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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Auvergne : le &#171; maire &#224; migrants &#187; qui h&#233;risse les fachos</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Pessat-Villeneuve, c'est un tout petit bled &#224; c&#244;t&#233; de Clermont-Ferrand. 600 p&#233;kins et des brouettes. Pour ligne d'horizon, z&#233;ro commerce et une torpeur r&#233;sidentielle marqu&#233;e. Mais ce relatif d&#233;sert rec&#232;le une surprise : dans le parc du ch&#226;teau qui abrite la mairie, une soixantaine de demandeurs d'asile sont log&#233;s dans des pavillons par volont&#233; du maire, G&#233;rard Dubois. Lequel ne se fait pas que des amis... Reportage d'avant confinement. Accoud&#233; au comptoir de la petite cuisine attenante &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no186-avril-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;186 (avril 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pessat-Villeneuve, c'est un tout petit bled &#224; c&#244;t&#233; de Clermont-Ferrand. 600 p&#233;kins et des brouettes. Pour ligne d'horizon, z&#233;ro commerce et une torpeur r&#233;sidentielle marqu&#233;e. Mais ce relatif d&#233;sert rec&#232;le une surprise : dans le parc du ch&#226;teau qui abrite la mairie, une soixantaine de demandeurs d'asile sont log&#233;s dans des pavillons par volont&#233; du maire, G&#233;rard Dubois. Lequel ne se fait pas que des amis... Reportage d'avant confinement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L307xH400/-1519-9a47a.jpg?1782641152' width='307' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Accoud&#233; au comptoir de la petite cuisine attenante &#224; son bureau de maire, G&#233;rard Dubois encha&#238;ne les anecdotes, l'air guilleret, s&#251;r de lui. Petite barbe blanche, &#233;nergie &#224; revendre, tutoiement facile, il revient notamment sur cette p&#233;riode qui a fa&#231;onn&#233; son engagement : l'accueil, il y a bient&#244;t cinq ans, d'un premier groupe de personnes migrantes, qui avait tant fait jaser dans le village et au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me souviens de cette conseill&#232;re municipale qui &#233;tait venue me demander, un peu penaude : &#8220;G&#233;rard, tu penses que je dois rentrer ma b&#233;tonni&#232;re pour pas qu'ils me la volent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221; Je lui avais r&#233;pondu que ces jeunes gens avaient endur&#233; mille &#233;preuves, surv&#233;cu &#224; la travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e, &#224; la Libye, aux centres de d&#233;tention, &#224; Calais, et qu'il y avait a priori peu de chances qu'ils s'int&#233;ressent &#224; sa b&#233;tonni&#232;re...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le maire du petit bourg r&#233;sidentiel de Pessat-Villeneuve (Puy-de-D&#244;me) raconte cette histoire, c'est pour montrer que les mentalit&#233;s ont largement &#233;volu&#233; depuis cet &#233;pisode de novembre 2015. &#192; l'&#233;poque, le village s'appr&#234;te &#224; accueillir un premier groupe de migrants arriv&#233;s en car, une cinquantaine de jeunes hommes en provenance de Calais. Et l'ambiance est on ne peut plus crisp&#233;e. Lettres anonymes virulentes, menaces de mort sur les sites d'extr&#234;me droite, r&#233;union publique houleuse avec les habitants : la tension r&#232;gne. G&#233;rard Dubois reste impressionn&#233; par le souvenir de la d&#233;ferlante : &#171; &lt;i&gt;En quarante-huit heures, on a re&#231;u plus de deux cents appels t&#233;l&#233;phoniques malveillants, &#224; tel point qu'on a d&#251; fermer notre ligne &#8211; les secr&#233;taires &#233;taient traumatis&#233;es &#224; force d'entendre des horreurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'orgue de cette campagne de haine attis&#233;e de l'ext&#233;rieur, la journ&#233;e du 13 novembre 2015, quand sont d&#233;couverts des tags appelant au meurtre des migrants sur le ch&#226;teau, ainsi que des inscriptions traitant G&#233;rard Dubois de collabo sur un pont autoroutier des environs. Dans la soir&#233;e, la pr&#233;fecture appelle le maire pour le pr&#233;venir : alerte maximum, il y a une attaque terroriste au Bataclan et &#231;a pourrait titiller les fachos qui le ha&#239;ssent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation s'est depuis largement apais&#233;e, les habitants d&#233;couvrant rapidement que les migrants sont des gens comme les autres. Mais il subsiste une certaine crispation. Il faut dire que le combat du maire de Pessat a fait de lui une cible prioritaire pour les tenants de la France aux Fran&#231;ais. Il en a bien conscience, s'en amuse presque : &#171; &lt;i&gt;J'ai encore re&#231;u une lettre anonyme il y a trois jours, selon laquelle j'&#233;tais l'ennemi du peuple fran&#231;ais et de la race blanche. Cela ne s'est jamais vraiment arr&#234;t&#233;. Je sais bien quelles sont les id&#233;es de ces gens. Mais la plupart du temps je parviens &#224; en rigoler, &#224; ne pas rester bloqu&#233; sur leur violence. Et je sais bien que c'est aussi li&#233; &#224; ma personnalit&#233; : j'ai tendance &#224; aimer provoquer, &#224; r&#233;pondre du tac au tac. Et j'assume mes positions, je ne les cache pas. C'est &#231;a qui les fait enrager.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site &lt;i&gt;Riposte la&#239;que&lt;/i&gt;, nid &#224; racistes d&#233;complex&#233;s, a ainsi consacr&#233; une longue diatribe &#224; ce maire droit dans ses bottes juste avant le premier tour des municipales. Son titre : &#171; Pessat-Villeneuve : &#233;lecteurs, virez votre maire &#224; migrants, G&#233;rard Dubois &#187;. En une prose toute raffin&#233;e, l'auteur, un certain Brenton Anders, qui se d&#233;finit comme &#171; &lt;i&gt;Fran&#231;ais de France en France&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(uhuh)&lt;/i&gt;, s'offusque que soient accueillis des &#171; occupants &#187; et &#171; &lt;i&gt;des d&#233;serteurs de leur pays venus se la couler douce en France&lt;/i&gt; &#187;. Pour en finir avec ce scandale, il appelait &#224; jouer sur le &#171; &lt;i&gt;panachage&lt;/i&gt; &#187; des voix, possibilit&#233; de rayer le nom d'un candidat d'une liste offerte aux &#233;lecteurs des communes de moins de 1 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#226;p&#233; : seule &#224; se pr&#233;senter car les branquignols d'extr&#234;me droite n'ont pas r&#233;ussi &#224; s'organiser, la liste du maire est facilement pass&#233;e au premier tour&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur sa liste, G&#233;rard Dubois est tout de m&#234;me celui qui a obtenu le moins de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Cheh&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le bulletin municipal 2019&lt;/strong&gt;, G&#233;rard Dubois, plume all&#232;gre et bavarde, s'enflamme : &#171; &lt;i&gt;Le record de 2018 vient d'exploser puisque nous passons de 618 &#224; 656 habitants, et ce record n'a pas fini de tomber car les projets que je vais d&#233;velopper vont vous montrer que vous avez fait le bon choix.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bond est m&#233;ritoire, c'est vrai. Mais il n'en reste pas moins que 650 et des poussi&#232;res, c'est pas b&#233;zef. Et que Pessat-Villeneuve, bourgade r&#233;sidentielle paum&#233;e dans les champs surtout peupl&#233;e de cadres de Michelin (la grosse industrie du coin) et de CSP +, ne d&#233;gage pas une &#233;nergie folle. Il y a un ch&#226;teau, un menhir et une &#233;cole au nom fort symbolique : &#171; Arc-en-ciel &#187;. Pour le reste : rien. Pas m&#234;me un troquet, bordel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute l'une des raisons qui ont pouss&#233; le maire, un tantinet m&#233;galo, &#224; ruer dans les brancards. Non content de faire accueillir des centaines de personnes migrantes depuis 2015, il a inaugur&#233; dans l'entr&#233;e du ch&#226;teau &#8211; o&#249; est install&#233;e la mairie depuis 2018 &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le b&#226;timent appartenait auparavant au comit&#233; d'entreprise d'Air France.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; un Parvis des droits de l'homme... et des r&#233;fugi&#233;s, comportant quelques plaques et pancartes rappelant les principes &#233;dict&#233;s dans la Convention de Gen&#232;ve du 28 juillet 1951.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif : faire de Pessat le symbole d'une cohabitation r&#233;ussie entre populations locales et nouveaux arrivants. Ce n'&#233;tait pas gagn&#233;. Lors de la premi&#232;re r&#233;union publique consacr&#233;e &#224; l'arriv&#233;e des nouveaux venus, organis&#233;e sous protection polici&#232;re, une habitante a ainsi exprim&#233; sa peur qu'ils ne violent ses enfants. L'assembl&#233;e n'a pas tard&#233; &#224; se d&#233;chirer. Jusqu'&#224; ce qu'une personne pose la question : &#171; &lt;i&gt;Mais au fait, eux, comment ils vont&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Dans la foul&#233;e, raconte G&#233;rard Dubois, le regard collectif s'est d&#233;centr&#233; et les bonnes volont&#233;s se sont manifest&#233;es : une instit' a propos&#233; de donner des cours de fran&#231;ais, d'autres ont sugg&#233;r&#233; diverses activit&#233;s. Quelques jours apr&#232;s, il y avait plus de cinquante b&#233;n&#233;voles investis dans l'accueil des nouveaux venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la mairie, il y a un grand parc agr&#233;able, avec des aires de jeu, des arbres, de l'espace. C'est l&#224; qu'ont &#233;t&#233; construits il y a un bail cinq grands pavillons, qui peuvent accueillir chacun vingt-cinq personnes, en semi-collectivit&#233; (cuisine et salle de bain partag&#233;es). L'association qui g&#232;re les lieux dans des bureaux mitoyens s'appelle la Cecler. Elle a pris la suite de Forum r&#233;fugi&#233;s, mandat&#233;e pour les premi&#232;res arriv&#233;es. Le boulot est &#224; la fois simple et compliqu&#233;, explique Alexandre, qui est employ&#233; sur place et se montre d'un enthousiasme notable, parfois teint&#233; d'un certain paternalisme : &#171; &lt;i&gt;Nous, on veut d&#233;velopper l'autonomie des gens qui transitent par ici. L'id&#233;al, c'est qu'ils se passent de nous. Ils restent une dizaine de mois puis on les aide &#224; se loger dans la r&#233;gion et &#224; chercher du boulot. On trouve des solutions, pas toujours l'id&#233;al mais au moins on avance.&lt;/i&gt; &#187; Et de citer l'exemple d'un des jeunes hommes log&#233;s ici, qui se forme &#224; la boulangerie dans le commerce du village voisin, qu'il rejoint tous les jours en v&#233;lo : &#171; &lt;i&gt;Le patron est &#233;pat&#233; par son &#233;nergie, &#231;a se passe super bien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, environ soixante-dix personnes s&#233;journent dans les pavillons. Contrairement aux premiers arriv&#233;s de 2015, la plupart ont obtenu le statut de r&#233;fugi&#233; ; ils viennent d'&#201;rythr&#233;e ou du Soudan, pays qu'ils ont fuis essentiellement pour &#233;viter la guerre ou le service militaire. Beaucoup ont transit&#233; par des camps au Niger ou au Tchad apr&#232;s avoir connu les emb&#251;ches de l'&#201;thiopie et de la Libye, y poireautant de longs mois dans une mis&#232;re extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi, cinq jeunes profitent du soleil sur la pelouse. Tous viennent d'&#201;rythr&#233;e. Le dialogue lanc&#233;, ils se d&#233;clarent ravis d'&#234;tre ici, d'entrevoir une normalisation de leur situation. Ils veulent bosser, dans le b&#226;timent ou l'agriculture, peu importe, mais c'est la premi&#232;re des choses qu'ils disent : du taf, voil&#224; le r&#234;ve. L'un d'eux propose de visiter leur pavillon. Dans le salon, la t&#233;l&#233;vision diffuse une &#233;mission de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; qu'ils ne regardent pas, trop affair&#233;s &#224; discuter de gastronomie &#233;rythr&#233;enne en servant aux invit&#233;s un verre de th&#233; au citron et une assiette de cacahu&#232;tes. Il para&#238;t que les cr&#234;pes l&#224;-bas sont de premi&#232;re. Et pour l'avenir, ils semblent confiants, m&#234;me s'ils s'emmerdent un peu dans le coin, forc&#233;ment &#8211; les ateliers, cours et parties de foot ne suffisent pas toujours &#224; remplir les journ&#233;es. Comme les employ&#233;s de la Cecler, ils ont une philosophie bien pos&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Step by step&lt;/i&gt; &#187; (&#171; pas &#224; pas &#187;), r&#233;sume l'un d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie du centre, une employ&#233;e discute avec une femme soudanaise de la meilleure mani&#232;re de confectionner des masques d'argile et des cr&#232;mes de beaut&#233; en n'utilisant que des produits naturels. Un b&#233;n&#233;vole passe pour presser le mouvement : si elle veut aller faire les courses au supermarch&#233; aujourd'hui, c'est maintenant ou jamais. D&#233;cision est alors prise qu'un atelier sera consacr&#233; &#224; ces questions &#233;colo-cosm&#233;tiques dans la semaine. Charg&#233; d'une poign&#233;e de r&#233;sidents, le minibus s'envole vers le magasin et la civilisation marchande.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; la mairie.&lt;/strong&gt; Il est touchant, G&#233;rard Dubois. &#201;voquant le d&#233;part des premiers accueillis de 2015, il raconte avoir pleur&#233; &#224; chaudes larmes, tout comme nombre de ses ex-h&#244;tes. M&#234;me r&#233;action lacrymale lors du premier mariage entre deux r&#233;fugi&#233;s qu'il a c&#233;l&#233;br&#233; lui-m&#234;me, en 2019. Au fond, il s'en fout un peu de ce qu'on pense de lui, s'en revendique m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Je suis un tar&#233;, pas un maire normal.&lt;/i&gt; &#187; Sa derni&#232;re id&#233;e : monter un caf&#233;-&#233;picerie qui serait tenu par des r&#233;fugi&#233;s, jouer sur cette dynamique qui pourrait donner vie &#224; Pessat et encourager dans la r&#233;gion cet objectif formul&#233; par Alexandre : &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; lever les repr&#233;sentations erron&#233;es sur les r&#233;fugi&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, G&#233;rard Dubois se f&#233;licite chaque jour d'avoir initi&#233; ce mouvement collectif et impos&#233; l'id&#233;e &#224; son conseil municipal et aux habitants de la bourgade : &#171; &lt;i&gt;On m'avait promis que le ch&#226;teau serait br&#251;l&#233;, qu'il y aurait des d&#233;tritus partout, des violences, des viols, mais on n'a jamais eu le moindre pwrobl&#232;me de ce genre.&lt;/i&gt; &#187; Si les habitants sont d&#233;sormais convaincus ? Pas tous, r&#233;pond-t-il : il reste des irr&#233;ductibles, mais la plupart auraient r&#233;vis&#233; leur jugement et s'accommoderaient fort bien de la situation. Seuls les fachos continuent &#224; diagnostiquer une invasion aux cons&#233;quences catastrophiques. Le fin mot de l'histoire : &#171; &lt;i&gt;Les extr&#233;mistes font du bruit, pas les gens solidaires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Emilien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur sa liste, G&#233;rard Dubois est tout de m&#234;me celui qui a obtenu le moins de votes, seulement 177 suffrages sur 260 votants. Il n'emp&#234;che : ce sera bien lui le maire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le b&#226;timent appartenait auparavant au comit&#233; d'entreprise d'Air France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand l'art fait rempart</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diletta Moscatelli</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>habitants</dc:subject>
		<dc:subject>MAAM</dc:subject>
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		<dc:subject>l'ancienne usine</dc:subject>
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		<dc:subject>Metropoliz</dc:subject>
		<dc:subject>visiteurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a des usines de charcuterie qui connaissent un bien &#233;trange destin. Celle de la fabrique Fiorucci, situ&#233;e en banlieue Est de Rome et &#224; l'abandon depuis vingt ans, a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e en 2009 par un groupe de 200 migrants, pr&#233;caires et sans-abri. Puis au fil des ans, ce squat d'habitation, le Metropoliz, s'est transform&#233; en gigantesque &#339;uvre d'art collective et en mus&#233;e autog&#233;r&#233;. Visite guid&#233;e. Rome, juillet 2016. Cela fait deux mois que je suis h&#233;berg&#233;e au Metropoliz. Ce soir, il fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a des usines de charcuterie qui connaissent un bien &#233;trange destin. Celle de la fabrique Fiorucci, situ&#233;e en banlieue Est de Rome et &#224; l'abandon depuis vingt ans, a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e en 2009 par un groupe de 200 migrants, pr&#233;caires et sans-abri. Puis au fil des ans, ce squat d'habitation, le Metropoliz, s'est transform&#233; en gigantesque &#339;uvre d'art collective et en mus&#233;e autog&#233;r&#233;. Visite guid&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH436/-1432-e6655.jpg?1782679603' width='400' height='436' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;ome, juillet 2016. Cela fait deux mois que je suis h&#233;berg&#233;e au Metropoliz. Ce soir, il fait tr&#232;s chaud. Tellement que beaucoup des 200 habitants restent dans la cour de l'ancienne usine, en qu&#234;te d'un peu de fra&#238;cheur. Pour la premi&#232;re fois, j'ose sortir mon enregistreur &#8211; quelque chose m'en avait emp&#234;ch&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. Les habitants y sont pourtant habitu&#233;s : les visiteurs sont nombreux, qui passent, posent des questions, prennent des photos et tournent des vid&#233;os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq enfants roms s'assoient &#224; c&#244;t&#233; de moi, sur une marche en b&#233;ton contre le mur de l'usine, un peu &#224; l'&#233;cart du va-et-vient d'adultes parlant en rouman&#236;. Ils ont accept&#233; d'&#234;tre interview&#233;s collectivement. Sans doute parce que je les connais bien : je ne cesse de les croiser dans la cour. Mais c'est la premi&#232;re fois que je les sens intimid&#233;s. Ils ont d'ordinaire le contact tr&#232;s facile, y compris avec les adultes, mais voil&#224; qu'ils n'osent plus dire un mot. L'enregistreur fait barri&#232;re. Et je me sens g&#234;n&#233;e de le leur imposer, comme si je profitais de l'intimit&#233; qui s'est cr&#233;&#233;e entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je les questionne quand m&#234;me &#8211; je tiens beaucoup &#224; recueillir leur sentiment sur cette initiative hors-norme qu'est le Museo dell'Altro e dell'Altrove di Metropoliz (en un acronyme, le MAAM). Qu'est-ce que les habitants en pensent ? Aimeraient-ils que les horaires de visite ne soient pas seulement limit&#233;s au samedi ? Les visiteurs empi&#232;tent-ils parfois sur leurs espaces de vie ? Le plus &#224; l'aise des enfants me r&#233;pond au nom des autres. M'explique qu'ils ne se sentent pas trop concern&#233;s par le mus&#233;e, mais que les visiteurs ne les d&#233;rangent pas. Et que non, ils n'ont jamais pens&#233; &#224; devenir guide ou artiste. C'est vrai, j'avais oubli&#233; : ils seront tous footballeurs. En attendant, ils se disent bien ici &#8211; il ne manque qu'une grande piscine et une salle de jeux vid&#233;o pour que ce soit parfait. Et ils l'assurent : le mus&#233;e est tr&#232;s important pour les habitants, parce qu'il leur permet de &#171; &lt;i&gt;rester dans leurs logements&lt;/i&gt; &#187;. S'ils n'ont pas &#233;t&#233; expuls&#233;s, c'est &#171; &lt;i&gt;gr&#226;ce aux dessins&lt;/i&gt; &#187;. Et &#224; tous ces visiteurs &#171; &lt;i&gt;qui viennent les voir&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entr&#233;es &#224; prix libre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de parler de &#171; dessins &#187;, il faut en dire plus sur ce lieu &#224; part. Son histoire a d&#233;but&#233; en 2009, quand un groupe de 200 migrants, pr&#233;caires et sans-abri, soutenus par le mouvement des Blocchi Precari Metropolitani, a d&#233;cid&#233; d'occuper une ancienne usine de charcuterie d&#233;saffect&#233;e depuis plus de vingt ans, dans la banlieue est de Rome. L'ex-fabrique Fiorucci, sur la rue Prenestina, la route principale du quartier Tor Sapienza, avait &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e depuis un moment : elle ferait un lieu id&#233;al o&#249; habiter le monde. Notamment &#224; cause de sa taille : l'ancienne usine s'&#233;tend sur 15 000 m&#232;tres carr&#233;s. Elle est constitu&#233;e de plusieurs structures, qui remplissaient diverses fonctions (enclos &#224; cochons, abattoirs, cellules r&#233;frig&#233;rantes, labo de production, stockage). Et est entour&#233;e d'un large mur d'enceinte, interrompu en son c&#244;t&#233; sud par le portail vert de l'entr&#233;e principale. Sur ce dernier, plein de bo&#238;tes aux lettres aux noms des habitants, t&#233;moignant de leurs origines tr&#232;s diverses &#8211; Italie, Roumanie, P&#233;rou, Maroc, &#201;rythr&#233;e, &#201;thiopie, Saint-Domingue, Soudan...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tr&#232;s grande majorit&#233; d'entre eux r&#233;side ici depuis le d&#233;but &#8211; il n'y a pas eu d'arrivants en huit ans, sinon des nouveau-n&#233;s et des membres de familles d&#233;j&#224; install&#233;es rejoignant leurs proches. Tous logent dans de petites maisonnettes de bric et de broc, certaines construites autour de la structure principale, d'autres &#224; l'int&#233;rieur. Les conditions de vie n'y sont pas toujours faciles. La chaleur, l'&#233;t&#233;. L'humidit&#233;, l'hiver. L'absence de chauffage. Une &#233;lectricit&#233; parfois d&#233;faillante. Et la d&#233;brouille, toujours. De nombreux occupants ont un petit boulot &#8211; ils font des m&#233;nages, gardent des enfants, vendent des bricoles &#8211; mais personne ne roule sur l'or. Quant aux Roms, beaucoup passent leur journ&#233;e &#224; r&#233;colter de la ferraille pour la revendre. Le samedi, une dizaine d'habitants s'occupent du mus&#233;e, pour son ouverture hebdomadaire au public. Ils se chargent du m&#233;nage, des cuisines, de l'accueil des visiteurs. Pour r&#233;tribution, ils se partagent les euros r&#233;colt&#233;s &#224; l'entr&#233;e (&#224; prix libre) et &#224; la cantine &#8211; voil&#224; le seul argent g&#233;n&#233;r&#233; par le MAAM.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#338;uvre d'art collective&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce mus&#233;e &#224; part s'est progressivement impos&#233;e au fil des ans. Le m&#233;rite en revient notamment &#224; un documentaire, &lt;i&gt;Space Metropoliz&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 2011 et 2012 par Giorgio de Finis et Fabrizio Boni. Dans le cadre du tournage, nombre d'artistes sont venus contribuer gratuitement &#224; la valorisation esth&#233;tique du lieu, en cr&#233;ant des &#339;uvres sur les murs de l'usine. La participation a &#233;t&#233; telle que les r&#233;alisateurs ont ensuite d&#233;cid&#233;, avec l'accord des habitants, d'en faire un mus&#233;e ouvert au public. Le MAAM, donc. Pas un mus&#233;e au rabais, hein : sa collection affiche la bagatelle de 500 &#339;uvres. Et elle constitue une v&#233;ritable barricade artistique. D'autant que certaines cr&#233;ations sont le fait d'artistes b&#233;n&#233;ficiant d'une reconnaissance certaine &#8211; y compris financi&#232;re &#8211; sur le march&#233; de l'art. C'est l&#224; l'un des int&#233;ressants courts-circuits dont joue le MAAM : il se sert de la sp&#233;culation artistique pour mettre en &#233;chec la sp&#233;culation immobili&#232;re. Une tactique &#224; laquelle a eu aussi recours, entre autres, le centre social occup&#233; XM24 &#224; Bologne, menac&#233; d'expulsion et recouvert d'une magnifique &#339;uvre du street-artiste Blu en 2013 &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Las, la protection n'a eu qu'un temps. En mars 2016, Blu a d&#233;cid&#233; d'effacer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne usine est ainsi devenue &#339;uvre d'art collective, part vivante du patrimoine public. Ce qui complique la t&#226;che de qui voudrait expulser les habitants. C'est pourtant l'intention du propri&#233;taire des lieux, qui souhaite raser l'ancienne usine pour b&#226;tir des r&#233;sidences modernes. Pour l'instant, il en est pour ses frais : difficile d'envoyer des pelleteuses d&#233;truire des &#339;uvres d'art. &#199;a fait mauvais effet... Difficile, mais pas impossible : la menace d'expulsion plane toujours. Et un proc&#232;s est aussi en cours contre quatre des occupants pour vol d'&#233;lectricit&#233;. Bref, rien n'est gagn&#233;. L'art fait rempart, mais ne r&#233;sout pas tous les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prendre position&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au MAAM, pas question d'argent. Tous les artistes pr&#233;sents s'y sont investis b&#233;n&#233;volement. Et le lieu n'a jamais b&#233;n&#233;fici&#233; de quelque financement que ce soit, priv&#233; ou public. &#171; &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, chaque artiste signe avec son &#339;uvre une p&#233;tition virtuelle en faveur de Metropoliz, &lt;/i&gt;souligne Giorgio de Finis, d&#233;sormais curateur du mus&#233;e. &lt;i&gt;Il prend ainsi position contre la pr&#233;carit&#233; de la vie, pour le droit au logement, la libert&#233; de mouvement, la beaut&#233;, l'art et la culture pour tou.te.s.&lt;/i&gt; &#187; En clair, l'art se retrouve v&#233;ritablement inscrit dans la r&#233;alit&#233;. Ainsi que dans ses dommages &#233;ventuels : pas question de prot&#233;ger les &#339;uvres. Les artistes acceptent de fait qu'elles puissent &#234;tre endommag&#233;es. Ab&#238;m&#233;es par le jet de ballon d'un enfant, d&#233;color&#233;es par le soleil ou encore d&#233;t&#233;rior&#233;es par une fuite d'eau impr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question. Si les artistes expos&#233;s acceptent que leur travail soit mis au service d'une grande &#339;uvre collective, et s'ils le font b&#233;n&#233;volement, certains tirent quand m&#234;me profit de la visibilit&#233; d&#233;sormais assur&#233;e par le MAAM. En filigrane, une interrogation pointe : l'art se met-il r&#233;ellement au service de ce b&#226;timent occup&#233; et de ses habitants ? N'existe-t-il pas un risque que ce soit l'inverse &#8211; le c&#244;t&#233; urbain du squat, avec ses occupants pauvres et marginalis&#233;s, servant d'&#233;crin &#171; exotique &#187; aux &#339;uvres d'art ? Le doute existe. Mais ce qui est s&#251;r, c'est qu'au MAAM se rencontrent, se croisent et souvent s'&#233;crasent nombre des contradictions de notre r&#233;alit&#233; contemporaine. Le centre et la p&#233;riph&#233;rie. Le &#171; haut &#187; de l'art et le &#171; bas &#187; des bidonvilles. La richesse et la pauvret&#233;. Une coexistence des extr&#234;mes en mouvement constant. Mais avec toujours cette id&#233;e de mettre l'art au service des luttes, de le pousser &#224; prendre position. C'est d&#233;j&#224; beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Diletta Moscatelli&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Las, la protection n'a eu qu'un temps. En mars 2016, Blu a d&#233;cid&#233; d'effacer toute trace de ses vingt ann&#233;es d'interventions &#224; Bologne, recouvrant ses &#339;uvres (et il y en avait beaucoup) de peinture grise. L'artiste entendait protester contre la &#171; th&#233;saurisation priv&#233;e &#187; du street-art. Quant au centre social XM24, son expulsion &#233;tait annonc&#233;e pour le 30 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Leur cit&#233; va craquer</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Leur-cite-va-craquer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Leur-cite-va-craquer</guid>
		<dc:date>2019-11-25T09:19:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>L'eau</dc:subject>
		<dc:subject>locataires</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Si vous allez &#224; Air Bel, on vous racontera l'eau contamin&#233;e, l'habitat plus qu'indigne, les bailleurs sociaux qui camouflent les probl&#232;mes et la mairie qui s'en fout. 6 900 habitants, 1 200 logements sociaux, une pauvret&#233; structurelle mais une furieuse envie de prendre les choses en main. Reportage dans les quartiers Est de Marseille. Ce matin encore, les habitants se sont r&#233;veill&#233;s au milieu des flaques d'eau. Il a plu &#8211; m&#234;me dans les halls d'immeuble et les appartements. La veille, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bailleurs-sociaux" rel="tag"&gt;bailleurs sociaux&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bel" rel="tag"&gt;Bel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/batiment" rel="tag"&gt;b&#226;timent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si vous allez &#224; Air Bel, on vous racontera l'eau contamin&#233;e, l'habitat plus qu'indigne, les bailleurs sociaux qui camouflent les probl&#232;mes et la mairie qui s'en fout. 6 900 habitants, 1 200 logements sociaux, une pauvret&#233; structurelle mais une furieuse envie de prendre les choses en main. Reportage dans les quartiers Est de Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH299/-1363-f410a.jpg?1782672704' width='500' height='299' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e matin encore, les habitants se sont r&#233;veill&#233;s au milieu des flaques d'eau. Il a plu &#8211; m&#234;me dans les halls d'immeuble et les appartements. La veille, c'&#233;tait la purge des radiateurs qui avait provoqu&#233; d'&#233;normes fuites. &#192; Air Bel, d&#233;dale de b&#226;timents domin&#233; par quatre tours de 18 &#233;tages, l'habitat est largement d&#233;grad&#233;, insalubre. Construite au d&#233;but des ann&#233;es 1970, la cit&#233; a &#233;chapp&#233; &#224; tous les grands plans de r&#233;novation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mardi 22 octobre, Djamila Haouache revient d'un rendez-vous avec Logirem, l'un des trois bailleurs sociaux de la r&#233;sidence : &#171; &lt;i&gt;Les probl&#232;mes s'accumulaient, il fallait r&#233;agir et se d&#233;fendre.&lt;/i&gt; &#187; Djamila est la pr&#233;sidente de l'association &#171; Il fait bon vivre dans ma cit&#233; &#187;, qui lutte pour les habitants depuis 2013, au c&#244;t&#233; de l'Amicale des locataires. Sur son bureau, des piles de dossiers s'entassent. Et sur son planning, les rendez-vous s'encha&#238;nent : &#171; &lt;i&gt;Ce matin, on m'a appel&#233;e parce que de l'eau s'infiltre dans les murs du b&#226;timent 65. &#199;a p&#232;te de partout dans les parties communes. Alors je signale, encore et toujours&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Djamila court apr&#232;s le temps. Elle pr&#233;vient : &#171; &lt;i&gt;&#192; 14 h, je dois m'occuper de l'installation de Madame Timolis dans son nouvel appartement.&lt;/i&gt; &#187; Pour cette discr&#232;te sexag&#233;naire d'origine ha&#239;tienne, c'est un jour important : elle va enfin quitter son sous-sol humide, o&#249; grouillent rats et champignons. L'insalubrit&#233; du logement avait &#233;t&#233; constat&#233;e depuis belle lurette, mais les bailleurs ont fait tra&#238;ner le dossier. Ces derni&#232;res ann&#233;es, &#171; &lt;i&gt;elle &#233;tait tellement mal qu'elle &#233;tait devenue grise, cette dame. Tu te rends compte&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traquer les bailleurs sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Air Bel, les bailleurs savent faire la sourde oreille. Pour les locataires, chaque dol&#233;ance est une bataille. &#171; &lt;i&gt;En novembre 2018, une dalle a boug&#233; dans un b&#226;timent, &#233;crasant le conduit d'une colonne et provoquant une fuite importante. Dans un cas normal, on aurait enclench&#233; un plan d'urgence pour que les gens puissent au moins se chauffer et faire la cuisine. Mais ici non, les habitants sont rest&#233;s sans gaz pendant un mois.&lt;/i&gt; &#187; Il a fallu trois semaines pour que les bailleurs consentent &#224; fournir des plaques &#233;lectriques de d&#233;pannage, que Djamila est elle-m&#234;me all&#233;e chercher : &#171; &lt;i&gt;Si je ne l'avais pas fait, personne ne les aurait apport&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boulot &#8211; b&#233;n&#233;vole &#8211; de Djamila et ses deux complices, Kader et Idah : pallier les carences des bailleurs. &#171; &lt;i&gt;Je m'occupe des mutations de locataires, pour des questions d'insalubrit&#233; ou de surpopulation, ou les deux en m&#234;me temps&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, reprend Djamila. Deux ans de bagarre pour qu'une dame, qui a tout quitt&#233; pour &#233;chapper aux coups de son mari, soit log&#233;e dans un T3 vacant du b&#226;timent 41. Apr&#232;s avoir sollicit&#233; plusieurs fois le bailleur, elle se serait entendu r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sol&#233;e, Madame, on ne sait pas qui vous &#234;tes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du m&#233;pris, Djamila parle aussi de &#171; &lt;i&gt;filouterie&lt;/i&gt; &#187;. Et raconte l'histoire d'une jeune femme &#224; la recherche d'un appartement. Un employ&#233; d'un des bailleurs sociaux lui aurait dit sans d&#233;tour : &#171; &lt;i&gt;Tu veux ce T4 ? T'as qu'&#224; me glisser des biftons sous la table.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;David contre Goliath&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fait bon vivre dans ma cit&#233; &#187; recense tous les maux du quartier et fait pression, autant que possible. &#171; &lt;i&gt;Dans ce b&#226;timent,&lt;/i&gt; d&#233;signe Djamila, &lt;i&gt;les habitants se plaignent que les murs ont boug&#233;. Une des locataires n'arrive m&#234;me plus &#224; fermer sa fen&#234;tre. Logirem lui avait promis de la muter dans un autre appartement en f&#233;vrier 2019&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bailleurs et services municipaux se d&#233;placent rarement pour constater les probl&#232;mes. Cons&#233;quence : quand ils peuvent, les habitants les r&#232;glent eux-m&#234;mes. Cet &#233;t&#233;, des locataires ont ainsi d&#233;broussaill&#233; les ronds-points de la cit&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Marseille : la Ville laisse Air Bel en friche, les locataires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En un mois, plus de dix accidents s'y &#233;taient produits, faute de visibilit&#233;, avec des herbes de plus de deux m&#232;tres de haut... M&#234;me inaction lorsqu'une invasion de punaises de lit a pouss&#233; des habitants &#224; quitter leur appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur combat titanesque, Djamila, Kader et Idah ont une alli&#233;e. Lisa, membre du collectif d'audiovisuel Primitivi, intervient dans diff&#233;rentes associations de d&#233;fense de locataires et notamment ici, &#224; Air Bel. Son mode d'action : filmer les dysfonctionnements du b&#226;ti et pr&#233;ciser point par point les attentes des locataires. &#171; &lt;i&gt;Les bailleurs suivent de pr&#232;s ces vid&#233;os diffus&#233;es sur le Facebook de l'association,&lt;/i&gt; affirme Lisa. &lt;i&gt;Ils engagent des travaux de surface pour &#233;viter que les affaires sortent dans la presse...&lt;/i&gt; &#187; T&#233;moin privil&#233;gi&#233; de la lassitude des locataires, elle recueille aussi leurs inqui&#233;tudes : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup me parlent de cas de cancers.&lt;/i&gt; &#187; Pour en avoir le c&#339;ur net, Lisa a tent&#233; de convaincre le seul centre m&#233;dical de la cit&#233; de rendre publics des documents attestant de probl&#232;mes de sant&#233; li&#233;s &#224; l'insalubrit&#233;. Sur la liste des accus&#233;s : champignons pathog&#232;nes pr&#233;sents dans l'eau froide et responsables de gastros ou de probl&#232;mes pulmonaires, eau chlor&#233;e pouvant provoquer irritations, psoriasis, voire cancers de la vessie, et surtout, dans l'eau chaude, des l&#233;gionelles &#8211; bact&#233;ries pouvant entra&#238;ner une affection pulmonaire mortelle. Lisa raconte que deux jours apr&#232;s lui avoir donn&#233; son accord, le centre s'est r&#233;tract&#233;, sans doute par peur de perdre ses locaux, lou&#233;s par Logirem.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'eau contamin&#233;e et le fant&#244;me d'Air Bel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on aborde la pr&#233;sence de l&#233;gionelles dans les canalisations d'Air Bel, la voix de Djamila se fait plus fragile. En 2011, sa s&#339;ur a &#233;t&#233; infect&#233;e &#224; son domicile par ces dangereuses bact&#233;ries. Elle en garde encore de s&#233;rieuses s&#233;quelles. Six ans plus tard, c'est son fr&#232;re Hamid, p&#232;re de famille de 45 ans, qui a &#233;t&#233; contamin&#233;. Il en est mort en ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite au d&#233;c&#232;s d'Hamid Haouache, les trois bailleurs engagent enfin une campagne de chloration, font poser de filtres antibact&#233;riens et r&#233;nover des canalisations. &#171; &lt;i&gt;Pour moi, rien n'a &#233;t&#233; fait, ou alors de fa&#231;on tr&#232;s superficielle avec du mat&#233;riel de mauvaise qualit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce Djamila. Du reste, certains ouvriers auraient confi&#233; aux habitants que les travaux men&#233;s &#233;taient insuffisants, leur conseillant m&#234;me de ne pas boire l'eau du robinet. Pourtant, se souvient Djamila, le 25 octobre 2017, les locataires ont re&#231;u une note lapidaire du bailleur Unicil, qui leur jurait que &#171; &lt;i&gt;l'eau du robinet peut &#234;tre consomm&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Mais en 2018, des pr&#233;l&#232;vements r&#233;v&#232;lent des taux 80 fois sup&#233;rieurs &#224; la norme dans le b&#226;timent 5, o&#249; une certaine Mme Grima a subi trois contaminations aux l&#233;gionelles. Djamila refuse toujours de boire l'eau du robinet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Slimani, l'avocate de l'association, a r&#233;uni plus de 250 plaintes de locataires contre les bailleurs sociaux. Le 28 juin 2018, un expert judiciaire est d&#233;sign&#233; pour contr&#244;ler la qualit&#233; de l'eau. Les derniers r&#233;sultats en date sont n&#233;gatifs &#8211; pas de l&#233;gionelles. Les locataires attendent de nouveaux tests.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les cache-mis&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le mod&#232;le de la campagne de ravalements de fa&#231;ades que la mairie de Marseille a poursuivie dans le centre-ville malgr&#233; le drame de la rue d'Aubagne, &#224; Air Bel on r&#233;alise des travaux pour planquer la mis&#232;re. Lisa montre un faux plafond en plastique install&#233; sous les coursives d'un b&#226;timent. Infiltr&#233; par l'eau, il s'effrite et se d&#233;lite. M&#234;me camouflage avec l'installation de dalles carr&#233;es sur les murs de certains appartements : les fissures qu'elles dissimulent commen&#231;aient &#224; s&#233;rieusement inqui&#233;ter les habitants. Pas s&#251;r qu'ils soient rassur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune femme d'une association d'architectes fait son entr&#233;e dans le local. &#171; &lt;i&gt;On est de retour le 22 octobre&lt;/i&gt; &#187;, titre l'affiche A4 qu'elle vient poser sur la porte. Chouette. L'id&#233;e de l'intervention : prendre des pinceaux et rendre la signal&#233;tique plus &#171; jolie &#187; dans la cit&#233;. Les gens qui financent cette intervention ? Les m&#234;mes qui ignorent constamment les locataires : Logirem, Unicil, Erilia, la Ville, la R&#233;gion, la M&#233;tropole. Si la jeune femme en question semble avoir ses faveurs, Djamila prend un ton plus dur pour parler de toutes les associations qu'elle qualifie de &#171; &lt;i&gt;bidons&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils viennent ici faire des missions de &#8220;civisme&#8221;... En r&#233;alit&#233;, ils veulent juste &#233;couler leurs subventions.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 14 h. Mme Timoulis, toute coquette, arrive au local, sourire aux l&#232;vres et le teint moins gris. Djamila doit lui faire signer les papiers pour qu'elle int&#232;gre son nouvel appartement. Le bon d'entr&#233;e est pr&#234;t &#224; &#234;tre imprim&#233;. &#171; &lt;i&gt;Et merde, l'imprimante marche plus...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Marseille : la Ville laisse Air Bel en friche, les locataires d&#233;broussaillent &#187;, &lt;i&gt;La Marseillaise &lt;/i&gt;(15/07/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les oubli&#233;s du fleuve</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'enclavement du sud de la Guyane (quinze jours sans Internet) a emp&#234;ch&#233; CQFD d'inclure &#224; son dossier Dom-Tom du mois de juin le point de vue de Thibaut Lemi&#232;re. Cet instituteur syndiqu&#233; &#224; Sud-&#201;ducation a particip&#233; &#224; la grande gr&#232;ve du printemps, ainsi qu'aux n&#233;gociations de Cayenne. Voici son t&#233;moignage en diff&#233;r&#233;. &#171; Le mouvement social du printemps est arriv&#233; chez nous avec un certain retard, vu notre isolement. Il n'y a pas de route, on ne peut venir &#224; Maripasoula qu'en avion ou en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'enclavement du sud de la Guyane (quinze jours sans Internet) a emp&#234;ch&#233; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; d'inclure &#224; son dossier Dom-Tom du mois de juin le point de vue de Thibaut Lemi&#232;re. Cet instituteur syndiqu&#233; &#224; Sud-&#201;ducation a particip&#233; &#224; la grande gr&#232;ve du printemps, ainsi qu'aux n&#233;gociations de Cayenne. Voici son t&#233;moignage en diff&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH352/-1333-9075d.jpg?1782829562' width='500' height='352' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Globe Trottoir
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; L&lt;/span&gt;&lt;i&gt;e mouvement social du printemps est arriv&#233; chez nous avec un certain retard, vu notre isolement. Il n'y a pas de route, on ne peut venir &#224; Maripasoula qu'en avion ou en pirogue. Et les t&#233;l&#233;coms, comme tout le service public, laissent grandement &#224; d&#233;sirer, encore plus que sur la c&#244;te.&lt;/i&gt; &#187; Thibaut Lemi&#232;re est professeur des &#233;coles dans &#171; &lt;i&gt;la commune fran&#231;aise la plus &#233;tendue, mais aussi la moins peupl&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, situ&#233;e au sud-ouest de la Guyane. Originaire de m&#233;tropole, il a pr&#233;c&#233;demment enseign&#233; &#224; Mayotte. Et a fait partie de la d&#233;l&#233;gation envoy&#233;e fin mars &#224; Cayenne par le Collectif Lawa, regroupant les habitants du fleuve Maroni, pour n&#233;gocier avec la ministre des Outre-Mer. &#171; &lt;i&gt;Nous avons rejoint la gr&#232;ve sur le tard, mais notre mouvement a &#233;t&#233; plus populaire et uni, plus homog&#232;ne que sur le littoral, o&#249; le patronat local (TPE et PME) tenait assez fermement les r&#234;nes du m&#233;contentement. Sans oublier les revendications s&#233;curitaires des 500 fr&#232;res, &#224; Cayenne, et de Trop de violence, &#224; Kourou. Leur mouvement &#233;tait plus corporatiste, sectoriel, structurel.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gie du blocage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'autre composante importante du mouvement de ce printemps, c'&#233;tait le r&#244;le moteur d'un syndicat du secteur de l'&#233;nergie, tr&#232;s pr&#233;sent &#224; Kourou. Et surtout, celui de l'Union des travailleurs guyanais (UTG), &#233;quivalent de la CGT en m&#233;tropole, mais avec une claire sensibilit&#233; ind&#233;pendantiste : le drapeau de l'UTG est le m&#234;me que le drapeau nationaliste, devenu c&#233;l&#232;bre lors du mouvement social de 1997-98. &#171; &lt;i&gt;Contrairement aux autres leaders du mouvement r&#233;cent, l'UTG a de longue date une forte assise populaire. Ce qui lui a permis de lancer, le 27 mars, un premier appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale intercat&#233;gorielle, relay&#233; ensuite par Solidaires. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des particularit&#233;s de ce mouvement tenait &#224; la strat&#233;gie choisie, celle du blocage. &#171; &lt;i&gt;D&#233;j&#224; en 2009, des blocages avaient dur&#233; 15 jours, quelques semaines avant la grande gr&#232;ve du LKP de Guadeloupe.&lt;/i&gt; &#187; Bloquer les administrations et les carrefours, &#171; &lt;i&gt;&#231;a permet au personnel de participer au mouvement sans se d&#233;clarer gr&#233;viste, sans perdre son salaire&lt;/i&gt; &#187;. Strat&#233;gie qui a aussi le m&#233;rite de mettre &#224; nu les contradictions de classes existant au sein du mouvement. &#192; terme, la paralysie engendr&#233;e ne peut qu'entrer en opposition avec les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie locale&#8230; &#171; &lt;i&gt;Mais comme le mouvement a r&#233;ussi assez vite &#224; asseoir la ministre et le pr&#233;fet &#224; la table des n&#233;gociations, ces tensions n'&#233;taient pas encore trop vives. Mieux encore, Les &#8220;500 Fr&#232;res&#8221; et Trop de violence se sont align&#233;s sur les demandes sociales en mati&#232;re de sant&#233;, d'&#233;ducation&#8230; Au fil des jours, leur discours s&#233;curitaire et x&#233;nophobe a fini par passer au second plan.&lt;/i&gt; &#187; Le rapport de force est ainsi devenu plus favorable au mouvement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une question qui divise&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la sensibilit&#233; ind&#233;pendantiste de l'UTG, &#171; &lt;i&gt;elle trouve un &#233;cho paradoxal chez certains patrons, qui r&#234;vent d'une logique de zone franche pour la Guyane&#8230; Je pense pour ma part que ce d&#233;voiement de la question sociale a contribu&#233; &#224; l'essoufflement du mouvement&lt;/i&gt;, soutient Thibaut&lt;i&gt;. La question de la subordination coloniale est complexe, et il faut faire la diff&#233;rence entre d&#233;colonisation et ind&#233;pendance. Car pour la majorit&#233; des Noirs-marrons et des Am&#233;rindiens, il est clair que la Guyane est un territoire administr&#233; de mani&#232;re coloniale ; c'est sur l'apr&#232;s-d&#233;colonisation que les points de vue divergent. Pour beaucoup, d&#233;colonisation signifierait &#233;galit&#233; r&#233;elle entre ultramarins et m&#233;tropolitains, et non pas un statut autonome voulu par le patronat ou une ind&#233;pendance d&#233;fendue par une partie de la communaut&#233; cr&#233;ole. Le discours nationaliste a atteint ses limites et la fracture s'est faite, comme &#224; Mayotte, sur l'apr&#232;s-d&#233;colonisation. Il est en tout cas ind&#233;niable que la question du changement de statut de la Guyane a divis&#233; profond&#233;ment le front social.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, qui ne figurait pas dans les revendications de d&#233;part, a sembl&#233; surgir par calcul politique. Pourtant, lors des l&#233;gislatives de juin 2017, aucun candidat nationaliste n'a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#8211; contrairement &#224; la Nouvelle-Cal&#233;donie, o&#249; des ind&#233;pendantistes ont remport&#233; plusieurs si&#232;ges. Seul un candidat se r&#233;clamant du mouvement social, syndicaliste de l'UTG, a eu leur soutien, plut&#244;t ti&#232;de. &#171; &lt;i&gt;Ceci n'est pas une opinion &#8220;d'expat&#8221;,&lt;/i&gt; se d&#233;fend Thibaut.&lt;i&gt; J'exprime l&#224; ce que j'ai pu recueillir des faits et des points de vue qui se sont exprim&#233;s au c&#339;ur du mouvement. Il faut voir les fissures provoqu&#233;es par les questions de changement de statut de la Guyane, dont le corollaire a &#233;t&#233; la d&#233;fection d'un certain nombre de leaders du Kollectif pou La Gwyane d&#233;kol&#233;.&lt;/i&gt; &#187; La question de l'autod&#233;termination des peuples n'en demeure pas moins pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clivages et pr&#233;jug&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux sp&#233;cificit&#233;s du Sud. &#171; &lt;i&gt;Chez nous, les Am&#233;rindiens ont particip&#233; au collectif des habitants du Maroni, sur la base de revendications communes, en d&#233;passant les strat&#233;gies d'enfermement des logiques communautaires et identitaires. Notre collectif &#233;tait intercat&#233;goriel, intercommunautaire, avec des repr&#233;sentants de tous les habitants du fleuve. Au final, on avait un coup d'avance par rapport au littoral, plus sectoris&#233; et divis&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; les pr&#233;jug&#233;s de jouer contre eux. &#171; &lt;i&gt;&#192; notre arriv&#233;e &#224; Cayenne, on n'a pas &#233;t&#233; pris au s&#233;rieux, ni par le pr&#233;fet, ni par le Collectif du littoral. On repr&#233;sentait la Guyane oubli&#233;e (soit pr&#232;s de la moiti&#233; du territoire), mais nous avons &#233;t&#233; amalgam&#233;s au &#8220;p&#244;le autochtone&#8221;, cat&#233;goris&#233;s et minoris&#233;s, comme les Am&#233;rindiens et les Bushinengu&#233;s &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Bushinengu&#233;s (&#171; gens des for&#234;ts &#187;) sont des descendants d'esclaves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&#8230; Alors que chez nous, on avait d&#233;pass&#233; ces clivages !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce propos, Thibaut mentionne un exemple parlant : une vague de suicide touche la jeunesse du fleuve, mais seuls les suicides d'Am&#233;rindiens ont &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Le pr&#233;fet est venu en h&#233;licopt&#232;re, avec une cellule psychologique. Par contre, il y a quelques ann&#233;es, quand deux &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge se sont donn&#233; la mort &#224; quelques jours d'intervalle, silence !&lt;/i&gt; &#187; Le fait que les raisons de ces suicides plongent sans aucun doute leurs racines dans l'injustice sociale et l'abandon de la r&#233;gion est plus difficilement r&#233;ductible par le paternalisme des autorit&#233;s, plus &#224; l'aise avec ces &#171; &lt;i&gt;pauvres indiens&lt;/i&gt; &#187; inadapt&#233;s &#224; la modernit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Esprit de r&#233;sistance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Sud guyanais est &#224; la marge d'un territoire lui-m&#234;me marginalis&#233; par la m&#233;tropole. &#171; &lt;i&gt;Le premier lyc&#233;e est &#224; Cayenne, &#224; 300 kilom&#232;tres de Maripasoula ! La ville compte 8 000 habitants, avec un bassin de population d'au moins 25 000 personnes, mais il n'y a pas d'h&#244;pital. Seulement un dispensaire, et une poign&#233;e de postes de sant&#233; implant&#233;s le long du fleuve, o&#249; le personnel tente de faire des miracles avec des bouts de ficelle. On n'a pas un seul ophtalmologiste, pas de dentiste, pas de maternit&#233;, juste quelques sages-femmes. Quand &#231;a se complique, il faut &#233;vacuer par h&#233;licopt&#232;re jusqu'&#224; Cayenne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des n&#233;gociations du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; avril, la Guyane a obtenu une rallonge budg&#233;taire de deux milliards d'euros. &#171; &lt;i&gt;Mais l'ensemble des fonds et des projets structurels (routes, h&#244;pitaux&#8230;) sont destin&#233;s au littoral. Aucun axe terrestre de d&#233;senclavement du Sud n'est &#224; l'ordre du jour.&lt;/i&gt; &#187; Malgr&#233; leur mobilisation, tr&#232;s peu d'avanc&#233;es ont &#233;t&#233; obtenues par les gens du fleuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il aujourd'hui de ce printemps ? &#171; &lt;i&gt;&#192; Cayenne, le CHU Andr&#233;e-Rosemon &#233;tait encore en gr&#232;ve il y a quelques jours. Ils ont tenu 70 jours &#8211; plus de deux mois de blocage !&lt;/i&gt; &#187; Et puis, l'esprit de r&#233;sistance collective s'est renforc&#233;. &#171; &lt;i&gt;&#192; notre retour, les habitants de Maripasoula se sont sentis frustr&#233;s, mais pas d&#233;mobilis&#233;s. Le Collectif est maintenu, des liens forts ont &#233;t&#233; tiss&#233;s entre les gens, entre les communaut&#233;s, les villages, sur la base d'une conscience commune de l'injustice qui nous est faite.&lt;/i&gt; &#187; L'exp&#233;rience v&#233;cue a laiss&#233; des traces dans le paysage. &#171; &lt;i&gt;La voix du fleuve a &#233;t&#233; port&#233;e par les habitants du fleuve. Le littoral a appris &#224; ne plus parler &#224; notre place.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Bushinengu&#233;s (&#171; gens des for&#234;ts &#187;) sont des descendants d'esclaves marrons, enfuis des plantations du Suriname, qui fond&#232;rent des r&#233;publiques d'hommes et de femmes libres dans les profondeurs amazoniennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En Appuii aux habitants</title>
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&lt;p&gt;Si on vous dit 1968-2018 ? Vous r&#233;pondez cinquantenaire du joli mois de mai ? Oui, mais pas que : on c&#233;l&#232;bre aussi les 50 ans du Droit &#224; la ville, livre d'Henri Lefebvre. L'occasion parfaite d'interroger Sylvain, salari&#233; d'Appuii, association qui lutte aux c&#244;t&#233;s des habitants de quartiers populaires confront&#233;s &#224; la d&#233;molition ou &#224; la r&#233;novation de leurs lieux de vie. *** Comment est n&#233;e l'association Appuii ? &#171; Tout a commenc&#233; en 2005, &#224; La Coudraie, un quartier populaire sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Appuii" rel="tag"&gt;Appuii&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si on vous dit 1968-2018 ? Vous r&#233;pondez cinquantenaire du joli mois de mai ? Oui, mais pas que : on c&#233;l&#232;bre aussi les 50 ans du &lt;i&gt;Droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, livre d'Henri Lefebvre. L'occasion parfaite d'interroger Sylvain, salari&#233; d'Appuii, association qui lutte aux c&#244;t&#233;s des habitants de quartiers populaires confront&#233;s &#224; la d&#233;molition ou &#224; la r&#233;novation de leurs lieux de vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH503/-937-b6972.jpg?1782643822' width='400' height='503' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#171; center &#187;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233;e l'association Appuii&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alternatives pour des projets urbains ici et &#224; l'international : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout a commenc&#233; en 2005, &#224; La Coudraie, un quartier populaire sur les hauteurs de Poissy, en &#206;le-de-France. Il est situ&#233; sur un terrain tr&#232;s attractif, dans une ville et un d&#233;partement plut&#244;t riches. De quoi donner des envies &#224; certains&#8230; Le maire avait ainsi pour id&#233;e de d&#233;truire ce quartier d'habitat social. Mais les habitants ne se sont pas laiss&#233; faire, luttant contre une d&#233;cision qu'ils jugeaient arbitraire et m&#233;prisante. Certains d'entre eux sont m&#234;me all&#233;s toquer &#224; la porte de l'&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de Paris-La Villette. Et des &#233;tudiants ont accept&#233; de leur donner un coup de main &#8211; certains se sont investis bien au-del&#224; du cadre de leurs &#233;tudes. Une mobilisation tr&#232;s large, qui a pay&#233; : le quartier n'a pas &#233;t&#233; ray&#233; de la carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille s'est men&#233;e sur deux fronts. Un volet &#8216;&#8216;classique'' : manifestations, occupation et m&#233;diatisation. Et un volet technique, en fournissant des &#233;l&#233;ments pr&#233;cis, en faisant des propositions, en &#233;pluchant les dossiers&#8230; Les habitants mobilis&#233;s ont ainsi acquis des comp&#233;tences, jusqu'&#224; &#234;tre plus au fait des processus urbains que les &#233;lus. Et ils l'ont fait dans un vrai esprit de vivacit&#233; d&#233;mocratique : ils se r&#233;unissaient et se r&#233;unissent encore chaque semaine, ils d&#233;battent et avancent ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de cette mobilisation, des chercheurs, amicales de locataires et habitants ont commenc&#233; &#224; travailler ensemble dans le cadre d'un programme de recherche-action centr&#233; sur la r&#233;novation urbaine et financ&#233; par la r&#233;gion &#206;le-de-France. Il s'agissait de monter des actions communes, de r&#233;fl&#233;chir aux situations de conflit &#8211; &#224; Vitry-sur-Seine, &#231;a a m&#234;me donn&#233; un film, &lt;i&gt;Apprendre &#224; travailler ensemble&lt;/i&gt;. Un succ&#232;s. &#192; tel point qu'&#224; la fin du programme, certains participants se sont dit que &#231;a r&#233;pondait &#224; un vrai besoin et qu'il fallait continuer. Avec pour objectif de cr&#233;er un outil commun qui r&#233;ponde aux questions des habitants concern&#233;s. &#192; leur envie d'&#234;tre acteurs, et non passifs ou d&#233;poss&#233;d&#233;s. Une sorte de SOS urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a s'est formalis&#233; en 2012 avec la cr&#233;ation d'Appuii, association un peu hybride. Y participent des universitaires, des professionnels (ou futurs pros) des m&#233;tiers de la ville, des militants de quartiers populaires et des habitants qui vivent (ou ont v&#233;cu) des projets urbains importants. Toutes les participations sont b&#233;n&#233;voles &#8211; je suis le seul salari&#233;, charg&#233; de coordonner les diff&#233;rentes actions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En th&#233;orie, la loi impose la concertation avec les habitants d'un quartier sur le point d'&#234;tre r&#233;nov&#233;, a fortiori quand le financement provient de l'Anru &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence nationale de r&#233;novation urbaine.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;... Ce n'est que de la poudre aux yeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La concertation est certes inscrite dans la loi. Et des bureaux d'&#233;tudes sont missionn&#233;s par les acteurs institutionnels qui portent un projet urbain, pour le pr&#233;senter &#224; la population. Mais &#231;a ne marche que dans un sens : les habitants peuvent au mieux exprimer des avis, sans savoir s'ils seront pris en compte. C'est tr&#232;s insuffisant. Il faut de vrais espaces de d&#233;bat, dans lesquels les habitants disposent d'outils pour faire valoir leurs droits, peser dans le processus, &#233;mettre d'autres propositions. D'o&#249; l'id&#233;e de cr&#233;er une sorte de plate-forme, de r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours des d&#233;cideurs ont &#233;volu&#233; sur la question de la participation, mais cette &#233;volution n'a pas forc&#233;ment &#233;t&#233; suivie d'effets. Parfois, tout est m&#234;me fait pour &#233;touffer les initiatives&#8230; L'Anru reconna&#238;t elle-m&#234;me le manque de concertation de sa premi&#232;re vague de r&#233;novation urbaine, dans les ann&#233;es 2000. Elle a donc lanc&#233; des conseils citoyens pour la deuxi&#232;me vague, qui a d&#233;but&#233; il y a deux ans. Avec Appuii, on a men&#233; un gros travail pour voir si ces conseils fonctionnaient. Au final, on a constat&#233; qu'ils ne changeaient pas grand-chose : la d&#233;molition/reconstruction impos&#233;e aux habitants reste la norme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle fa&#231;on intervenez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Appuii n'est ni un labo de recherche, ni une association de professionnels, ni un collectif local de quartier. Mais un peu tout &#231;a m&#233;lang&#233; &#8211; il y a diff&#233;rentes sensibilit&#233;s et des membres d'horizons divers. On intervient seulement quand on est sollicit&#233;s par un groupe d'habitants d&#233;j&#224; constitu&#233; et mobilis&#233;. Quand c'est le cas, on essaye de rapidement nouer contact avec d'autres habitants et collectifs locaux, puis on &#233;largit &#224; d'autres structures &#8211; par exemple, le Dal &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droit au logement.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, Pas Sans Nous, des associations de locataires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'est pas un syndicat des quartiers populaires, il n'y a aucune volont&#233; de repr&#233;senter. Notre r&#244;le tient d'abord aux conseils (techniques, m&#233;thodologiques, voire juridiques), puis &#224; la mise en r&#233;seau, en tissant des liens et en apportant des retours d'exp&#233;rience d'autres quartiers. Avec pour objectif qu'il y ait des &#233;changes entre les groupes concern&#233;s par des r&#233;novations urbaines (surtout quand elles rel&#232;vent de la politique nationale de l'Anru). Appuii est d'abord un facilitateur. On fait par exemple circuler des chartes de relogement produites par des groupes locaux, afin que d'autres s'en emparent, ainsi que des conseils juridiques, des astuces pour financer un avocat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association ambitionne aussi, &#224; un autre niveau, d'amener les professionnels &#224; s'interroger sur leurs pratiques. Par exemple, dans le domaine juridique : la plupart des avocats sp&#233;cialis&#233;s dans l'urbain travaillent pour les am&#233;nageurs, promoteurs et collectivit&#233;s. Ils se placent rarement au service d'habitants en lutte. R&#233;sultat : il y a peu de recours sur les op&#233;rations de renouvellement urbain, et trop peu d'attention est port&#233;e aux droits des r&#233;sidents. D'o&#249; notre id&#233;e de constituer une sorte de r&#233;seau de comp&#233;tences solidaires. Et ce n'est pas qu'une question de dipl&#244;me. Par exemple, quand il y a eu des probl&#232;mes de plomberie &#224; La Coudraie, c'est un habitant bossant sur des chantiers qui comprenait le mieux les d&#233;fauts de la r&#233;habilitation et &#233;tait capable de les expliquer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une lutte dont tu voudrais particuli&#232;rement parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Celle de Fresnes &#224; la cit&#233; des Groux, une cit&#233; de 200 logements. On a &#233;t&#233; appel&#233; par l'association locale, Renaissance des Groux, qui lutte contre un projet de d&#233;molition totale du quartier, ni justifi&#233;, ni concert&#233;. Les gens l'ont appris du jour au lendemain. Ils n'avaient pas l'habitude de s'exprimer et se sont demand&#233; comment emp&#234;cher le bailleur d'effacer leur quartier et comment faire face aux pressions. Appuii est alors venue leur pr&#234;ter main-forte. Depuis deux ans, on a lanc&#233; (et particip&#233; &#224;) pas mal d'initiatives : des ateliers pour enfants, des p&#233;titions, des recueils de t&#233;moignages d'habitants, la construction d'une maquette du quartier, une expo de photos&#8230; Le but : redonner une place centrale aux habitants. Pour qu'ils construisent des envies communes pour le futur, sans se laisser abattre par le m&#233;pris des institutions &#8211; par exemple, le bailleur ne r&#233;pond ni &#224; leurs sollicitations, ni &#224; leurs courriers&#8230; En parall&#232;le, Appuii a aussi lanc&#233; une proc&#233;dure pour avoir acc&#232;s aux documents administratifs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vois-tu les diff&#233;rentes luttes d'habitants dans l'Hexagone ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que ce soit en &#206;le-de-France, &#224; Nantes, &#224; &#201;chirolles, &#224; Marseille ou &#224; Clermont-Ferrand, un m&#234;me constat se fait jour, celui de la n&#233;cessit&#233; d'une convergence des luttes urbaines. Il faut croiser les luttes, qu'il s'agisse de sauver des terres agricoles ou de combattre des projets impos&#233;s et destructeurs. C'est la seule fa&#231;on d'exister face &#224; la machinerie de communication des m&#233;tropoles ou promoteurs. Et de faire &#233;chec aux logiques de la ville industrielle, puis post-industrielle : rel&#233;gation des plus pauvres et accaparement des terres pour le seul profit. Des logiques tr&#232;s bien expos&#233;es par Henri Lefebvre dans &lt;i&gt;Le Droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, livre fondamental dont on f&#234;te cette ann&#233;e les cinquante ans. Pour c&#233;l&#233;brer cet anniversaire, une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements auront d'ailleurs lieu de mars &#224; mai &#224; Paris-Nanterre, Grenoble, Tours, Lille, etc. Il ne s'agit pas seulement de comm&#233;moration, mais de luttes actuelles pour faire vivre ce droit &#224; la ville. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Frantz (&lt;a href='https://cqfd-journal.org/espascespossibles.org'&gt;espascespossibles.org&lt;/a&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alternatives pour des projets urbains ici et &#224; l'international : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/appuii.wordpress.com'&gt;appuii.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence nationale de r&#233;novation urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droit au logement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tout le monde d&#233;teste le Grand Paris</title>
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		<dc:date>2018-11-27T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>collectif</dc:subject>
		<dc:subject>Grand Paris</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>habitants</dc:subject>
		<dc:subject>cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nanterre</dc:subject>
		<dc:subject>logements sociaux</dc:subject>
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		<dc:subject>relogement</dc:subject>
		<dc:subject>cit&#233; &#201;mile-Aillaud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 13 janvier, rue Marceau, dans le b&#226;timent squatt&#233; du Centre social autog&#233;r&#233; d'Ivry-sur-Seine, se tenait une assembl&#233;e des collectifs en lutte contre le Grand Paris. Venus des quatre coins de l'&#206;le-de-France, les repr&#233;sentants de collectifs d'habitants ont pu partager leurs exp&#233;riences. Et dire leur sentiment commun de subir un processus inexorable dont ils ne sont que les pions. *** Voici les trois principaux constats qu'ils ont dress&#233;s. D&#233;gradation des logements sociaux &#171; Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grand-Paris" rel="tag"&gt;Grand Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/habitants" rel="tag"&gt;habitants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cite-2336" rel="tag"&gt;cit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nanterre" rel="tag"&gt;Nanterre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logements-sociaux" rel="tag"&gt;logements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/municipalites" rel="tag"&gt;municipalit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/relogement" rel="tag"&gt;relogement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cite-Emile-Aillaud" rel="tag"&gt;cit&#233; &#201;mile-Aillaud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 janvier, rue Marceau, dans le b&#226;timent squatt&#233; du Centre social autog&#233;r&#233; d'Ivry-sur-Seine, se tenait une assembl&#233;e des collectifs en lutte contre le Grand Paris. Venus des quatre coins de l'&#206;le-de-France, les repr&#233;sentants de collectifs d'habitants ont pu partager leurs exp&#233;riences. Et dire leur sentiment commun de subir un processus inexorable dont ils ne sont que les pions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH575/-935-acd84.jpg?1782637903' width='400' height='575' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;162 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici les trois principaux constats qu'ils ont dress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;gradation des logements sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le bailleur n'entretient plus, il ne r&#233;pare plus les ascenseurs, ni les espaces collectifs&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignent des habitants de Ch&#226;tenay-Malabry. Les bailleurs et les municipalit&#233;s peuvent alors en profiter pour d&#233;plorer des &#171; &lt;i&gt; dysfonctionnements urbains et fonctionnels qui nuisent &#224; l'attractivit&#233; &lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Novlangue employ&#233;e dans une &#171; Charte partenariale de relogement &#187; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de telle ou telle cit&#233; et justifier ainsi une &#171; &lt;i&gt;red&#233;finition de l'offre r&#233;sidentielle &lt;/i&gt; &#187;. En clair, virer du pauvre, attirer du cadre et c&#233;der l'habitat social au priv&#233;. D'autres n'ont m&#234;me pas ce probl&#232;me : ainsi, &#171; &lt;i&gt;&#224; Saint-Maur-des-Foss&#233;s&lt;/i&gt; [Val-de-Marne], &lt;i&gt;le maire&lt;/i&gt; [LR] &lt;i&gt;se vante publiquement de payer des p&#233;nalit&#233;s plut&#244;t que de remplir son quota de logements sociaux&lt;/i&gt; &#187;, souligne un participant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Opacit&#233; des projets des bailleurs et de la mairie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le collectif de Gentilly-Arcueil d&#233;nonce le parcours extr&#234;mement difficile pour acc&#233;der aux documents officiels, qui s'av&#232;rent souvent incompr&#233;hensibles. Partout, les situations sont similaires, quelle que soit la couleur politique des municipalit&#233;s. &#192; Champigny-sur-Marne ou &#224; Nanterre, o&#249; les maires sont PCF ou apparent&#233;, comme &#224; Fresnes, o&#249; la maire est socialiste, ou &#224; Bobigny (UDI) : m&#234;me absence de concertation, m&#234;me enfumage, m&#234;mes coups de pression et m&#234;me langue de b&#233;ton&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de trahison est certes exacerb&#233; dans les municipalit&#233;s de gauche. Mais le constat se fait jour partout : &#171; &lt;i&gt;Les maires se comportent comme des petits barons.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Dans les Hauts-de-Seine, c'est toujours le syst&#232;me Pasqua, une gestion client&#233;liste et communautariste &lt;/i&gt; &#187;, affirme un membre d'un collectif qui souhaite rester anonyme, parce que les services municipaux et HLM peuvent &#171; &lt;i&gt;te pourrir la vie si tu te mets sur leur chemin &lt;/i&gt; &#187;. Et de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;On te donne&lt;/i&gt; [un HLM, un local, un poste] &lt;i&gt;en fonction de ton all&#233;geance et on te fait comprendre qu'on peut te le reprendre...&lt;/i&gt; &#187; Le tout s'accompagne d'une pr&#233;paration des esprits : &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; conditionner les populations au Grand Paris,&lt;/i&gt; remarque cet habitant de la cit&#233; &#201;mile-Aillaud &#224; Bobigny, en lutte contre la privatisation des espaces verts. &lt;i&gt;Le blason-logo de la ville est ainsi devenu &#8220; Bobigny-Grand Paris &#8221;. &lt;/i&gt; &#187; Sans concertation, &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rel&#233;gation des populations les plus pauvres toujours plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#233;molition pour insalubrit&#233;. &#192; Plessis-Robinson, des &#233;tudes ont montr&#233; que les personnes &#226;g&#233;es et malades ont souffert des conditions tr&#232;s brutales de leur relogement suite &#224; la destruction de leur cit&#233;. D'autant que ce relogement s'accompagne souvent d'un syst&#232;me de loterie savamment entretenu par la mairie, o&#249; &#171; &lt;i&gt; chacun esp&#232;re d&#233;crocher le bon lot au d&#233;triment de son voisin, ce qui cristallise les ranc&#339;urs et la zizanie&lt;/i&gt; &#187;, indique un habitant de Fresnes. Les plans pr&#233;voient un relogement dans un rayon de cinq kilom&#232;tres. &#171; &lt;i&gt; &#192; Nanterre, les habitants ont peur d'&#234;tre relog&#233;s au-del&#224; de Mantes-la-Jolie&lt;/i&gt; &#187;, confie V&#233;ronique, habitante de la cit&#233; &#201;mile-Aillaud, dont la r&#233;novation est imminente. &#171; &lt;i&gt; J'ai l'impression qu'on veut nous d&#233;gager de l'&#206;le-de-France&lt;/i&gt; &#187;, accuse un membre du collectif Triangle de Gonesse, qui d&#233;nonce la destruction de terres agricoles pour des projets urbanistiques &#224; destination des cadres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parfois, face au rouleau compresseur des promoteurs et des municipalit&#233;s, les luttes de locataires paient. Ce fut le cas pour le collectif DAL (Droit au logement) des habitants de la rue des Agnettes, promise &#224; la r&#233;novation, &#224; Gennevilliers (Hauts-de-Seine) : il a finalement r&#233;ussi &#224; obtenir le relogement au m&#234;me prix au m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de tous les habitants, dans le m&#234;me quartier. Mais le chemin de l'union est sem&#233; d'emb&#251;ches. &#171; &lt;i&gt;C'est un comble : d&#232;s qu'on essaye d'informer ou de s'organiser, on nous accuse d'&#234;tre la cause de l'anxi&#233;t&#233; des gens,&lt;/i&gt; s'indigne V&#233;ronique, de Nanterre. &lt;i&gt;En gros, soit on est des statistiques, soit on est de la merde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;M.L. (merci &#224; Jo&#235;l de FPP)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Novlangue employ&#233;e dans une &#171; Charte partenariale de relogement &#187; des Hauts-de-Seine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Belges et belles baraques</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Belges-et-belles-baraques</link>
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		<dc:date>2018-11-23T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana&#239;s Ang&#233;ras, Iffik Le Guen, Smerf, Vincent Pourcelle</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Mickomix</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>baraque</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; plus de quarante ans qu'une chouette exp&#233;rimentation d'habitat l&#233;ger a d&#233;marr&#233; dans le quartier de la Baraque, juste &#224; c&#244;t&#233; de Louvain-la-Neuve. Apr&#232;s un rapide retour sur les &#233;v&#233;nements qui ont rythm&#233; cette aventure, nous avons cru bon de laisser la parole &#224; trois &#171; baraquis &#187; pour qu'ils nous content cet autre rapport &#224; l'habitat et &#224; l'urbain qu'ils tentent de construire. Les fondations de la baraque Tout commence &#224; la fin des ann&#233;es 1960. En pleine crise entre Belgique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mickomix" rel="tag"&gt;Mickomix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/baraque" rel="tag"&gt;baraque&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; plus de quarante ans qu'une chouette exp&#233;rimentation d'habitat l&#233;ger a d&#233;marr&#233; dans le quartier de la Baraque, juste &#224; c&#244;t&#233; de Louvain-la-Neuve. Apr&#232;s un rapide retour sur les &#233;v&#233;nements qui ont rythm&#233; cette aventure, nous avons cru bon de laisser la parole &#224; trois &#171; baraquis &#187; pour qu'ils nous content cet autre rapport &#224; l'habitat et &#224; l'urbain qu'ils tentent de construire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/-921-2de5e.jpg?1782766248' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fondations de la baraque&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout commence &#224; la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/strong&gt; En pleine crise entre Belgique francophone et Belgique n&#233;erlandophone, exacerb&#233;e par les revendications des nationalistes flamands, l'Universit&#233; catholique de Louvain (UCL), la plus grande institution acad&#233;mique du pays, est contrainte de se scinder en deux entit&#233;s autonomes. La section francophone d&#233;m&#233;nage alors pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; du Brabant wallon, dans une agglom&#233;ration qui reste &#224; construire, Louvain-la-Neuve. Cette ville nouvelle &#224; vocation universitaire est appel&#233;e &#224; sortir de terre en lieu et place d'un espace naturel de 900 hectares et d'un hameau d'une vingtaine de maisons, La Baraque. Les b&#226;tisses sont cens&#233;es &#234;tre d&#233;molies apr&#232;s expropriation des personnes habitant ici plut&#244;t qu'ailleurs, certaines depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations. Une dizaine d'entre elles d&#233;cident alors de dire non &#224; un plan d'urbanisation qui ferait la part belle au b&#233;ton aux d&#233;pens de la vie villageoise qu'elles ont toujours connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au milieu des ann&#233;es 1970&lt;/strong&gt;, le Plan particulier d'am&#233;nagement (PPA) de l'UCL &#233;tant officialis&#233;, des universitaires et des &#233;tudiants rejoignent la lutte des &#171; anciens &#187; (surnom des quelques habitants d'origine entr&#233;s en r&#233;sistance). Certains reprennent des maisons dont les occupants ont &#233;t&#233; expropri&#233;s, d'autres d&#233;cident de mettre leurs connaissances en architecture au service d'un projet plus ambitieux : occuper des terrains un peu &#224; l'&#233;cart pour construire par eux-m&#234;mes, rapidement et &#224; moindre co&#251;t, des logements conformes &#224; leurs aspirations, tr&#232;s &#233;loign&#233;es des injonctions de la soci&#233;t&#233; de consommation en plein essor. Dix-neuf roulottes, dix serres, deux bus, cinq d&#244;mes et trois cabanes sont am&#233;nag&#233;s collectivement pour accueillir une trentaine de personnes et autant de chiens, poules et ch&#232;vres. Certes, le confort est sommaire, avec seulement un ou deux points d'eau, mais l'&#233;lectricit&#233; est install&#233;e partout. L'UCL se montre d'abord peu favorable &#224; cette implantation sans droit ni titre, avant d'accepter une initiative exp&#233;rimentale limit&#233;e et parrain&#233;e par la facult&#233; d'Architecture. Quant aux &#233;lus de la commune concern&#233;e, ils font preuve d'une franche hostilit&#233;, demandes d'expulsion &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au cours des ann&#233;es 1980&lt;/strong&gt;, l'exp&#233;rimentation se structure autour d'un comit&#233; de quartier, pour mieux r&#233;sister aux pressions ext&#233;rieures. Celui-ci r&#233;dige, en concertation avec l'UCL et la commune, un nouveau PPA (adopt&#233; en 1991), plus respectueux de l'environnement naturel et qui officialise la pr&#233;sence de zones d&#233;di&#233;es &#224; l'habitat alternatif. Pour favoriser la coh&#233;sion du groupe, un espace de rencontres, Le Zoo, est transform&#233; en lieu de r&#233;union hebdomadaire, bar et restaurant. Des r&#232;gles appliqu&#233;es &#224; la transmission des logements sont &#233;labor&#233;es afin d'&#233;loigner le risque de sp&#233;culation. Enfin, des travaux am&#233;liorent confort et s&#233;curit&#233; de La Baraque (eau, &#233;lectricit&#233;, t&#233;l&#233;phone, acc&#232;s des services de secours), des am&#233;nagements d'autant plus n&#233;cessaires que le nombre d'habitants a quadrupl&#233; et que des familles se sont install&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ann&#233;es 2000 &#224; aujourd'hui&lt;/strong&gt;, le dialogue avec les institutions et la m&#233;diatisation volontaire de leur exp&#233;rimentation permettent aux habitants du quartier de s'inscrire dans la r&#233;alit&#233; locale et, au-del&#224;, de d&#233;jouer les pi&#232;ges de la marginalisation. Mais le revers de cette r&#233;ussite appara&#238;t dans le flux croissant de curieux (le site est d&#233;sormais mentionn&#233; dans les guides touristiques de la r&#233;gion), qu'il faut canaliser par l'organisation de visites guid&#233;es. Un passage de l'ombre &#224; la lumi&#232;re fort bien analys&#233; par Ana&#239;s Angeras dans la monographie &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des normes d' &#8216;&#8216;habiter'' questionn&#233;es : le quartier de la Baraque &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qu'elle a consacr&#233;e &#224; La Baraque et &#224; ses habitants : &#171; &lt;i&gt;&#192; la lutte frontale, ils pr&#233;f&#232;rent et d&#233;veloppent ainsi une modalit&#233; de r&#233;sistance plus adapt&#233;e &#224; l'asym&#233;trie des forces en jeu. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Baraque : un quartier alternatif vu par ses habitants&lt;/i&gt;, livre r&#233;dig&#233; par un groupe d'habitants du quartier, disponible sur place et bient&#244;t sur habiterleger.be&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; temps &#187; de l'autogestion ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre son allure de village rural&lt;/strong&gt; arborant de multiples marques de r&#233;sistances et d'&#233;mancipations, l'une des r&#233;putations du quartier de La Baraque est d'&#234;tre (trop) lent. &#192; son propos, on entend souvent : &#171; &lt;i&gt;Depuis le temps qu'ils parlent de se r&#233;gulariser&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait au moins 15 ans qu'ils disent qu'ils vont se constituer en asbl &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une asbl est une association type loi 1901 en Belgique.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;S'ils avaient eu envie de s'y mettre, ils l'auraient fait depuis longtemps &lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est vrai que nous cultivons une certaine lenteur.&lt;/strong&gt; C'est d'ailleurs ce qu'on r&#233;pond aux autorit&#233;s communales et fonci&#232;res lorsque celles-ci jouent d'arguments r&#233;glementaires pour pousser &#224; la normalisation de notre espace de vie : &#171; &lt;i&gt;Notre quartier fonctionne en autogestion et nous sommes une centaine d'habitants n'ayant pas toujours le m&#234;me avis. Pour nous mettre d'accord, cela prend forc&#233;ment du temps. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si r&#233;gler les urgences n'est pas notre fort&lt;/strong&gt; (ce que nous reprochent parfois les personnes qui attendraient du quartier une aide envers leur situation personnelle), c'est parce que nous nous m&#233;fions des situations d'urgence : ce sont rarement les meilleures conseill&#232;res. Penser l'autogestion dans l'urgence signifierait par exemple faire l'impasse sur la consultation des voisins quand on veut pr&#234;ter ou agrandir son habitat. Ou n&#233;gliger de consulter tous les habitants du quartier lorsqu'il s'agit d'enjeux plus larges, comme celui de sa structure juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce principe de se donner le temps&lt;/strong&gt; ne correspond pas aux canons habituels de notre soci&#233;t&#233; moderne. Mais en r&#233;alit&#233;, la lenteur est un outil efficace : un projet dont les arguments tiennent encore apr&#232;s deux ou trois ans sera sans doute capable d'endurer bien des al&#233;as et temp&#234;tes. Parce qu'il fait d&#233;j&#224; preuve des qualit&#233;s n&#233;cessaires &#224; sa survie sur le long terme : r&#233;flexion, pers&#233;v&#233;rance, structuration... Et parce qu'en cas de d&#233;saccord, il est indispensable de prendre le temps n&#233;cessaire pour en parler, s'expliquer, s'&#233;couter, y r&#233;fl&#233;chir, prendre de la distance, puis en reparler encore, s'exprimer, y r&#233;fl&#233;chir &#224; nouveau... jusqu'&#224; ce qu'une forme d'accord en r&#233;sulte. Cet art de communiquer n&#233;cessite forc&#233;ment du temps, en plus de son apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En vrai, cette lenteur ne signifie nullement d&#233;s&#339;uvrement.&lt;/strong&gt; Mais r&#233;sonne plut&#244;t avec l'id&#233;e de &lt;i&gt;qualit&#233; de vie&lt;/i&gt;. La port&#233;e politique de notre projet r&#233;side dans l'organisation autog&#233;r&#233;e de notre espace. Et organiser celui-ci r&#233;clame du temps, celui que nous n'avons pas &#224; investir dans une activit&#233; professionnelle ali&#233;nante gr&#226;ce au moindre co&#251;t de nos logements, mais dont il est attendu qu'il soit restitu&#233; sous diverses formes d'implication. Nous ne payons certes pas de loyer mensuel, mais nous consacrons une partie de nos journ&#233;es aux n&#233;cessit&#233;s de gestion sociale : aller &#224; la rencontre des autres habitants, participer aux activit&#233;s qui assurent du lien social (repas hebdomadaires, pratiques d'entraide et de solidarit&#233;, ateliers divers, concerts&#8230;), garantir la p&#233;rennit&#233; de notre fonctionnement et assurer notre d&#233;fense (groupes de travail, organisation et suivi des r&#233;unions&#8230;). Si on y ajoute les chantiers collectifs pour le maintien des infrastructures, l'autoconstruction et l'entretien de son habitat, on peut passer toute sa vie au quartier de La Baraque sans s'y ennuyer un seul instant ! Mais s'y &#233;puiser, si&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rimentation quotidienne de notre &#171; vivre ensemble &#187;&lt;/strong&gt; nous conduit aussi &#224; accepter de vivre dans &#171; l'essai-erreur &#187;, d'&#234;tre en proie au doute, de nous tromper pour mieux recommencer, ce qui ne correspond pas non plus au mod&#232;le soci&#233;tal actuel d'une mobilit&#233; &#224; toute &#233;preuve et d'un rythme de vie effr&#233;n&#233;. Si nous h&#233;sitons &#224; parler de r&#232;gles lorsque nous les &#233;dictons nous-m&#234;mes, parce qu'elles rigidifieraient nos possibilit&#233;s et nos moyens d'&#234;tre, nous &#233;voquons volontiers des principes d'usage, &#233;labor&#233;s au cours des 42 ans d'existence du quartier de La Baraque par celles et ceux qui ont manifest&#233; de l'int&#233;r&#234;t pour son projet de vie. Pas toujours facile, bien s&#251;r. Mais quelle source de (r&#233;)-apprentissage !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ana&#239;s Ang&#233;ras&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un rapport organique &#224; l'habitat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui frappe d'abord le visiteur&lt;/strong&gt; en balade au quartier de La Baraque, c'est l'aspect bucolique de ce sous-bois parcouru de chemins entrela&#231;ant des cabanes h&#233;t&#233;roclites. Un paysage qui fait na&#238;tre des images d'&#201;pinal de vieux villages forestiers et qui donne une &#171; impression de nature &#187;. Mais apr&#232;s une observation un peu plus approfondie, ce m&#234;me visiteur se rendra compte qu'il n'en est rien : il se trouve bel et bien dans un quartier urbain, certes bien int&#233;gr&#233; &#224; son environnement, mais quand m&#234;me proche d'une autoroute, d'une gare, d'un centre-ville, d'un parking souterrain et de multiple chantiers t&#233;moins du plein essor de la ville nouvelle. Un bruit de fond continu, que les habitants se plaisent &#224; comparer &#224; celui de la mer, vient d'ailleurs constamment rappeler la pr&#233;sence enveloppante de la ville. &#171; &lt;i&gt;Tout de m&#234;me, la nature est plus pr&#233;sente ici &lt;/i&gt; &#187;, veulent se rassurer certains. Oui certes, l'absence de b&#233;ton, les hautes futaies, les friches, les mares, les tas de bois et les p&#226;tures o&#249; paissent ch&#232;vres, moutons et &#226;nes constituent une poche salvatrice pour la biodiversit&#233; dans cette r&#233;gion hautement urbanis&#233;e. Mais s'il faut chercher un atout environnemental au quartier, c'est plut&#244;t dans la fa&#231;on organique qu'ont les habitants de concevoir leur habitat, et par-del&#224;, leur urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autoconstruction, &#233;rig&#233;e en valeur pionni&#232;re et fondamentale&lt;/strong&gt; du quartier (elle guide les questions de revente et de lutte contre la sp&#233;culation), a aussi un tr&#232;s fort int&#233;r&#234;t sur le plan &#233;cologique. Parce que l'apprenti constructeur choisit en g&#233;n&#233;ral les mat&#233;riaux les plus simples &#8211; ici, il utilise la terre limoneuse du quartier pour &#233;difier des murs en terre-paille. Et parce qu'une construction &#233;chelonn&#233;e sur plusieurs ann&#233;es, au fur et &#224; mesure des besoins, permet de r&#233;duire au maximum son empreinte &#233;cologique. Les espaces sont ainsi calcul&#233;s au plus juste, de m&#234;me que la qualit&#233; et la quantit&#233; des mat&#233;riaux. Et les b&#226;tisses sont form&#233;es de modules superpos&#233;s, int&#233;gr&#233;s &#224; la v&#233;g&#233;tation, mais o&#249; on peut encore deviner la pr&#233;sence d'une vieille roulotte ou de la cabane originelle. Cette fa&#231;on de concevoir son habitat, sans plan ni architecte, est proche de l'architecture vernaculaire de nos a&#239;eux, et fait tout le charme du vieil hameau de La Baraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est bien s&#251;r un vrai plaisir de construire son habitat.&lt;/strong&gt; Mais c'est aussi un sacerdoce. Chaque &#233;t&#233;, il faut lancer un nouveau chantier pour faire un sort &#224; cette &#233;ternelle fuite, redresser la roulotte ou parce que la famille s'agrandit&#8230; Et il n'est pas rare, entre auto-constructeurs, de se saluer d'un &#171; &lt;i&gt;Comment &#231;a va avec tes fuites ?&lt;/i&gt; &#187;. La maison ainsi con&#231;ue devient un prolongement de sa personne &#8211; elle est entretenue au m&#234;me titre qu'on prend soin de sa sant&#233;. Mais comme les espaces priv&#233;s ne sont jamais tr&#232;s vastes, le &lt;i&gt;baraqui &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Belgique, le terme &#171; baraki &#187; d&#233;signait &#224; l'origine un forain qui vit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; vit beaucoup dehors, dans sa salle &#224; manger-jardin, dans son salon-parking ou, &#224; couvert, dans les espaces partag&#233;s de la r&#233;gie de quartier La Fattoria et du bar du Zoo, o&#249; se tiennent r&#233;guli&#232;rement les repas collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui construit sa maison&lt;/strong&gt; en ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; l'avis de ses voisins proches, il ne vient pas &#224; l'id&#233;e de consulter les autorit&#233;s communales pour refaire un chemin ou une canalisation. Non, on le fait nous-m&#234;mes. Au-del&#224; de l'autoconstruction, c'est donc aussi &#224; un auto-urbanisme que nous nous essayons. C'est d'abord entre nous que sont prises les d&#233;cisions de lancer un chantier, d'ouvrir un chemin ou de poser un r&#233;seau &#233;lectrique. Et c'est seulement ensuite, pour peu que ce soit vraiment n&#233;cessaire, qu'on consultera l'autorit&#233; &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;. C'est gr&#226;ce &#224; cette volont&#233; collective que nous utilisons pour la plupart des toilettes s&#232;ches &#224; &#171; liti&#232;res bio-ma&#238;tris&#233;es &#187;. Cela a r&#233;duit nos factures d'eau de moiti&#233; &lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La consommation moyenne d'eau en Wallonie est de 40 m&#232;tres cubes par an et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et nous s&#233;parons du coup les eaux grises &lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit des eaux us&#233;es domestiques faiblement pollu&#233;es.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, ce qui nous a permis de mettre en place &#224; leur intention un filtre d'&#233;puration par lagunage &lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux projets ont &#233;t&#233; men&#233;s par les habitants en suivant les conseils et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; traitant les effluents de 40 foyers. L'eau qui en ressort serait m&#234;me &#171; &lt;i&gt;plus pure que celle du r&#233;seau de distribution&lt;/i&gt; &#187;, comme le r&#233;p&#232;te &#224; l'envi Jacques, le patriarche des lieux. Le pire, c'est qu'il a raison.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vincent Pourcelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sp&#233;culations et r&#233;glementations : des menaces qui planent&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Longtemps, on a trembl&#233;&lt;/strong&gt; parce que notre situation &#233;tait pr&#233;caire. Mais depuis une vingtaine d'ann&#233;es, la vraie menace que nous ressentons dans notre quotidien est celle de la r&#233;gularisation. Comment appliquer les r&#233;glementations en vigueur tout en maintenant une autogestion p&#233;renne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre&lt;/strong&gt; quartier est d&#233;sormais per&#231;u comme un exemple de &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt;. Mais les autorit&#233;s nous poussent quand m&#234;me &#224; rejoindre les dispositifs conventionnels qui, en la mati&#232;re, sont contre-productifs. Et nous voil&#224; confront&#233;s &#224; trois probl&#232;mes majeurs : le permis d'urbanisme, la cr&#233;ation d'une personnalit&#233; morale et la sp&#233;culation sur les habitations apr&#232;s r&#233;gularisation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Money, Money, Money&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela&lt;/strong&gt; fait maintenant longtemps que nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; la valeur de nos habitations. Globalement, elles s'&#233;coulent dix &#224; vingt fois moins cher que le cours du march&#233;. Mais elles se vendent quand m&#234;me. Quelques-uns d'entre nous ont r&#233;gl&#233; le probl&#232;me radicalement en donnant leur maison lors de leur d&#233;part, mais beaucoup continuent &#224; la mettre en vente quand ils d&#233;cident de s'en aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sujet&lt;/strong&gt; qui anime beaucoup nos &#233;bats labiaux est la question de la main-d'&#339;uvre. La plupart d'entre nous estime qu'il ne faut pas en tenir compte dans le calcul de cette valeur d'habitation, car elle est un &lt;i&gt;pr&#233;sent&lt;/i&gt; qui ne doit pas &#234;tre mon&#233;tis&#233;. Pour r&#233;gler le probl&#232;me, nous avons &#233;labor&#233; une grille d'&#233;valuation du prix au m&#232;tre carr&#233;, dont le respect n'est pas obligatoire. Cet outil est bas&#233; sur nos bonnes pratiques, sur des d&#233;bats formels ou informels autour d'une bi&#232;re ou d'un caf&#233;, et il a &#233;t&#233; valid&#233; lors de r&#233;unions de &#171; grand quartier &#187;. Il s'appuie sur une s&#233;rie de param&#232;tres d&#233;terminants qui concernent la qualit&#233; m&#234;me de nos habitats : structure, mat&#233;riaux &#233;cologiques ou de r&#233;cup&#233;ration, chauffage, isolation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prix du terrain&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant&lt;/strong&gt; que nous pinaillons pour lutter contre la sp&#233;culation sur nos habitations, le prix du terrain augmente, lui, d'ann&#233;e en ann&#233;e. Achet&#233; &#224; tr&#232;s bas prix (sous la contrainte de l'expropriation) par l'universit&#233; catholique de Louvain dans les ann&#233;es 1970, il vaut parfois 300 fois plus aujourd'hui. L'universit&#233; cr&#233;e ainsi de la plus-value et sp&#233;cule, alors que son projet d'origine, &#224; travers l'emphyt&#233;ose &lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emphyt&#233;ose, ou bail emphyt&#233;otique, s'&#233;tend sur une tr&#232;s longue dur&#233;e. En (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, &#233;tait de lutter contre la sp&#233;culation. Elle y a sans doute pris go&#251;t : 10 % de ses entr&#233;es comptables proviennent d&#233;sormais de l'immobilier. Mais elle reste quand m&#234;me convaincue de nous faire un cadeau en pratiquant un &#171; tarif social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La fondation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'universit&#233;&lt;/strong&gt; et les pouvoirs publics aimeraient ne plus &#234;tre responsables civilement de tout ce qui pourrait arriver (ou qui a pu arriver). Peu leur chaut donc que nous ayons d&#233;fini nos propres crit&#232;res de salubrit&#233; et nos propres pratiques d'urbanisme. Ils attendent de nous la cr&#233;ation d'une structure dot&#233;e d'une personnalit&#233; juridique. Nous r&#233;fl&#233;chissons actuellement &#224; la cr&#233;ation d'une fondation, qui semble &#234;tre juridiquement plus souple que le statut associatif. Mais quelle qu'en soit la forme finale, ce mod&#232;le amplifiera la fracture entre les actifs, qui s'impliquent, et les autres, et figera les r&#244;les en diminuant leurs mobilit&#233;s et leurs interchangeabilit&#233;s pour tout doucement scl&#233;roser les liens qui nous tiennent. Il y a une r&#233;elle volont&#233; de nous insti-&lt;i&gt;tuer&lt;/i&gt;, afin de disposer d'un interlocuteur unique et de rationaliser les rapports de forces. Pour au final nous mettre facilement le grappin dessus et brider ce qui fait notre qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous&lt;/strong&gt; ne pourrons &#233;voquer ici, faute de place, le permis d'urbanisation qu'on nous impose alors qu'il n'est pas vraiment adapt&#233; aux habitats l&#233;gers. Ni aborder les difficiles chantiers collectifs organis&#233;s autour des sch&#233;mas d'am&#233;nagement du territoire. Disons juste que cela tient parfois du calvaire, m&#234;me si nous ne perdons jamais de vue qu'il s'agit avant tout d'une aventure collective excitante et motivante, bien que chronophage et &#233;nergivore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans&lt;/strong&gt; tous les cas, nous ne portons pas tous le m&#234;me regard sur cette r&#233;gularisation. Certains se rassurent, d'autres se questionnent sur les potentiels d&#233;g&#226;ts. Le pis, &#224; mon sens, serait l'&#233;puration sociale. Pour y &#233;chapper, et r&#233;sister &#224; cette m&#233;tamorphose forc&#233;e, nous allons devoir nous montrer assertifs et cr&#233;atifs. L'aventure continue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Smerf&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Des normes d' &#8216;&#8216;habiter'' questionn&#233;es : le quartier de la Baraque &#187;, &lt;i&gt;Socio-anthropologie&lt;/i&gt; n&#176; 32, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une asbl est une association type loi 1901 en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Belgique, le terme &#171; baraki &#187; d&#233;signait &#224; l'origine un forain qui vit dans une baraque, une roulotte. Il est aujourd'hui utilis&#233; de fa&#231;on p&#233;jorative pour d&#233;signer une personne mal d&#233;grossie... &#192; La Baraque, nous sommes des &#171; baraquis &#187; avec un &#171; q &#187;, m&#234;me si nous nous sentons proches des &#171; k &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La consommation moyenne d'eau en Wallonie est de 40 m&#232;tres cubes par an et par habitant, mais seulement de 20 &#224; La Baraque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il s'agit des eaux us&#233;es domestiques faiblement pollu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces deux projets ont &#233;t&#233; men&#233;s par les habitants en suivant les conseils et travaux de Joseph Orszagh.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'emphyt&#233;ose, ou bail emphyt&#233;otique, s'&#233;tend sur une tr&#232;s longue dur&#233;e. En &#233;change d'un loyer modique, le locataire doit am&#233;liorer le bien concern&#233; &#8211; le bailleur r&#233;cup&#233;rera l'ensemble &#224; &#233;ch&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; l'aube de nouvelles Nuits</title>
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		<dc:date>2018-04-11T15:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Tewfiq</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Non, la R&#233;publique n'est pas le centre du monde. Les banlieues et les quartiers se l&#232;vent aussi ! Reportage &#224; Aubervilliers en Seine-Saint-Denis&#8232;et sur la place des F&#234;tes, &#224; Paris, o&#249;, loin des grands m&#233;dias, on fait aussi sa Nuit Debout, m&#234;me avec peu de monde. Samedi 23 avril, 15h, Aubervilliers. &#171; Puisqu'on est pas nombreux, on pourrait se rapprocher et se passer de micro, peut-&#234;tre ? &#187; Pas la peine de proc&#233;der &#224; un vote, comme un seul homme, la petite trentaine de personnes pr&#233;sentes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Aubervilliers" rel="tag"&gt;Aubervilliers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Non, la R&#233;publique n'est pas le centre du monde. Les banlieues et les quartiers se l&#232;vent aussi ! Reportage &#224; Aubervilliers en Seine-Saint-Denis&#8232;et sur la place des F&#234;tes, &#224; Paris, o&#249;, loin des grands m&#233;dias, on fait aussi sa Nuit Debout, m&#234;me avec peu de monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Samedi 23 avril, 15h, Aubervilliers. &#171; &lt;i&gt;Puisqu'on est pas nombreux, on pourrait se rapprocher et se passer de micro, peut-&#234;tre ?&lt;/i&gt; &#187; Pas la peine de proc&#233;der &#224; un vote, comme un seul homme, la petite trentaine de personnes pr&#233;sentes se resserrent dans un coin de la place de la Mairie. Cette apr&#232;s-midi-l&#224;, tout semble d&#233;sert&#233;, m&#234;me le man&#232;ge pour enfants. Un petit vent frais vient donner une touche presque hivernale &#224; ce second rassemblement d'Aubervilliers Debout, mais pas de quoi d&#233;courager la trentaine de courageux militants, travailleurs, profs, ch&#244;meurs ou &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-579-4894b.jpg?1782641446' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Martin Barzila&#239;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La plupart des pr&#233;sents (de 6 &#224; 66 ans) semblent se conna&#238;tre, mais pas forc&#233;ment depuis longtemps. Il y a aussi quelques curieux, pas seulement blancs, qui resteront silencieux toute l'apr&#232;s-midi, mais &#233;couteront d'un air particuli&#232;rement studieux : deux femmes portant des voiles aux couleurs chatoyantes, avec leurs enfants qui s'amuseront dans la &#171; cr&#232;che autog&#233;r&#233;e &#187;, deux gars un peu en arri&#232;re, le regard grave, ou encore Sophie&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certains pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, jeune infirmi&#232;re r&#233;cemment install&#233;e &#224; Aubervilliers, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s contente de participer &#224; cette r&#233;union&lt;/i&gt; &#187;. Comme &#224; Paris, comme partout, on prend les tours de parole et on essaie de respecter l'avis de chacun dans le temps imparti. Ce n'est pas toujours facile ! G&#233;rard a une furieuse envie de parler. Le m&#233;diateur : &#171; &lt;i&gt;Je t'inscris ?&lt;/i&gt; &#187; R&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;Non, non !&lt;/i&gt; &#187; Ce qui ne l'emp&#234;che pas de s'&#233;tendre un peu longuement sur l'histoire du syndicalisme en France et parle &#224; la place des autres : &#171; &lt;i&gt;Ici, on a tous vot&#233; Hollande et on est tous d&#233;&#231;us. Moi, je suis cheminot syndiqu&#233; CGT, et les Nuits Debout, je suis &#224; fond pour.&lt;/i&gt; &#187; Au moment de partir, il ira chaleureusement serrer la paluche de toutes les personnes pr&#233;sentes. Quelque chose de familial se d&#233;gage du rassemblement o&#249; se disent de belles et fortes choses, dont un attachement pour Aubervilliers et ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d&#233;bat, sous des airs aust&#232;res et techniques, est en fait un point essentiel qui surgit lors de ces Nuits Debout en p&#233;riph&#233;rie de celle de R&#233;publique &#8211; celle qui passe &#224; la t&#233;l&#233;. Ici, on se demande s'il faut, pour la journ&#233;e de mobilisation nationale du 28 avril, faire une manif &#224; Aubervilliers, puis rejoindre celle de Saint-Denis, puis celle de Paris. Avec ou sans les syndicats ? On craint une &#171; r&lt;i&gt;&#233;cup&#233;ration par les syndicats&lt;/i&gt; &#187;, et aussi &#171; &lt;i&gt;d'&#234;tre assujettis &#224; Paris&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233;, on se pose la question de la pertinence d'une d&#233;clinaison albertivillarienne, locale, de la Nuit Debout. Un type y va m&#234;me fort : &#171; &lt;i&gt;Ici, &#224; trois pel&#233;s et un tondu, on ne sert &#224; rien. C'est une mise en sc&#232;ne, le micro, les votes, les affiches... &#192; la limite du ridicule.&lt;/i&gt; &#187; D'ailleurs, il ne restera pas longtemps et n'aura pas la chance d'entendre la r&#233;ponse de C&#233;cile : &#171; &lt;i&gt;C'est pas grave d'&#234;tre ridicule. Il faut bien lancer le mouvement, la mise en sc&#232;ne, &#231;a sert aussi &#224; &#231;a. C'est l&#233;gitime d'&#234;tre ici, m&#234;me peu nombreux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre ambiance, mais m&#234;me question, &#224; la place des F&#234;tes, le soir m&#234;me. Dans ce quartier du 20e arrondissement de Paris, encore populaire, mais soumis &#224; la gentrification g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la capitale. Pourquoi faire une Nuit Debout de quartier ? &#171; &lt;i&gt;Pour &#234;tre plus proches. Pour &#234;tre dans des actions locales plus efficaces.&lt;/i&gt; &#187; Ici, les nuitdeboutistes se sont rassembl&#233;s &#224; une soixantaine dans la fontaine s&#232;che qui forme une ar&#232;ne toute trouv&#233;e. Pas de micro, mais de la soupe maison, du vin, du fromage et un vent glacial. Les tours de parole sont scrupuleusement respect&#233;s, les mots choisis, quelques r&#233;f&#233;rences &#224; tel penseur ou &#224; tel courant d'id&#233;es fusent ici et l&#224;. Studieux, concentr&#233;s, plus &#226;g&#233;s qu'&#224; Aubervilliers&#8230; Quelques visages familiers du mouvement anti-CPE de 2006. Sara : &#171; &lt;i&gt;Si on part sur des grands d&#233;bats comme la la&#239;cit&#233;, les religions, la constitution, tout &#231;a, on va s'engueuler. On est l&#224; parce qu'on partage un sentiment de r&#233;volte et l'envie de faire des choses localement.&lt;/i&gt; &#187; On constate que pour chaque proposition d'action, il faudrait proposer aussi des rendez-vous pour les mettre en place. Khader, emmitoufl&#233; sous sa capuche et grelottant de fi&#232;vre, explique sommairement comment communiquer sur le Web et se propose pour mettre en place des outils : blog, mailing-list... Sara propose une &#171; gratuiteriat &#187; (proposer gratuitement des biens dont on n'a plus besoin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'Aubervilliers &#224; la place des F&#234;tes, la question r&#233;currente est celle de savoir comment faire en sorte que les habitants du coin s'en m&#234;lent, les jeunes, les familles, les travailleurs et ceux qui gal&#232;rent. Un doute commun : est-on l&#233;gitime ? Les deux assembl&#233;es se trouvent &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; trop blanches, trop intellos, trop classe moyenne, trop masculines. Aubervilliers, 80 000 habitants, est l'une des villes les plus pauvres de la r&#233;gion la plus riche de France. &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on s'interroge sur la repr&#233;sentativit&#233; des gens qui sont l&#224;. On ne ressemble pas vraiment aux habitants d'Aubervilliers.&lt;/i&gt; &#187; Le petit groupe semble pourtant plut&#244;t diversifi&#233;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien plus diversifi&#233; que sur le panneau de la RATP qui annonce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, d'origine comme de genre. Amine n'en d&#233;mord pas : &#171; &lt;i&gt;Les habitants, les jeunes, il faut aller vers eux, les informer, sans l&#226;cher.&lt;/i&gt; &#187; Mais pour H&#233;lo : &#171; &lt;i&gt;Les habitants des quartiers, ils sont d&#233;j&#224; dans l'extr&#234;me pr&#233;carit&#233;, dans des vraies gal&#232;res de survie. Alors, la Loi Travail, &#231;a ne leur parle pas du tout !&lt;/i&gt; &#187; On cause violences polici&#232;res, que les jeunes d'ici vivent au quotidien sans que personne n'en parle, alors que celles que subissent les lyc&#233;ens de Paris font le tour des m&#233;dias. H&#233;lo, encore : &#171; &lt;i&gt;Ce matin, au march&#233;, je tractais en disant &#8220;Mobilisation contre la Loi Travail&#8221;, et personne ne prenait mon tract. Puis j'ai vu que C&#233;cile disait : &#8220;Aubervilliers Debout&#8221;, et que les gens lui prenaient les tracts. Parce que la Nuit Debout, ils connaissent, &#231;a passe &#224; la t&#233;l&#233;, &#231;a les int&#233;resse m&#234;me plus que la loi Travail. Alors, peut-&#234;tre qu'il ne sont pas l&#224; aujourd'hui, mais l'id&#233;e fait son chemin.&lt;/i&gt; &#187; Francis : &#171; &lt;i&gt;On esp&#233;rait que, l'apr&#232;s-midi, les familles viendraient plus. Mais de toute fa&#231;on, on se doutait qu'on serait pas nombreux aujourd'hui. Je crois que le plus important, c'est d'&#234;tre l&#224;, chaque semaine. Les gens passent, ils nous voient, ils s'approchent. La semaine prochaine, on sera plus.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce moment-l&#224;, un mariage sort de la mairie sous les youyous et fr&#244;le la petite assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place des F&#234;tes, Lucas propose d'aller inviter les sans-papiers d'un foyer voisin pour faire un potager sur la place. D'autres pr&#233;conisent d'aller tracter lors du march&#233;, d'aller causer avec les habitants des tours qui bordent la place&#8230; Une jeune femme fait tout de m&#234;me remarquer qu'il &#171; &lt;i&gt;n'est pas possible de savoir qui est pr&#233;caire et qui ne l'est pas. On ne peut pas en juger simplement sur l'apparence des gens. Moi, aux Nuits Debout de R&#233;publique, je suis bien incapable de juger qui est dans la gal&#232;re ou non, pourtant on entend souvent que c'est un rassemblement de bobos. C'est pas la question ! Si on est l&#224;, c'est qu'on a quelque chose &#224; y faire.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Aubervilliers, Francis, jeune homme aux longues &lt;i&gt;dreads&lt;/i&gt; rousses, pouvant passer pour un de ces bobos honnis, explique que depuis qu'il a &#233;t&#233; vir&#233; de chez Picard parce qu'il voulait aller pisser, il n'est plus certain de pouvoir payer son loyer : &#171; &lt;i&gt;Je suis pas s&#251;r de ne pas me retrouver &#224; la rue le mois prochain.&lt;/i&gt; &#187; Oui, est l&#233;gitime celui ou celle qui vient. &#171; &lt;i&gt; Mais si les Nuits Debout avaient exist&#233; quand je me suis fait virer, il y a deux ans, peut-&#234;tre qu'on aurait pu faire quelque chose ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Aubervilliers &#224; Paris 20e, l'inqui&#233;tude &#233;tait palpable quant &#224; l'avenir du mouvement. Une ombre d&#233;sign&#233;e avec quasiment les m&#234;mes mots : &#171; &lt;i&gt;Bon, ce mouvement, on a vu ce que &#231;a pouvait donner en Espagne et en Gr&#232;ce, et &#231;a a d&#233;bouch&#233; sur des partis politiques. C'est s&#251;r que ce n'est pas ce qu'on veut...&lt;/i&gt; &#187; Oubliant toute d&#233;ontologie et devoir de r&#233;serve (qu'il n'a jamais eu), le reporter de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; prend la parole sur la place des F&#234;tes, pour rappeler que le mouvement 15-M et les Indignados&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le dossier de CQFD no137 &#171; Le pari municipaliste &#187;, par Bruno Le Dantec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; avaient accouch&#233; de bien d'autres choses que Podemos. Julien : &#171; &lt;i&gt;Ce qui est vraiment fort comme action, et surtout localement, c'est l'organisation de groupes de d&#233;fense. Qu'un de vos voisins se fasse expulser, un coup de fil, et il y a 50 personnes motiv&#233;es qui viennent pour le d&#233;fendre. Pareil pour des questions de boulots, de papiers. Puisqu'on parle de construire quelque chose qui dure et qui int&#233;resse vraiment et concr&#232;tement les gens d'ici..&lt;/i&gt;. &#187; Les mains se l&#232;vent et gigotent. Emport&#233; par l'&#233;motion, le petit gars de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'applaudit lui-m&#234;me, ce qui fait rire l'AG. C'est vrai que ce n'est pas grave d'&#234;tre ridicule&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Breaking News : Aubervilliers Debout a d&#233;cid&#233;, lors de l'AG du 30 avril, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Certains pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bien plus diversifi&#233; que sur le panneau de la RATP qui annonce triomphalement l'arriv&#233;e du m&#233;tro &#224; la mairie d'Aubervilliers : dans un Photoshop immonde, digne d'un enfant de 12 ans, on ne voit que des Blancs de moins de 30 piges, riant, &#224; v&#233;lo ou au t&#233;l&#233;phone&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le dossier de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; no137 &#171; Le pari municipaliste &#187;, par Bruno Le Dantec et Ferdinand Cazalis, &#224; t&#233;l&#233;charger librement &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Au-dela-de-Podemos-le-pari&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Breaking News : Aubervilliers Debout a d&#233;cid&#233;, lors de l'AG du 30 avril, de soutenir les habitants menac&#233;s d'expulsion, comme c'est d&#233;j&#224; le cas pour Sophie et S&#233;bastien. &#192; suivre....&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des centres sociaux au pain sec</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ils font vivre des quartiers o&#249; il n'y a plus grand-chose. Mais leurs subventions baissent et les contrats aid&#233;s disparaissent : un peu partout en France, les centres sociaux tirent la langue. En Paca, c'est maintenant la R&#233;gion qui se d&#233;sengage. D'habitude, &#224; No&#235;l, les minots de la cit&#233; des Lierres vont au centre a&#233;r&#233;. Mais cette ann&#233;e, il n'y avait &#171; pas d'argent &#187;. Alors le lieu est rest&#233; ferm&#233; : pas de vacances pour les gamins des pauvres. Glan&#233;e dans le 12e arrondissement de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ils font vivre des quartiers o&#249; il n'y a plus grand-chose. Mais leurs subventions baissent et les contrats aid&#233;s disparaissent : un peu partout en France, les centres sociaux tirent la langue. En Paca, c'est maintenant la R&#233;gion qui se d&#233;sengage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'habitude, &#224; No&#235;l, les minots de la cit&#233; des Lierres vont au centre a&#233;r&#233;. Mais cette ann&#233;e, il n'y avait &#171; &lt;i&gt; pas d'argent&lt;/i&gt; &#187;. Alors le lieu est rest&#233; ferm&#233; : pas de vacances pour les gamins des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2068 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-347-7a4bb.jpg?1782646787' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Glan&#233;e dans le 12e arrondissement de Marseille, cette histoire n'est certainement pas unique en son genre. Car aux quatre coins de l'Hexagone, des centres sociaux crient famine : les subventions s'ass&#232;chent. Il a fallu dire adieu &#224; des milliers de contrats aid&#233;s, faire le deuil d'une partie des cr&#233;dits &#171; politique de la ville &#187; &#8211; le gouvernement les a r&#233;duits de 11 % l'an dernier. Et voil&#224; qu'en Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur (Paca), la R&#233;gion en rajoute&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, dans les Bouches-du-Rh&#244;ne et le Vaucluse, cette institution (aux mains de la droite) participait au budget de fonctionnement des centres sociaux, via une convention-cadre sign&#233;e avec la Caisse des allocations familiales (Caf) et d'autres collectivit&#233;s locales (d&#233;partement, mairies&#8230;). Un syst&#232;me con&#231;u pour assurer aux centres leur financement de base : de quoi ouvrir la structure et r&#233;mun&#233;rer quelques postes cl&#233;s &#8211; un pr&#233;alable &#224; des actions ult&#233;rieures. Mais d&#233;sormais, le conseil r&#233;gional ne subventionnera plus que des actions sp&#233;cifiques, sur appel &#224; projets. Pas de quoi emballer Danielle Gallus, directrice d'un centre dans le 14e : &#171; &lt;i&gt;On travaille d&#233;j&#224; sur appel &#224; projet. Mais c'est un syst&#232;me compl&#232;tement incertain. On r&#233;pond, on est s&#233;lectionn&#233; ou pas. On obtient un financement pour un an, et puis l'ann&#233;e d'apr&#232;s on ne l'a plus...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, la R&#233;gion &#233;tait loin d'&#234;tre leur premier financeur : les centres sociaux devraient donc parvenir &#224; se remettre de cette perte, m&#234;me si la douloureuse n'est pas n&#233;gligeable (9 000 &#8364; dans certains cas). Mais cette d&#233;fection, qui en fait craindre d'autres&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour pallier le manque de subventions, certaines structures se tournent vers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; la goutte d'eau qui a fait d&#233;border le vase : le 7 d&#233;cembre, plusieurs centaines de personnes ont manifest&#233; devant le conseil r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est notre poumon &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi elles, il y avait Madame Khelil, une usag&#232;re du centre social des Lierres : &#171; &lt;i&gt;Mes enfants sont tout le temps l&#224;-bas. Soutien scolaire, centre a&#233;r&#233;&#8230; S'ils ferment ce centre, c'est mort pour nous.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me sentiment pour Madame Bonjour, une voisine : &#171; &lt;i&gt;Moi, je n'ai pas d'enfants, je dois &#234;tre la plus vieille du centre. J'y vais tout le temps &#8211; on fait de la peinture, du th&#233;&#226;tre&#8230; Si le centre fermait, il me manquerait. On est toujours bien re&#231;u, pour les papiers, pour tout&#8230; Quand mon mari est d&#233;c&#233;d&#233;, j'ai &#233;t&#233; accompagn&#233;e par les personnes qui y travaillent.&lt;/i&gt; &#187; Une troisi&#232;me voisine approuve : &#171; &lt;i&gt;C'est un endroit o&#249; on peut discuter, rencontrer d'autres personnes, au lieu de rester &#224; la maison &#224; ne rien faire. Et pour nos enfants, c'est pareil &#8211; &#231;a leur permet d'avoir un encadrement. Au lieu de tra&#238;ner dans la rue, il vaut mieux qu'ils soient au centre.&lt;/i&gt; &#187; Madame Khelil, encore : &#171; &lt;i&gt; Le centre social, c'est notre poumon&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Dans beaucoup de quartiers, il n'y a plus de commerce, ni de services publics, &lt;/i&gt; pointe Joseph Richard-Cochet, d&#233;l&#233;gu&#233; d&#233;partemental de l'Union des centres sociaux des Bouches-du-Rh&#244;ne.&lt;i&gt; L&#224;, le centre social, c'est la derni&#232;re structure qui reste.&lt;/i&gt; &#187; Et si on l'enlevait, cet espace collectif de partage ? &#171; &lt;i&gt;On peut imaginer ce que &#231;a donnerait : des gens qui se replient chez eux sur leur souffrance. Dans beaucoup de quartiers, c'est une &#233;volution d&#233;j&#224; en cours&lt;/i&gt; [&#8230;].&lt;i&gt; On voit les scores du FN qui montent &#233;norm&#233;ment, c'est aussi li&#233; &#224; cette question du vivre-ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, sans centres sociaux, qui pallierait les d&#233;faillances de la Caf ou de P&#244;le emploi, &#8211; qui offrent de moins en moins d'accueil humain &#8211; sans se soucier de ceux qui ne savent pas parler &#224; un ordinateur ? Qui donnerait des cours de fran&#231;ais aux mamans immigr&#233;es, tout en gardant leurs enfants, comme on le fait au centre de La Garde (13e) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour l'instant, nous avons un budget &#233;quilibr&#233;, mais pour l'ann&#233;e prochaine, nous sommes anxieux&lt;/i&gt; &#187;, confie Nicole Pons, une des administratrices de cette structure. &#171; &lt;i&gt;Moins d'argent, moins de personnel, moins d'activit&#233;s&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;gr&#232;ne-t-elle, songeuse. Or &#171; &lt;i&gt; tout le monde le dit : on travaille quand m&#234;me pour la paix dans les quartiers&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me constat, plus &#233;nerv&#233;, chez Thierry Petrone, de l'Espace social et culturel Villemarie, &#224; Carpentras (Vaucluse) : &#171; &lt;i&gt;On se demande ce que font les &#233;lus. Si effectivement ils veulent que les quartiers flambent, il n'y a rien de mieux ! Ils flamberont, les quartiers, parce qu'on ne pourra plus s'occuper des familles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Clap de fin &#224; la Rougui&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce lundi encore, au centre social de la Rougui&#232;re, on a fait des gaufres. Des dizaines de gaufres. On a partag&#233; un repas, on a rigol&#233;, on s'est taquin&#233;. Habitants, professionnels, on &#233;tait ensemble. Puis Djamel, un des employ&#233;s, a refait son CV : &#171; Manutentionnaire / Cariste &#187;. Demain, le 12 d&#233;cembre, un tribunal marseillais se penchera sur la liquidation judiciaire de la structure. Une association n&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1960, en m&#234;me temps que cette cit&#233; de 836 logements, pos&#233;e dans les quartiers est de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 octobre, la Caf, un des principaux financeurs du centre, a d&#233;cid&#233; de ne pas renouveler son agr&#233;ment&#8230; &#224; compter du 1er juillet dernier ! Or, sans agr&#233;ment, plus de subventions. La fermeture, donc. Et pour les habitants qui fr&#233;quentaient le lieu, un grand vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi cette d&#233;cision ? Dans son courrier, la Caf pointe des &#171; &lt;i&gt;difficult&#233;s de gouvernance&lt;/i&gt; &#187;. Sur place, personne ne le nie. &#171; &lt;i&gt; Il y a eu des dysfonctionnements, un conflit entre administrateurs et salari&#233;s. La moiti&#233; du conseil d'administration a d&#233;missionn&#233; en mai&lt;/i&gt; &#187;, reconna&#238;t David Diancourt, le directeur. Oui, &#171; &lt;i&gt;des conneries&lt;/i&gt; &#187; ont &#233;t&#233; faites, notamment en termes de gestion du personnel. Mais pour le reste&#8230; La Caf parle d'un &#171; &lt;i&gt;manque de rigueur quant au diagnostic&lt;/i&gt; &#187;, mais &#171; &lt;i&gt;elle ne dit pas en quoi !&lt;/i&gt; &#187;, s&#8216;insurge Paul Piccirillo, le pr&#233;sident du centre. D&#8216;autres raisons sont &#233;voqu&#233;es : un &#171; &lt;i&gt;manque de contenu du projet social sur les objectifs et modalit&#233;s de projets&lt;/i&gt; &#187;, une &#171; &lt;i&gt;absence de lisibilit&#233; de l'organigramme&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Bref, des justifications plut&#244;t floues, que d'aucuns ici jugent &#171; &lt;i&gt;fallacieuses&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trop inclusif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, d'inavouables raisons seraient-elles &#224; chercher ailleurs ? Ce qui est s&#251;r, c'est que les positionnements &#171; politiques &#187; de la direction ont pu agacer certains financeurs institutionnels. &#192; la Rougui&#232;re, on tentait de pratiquer une la&#239;cit&#233; inclusive. Surtout, il y avait la volont&#233; d'associer v&#233;ritablement les habitants aux processus de d&#233;cision. L'objectif &#233;tait que le projet social parte de la base pour remonter vers le haut, et non l'inverse. Que les habitants en arrivent &#224; s'organiser eux-m&#234;mes, d&#233;passant le cadre du centre et des professionnels qui y travaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette tentative sont n&#233;es de belles choses, notamment des jardins partag&#233;s, et un remarquable journal de quartier, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.csrouguiere.com/la-gazette-de-la-roug&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Gazette de la Roug'&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Distribu&#233; dans les bo&#238;tes aux lettres du coin, ce canard offrait entre autres des r&#233;cits de vie d'une intimit&#233; et d'une sinc&#233;rit&#233; rares. Il valorisait la vie associative du quartier, ses luttes collectives. Certains habitants y avaient trouv&#233; un canal d'expression &#8211; m&#234;me si la pr&#233;fecture fut chiffonn&#233;e de d&#233;couvrir que le logo &#171; Marianne &#187; ne figurait pas dans le premier num&#233;ro, alors m&#234;me que l'&#201;tat avait particip&#233; au financement du projet&#8230; Mais cette gazette, faut-il vraiment en parler au pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car certes, les portes du centre social sont d&#233;sormais ferm&#233;es, mais il reste une dynamique. Des graines ont &#233;t&#233; sem&#233;es, elles fleuriront d'une mani&#232;re ou d'une autre. En tout cas, on veut y croire. Une association, Le Bazar de la Rougui&#232;re, vient d'&#234;tre mont&#233;e par des habitants : elle poursuivra sans doute une partie des projets participatifs, ou cr&#233;era les siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; prochain, un nouveau centre social verra le jour dans le quartier. Il disposera de locaux flambant neufs. Pour choisir qui les occupera, la mairie de Marseille a lanc&#233; un appel d'offres. L'association historique du centre a vu sa candidature &#233;vinc&#233;e, parce qu'elle &#233;tait alors &#171; &lt;i&gt;en redressement judiciaire&lt;/i&gt; &#187;, du fait d'une situation financi&#232;re difficile, d&#233;j&#224;. Il y aurait deux candidats en lice : de grosses associations g&#233;rant d&#233;j&#224; plusieurs structures. Dans un tel cadre, les habitants auront-ils voix au chapitre ? Il y a peu de chances qu'un seul d'entre eux entre un jour dans leurs conseils d'administration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour pallier le manque de subventions, certaines structures se tournent vers le m&#233;c&#233;nat priv&#233;, ce qui n'est pas sans poser question&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marignane : chemin de croix proven&#231;al</title>
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		<dc:date>2017-08-14T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Comme un micro-climat : l'extr&#234;me droite s'est toujours tr&#232;s bien port&#233;e autour de l'&#233;tang de Berre. Et particuli&#232;rement &#224; Marignane, ville de 34 000 habitants o&#249; Marine Le Pen s'est taill&#233; la part du lion au premier tour des pr&#233;sidentielles, raflant 42,5% des suffrages. Dans cette agglom&#233;ration sans &#226;me et en mal d'identit&#233;, les valeurs ultradroiti&#232;res, la peur de l'autre et l'angoisse du d&#233;clin font des ravages. Reportage. Un petit parc de rien du tout. Juste un carr&#233; de pelouse et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin" rel="tag"&gt;Ruoyi Jin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maire-Eric" rel="tag"&gt;maire &#201;ric&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme un micro-climat : l'extr&#234;me droite s'est toujours tr&#232;s bien port&#233;e autour de l'&#233;tang de Berre. Et particuli&#232;rement &#224; Marignane, ville de 34 000 habitants o&#249; Marine Le Pen s'est taill&#233; la part du lion au premier tour des pr&#233;sidentielles, raflant 42,5% des suffrages. Dans cette agglom&#233;ration sans &#226;me et en mal d'identit&#233;, les valeurs ultradroiti&#232;res, la peur de l'autre et l'angoisse du d&#233;clin font des ravages. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un petit parc de rien du tout. Juste un carr&#233; de pelouse et quelques arbres dans un recoin du centre-ville. Sur le gazon, un premier panneau : &#171; &lt;i&gt;Jardin public Salvador Dali, inaugur&#233; par le maire de Marignane, &#201;ric Le Diss&#232;s, le 23 septembre 2011&lt;/i&gt; &#187;. Et puis un deuxi&#232;me, trois m&#232;tres plus loin, qui claironne devant un arbre maigrichon : &#171; &lt;i&gt;Arbre de la libert&#233;, inaugur&#233; par le maire de Marignane, &#201;ric Le Diss&#232;s, le 9 d&#233;cembre 2012&lt;/i&gt; &#187;. Il est comme &#231;a, l'&#233;dile de la ville : il aime laisser sa marque partout. Un peu comme un chien multipliant les arr&#234;ts pipi. Local associatif, rond-point, mus&#233;e ou fresque, ses panneaux tr&#244;nent dans tous les coins de la ville. Gloire &#224; &#201;ric Le Diss&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rodomontades s&#233;curitaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gloire est chose martiale, elle s'accommode fort bien d'accents guerriers. Le maire en a justement &#224; revendre, multipliant les envol&#233;es sanguinaires et les prises de parole lyriques. En ligne de mire, l'hydre terroriste et le laxisme soci&#233;tal. Lors de la&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH537/-184-83322.jpg?1782740486' width='400' height='537' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;c&#233;r&#233;monie des v&#339;ux de la commune en janvier 2015, il s'enflamme : &#171; &lt;i&gt;Voil&#224; pourquoi &#224; coup de lois hyper-laxistes, vous, les d&#233;cideurs, avez fait un nid douillet &#224; ces barbares aveugl&#233;s par leur fanatisme sans fondement.&lt;/i&gt; &#187; Pour celle de 2016, il en remet une couche : &#171; &lt;i&gt;Monsieur le Pr&#233;sident, prot&#233;gez nos fronti&#232;res et lib&#233;rez certaines de nos cit&#233;s des pr&#233;tendants au Jihad.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Car je le dis haut et fort, le danger est autant chez nous qu'en Syrie ou au Mali.&lt;/i&gt; &#187; Et &#224; l'occasion du mill&#233;sime 2017, il se dresse bravement sur ses ergots : &#171; &lt;i&gt;Il faut que chacun sache que je suis intransigeant quand il s'agit de s&#233;curit&#233; et je le dis haut et fort, ici chez nous, aucun &#233;tranger ne peut et ne doit pouvoir faire sa loi &#224; notre place.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi Monsieur le Maire se targue d'avoir fait enlever tous les drapeaux &#233;trangers du rond-point du 8 mai 1945. Il s'agit de &#171; &lt;i&gt;n'en laisser qu'un seul, mais pas n'importe lequel : notre drapeau national&lt;/i&gt; &#187;. Et de monter dans les tours : &#171; &lt;i&gt; &#192; chaque fois que vous verrez ce drapeau, redressez-vous et soyez fiers !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va des coups de menton patriotiques comme des panneaux d'inauguration : toute occasion est bonne &#224; prendre. Ce mardi 25 avril, c'est l'assassinat du policier Xavier Jugel&#233; sur les Champs-&#201;lys&#233;es qui fournit mati&#232;re &#224; hommage local, devant l'h&#244;tel de ville. En face d'une centaine de personnes et de six policiers municipaux bombant le torse, &#201;ric Le Diss&#232;s prend virilement la parole. Fustige &#171; &lt;i&gt; un pays tellement laxiste qu'il permet &#224; des d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s mentaux de commettre plusieurs tentatives d'assassinat sur des policiers&lt;/i&gt; &#187;. Trompette que &#171; &lt;i&gt;trop de libert&#233; tue la libert&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Et en appelle au r&#233;tablissement de la peine de mort. Minute de silence, Marseillaise &#8211; rompez les rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ivresse frontiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH573/-185-37d9b.jpg?1782666244' width='400' height='573' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le maire se fait ici parfait porte-voix des folles inqui&#233;tudes de ses administr&#233;s. Cela fait un bail que Marignane tremble. Et que cette ville de 34 000 habitants vote &#224; droite. Tr&#232;s &#224; droite. En 1995, elle se donne au FN, choisissant pour maire un proche de Jean-Marie Le Pen, Daniel Simonpieri. Elle le r&#233;&#233;lit en 2001, cette fois sous la banni&#232;re du MNR, le mouvement de Bruno M&#233;gret. Puis &#201;ric Le Diss&#232;s prend la suite en 2008, avant d'&#234;tre r&#233;&#233;lu en 2014. L'actuel maire s'affiche divers droite, camouflage qui ne trompe pas tant l'homme arbore tous les codes de l'extr&#234;me-droite &#224; d&#233;faut d'en porter l'&#233;tiquette. Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vrai, Marignane se saoule litt&#233;ralement &#224; l'extr&#234;me droite. Au deuxi&#232;me tour des r&#233;gionales de 2015, la ville accorde ainsi 60% de ses voix &#224; Marion Mar&#233;chal - Le Pen, laquelle ne laisse que des miettes &#224; son adversaire, le tr&#232;s droitier Christian Estrosi. Et au premier tour des pr&#233;sidentielles, il y a quelques jours, c'est la tante qui d&#233;croche la timbale : la candidate du FN r&#233;cup&#232;re 42,5% des voix, loin devant Jean-Luc M&#233;lenchon (17,5%) et Fran&#231;ois Fillon (15,8%). Soit le plus haut score frontiste des Bouches-du-Rh&#244;ne, d&#233;partement qui ne s'en laisse pourtant pas conter quand il s'agit de voter pour l'ordre et la r&#233;action. M&#234;me les imm&#233;diates voisines de Marignane, Martigues (30,5% pour la candidate frontiste au premier tour), Istres (33,3%) et la tr&#232;s r&#233;ac Vitrolles (33,8%), font en regard p&#226;le figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fant&#244;mes de l'OAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces villes des abords de l'&#233;tang de Berre ont pourtant bien des points communs. Outre l'absence de charme, elles partagent un fort ancrage pied-noir &#8211; &#224; Marignane, les familles rapatri&#233;es d'Alg&#233;rie repr&#233;senteraient un peu moins de 20% de la population. Un poids &#233;lectoral si massif qu'il se donne m&#234;me &#224; lire sur le plan de la ville. Pour s'en &#233;chapper par le sud, il faut ainsi emprunter l'avenue Salan, du nom de ce g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais qui participa au putsch des g&#233;n&#233;raux de 1961 et qui fut chef de l'OAS &#8211; seules quatre autres villes fran&#231;aises ont accord&#233; un semblable honneur au militaire factieux. &#192; l'exact oppos&#233;, tout au nord, voici le cimeti&#232;re Saint-Laurent, lequel accueille une pompeuse st&#232;le figurant un supplici&#233; fusill&#233;, mains attach&#233;es dans le dos. Au c&#244;t&#233;, cette inscription : &#171; &lt;i&gt; &#192; la m&#233;moire de nos compatriotes et des combattants civils et militaires qui ont perdu la vie pour que l'Alg&#233;rie demeure fran&#231;aise.&lt;/i&gt; &#187; L'OAS n'est pas morte, ses fant&#244;mes bougent encore. Et ils votent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, il y a ce poids de l'&#233;lectorat pied-noir, tr&#232;s raciste et revanchard. Mais il n'explique pas &#224; lui seul le succ&#232;s de l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt;, temp&#232;re Julien, employ&#233; de 42 ans. &lt;i&gt;Si les Marignanais votent massivement FN, c'est d'abord par crainte. Ils n'ont pas support&#233; de voir leur ville changer. Pour eux, les choses devraient durer &#233;ternellement.&lt;/i&gt; &#187; Les Trente Glorieuses en ont d&#233;cid&#233; autrement : de 5 300 habitants en 1954, le petit village proven&#231;al, situ&#233; &#224; 20 kilom&#232;tres de route de Marseille, est pass&#233; &#224; 31 000 en 1982. Rapatri&#233;s d'Alg&#233;rie, immigr&#233;s du Maghreb, Marseillais fuyant la grande ville et employ&#233;s de l'a&#233;roport de Marignane (devenu Marseille-Provence en 1961 et d&#233;sormais cinqui&#232;me a&#233;roport fran&#231;ais) ont pris logement dans un vaste entrelacs de lotissements sans &#226;me, de r&#233;sidences plus ou moins ferm&#233;es, de petites cit&#233;s et de zones d'activit&#233; s'&#233;tendant autour du centre-ville. Autant de b&#226;timents au cr&#233;pi d&#233;fra&#238;chi, de rues qui se ressemblent et se confondent, d'anonymes lotissements. En trente ans, Marignane est devenue ville-dortoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mort du petit commerce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de lui forger une nouvelle identit&#233;, riche de toutes ses communaut&#233;s, la plupart des habitants ont alors choisi de mythifier un &#226;ge d'or proven&#231;al. Celui d'avant, quand la ville n'&#233;tait qu'un bourg. Et que rien ne venait troubler l'entre-soi. &#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; en 1961, &#231;a n'avait rien &#224; voir. Il y avait encore des Marignanais, des vrais Proven&#231;aux. On parlait des m&#234;mes choses, on causait la m&#234;me langue, on se comprenait, on partageait des traditions&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole, derri&#232;re le comptoir de son bar, Herv&#233;, ancien communiste votant d&#233;sormais FN. Une nostalgie largement entretenue par la municipalit&#233;, qui n'a de cesse de ressusciter le spectre des traditions pr&#233;tendument perdues. Dans les rues du centre-ville, des photos en noir et blanc du bourg des ann&#233;es 1950 s'affichent sur de larges panneaux. Non loin, une b&#226;tisse bourgeoise accueille depuis 2015 le mus&#233;e Raimu &#8211; l'acteur pour parfait parangon d'une antique identit&#233; proven&#231;ale fantasm&#233;e. &#192; quelques m&#232;tres, voil&#224; le square Fr&#233;d&#233;ric Mistral. Le &#171; &lt;i&gt;po&#232;te de la Provence&lt;/i&gt; &#187; a droit &#224; une st&#232;le, avec cette citation angoiss&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Et la langue de notre m&#232;re, devrons-nous l'oublier ?&lt;/i&gt; &#187; Aucun risque : le Mus&#233;e des arts et traditions populaires de Marignane, avec ses mannequins en costumes d'&#233;poque et sa cuisine traditionnelle reconstitu&#233;e, se charge de marteler le message. Ici, on entretient le r&#234;ve du pass&#233; &#8211; c'est plus commode que d'affronter le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent &#224; Marignane, ce sont ces devantures de commerces ferm&#233;es, pour certaines depuis des ann&#233;es. Au centre-ville, pr&#232;s d'un tiers des &#233;choppes ont d&#233;finitivement tir&#233; le rideau, sans que rien ne vienne prendre leur place, sinon un panneau &#171; &#224; vendre &#187; ou &#171; &#224; louer &#187;. Les d&#233;funts s'appellent Smart informatique, Leonidas, C Kitch, L&#230;titia Lingerie, Snack Hasan Baba ou encore Poissonnerie 27. Les derni&#232;res victimes d'un &#233;croulement qui a d&#233;but&#233; dans les ann&#233;es 1980, quand d'immenses centres commerciaux b&#226;tis aux alentours ont commenc&#233; &#224; faire main basse sur la client&#232;le qui faisait ses courses en ville. Peu &#224; peu, ils ont tout ratibois&#233;. Impossible de lutter &#8211; Plan de Campagne, autoproclam&#233;e plus grande zone commerciale d'Europe, n'est qu'&#224; quelques kilom&#232;tres&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un panorama de ce triste endroit, se reporter &#224; &#171; Plan de campagne &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un peu plus loin, &#224; Miramas, c'est le Village des marques qui vient d'ouvrir ses portes, histoire d'enfoncer le clou. 120 boutiques s'y &#233;chelonnent sur 25 000 m&#232;tres carr&#233;s, dans un b&#226;ti &#171; &lt;i&gt;s'inspirant des villages proven&#231;aux&lt;/i&gt; &#187;, avec &#171; &lt;i&gt;des all&#233;es pi&#233;tonnes, des ruelles ombrag&#233;es, une fontaine anim&#233;e et un am&#233;nagement paysager agr&#233;able&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le dossier de presse du Village des marques.&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Au triste jeu de l'artifice, la grande distribution sort gagnante. &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? Les gens d'ici aiment les centres commerciaux, ils voient &#231;a comme la sortie du week-end. Ils adorent prendre la voiture pour y passer la journ&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole Fabrice, quadrag&#233;naire vendant des costumes dans un magasin vieillot du centre de Marignane. Lui et sa m&#232;re guettent le client, lequel se fait salement attendre. &#171; &lt;i&gt;Mais on n'est pas les seuls &#224; tirer la langue. &#192; Manosque, Sisteron ou Istres, c'est la m&#234;me chose. Toutes les villes de 30 000 habitants du sud de la France se meurent doucement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sus aux ind&#233;sirables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire d'en partie maquiller le d&#233;sastre, la municipalit&#233; rach&#232;te &#224; tour de bras les commerces en d&#233;sh&#233;rence &#8211; l'immobilier s'est tellement effondr&#233; que &#231;a ne co&#251;te pas grand-chose. Une partie d'entre eux gardent le rideau baiss&#233;, puisqu'il s'agit d'abord d'emp&#234;cher qu'ils ne deviennent des kebabs ou des petites &#233;piceries. Le reste se pare des couleurs du blason bleu et jaune de Marignane, &#233;choppes transform&#233;es en innombrables permanences municipales. Au centre-ville, elles sont partout : Maison de la jeunesse, du c&#339;ur de ville, des amis de Marignane et de la Provence, des anciens, du combattant&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En attendant une glorieuse Maison de la France et du combattant, cens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, de la d&#233;mocratie, du projet urbain, de l'emploi, des associations, de la solidarit&#233;&#8230; Une v&#233;ritable arm&#233;e mexicaine, qui n'a pas seulement pour fonction de camoufler le d&#233;sastreux d&#233;sert qui fait aujourd'hui office de centre-ville ; il s'agit aussi de montrer aux habitants que la municipalit&#233; agit face au naufrage. Non, elle ne reste pas bras ballants : elle ouvre des antennes. Rien n'est perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne se contente pas d'ouvrir, d'ailleurs. Elle ferme, aussi. Et m&#234;me, elle vide, mure, cadenasse. Oh, pas n'importe o&#249; : ce sont les maisons branlantes du petit c&#339;ur historique qui sont concern&#233;es. Un espace qui tient sur un mouchoir de poche, tout juste une quinzaine d'&#233;troites rues et ruelles, de petites placettes et de sombres impasses. Longtemps, ce quartier en r&#233;duction a &#233;t&#233; le point de chute privil&#233;gi&#233; des populations immigr&#233;es. Aujourd'hui, elles sont pratiquement les seules &#224; encore y loger. De moins en moins nombreuses au fil des ans, puisque la municipalit&#233; rach&#232;te les maisons disponibles pour mieux les condamner &#8211; portes et fen&#234;tres bouch&#233;es. Quelques avis de permis de construire accol&#233;s sur les fa&#231;ades l&#233;zard&#233;es laissent &#224; croire que des travaux de r&#233;novation sont sur le point d'&#234;tre lanc&#233;s. Attrape-nigaud : le plus ancien de ces avis, qui annonce &#171; &lt;i&gt; la r&#233;habilitation de douze logements collectifs &lt;/i&gt; &#187;, date du 11 octobre 2005&#8230; Une strat&#233;gie de pourrissement d&#233;lib&#233;r&#233;e : il s'agit de faire partir les habitants ind&#233;sirables avant de r&#233;nover. Le maire &#201;ric Le Diss&#232;s n'en fait d'ailleurs nullement myst&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Si je pouvais raser la zone dans son int&#233;gralit&#233;, je le ferais, sans aucun &#233;tat d'&#226;me&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il en janvier 2017. &lt;i&gt;Malheureusement, c'est impossible sans l'accord des services de l'&#201;tat&lt;/i&gt; [&#8230;].&lt;i&gt; Nous allons devoir garder des &#238;lots entiers en les r&#233;habilitant.&lt;/i&gt; &#187; Un jour, c'est s&#251;r, le quartier retrouvera une nouvelle jeunesse. Blanche, bien s&#251;r. Pile-poil dans le ton du r&#234;ve pastoral proven&#231;al de la municipalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beur sur la ville&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, les habitants du c&#339;ur historique serrent les dents. Comment protester quand toute une ville vous montre du doigt ? Ils savent que le maire, qui se dit soucieux &#171; &lt;i&gt;d'&#233;viter que ce lieu ne demeure un souk, car un souk n'a pas sa place en Provence&lt;/i&gt; &#187;, a dans le collimateur les quelques commerces encore pr&#233;sents &#8211; deux ou trois bars, autant d'&#233;piceries et de snacks. Ils n'ont eu d'autre choix, aussi, que d'acter la fermeture de la mosqu&#233;e par &#201;ric Le Diss&#232;s, au pr&#233;texte d'une bagarre entre immigr&#233;s turcs et kurdes &#224; la sortie de celle-ci. Et ils n'ignorent pas que la police municipale va prochainement d&#233;m&#233;nager, pour prendre ses quartiers place Desmoulins, petit carrefour un brin anim&#233; que tout Marignane voit comme une cour des Miracles sauce Bronx maghr&#233;bin. La pression va croissante, l'&#233;tau se resserre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, ce n'est pas une ville rigolote. Pas du tout, m&#234;me. Et pourtant, tu sais quoi ? Je l'aime.&lt;/i&gt; &#187; Mario, la cinquantaine vivace, habite et travaille dans l'un des commerces de ce c&#339;ur historique. Attabl&#233; devant une chicha, le petit-fils d'immigr&#233; arabe ne se montre gu&#232;re v&#233;h&#233;ment &#224; l'&#233;gard du maire. &#171; &lt;i&gt;Il est coh&#233;rent. Il veut un centre proven&#231;al, il va l'obtenir peu &#224; peu. Mais &#231;a sera sans nous et c'est dommage &#8211; j'aurais bien aim&#233; un peu plus de m&#233;lange, de diversit&#233; dans le quartier.&lt;/i&gt; &#187; Sur la chaise d'&#224; c&#244;t&#233;, Razmik, chauffeur barbu tout en maigreur, embraye : &#171; &lt;i&gt;Tu vois cette place ? Pour les racistes, c'est l'endroit le plus chaud de Marignane. Mais en vrai, elle est toute paisible. Tu te sens en ins&#233;curit&#233;, ici ? Pas moi, en tout cas.&lt;/i&gt; &#187; Et Mohammed, troisi&#232;me chaise, de se gondoler : &#171; &lt;i&gt;Tu m'&#233;tonnes&#8230; T'es arabe, t'es pas cens&#233; &#234;tre concern&#233;. Au contraire, c'est de toi qu'ils ont peur...&lt;/i&gt; &#187; Mario encore : &#171; &lt;i&gt;On c&#244;toie au quotidien des gens qui votent FN. Des gens avec qui on discute depuis longtemps. Et quand on leur fait remarquer qu'ils votent d'abord contre nous, ils r&#233;pondent toujours : &#8216;'Non, mais toi, c'est pas pareil...'' &lt;/i&gt; &#187; Razmik approuve, avant de faire le lien : &#171; &lt;i&gt;Au fond, il y a un truc qu'on partage avec les &#233;lecteurs frontistes : la souffrance. Ce que tu vois dans cette ville, c'est la souffrance de la France, de A &#224; Z.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Marignane, m&#234;me l'alphabet est un chemin de croix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un panorama de ce triste endroit, se reporter &#224; &#171; &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Plan-de-Campagne-Marchandise-terre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plan de campagne &#8211; marchandise, terre promise&lt;/a&gt; &#187;, article mis en ligne sur le site d'Article11 le 16/12/2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon le dossier de presse du Village des marques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En attendant une glorieuse Maison de la France et du combattant, cens&#233;e rassembler toutes les associations patriotiques de la ville et dont l'ouverture est pr&#233;vue cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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