait d'une profession. Atsem. Pour qui est entr&#233; en maternelle avant le d&#233;but des ann&#233;es 1990 et n'y a jamais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Atsem" rel="tag"&gt;Atsem&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Elzazimut-Atsem" rel="tag"&gt;d'Elzazimut Atsem&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Illustration-d-Elzazimut" rel="tag"&gt;Illustration d'Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rosa" rel="tag"&gt;Rosa&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ecoles-maternelles" rel="tag"&gt;&#233;coles maternelles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ecole-maternelle" rel="tag"&gt;&#233;cole maternelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Assister l'enseignante lors des ateliers, accompagner les enfants dans l'apprentissage de la propret&#233;, nettoyer les salles et les couloirs... Sans les Atsem (agents territoriaux sp&#233;cialis&#233;s des &#233;coles maternelles), les &#233;tablissements fonctionneraient en mode d&#233;grad&#233;. Ce job multit&#226;che et massivement investi par des femmes souffre pourtant d'un vrai manque de reconnaissance. Portrait d'une profession.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200atsem_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH606/1200atsem_resultat-88019.jpg?1779732549' width='500' height='606' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Elzazimut
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Atsem. Pour qui est entr&#233; en maternelle avant le d&#233;but des ann&#233;es 1990 et n'y a jamais remis les pieds depuis, l'acronyme tient du cryptique. Il d&#233;signe pourtant depuis 1992 des actrices incontournables des &#233;tablissements scolaires : les agentes territoriales sp&#233;cialis&#233;es des &#233;coles maternelles. Chevilles ouvri&#232;res des classes de petite, moyenne et grande section, les Atsem &#8211; dans l'&#233;crasante majorit&#233; des femmes &#8211; y partagent l'espace avec l'enseignante&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parce qu'en 2016, 82,6 % des enseignants du premier degr&#233; &#233;taient des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce sont elles qui, souvent, pr&#233;parent la mise en place des ateliers le matin avant l'accueil des enfants. Elles qui aident les marmots &#224; &#233;taler la gouache bien au centre de leur feuille. Elles encore qui recueillent les r&#233;cits de cauchemars au r&#233;veil de la sieste, qu'elles surveillent. &#171; &lt;i&gt;C'est pour &#231;a, pour ce contact permanent avec les enfants, que j'ai voulu faire ce m&#233;tier.&lt;/i&gt; &#187; Au bout du fil, Rosa&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; raconte les &#233;clats de rire communicatifs des minots, la satisfaction retir&#233;e dans le fait d'accompagner des tout-petits &#224; grandir un peu plus chaque jour, &#171; &lt;i&gt;la spontan&#233;it&#233; des enfants, la simplicit&#233; dans la relation&lt;/i&gt; &#187;. Pendant quatre ans, Rosa a &#233;t&#233; Atsem dans une &#233;cole maternelle d'une petite ville de Bretagne. Elle en garde globalement de bons souvenirs. Ce qui lui plaisait le plus ? &#171; &lt;i&gt;Clairement le r&#244;le d'&#233;ducateur, un des aspects essentiels de ce boulot.&lt;/i&gt; &#187; Rosa se rem&#233;more les moments pass&#233;s au r&#233;fectoire avec les petits. Loin de se r&#233;sumer &#224; de la simple surveillance et au service &#224; table, sur ce temps &#8211; quand les mairies ne ren&#226;clent pas sur les embauches et que les Atsem ne sont pas en sous-effectif &#8211; elles remplissent une vraie mission &#233;ducative : &#171; &lt;i&gt;On s'assoit avec les enfants, on leur coupe leur viande, on les incite &#224; go&#251;ter en leur expliquant ce qu'ils ont dans leur assiette ; on leur pose des questions, on discute.&lt;/i&gt; &#187; Pendant les heures de classe, m&#234;me topo : le r&#244;le de l'Atsem est surtout d'&#233;duquer. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, c'est &#224; l'enseignante de d&#233;cider de la p&#233;dagogie et l'Atsem reste finalement dans l'ex&#233;cution de t&#226;ches, mais elle assiste les enfants dans leur travail et peut aussi parfois mener seule un atelier avec un petit groupe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Femmes de service &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si sur le papier, les Atsem sont aujourd'hui reconnues comme membres &#224; part enti&#232;re de l'&#233;quipe &#233;ducative&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le d&#233;cret du 1er mars 2018 &#171; portant diverses dispositions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas. Dans un article intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/lumiere-sur-les-atsem-ces-actrices-de-lombre-des-ecoles-maternelles-163823&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lumi&#232;re sur les Atsem, ces actrices de l'ombre des &#233;coles maternelles&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Conversation (02/09/2021).&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, la sociologue Fabienne Montmasson Michel revient sur l'&#233;volution de la profession. La pr&#233;sence de ces femmes dans les &#233;coles remonte &#224; la fin des ann&#233;es 1830 &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; cette &#233;poque, la maternelle telle qu'on la conna&#238;t aujourd'hui n'existe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; : celles qu'on appelait les &#171; femmes de service &#187; &#233;taient alors cantonn&#233;es &#224; l'entretien des locaux. Peu &#224; peu, elles se sont vu confier la garde des enfants en fin de journ&#233;e et les soins relatifs au corps. Leur int&#233;gration au sein des salles de classe arrive bien plus tard, au mitan du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#233;poque &#224; laquelle &#171; &lt;i&gt;l'introduction d'un abondant mat&#233;riel p&#233;dagogique dans les classes [a rendu] n&#233;cessaires de nouvelles t&#226;ches d'entretien (nettoyage, pr&#233;paration, rangement)&lt;/i&gt; &#187;. Mais ce n'est qu'&#224; la toute fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'on les charge d'animer des &#171; &lt;i&gt;activit&#233;s manuelles&lt;/i&gt; &#187;. Cette br&#232;ve histoire du m&#233;tier d'Atsem permet certainement de saisir un de ses aspects actuels : aujourd'hui encore, ce sont elles qui nettoient les pinceaux et les tables tachet&#233;es de colle, elles qui balaient les sols des classes jonch&#233;s de gommettes et lessivent le carrelage de la cantine aux rainures incrust&#233;es d'aliments &#233;cras&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Tous les matins, je commen&#231;ais ma journ&#233;e &#224; 8 heures pour la finir &#224; 18, une fois fait le m&#233;nage de la classe, des parties communes, des sanitaires...&lt;/i&gt; &#187;, raconte Rosa. Elle imagine : &#171; &lt;i&gt;Celles qui ont fait toute leur carri&#232;re en tant qu'Atsem doivent &#234;tre cass&#233;es...&lt;/i&gt; &#187; Des journ&#233;es &#224; rallonge que la pand&#233;mie de Covid-19 et les protocoles sanitaires sont venus alourdir, comme le racontait &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;en juin dernier Pascale, Atsem en Occitanie : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s que l'enseignante part [d&#233;jeuner], on d&#233;sinfecte les tables, on dresse, on sert, on red&#233;sinfecte. C'est non-stop &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Atsem en maternelle : &#8220;On n'aurait pas &#233;t&#233; l&#224;, comment les enseignants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Le tout pour une paye d&#233;passant g&#233;n&#233;ralement &#224; peine le Smic, en d&#233;but de carri&#232;re. Si de son c&#244;t&#233;, Rosa a toujours pu boucler les fins de mois, elle pr&#233;cise qu'elle avait la chance &#171; &lt;i&gt;d'avoir un mec qui bossait&lt;/i&gt; &#187;. Avec deux enfants &#224; charge, sans le salaire de leur p&#232;re employ&#233; d'usine, &#171; &lt;i&gt;&#231;a aurait &#233;t&#233; autre chose&lt;/i&gt; &#187;. Rosa n'est pas du genre &#224; se plaindre, mais finit par l&#226;cher : &#171; &lt;i&gt;C'est s&#251;r qu'on ne partait pas en vacances tous les ans...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Des journ&#233;es &#224; rallonge que la pand&#233;mie de Covid-19 et les protocoles sanitaires sont venus alourdir.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans un article paru dans le dernier num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt; titr&#233; &#171; Cette autre femme derri&#232;re la porte &#187;, la journaliste Na&#239;k&#233; Desquesnes se demande &#171; &lt;i&gt;ce qui explique le d&#233;calage entre, d'un c&#244;t&#233;, l'importance [des] missions fondamentales [des Atsem] aupr&#232;s des jeunes enfants ainsi que la p&#233;nibilit&#233; de ce m&#233;tier et, de l'autre, la non-reconnaissance de celui-ci, effectu&#233; &#224; plus de 99 % par des femmes&lt;/i&gt; &#187;. R&#233;ponse en une manche : &#171; &lt;i&gt;Un m&#233;pris qui pourrait bien trouver sa source dans une hi&#233;rarchie du travail pens&#233;e selon un mod&#232;le masculin et &#233;litiste o&#249; les m&#233;tiers du &lt;/i&gt;care&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En lien avec le soin.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, ceux de la petite enfance, du nettoyage et du soin, ne sont jamais admir&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Former un &#171; vrai bin&#244;me &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si ce m&#233;pris se fait sentir sur la fiche de paye, s'insinue-t-il jusque dans les rapports tiss&#233;s avec l'enseignante ? &#171; &lt;i&gt;J'ai eu du bol, &lt;/i&gt;reconna&#238;t Rosa. &lt;i&gt;Dans l'ensemble, je suis tomb&#233;e sur des femmes avec lesquelles je formais un vrai bin&#244;me. Des personnes conscientes qu'Atsem, agents d'entretien, enseignants, tout le monde est important dans une &#233;cole. C'est aussi une question de rencontre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle marque une pause, r&#233;fl&#233;chit, puis &#233;voque tout de m&#234;me cette enseignante dont elle a partag&#233; la classe pendant un an : &#171; &lt;i&gt;Je me souviens une fois d'avoir organis&#233; des classeurs avec les productions des enfants, de les avoir rang&#233;s pour qu'ils puissent les ramener &#224; la maison. Le lendemain je les avais retrouv&#233;s compl&#232;tement d&#233;sorganis&#233;s. Je ne pouvais rien prouver mais &#231;a ne pouvait &#234;tre qu'elle. Des trucs dans le genre, elle m'en a fait plusieurs dans l'ann&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Une bassesse parmi d'autres que Rosa pr&#233;f&#232;re aujourd'hui &#233;luder, mettant &#231;a sur le coup de la &#171; &lt;i&gt;fatigue&lt;/i&gt; &#187; de sa coll&#232;gue qui &#171; &lt;i&gt;&#233;tait surtout mal dans sa peau&lt;/i&gt; &#187;. D'autres t&#233;moignages font pour leur part &#233;tat d'une v&#233;ritable souffrance au travail. Parmi eux, celui de Catherine, Atsem dans une &#233;cole marseillaise, qui racontait il y a un peu plus d'un an &#224; &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans les &#233;coles marseillaises, le blues des tatas &#187; (23/11/2020).&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; les rapports complexes entretenus avec les enseignantes &#224; qui elle devait &#171; &lt;i&gt;demander pour aller aux toilettes&lt;/i&gt; &#187;. Na&#239;k&#233; Desquesnes relate quant &#224; elle l'histoire de Katia, une Atsem de l'Is&#232;re &#224; qui la coll&#232;gue enseignante a un jour lanc&#233; : &#171; &lt;i&gt;&#199;a me fait mal de te voir assise &#224; mon bureau.&lt;/i&gt; &#187; Et la journaliste d'en conclure : &#171; &lt;i&gt;Comment ne pas voir ici une forme de lutte de pouvoir entre une femme et une autre, une domin&#233;e et une un peu moins domin&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/div&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Parce qu'en 2016, 82,6 % des enseignants du premier degr&#233; &#233;taient des femmes, on prendra ici le parti de les d&#233;signer au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le d&#233;cret du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars 2018 &#171; portant diverses dispositions statutaires relatives aux agents territoriaux sp&#233;cialis&#233;s des &#233;coles maternelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt; (02/09/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; cette &#233;poque, la maternelle telle qu'on la conna&#238;t aujourd'hui n'existe pas encore, mais la &#171; salle d'asile &#187; en constitue les pr&#233;mices.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://connexion.liberation.fr/autorefresh?referer=https%3a%2f%2fwww.liberation.fr%2fsociete%2feducation%2fatsem-dans-les-ecoles-maternelles-on-naurait-pas-ete-la-pendant-le-covid-comment-les-enseignants-auraient-pu-faire-classe-20210602_Q3PU7D7STVBY3PY3DCC73JH3HE%2f&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Atsem en maternelle : &#8220;On n'aurait pas &#233;t&#233; l&#224;, comment les enseignants auraient fait classe ?&#8221;&lt;/a&gt; &#187; (02/06/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En lien avec le soin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://marsactu.fr/dans-les-ecoles-marseillaises-le-blues-des-tatas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans les &#233;coles marseillaises, le blues des tatas&lt;/a&gt; &#187; (23/11/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Dans les faits, l'&#233;cole n'a toujours pas rouvert &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Dans-les-faits-l-ecole-n-a</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Dans-les-faits-l-ecole-n-a</guid>
		<dc:date>2020-06-09T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>sanitaire</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>Blanquer</dc:subject>
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		<dc:subject>&#233;coles</dc:subject>
		<dc:subject>protocole</dc:subject>
		<dc:subject>parents</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Karim Bacha, directeur de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire Samira-Bellil &#224; l'&#206;le-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et porte-parole du syndicat SNUipp-FSU 93. Quelle &#233;tait la situation de l'&#233;cole primaire juste avant le d&#233;but de la pand&#233;mie ? &#171; La sp&#233;cificit&#233; du premier degr&#233;, c'est que nous avons une totale libert&#233; en termes de choix des m&#233;thodes d'apprentissage &#8211; d'o&#249; par exemple les r&#233;guliers d&#233;bats m&#233;diatiques autour de l'enseignement de la lecture. &#192; son arriv&#233;e au minist&#232;re de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sanitaire" rel="tag"&gt;sanitaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Blanquer" rel="tag"&gt;Blanquer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/protocole-sanitaire" rel="tag"&gt;protocole sanitaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ecole" rel="tag"&gt;l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Education-nationale" rel="tag"&gt;l'&#201;ducation nationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ecoles" rel="tag"&gt;&#233;coles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/protocole" rel="tag"&gt;protocole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parents" rel="tag"&gt;parents&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Karim Bacha, directeur de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire Samira-Bellil &#224; l'&#206;le-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et porte-parole du syndicat SNUipp-FSU 93.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3363 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH287/-1550-57309.jpg?1779732549' width='500' height='287' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle &#233;tait la situation de l'&#233;cole primaire juste avant le d&#233;but de la pand&#233;mie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sp&#233;cificit&#233; du premier degr&#233;, c'est que nous avons une totale libert&#233; en termes de choix des m&#233;thodes d'apprentissage &#8211; d'o&#249; par exemple les r&#233;guliers d&#233;bats m&#233;diatiques autour de l'enseignement de la lecture. &#192; son arriv&#233;e au minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, Jean-Michel Blanquer a tout de suite d&#233;nonc&#233; cette particularit&#233; p&#233;dagogique comme &#8220;une anomalie&#8221;, arguant que si un enfant ne suivait pas certaines m&#233;thodes &#233;ducatives qu'il consid&#232;re comme les seules l&#233;gitimes, il y avait, dixit, &#8220;&lt;i&gt;non-assistance &#224; &#233;l&#232;ve en danger&lt;/i&gt;&#8221;. Une de ses obsessions est le recentrage sur les &#8220;fondamentaux&#8221;, c'est-&#224;-dire nous contraindre &#224; ne faire quasiment que des maths et du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de sa nomination au minist&#232;re, Blanquer assure qu'il est juste pragmatique. Avec l'aval du conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale, il impose des protocoles d'apprentissage tr&#232;s norm&#233;s &#224; coups de grandes &#233;valuations nationales, qui ne sont en r&#233;alit&#233; que des tests de laboratoire g&#233;ants offerts &#224; des entreprises priv&#233;es afin de v&#233;rifier et justifier scientifiquement leurs pratiques d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon &#233;cole, cela a des r&#233;percussions violentes car on oblige soudain aux quatre professeurs de CP d'appliquer b&#234;tement des protocoles &#233;ducatifs et d'&#233;valuation tr&#232;s stricts au d&#233;triment de leur libert&#233; p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux ans, les r&#233;formes Blanquer ont &#233;t&#233; un v&#233;ritable rouleau compresseur pour toutes les &#233;coles avec des cons&#233;quences terribles en termes de souffrance au travail. Le suicide en octobre dernier de Christine Renon, directrice d'&#233;cole maternelle &#224; Pantin (Seine-Saint-Denis), a &#233;t&#233; v&#233;cu comme un choc par nos coll&#232;gues.Tous les enseignants du d&#233;partement se sont retrouv&#233;s dans sa lettre o&#249; elle d&#233;non&#231;ait ses conditions de travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est pass&#233;e la fermeture de ton &#233;tablissement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La fermeture a &#233;t&#233; extr&#234;mement brutale. Alors que la pand&#233;mie commen&#231;ait &#224; prendre de l'ampleur, Blanquer a d&#233;clar&#233; le jeudi 12 mars que les &#233;coles n'avaient pas vocation &#224; fermer. L'information a tourn&#233; en boucle toute la journ&#233;e avant que Macron ne prenne la parole le m&#234;me soir &#224; 20 heures. L&#224;, le pr&#233;sident l&#226;che que toutes les &#233;coles seront ferm&#233;es jusqu'&#224; nouvel ordre d&#232;s le lundi. Cela a &#233;t&#233; un coup de massue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain s'annon&#231;ait soudain &#234;tre le dernier jour de cours. Comment faire ? Que dire aux parents d'&#233;l&#232;ves ? Comment les pr&#233;venir ? Les coll&#232;gues ont donn&#233; vendredi quelques devoirs dans la pr&#233;cipitation, histoire de tenir une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, Blanquer ass&#233;nait dans tous les m&#233;dias que l'&#233;cole &#233;tait pr&#234;te, que gr&#226;ce aux outils num&#233;riques tout allait se passer pour le mieux et que les enseignants feraient un suivi individualis&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cours via le num&#233;rique se sont vite av&#233;r&#233;s inadapt&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; de nos quartiers et les outils p&#233;dagogiques que nous avons re&#231;us du Centre national d'enseignement &#224; distance sont des pav&#233;s compl&#232;tement indigestes pour nos &#233;l&#232;ves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;As-tu pu mettre en place une &#171; continuit&#233; p&#233;dagogique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous &#233;tions vraiment tr&#232;s loin de la classe virtuelle. La r&#233;alit&#233; sociale &#224; l'&#206;le-Saint-Denis, c'est un seul smartphone par famille avec plusieurs enfants. C'est impossible de travailler avec &#231;a mais on peut tout de m&#234;me passer un appel ou &#233;changer via Whatsapp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les parents ont des bo&#238;tes mail pour P&#244;le Emploi ou la Caf &lt;i&gt;[Caisse d'allocations familiales]&lt;/i&gt;, ils n'ont cependant pas la culture de l'&#233;change par courrier &#233;lectronique. Les professeurs ont pris un temps fou rien que pour apprendre par t&#233;l&#233;phone aux parents &#224; envoyer une pi&#232;ce jointe ou &#224; ne pas &#233;crire l'ensemble du mail dans l'objet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanquer a toujours vant&#233; le num&#233;rique sous pr&#233;texte de lutter contre les in&#233;galit&#233;s sociales. Et les entreprises priv&#233;es qui bossent avec l'&#201;ducation nationale comme Agir pour l'&#233;cole &#8211; officine proche de l'Institut Montaigne, &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt; du patronat fran&#231;ais &#8211; distribuent &#224; tout va des tablettes dans les quartiers. Mais on aura beau outiller toutes les familles, si tu n'as pas les pratiques, ce n'est que du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions donc dans du bricolage total, en sachant que le t&#233;l&#233;phone est vite devenu intrusif dans le quotidien des professeurs et des parents d'&#233;l&#232;ves car nous recevions des appels t&#233;l&#233;phoniques &#224; n'importe quelle heure et le week-end. &#192; ce moment-l&#224;, m&#234;me les parents les plus vindicatifs en termes de continuit&#233; p&#233;dagogique se sont vite rendu compte que l'&#233;cole, c'est avant tout un groupe d'enfants en interaction sociale avec un professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au syndicat, notre discours a &#233;t&#233; alors de dire que l'urgence &#233;tait sanitaire et pas scolaire. En effet, Blanquer martelait sans cesse dans les m&#233;dias que l'&#233;cole devait continuer malgr&#233; tout. Comme les familles populaires sont tr&#232;s respectueuses de l'institution scolaire, elles &#233;taient paniqu&#233;es et nous avons pass&#233; un mois &#224; les rassurer en tentant de faire cours avec les moyens du bord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est d&#233;roul&#233;e la reprise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors du discours de Macron du 13 avril dernier, la date du 11 mai tombe. Sans concertation, ni pr&#233;paration. D&#232;s lors, nous avons &#233;t&#233; obs&#233;d&#233;s chaque jour par la question sanitaire : comment rouvrir l'&#233;cole ? Quel va &#234;tre le protocole sanitaire ? Pourra-t-on l'appliquer ? Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, ce n'est pas l'&#233;cole qui a rouvert mais un accueil &#233;ducatif. Le protocole sanitaire est arriv&#233; tard et est tr&#232;s drastique. Et comme la mairie de l'&#206;le-Saint-Denis manque de moyens, les quelques agents de propret&#233; municipaux disponibles ne peuvent nettoyer que la moiti&#233; de l'&#233;cole&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'aspect mat&#233;riel (locaux, entretien...) de l'enseignement primaire est une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Concr&#232;tement, aujourd'hui je peux accueillir 49 enfants qui viennent deux ou quatre jours par semaine et je me retrouve &#224; enseigner devant des enfants que je ne connais pas car issus de classes tenues par d'autres profs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re insidieuse pour Blanquer de nous mettre dans la position d'&#234;tre enseignant pour des enfants lambda et non plus pour un groupe d'&#233;l&#232;ves qu'on suit toute l'ann&#233;e. Si la pand&#233;mie se prolonge, on va assister &#224; la fin des classes et &#224; l'individualisation de l'enseignement. Un peu comme on voit aujourd'hui en classe de premi&#232;re : les lyc&#233;ens se font leur enseignement &#224; la carte, comme un sandwich Subway, et les professeurs n'ont plus de classe homog&#232;ne mais des individus qui ont choisi leurs options... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont les enfants qui ont actuellement repris le chemin de l'&#233;cole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Seine-Saint-Denis, ce sont principalement les enfants des familles les plus ais&#233;es qui sont revenus, les fils et filles des start-uppeurs du d&#233;partement. Ils ont pu se confiner ailleurs ou plus confortablement, sont plus conscients des risques du virus, savent que leurs enfants sont asymptomatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, les familles populaires continuent &#224; avoir tr&#232;s peur du Covid-19 car elles ont &#233;t&#233; au plus pr&#232;s des victimes : elles ont par exemple eu des proches qui travaillaient au Carrefour de Saint-Denis o&#249; des salari&#233;s sont tr&#232;s t&#244;t morts du Covid-19, d'autres ont vu en bas de leur immeuble des corps repartir au bled sous des draps blancs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vois-tu la poursuite de la r&#233;ouverture des &#233;coles avec le d&#233;confinement g&#233;n&#233;ralis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les annonces de la deuxi&#232;me phase de d&#233;confinement fin mai ne changent quasiment rien pour nous. Nous esp&#233;rions un assouplissement du protocole sanitaire pour pouvoir accueillir plus d'enfants et &#234;tre moins renferm&#233;s sur le sanitaire. En attendant, les questions p&#233;dagogiques commencent &#224; surgir : alors que le gouvernement se targuait de rouvrir les &#233;coles pour &#8220;imp&#233;ratif social&#8221;, nous n'avons toujours pas vu les &#233;l&#232;ves d&#233;crocheurs ou certains issus de milieux plus modestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le protocole sanitaire, nous avons &#233;galement re&#231;u des recommandations p&#233;dagogiques ultra pr&#233;cises et dirig&#233;es. Cela va jusqu'&#224; des &lt;i&gt;verbatim &lt;/i&gt;de ce que doit dire l'enseignant en cours. Les coll&#232;gues n'ont plus aucune identit&#233; professionnelle et sont appr&#233;hend&#233;s comme des robots qui doivent appliquer froidement des m&#233;thodes d'apprentissage &#224; des &#233;l&#232;ves individualis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes virtuelles et le protocole sanitaire ont &#233;t&#233; en quelque sorte un cheval de Troie pour acc&#233;l&#233;rer le projet de Blanquer pour l'&#233;cole. Pour revenir &#224; ce que je disais au d&#233;part, il consid&#232;re le premier degr&#233; comme une anomalie. Et c'est dingue de voir comment, apr&#232;s une pand&#233;mie et avoir &#233;t&#233; maintes fois d&#233;savou&#233; par Macron, il arrive &#224; retomber ses ses pattes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'aspect mat&#233;riel (locaux, entretien...) de l'enseignement primaire est une comp&#233;tence des communes. En Seine-Saint-Denis, de nombreuses municipalit&#233;s ont d&#233;cid&#233; de rouvrir les &#233;coles plus tard, voire de reporter la reprise &#224; septembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Blanquer, premier de la casse</title>
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&lt;p&gt;Num&#233;risation des dossiers de bourse, fonte des fonds sociaux, r&#233;forme de l'&#233;ducation prioritaire : c'est au bulldozer que le ministre Jean-Michel Blanquer aggrave les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole pour les familles les plus d&#233;favoris&#233;es, notamment dans le 9-3. S'il a beaucoup glos&#233; sur le voile, Jean-Michel Blanquer s'est montr&#233; moins prolixe pour commenter cette mesure du budget 2020 de l'&#201;ducation nationale : la coupe de moiti&#233; des fonds sociaux des coll&#232;ges et lyc&#233;es. Destin&#233;s aux &#233;l&#232;ves (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no182-decembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;182 (d&#233;cembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Michel-Blanquer" rel="tag"&gt;Jean-Michel Blanquer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/div-align" rel="tag"&gt;div align&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lettrine" rel="tag"&gt;lettrine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-est-montre" rel="tag"&gt;s'est montr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fonds-sociaux" rel="tag"&gt;fonds sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Blanquer-s-est" rel="tag"&gt;Blanquer s'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fonds-2718" rel="tag"&gt;fonds&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Num&#233;risation des dossiers de bourse, fonte des fonds sociaux, r&#233;forme de l'&#233;ducation prioritaire : c'est au bulldozer que le ministre Jean-Michel Blanquer aggrave les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole pour les familles les plus d&#233;favoris&#233;es, notamment dans le 9-3.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH429/-1416-7b931.jpg?1779602910' width='400' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S'&lt;/span&gt;il a beaucoup glos&#233; sur le voile, Jean-Michel Blanquer s'est montr&#233; moins prolixe pour commenter cette mesure du budget 2020 de l'&#201;ducation nationale : la coupe de moiti&#233; des fonds sociaux des coll&#232;ges et lyc&#233;es. Destin&#233;s aux &#233;l&#232;ves en grande pr&#233;carit&#233;, ces fonds permettent de d&#233;bloquer de l'argent pour leur payer des fournitures scolaires, participer aux frais d'un voyage de classe, mais aussi parfois acheter des v&#234;tements, fournir des soins m&#233;dicaux ou un h&#233;bergement d'urgence. Pour un &#233;tablissement en &#233;ducation prioritaire, cela repr&#233;sente quelques milliers d'euros, qu'un texte de 1998 autorise &#224; d&#233;penser de mani&#232;re souple.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Raboter la solidarit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; consid&#233;rablement d&#233;valu&#233; de 2002 &#224; 2012, le budget des fonds sociaux passerait de 59 millions d'euros en 2019 &#224; 30 millions en 2020. Une baisse justifi&#233;e par le minist&#232;re au pr&#233;texte que ces fonds seraient sous-utilis&#233;s. En r&#233;alit&#233;, aucune politique volontariste n'est mise en &#339;uvre pour inciter les &#233;tablissements &#224; y puiser. Dans nombre d'&#233;tablissements, les personnels ignorent m&#234;me leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les besoins ne manquent pas, comme l'a rappel&#233; Jean-Paul Delahaye, auteur en mai 2015 du rapport &lt;i&gt;Grande pauvret&#233; et r&#233;ussite scolaire&lt;/i&gt;, qui &#233;valuait &#224; 1,2 million le nombre d'enfants concern&#233;s. Sous-titr&#233; &#171; Le choix de la solidarit&#233; pour la r&#233;ussite de tous &#187;, ce rapport semble depuis &#234;tre pass&#233; aux oubliettes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fractures num&#233;riques&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre mauvais coup contre les familles paup&#233;ris&#233;es : la politique de num&#233;risation des services publics. Ainsi, les demandes de bourses scolaires dans le secondaire (aides financi&#232;res de 456 &#8364; par an au maximum au coll&#232;ge), attribu&#233;es sous conditions de revenus, doivent &#224; pr&#233;sent se faire par Internet. Ce qui suppose une premi&#232;re connexion &#224; un site, la validation par un mail qui n'arrive parfois jamais, un changement d'identifiant, un scan de pi&#232;ces justificatives en cas de modifications... Dans des d&#233;partements comme la Seine-Saint-Denis (93) o&#249; la fracture num&#233;rique est importante, la d&#233;marche peut relever du parcours du combattant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; encore, l'institution ne met rien en place pour faciliter l'acc&#232;s des familles &#224; leurs droits sociaux &#8211; vitaux pour nombre d'entre elles. C'est aux &#233;quipes &#233;ducatives et aux repr&#233;sentant&#183;es des parents d'&#233;l&#232;ves de se mobiliser pour les relancer en cas de non-demande, ou encore d'organiser des permanences administratives pour permettre &#224; celles qui n'en disposent pas d'acc&#233;der &#224; un &#233;quipement informatique.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;terminisme social aggrav&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette politique discriminatoire &#224; l'&#233;gard des familles les plus fragiles ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Avec la sortie le 5 novembre du rapport Az&#233;ma-Mathiot commandit&#233; par Blanquer, la casse de l'&#233;ducation prioritaire, bien entam&#233;e pendant le quinquennat Hollande, franchit un nouveau cap. Ce rapport pr&#233;conise la fin des Rep (r&#233;seaux d'&#233;ducation prioritaire) d&#232;s 2020 et une nouvelle carte des Rep+ (r&#233;seaux d'&#233;ducation prioritaire renforc&#233;e) en 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique justifi&#233;e par la redistribution des moyens des zones urbaines vers les zones rurales, moins bien dot&#233;es. Sauf qu'enlever quelque part pour donner ailleurs ne r&#233;soudra rien, et que de toute fa&#231;on les d&#233;s sont d&#233;j&#224; pip&#233;s : si les crit&#232;res d'appartenance &#224; l'&#233;ducation prioritaire &#233;taient nationaux, presque tous les &#233;tablissements du 93 y seraient.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ru&#233;e sur le priv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et pour celles et ceux qui r&#234;vent d'ascenseur social, les r&#233;formes successives de l'orientation dans le sup&#233;rieur (Parcoursup) et celle des lyc&#233;es se sont charg&#233;es de leur sceller les pieds dans le b&#233;ton. Au premier tour des affectations dans le sup&#233;rieur en 2018, pr&#232;s d'un&#183;e lyc&#233;en&#183;ne sur deux avec l'&#233;tiquette 9-3 coll&#233;e sur le front est rest&#233;.e sans r&#233;ponse ; les &#233;tablissements n'ont d&#233;sormais plus obligation de publier leurs crit&#232;res de s&#233;lection... Les &#233;coles priv&#233;es se sont jet&#233;es sur cette aubaine, en proposant aux recal&#233;&#183;es d'int&#233;grer leurs cursus au prix fort. D'autres vautours proposent des services payants pour aider les lyc&#233;en&#183;nes &#224; pr&#233;parer leur dossier pour Parcoursup, en leur faisant miroiter une plus grande chance d'&#234;tre re&#231;u&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi se d&#233;gager de plus en plus clairement les cons&#233;quences de la politique n&#233;olib&#233;rale de casse de l'&#233;ducation, d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans d'autres pays europ&#233;ens. Aux pauvres, une &#233;cole publique d&#233;grad&#233;e et un acc&#232;s entrav&#233; &#224; l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; sauf &#224; rester dans leurs quartiers, o&#249; les fili&#232;res disponibles sont limit&#233;es. Quelques-un&#183;es pourront s'en sortir au compte-gouttes pour valider le mythe de la m&#233;ritocratie et alimenter le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; gr&#226;ce auquel les premiers de cord&#233;e justifient leur position. Pendant ce temps-l&#224;, les classes moyennes et ais&#233;es qui ma&#238;trisent les strat&#233;gies scolaires auront acc&#232;s aux dipl&#244;mes qui permettent reproduction sociale et maintien de l'entre-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme par hasard, le rapport Az&#233;ma-Mathiot propose de &#171; &lt;i&gt;d&#233;velopper une politique d'association de l'enseignement priv&#233; sous contrat aux politiques de mixit&#233; et de coh&#233;sion territoriale&lt;/i&gt; &#187;. Les bons amis de Blanquer, comme Esp&#233;rance Banlieues, r&#233;seau d'&#233;coles priv&#233;es hors contrat install&#233;es dans les quartiers populaires et promouvant des valeurs fort conservatrices (lever de drapeau et Marseillaise tous les matins), mais beaucoup plus laxistes sur leur gestion financi&#232;re&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Esp&#233;rance Banlieues : la belle histoire se fissure &#187;, Mediapart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, se frottent d&#233;j&#224; les mains.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/280719/esperance-banlieues-la-belle-histoire-se-fissure?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esp&#233;rance Banlieues : la belle histoire se fissure&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mediapart &lt;/i&gt;(28/07/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes de m&#233;nage : un travail qui empoisonne</title>
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		<dc:date>2019-12-21T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Des agents de nettoyage, on conna&#238;t les salaires de mis&#232;re et les emplois pr&#233;caires. Ce que l'on sait moins, c'est que leur sant&#233; est directement menac&#233;e par l'utilisation quotidienne de produits toxiques. Sur fond de m&#233;pris social et racial, ce danger r&#233;el est trop souvent balay&#233;. Question produits m&#233;nagers et risque chimique associ&#233;, l'indignation est souvent s&#233;lective. Et s'il suffisait d'un exemple pour s'en persuader, on opterait volontiers pour ce papier du Monde (26/04/2019) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Securite" rel="tag"&gt;S&#233;curit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/produits-863" rel="tag"&gt;produits&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/produits-menagers" rel="tag"&gt;produits m&#233;nagers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/risque-chimique" rel="tag"&gt;risque chimique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/risque" rel="tag"&gt;risque&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gants" rel="tag"&gt;gants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des agents de nettoyage, on conna&#238;t les salaires de mis&#232;re et les emplois pr&#233;caires. Ce que l'on sait moins, c'est que leur sant&#233; est directement menac&#233;e par l'utilisation quotidienne de produits toxiques. Sur fond de m&#233;pris social et racial, ce danger r&#233;el est trop souvent balay&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1393.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH167/-1393-ca37d.jpg?1779613210' width='500' height='167' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uestion produits m&#233;nagers et risque chimique associ&#233;, l'indignation est souvent s&#233;lective. Et s'il suffisait d'un exemple pour s'en persuader, on opterait volontiers pour ce papier du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;(26/04/2019) intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/emploi/article/2019/04/26/alerte-aux-polluants-au-bureau_5455417_1698637.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alerte aux polluants au bureau !&lt;/a&gt; &#187; un article qui s'inqui&#233;tait entre autres des dangers que pr&#233;sente, pour les employ&#233;s de bureau, l'exposition quotidienne aux traces de produits chimiques utilis&#233;s pour nettoyer open spaces et autres salles de r&#233;union. Quant &#224; la sant&#233; des agents de nettoyage, en contact continu et bien plus &#233;troit avec ces m&#234;mes substances ? Silence de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en 2005 d&#233;j&#224;, l'Institut national de recherche et de s&#233;curit&#233; pour la pr&#233;vention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) connaissait les dangers qui planent sur la sant&#233; des professionnels de la propret&#233;. C'est en tout cas ce qu'indique une fiche de s&#233;curit&#233; &#233;dit&#233;e &#224; leur attention&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Risque chimique pendant les activit&#233;s de nettoyage &#187;, publication (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; M&#234;me avec les gants, mes mains me br&#251;laient &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au palmar&#232;s des bombes &#224; retardement manipul&#233;es par les agents de nettoyage, les produits d&#233;sinfectants figurent en bonne place. Parce que compos&#233;s d'ald&#233;hydes, certains sont r&#233;put&#233;s provoquer des r&#233;actions cutan&#233;es s&#233;v&#232;res. Les nettoyants pour murs pulv&#233;risables, eux, contiennent souvent des &#233;thers de glycol, qui peuvent irriter les muqueuses. Quant aux tensioactifs pr&#233;sents dans les lave-vitres, il suffit parfois d'un contact avec la peau pour risquer l'intoxication. Ces produits et leurs effets, Anastasia&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; les conna&#238;t bien. Pendant plusieurs mois, elle a travaill&#233; comme technicienne de surface dans un village-vacances appartenant &#224; un grand groupe : &#171; &lt;i&gt;Les d&#233;sinfectants me grattaient les bras la nuit. Tous les soirs j'avais des maux de cr&#226;ne, je me sentais vaseuse avec le nez impr&#233;gn&#233; de l'odeur chimique. M&#234;me avec les gants de protection, mes mains me br&#251;laient. &lt;/i&gt; &#187; Rien d'&#233;tonnant : les gants eux-m&#234;mes ont le talent d'ab&#238;mer l'&#233;piderme &#224; cause des additifs de vulcanisation du caoutchouc pr&#233;sents dans leur composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus inqui&#233;tant encore, d'apr&#232;s l'INRS, le secteur de la propret&#233; pr&#233;sente &#171; des risques particuliers d'exposition &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le &#171; Dossier agents chimiques CMR &#187; mis en ligne sur le site de l'INRS.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#224; certaines substances canc&#233;rog&#232;nes, mutag&#232;nes ou toxiques pour la reproduction. Une enqu&#234;te men&#233;e en 2019 par l'Institut national de la consommation (INC) et effectu&#233;e sur un large panel de produits m&#233;nagers domestiques vient &#233;galement de r&#233;v&#233;ler que la moiti&#233; de ces produits &#233;taient &#224; consid&#233;rer comme &#171; &lt;i&gt; dangereux, voire tr&#232;s dangereux&lt;/i&gt; &#187; pour la sant&#233; et l'environnement. Au moins une partie des produits test&#233;s contient des &#171; &lt;i&gt;substances suspect&#233;es d'&#234;tre des perturbateurs endocriniens, par exemple le butylph&#233;nyl-m&#233;thylproprional ou lilial, utilis&#233; comme parfum &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Produits m&#233;nagers nocifs : les premiers pas du M&#233;nag'Score &#187;, site du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oubli&#233;es parce que femmes, pr&#233;caires et racis&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niable, le risque concerne donc des centaines de milliers de personnes, surtout des femmes, salari&#233;es du secteur de la propret&#233;&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les statistiques de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de la propret&#233;.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Malgr&#233; l'ampleur du danger, les rares &#233;tudes scientifiques consacr&#233;es au sujet sont loin de faire la une des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Dominique Lhuilier, psychologue sp&#233;cialiste du &lt;i&gt;dirty-work&lt;/i&gt;, le peu d'attention port&#233;e aux conditions de travail (et donc &#224; la sant&#233;) de ces employ&#233;es pourrait s'expliquer par le fait que &#171; &lt;i&gt;toutes les t&#226;ches qui entretiennent une proximit&#233; trop &#233;troite avec l'activit&#233; domestique sont expos&#233;es au m&#234;me sort que celles traditionnellement r&#233;serv&#233;es aux femmes dans la sph&#232;re m&#233;nag&#232;re et familiale : l'invisibilit&#233; &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le &#8220;sale boulot&#8221; &#187;, revue Travailler, n&#176; 14 (2005).&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre piste : de l'avis de la politologue Fran&#231;oise Verg&#232;s, ce d&#233;sint&#233;r&#234;t tiendrait au fait qu'il s'agit pour beaucoup de travailleuses racis&#233;es. Des femmes dont on d&#233;grade la sant&#233; au profit de ce que l'auteure de l'ouvrage &lt;i&gt;Un f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt; appelle &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie d'usure de corps racialis&#233;s, d'&#233;puisement des forces, dans laquelle des individus sont d&#233;sign&#233;s par le capital et l'&#201;tat comme &#233;tant propres &#224; &#234;tre us&#233;s, &#224; &#234;tre victimes de maladies, de d&#233;bilitations et handicaps&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions La Fabrique (2019).&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une l&#233;gislation en carton-p&#226;te&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seul filet de s&#233;curit&#233; pour ces travailleuses et travailleurs oubli&#233;s, le Code du travail, qui reconna&#238;t la dangerosit&#233; de l'exposition aux agents chimiques. Probl&#232;me : rares sont les entreprises qui l'appliquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit notamment que les patrons dont les employ&#233;s sont en contact avec de tels produits organisent &#171; &lt;i&gt;une formation pratique et appropri&#233;e en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Anastasia n'en a jamais vu la couleur : &#171; &lt;i&gt;Sur certains emballages de produits m&#233;nagers, il y avait des pictogrammes de nocivit&#233;, ou de risque de corrosion pour la peau. Je m'en servais tous les jours mais je n'ai jamais eu de formation sur leur dangerosit&#233;. Quand j'ai embauch&#233;, on m'a juste donn&#233; une bo&#238;te de gants en me conseillant de m'en servir. &lt;/i&gt; &#187; Cet exemple parmi d'autres fait &#233;cho au rapport Frimat&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport sur la prise en compte du risque chimique r&#233;dig&#233; en 2018 par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, qui r&#233;v&#233;lait en 2018 que seules 3 % des entreprises dont les salari&#233;s sont expos&#233;s au risque chimique dispensent la formation obligatoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand ce n'est pas la l&#233;gislation qui n'est pas respect&#233;e, ce sont les cadences infernales qui mettent la sant&#233; en p&#233;ril. Anastasia raconte qu'elle se servait tous les jours d'un nettoyant pour vitres de chemin&#233;e particuli&#232;rement inflammable : &#187; &lt;i&gt;Il aurait fallu que j'attende que la chemin&#233;e soit &#233;teinte pour nettoyer la vitre, sauf que je n'avais pas le temps. Le rythme impos&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; compliqu&#233; &#224; tenir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du combat des agents de nettoyage des gares SNCF &#224; Paris en 2017 &#224; celui, plus r&#233;cent, des femmes de chambre du NH H&#244;tel de Marseille, les gr&#232;ves se sont succ&#233;d&#233; dans le secteur de la propret&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es. Apr&#232;s les heures de travail impay&#233;es, la sous-traitance syst&#233;matis&#233;e et les mi-temps salement r&#233;mun&#233;r&#233;s, la toxicit&#233; des produits m&#233;nagers nourrira-t-elle un jour le brasier de la contestation ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me th&#232;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Notre entretien avec Fran&#231;oise Verg&#232;s&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Femmes-de-menage-Le-capitalisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Femmes de m&#233;nage : &#8220;Le capitalisme fait des corps racis&#233;s des sources d'exploitation jusqu'&#224; leur &#233;puisement&#8221;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Risque chimique pendant les activit&#233;s de nettoyage &#187;, publication &lt;a href=&#034;http://www.inrs.fr/dms/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-59/ed59.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt;sur le site de l'INRS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le &#171; Dossier agents chimiques CMR &#187; &lt;a href=&#034;http://www.inrs.fr/risques/cmr-agents-chimiques/ce-qu-il-faut-retenir.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mis en ligne&lt;/a&gt; sur le site de l'INRS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.60millions-mag.com/2019/08/27/produits-menagers-nocifs-les-premiers-pas-du-menag-score-16406&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Produits m&#233;nagers nocifs : les premiers pas du M&#233;nag'Score&lt;/a&gt; &#187;, site du magazine &lt;i&gt;60 millions de consommateurs&lt;/i&gt; (27/08/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon les statistiques de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de la propret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-travailler-2005-2-page-73.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le &#8220;sale boulot&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, revue &lt;i&gt;Travailler&lt;/i&gt;, n&#176; 14 (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions La Fabrique (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rapport sur la prise en compte du risque chimique &lt;a href=&#034;https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_professeur_frimat.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;dig&#233; en 2018&lt;/a&gt; par le professeur Paul Frimat &#224; la demande du minist&#232;re du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#192; la marche des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;</title>
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		<dc:date>2019-11-25T08:18:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sophie Divry</dc:creator>


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&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages. Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-pris" rel="tag"&gt;J'ai pris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH449/-1360-0c6c5.jpg?1779603314' width='400' height='449' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. La troisi&#232;me marche du collectif des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; trace &#224; l'int&#233;rieur de la ville un chemin de croix de la r&#233;pression subie par les Gilets jaunes. Ce 22 septembre, le cort&#232;ge de 500 personnes s'arr&#234;te et &#233;coute &#224; chaque station comment un bless&#233; a perdu, qui son &#339;il, qui sa main, sa joue, sa vision, et dans le lot souvent son m&#233;tier et sa tranquillit&#233;, ainsi que beaucoup d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence place de la Bourse, face au miroir d'eau de la m&#233;tropole girondine airbnbis&#233;e. Les manifestants brandissent des croix en polystyr&#232;ne jaune avec le nom des bless&#233;s. Le bilan global de la r&#233;pression des Gilets jaunes a atteint des hauteurs historiques. Officiellement, il fait &#233;tat de 2 500 bless&#233;s, mais est certainement sous-&#233;valu&#233;. En cause notamment, la grenade assourdissante Gli-F4, les grenades de d&#233;sencerclement et les tirs de flashballs&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les victimes sont lyc&#233;ens, secr&#233;taires m&#233;dicales, intermittents du spectacle, chauffeurs routiers, marins, ouvriers, &#233;tudiants, sans emploi. C'est la France des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les mains arrach&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, Antoine Boudinet montre sans complexe le moignon qui lui reste &#224; la place de la main droite. Le jeune homme reste combatif et souriant &#8211; cette main manquante est pourtant tellement choquante par sa possibilit&#233; m&#234;me, vu sa jeunesse et son sourire. Il a 26 ans quand le 8 d&#233;cembre 2018, il se fait arracher la main par une grenade Gli-F4. &#171; &lt;i&gt;Moi j'&#233;tais na&#239;f, je pensais pas que je pouvais &#234;tre bless&#233; si gravement&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il. Cette grenade est compos&#233;e de 26 grammes de TNT. Antoine, par r&#233;flexe, a voulu la repousser, sa main a explos&#233;. &#187; &lt;i&gt;Il restait les os, mais plus aucune chair.&lt;/i&gt; &#187; Animateur en p&#233;riscolaire, il a d&#251; passer trois mois en r&#233;&#233;ducation. Il est aujourd'hui d&#233;clar&#233; handicap&#233; &#224; 80 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Antoine n'est pas le seul &#224; avoir v&#233;cu cette horreur de se faire arracher la main par cette grenade dite &#171; &#224; l&#233;talit&#233; r&#233;duite &#187; et dont les autorit&#233;s connaissaient la dangerosit&#233;. Il y a Gabriel, apprenti chaudronnier de 21 ans ; Ayhan, ouvrier de 52 ans ; S&#233;bastien, 29 ans, plombier. Et Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier lamaneur de 35 ans, qui a perdu une main une semaine avant Antoine, comme lui &#224; Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes place de la Com&#233;die et Floriane prend la parole. Elle a re&#231;u un tir de flashball dans le mollet et dans le m&#233;gaphone raconte une longue histoire de douleurs. Sa voix vibre de col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Je fais encore des cauchemars, et je suis encore suivie psychologiquement huit mois plus tard, mais je veux t&#233;moigner. Je veux l'interdiction des flashballs. Ce n'est pas une arme &#224; utiliser contre une foule. Le gouvernement n'a pas &#224; mutiler les gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;reng&#232;re ne prendra pas le micro ; contrairement &#224; Floriane, elle n'a pas d&#233;pos&#233; plainte, mais elle est marqu&#233;e par diverses blessures, de grenades et de matraque. &#171; &lt;i&gt;Le collectif, &#231;a me permet d'en parler, &#231;a soulage, c'est hyper important de partager.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les slogans s'encha&#238;nent : &#171; &lt;i&gt;Castaner en prison&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux&lt;/i&gt; &#187;. Des militantes du Clap33 &lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : Clap33.com.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;gr&#232;nent les noms de personnes tu&#233;es par la police, notamment dans les banlieues. L'&#233;num&#233;ration fait froid dans le dos. Myriam a r&#233;ussi &#224; faire condamner l'&#201;tat pour un coup de tonfa qu'elle a subi. Elle aide aujourd'hui le collectif par son exp&#233;rience, mais regrette que beaucoup de Gilets jaunes ne portent pas plainte. &#171; &lt;i&gt;On en arrive &#224; un point o&#249; on est content si on rentre chez soi sans &#234;tre mutil&#233;. Pourtant, il n'y a pas de petits bless&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Tous prennent pour mod&#232;le le collectif Adama&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, dont Antoine arbore le tee-shirt noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge arrive cours Victor-Hugo. Sous cet abribus, Jean-Marc a pris un flashball en pleine t&#234;te, et comme 23 autres personnes, a &#233;t&#233; &#233;borgn&#233;. L'&#233;motion le submerge. Les mutil&#233;s se tombent dans les bras. C'est cela qui est frappant, de s'apercevoir que les blessures ne sont pas juste une affaire physique. C'est une atteinte &#224; l'intimit&#233;, au visage, au rapport au monde, &#224; la confiance en soi et aux autres. Gravement, le cort&#232;ge repart vers la Garonne. Je discute avec Alexandre, puis avec Franck, bless&#233;s &#224; la t&#234;te &#8211; comme plus de 300 autres. Ces deux-l&#224; ont perdu leur travail &#224; cause d'un tir de flashball, une balle en caoutchouc rigide tir&#233;e &#224; 300 km/h.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Interdire la Gli-F4 et les flashballs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le combat des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ne fait que commencer. &#171; &lt;i&gt;On veut montrer &#224; tous ceux qui n'ont pas encore vu ou ne veulent pas le voir qu'il y a vraiment des bless&#233;s graves et des mutil&#233;s &#224; vie&lt;/i&gt; &#187;, dit Franck. En justice, la bataille n'est pas gagn&#233;e : &#224; notre connaissance, pr&#232;s d'un an apr&#232;s le d&#233;but du mouvement des Gilets jaunes, aucun policier n'a &#233;t&#233; mis en examen. &#192; Bordeaux, les plaintes d'Antoine Boudinet et de Fr&#233;d&#233;ric ont &#233;t&#233; class&#233;es sans suite. Mais les bless&#233;s sont pr&#234;ts &#224; aller jusqu'&#224; la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme &#8211; &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si &#231;a doit prendre dix ans, on l&#226;chera rien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite est termin&#233;e. De retour au point de d&#233;part, le collectif insiste sur ses revendications : l'interdiction de la grenade Gli-F4 et des flashballs. Le but est de faire baisser le niveau de violence. Mais le gouvernement souhaite-t-il cette d&#233;sescalade ? Didier Lallement, le pr&#233;fet de Gironde qui dirigeait les forces de l'ordre &#224; Bordeaux l'hiver dernier, a &#233;t&#233; promu depuis pr&#233;fet de police de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sophie Divry&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; On m'a amput&#233; tout de suite &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier, 36 ans, a eu la main droite arrach&#233;e par une grenade Gli-F4 &#224; Bordeaux, le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis ouvrier lamaneur. Mon travail consistait &#224; tirer sur des cordes pour amarrer les bateaux dans le port de Bordeaux et autour sur la Garonne. Ce 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, c'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation avec les Gilets jaunes. Je venais parce qu'avec mon salaire, je ne pouvais pas faire autre chose que payer des factures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive place Pey-Berland, il y a un mur de CRS derri&#232;re des grilles. Je tombe &#224; terre dans un mouvement de foule. Une grenade roule &#224; c&#244;t&#233; de moi, elle fume. Par r&#233;flexe, je cherche &#224; l'&#233;loigner de ma t&#234;te, mais je n'ai pas le temps de la toucher. Elle explose et emporte ma main. Quand j'ai vu cette horreur, c'&#233;tait tr&#232;s dur. Pendant longtemps, m&#234;me apr&#232;s l'op&#233;ration, je n'arrivais pas &#224; porter le regard sur mon moignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233; une heure assis par terre, prot&#233;g&#233; par d'autres Gilets jaunes, &#224; souffrir, en attendant qu'on puisse faire venir les pompiers. Je me sentais mourir. On m'a dit plus tard que j'&#233;tais alors en &#8220;urgence absolue&#8221;. &#192; l'h&#244;pital, on m'a amput&#233; tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais encore alit&#233; que deux jours apr&#232;s les flics sont venus dans ma chambre m'apprendre qu'ils avaient d&#233;pos&#233; plainte contre moi, pour anticiper et faire croire que c'&#233;tait moi le probl&#232;me ! &#192; l'&#233;poque je ne savais rien de ces grenades et des flashballs. J'ai eu plusieurs mois de r&#233;&#233;ducation et de suivi psychologique. Il faut faire travailler les muscles du bras, pour que la proth&#232;se fonctionne. Au d&#233;but, ma mutuelle ne voulait pas me rembourser les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre avec une seule main, &#231;a change tout. Tout prend plus de temps. Je ne peux plus faire la vaisselle, &#233;tendre le linge, j'ai d&#251; m'&#233;quiper d'un lave-vaisselle et d'un s&#232;che-linge. C'est des frais en plus. La proth&#232;se, ce n'est pas parfait, c'est fragile. Je vis seul alors tout est compliqu&#233;. Avant je bricolais beaucoup. J'ai toujours &#233;t&#233; quelqu'un qui aimait se d&#233;brouiller tout seul. Certains gestes, je peux m'adapter, d'autres je ne peux plus les faire et &#231;a m'&#233;nerve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, j'ai mon fr&#232;re et ma s&#339;ur, des amis. Mais je n'aime pas certains regards pos&#233;s sur mon bras. Malgr&#233; tout, j'essaie de continuer &#224; regarder l'avenir. J'ai l'espoir de pouvoir reprendre mon travail dans la marine avec une proth&#232;se sp&#233;ciale. J'ai pu apprendre &#224; conduire avec mon moignon, mais pour la p&#234;che, la chasse, le jardinage, c'est plus compliqu&#233;. Je suis en col&#232;re. Je suis encore plus en col&#232;re qu'avant. On est des victimes de l'&#201;tat et pour l'instant on n'est pas reconnus. Pour eux, on est des dommages collat&#233;raux, c'est r&#233;voltant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je ne suis jamais ressortie manifester &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Floriane, secr&#233;taire m&#233;dicale, touch&#233;e par un tir de flashball au mollet &#224; Bordeaux le 12 janvier 2019.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait venus manifester avec mon mari. On &#233;tait l&#224; pour nos droits, nos salaires, nos anciens, nos handicap&#233;s, notre avenir, pour des salaires d&#233;cents. Au d&#233;but, la manif &#233;tait super sympa. Mais la tension a mont&#233; et place Pey-Berland, les forces de l'ordre ont charg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'&#233;tais accroupie en train d'aider un bless&#233;. Je re&#231;ois un tir de LBD dans le mollet gauche. Je ressens une &#233;norme d&#233;charge &#233;lectrique. &#199;a fait tr&#232;s mal. J'ai fui le cort&#232;ge le plus vite possible. Je me rappelle qu'on entendait les flashballs rebondir partout sur les r&#233;verb&#232;res. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi. &#199;a fait un gros bleu, je mets de la glace et le lendemain je vais consulter SOS M&#233;decins. On me dit que l'h&#233;matome va passer. Mais &#231;a ne passe pas. La plaie devient toute noire. Je me rends aux urgences de Bordeaux. &#199;a avait n&#233;cros&#233;. C'est une complication grave et il faut op&#233;rer. Je suis op&#233;r&#233;e deux fois. D'abord pour enlever la n&#233;crose. &#199;a fait un trou de 8 cm. Puis j'ai eu une greffe de peau. J'ai &#233;t&#233; immobilis&#233;e pendant dix jours, sans pouvoir mettre le pied par terre. On m'a mise sur un fauteuil roulant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir les cons&#233;quences sur votre vie : ce sont des allers-retours &#224; l'h&#244;pital, des soins infirmiers quotidiens, des longues douleurs, des piq&#251;res contre les phl&#233;bites, un arr&#234;t de travail de trois semaines, de longues journ&#233;es de pleurs&#8230; Et encore, j'ai de la chance, la greffe a pris du premier coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis jamais ressortie manifester. Malgr&#233; les bonnes convictions, la peur prend le dessus. On se dit que le danger vient de ceux qui sont cens&#233;s nous prot&#233;ger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quand vous &#234;tes borgne,vous devez tout r&#233;apprendre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre, 38 ans, intermittent du spectacle, a perdu son &#339;il droit suite &#224; un tir de flashball &#224; Paris le 8 d&#233;cembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais sur les Champs-&#201;lys&#233;es. J'ai pris une balle de LBD-40 dans l'&#339;il droit. L'orbite a explos&#233;. Le truc choquant, c'est que mon &#339;il m'a coul&#233; dans ma main. Et que personne n'est venu pour m'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;fugi&#233; dans un sas d'immeuble. Je n'ai pas pu trouver un camion de pompiers avant trois ou quatre heures. Du coup, j'ai d&#251; me faire un bandage avec mon gilet jaune. &#199;a m'a valu 70 points de suture et une op&#233;ration de six heures. J'ai eu 90 jours d'ITT [interruption totale de travail]. J'ai perdu mon travail, qui consistait &#224; faire de la d&#233;coration sur les plateaux t&#233;l&#233;. Esth&#233;tiquement, mon visage est atteint, et dans ce milieu il y a tout un travail relationnel qui m'est devenu impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous &#234;tes borgne, vous devez tout r&#233;apprendre, &#224; marcher, &#224; parler, &#224; regarder, tout ! Vous vivez avec une partie de vous qui est morte. Quatre heures de travail pour vous, c'est huit heures pour moi. Je ne peux plus conduire, lire, c'est &#233;puisant. J'ai encore des douleurs, des cauchemars, des insomnies. Jamais je n'aurais pens&#233; perdre un &#339;il sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Au Darfour je peux comprendre, mais pas sur les Champs-&#201;lys&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck, 45 ans, ancien salari&#233; dans la logistique, touch&#233; par un flashball au visage le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre &#224; Paris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait &#224; l'acte III &#224; Paris, j'ai pris un tir de LBD en plein visage. J'ai eu le nez compl&#232;tement &#233;cras&#233;. Je ne suis pas borgne, mais je ne vois presque plus rien de l'&#339;il droit. J'ai de graves probl&#232;mes de m&#233;moire et de concentration. Je me retrouve en voiture et soudain je ne sais plus d'o&#249; je viens, ni o&#249; je vais. J'oublie des pr&#233;noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a le plus dur, c'est le c&#244;t&#233; psychologique. Ce nez, ce n'est pas mon nez, je ne me reconnais pas. J'ai chang&#233;. Et j'y pense tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains me disent de rebondir, que c'est pas si grave. Mais on est quelques-uns &#224; avoir un syndrome post-traumatique qui ne se voit pas aussi clairement qu'un &#339;il en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais dans la logistique, je devais lire des codes tr&#232;s petits sur des pi&#232;ces. C'est impossible maintenant, je suis au ch&#244;mage et je vais &#234;tre oblig&#233; de faire une reconversion. Je ne travaille plus depuis l'accident. Je n'ai pas encore de pension d'handicap&#233; car les d&#233;marches prennent du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes proches n'ont pas tous compris. J'ai fini par me s&#233;parer. Tout est fragilis&#233; par ce genre d'accident. Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps. J'ai maigri de huit kilos. Je n'ai plus mon ancien travail, plus la m&#234;me famille, plus le m&#234;me visage. C'est une autre vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais venu pour dire que le pain &#233;tait trop cher &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marc, 42 ans, ex-horticulteur, &#233;borgn&#233; le 8 d&#233;cembre 2018 &#224; Bordeaux par un flashball au visage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais venu d'Ol&#233;ron pour dire en somme que le pain &#233;tait trop cher. On en avait marre de payer trop cher l'essence. J'&#233;tais pas politis&#233;. C'&#233;tait ma premi&#232;re vraie manif, avant on faisait des ronds-points dans une ambiance cool avec des retrait&#233;s. On a &#233;t&#233; surpris par l'&#233;tat de guerre de la manif. Les flashballs sifflaient autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224; on &#233;tait pr&#232;s d'un abribus, je voulais prot&#233;ger ma femme. J'ai fait un doigt d'honneur au flic car &#231;a faisait des heures qu'on nous gazait. Et j'ai pris une balle de flashball en pleine t&#234;te. &#199;a m'a &#233;clat&#233; l'&#339;il, la pommette, l'arcade, tout le tour de l'&#339;il. J'ai subi d&#233;j&#224; trois op&#233;rations, et je dois en avoir une quatri&#232;me. Les chirurgiens ont d&#251; mettre 16 plaques, 40 vis dans ma t&#234;te. J'ai perdu une grande partie de la vision &#224; l'&#339;il gauche. C'est quoi, ce pays, si pour un doigt d'honneur on prend un flashball dans la t&#234;te et on nous baise la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on &#233;tait heureux avant. Je cr&#233;ais des fleurs. Je ne peux plus le faire car je n'ai plus la vision en trois dimensions. J'ai des difficult&#233;s pour monter des marches, on doit tout r&#233;apprendre. Je n'ai plus mon entreprise. Je suis clo&#238;tr&#233; chez moi, je suis devenu agoraphobe. Je ne sors que les samedis avec les Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dors presque plus. &#199;a tourne tout le temps dans ma t&#234;te. J'ai beaucoup de violence en moi. Je suis suivi encore par un psy. Ma vie d'avant, elle est rest&#233;e en suspension sous l'abribus. &#192; partir du 8 d&#233;cembre 2018, je recommence une nouvelle vie. Cette vie-l&#224;, on me l'a impos&#233;e, c'est pas la mienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola, 20 ans, &#233;tudiante en arts, touch&#233;e &#224; la joue par un flashball le 18 d&#233;cembre 2018 &#224; Biarritz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais en train de filmer, la manifestation &#233;tait calme. Personne ne portait de masque ou de casque. C'&#233;tait pacifique. Quand soudain, j'ai pris un flashball dans la t&#234;te. J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a fait une triple fracture de la m&#226;choire. Mon visage a gonfl&#233;. On m'a op&#233;r&#233;e une premi&#232;re fois le lendemain pour mettre des plaques en m&#233;tal que j'ai gard&#233;es six mois. Puis j'ai eu une seconde op&#233;ration cet &#233;t&#233; pour les enlever. J'ai d&#251; manger mou plusieurs semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement mon &#233;cole d'art m'a soutenue. Je suis quand m&#234;me retourn&#233;e manifester, mais je suis moins sereine qu'avant. On se sent en ins&#233;curit&#233;. Au d&#233;but, quand je voyais des oiseaux passer au-dessus du cort&#232;ge, &#231;a me faisait peur, je les prenais pour des grenades. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; D&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;reng&#232;re, sans emploi, touch&#233;e au bras par une grenade Gli-F4 &#224; Toulouse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait au mois de mai &#224; Toulouse, on &#233;tait nass&#233;s. J'&#233;tais cach&#233;e derri&#232;re une voiture. J'ai senti d'un coup une &#233;norme douleur dans le bras. &#199;a saignait &#233;norm&#233;ment. Quand j'ai pu enfin trouver un coin tranquille pour relever ma manche, j'ai vu que j'avais six bouts de plastique plant&#233;s dans mon bras. Les street medics ont pu me les enlever et me faire les premiers soins. &#192; l'h&#244;pital, ils ont encore d&#233;sinfect&#233;. J'ai eu des douleurs pendant six semaines. Maintenant &#231;a fait six mois et j'ai encore des cicatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je n'ai pas port&#233; plainte, je suis choqu&#233;e. Maintenant quand je suis chez moi, d&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe. J'ai eu une grosse p&#233;riode de cauchemars. Je revivais la sc&#232;ne, avec des r&#233;veils en panique. J'ai aussi re&#231;u un coup de matraque qui m'a d&#233;coll&#233; le m&#233;nisque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ces blessures, ma vie n'est plus pareille, je vis seule avec trois enfants, &#231;a chamboule tout, faut s'organiser, c'est compliqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des Gilets jaunes. Certains l'ont toutefois &#233;t&#233; dans d'autres circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles de d&#233;fense &#187;. Le mod&#232;le qui a fait le plus de mal ces derniers mois est le LBD-40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://clap33.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Clap33.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 &#224; la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise), peu apr&#232;s son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une histoire populaire de la France : &#171; On a raison de se r&#233;volter &#187;</title>
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		<dc:date>2019-08-06T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Il est des livres rares qui vous saisissent par la richesse de leur propos, la puissance du verbe, le souffle &#233;mancipateur. Les Luttes et les R&#234;ves &#8211; Une histoire populaire de la France, de 1685 &#224; 2005, de Michelle Zancarini-Fournel, est un ouvrage &#233;rudit et accessible, fourmillant d'anecdotes. On peut le lire d'un trait. Ou y revenir et le consulter &#224; la mani&#232;re d'une encyclop&#233;die du peuple d'en bas. Incontournable ! Votre livre compte pr&#232;s de 1 000 pages, la bibliographie disponible sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Peuple" rel="tag"&gt;Peuple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/histoire-populaire" rel="tag"&gt;histoire populaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-egalement" rel="tag"&gt;J'ai &#233;galement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est des livres rares qui vous saisissent par la richesse de leur propos, la puissance du verbe, le souffle &#233;mancipateur. &lt;i&gt;Les Luttes et les R&#234;ves &#8211; Une histoire populaire de la France&lt;/i&gt;, de 1685 &#224; 2005, de Michelle Zancarini-Fournel, est un ouvrage &#233;rudit et accessible, fourmillant d'anecdotes. On peut le lire d'un trait. Ou y revenir et le consulter &#224; la mani&#232;re d'une encyclop&#233;die du peuple d'en bas. Incontournable !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3018 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH560/-1254-1c43c.jpg?1779603032' width='400' height='560' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre compte pr&#232;s de 1 000 pages, la bibliographie disponible sur le site de l'&#233;diteur comprend des centaines de r&#233;f&#233;rences, vous avez r&#233;dig&#233; une telle somme qu'elle semble ind&#233;passable. Premi&#232;re question : comment fabrique-t-on un pareil ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit au d&#233;part d'une commande des &#233;ditions La D&#233;couverte, plus particuli&#232;rement du label Zones, faite &#224; l'automne 2014. J'ai &#233;crit ce livre en deux ans. Certes, c'est tr&#232;s court, mais j'ai derri&#232;re moi quelque cinquante ann&#233;es de recherche en histoire sociale, c'est donc aussi le produit de toute cette exp&#233;rience-l&#224;. Ayant &#233;t&#233; formatrice d'enseignant-e-s, j'ai toujours eu le d&#233;sir d'une histoire pour tous. Je voulais une histoire qui ne soit pas seulement resserr&#233;e sur l'Hexagone mais qui s'&#233;largisse aux recherches portant sur les Antilles et La R&#233;union, sur l'empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En pratique, combien d'heures quotidiennes consacriez-vous &#224; votre ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre dix-sept et vingt heures de r&#233;daction par jour au cours des derniers mois. Oui, c'est colossal, mais j'&#233;tais lanc&#233;e, et puis Gr&#233;goire Chamayou, mon &#233;diteur, a fait un &#233;norme travail lui-aussi. Il a coup&#233; impitoyablement pour que chaque chapitre ne d&#233;passe pas 200 000 signes. Et il a eu raison, cela donne plus de force au propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le choix pr&#233;cis de 1685 &#8211; l'ann&#233;e de la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes et de publication du Code noir &#8211; comme date de lancement ? Vous auriez pu d&#233;marrer plus t&#244;t, ou &#224; la veille de la R&#233;volution.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit d'embl&#233;e &#224; La D&#233;couverte que je refusais de commencer par &#171; Nos anc&#234;tres les Gaulois &#187;. Par ailleurs, mes connaissances en histoire m&#233;di&#233;vale ne sont pas suffisantes pour aborder cette p&#233;riode-ci. Lors de sa parution en fran&#231;ais en 2002, j'avais lu &lt;i&gt;Une histoire populaire des &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;, d'Howard Zinn (Agone) et m'&#233;tais dit qu'il faudrait proposer d&#233;sormais une histoire populaire de la France. &#201;crire une histoire pour tous, cela me pr&#233;occupe depuis tr&#232;s longtemps. Je n'ai pas relu l'&lt;i&gt;Histoire populaire&lt;/i&gt; de Zinn, ne voulant pas la d&#233;calquer. Pour autant, je me souviens qu'il entame son histoire en 1492, j'ai donc cherch&#233; une date en lien direct avec l'esclavage et la colonisation et j'ai pens&#233; au Code noir. J'ai &#233;galement cit&#233; l'arr&#234;t&#233; sur les mendiants. J'ai voulu montrer les diff&#233;rents types de r&#233;sistances au pouvoir absolutiste et ce, en partant du quotidien, le plus souvent possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet, vous d&#233;veloppez minutieusement le quotidien du peuple laborieux sans vous arr&#234;ter seulement aux moments de lutte et d'espoir. Vous d&#233;veloppez &#224; l'envi certains c&#244;t&#233;s tr&#232;s d&#233;plaisants &#8211; les contradictions &#8211; de ce m&#234;me peuple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas question pour moi de r&#233;diger une histoire sainte du peuple. Il faut rendre compte des moments sombres, puisque c'est ainsi que cela s'est pass&#233;. J'ai fait un passage important sur la d&#233;cennie x&#233;nophobe et antis&#233;mite et j'ai d&#233;couvert des choses qui m'ont boulevers&#233;e. &#192; quel point des th&#233;oriciens syndicalistes et socialistes, sur la longue dur&#233;e du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ont &#233;t&#233; antis&#233;mites. Un antis&#233;mitisme qui s'appuyait sur l'id&#233;e que le capitalisme est li&#233; au juda&#239;sme, le tout exprim&#233; en des termes tr&#232;s lourds. J'ai &#233;galement d&#233;couvert des textes effrayants de Jaur&#232;s, que je cite un peu. J'ai tout v&#233;rifi&#233;. Il ne suffit pas de dire qu'il s'agissait de l'air du temps. Un grand tribun socialiste comme Jaur&#232;s a fait preuve de conformisme antis&#233;mite. Ce qui explique pourquoi il s'est mis si tardivement &#224; d&#233;fendre Dreyfus. Ce que j'&#233;cris n'est pas toujours gai, je le sais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous citez notamment &#201;mile Pouget dans &lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui&#8230; Il y avait heureusement quelques petits groupes, notamment les allemanistes, mais aussi des anarchistes et des guesdistes, qui n'&#233;taient pas antis&#233;mites. Mais c'&#233;tait un sentiment majoritaire durant cette d&#233;cennie-l&#224; dans le mouvement ouvrier. Pour comprendre notre pr&#233;sent, et ce qui nous attend dans les mois &#224; venir, il faut r&#233;fl&#233;chir &#224; ces cycles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire des femmes &#224; Saint-&#201;tienne, c'&#233;tait le sujet de votre th&#232;se. Ces femmes sont tr&#232;s pr&#233;sentes dans votre livre. En parlant de pages sombres, le passage sur les belles annamites consid&#233;r&#233;es comme des meubles par les colons europ&#233;ens est absolument sans &#233;quivoque, de m&#234;me que l'intense machisme dans le monde ouvrier, f&#251;t-il organis&#233; politiquement et syndicalement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point pr&#233;cis aussi j'ai des convictions fortes. J'ai tenu &#224; rendre visible l'histoire des femmes, mais &#224; condition qu'elle soit int&#233;gr&#233;e. J'ai proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on pour les colonis&#233;-e-s : on ne fait pas une histoire s&#233;par&#233;e. D'ailleurs, dans des textes syndicaux dat&#233;s de 1904, ce qui se passait &#224; La Martinique &#233;tait mis en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui est frappant dans votre ouvrage, c'est la place accord&#233;e &#224; la parole du peuple. Vous citez beaucoup, en encastrant la parole dans le r&#233;cit ; vous proc&#233;dez souvent ainsi pour lancer chaque nouveau chapitre : un long t&#233;moignage, qui est ensuite analys&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup utilis&#233; mes archives accumul&#233;es au cours des derni&#232;res d&#233;cennies afin de rendre audible la parole ouvri&#232;re. Ou des t&#233;moignages comme ceux de la collection Actes et m&#233;moire du peuple (Maspero). Des coll&#232;gues m'ont envoy&#233; des textes que je ne connaissais pas. J'ai utilis&#233; la parole de l'adversaire, sur l'esclavage notamment, puisqu'il y a tr&#232;s peu de r&#233;cits directs. En revanche, on dispose des comptes rendus de proc&#232;s ou de t&#233;moignages de juges et d'avocats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez en avant-propos votre famille militante : grand-p&#232;re anarcho-syndicaliste, p&#232;re communiste et syndicaliste CGT, m&#232;re institutrice, ascendants mineurs ou imprimeurs&#8230; Vous parlez de vos dimanches d'enfance autour des assiettes de poulet-frites rythm&#233;s par les r&#233;cits de luttes. On comprend bien votre empathie pour le peuple d'en bas, vous en venez. Vous parlez enfin de vos chemins de traverse. Quels sont-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas envie d'avoir un point de vue narcissique sur mes engagements ni d'en faire part. En revanche, l'id&#233;e de faire une histoire d'en bas vient de loin. Ce sont tous ces r&#233;cits qui ont construit mon imaginaire, avec d'une part ma famille maternelle, relativement ais&#233;e, et ma famille paternelle d'ouvriers pauvres vivant &#224; sept dans un deux-pi&#232;ces sans acc&#232;s &#224; l'eau courante. J'ai &#233;t&#233; consciente tr&#232;s rapidement de la distinction sociale, qui a forg&#233; ma propre conception de l'histoire sociale. Le reste, &#231;a a moins d'importance, j'en parlerai peut-&#234;tre plus tard. Dans tous les cas, je suis persuad&#233;e qu'on a raison de se r&#233;volter. Et tous mes objets de recherche, sur 68 et sur le f&#233;minisme, s'inscrivent dans cette g&#233;n&#233;alogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir interrompu le fil de cette histoire par l'ann&#233;e 2005 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon id&#233;e initiale &#233;tait de prolonger jusqu'en f&#233;vrier 2017, puisque je pense qu'on peut &#233;crire l'histoire imm&#233;diatement. Mais &#224; la r&#233;flexion, avec les &#233;diteurs, nous avons d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter le r&#233;cit en 2005, ann&#233;e forte marqu&#233;e par les r&#233;voltes en banlieue et la r&#233;affirmation de la place des &#171; minorit&#233;s visibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle figure vous a le plus marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, la forte figure, c'est celle de l'ouvrier Louis-Gabriel Gauny, le &#171; philosophe pl&#233;b&#233;ien &#187; selon Jacques Ranci&#232;re. Il a v&#233;cu au cours du premier XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et a appris &#224; lire en d&#233;cryptant les journaux dans lesquels sa m&#232;re enveloppait ses l&#233;gumes. Il &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Les ouvriers qui pr&#234;tent main-forte &#224; la construction de prisons cellulaires sont complices de crime de l&#232;se-humanit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me pour gagner sa vie, quelque chose de cet ordre-l&#224; n'est pas pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, pourriez-vous nous parler de la revue &#171; Clio &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une revue collective d'histoire des femmes fond&#233;e en 1995. Nous avons publi&#233; le num&#233;ro 46. Le groupe fondateur est toujours pr&#233;sent, mais s'est &#233;toff&#233;. On s'est impos&#233; &#224; la force du poignet dans l'espace acad&#233;mique pour montrer qu'on pouvait &#233;crire sur les femmes, et on privil&#233;gie la formation des tr&#232;s jeunes. Vous pouvez &#233;videmment vous abonner, on en a besoin !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Durance, une rivi&#232;re sacrifi&#233;e</title>
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		<dc:date>2019-07-11T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Isnard-Dupuy</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
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&lt;p&gt;L'hydro&#233;lectricit&#233; est strat&#233;gique en France, au point d'avoir &#233;t&#233; surnomm&#233;e &#171; la houille blanche &#187;. Mais son d&#233;veloppement, au renfort de grandes infrastructures, ne s'est pas fait sans d&#233;sastres &#233;cologiques. Exemple avec la Durance, rivi&#232;re proven&#231;ale en quasi-totalit&#233; d&#233;tourn&#233;e par EDF depuis les ann&#233;es 1960, sur la promesse d'une prosp&#233;rit&#233; infinie... &#171; On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent. &#187; La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no173-fevrier-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;173 (f&#233;vrier 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bertolt-Brecht" rel="tag"&gt;Bertolt Brecht&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Brecht-pourrait" rel="tag"&gt;Brecht pourrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Durance" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit-d-un" rel="tag"&gt;dit d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit-jamais" rel="tag"&gt;dit jamais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-Etang" rel="tag"&gt;L'&#201;tang&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-fleuve" rel="tag"&gt;d'un fleuve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fleuve-emportant" rel="tag"&gt;fleuve emportant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/metaphore-sociale" rel="tag"&gt;m&#233;taphore sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pourrait-s-appliquer" rel="tag"&gt;pourrait s'appliquer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'hydro&#233;lectricit&#233; est strat&#233;gique en France, au point d'avoir &#233;t&#233; surnomm&#233;e &#171; la houille blanche &#187;. Mais son d&#233;veloppement, au renfort de grandes infrastructures, ne s'est pas fait sans d&#233;sastres &#233;cologiques. Exemple avec la Durance, rivi&#232;re proven&#231;ale en quasi-totalit&#233; d&#233;tourn&#233;e par EDF depuis les ann&#233;es 1960, sur la promesse d'une prosp&#233;rit&#233; infinie...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2971 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH480/-1210-944c6.jpg?1779604344' width='400' height='480' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; O&lt;/span&gt;&lt;i&gt;n dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent. &#187;&lt;/i&gt; La m&#233;taphore sociale de Bertolt Brecht pourrait s'appliquer au sens premier &#224; la Durance. Cette rivi&#232;re alpine et m&#233;diterran&#233;enne, affluent du Rh&#244;ne, &#233;tait connue &#224; la fois pour ses exc&#232;s d'eau d&#233;vastateurs lors de forts &#233;pisodes orageux et pour son lit presque &#224; sec lors des p&#233;riodes de s&#233;cheresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a, c'&#233;tait avant 1960, date de mise en eau du lac de Serre-Pon&#231;on, plus grande retenue artificielle de l'Hexagone. Un r&#233;servoir d'eau qui devait apporter &#171; &lt;i&gt;d'immenses d&#233;veloppements &#233;conomiques et un mieux-&#234;tre social certain &#187;&lt;/i&gt;, proclamait en 1955 &lt;i&gt;Prosp&#233;rit&#233; nouvelle en Durance&lt;/i&gt;, un documentaire de propagande&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; visionner sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel (Ina).&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; command&#233; par EDF (&#201;lectricit&#233; de France). Ainsi la rivi&#232;re &#171; &lt;i&gt;capricieuse &#187;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;dompt&#233;e &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des crues plus rares &#187; mais &#171; plus d&#233;vastatrices &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;EDF pr&#233;tendait pr&#233;munir la r&#233;gion des crues de la rivi&#232;re, tout en s&#233;curisant l'approvisionnement en eau pour tous les usages. Aujourd'hui, la Durance et son affluent le Verdon subviennent &#224; 75 % des besoins (agricoles, industriels et domestiques) de la r&#233;gion Paca et fournissent 10 % de l'hydro&#233;lectricit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le syst&#232;me Durance/Verdon a un co&#251;t &#233;cologique. Des barrages, l'eau s'achemine dans un canal usinier pour la production &#233;lectrique et dans le canal de Provence pour l'irrigation et l'alimentation des villes. &#192; la rivi&#232;re il ne reste qu'un minimum, qui ne permet plus aux poissons migrateurs de l'emprunter. La faible hauteur d'eau, de quelques centim&#232;tres seulement, entra&#238;ne de forts &#233;carts de temp&#233;rature. Ce qui a provoqu&#233; la disparition des esp&#232;ces incapables de s'adapter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux promesses d'EDF, elles n'ont pas tenu trente ans ! La menace de s&#233;cheresse est revenue. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;duction des d&#233;bits a conduit &#224; l'abaissement d'au moins 50 cm de la nappe phr&#233;atique aliment&#233;e par la Durance &#187;&lt;/i&gt;, explique Ren&#233; Marion, de l'association L'&#201;tang nouveau. Sans compter que parfois, la rivi&#232;re reprend son pouvoir d&#233;vastateur. En 1994, les terres et les agglom&#233;rations furent inond&#233;es de Sisteron &#224; Avignon ! &#171; &lt;i&gt;Les crues sont plus rares mais puissantes &#187;&lt;/i&gt;, observe le Syndicat mixte d'am&#233;nagement de la vall&#233;e de la Durance. L'absence de crues ordinaires fait stagner les mat&#233;riaux issus de l'&#233;rosion dans le lit. Ce qui y a m&#234;me &#171; &lt;i&gt;favoris&#233; le d&#233;veloppement de la v&#233;g&#233;tation &#187;&lt;/i&gt;, est-il &#233;crit dans un rapport&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndicat mixte d'am&#233;nagement de la vall&#233;e de la Durance, Moyenne et Basse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le lit est ainsi parsem&#233; d'obstacles au bon &#233;coulement de l'eau. Les crues, quand elles surviennent, sont donc &#171; &lt;i&gt;plus d&#233;vastatrices &#187;&lt;/i&gt;, observe Ren&#233; Marion.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tang de Berre sacrifi&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa cr&#233;ation, L'&#201;tang nouveau se bat pour la sant&#233; &#233;cologique de l'&#201;tang de Berre (Bouches-du-Rh&#244;ne), une grande &#233;tendue lagunaire communiquant avec la M&#233;diterran&#233;e, qui fut choisie comme embouchure du canal EDF. De 1966 &#224; 2006, l'eau y a &#233;t&#233; rejet&#233;e dans des proportions atteignant &#171; &lt;i&gt;jusqu'&#224; sept fois le volume de l'&#233;tang par an &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;taille Bernard Roux, directeur de recherche en m&#233;canique des fluides au CNRS. Cet apport excessif a provoqu&#233; &#171; &lt;i&gt;une pollution &#224; l'eau douce qui a fait chuter la salinit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. En cons&#233;quence, la vie end&#233;mique s'est &#233;teinte. En 2004, la justice europ&#233;enne condamnait la France pour la d&#233;gradation. D&#233;sormais les rejets d'EDF sont restreints, mais l'&#233;quilibre &#233;cologique de l'&#233;tang reste fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute logique, l'association a &#233;largi sa r&#233;flexion &#224; l'ensemble des interconnections du syst&#232;me Durance/Verdon, jusqu'&#224; la c&#244;te. Pour Ren&#233; Benedetto, pr&#233;sident de l'&#201;tang nouveau, &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re cause du recul &lt;/i&gt;[du littoral] &lt;i&gt;de la Camargue et du golfe du Lion &lt;/i&gt;[face &#224; la mer]&lt;i&gt;, c'est l'arr&#234;t de l'apport desmat&#233;riaux &#224; cause des barrages. 70 % des mat&#233;riaux venus du Rh&#244;ne provenaient de la Durance &#187;&lt;/i&gt;. Et comme le capitalisme est bien fait, &#171; &lt;i&gt;les grands du BTP se gavent en construisant des digues &#224; la mer, tout en faisant de l'extractivisme dans la Durance pour leurs mat&#233;riaux de construction &#187;&lt;/i&gt;, ajoute le militant associatif.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Redonner de l'eau &#224; la rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour enrayer le cercle vicieux, L'&#201;tang nouveau propose que les installations d'EDF soient converties en stations de transfert d'&#233;nergie par pompage (Step). Avantage : la Step est un moyen de stocker l'&#233;nergie. L'eau est pomp&#233;e vers un bassin amont en cas de surplus d'&#233;lectricit&#233;. Elle est turbin&#233;e vers un bassin aval en cas de besoin d'&#233;lectricit&#233;. Voil&#224; qui permettrait de mobiliser une quantit&#233; donn&#233;e d'eau, qui ferait des allers-retours entre les barrages, pour redonner du d&#233;bit &#224; la Durance et des mat&#233;riaux alluvionnaires au Rh&#244;ne, tout en mettant totalement fin aux rejets dans l'&#233;tang. Mais EDF refuse de consentir &#224; l'am&#233;nagement pour cause de privatisation imminente de la gestion des barrages&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement, la plupart des grands barrages sont exploit&#233;s par EDF. Mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le syst&#232;me des concessions est un frein &#224; l'investissement &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Giraud, directeur de la production et de l'ing&#233;nierie hydraulique &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, justifie l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il faudra bien adapter les usages d'une rivi&#232;re dont le d&#233;bit minimal devrait diminuer de 50 % d'ici &#224; 2050 pour cause de r&#233;chauffement climatique. Ce danger &#8211; ironie de l'histoire &#8211;, le film de propagande d'EDF l'avait vu venir d&#232;s 1955, en s'alarmant de la fonte des glaciers qui alimentent la Durance. &#171; &lt;i&gt;Depuis 100 ans, &lt;/i&gt;[ils] ont &lt;i&gt;r&#233;duit de moiti&#233; &#187;&lt;/i&gt;, y &#233;tait-il (d&#233;j&#224;) observ&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Isnard-Dupuy (Collectif Presse-Papiers)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; &lt;a href=&#034;https://player.ina.fr/player/embed/RAF04027929/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/560/315/0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;visionner&lt;/a&gt; sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel (Ina).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Syndicat mixte d'am&#233;nagement de la vall&#233;e de la Durance, &lt;i&gt;Moyenne et Basse Durance, Sch&#233;ma d'am&#233;nagement et de gestion&lt;/i&gt;, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Actuellement, la plupart des grands barrages sont exploit&#233;s par EDF. Mais sur demande de Bruxelles, le gouvernement pr&#233;pare une large ouverture &#224; la concurrence dans les prochaines ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Yves Giraud, directeur de la production et de l'ing&#233;nierie hydraulique &#224; EDF, cit&#233; dans &#171; &lt;a href=&#034;https://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-edf-n-investit-pas-plus-dans-les-step-pour-le-stockage-des-energies-renouvelables.N620998&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi EDF n'investit pas plus dans les Step pour le stockage des &#233;nergies renouvelables&lt;/a&gt; &#187;, site Internet de &lt;i&gt;L'Usine nouvelle&lt;/i&gt;, 30/11/2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Retour offensif &#224; la terre</title>
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		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans &#202;tre for&#234;ts &#8211; Habiter des territoires en lutte (Zones, 2017), Jean-Baptiste Vidalou livre une vision revigorante de toutes ces luttes qui ont la &#171; d&#233;termination de sortir du monde mortif&#232;re de l'&#233;conomie &#187;. Pour tenter d'habiter cette Terre meurtrie, pour l'habiter vraiment, avec ses tripes et sa sensibilit&#233;. Entretien. Face &#224; la gestion globale et technologique des espaces et des hommes, comment continuer &#224; habiter un monde de plus en plus inhospitalier pour l'immense majorit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;&#202;tre for&#234;ts &#8211; Habiter des territoires en lutte&lt;/i&gt; (Zones, 2017), Jean-Baptiste Vidalou livre une vision revigorante de toutes ces luttes qui ont la &#171; d&#233;termination de sortir du monde mortif&#232;re de l'&#233;conomie &#187;. Pour tenter d'habiter cette Terre meurtrie, pour l'habiter vraiment, avec ses tripes et sa sensibilit&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-923-9ce2f.jpg?1779602757' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; la gestion globale et technologique des espaces et des hommes, comment continuer &#224; habiter un monde de plus en plus inhospitalier pour l'immense majorit&#233; des &#234;tres humains ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;vidence, ce monde conna&#238;t un tournant historique. Nous allons vers un r&#233;chauffement de trois &#224; quatre degr&#233;s par rapport &#224; 1880, et cela d'ici la fin du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un chaos climatique s'annonce. Et si rien n'est fait, il pourrait rendre inhabitables de grandes parties de cette plan&#232;te &#8211; &#224; l'or&#233;e 2300, c'est carr&#233;ment un r&#233;chauffement de 8 &#224; 13 degr&#233;s qui est envisag&#233;&#8230; Dans ce contexte, les n&#233;gociations pour le climat que m&#232;ne la petite caste des gouvernants, &#224; l'abri dans des bureaux climatis&#233;s, para&#238;t bien risible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, la situation est catastrophique, non seulement au vu des cons&#233;quences tr&#232;s r&#233;elles et physiques de ce &#8220;crime&#8221; climatique, mais aussi en regard de l'h&#233;g&#233;monie de ces gouvernants qui pr&#233;tendent apporter les solutions aux probl&#232;mes qu'ils ont eux-m&#234;mes initi&#233;s. Il est aussi de plus en plus clair que ce n'est pas la pr&#233;tendue &#8220;transition &#233;nerg&#233;tique&#8221; qui apportera le salut de l'humanit&#233;, puisque celle-ci consiste en r&#233;alit&#233; en une addition des &#233;nergies fossiles, nucl&#233;aires et renouvelables. Les historiens de l'&#233;nergie et de l'extractivisme, par exemple Christophe Bonneuil, Philippe Bihouix ou encore Anna Bednik, l'ont bien montr&#233; : cette transition est d'abord et avant tout une transition de l'&#233;conomie en recherche de nouveaux gisements. La fusion entre les technologies de l'information et le &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; &#233;nerg&#233;tique incarne cette troisi&#232;me r&#233;volution industrielle lou&#233;e par les ap&#244;tres de l'&#233;conomie verte. Une fusion qui n'est possible qu'avec l'extraction pharaonique de m&#233;taux et terres rares, n&#233;cessairement accompagn&#233;e d'immenses ravages environnementaux et humains. Voyez le dernier livre de Guillaume Pitron, &lt;i&gt;La Guerre des m&#233;taux rares&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Liens qui lib&#232;rent, 2018.&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, c'est &#233;difiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable de l'&#233;conomie verte est ainsi en train de tomber. Seulement voil&#224;, malgr&#233; l'urgence de la situation, nous allons perdre 50 ans en nous lan&#231;ant dans cette nouvelle religion verte de l'hyper-industriel. Un demi-si&#232;cle d'extractivisme fou, jusqu'&#224; l'&#233;puisement de ces nouvelles mines&#8230; Non d&#233;cid&#233;ment, la solution ne viendra pas de ces g&#233;o-ing&#233;nieurs et autres intendants de la plan&#232;te. Comment croire des &#234;tres qui pr&#233;tendent gouverner le monde depuis un point de vue si manifestement &#233;tranger &#224; celui-ci ? Comme s'ils pilotaient le globe depuis une cabine spatiale &#8211; rien de ce qui arrive ne semble les toucher sensiblement. Si nous devons prendre &#224; bras-le-corps les probl&#232;mes de notre temps, ce sera sans eux. Comme le montrent bien les camarades de l'Amassada &#224; travers leur lutte contre le m&#233;ga-transformateur RTE et les m&#233;ga-centrales &#233;oliennes du Sud-Aveyron. Ce n'est pas &#224; une politique de gestion technocratique, de management &#233;cologique, quel qu'il soit, ou de gouvernance climatique qu'il faut en appeler, mais bien &#224; un radical retour sur Terre. En finir avec cette vue surplombante sur les &#234;tres, qui les r&#233;duit &#224; des lignes d'algorithmes et &#224; des plans comptables, serait d&#233;j&#224; un bon d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'habiter ce monde, au plein sens du terme. C'est-&#224;-dire partir de l&#224; o&#249; on vit, de l&#224; o&#249; on lutte, partir de nos situations singuli&#232;res, &#233;laborer des liens entre les &#234;tres qui sont l&#224;, humains et non-humains, commencer &#224; regarder les sols non comme une mati&#232;re premi&#232;re mais comme une architecture vivante, comprendre une for&#234;t non comme un stock sur pied mais comme une communaut&#233; de vie. Tout est &#224; r&#233;apprendre &#224; ce niveau sensible des connaissances. Cela s'annonce passionnant. Et augure de bien des alliances in&#233;dites. L'objectif est d'en finir avec la posture universelle d'un Homme ma&#238;tre et possesseur de la nature. Nous en avons assez soup&#233; de cette pathologie toute occidentale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discours sur l'&#233;cologie a souvent &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des confusions &#224; propos de &#171; la terre qui ne ment pas &#187;, du retour aux racines... Comment les pratiques de lutte dans les for&#234;ts ou dans d'autres espaces naturels peuvent-elles aujourd'hui aller dans le sens de l'&#233;mancipation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l'&#233;cueil dans lequel il ne faut pas tomber. Fuir l'&#233;co-modernisme des managers pour en revenir au fascisme des ann&#233;es 1930, ce serait ballot. Dans un monde qui gagne quatre degr&#233;s, il n'y a pas que les thermom&#232;tres qui disjonctent, les boussoles politiques semblent elles aussi tourner folles. Qui pourrait encore aujourd'hui raisonnablement d&#233;finir ce qu'est la gauche, la droite&#8230; Tout &#231;a n'a plus aucun sens, et c'est sans doute notre chance. Car &#224; l'heure o&#249; l'Homme, ou plus certainement une certaine classe d'hommes devenue h&#233;g&#233;monique, en arrive &#224; transformer la plan&#232;te en une gigantesque plate-forme logistique, ce n'est pas avec les vieux r&#233;flexes politiques qu'on s'en sortira. Il faut penser quelque chose d'assez nouveau. On doit partir de l&#224; o&#249; on vit et de ce &#224; quoi nous tenons. Trop longtemps l'homme occidental a pens&#233; la libert&#233; comme un arrachement syst&#233;matique &#224; tout ce qui le liait au monde. Il en a tir&#233; une forme atrophi&#233;e de l'&#233;mancipation, qui signifiait avant tout la coupure violente d'avec les &#234;tres et les choses peuplant le monde. Ce qui a produit le standard du &#8220;sujet libre&#8221; et toutes les &#8220;applis&#8221; qui vont maintenant avec. Aujourd'hui, on doit donc penser et agir contre cette atrophie elle-m&#234;me. Il s'agit d'apprendre &#224; se lier, &#224; s'ancrer. Comme le disait un camarade de Bure, &#8220;&lt;i&gt;nous ne sommes pas des occupants de ce bois Lejuc que nous d&#233;fendons contre l'Andra et Cig&#233;o, mais nous sommes ses habitants&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc ni se fier aux conceptions rances et nostalgiques d'une campagne qui &#224; l'&#233;vidence n'existe plus qu'&#224; titre de mus&#233;e, ni s'en remettre aux sir&#232;nes des clusters m&#233;tropolitains. Ni l'une ni l'autre de ces options si r&#233;duites de la vie ne peut nous conduire ailleurs qu'au d&#233;sastre. Imaginez un monde partag&#233; entre des ghettos s&#233;curis&#233;s de l'entre-soi et des r&#233;serves &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; multi-nodales&#8230; voil&#224; une image de l'enfer. Nous ne pouvons laisser cette hypoth&#232;se d'un fascisme &#233;cologico-compatible se r&#233;aliser. C'est pourquoi les luttes d'aujourd'hui, qui prennent la for&#234;t ou des espaces dits &#8220;naturels&#8221; comme enjeu politique, tapent juste : elles se situent d&#233;j&#224; au-del&#224; de cette alternative infernale, elles refusent de choisir entre les ghettos de l'entre-soi et les ghettos smart. Comme le dit Bruno Latour, il ne s'agit pas de retourner &#224; la terre, mais de retourner sur Terre. Ce qui n'a rien &#224; voir. D'un c&#244;t&#233; le monde clos des identit&#233;s, de l'autre une singuli&#232;re prolif&#233;ration de mondes. D'un c&#244;t&#233; l'universel, de l'autre les singularit&#233;s. Si l'&#233;mancipation a un sens politique aujourd'hui, c'est dans la mesure o&#249; elle r&#233;ussit &#224; &#233;laborer des attachements sensibles. &#192; d&#233;fendre les territoires qu'elle se sera donn&#233;s. &#192; se rencontrer, organiser des f&#234;tes m&#233;morables, penser les techniques : agro-&#233;cologie, d&#233;bardage animal, for&#234;t jardin&#233;e, auto-construction, etc&#8230; mais les pieds sur Terre, comme le sugg&#232;re le film &#233;ponyme de Batiste Combret sur Notre-Dame-des-Landes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont pour vous les points communs et les diff&#233;rences entre les pratiques de d&#233;sertion du syst&#232;me vers les territoires ruraux de l'apr&#232;s-1968 et celles actuelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que nous vivons quelque chose de totalement diff&#233;rent aujourd'hui. La fuite vers les campagnes dans les ann&#233;es 1970 partait de l'id&#233;e qu'il existait encore des oasis en dehors de ce monde, des oasis qui seraient comme des lieux prot&#233;g&#233;s de toutes les atteintes de &#8220;l'ext&#233;rieur&#8221;. Elles en tiraient ainsi, pour un moment, une accalmie existentielle au sein d'un monde v&#233;cu &#224; juste titre comme invivable. Mais on conna&#238;t l'avenir des oasis qui ne combattent pas le d&#233;sert : elles se font ensevelir &#224; leur tour. La plupart des &#8220;n&#233;oruraux&#8221; qui voulaient fuir &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique, soit par sinc&#233;rit&#233; &#233;thique, soit par d&#233;go&#251;t des querelles de chapelles, se sont ainsi vus rattrap&#233;s par &lt;i&gt;le &lt;/i&gt;politique. Les infrastructures ou les dispositifs administratifs s'&#233;tendent maintenant partout, jusque dans les lieux les plus recul&#233;s. Qu'on pense seulement aux parcs naturels, aux zones de l'&#233;olien industriel, &#224; la pollution de l'air, ou tout simplement au changement climatique qui ne conna&#238;t pas les fronti&#232;res g&#233;ographiques. On ne peut fuir longtemps ce monde sans devoir un jour ou l'autre s'y battre pour quelque chose qui nous tient aux tripes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, beaucoup d'initiatives d'installation, de retour &#224; la terre dans les ann&#233;es 1970 ont &#233;t&#233; neutralis&#233;es par leur int&#233;gration dans les circuits de l'&#233;conomie locale, &#224; travers les labels et le tourisme. L'exemple des C&#233;vennes est ici parlant : le mode de vie qui se voulait un exemple concret d'alternative au capitalisme s'est fait imperceptiblement phagocyter par ce m&#234;me capitalisme. Pensons &#224; la transformation des paysans en agents d'entretien du paysage ou simplement en figurants pittoresques pour les touristes d'un &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes du pr&#233;sent, qui naissent ici ou l&#224; sur les restes de cette campagne productiviste ou mus&#233;ale, partent, elles, d'un tout autre point de vue. Elles s'appuient sur le constat que les oasis n'existent plus, ou alors en tant que mensonges. Que partout le &#8220;dedans&#8221; du syst&#232;me a lanc&#233; ses tentacules &#224; l'assaut du monde. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de &#8220;dehors&#8221;, mais que ce &#8220;dehors&#8221; se manifeste par autant de br&#232;ches &#233;clatant les murs et les &#233;crans de ce syst&#232;me. Ce qui signifie que les luttes pour la vie, une vie digne d'&#234;tre v&#233;cue, peuvent na&#238;tre partout, et n'importe quand, &#224; l'occasion par exemple du blocage d'un chantier d'am&#233;nagement, d'une &#233;meute, d'une place occup&#233;e, de tout &#233;v&#233;nement qui vient briser le cours normal de l'&#233;conomie-monde. L'exigence que ces luttes vitales ne doivent pas trahir, c'est de ne pas s'enfermer &#224; nouveau dans l'entre-soi. Elles doivent se propager ailleurs, tisser des liens avec d'autres luttes, se rendre joignables par tout un chacun. C'est ce que fait assez bien le mouvement des luttes territoriales en France aujourd'hui. Un &#233;lan de d&#233;sertion, mais aussi d'ancrage. Et ce n'est pas un hasard si l'imaginaire du marronnage, soit la fuite collective des esclaves vers les for&#234;ts ou les montagnes &#224; l'&#233;poque coloniale, ressurgit aujourd'hui. Parce que la question des attachements et celle des territoires qu'on est pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre sont cruciales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre pseudonyme est un hommage au personnage central de la guerre des Demoiselles en Ari&#232;ge au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. En quoi cette r&#233;volte est-elle embl&#233;matique de la lutte contre un certain ordre du monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jean Baptiste Vidalou &#233;tait l'un des personnages que l'histoire a retenus de cet &#233;pisode insurrectionnel de la guerre des Demoiselles. Mais c'est un personnage parmi d'autres, plus berger anonyme que chef de guerre. Cette r&#233;volte populaire, qui d&#233;bute dans les ann&#233;es 1830 en Ari&#232;ge, est originale &#224; plus d'un titre. C'est une r&#233;volte de montagnards contre un nouveau code forestier, qui leur interdit d'user librement des sous-bois pour le p&#226;turage de leurs troupeaux. Ce qui brise &#233;videmment la tradition des communaux. On le sait historiquement, cette &#8220;rationalisation&#8221; des for&#234;ts est une tendance qui court depuis les ordonnances de 1669 sur les Eaux et For&#234;ts, promulgu&#233;es par Colbert. Cette r&#233;glementation r&#233;pondait aux besoins grandissants de la Marine en bois d'&#339;uvre puis, plus tard, &#224; ceux des ma&#238;tres de forge et des charbonniers. Colbert s'&#233;tait lanc&#233; dans une v&#233;ritable guerre contre ce qu'il appelait le &#8220;jardinage forestier&#8221;, c'est-&#224;-dire l'usage diversifi&#233; qu'en faisaient les communaut&#233;s paysannes, et qui semblait trop ''chaotique'' aux yeux du Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des finances de Louis XIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux si&#232;cles plus tard donc, la guerre des Demoiselles est la r&#233;ponse imm&#233;diate et carnavalesque des peuples montagnards &#224; cette logique d'arraisonnement de leurs for&#234;ts. Les jeunes gens se d&#233;guisent en femmes, en animaux, se noircissent le visage, se cachent en for&#234;t, harc&#232;lent les gardes forestiers, font fuir les charbonniers, poursuivent les gendarmes. Les r&#233;volt&#233;s profitent de leur connaissance du terrain pour dresser des embuscades. C'est une r&#233;volte qui s'est propag&#233;e dans toute la r&#233;gion et qui a perdur&#233; de mani&#232;re moins intense jusqu'en 1870. Mais ce qu'il faut en retenir, &#224; mon avis, c'est cet alliage in&#233;dit des usages communaux, d'une culture populaire et des formes de gu&#233;rilla qui prennent les carnavals ou les charivaris pour terrain de jeu et de lutte. Cela en fait une histoire qui nous parle encore aujourd'hui, qui trame un imaginaire commun, quelque chose que l'on peut se r&#233;approprier. Il n'est alors nullement &#233;tonnant que les camarades de Notre-Dame-des-Landes invitent le 10 f&#233;vrier &#224; f&#234;ter l'abandon du projet d'a&#233;roport lors d'un carnaval o&#249; les symboles de ces &#8220;grands projets inutiles&#8221; seront, comme de bon droit, br&#251;l&#233;s dans la joie et la d&#233;termination... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contre une civilisation qui m&#232;ne cette plan&#232;te &#224; la catastrophe, faisons le pari que c'est ce retour du terrien que c&#233;l&#232;brent les mouvements de r&#233;appropriation de terres ou ce qui voit le jour dans les ZAD. &#187; L'abandon du projet d'a&#233;roport &#224; Notre-Dame-des-Landes est-il une &#233;tape importante dans une reprise de l'offensive pour le mouvement social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une grande victoire pour le mouvement, c'est ind&#233;niable. Mais une grande bataille reste &#224; mener sur le &#8220;foncier&#8221;, les terres agricoles g&#233;r&#233;es collectivement, ainsi que les lieux de vie sur place&#8230; Et il n'est pas dit que cela se passe sans conflits avec le gouvernement ou la chambre d'agriculture. En tout cas, l'avenir de la Zad est ouvert. Et ce qui importe dans cette victoire tient en effet &#224; ce retour du &#8220;terrien&#8221;, ce fait massif et partag&#233; par de plus en plus de monde que c'est depuis notre quotidien, notre sensibilit&#233;, nos attachements, nos corps, nos affects, nos territoires que la politique doit &#234;tre repens&#233;e. Une fois de plus, je crois que face aux gouvernants qui semblent si &#8220;d&#233;-terrestr&#233;s&#8221; dans leur vision manag&#233;riale et h&#233;g&#233;monique de la plan&#232;te, nous devons partir de notre situation commune d'habitants. Non pas de &#8220;r&#233;sidents&#8221;, mais bien d'habitants. C'est-&#224;-dire de cette mani&#232;re, toujours situ&#233;e et singuli&#232;re, de se lier aux lieux qui eux aussi nous habitent. J'ai pris dans &lt;i&gt;&#202;tre for&#234;ts &lt;/i&gt;l'exemple de ces espaces de refuge et de vie que sont les for&#234;ts, mais cela vaut ailleurs. Partout o&#249; des liens naissent entre des &#234;tres qui s'organisent pour briser le &lt;i&gt;continuum &lt;/i&gt;mortif&#232;re de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se passe partout, et ne fera que cro&#238;tre. Car c'est la seule voie d&#233;sirable pour sortir du ravage que nous h&#233;ritons de trois si&#232;cles d'usinage des corps et des esprits. Cela ne pouvait plus durer sans que ces corps, justement, &#233;coutent enfin la rage enfouie dans leurs muscles. Mais ce mouvement ne sera puissant, je crois, que s'il arrive &#224; cr&#233;er des alliances. Pas seulement des &#8220;alliances sylvestres&#8221;, mais entre tous les refuzniks &#224; ce syst&#232;me, tous les subalternes du &lt;i&gt;management&lt;/i&gt; global. Pour que s'annonce un marronnage massif et diffus... &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Liens qui lib&#232;rent, 2018.&lt;/p&gt;
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