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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Tous ensemble, tous ensemble, gr&#232;ve des loyers !</title>
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		<dc:creator>Lucile Dumont</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, il y a eu des millions de licenciements aux &#201;tats-Unis. Face &#224; la pr&#233;carisation extr&#234;me de nombreux habitants, les appels &#224; la gr&#232;ve des loyers se multiplient. Des initiatives bienvenues, dans des villes o&#249; la gentrification progresse tandis que beaucoup de logements sont insalubres. En cette fin avril aux &#201;tats-Unis, il y a foule de propri&#233;taires inquiets : leur locataire versera-t-il son loyer d&#233;but mai ? Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, il y a eu des millions de licenciements aux &#201;tats-Unis. Face &#224; la pr&#233;carisation extr&#234;me de nombreux habitants, les appels &#224; la gr&#232;ve des loyers se multiplient. Des initiatives bienvenues, dans des villes o&#249; la gentrification progresse tandis que beaucoup de logements sont insalubres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH326/-1525-55e8b.jpg?1782744718' width='500' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin avril aux &#201;tats-Unis, il y a foule de propri&#233;taires inquiets : leur locataire versera-t-il son loyer d&#233;but mai ? Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie de coronavirus, de nombreux appels &#224; une gr&#232;ve des loyers circulent sur internet, sous le mot d'ordre &lt;i&gt;#RentStrike2020&lt;/i&gt;. Ils suscitent une importante sympathie en ligne : une p&#233;tition demandant le gel des loyers, des cr&#233;dits immobiliers et des factures domestiques courantes a recueilli pr&#232;s de 1,8 million de signatures. Le mouvement fait &#233;galement flor&#232;s dans les rues, o&#249; de nombreux habitants ont &#233;tendu un drap blanc &#224; leur fen&#234;tre en signe de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de personnes passeront de l'intention &#224; l'acte ? Impossible de le dire, mais la participation &#224; cette gr&#232;ve pourrait bien &#234;tre massive, tout simplement parce qu'&#224; cause du ralentissement &#233;conomique caus&#233; par la crise sanitaire, des millions de travailleurs ont perdu leur emploi. Ils ne peuvent donc plus payer leur loyer. Cons&#233;quence plut&#244;t r&#233;jouissante : des associations ou des collectifs cr&#233;&#233;s &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; s'organisent pour annuler ce versement et survivre socialement et &#233;conomiquement &#224; la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Damn ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Outre-Atlantique, la question du mal-logement et du prix &#233;lev&#233; des locations ne date pas d'hier. Alors que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est &#233;rig&#233;e en valeur cardinale, les locataires ne b&#233;n&#233;ficient que de peu d'aides financi&#232;res de la part du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Le parc locatif priv&#233;, aux mains de multimilliardaires dans les plus grandes villes, se distingue r&#233;guli&#232;rement par les mauvaises conditions dans lesquelles il accueille ses habitants. Sans surprise, dans les villes-monde, o&#249; la sp&#233;culation immobili&#232;re fait sa loi, les logements sont hors de prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; New York, le Brooklyn Anti-Gentrification Network (BAN), un collectif principalement compos&#233; de personnes racis&#233;es, lutte contre l'expulsion des habitants les plus pauvres dans le quartier de Brooklyn. Lors de ses manifestations, il ne manque pas de rappeler ce constat : &#171; &lt;i&gt;Once I've paid my rent, damn&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;All my money's spent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;(&#171; Une fois pay&#233; mon loyer, bordel ! / J'ai plus un rond &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des luttes en h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est m&#233;connu, mais le concept de gr&#232;ve des loyers s'inscrit dans le temps long de l'histoire am&#233;ricaine. Au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on peut noter deux vagues importantes : la premi&#232;re, dans les ann&#233;es 1930 &#233;tait en partie li&#233;e aux cons&#233;quences de la Grande D&#233;pression ; la seconde, dans les ann&#233;es 1960, a largement d&#233;bord&#233; les fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. Mais qu'on ne n'y trompe pas : &#224; l'exception de quelques mouvements sp&#233;cifiques, toutes ces gr&#232;ves visaient principalement &#224; am&#233;liorer les conditions de l'habitat. Des groupements de locataires d&#233;cidaient ensemble de ne pas payer leur loyer pour faire pression sur le propri&#233;taire &#8211; afin qu'il fasse des travaux, assainisse les espaces ou baisse les tarifs. Dans les ann&#233;es 1930, les autorit&#233;s avaient m&#234;me fini par consid&#233;rer qu'il s'agissait d'un moyen d'action l&#233;gitime dans les cas de mal-logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement actuel est diff&#233;rent : cette fois-ci, il s'agit purement et simplement de faire annuler les versements &#8211; pendant et &#233;ventuellement apr&#232;s la crise. La gr&#232;ve des loyers n'est donc plus seulement un moyen de pression : elle est elle-m&#234;me sa propre fin. &#171; &lt;i&gt;D'ordinaire, une telle gr&#232;ve signifie que vous pouvez payer, mais que vous choisissez de ne pas le faire pour obtenir quelque chose de la part de votre propri&#233;taire. C'est une tactique de n&#233;gociation,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Rob Wohl, militant de la campagne Stomp Out Slumlords (&#171; Virons les marchands de sommeil &#187;), une &#233;manation du parti des Socialistes d&#233;mocrates d'Am&#233;rique (DSA) &#224; Washington. &lt;i&gt;Aujourd'hui, les propri&#233;taires savent tr&#232;s bien que leurs locataires ne peuvent pas payer, donc ils essaient de leur faire signer des papiers pour &#233;chelonner ou retarder les paiements. On encourage les locataires &#224; ne rien signer de la sorte. M&#234;me dans le contexte du confinement, ils ont le pouvoir de renverser le rapport de force avec leur propri&#233;taire : certes ils d&#233;pendent de lui pour leur logement, mais lui aussi est d&#233;pendant de leurs loyers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Qui veut avoir affaire &#224; son propri&#233;taire en ce moment ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res semaines, de nombreux &#201;tats du pays ont mis en place des moratoires interdisant les expulsions pendant la pand&#233;mie. Cette suspension des &#233;victions, &#233;galement d&#233;cid&#233;e par l'Espagne sous la pression des associations de locataires et par le Portugal (o&#249; plusieurs municipalit&#233;s ont par ailleurs suspendu les loyers des logements sociaux), permet de soulager les foyers affect&#233;s par la crise actuelle. Mais elle ne fait que retarder le probl&#232;me : &#224; la fin du moratoire, il faudra bien payer les arri&#233;r&#233;s, sous peine de se retrouver &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela inqui&#232;te et &#233;nerve Corine, une habitante du Bronx, le quartier le plus pauvre de New York. Cette quadrag&#233;naire, coiffeuse ind&#233;pendante, vit aux &#201;tats-Unis depuis plus de quinze ans. Dans son immeuble, les locataires ont d&#233;j&#224; d&#251; s'organiser collectivement pour lutter contre les expulsions, mais aussi les abus, le racisme et le harc&#232;lement du propri&#233;taire et de ses sbires. Avant m&#234;me la crise sanitaire, plusieurs habitants avaient engag&#233; un contentieux pour forcer le &lt;i&gt;landlord&lt;/i&gt; &#224; effectuer les r&#233;parations n&#233;cessaires dans le b&#226;timent, d&#233;grad&#233; : &#171; &lt;i&gt;Le proc&#232;s devait commencer en juin, mais avec la pand&#233;mie les tribunaux sont arr&#234;t&#233;s. L'audience va &#234;tre repouss&#233;e &#224; cet &#233;t&#233;, ou &#224; septembre&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Corine. Avant d'en venir au probl&#232;me des loyers : &#171; &lt;i&gt;Le gouverneur de New York nous a donn&#233; &#8220;90 jours&#8221;, c'est-&#224;-dire trois mois pendant lesquels le propri&#233;taire ne peut pas nous expulser. Mais &#231;a veut dire aussi que d&#232;s le mois de juillet, si on n'a pas pay&#233;, il pourra nous tra&#238;ner au tribunal.&lt;/i&gt; &#187; un bel &#233;t&#233; en perspective : &#171; &lt;i&gt;En plus, comme la hausse des loyers est d&#233;cid&#233;e en juin, on va se retrouver &#224; devoir payer encore plus d'argent pour continuer &#224; vivre dans de mauvaises conditions. En ce moment on n'a pas de chauffage, et il fait encore froid. Dans cet immeuble, on est en train d'essayer de se coordonner. Mais c'est pas facile. Et les locataires ont peur : qui veut avoir affaire &#224; son propri&#233;taire en ce moment&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Personne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ne pas payer son loyer par solidarit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'engouement de ces derni&#232;res ann&#233;es autour de la question du logement autorise toutefois un peu d'espoir : le nombre d'associations de locataires, sous la forme de &lt;i&gt;councils&lt;/i&gt; (conseils) ou d'&lt;i&gt;unions &lt;/i&gt;(syndicats) &#8211; la plupart du temps autonomes vis-&#224;-vis des grandes organisations politiques &#8211; a augment&#233; dans le sillage de la campagne de Bernie Sanders pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2016. Les victoires remport&#233;es par le L. A. Tenants Union, le syndicat de locataires de Los Angeles, ont largement contribu&#233; &#224; cette dynamique &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour une gr&#232;ve permanente des loyers &#187;, Jefklak.org (31/01/2020).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. La d&#233;gradation massive des conditions de logement, notamment apr&#232;s la crise financi&#232;re de 2008 et le scandale des saisies immobili&#232;res qu'elle a entra&#238;n&#233;, a bien s&#251;r nourri cette mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, les &#233;chos qui nous parviennent de Washington sont encourageants : des locataires s'organisent en masse, parfois dans des complexes immobiliers regroupant plusieurs milliers de personnes. &#192; Oakland, pr&#232;s de San Francisco, les responsables des associations indiquent qu'ils ont vu le nombre de membres grimper en fl&#232;che au cours des derniers mois. Les appels &#224; l'annulation des loyers sont relay&#233;s par de grosses coalitions d'associations de locataires et des parlementaires de la gauche du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs cas, des locataires en capacit&#233; de payer acceptent de participer &#224; la gr&#232;ve en solidarit&#233; avec leurs voisins. Et le plus souvent, dans le contexte de la crise, les mobilisations autour du logement sont aussi un important lieu d'entraide et de solidarit&#233; : on ne se croise pas en r&#233;union uniquement pour parler loyer, mais aussi pour &#233;changer des masques, proposer de faire des courses ou maintenir des liens de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de la r&#233;ussite de ce mouvement ? La circulation de l'information. Sur le campus de Columbia, haut-lieu de la mobilisation &#224; New York &lt;i&gt;(lire ci-dessous)&lt;/i&gt;, on apprend sur le tas. &#171; &lt;i&gt;Aucun d'entre nous n'avait vraiment d'exp&#233;rience sur les questions de logement ou les mobilisations de locataires,&lt;/i&gt; confie Lexie Cook, une doctorante impliqu&#233;e dans le mouvement.&lt;i&gt; Mais en ce moment, il y a une tonne de formations en ligne, de brochures propos&#233;es par les organisations, de groupes de discussion. On essaie de suivre tout cela du mieux qu'on peut.&lt;/i&gt; &#187; Corine, la coiffeuse du Bronx qui a elle aussi d&#251; apprendre &#224; se d&#233;fendre aupr&#232;s d'associations, insiste sur cette n&#233;cessit&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est un combat de tous les jours. &#199;a prend beaucoup de temps, mais on n'a pas le choix si on ne veut pas se retrouver dehors, parce que l'information ne circule pas. Si tu ne connais pas tes droits, ici, t'es mort. C'est ce que r&#233;sume une expression tr&#232;s simple : &lt;/i&gt;knowledge is power. &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on peut traduire par &#171; le savoir est une arme &#187;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lucile Dumont&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; l'universit&#233; : &#171; Nous avons ajout&#233; une gr&#232;ve des enseignements &#224; la gr&#232;ve des loyers &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; New York, l'universit&#233; de Columbia est l'un des plus gros propri&#233;taires fonciers de la ville &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Time To Evict The Landlord University &#187;, TheFileMag.org (26/03/2020).&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Cons&#233;quence ? La facult&#233; est &#224; la fois l'employeur et le propri&#233;taire d'une bonne partie du personnel (charg&#233;s de cours, &#233;tudiants en th&#232;se, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la pand&#233;mie, la direction de l'universit&#233; a invit&#233; tous les r&#233;sidents du campus &#224; quitter leur logement, sous pr&#233;texte d'urgence sanitaire. Ce faisant, elle a mis un grand nombre d'&#233;tudiants dans des situations intenables. &#171; &lt;i&gt;Ils n'ont jamais clairement expuls&#233; les &#233;tudiants, &lt;/i&gt;explique une doctorante mobilis&#233;e, &lt;i&gt;mais ils leur ont mis suffisamment de pression pour les faire partir. Et ce au beau milieu d'un confinement g&#233;n&#233;ral de la population. Ils ont pr&#233;tendu que tous avaient un autre endroit o&#249; aller, alors que ce n'est pas le cas. En plus de cela, l'universit&#233; a menac&#233; de mettre un terme au contrat de travail de certains charg&#233;s de cours pr&#233;caires qui avaient du mal &#224; payer leur loyer. Cela signifie qu'ils perdraient leur emploi, leur assurance maladie, et devraient en plus payer des frais d'inscription exorbitants pour terminer leur th&#232;se&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte ne s'est pas fait attendre : &#171; &lt;i&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; d'ajouter une gr&#232;ve des enseignements &#224; la gr&#232;ve des loyers. L'id&#233;e de la mobilisation, c'est aussi de coordonner la gr&#232;ve des loyers sur le campus avec les appels &#224; la gr&#232;ve de loyers qui circulent en ce moment ailleurs &#224; New York.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Pour une gr&#232;ve permanente des loyers &#187;,&lt;i&gt; Jefklak.org&lt;/i&gt; (31/01/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Que l'on peut traduire par &#171; le savoir est une arme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Time To Evict The Landlord University &#187;, &lt;i&gt;TheFileMag.org &lt;/i&gt;(26/03/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Espagne : Apoyo Mutuo</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Eneko</dc:subject>
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		<dc:subject>PAH occupe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Apr&#232;s plus d'un demi-million d'expulsions locatives et hypoth&#233;caires en cinq ans, la question du logement en Espagne est br&#251;lante. La Plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en exp&#233;riences. Impressionn&#233;, CQFD a assist&#233; &#224; une assembl&#233;e de la PAH de Vallecas, l'un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid. Le train de banlieue nous laisse un arr&#234;t avant Legan&#233;s, &#224; Zarzaquemada. Le nom, &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s plus d'un demi-million d'expulsions locatives et hypoth&#233;caires en cinq ans, la question du logement en Espagne est br&#251;lante. La Plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en exp&#233;riences. Impressionn&#233;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a assist&#233; &#224; une assembl&#233;e de la PAH de Vallecas, l'un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le train de banlieue nous laisse un arr&#234;t avant Legan&#233;s, &#224; Zarzaquemada. Le nom, &#171; ronce-br&#251;l&#233;e &#187;, &#233;voque les landes aust&#232;res que traversait le h&#233;ros du &lt;i&gt;Manuscrit trouv&#233; &#224; Saragosse&lt;/i&gt;. Pourtant, c'est une zone urbaine tr&#232;s contemporaine qu'on d&#233;couvre depuis le quai : des barres rouge brique de cinq ou six &#233;tages s'&#233;tirent &#224; perte de vue, reli&#233;es entre elles par des rues trac&#233;es au cordeau, pratiquement d&#233;sertes en cette matin&#233;e d'octobre ensoleill&#233;e. C'est ici que vit Iv&#225;n, publicitaire h&#233;berg&#233; par ses parents, et membre de la PAH&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Vallecas. Piercing au nez et pantalon port&#233; bas, la corpulence et la gouaille d'un Sancho Pansa plut&#244;t que le lyrisme d&#233;sesp&#233;r&#233; du chevalier &#224; la Triste Figure, il s'est impliqu&#233; dans les assembl&#233;es de quartier anti-expulsions depuis le mouvement du 15-M&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marketing de la mis&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1618 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH504/15-10-09infinito.eneko-cc9cd.jpg?1782637901' width='400' height='504' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eneko.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La PAH est l&#224; pour obtenir ce que l'&#201;tat est incapable d'offrir : le droit &#224; un logement digne pour tous.&lt;/i&gt; &#187; Iv&#225;n, que ses camarades surnomment &#171; Power Ranger &#187;, a l'&#233;locution rapide de celui qui conna&#238;t son sujet sur le bout des doigts. Il manie volontiers l'ironie et d&#233;crit la banlieue o&#249; il vit comme &#171; &lt;i&gt;un quartier familial, tranquille, trop tranquille&lt;/i&gt; &#187;, mais s'&#233;meut lorsqu'il parle d'une famille gitane mise r&#233;cemment sur le trottoir. &#171; &lt;i&gt;Je travaille dans la pub et je peux te vendre ce que je veux&lt;/i&gt;, l&#226;che Iv&#225;n sur un ton provocateur. &lt;i&gt;Surtout si t'es un p&#233;quenot de Legan&#233;s. Mais dans les agences de pub qui bossent pour les banques, c'est des vingtaines, des centaines de mecs comme moi qui se sont &#233;chin&#233;s &#224; faire passer le message : &#8220;Endettez-vous !&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Payer un loyer, c'est jeter l'argent par les fen&#234;tres&lt;/i&gt; &#187;, &#233;tait l'un des slogans les plus martel&#233;s. Les directeurs d'agence proposaient des cr&#233;dits group&#233;s pour acheter maison, voiture neuve et, pourquoi pas, payer les &#233;tudes des enfants. Mais ces hypoth&#232;ques &#233;taient assorties de clauses abusives&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commission europ&#233;enne pr&#233;conise le d&#233;dommagement des victimes de ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, ainsi que de taux d'int&#233;r&#234;t exponentiels. Lorsque la bulle&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;tonnage fr&#233;n&#233;tique du territoire (aujourd'hui, 3 millions d'appartements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; a explos&#233; avec la crise financi&#232;re de 2008, des milliers de ces petits propri&#233;taires ont perdu leur emploi et les moyens de payer leur cr&#233;dit. L'Espagne, comme toutes les nations d&#233;velopp&#233;es, a renflou&#233; avec de l'argent public ces m&#234;mes banques pour leur &#233;viter la ruine apr&#232;s le krach financier de 2008. Et ces derni&#232;res en ont profit&#233; pour faire main basse sur des dizaines de milliers de logements, tout en r&#233;clamant le paiement du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi, lorsque la PAH occupe des &#233;difices vides appartenant aux banques, les activistes parlent de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;, puisque ces immeubles ont &#233;t&#233; doublement pay&#233;s par la soci&#233;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;Pendant les ann&#233;es de la bulle immobili&#232;re, ce pays a v&#233;cu dans une illusion. Si on te fait croire que tu n'es que ce que tu poss&#232;des, tu veux logiquement poss&#233;der au moins autant que ton voisin. Tu veux avoir un appartement et une voiture neuve, emmener ta famille en vacances, sortir dans les bars pour t'empiffrer de gambas... Et puis d'un coup, pfffuit ! Ce mensonge s'&#233;croule et tu te retrouves une main devant et l'autre derri&#232;re. Ce jour-l&#224;, le pouvoir te fait la morale en te disant que tu as v&#233;cu au-dessus de tes moyens. Mais en attendant, certains se sont enrichis sur ton dos. Tout &#231;a, ce n'est pas une crise, c'est une m&#233;ga-arnaque !&lt;/i&gt; &#187;, continue Power Ranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son iPhone, l'activiste nous montre un graphique. Depuis la crise de 2008, 579 000 &#171; ex&#233;cutions hypoth&#233;caires &#187; (entendez &#171; expulsions &#187;) ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; &#171; bien &#187; dans l'&#201;tat espagnol, et nombre de leurs victimes ont d&#251; se r&#233;fugier chez leur famille ou dans des squats &#8211; o&#249; elles ont c&#244;toy&#233; des expuls&#233;s locatifs. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s le 15-M, tout en conservant son nom, la PAH s'est ouverte aux ex-locataires, et m&#234;me aux squatteurs pur jus, devenant un mouvement transversal pour le droit &#224; un logement digne pour tous et toutes&lt;/i&gt; &#187;, explique Iv&#225;n. Si 71 000 expulsions pour non-paiement d'un cr&#233;dit immobilier ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es depuis 2013, 94 000 expulsions locatives ont eu lieu dans le m&#234;me laps de temps. &#171; &lt;i&gt;Pour forcer le gouvernement &#224; l&#233;gif&#233;rer, nous avons d&#251; aller jusqu'&#224; mettre en avant le suicide d'un couple de personnes &#226;g&#233;es le jour o&#249; il allait &#234;tre expuls&#233; de son appartement&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Iv&#225;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis sous pression par une situation sociale explosive, le gouvernement du Partido popular (PP)&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; a improvis&#233; un d&#233;hanch&#233; de torero esquivant le coup de corne : il a fait voter une loi qui permet &#224; certaines familles nombreuses en difficult&#233; de b&#233;n&#233;ficier d'un moratoire de deux ans sur le paiement de leur cr&#233;dit. Moratoire durant lequel les int&#233;r&#234;ts de la dette continuent de gonfler&#8230; D'autre part, dans certains cas extr&#234;mes, il existe aujourd'hui la possibilit&#233; d'abandonner son bien &#224; la banque et que celle-ci &#171; pardonne &#187; la dette&#8230; 5 000 foyers ont pu ainsi rendre les cl&#233;s de leur appartement sans devoir continuer &#224; payer leur cr&#233;dit, op&#233;ration joliment baptis&#233;e &#171; &lt;i&gt;daci&#243;n en pago&lt;/i&gt; &#187; (donation &#224; titre de paiement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;changes de bons proc&#233;d&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vallecas, district (arrondissement) populaire de Madrid, petites maisons basses, blanches et grises, aux airs d'Am&#233;rique latine, immeubles d&#233;fra&#238;chis, en contraste avec le centre-ville. La PAH occupe cinq &#233;difices pour y loger des familles sans toit. Le jour de notre arriv&#233;e, onze d'entre elles viennent d'&#234;tre relog&#233;es par la Sareb &#224; force de pressions. La Sareb, c'est &#171; &lt;i&gt; el banco malo&lt;/i&gt; &#187;, une soci&#233;t&#233; financi&#232;re dont le capital, majoritairement priv&#233;, est garanti par l'&#201;tat. Grosse lessiveuse l&#233;gale cr&#233;&#233;e en 2012 pour racheter les actifs toxiques accumul&#233;s par les banques et les caisses d'&#233;pargne, elle g&#232;re un parc immobilier cons&#233;quent et, de ce fait, se trouve souvent confront&#233;e &#224; la PAH : on vous rend les immeubles qu'on occupe si vous relogez leurs habitants. &#192; interlocuteur foireux, n&#233;gociations forc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre social autog&#233;r&#233; La Villana de Vallekas, en ce mercredi 7 octobre, a lieu une assembl&#233;e. Une centaine de participants se sont install&#233;s dans une pi&#232;ce en L trop &#233;troite. Malgr&#233; l'exig&#252;it&#233;, la r&#233;union se d&#233;roule sans accroc, entre &#233;motion, appui mutuel (&lt;i&gt;apoyo mutuo&lt;/i&gt;)&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reprise d'un principe d'organisation du XIXe si&#232;cle popularis&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, projets et r&#233;solutions. Une m&#232;re de famille colombienne remercie les pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Gr&#226;ce &#224; vous, gr&#226;ce &#224; nous, mes enfants et moi avons un toit aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; Elle a du mal &#224; retenir ses larmes et les gens l'applaudissent &#224; tout rompre. &#171; &lt;i&gt;&#161; S&#237; se puede ! &#161; S&#237; se puede !&lt;/i&gt; &#187;, scande-t-on en ch&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle venue expose son cas, et quelqu'un lui r&#233;pond sur la base de sa propre exp&#233;rience : &#171; &lt;i&gt;Tu dois d'abord aller voir ton banquier pour qu'il mette un coup de tampon sur ce formulaire qui confirme que tu n&#233;gocies l'&#233;chelonnement du paiement de ta dette. &#199;a te prot&#232;gera d'une expulsion imm&#233;diate. S'il le faut, je t'accompagnerai pour une deuxi&#232;me visite, il n'a pas le droit de refuser. Et s'il fait encore la forte t&#234;te, on lui dira que la prochaine fois, on reviendra &#224; dix, puis &#224; vingt.&lt;/i&gt; &#187; Au bout de cinq ans d'actions directes, de harc&#232;lement verbal et de communiqu&#233;s-chocs, les banquiers savent que la PAH ne plaisante pas. Sa capacit&#233; de mobilisation est telle qu'en moins de deux, elle peut organiser un pique-nique sauvage pour bloquer une agence ou transformer leur si&#232;ge en guinguette avec bal populaire ! &#171; &lt;i&gt;Il faut que tu sois patiente. Moi &#231;a a pris un an avant qu'on me trouve o&#249; dormir. Mais n'oublie pas : jamais une banque ne nous a intimid&#233;s ! Elle va c&#233;der, elles c&#232;dent toujours face &#224; nous&lt;/i&gt; &#187;, insiste une m&#232;re de famille africaine relog&#233;e. Voil&#224; la nouvelle venue bien arm&#233;e pour entamer la p&#233;nible ascension des d&#233;m&#234;l&#233;s administratifs post-expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e fait preuve d'une capacit&#233; d'accueil et d'&#233;coute exemplaire, tout en restant ferme sur le d&#233;roul&#233; des d&#233;bats. La mod&#233;ratrice de s&#233;ance n'h&#233;site pas &#224; couper la parole &#224; celui qui s'&#233;gare : &#171; &lt;i&gt;Paco, tu as d&#233;j&#224; racont&#233; ton histoire la derni&#232;re fois, garde ta salive pour le travail en commission !&lt;/i&gt; &#187; L'assistance, attentive, est h&#233;t&#233;roclite : prolos espagnols, femmes de m&#233;nage sud-am&#233;ricaines, Antillaises, Maghr&#233;bins, une vieille dame permanent&#233;e, quelques Subsahariens, un ou deux avocats sp&#233;cialis&#233;s en droit du logement, une poign&#233;e d'activistes &#224; dreadlocks, des enfants courant entre les jambes des adultes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une jeune Scandinave, Lotta, tomb&#233;e amoureuse du pays lors du mouvement d'occupation des places du 15-M, alors qu'elle &#233;tait &#233;tudiante Erasmus. Depuis, elle vit ici et conna&#238;t les m&#234;mes difficult&#233;s que beaucoup. Dans l'impossibilit&#233; de payer sa part de loyer dans une coloc' sans bail l&#233;gal, elle a rejoint la PAH et occupe un immeuble avec quatre familles. Juste avant l'AG, sur le toit-terrasse, Lotta &#233;tait pendue &#224; son portable, d'o&#249; elle venait d'envoyer un communiqu&#233; de presse annon&#231;ant la victoire de onze familles relog&#233;es. &#171; &lt;i&gt; Nous avons n&#233;goci&#233; des loyers calcul&#233;s par rapport aux revenus de chaque foyer, ne pouvant pas d&#233;passer 10% de ces revenus s'ils se situent en dessous du salaire minimum. Mais comme avec la loi de 2013 les baux sont de trois ans, les gens restent membres de la PAH en pr&#233;vision de possibles augmentations &#224; la fin du bail. &#192; terme, comme ces situations risquent de se g&#233;n&#233;raliser, nous allons finir par devenir un syndicat de locataires des banques !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre congratul&#233;e pour le relogement des onze familles, l'assembl&#233;e se divise en quatre commissions : la premi&#232;re n'est pas ouverte, car elle pr&#233;pare en secret l'occupation d'un nouvel immeuble pr&#233;vue pour le mardi suivant ; la seconde, baptis&#233;e ironiquement &lt;i&gt;Obras sociales&lt;/i&gt; (en souvenir des &#339;uvres sociales et des patronages culturels des caisses d'&#233;pargne&#8230;), s'occupe des n&#233;gociations avec les banques autour des immeubles d&#233;j&#224; occup&#233;s ; la troisi&#232;me, &#171; &lt;i&gt;hipoteca&lt;/i&gt; &#187;, aborde aujourd'hui l'&#233;pineux sujet de la relation avec la nouvelle mairie et son tout nouveau &#171; Bureau de m&#233;diation hypoth&#233;caire &#187; ; la derni&#232;re commission s'occupe des multiples d&#233;m&#234;l&#233;s avec Bankia.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH374/1579-naufragios-miguel-brieva-58740.jpg?1783110194' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Miguel Brieva.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fonction sociale du logement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bankia est n&#233;e en 2010 de la fusion de sept caisses d'&#233;pargne, avec une participation de l'&#201;tat &#224; hauteur de 45%. Son pr&#233;sident, Rodrigo Rato, ancien ministre de l'&#201;conomie du gouvernement Aznar et directeur g&#233;n&#233;ral du FMI de 2004 &#224; 2007, l'a fait entrer en bourse en 2012, obligeant peu apr&#232;s l'&#201;tat &#224; y injecter 24 milliards pour &#233;viter la faillite. Rato est actuellement poursuivi pour blanchiment de capitaux, fraude fiscale, escroquerie, faux et usage de faux, ainsi que pour avoir &#171; consenti, favoris&#233; et accept&#233; &#187; l'usage de cartes de cr&#233;dit de complaisance &#8211; appel&#233;es &#171; &lt;i&gt;tarjetas black&lt;/i&gt; &#187; &#8211; g&#233;n&#233;reusement distribu&#233;es aux dirigeants de Bankia et &#224; des hommes politiques. &#192; Vallecas, nombreuses sont les familles expuls&#233;es par cette mafia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unie dans le bar du centre social, la commission Bankia se penche sur des histoires personnelles, au cas par cas, et cherche &#224; trouver des solutions pratiques &#224; des probl&#232;mes souvent dramatiques. Une Dominicaine et son fils adolescent expliquent que leur logement, achet&#233; &#224; cr&#233;dit, tombe en ruine. &#171; &lt;i&gt;Regardez cette photo, le plafond est fissur&#233; de part en part, on a d&#251; poser six &#233;tais autour de la table du salon ! Comme le sinistre est d'origine structurelle et affecte tout l'immeuble, la copropri&#233;t&#233; va engager un gros chantier, mais vu que j'ai d&#233;j&#224; du mal &#224; payer mon cr&#233;dit, je vais me retrouver dans une situation impossible. Et mon garant, c'est ma patronne, une vieille dame invalide dont je m'occupe. Je ne peux pas la trahir !&lt;/i&gt; &#187; Comme &#224; chaque intervention, les pr&#233;sents &#233;tudient le dossier en commun et partagent leurs exp&#233;riences. Certaines se proposent &#224; l'accompagnement dans les d&#233;marches administratives. Une autre femme, sud-am&#233;ricaine, raconte que son mari, avec qui elle avait contract&#233; le cr&#233;dit de sa maison, a disparu. Un avocat lui explique qu'elle devra tout tenter pour le recontacter, car aucune n&#233;gociation avec la banque ne pourra se faire sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la r&#233;union, on boit des bi&#232;res et on fume sur le trottoir. Ismael, jeune du quartier mari&#233; &#224; une Colombienne avec qui il a un gar&#231;onnet, fait partie du groupe communication, avec Lotta. Il est vigile au Corte Ingl&#233;s, supermarch&#233; haut de gamme, et avoue ne pas faire trop de z&#232;le quand il voit des clients escamoter de quoi manger dans les rayons. &#171; &lt;i&gt; On fait partie des onze familles relog&#233;es, mais on ne va pas s'arr&#234;ter l&#224; : &#8220;Aujourd'hui pour moi, demain pour toi&#8221;, voil&#224; ce que veut dire l'appui mutuel. La PAH-Vallecas, c'est devenu une grande famille. Quand on organise des f&#234;tes, les Bukaneros, un gros club de supporters antifascistes, viennent nous soutenir. Ce quartier a une longue histoire de luttes ouvri&#232;res, de campements gitans, de comit&#233;s de quartier&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la relation avec la nouvelle mairie ? Moue dubitative. &#171; &lt;i&gt;Des amis qui sont &#224; l'int&#233;rieur nous disent que nous ne sommes pas en odeur de saintet&#233; aupr&#232;s des plus ti&#232;des du conseil municipal. Selon eux, nous agissons en marge de la l&#233;galit&#233;, et ils pr&#233;f&#232;rent nous laisser nous d&#233;merder avec les banques&#8230; D'ailleurs, jusqu'ici, Manuela Carmena s'est r&#233;unie avec les banquiers, mais pas avec nous. Elle a d&#233;clar&#233; Madrid &#8220;ville anti-expulsions&#8221;, or les expulsions locatives continuent bel et bien.&lt;/i&gt; &#187; Ismael tire sur sa cigarette, le regard fix&#233; sur un point invisible, au-del&#224; de cette ruelle bord&#233;e de maisons d&#233;caties. &#171; &lt;i&gt;On verra, on jugera sur pi&#232;ce.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lotta ne dit pas autre chose : &#171; &lt;i&gt;La promesse d'Ahora Madrid&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Liste de convergence, avec &#224; sa t&#234;te la juge &#171; rouge &#187; Manuela Carmena, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;i&gt;d'exproprier les logements aux mains des banques avait fait na&#238;tre un grand espoir. Maintenant, ils disent que ce n'est pas de leur comp&#233;tence. Leurs mesures nous paraissent insuffisantes. Le bureau de m&#233;diation n&#233;gocie un &#233;chelonnement de la dette, quand nous nous battons pour sa suppression. Et puis les expulsions pour hypoth&#232;que ne constituent que 15% du total des expulsions. L'id&#233;e n'est pas de se battre pour le droit &#224; la propri&#233;t&#233; de la classe moyenne, mais pour un droit universel au logement.&lt;/i&gt; &#187; En fin de soir&#233;e, Ismael et sa compagne nous raccompagnent en voiture au m&#233;tro, pour que la lourde porte automatique d'acc&#232;s aux quais ne se ferme pas sur notre nez.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques. Elle s'est &#233;largie aux locataires et squatteurs expuls&#233;s. Pr&#233;sente dans plus de 240 quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de personnes sans drapeau ni parti occupent les places au cri de &#171; &lt;i&gt;Ils ne nous repr&#233;sentent pas !&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;D&#233;mocratie r&#233;elle maintenant ! &lt;/i&gt; &#187;, exprimant une d&#233;fiance radicale vis-&#224;-vis de la classe politique. Le mouvement, au d&#233;part fragile, a &#233;t&#233; fondateur pour l'engagement politique de toute une jeunesse espagnole touch&#233;e par un fort taux de ch&#244;mage (18% en 1996, 8% en 2006, 22% en 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Commission europ&#233;enne pr&#233;conise le d&#233;dommagement des victimes de ces clauses abusives, ce qui supposerait le paiement de 20 milliards d'euros par les banques, soit 1,5% du PIB espagnol (eldiario.es, 28 octobre 2015). la PAH pose la question : combien de milliers d'expulsions &#233;taient donc ill&#233;gales ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;B&#233;tonnage fr&#233;n&#233;tique du territoire (aujourd'hui, 3 millions d'appartements vides) dop&#233; par les banques et le blanchiment d'argent. Entre 1996 et 2007, le taux de propri&#233;taires dans le pays passait &#224; 80%. Des centaines de milliers de familles seront ruin&#233;es par l'explosion de la bulle. Entre 2007 et 2008, les constructions chutent de 25%, 2 millions de personnes se retrouvent au ch&#244;mage du jour au lendemain. Ne pouvant plus payer leur cr&#233;dit ou leur loyer, 600 000 familles ont &#233;t&#233; depuis expuls&#233;es de leur logement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Reprise d'un principe d'organisation du XIXe si&#232;cle popularis&#233; par Kropotkine dans &lt;i&gt;La morale anarchiste&lt;/i&gt;. Ce principe d'action se r&#233;pand aujourd'hui comme une tra&#238;n&#233;e de poudre dans les mouvements et centres sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Liste de convergence, avec &#224; sa t&#234;te la juge &#171; rouge &#187; Manuela Carmena, ayant remport&#233; la mairie de Madrid en mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Analyses et actions</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Faut pas payer ! &#171; Il faut honorer ses dettes &#187;, c'est une question d'honn&#234;tet&#233;, donc d'honneur. De cette obligation de r&#233;ciprocit&#233; en th&#233;orie &#233;galitaire &#8211; &#171; rendre la pareille &#187; &#8211; la dette est devenue une question de devoir moral et de subordination. Ne nous sentons-nous pas sur cette terre redevables &#224; tout un tas de &#171; cr&#233;anciers &#187; : Dieu, nos parents, la soci&#233;t&#233;, notre employeur, notre proprio ? D'ailleurs, tout le vocabulaire reli&#233; &#224; la dette est religieusement oint des dimensions de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no117-decembre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;117 (d&#233;cembre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/payer" rel="tag"&gt;payer&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dettes-n-est" rel="tag"&gt;dettes n'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Faut pas payer !&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH461/p14-bookdette-ba6db.jpg?1782673866' width='300' height='461' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; Il faut honorer ses dettes &#187;, c'est une question d'honn&#234;tet&#233;, donc d'honneur. De cette obligation de r&#233;ciprocit&#233; en th&#233;orie &#233;galitaire &#8211; &#171; rendre la pareille &#187; &#8211; la dette est devenue une question de devoir moral et de subordination. Ne nous sentons-nous pas sur cette terre redevables &#224; tout un tas de &#171; cr&#233;anciers &#187; : Dieu, nos parents, la soci&#233;t&#233;, notre employeur, notre proprio ? D'ailleurs, tout le vocabulaire reli&#233; &#224; la dette est religieusement oint des dimensions de p&#234;ch&#233;, de culpabilit&#233;, de faute : Geld (argent en allemand) a la m&#234;me racine germanique que guilt (culpabilit&#233; en anglais) ; should (devoir en anglais) ressemble &#233;trangement &#224; Schuld (&#224; la fois faute et dette en allemand) ; on remercie en &#233;tant l'oblig&#233; de quelqu'un (obliged, obrigado, etc&#8230;), donc &#224; sa merci (mercy, piti&#233; en anglais) en esp&#233;rant sa gr&#226;ce (gracias) soit sa mis&#233;ricorde ; payer vient du latin pacare qui signifie pacifier, etc. Capt&#233; par l'&#201;tat, les usuriers et les poss&#233;dants, l'endettement devient un moyen d'asservissement et un instrument de domination. &#171; &lt;i&gt;Un substitut ing&#233;nieux pour la cha&#238;ne et le fouet de l'esclavagiste&lt;/i&gt; &#187;, notait l'&#233;crivain Ambrose Bierce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage roboratif et passionnant, d&#233;j&#224; &#233;coul&#233; &#224; des centaines de milliers d'exemplaires, l'anthropologue David Graeber analyse l'histoire de la dette sous un angle radical et propose de remettre les compteurs &#224; z&#233;ro. Extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est plus que temps, je pense, de proc&#233;der &#224; un jubil&#233; de style biblique &#8211; un jubil&#233; qui concernerait &#224; la fois la dette internationale et la dette des consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait salutaire parce qu'il all&#233;gerait quantit&#233; de v&#233;ritables souffrances humaines, mais aussi parce qu'il serait notre fa&#231;on de nous rem&#233;morer certaines r&#233;alit&#233;s : l'argent n'est pas sacr&#233;, payer ses dettes n'est pas l'essence de la morale, ces choses-l&#224; sont des arrangements humains, et, si la d&#233;mocratie a un sens, c'est de nous permettre de nous mettre d'accord pour r&#233;agencer les choses autrement. Il me para&#238;t significatif que, depuis Hammourabi, les grands &#201;tats imp&#233;riaux aient invariablement r&#233;sist&#233; &#224; ce type de politique. Ath&#232;nes et Rome ont &#233;tabli le paradigme : m&#234;me confront&#233;es &#224; d'incessantes crises de la dette, elles n'ont voulu l&#233;gif&#233;rer que pour arrondir les angles, adoucir l'impact, &#233;liminer les abus &#233;vidents comme l'esclavage pour dettes, utiliser le butin de l'empire pour distribuer toutes sortes d'&#224;-c&#244;t&#233;s &#224; leurs citoyens pauvres (qui, apr&#232;s tout, fournissaient les soldats de leurs arm&#233;es) afin de les maintenir plus ou moins &#224; flot &#8211; mais tout cela pour ne jamais autoriser aucune remise en cause du principe de la dette. La classe dirigeante des &#201;tats-Unis semble avoir adopt&#233; une strat&#233;gie remarquablement similaire : &#233;liminer les pires abus (par exemple les prisons pour dettes), utiliser les fruits de l'empire pour verser des subventions, visibles ou non, au gros de la population, ces derni&#232;res ann&#233;es manipuler les taux de change pour inonder le pays de produits bon march&#233; venus de Chine, mais ne jamais permettre &#224; quiconque de d&#233;fier le principe sacr&#233; : nous devons tous payer nos dettes. Toutefois, &#224; ce stade, ce principe a &#233;t&#233; d&#233;masqu&#233; comme un mensonge flagrant. En fait, nous n'avons pas &#171; tous &#187; &#224; payer nos dettes. Seulement certains d'entre nous. Rien ne serait plus b&#233;n&#233;fique que d'effacer enti&#232;rement l'ardoise pour tout le monde, de rompre avec notre morale coutumi&#232;re et de prendre un nouveau d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce qu'une dette, en fin de compte ? Une dette est la perversion d'une promesse. C'est une promesse doublement corrompue par les math&#233;matiques et la violence. Si la libert&#233; (la vraie) est l'aptitude &#224; se faire des amis, elle est aussi, forc&#233;ment, la capacit&#233; de faire de vraies promesses. Quelles sortes de promesses des hommes et des femmes authentiquement libres pourraient-ils se faire entre eux ? Au point o&#249; nous en sommes, nous n'en avons pas la moindre id&#233;e. La question est plut&#244;t de trouver comment arriver en un lieu qui nous permettra de le d&#233;couvrir. Et le premier pas de ce voyage est d'admettre que, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, comme nul n'a le droit de nous dire ce que nous valons, nul n'a le droit de nous dire ce que nous devons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Graeber, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=73&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dette, 5 000 ans d'histoire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (2011), &#233;ditions Les liens qui lib&#232;rent, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Faut occuper !&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_896 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/p03-bullbeginningisnear-c3c14.jpg?1782673866' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le 17 septembre 2011, un peu plus de 1 000 personnes r&#233;pondent &#224; un appel &#224; occuper Wall Street, lanc&#233; quelques mois avant par le magazine anticonsum&#233;riste &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.adbusters.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adbusters&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Ces activistes, bient&#244;t rejoints par des milliers d'autres, se rassemblent dans un parc du sud de Manhattan, &#224; New York et finissent par &#233;tablir un campement (avec cuisine collective, biblioth&#232;ques, tentes, etc.) qui se prolongera jusqu'&#224; sa brutale &#233;vacuation par la police, dans la nuit du 14 au 15 novembre suivant. Dans l'intervalle, Occupy Wall Street aura essaim&#233; un peu partout aux &#201;tats-Unis, mais aussi ailleurs dans le monde, prolongeant la dynamique d'occupation des places popularis&#233;es par les Indign&#233;s espagnols, eux-m&#234;mes inspir&#233;s par l'occupation de la place Tahrir au Caire. Les activistes d'Occupy se sont refus&#233;s &#224; formuler des revendications pr&#233;cises, pr&#233;f&#233;rant d&#233;noncer le pouvoir des &#171; 1 % &#187; contre le reste de la population, les &#171; 99 % &#187; et faisant le choix de l'exp&#233;rimentation directe d'une d&#233;mocratie radicale, fonctionnant par consensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite du dossier : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/You-re-not-a-loan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ni bonnes, ni connes !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Camille</dc:subject>
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		<dc:subject>Novotel</dc:subject>
		<dc:subject>groupe Accor</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le 6 octobre, les femmes de m&#233;nage et des &#233;quipiers de nuit d'un sous-traitant du groupe h&#244;telier Accor sont en gr&#232;ve au Novotel de Paris-Les Halles. Si les tauliers leur envoient police et huissiers, les gr&#233;vistes, elles, provoquent un sacr&#233; remue-m&#233;nage ! &#171; Il faut payer ! Il faut payer ! &#187; scandent en ch&#339;ur les manifestantes dans leurs m&#233;gaphones, tout en tambourinant sur des casseroles. R&#233;unies devant leur h&#244;tel, aux Halles, ces femmes immigr&#233;es, en majorit&#233; africaines, s'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no94-novembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;94 (novembre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camille" rel="tag"&gt;Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 6 octobre, les femmes de m&#233;nage et des &#233;quipiers de nuit d'un sous-traitant du groupe h&#244;telier Accor sont en gr&#232;ve au Novotel de Paris-Les Halles. Si les tauliers leur envoient police et huissiers, les gr&#233;vistes, elles, provoquent un sacr&#233; remue-m&#233;nage !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut payer ! Il faut payer ! &#187;&lt;/i&gt; scandent en ch&#339;ur les manifestantes dans leurs m&#233;gaphones, tout en tambourinant sur des casseroles. R&#233;unies devant leur h&#244;tel, aux Halles, ces femmes immigr&#233;es, en majorit&#233; africaines, s'en prennent bruyamment &#224; leur employeur, l'entreprise Sin&amp;stes &#224; qui Novotel sous-traite le nettoyage de ses piaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 26 octobre, apr&#232;s vingt jours de gr&#232;ve, une dizaine de gros bras de la s&#233;curit&#233; matent d'un &#339;il impassible la sc&#232;ne tandis qu'un taxi d&#233;pose deux clients bling-bling qui d&#233;tournent le regard face au joyeux bordel d&#233;ploy&#233; par les gr&#233;vistes. Monique, qui trime dans les suites du Novotel depuis six ans, explique &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; C'est la premi&#232;re fois qu'on se met en gr&#232;ve. Mais les cadences de travail sont devenues impossibles pour nous ! &#187; &lt;/i&gt; Avec moins de 1 000 euros par mois, des contrats &#224; temps partiel sans horaires d&#233;finis et un rythme de trois chambres par heure, ces femmes b&#233;n&#233;ficieraient de conditions de travail bien pires que celles des employ&#233;s de l'h&#244;tel. Ch&#233;rif, &#233;quipier de nuit, d&#233;boule avec une lettre de menace de&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH421/94menage_camille-a61cc.png?1782641988' width='400' height='421' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Camille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;licenciement. &#201;nerv&#233;, il raconte : &lt;i&gt;&#171; Je travaille de 15 heures &#224; 21 heures, or ils nous ont annul&#233; la majoration pour le travail de nuit ! De plus, sur 7 heures de travail, nous n'avons m&#234;me pas le droit de faire une pause pour manger, alors qu'une coll&#232;gue est diab&#233;tique ! &#187;&lt;/i&gt;. Depuis peu, l'h&#244;tel est mont&#233; en grade, et arbore fi&#232;rement quatre &#233;toiles : &lt;i&gt;&#171; Ils ont mis beaucoup d'argent dans l'espace business avec des &#233;crans, des ordinateurs, des canap&#233;s&#8230; Et nous, on n'a rien eu ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la direction de l'h&#244;tel et Sin&amp;stes font la sourde oreille ou se renvoient la balle&#8230; &lt;i&gt;&#171; Il n'y a aucun dialogue, ils sont en train de nous narguer ! Et quand on va les voir, ils nous disent de ne pas &#233;couter les organisations syndicales, qu'elles nous manipulent &#187;&lt;/i&gt;, rench&#233;rit une des femmes de m&#233;nage. Pourtant, leurs revendications sont loin d'&#234;tre extravagantes : un treizi&#232;me mois &#8211; fichtre &#8211;, des tickets-resto &#224; quatre euros &#8211; diantre &#8211;, la dotation par l'employeur de gants pour l'ensemble des salari&#233;s &#8211; ventrebleu, c'est carr&#233;ment la libert&#233; d'entreprendre qu'on assassine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novotel r&#233;pond aux exigences de la pl&#232;be en d&#233;p&#234;chant lardus et huissiers de justice. Ainsi, l'h&#244;tel a port&#233; plainte contre les trente-huit gr&#233;vistes pour occupation ill&#233;gale d'une salle et Hakim, repr&#233;sentant syndical, a eu droit &#224; une garde &#224; vue agr&#233;ment&#233;e d'une convocation au tribunal de grande instance suite &#224; une plainte de la direction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de conflit entre salari&#233;s et sous-traitants du groupe Accor &#8211; ou d'autres grands h&#244;tels parisiens &#8211; se multiplierait. Selon Claude L&#233;vy, permanent de la CGT Commerce, &lt;i&gt;&#171; la sous-traitance du nettoyage et de la s&#233;curit&#233; se g&#233;n&#233;ralise dans le milieu h&#244;telier jusque dans les maisons quatre &#233;toiles : en externalisant des services, il y a moins de charges patronales &#224; payer, et le management se n&#233;gocie au rabais. &#187;&lt;/i&gt; En attendant, le soutien aux gr&#233;vistes s'organise : un collectif leur a apport&#233; quelques centaines d'euros et de quoi casser la cro&#251;te, la CGT a offert &#224; chacune deux cents euros pour le mois et des employ&#233;s de l'h&#244;tel du Louvre et de Lafayette se radinent en soutien aux rassemblements. Avant que le cort&#232;ge bigarr&#233; de ces femmes de m&#233;nage ne se mette en route vers le tribunal, une autre femme, huissier de justice, vient constater le tohu-bohu des gr&#233;vistes devant l'h&#244;tel&#8230; Elles n'en ont cure et partent, comme un seul homme, oups, une seule femme, assister &#224; l'audience consacr&#233;e &#224; la plainte pour occupation ill&#233;gale. Faty, militante associative, d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; Au-del&#224; des revendications salariales, il s'agit clairement d'une lutte f&#233;ministe &#187;&lt;/i&gt;. Car si le groupe Accor se targue sur son site d'&#171; ouvrir de nouvelles fronti&#232;res dans l'hospitalit&#233; &#187;, il a surtout ouvert, avec l'utilisation de la sous-traitance, de nouvelles fronti&#232;res dans la pr&#233;carit&#233; des femmes&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bye-bye turbin</title>
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		<dc:date>2011-02-25T10:20:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>L.L. de Mars</dc:creator>


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&lt;p&gt;MAMAN, je vois que tu continues &#224; t'inqui&#233;ter parce que je suis, selon tes propres crit&#232;res, sans travail. Disons plut&#244;t que je suis sans salaire. Je ne veux pas pleurer tout ce que j'aurais d&#251; faire au moment o&#249; mes forces physiques m'auront abandonn&#233; pour le faire. Int&#233;grer la vie sur un plan raisonnable est la premi&#232;re op&#233;ration de la d&#233;raison : remettre &#224; plus tard quand plus tard n'est pas incertain mais chim&#233;rique, travailler dans l'indignit&#233; dans l'attente d'un moment digne, comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no82-octobre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;82 (octobre 2010)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;MAMAN, je vois que tu continues &#224; t'inqui&#233;ter parce que je suis, selon tes propres crit&#232;res, sans travail. Disons plut&#244;t que je suis sans salaire. Je ne veux pas pleurer tout ce que j'aurais d&#251; faire au moment o&#249; mes forces physiques m'auront abandonn&#233; pour le faire. Int&#233;grer la vie sur un plan raisonnable est la premi&#232;re op&#233;ration de la d&#233;raison : remettre &#224; plus tard quand plus tard n'est pas incertain mais chim&#233;rique, travailler dans l'indignit&#233; dans l'attente d'un moment digne, comme s'il y avait des p&#233;riodes de translucidit&#233; au cours desquelles on puisse s'adonner au &#171; moins vivre dans le calcul diff&#233;r&#233; d'un &#171; plus vivre &#187; &#224; venir. Mais il n'y a pas de &#171; plus vivre &#187; ou de &#171; moins vivre &#187;. Une minute pass&#233;e &#224; la production de services inutiles ou nuisibles pour un quelconque pr&#233;dateur &#224; t&#234;te d'homme, une minute pass&#233;e dans la col&#232;re &#224; crier sur des amis parce que tout nous &#233;chappe, une minute h&#233;b&#233;t&#233;e par la fi&#232;vre, roul&#233;e dans des draps br&#251;lants, une minute donn&#233;e aux discussions strat&#233;giques sans autre d&#233;sir que leur fin, une minute de joie intense &#224; penser et vivre sa propre combustion font toutes soixante secondes de vraie vie. Tout ceci n'est en aucun cas une le&#231;on d'existence (une le&#231;on aussi g&#233;n&#233;rale est l'exact oppos&#233; de ce que j'essaie de te dire), mais se destine &#224; &#233;clairer les raisons pour lesquelles je n'ai pas une minute &#224; donner &#224; tout ce qui, sous une forme ou une autre, vise &#224; &#233;duquer, contraindre, raisonner, temporiser, socialiser, diff&#233;rer la mienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici toutes les formes de travail auxquelles je ne veux pas me livrer : Travailler pour acheter des v&#234;tements dont le chic jetable n'est rendu n&#233;cessaire que par la parade du travail et de son piteux corollaire, la r&#233;ussite sociale. Travailler pour acheter la quantit&#233; de babioles dont seules la tristesse et le sentiment de vide provoqu&#233;s par le travail appellent sans rel&#226;che l'acquisition. Travailler pour acheter des formes abaiss&#233;es de nourritures qui se mangent plus vite que celles dont le travail seul nous prive. Travailler pour payer les transports qui conduisent au travail. Travailler pour se payer les vacances dont le seul sens est de faire, un instant, oublier le travail. Travailler pour payer d'autres travailleurs &#224; r&#233;parer un environnement toujours plus disloqu&#233; que le travail emp&#234;che d'apprendre &#224; r&#233;parer soi-m&#234;me. Travailler pour briller devant des imb&#233;ciles que l'on est conduit &#224; ne fr&#233;quenter qu'&#224; cause du travail. Travailler pour occuper une vie qu'on n'a pas eu le temps d'apprendre &#224; occuper sans angoisse &#224; cause du travail. Travailler pour payer les narcotiques qui nous aident &#224; supporter le travail. Travailler pour accompagner ses enfants, lentement, vers le travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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