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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La crise sanitaire, pr&#233;texte pour ne plus secourir les exil&#233;&#183;es en mer</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathilde Offroy</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Alors que le monde se confine, des centaines de milliers d'exil&#233;&#183;es sont toujours pris au pi&#232;ge en Libye, o&#249; la guerre s'est intensifi&#233;e en avril. Pour fuir cet enfer, les travers&#233;es se poursuivent en M&#233;diterran&#233;e centrale. Mais Malte et l'Italie ont ferm&#233; leurs ports sous pr&#233;texte sanitaire, et les secours restent &#224; quai. Entre le 5 et le 11 avril, plus de 1 000 personnes ont tent&#233; de fuir la Libye par la mer. Pour celles et ceux qui s'entassent sur des esquifs surcharg&#233;s, l'Europe est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/eaux-maltaises" rel="tag"&gt;eaux maltaises&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le monde se confine, des centaines de milliers d'exil&#233;&#183;es sont toujours pris au pi&#232;ge en Libye, o&#249; la guerre s'est intensifi&#233;e en avril. Pour fuir cet enfer, les travers&#233;es se poursuivent en M&#233;diterran&#233;e centrale. Mais Malte et l'Italie ont ferm&#233; leurs ports sous pr&#233;texte sanitaire, et les secours restent &#224; quai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L464xH400/-1540-cf0e7.jpg?1782641148' width='464' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre le 5 et le 11 avril, plus de 1 000 personnes ont tent&#233; de fuir la Libye par la mer. Pour celles et ceux qui s'entassent sur des esquifs surcharg&#233;s, l'Europe est encore loin. Il faut plusieurs jours pour atteindre Malte ou Lampedusa (Italie), &#224; quelque 300 km des c&#244;tes libyennes. Une travers&#233;e extr&#234;mement dangereuse : en 2019, pr&#232;s de 10 % des personnes qui l'ont tent&#233;e seraient d&#233;c&#233;d&#233;es ou port&#233;es disparues&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres OIM et UNHCR. Il ne s'agit que d'une estimation, nombre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Beaucoup sont &#233;galement intercept&#233;es par les &#171; gardes-c&#244;tes &#187; libyens, aux m&#233;thodes violentes et mafieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; les risques&lt;/strong&gt;, les d&#233;parts s'encha&#238;nent en ce d&#233;but de week-end de P&#226;ques. Le 10 avril, un bateau contacte Alarm Phone (AP)&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en d&#233;tresse en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : il n'a plus d'essence et d&#233;rive. Puisqu'il se trouve dans les eaux maltaises, AP informe imm&#233;diatement les forces arm&#233;es, tenues de lui pr&#234;ter assistance. Pourtant, malgr&#233; la pr&#233;sence d'un h&#233;licopt&#232;re militaire sur place, les heures filent, et toujours aucune trace des secours. Tandis que la m&#233;t&#233;o se d&#233;t&#233;riore, l'&#233;tat des passagers se d&#233;grade. Au bout de quatre jours pass&#233;s en mer, ils souffrent de d&#233;shydratation et certains sont inconscients. &#171; &lt;i&gt;Nous ne savons pas s'ils sont vivants ou morts&lt;/i&gt; &#187;, disent les personnes &#224; bord. &#171; &lt;i&gt;Le bateau a perdu tellement d'air, l'eau rentre &#224; l'int&#233;rieur mais nous n'avons plus la force de l'enlever. Nous sommes proches de la mort.&lt;/i&gt; &#187; Sans r&#233;action des autorit&#233;s, c'est finalement l'&lt;i&gt;Aita Mari&lt;/i&gt;, bateau de l'ONG espagnole SMH, qui se d&#233;routera pour leur porter assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que les secours maltais mettent du temps&lt;/strong&gt; &#224; intervenir n'est une d&#233;couverte pour personne. D'apr&#232;s &lt;i&gt;Times of Malta&lt;/i&gt;, principal quotidien de l'&#238;le : &#171; &lt;i&gt;C'est un secret de Polichinelle que les forces arm&#233;es maltaises ont re&#231;u l'ordre d'adopter des tactiques dilatoires lorsque des migrants sont rep&#233;r&#233;s en mer, dans l'espoir qu'ils atterrissent en Italie ou soient renvoy&#233;s de force dans un pays qu'ils fuient.&lt;/i&gt; &#187; D'apr&#232;s AP, on assiste &#224; une normalisation de ces pratiques de non-assistance, voire de sabotage. Dans un enregistrement partag&#233; avec le &lt;i&gt;New York Times &lt;/i&gt;(09/04/2020), un homme &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2020/04/09/world/europe/malta-migrant-boat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;raconte&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les militaires sont venus et ont coup&#233; le c&#226;ble du moteur. L'arm&#233;e maltaise a dit : &#8220;Je vous laisse mourir dans l'eau. Personne ne viendra &#224; Malte.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effectivement&lt;/strong&gt;. Le 11 avril, AP est contact&#233; par un autre bateau en d&#233;tresse et exhorte les autorit&#233;s maltaises et italiennes &#224; intervenir, sans r&#233;sultat. Alors que le contact est perdu avec les passagers &#233;puis&#233;s s'appr&#234;tant &#224; passer leur cinqui&#232;me nuit en mer, Malte finit par envoyer des avions de recherche et &#224; appeler les bateaux proches &#224; pr&#234;ter assistance &#224; l'embarcation. Puis plus rien. Deux jours plus tard, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) annonce le d&#233;barquement &#224; Tripoli de migrants ayant &#233;t&#233; intercept&#233;s dans les eaux maltaises par un navire marchand. Aux c&#244;t&#233;s des 51 survivants, 5 cadavres. Ce qui s'est pass&#233;, les rescap&#233;s l'ont racont&#233; &#224; AP. Dans la nuit, alors qu'ils &#233;taient survol&#233;s par un avion, un cargo a stopp&#233; pr&#232;s d'eux, avant de s'&#233;loigner. Trois personnes ont alors tent&#233; de nager jusqu'&#224; lui et se sont noy&#233;es. Quatre autres se seraient jet&#233;es &#224; la mer par d&#233;sespoir. Peu de temps apr&#232;s, un autre bateau sorti de nulle part les a pris &#224; bord. Pendant le voyage, cinq personnes sont mortes de soif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mise en accusation&lt;/strong&gt;, Malte se d&#233;fend de toute n&#233;gligence et assure avoir coordonn&#233; une op&#233;ration de secours d&#232;s l'arriv&#233;e du bateau dans sa zone de recherche. La chronologie des faits &#233;tablie par AP&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Douze d&#233;c&#232;s et un refoulement secret vers la Libye &#187;, Alarmphone.org (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; d&#233;montre qu'elle a au contraire sciemment refus&#233; de secourir les personnes en d&#233;tresse et orchestr&#233; leur refoulement ill&#233;gal vers la Libye. Bilan de cette op&#233;ration criminelle : douze morts. Et les survivants renvoy&#233;s en centres de d&#233;tention, entre bombardements et traitements inhumains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour Alarm Phone&lt;/strong&gt;, Malte et l'Union europ&#233;enne sont responsables de ce carnage et utilisent la pand&#233;mie comme pr&#233;texte pour ne pas intervenir : les &#201;tats pr&#233;sents en M&#233;diterran&#233;e centrale ont annonc&#233; suspendre leurs op&#233;rations de secours pour raison sanitaire. Cela faisait d&#233;j&#224; plusieurs mois que la plupart des sauvetages &#233;taient effectu&#233;s par des navires humanitaires ; fin avril, ces derniers ont tous fini par se retrouver bloqu&#233;s au port, en quarantaine. Pour le moment, il n'y a plus personne pour porter assistance aux embarcations en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres OIM et UNHCR. Il ne s'agit que d'une estimation, nombre de naufrages restant invisibles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e. Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/En-mer-Egee-Le-bateau-a-un-trou' class=&#034;spip_in&#034;&gt;En mer &#201;g&#233;e : &#8220;Le bateau a un trou mais les gardes-c&#244;tes ne nous aident pas&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 186 (avril 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://alarmphone.org/fr/2020/04/17/douze-deces-et-un-refoulement-secret-vers-la-libye-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Douze d&#233;c&#232;s et un refoulement secret vers la Libye&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Alarmphone.org &lt;/i&gt;(17/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En mer &#201;g&#233;e : &#171; Le bateau a un trou mais les gardes-c&#244;tes ne nous aident pas &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/En-mer-Egee-Le-bateau-a-un-trou</link>
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		<dc:date>2020-04-29T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Des militantes d'Alarm Phone</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Les gardes-c&#244;tes grecs ont pour mission de porter secours aux embarcations en d&#233;tresse, quels qu'en soient les passagers. D&#233;but mars, ils firent l'inverse : tentatives de chavirage, vols de moteurs, remorquages jusqu'aux eaux turques, tirs &#224; balle r&#233;elle... Alors qu'elles pr&#234;taient assistance t&#233;l&#233;phonique &#224; des exil&#233;&#183;es en pleine travers&#233;e, des militantes d'Alarm Phone ont &#233;t&#233; t&#233;moins, &#224; distance, d'exactions d'une ampleur in&#233;dite. Voici leur r&#233;cit. Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no186-avril-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;186 (avril 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bateau" rel="tag"&gt;bateau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alarm-Phone" rel="tag"&gt;Alarm Phone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gardes-cotes-grecs" rel="tag"&gt;gardes-c&#244;tes grecs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gardes-cotes" rel="tag"&gt;gardes-c&#244;tes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/assistance-telephonique" rel="tag"&gt;assistance t&#233;l&#233;phonique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sommes" rel="tag"&gt;sommes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les gardes-c&#244;tes grecs ont pour mission de porter secours aux embarcations en d&#233;tresse, quels qu'en soient les passagers. D&#233;but mars, ils firent l'inverse : tentatives de chavirage, vols de moteurs, remorquages jusqu'aux eaux turques, tirs &#224; balle r&#233;elle... Alors qu'elles pr&#234;taient assistance t&#233;l&#233;phonique &#224; des exil&#233;&#183;es en pleine travers&#233;e, des militantes d'Alarm Phone ont &#233;t&#233; t&#233;moins, &#224; distance, d'exactions d'une ampleur in&#233;dite. Voici leur r&#233;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e, gr&#226;ce &#224; un num&#233;ro joignable 24 h/24. Dans une douzaine de pays, des b&#233;n&#233;voles se relaient pour r&#233;pondre aux appels et tenter de mobiliser les services de secours en mer. Dans les r&#233;cits qui suivent, deux &#233;quipes de militantes racontent leurs permanences des 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;, 2 et 3 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste avant, le 28 f&#233;vrier, la Turquie avait annonc&#233; l'ouverture de ses fronti&#232;res aux r&#233;fugi&#233;s cantonn&#233;s sur son territoire, cherchant ainsi &#224; faire pression sur l'Europe pour qu'elle intervienne &#224; ses c&#244;t&#233;s en Syrie. &#192; terre, la situation a tr&#232;s vite explos&#233; : des milliers de personnes mass&#233;es &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque se sont retrouv&#233;es prises en tenaille dans un &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt;, emp&#234;ch&#233;es d'avancer par les Grecs, interdites de rebrousser chemin par les Turcs. Et en mer ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quelque part en Europe, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars, 15 h-23 h&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme souvent, on s'est retrouv&#233;es plus t&#244;t pour se pr&#233;parer, regarder la m&#233;t&#233;o, prendre le pouls du moment. Aujourd'hui, vu la situation &#224; la fronti&#232;re turque, on s'attend &#224; des travers&#233;es nombreuses en mer &#201;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 h 20.&lt;/strong&gt; On allume les ordinateurs, on branche les t&#233;l&#233;phones. On lit la synth&#232;se de l'&#233;quipe pr&#233;c&#233;dente, tentant de d&#233;blayer les infos pour comprendre ce qui se joue pour chaque&lt;i&gt; cas&lt;/i&gt; ouvert, c'est-&#224;-dire chaque embarcation en d&#233;tresse qui a contact&#233; Alarm Phone (AP). Elles sont cinq en tout depuis ce matin, parties des c&#244;tes turques &#224; destination des &#238;les grecques de Chios et Lesbos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 h 00.&lt;/strong&gt; On prend le relais de L., de permanence depuis la veille. &#201;puis&#233;, il trouve encore la force de nous faire un point d&#233;taill&#233; pour chaque bateau, de nous transmettre conseils et recommandations. De notre c&#244;t&#233;, on se r&#233;partit les t&#226;ches, souvent &#224; la vol&#233;e. L'ambiance est tendue, concentr&#233;e. Aujourd'hui, la m&#233;t&#233;o est bonne, la mer calme. A priori, de bonnes conditions de navigation. Sauf que les travers&#233;es se font sur des bateaux gonflables surcharg&#233;s, avec de mauvais moteurs, sans gilet de sauvetage pour tout le monde. &#192; bord, les passagers ont peu d'eau, de nourriture, de v&#234;tements chauds. Les distances ont beau &#234;tre r&#233;duites en mer &#201;g&#233;e (quelques kilom&#232;tres seulement parfois), les travers&#233;es sont loin d'&#234;tre sans risques : en 2019, 71 personnes y ont perdu la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis aujourd'hui, il se passe autre chose. Sur les cinq embarcations avec lesquelles AP est en contact, trois ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es par des hommes masqu&#233;s. Leurs moteurs ont &#233;t&#233; d&#233;truits ou vol&#233;s, l'essence confisqu&#233;e. &#192; Lesbos, des fascistes ont emp&#234;ch&#233; un bateau de d&#233;barquer ; les passagers ont fini par &#234;tre exfiltr&#233;s par les autorit&#233;s grecques. Impossible de les joindre depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 h 36.&lt;/strong&gt; Le t&#233;l&#233;phone sonne. Premier contact avec le bateau n&#176; 5, sur lequel on d&#233;cide de concentrer nos forces. 35 personnes, dont 11 enfants, qui sont en mer depuis des heures. Elles n'ont plus de moteur, il a &#233;t&#233; vol&#233; par un bateau non identifi&#233;. Elles disent avoir &#233;t&#233; ensuite approch&#233;es par des gardes-c&#244;tes grecs, dont la mission n'&#233;tait visiblement pas de les secourir mais de les affoler un peu plus : &#171; &lt;i&gt;Ils ne font que des vagues, ils ne nous aident pas. Nous avons tr&#232;s peur. Maintenant, ils s'&#233;loignent. S'il vous pla&#238;t, nous avons besoin d'aide.&lt;/i&gt; &#187; Nous n'aurons jamais de conversation directe avec les personnes &#224; bord, les &#233;changes se font par messages vocaux, toujours la m&#234;me voix de femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16 h 24.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous allons bien mais nous sommes tr&#232;s fatigu&#233;s. Nous dirigeons le bateau avec nos mains. Nous sommes pr&#232;s de l'&#238;le. Le bateau des gardes-c&#244;tes est derri&#232;re nous mais ils ne nous aident pas. Il y a de l'eau dans notre bateau. Le bateau a un trou. S'il vous pla&#238;t, aidez-nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes &#224; bord voient la terre, de gros bateaux pr&#232;s d'elles, et ne comprennent pas pourquoi personne ne vient les secourir. Nous non plus on ne comprend pas. O&#249; plut&#244;t, on commence &#224; saisir qu'aujourd'hui les r&#232;gles sont diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le matin, les gardes-c&#244;tes grecs refusent de nous donner la moindre information. L&#224; o&#249; d'habitude une coop&#233;ration minimum et polie se met en place, se dresse d&#233;sormais un mur. Ils sont agressifs, sur les dents. Ils nient les situations de d&#233;tresse et s'&#233;nervent quand on exige qu'ils remplissent leur mission : secourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 h 00.&lt;/strong&gt; Par une autre source, on a la confirmation que Frontex (l'agence europ&#233;enne charg&#233;e de contr&#244;ler les fronti&#232;res) et les gardes-c&#244;tes grecs sont sur place. Ils sont donc bien en train de regarder ce bateau surcharg&#233; prendre l'eau sans intervenir. Sont-ils assez pr&#232;s pour entendre les passagers crier ? Parce que nous, oui, et &#231;a nous glace le sang. Toutes les 30 minutes, ils nous envoient des vid&#233;os et des messages vocaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous avons une nouvelle position&lt;/i&gt; [GPS]&lt;i&gt;. Les gardes-c&#244;tes ne nous ont pas pris. Nous dirigeons le bateau avec nos mains. On met les mains dans l'eau et on avance.&lt;/i&gt; &#187; Ils sont &#224; moins de 6 km de Lesbos. Des heures que leur bateau est dans les eaux grecques. Des heures que les gardes-c&#244;tes sont inform&#233;s. Mais il ne se passe rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18 h 58.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous avons besoin d'aide. Notre bateau a un trou. Nous sommes si fatigu&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; &#192; 3 km de Lesbos, frigorifi&#233;es, &#233;puis&#233;es, les personnes &#224; bord n'en peuvent plus. Elles ont us&#233; leurs derni&#232;res forces pour faire avancer le bateau trou&#233;. Derri&#232;re, les enfants pleurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19 h 18.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Aidez-nous, s'il vous pla&#238;t. Les enfants ont faim et soif. Nous n'avons rien. L'eau entre de plus en plus dans le bateau. Les enfants sont gel&#233;s. Nos v&#234;tements sont tr&#232;s mouill&#233;s. Il fait tellement froid. Nous sommes en train de mourir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait que le monde entier entende leurs voix, alors on fait des tweets. Des tweets pour m&#233;diatiser, pour faire pression, mais aussi parce qu'on ne sait pas quoi faire d'autre. On envoie des mails officiels avec l'UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s) en copie, on s'engueule avec les gardes-c&#244;tes et on tweete. Surtout, on ne sait plus quoi dire aux personnes &#224; bord, &#224; part de tenir bon, qu'on ne peut pas faire plus, mais qu'on est avec elles et qu'on ne les l&#226;chera pas. Aujourd'hui, les r&#232;gles ont chang&#233; et on se demande comment trouver une issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19 h 51.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Maintenant, nous ne pouvons plus continuer. Nous sommes fatigu&#233;s. Il fait trop froid. Il fait tr&#232;s sombre. On ne voit rien. Nous ne pouvons pas continuer.&lt;/i&gt; &#187; Ils crient &#171; &lt;i&gt;Help&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Help&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Help&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; tous ensemble. La nuit est tomb&#233;e. Ils ne savent m&#234;me plus dans quelle direction avancer. Ils se d&#233;couragent, perdent espoir, on le sent. De notre c&#244;t&#233;, il faut combattre le sentiment d'impuissance, contenir la rage, et continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20 h 38.&lt;/strong&gt; &#201;ni&#232;me appel aux gardes-c&#244;tes grecs et soudain changement de ton. Une op&#233;ration de secours a &#233;t&#233; lanc&#233;e, disent-ils. M&#233;fiantes, on n'ose pas tout &#224; fait y croire. Une heure plus tard, le sauvetage est confirm&#233; par ces m&#234;mes gardes-c&#244;tes, et on pousse un gros soupir de soulagement. M&#234;me si les personnes &#224; bord ne sont plus joignables, et qu'on aimerait entendre de leur bouche qu'elles vont bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;23 h 00.&lt;/strong&gt; On passe le relais &#224; l'&#233;quipe de nuit, quatre cas toujours ouverts et trois nouveaux appels dans les quinze derni&#232;res minutes. &lt;i&gt;Force et courage&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les jours suivants, les t&#233;moignages gla&#231;ants affluent : agressions et tentatives d'intimidation semblent devenir syst&#233;matiques. Les gardes-c&#244;tes grecs agissent &#224; visage d&#233;couvert : vols et destructions de moteurs, tirs &#224; balles r&#233;elles ; les refoulements violents et ill&#233;gaux s'encha&#238;nent&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Escalating Violence in the Aegean Sea - Attacks and human rights abuses by (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Bien s&#251;r de telles pratiques existaient avant ce basculement&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aegean Regional Analysis, rapport d'Alarm Phone (03/02/2020).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, mais pas de mani&#232;re aussi d&#233;complex&#233;e. Le maintien de l'Europe-forteresse repose sur les &#233;paules de la Gr&#232;ce, qui re&#231;oit le soutien de tous les dirigeants europ&#233;ens. La fronti&#232;re ne doit pas c&#233;der, quoi qu'il en co&#251;te.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ailleurs en Europe, 2 &amp; 3 mars, 23 h-11 h&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, nous sommes deux &#224; faire la permanence de nuit. Souvent, on les fait &#224; distance, mais cette fois-ci, on a d&#233;cid&#233; de se retrouver physiquement. Pas toujours facile d'&#234;tre seule devant son ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;02 h 11.&lt;/strong&gt; Le t&#233;l&#233;phone sonne : une position GPS &#224; la limite de la fronti&#232;re gr&#233;co-turque. 50 &#224; 55 personnes &#224; bord dont une vingtaine d'enfants. Leur moteur est cass&#233;. &#171; &lt;i&gt;Il y a de l'eau dans le bateau, on va couler d'ici une demi-heure&lt;/i&gt; &#187;, nous annonce une voix fataliste, assez calme vu les circonstances. Le monsieur nous explique que des Grecs (gardes-c&#244;tes ? fachos ?) les ont intercept&#233;es, frapp&#233;es, ont d&#233;truit leur moteur et vol&#233; leur essence. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes sur l'eau depuis 4... non 7 heures, le bateau est plein d'eau, on va mourir.&lt;/i&gt; &#187; On propose d'appeler les gardes-c&#244;tes turcs. &#171; &lt;i&gt;Ils ne viendront pas, &#231;a fait une heure qu'on les appelle, mais ils ne viennent pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;02 h 18.&lt;/strong&gt; On appelle quand m&#234;me les gardes-c&#244;tes turcs. L'op&#233;rateur nous remercie poliment, mais n'a aucune information &#224; nous donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;02 h 53.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Il y a des soldats grecs, ils vont nous tuer. Ils ont attach&#233; une corde &#224; notre bateau et ils nous tirent avec leur bateau. Ils vont nous frapper et nous tuer. Ils crient. On a des enfants &#224; bord. Aidez-nous.&lt;/i&gt; &#187; En fond, bruit de vagues et hurlements, l'horreur. On esp&#232;re que les Grecs les tirent juste vers les eaux turques et que &#231;a n'ira pas plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;02 h 59.&lt;/strong&gt; Les personnes &#224; bord nous disent que les Grecs sont partis. Les gardes-c&#244;tes turcs arrivent pour les secourir. Tout le monde est sain et sauf. On respire. On prend le temps de se regarder, de se sourire, soulag&#233;es. Un comble de se r&#233;jouir que des personnes n'aient pas pu atteindre leur but, l'Europe. Mais elles sont sauves et c'est le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;07 h 10. U&lt;/strong&gt;n bateau nous contacte, 38 personnes dont 20 enfants en route pour Samos. Leur position GPS est clairement dans les eaux grecques. On appelle les gardes-c&#244;tes grecs, le ventre nou&#233; au vu des exactions des jours pr&#233;c&#233;dents. On nous r&#233;pond que ce bateau est en Turquie. S'ensuit une nouvelle histoire kafka&#239;enne de fronti&#232;res maritimes, Grecs et Turcs se renvoyant la balle. Les 38 passagers seront finalement secourus par les Turcs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;09 h 39.&lt;/strong&gt; Le t&#233;l&#233;phone sonne &#224; nouveau. Deux bateaux en route pour Kastell&#243;rizo : les gardes-c&#244;tes grecs ont tir&#233; sur le premier. Une personne &#224; bord, peut-&#234;tre deux, ont &#233;t&#233; bless&#233;es et saignent. Les informations ne sont pas claires, elles viennent du second bateau, qui a assist&#233; &#224; la sc&#232;ne avant de faire demi-tour. On appelle la centrale des gardes-c&#244;tes &#224; Ath&#232;nes, au courant de rien. Ils nient tout acte de violence de leurs coll&#232;gues, disent qu'ils ne sont inform&#233;s d'aucun bateau dans la zone. Nous avons du mal &#224; garder notre calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 h 00.&lt;/strong&gt; La permanence se termine. Malgr&#233; une confiance absolue dans les camarades qui prennent la rel&#232;ve, il est difficile de l&#226;cher. Plus tard, nous apprendrons que les gardes-c&#244;tes grecs ont refus&#233; l'acc&#232;s au port aux personnes bless&#233;es, et que le contact a &#233;t&#233; perdu avec l'embarcation. Vers 23 h, apr&#232;s des heures d'angoisse, l'&#233;quipe de nuit arrivera finalement &#224; la joindre de nouveau. Les passagers sont revenus sur la rive turque. Deux hommes sont bless&#233;s aux jambes et &#224; l'&#233;paule.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des militantes d'Alarm Phone&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4292 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH545/alarm-phone-logo-1-31b19.jpg?1782700257' width='500' height='545' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Escalating Violence in the Aegean Sea - Attacks and human rights abuses by European Coastguards &#187;, communiqu&#233; d'Alarm Phone (04/03/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Aegean Regional Analysis&lt;/i&gt;, rapport d'Alarm Phone (03/02/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Laisser noyer les sans-papiers</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Pierre Isnard-Dupuy</dc:creator>


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&lt;p&gt;En 2018, six personnes sont mortes chaque jour en essayant de traverser la M&#233;diterran&#233;e. Pas assez pour l'Europe, qui fait tout pour emp&#234;cher le sauvetage des migrants par les ONG. Alors que l'Italie ferme ses ports et poursuit les secouristes en justice, les Pays-Bas donnent dans les tracasseries administratives. La France offre des bateaux aux gardes-c&#244;tes libyens, pourtant impliqu&#233;s dans de sordides affaires de trafic d'&#234;tres humains. &#192; Tripoli, c'est la guerre ; viols et tortures sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvetage" rel="tag"&gt;sauvetage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mediterranee" rel="tag"&gt;M&#233;diterran&#233;e&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2018, six personnes sont mortes chaque jour en essayant de traverser la M&#233;diterran&#233;e. Pas assez pour l'Europe, qui fait tout pour emp&#234;cher le sauvetage des migrants par les ONG. Alors que l'Italie ferme ses ports et poursuit les secouristes en justice, les Pays-Bas donnent dans les tracasseries administratives. La France offre des bateaux aux gardes-c&#244;tes libyens, pourtant impliqu&#233;s dans de sordides affaires de trafic d'&#234;tres humains. &#192; Tripoli, c'est la guerre ; viols et tortures sont quotidiens. Qu'importe : les victimes ne sont ni blanches ni riches.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH309/-1247-de6dc.jpg?1782660313' width='500' height='309' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;O&#249; sont des morts les phrases famili&#232;res, l'art personnel, les &#226;mes singuli&#232;res ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Paul Val&#233;ry, &lt;i&gt;Le cimeti&#232;re marin&lt;/i&gt; (1920)&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uand les gardes-c&#244;tes libyens ont intercept&#233; leur canot, Farah, sa femme et leur b&#233;b&#233; &#233;taient en mer depuis douze heures. Ils fuyaient la Libye, apr&#232;s plusieurs mois de torture. Dans un triste hangar, Farah &#233;tait battu et sa femme viol&#233;e par des bandes criminelles libyennes tentant d'obtenir une ran&#231;on de leurs proches. &#171; &lt;i&gt;Je savais qu'il valait mieux mourir que retourner en Libye, mais ils nous ont menac&#233;s avec des armes &#187;&lt;/i&gt;, se souvient le jeune Somalien. La suite de son r&#233;cit se passe &#224; Tripoli. Sept mois de d&#233;tention : &#171; &lt;i&gt;Il n'y avait pas de nourriture ou de soins pour mon b&#233;b&#233;. Elle est morte &#224; huit mois. Elle s'appelait Sagal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport&#233; par Amnesty International&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Matteo de Bellis, &#171; L'incapacit&#233; europ&#233;enne face &#224; la maltraitance des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ce t&#233;moignage n'a rien d'extraordinaire. Qu'ils proviennent d'ONG ou qu'ils &#233;manent de l'ONU, les rapports se r&#233;p&#232;tent : la Libye est un pays en guerre, une terre d'esclavage et d'horreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Marseille, o&#249; il a d&#233;pos&#233; une demande d'asile, Valdo confirme : &#171; &lt;i&gt;En Libye, j'ai &#233;t&#233; de prison en prison. La derni&#232;re, j'y ai pass&#233; cinq mois. Pour en sortir, on a attendu que le gars vienne nous donner de l'eau et on l'a ma&#238;tris&#233;. On est sortis, mais les &#8220;Asma Boys&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi que Valdo d&#233;signe les membres des groupes arm&#233;s libyens, sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; sont arriv&#233;s. Ils nous ont tir&#233; dessus. &#187; Pour le jeune Camerounais, la messe &#233;tait dite : il fallait fuir le pays. &#171; &lt;i&gt;On &#233;tait 136 dans un Zodiac de 9 m&#232;tres. Ce jour-l&#224;, un autre Zodiac s'est perdu en mer. Il y a eu des morts : plus tard, sur le navire qui nous a sauv&#233;s, on a vu les gens qui pleuraient, qui avaient perdu leur enfant. Nous, on avait &#233;t&#233; secourus avant, juste au moment o&#249; des &#8220;Asma Boys&#8221; arrivaient encore. Quand ils vous prennent, ils vous ram&#232;nent, vous remettent dans des prisons et demandent de l'argent. Dieu merci, ce bateau nous a sauv&#233;s &#224; l'heure exacte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 5 mai 2017, quel bateau a donc sauv&#233; Valdo ? Il ne sait plus trop. C'&#233;tait peut-&#234;tre le navire de sauvetage d'une ONG. Les vies qu'ils ont sauv&#233;es se comptent par dizaines de milliers. Mais depuis l'an dernier, ils n'ont quasiment plus droit de cit&#233; en M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Lampedusa, octobre 2013. &#192; quelques encablures de la petite &#238;le italienne, un bateau s'ab&#238;me. 500 migrants, 155 survivants. &#171; &lt;i&gt;Ce naufrage a servi d'&#233;lectrochoc,&lt;/i&gt; se souvient Sophie Beau, de l'association SOS M&#233;diterran&#233;e. &lt;i&gt;Les autorit&#233;s italiennes de l'&#233;poque ont mis en place une op&#233;ration de sauvetage d'envergure. Mare Nostrum a permis de secourir 150 000 personnes, mais un an plus tard, elle a &#233;t&#233; torpill&#233;e par l'Union europ&#233;enne.&lt;/i&gt; &#187; L'Italie demandait du soutien &#224; ses voisins. En vain : Mare Nostrum prend fin. &#171; &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, on a pu voir que le fameux argument de l'appel d'air, selon lequel ce sont les navires de sauvetage qui provoquent les travers&#233;es, ne tient absolument pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : cet hiver-l&#224;, il n'y avait plus aucun navire de sauvetage en mer et les gens continuaient &#224; traverser par milliers. Et se sont &#233;galement noy&#233;s par milliers. C'est alors que, face &#224; la d&#233;faillance des &#201;tats europ&#233;ens, la soci&#233;t&#233; civile a r&#233;agi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, en Espagne, en France, en Italie et ailleurs, des associations sont cr&#233;&#233;es, des bateaux de sauvetage affr&#233;t&#233;s. Pendant l'ann&#233;e 2016, la relation avec les gardes-c&#244;tes transalpins se passe bien. Mais d&#232;s 2017, le climat politique se tend. &#171; &lt;i&gt;Une campagne de communication, venant de la fachosph&#232;re italienne, s'est r&#233;pandue petit &#224; petit aux m&#233;dias plus install&#233;s. Elle a finalement atteint la sph&#232;re politique,&lt;/i&gt; relate Sophie Beau. &lt;i&gt;On a invent&#233; des choses, on nous a criminalis&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 2017, l'offensive judiciaire commence. Elle frappe d'abord le &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(lire ci-contre)&lt;/i&gt;. Puis, &#171; &lt;i&gt;les uns apr&#232;s les autres, tous les navires de sauvetage ont &#233;t&#233; cibl&#233;s par la justice italienne. La tactique consiste &#224; incriminer avec des fausses all&#233;gations. Ensuite, la justice met des mois et des mois &#224; se d&#233;rouler, &#231;a bloque les actions.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Au printemps 2018, l'extr&#234;me droite acc&#232;de au pouvoir en Italie. &#192; peine nomm&#233; ministre de l'Int&#233;rieur, Matteo Salvini restreint l'acc&#232;s aux ports transalpins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &#224; chaque sauvetage, la m&#234;me question se pose : o&#249; d&#233;barquer les personnes recueillies ? D'apr&#232;s le droit maritime international, les rescap&#233;s doivent &#234;tre d&#233;pos&#233;s dans le &#171; port s&#251;r &#187; le plus proche. Mais Malte n'en veut pas et l'Italie non plus. Ces refus sont clairement ill&#233;gaux, mais Salvini s'en moque : au cours de l'&#233;t&#233; 2018, il bloque m&#234;me l'entr&#233;e au port d'un bateau de ses propres gardes-c&#244;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'autoriser un d&#233;barquement, l'apprenti &lt;i&gt;Duce&lt;/i&gt; exige que d'autres pays europ&#233;ens s'engagent &#224; accueillir les naufrag&#233;s : l'Italie, dit-il, ne peut &#224; elle seule prendre en charge tous les migrants sauv&#233;s en M&#233;diterran&#233;e centrale. Mais les autres &#201;tats rechignent. Presque syst&#233;matiquement, les bateaux restent bloqu&#233;s plusieurs jours en mer, avant que l'Europe finisse par se mettre d'accord.
Cela concerne aussi la marine marchande, dont les navires ont &#233;galement sauv&#233; des dizaines de milliers de personnes ces derni&#232;res ann&#233;es. Sachant qu'ils auront du mal &#224; les d&#233;barquer, ces bateaux, aux plannings de livraisons souvent serr&#233;s, peuvent &#234;tre tent&#233;s de ne pas s'arr&#234;ter&#8230;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;En ao&#251;t 2018, l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt;, bateau de SOS M&#233;diterran&#233;e, subit une autre attaque : Gibraltar lui retire son pavillon. L'association se tourne alors vers le Panama. Mais rebelote : &#171; &lt;i&gt;Les Italiens ont dit aux Panam&#233;ens que s'ils gardaient l'&lt;/i&gt;Aquarius&lt;i&gt; dans leurs registres, ils fermeraient leurs ports &#224; tous les navires de la flotte panam&#233;enne, qui est la plus grande au monde&lt;/i&gt;, relate Sophie Beau.&lt;i&gt; Donc &#233;videmment, le Panama a c&#233;d&#233; et nous a d&#233;pavillonn&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'&#233;t&#233; 2018, les ONG se d&#233;battent comme elles peuvent, entre probl&#232;mes administratifs, judiciaires et financiers. Plusieurs navires sont coinc&#233;s &#224; quai. &#171; &lt;i&gt;En septembre, c'&#233;tait la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es qu'il n'y avait pas un seul bateau de sauvetage en&lt;/i&gt; M&#233;diterran&#233;e, s'indigne Ruben Neugebauer, du &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;galement parlant, ce navire s'appelle le Sea Watch 3.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, affr&#233;t&#233; par l'association du m&#234;me nom. &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, sur six personnes qui partaient de Libye, il y en avait une qui n'arrivait pas. C'est comme si vous remplissiez une voiture et qu'un passager mourait pendant le trajet. Vous ne monteriez jamais &#224; bord de cette voiture ! Pourtant, c'est bien le risque que les gens ont pris &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mois qui suivent, les magistrats italiens redoublent d'inventivit&#233;. SOS M&#233;diterran&#233;e se voit reprocher d'avoir mal tri&#233; ses d&#233;chets, en l'occurrence des v&#234;tements port&#233;s par des migrants. &#171; &lt;i&gt;Ils &#233;taient dans nos poubelles et allaient se faire incin&#233;rer,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Sophie Beau. &lt;i&gt;Mais apparemment, il aurait fallu les s&#233;parer du reste de nos d&#233;chets, parce qu'il y avait des risques infectieux ! Nous avons &#233;t&#233; poursuivis pour ce motif, avec une demande de mise sous s&#233;questre de l'&lt;/i&gt;Aquarius&lt;i&gt;. En novembre 2018, nous avons d&#251; renoncer &#224; l'affr&#233;ter, parce qu'on risquait de se faire arraisonner d&#232;s qu'on repartirait sur la zone de d&#233;tresse.&lt;/i&gt; &#187; En 34 mois, 29 523 personnes avaient &#233;t&#233; sauv&#233;es par l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt;. &#199;a ne pouvait plus durer.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Ce 14 mars 2019, le &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt; est en escale technique &#224; Marseille. Sur le pont, les postes &#224; souder cr&#233;pitent et les discussions m&#233;caniques vont bon train. Le bateau est cens&#233; repartir dans les 72 heures vers la zone de sauvetage, au large de la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois semaines plus tard, il est toujours &#224; quai. Les r&#233;parations prennent plus de temps que pr&#233;vu et, surtout, l'&#233;quipage a des probl&#232;mes administratifs avec les Pays-Bas, o&#249; le bateau est immatricul&#233;. &#171; &lt;i&gt;C'est un probl&#232;me europ&#233;en : aucun pays ne veut prendre la responsabilit&#233; de sauver des migrants. Donc l'&#201;tat n&#233;erlandais aussi essaye de durcir la r&#233;glementation sur notre bateau. En gros ils nous ont interdit de repartir vers la zone de sauvetage en pr&#233;textant que notre bateau n'est pas assez s&#233;curis&#233; pour rester en mer longtemps avec beaucoup de monde &#224; bord. C'est compl&#232;tement cynique, &lt;/i&gt;s'agace Johannes Bayer, le pr&#233;sident de l'association. &lt;i&gt;Nous ce qu'on veut, c'est amener les gens dans un port s&#251;r le plus rapidement possible. Bien s&#251;r que le bateau n'est pas fait pour garder des gens &#224; bord dix-neuf jours, comme la derni&#232;re fois. Mais il faut toujours regarder l'agenda politique. Pourquoi les &#201;tats europ&#233;ens payent-ils les soi-disant gardes-c&#244;tes libyens et leur donnent-ils des bateaux militaires&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Parce qu'ils ne veulent pas que les gens viennent en Europe ; et &#231;a les arrange que les Libyens fassent le sale boulot.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardes-c&#244;tes libyens, Johannes les conna&#238;t. Le 6 novembre 2017, il &#233;tait &#224; bord du&lt;i&gt; Sea Watch&lt;/i&gt; quand un bateau pneumatique a fait naufrage. Les Libyens ont &#233;t&#233; les premiers sur place. Comme l'a d&#233;taill&#233; une enqu&#234;te du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; How Europe Outsources Migrant Suffering at Sea &#187; (27/12/2018), vid&#233;o (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, ils n'ont pas respect&#233; les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires. Leur bateau est arriv&#233; &#224; toute vitesse, formant de grosses vagues. Des passagers du pneumatique sont tomb&#233;s &#224; l'eau. Puis le bateau des gardes-c&#244;tes s'est coll&#233; &#224; l'esquif naufrag&#233;. Coinc&#233;es entre les deux embarcations, plusieurs personnes se sont noy&#233;es. Une fois sur place, l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt; a mis &#224; l'eau ses canots de sauvetage et commenc&#233; &#224; rep&#234;cher des naufrag&#233;s. Au m&#234;me moment, les rescap&#233;s qui avaient r&#233;ussi &#224; se hisser &#224; bord du bateau libyen &#233;taient frapp&#233;s, &#224; coup de pied, de ceintures, de cordages, par des membres d'&#233;quipages. Certains ont replong&#233; &#224; l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs rapports ont prouv&#233; la complicit&#233; des gardes-c&#244;tes libyens avec les trafiquants d'&#234;tres humains. Pourtant, l'Europe les finance g&#233;n&#233;reusement. Cet hiver, la France a annonc&#233; qu'elle allait leur fournir six bateaux. Pis encore : &#224; l'&#233;t&#233; 2018, la coordination des secours leur a &#233;t&#233; confi&#233;e pour une vaste zone de la M&#233;diterran&#233;e. Il revient donc &#224; ces &#171; gardes-c&#244;tes &#187; d'indiquer aux bateaux de secours un &#171; port s&#251;r &#187; o&#249; d&#233;barquer les personnes sauv&#233;es. Absurde : dans cette Libye en pleine guerre civile, il n'existe pas de &#171; port s&#251;r &#187;.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;D&#233;but mai, victoire ! D&#233;boutant son gouvernement, la justice n&#233;erlandaise autorise le &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt; &#224; repartir en mission. Quelques jours plus tard, il porte secours &#224; 65 personnes. &#192; la recherche d'un port, il reste un temps bloqu&#233; au large de Lampedusa. Le 19 mai, l'&#233;quipage est autoris&#233; &#224; d&#233;barquer les rescap&#233;s, mais le navire est confisqu&#233;. Salvini exulte : &#171; &lt;i&gt;Le capitaine du &lt;/i&gt;Sea Watch&lt;i&gt; est maintenant poursuivi pour aide &#224; l'immigration clandestine, mieux vaut tard que jamais ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au ministre italien, Ruben Neugebauer r&#233;pond vertement : &#171; &lt;i&gt;Salvini accuse r&#233;guli&#232;rement les ONG de trafic d'&#234;tres humains. Mais les seuls qui en sont vraiment complices, ce sont les gouvernements europ&#233;ens, parce qu'ils soutiennent les soi-disant gardes-c&#244;tes libyens. Nous, ce qu'on fait, c'est de la recherche et du sauvetage en mer. Et chaque jour que notre bateau passe sous s&#233;questre met en danger des vies humaines. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Le 26 mai, &#233;lections europ&#233;ennes : en Italie, la Lega de Salvini arrive en t&#234;te, avec pr&#232;s de 35 % des suffrages. D&#233;but juin, le &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt; est finalement lib&#233;r&#233; de ses entraves judiciaires. Il change de capitaine et reprend la mer. Le 12, &#224; 47 milles marins des c&#244;tes libyennes, il sauve 53 personnes en d&#233;tresse sur un bateau pneumatique. Comme &#171; port s&#251;r &#187;, le centre de coordination des secours libyens lui propose&#8230; Tripoli. Inenvisageable pour l'&#233;quipage du &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt;, qui reprend la direction de Lampedusa. Probl&#232;me&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : s'il entre dans les eaux territoriales italiennes, il s'expose &#224; une amende de 50 000 &#8364; et &#224; la saisie du navire, conform&#233;ment &#224; un tout nouveau d&#233;cret-loi impuls&#233; par Salvini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant deux semaines, le bateau fait des ronds dans l'eau. Onze rescap&#233;s tr&#232;s mal en point sont tout de m&#234;me ramen&#233;s &#224; terre par la marine italienne. Aucun pays ne se porte volontaire pour accueillir les autres. Le 26 juin, le &lt;i&gt;Sea Watch &lt;/i&gt;p&#233;n&#232;tre dans les eaux territoriales italiennes&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;J'ai d&#233;cid&#233; d'entrer dans le port de Lampedusa,&lt;/i&gt; explique la capitaine, Carola Rackete.&lt;i&gt; Je sais ce que je risque, mais les 42 naufrag&#233;s &#224; bord sont &#233;puis&#233;s. Je les emm&#232;ne en lieu s&#251;r&lt;/i&gt;. &#187; L'ONG se d&#233;sesp&#232;re : &#171; &lt;i&gt;En quatorze jours, aucune solution politique ou juridique n'a &#233;t&#233; possible, l'Europe nous a abandonn&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Salvini &#233;ructe : &#171; &lt;i&gt;Ceux qui se foutent des r&#232;gles doivent en r&#233;pondre, je le dis aussi &#224; cette emmerdeuse de capitaine du &lt;/i&gt;Sea Watch&lt;i&gt; qui fait de la politique sur la peau des immigr&#233;s, pay&#233;e par on ne sait qui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quipage (b&#233;n&#233;vole) attend 60 heures tout pr&#232;s du port, dans la crainte que des rescap&#233;s, &#224; bout de nerfs, ne finissent par se jeter &#224; l'eau alors qu'ils ne savent pas nager. Dans la nuit du 28 au 29 juin, Carola Rackete se r&#233;sout &#224; forcer le passage, obligeant la vedette de police qui bloquait le quai &#224; s'&#233;loigner. Peu apr&#232;s, la capitaine quitte le navire encadr&#233;e par des agents de police. Sur le quai, des habitants l'ovationnent. D'autres applaudissent l'arrestation. Dans la foule, une voix crache sa haine &#224; la jeune femme : &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re que tu vas te faire violer par ces n&#232;gres. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AFP (29/06/2019).&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; Salvini d&#233;nonce &#171; un acte criminel, un acte de guerre &#187; et r&#233;clame de la prison ferme. Carole Rackete risque dix ans de prison pour &#171; r&#233;sistance ou violence envers un navire de guerre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me samedi 29 juin, deux navires de sauvetage, l'&lt;i&gt;Open Arms&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt;, voguent vers la Libye, ignorant les menaces de Matteo Salvini. SOS M&#233;diterran&#233;e esp&#232;re toujours repartir avec un nouveau bateau. &#192; l'aube, les derniers rescap&#233;s du &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt; posent le pied sur la terre ferme. En Italie, et non en Libye. Ils sont vivants. &#192; cet instant, c'est le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La plupart des t&#233;moignages sont issus de &#171; &lt;a href=&#034;http://rtbf-pod.l3.freecaster.net/rod/rtbf/geo/open/9/9fEf82zSJM.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Migrants en M&#233;diterran&#233;e, la solidarit&#233; &#224; quai&lt;/a&gt; &#187;, reportage r&#233;alis&#233; par Pierre Isnard-Dupuy et l'auteur de ces lignes pour la radio publique belge (RTBF-La 1&lt;sup&gt;&#232; re&lt;/sup&gt;, 01/06/2019).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;quipage du Iuventa face &#224; la justice italienne : &#171; On risque vingt ans de prison &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;A&lt;/petitelettrine&gt;vant de conter la bravoure de Carole Rackete, les m&#233;dias ont narr&#233; celle de Pia Klemp. Les faits qui lui sont reproch&#233;s remontent &#224; l'&#233;poque o&#249; elle commandait le &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt;, navire de l'association allemande Jugend Rettet. En tout, dix ex-membres d'&#233;quipage sont dans le viseur des magistrats transalpins. Entretien avec Sascha Gierke, ancien chef de mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous avez commenc&#233; vos op&#233;rations de sauvetage, en 2016, quelles &#233;taient vos relations avec les gardes-c&#244;tes italiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, ils nous ont tr&#232;s bien accept&#233;s. Chaque op&#233;ration &#233;tait dirig&#233;e par le MRSC [&lt;i&gt;Maritime Rescue Coordination Centre&lt;/i&gt;] de Rome. Ils connaissaient notre position en permanence et nous transmettaient des appels au secours pour qu'on aille sauver les gens. &#192; ce moment-l&#224;, c'&#233;tait comme si on faisait partie de leur flotte. Mais au bout d'un an, en ao&#251;t 2017, les autorit&#233;s italiennes ont confisqu&#233; notre bateau. L'ann&#233;e suivante, avec neuf autres membres d'&#233;quipage, on a appris qu'on &#233;tait accus&#233;s d'aide et de complicit&#233; &#224; l'immigration ill&#233;gale. D&#233;sormais, ils nous accusent aussi d'avoir &#233;t&#233; en collusion avec les trafiquants d'&#234;tres humains. On risque de cinq &#224; vingt ans de prison et une amende de 210 millions d'euros, soit 15 000 euros pour chaque clandestin dont on est responsables de l'entr&#233;e en Italie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le climat politique a chang&#233;. D&#232;s septembre 2016, il y a eu une grosse enqu&#234;te contre nous : nos t&#233;l&#233;phones ont &#233;t&#233; mis sous &#233;coute, tandis qu'un policier s'est infiltr&#233; sur un autre navire de sauvetage pour accumuler du mat&#233;riel sur nous. On nous a confisqu&#233; de nombreux effets personnels, des t&#233;l&#233;phones, des ordinateurs. Ils ont m&#234;me mobilis&#233; des unit&#233;s de lutte contre la mafia. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand serez-vous jug&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne connaissons pas encore la date, mais notre proc&#232;s pourrait commencer &#224; la fin de l'&#233;t&#233; ; quoi qu'il en soit nous sommes partis pour trois &#224; cinq ans de proc&#233;dure judiciaire. Pourtant, ces accusations ne reposent sur rien. Nous sommes persuad&#233;s que les procureurs eux-m&#234;mes savent que nous n'avons jamais eu de collusions avec les passeurs, que nous &#233;tions l&#224; pour des raisons humanitaires. Mais ils utilisent des proc&#233;dures judiciaires pour mettre des questions politiques au premier plan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi, ils vous emp&#234;chent de faire votre travail de secours maritime&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les poursuites judiciaires contre les sauveteurs en mer ont des cons&#233;quences fatales : tous les jours, des personnes meurent alors qu'elles auraient pu &#234;tre sauv&#233;es. D'autres sont ramen&#233;es en Libye. Refuge et protection leur sont refus&#233;s, alors qu'ils leur sont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment n&#233;cessaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Pierre Isnard-Dupuy (Collectif Presse-Papiers)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Matteo de Bellis, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/lincapacite-europeenne-face-a-la-maltraitance-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'incapacit&#233; europ&#233;enne face &#224; la maltraitance des r&#233;fugi&#233;s en Libye&lt;/a&gt; &#187;, Amnesty.fr (11/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est ainsi que Valdo d&#233;signe les membres des groupes arm&#233;s libyens, sur terre comme sur mer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L&#233;galement parlant, ce navire s'appelle le &lt;i&gt;Sea Watch 3&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/TwtoScnKmJo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;How Europe Outsources Migrant Suffering at Sea&lt;/a&gt; &#187; (27/12/2018), vid&#233;o disponible sur YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;AFP (29/06/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; A bord, tout le monde &#233;tait terroris&#233; &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-bord-tout-le-monde-etait</link>
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		<dc:date>2018-01-27T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Legars</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Libye</dc:subject>
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		<dc:subject>bateau</dc:subject>
		<dc:subject>Vintimille</dc:subject>
		<dc:subject>soudanais</dc:subject>
		<dc:subject>passeurs</dc:subject>
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		<dc:subject>grand bateau</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, CQFD a crois&#233; quelques sans-papiers faisant escale &#224; Marseille, et ces derniers ont pris le temps de nous raconter leur p&#233;riple. On les &#233;coute et, instantan&#233;ment, ils sortent de la case &#171; migrants &#187; : ce sont juste des gens vivants, marrants, et en qu&#234;te de jours meilleurs. Marseille, &#233;t&#233; 2015. Les &#238;les du Frioul sont envahies par des hordes de clandestins. Des Goudes &#224; l'Estaque, des navires surcharg&#233;s d&#233;versent quotidiennement leurs lots d'&#233;trangers hagards et &#233;puis&#233;s. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no135-septembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;135 (septembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Libye" rel="tag"&gt;Libye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vintimille" rel="tag"&gt;Vintimille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soudanais" rel="tag"&gt;soudanais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/passeurs" rel="tag"&gt;passeurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/arrive" rel="tag"&gt;arriv&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/grand-bateau" rel="tag"&gt;grand bateau&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a crois&#233; quelques sans-papiers faisant escale &#224; Marseille, et ces derniers ont pris le temps de nous raconter leur p&#233;riple. On les &#233;coute et, instantan&#233;ment, ils sortent de la case &#171; migrants &#187; : ce sont juste des gens vivants, marrants, et en qu&#234;te de jours meilleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marseille, &#233;t&#233; 2015. Les &#238;les du Frioul sont envahies par des hordes de clandestins. Des Goudes &#224; l'Estaque, des navires surcharg&#233;s d&#233;versent quotidiennement leurs lots d'&#233;trangers hagards et &#233;puis&#233;s. Les trains provenant d'Italie arrivent gare Saint-Charles remplis de Libyens, Syriens et autres Soudanais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha ? &#192; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, nous n'avons rien vu de tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est ce qu'affirme&#8200;&#8211; au conditionnel&#8200;&#8211; le quotidien r&#233;gional &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; dans son &#233;dition du 4&#8200;ao&#251;t. Le pisse-copie Jean-Jacques Fiorito y soutient qu'&#171; &lt;i&gt;une vague soudaine (compos&#233;e essentiellement de musulmans) aurait d&#233;ferl&#233; sur Marseille, ces derni&#232;res semaines.&lt;/i&gt; &#187; Tremblez, lecteurs ! Cet afflux massif est confirm&#233; par le Samu social, mais &#171; &lt;i&gt;sans donner de chiffres&lt;/i&gt; &#187;. Ce que fait la pr&#233;fecture, qui parle &#171; &lt;i&gt;d'une soixantaine de demandes d'asile&lt;/i&gt; &#187;. Une soixantaine&#8230; Un v&#233;ritable tsunami, on vous dit !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH323/-301-55a8e.jpg?1782639488' width='500' height='323' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la vraie vie, en cherchant bien, nous en avons d&#233;got&#233; une petite poign&#233;e bien planqu&#233;e dans une turne marseillaise. Venant de Vintimille, la plupart sont en attente d'un d&#233;part vers le nord de l'Europe. Deux d'entre eux, Soudanais, ont bien voulu narrer leur p&#233;riple autour d'un caf&#233; et de quelques clopes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibrahim&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; est un grand gaillard plut&#244;t jovial qui doit approcher la trentaine. Il s'exprime en arabe. &#171; &lt;i&gt;Une fois arriv&#233; en Libye, j'ai d&#233;cid&#233; de traverser la M&#233;diterran&#233;e. Les passeurs proposent plusieurs options : soit un passage &#224; 2 000 dollars, sur un grand bateau, soit 1 460 dollars&lt;/i&gt; [2 000 dinars libyens],&lt;i&gt; mais sur une petite embarcation. Mais il n'y a pas eu de grand bateau, c'&#233;tait une arnaque ! Quelques-uns ont protest&#233;, ils ne voulaient pas monter, ni repayer.&lt;/i&gt; &#187; Il s'arr&#234;te, s'essuie le coin des yeux. Suki, la traductrice de &lt;i&gt;CQFD,&lt;/i&gt; le laisse terminer. Ibrahim s'excuse, puis reprend : &#171; &lt;i&gt;Les passeurs en ont abattu plusieurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibrahim a quitt&#233; Khartoum en novembre 2011, apr&#232;s avoir fait un an de prison. Son tort ? &#171; &lt;i&gt;&#192; la facult&#233;, je militais pour la d&#233;fense des tribus du Darfour, pour le respect de leurs droits.&lt;/i&gt; &#187; Mauvaise pioche. Les autorit&#233;s auraient tent&#233; de le corrompre, puis sabot&#233; son parcours universitaire pour calmer ses ardeurs. Sans succ&#232;s. Ce fut donc la taule. Puis le d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; au Tchad d&#233;but 2012, il ne s'&#233;ternise pas et continue vers le nord. &#171; &lt;i&gt;&#192; la fronti&#232;re, j'ai d&#251; travailler contraint forc&#233;, ou quasiment, dans une mine d'or. Pour en sortir, il faut payer ! Et si tu ne peux pas, on enl&#232;ve ton tee-shirt, et on fait br&#251;ler un sac plastique sur ton dos.&lt;/i&gt; &#187; Sa famille aurait d&#233;bours&#233; 500 &#224; 600&#8200;euros pour lui permettre de s'extraire du gu&#234;pier. Mais une fois en Libye, la gal&#232;re se poursuit : &#171; &lt;i&gt;Je travaillais, mais je n'&#233;tais pas toujours pay&#233;. L&#224;-bas, tout le monde est arm&#233;, il y a beaucoup de drogue, c'est dangereux.&lt;/i&gt; &#187; Et, le 12 juillet dernier, il a donc fini par embarquer pour l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un bateau pouvant accueillir quatre-vingts personnes, ils &#233;taient, selon lui, pr&#232;s de cinq cent soixante passagers. &#171; &lt;i&gt;Les passeurs sont sur une petite embarcation et on les suit. &#192; la limite des eaux libyennes, ils demandent si quelqu'un sait piloter un navire, nous indiquent deux &#233;toiles &#224; suivre, puis ils s'en vont. &#192; bord, tout le monde &#233;tait terroris&#233;. Les gens avaient peur de l'eau, des poissons. En plus, c'&#233;tait ramadan ! Et de toute fa&#231;on, nous avions peu d'eau et de nourriture.&lt;/i&gt; &#187; Contrairement &#224; tant d'autres, ils eurent la chance d'arriver sains et saufs en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la fronti&#232;re fran&#231;aise, ferm&#233;e aux migrants sur ordre des autorit&#233;s, la danse des passeurs recommence : &#171; &lt;i&gt;Ils demandent 250 &#224; 300&#8200;euros. Ils promettent de t'amener &#224; Paris, mais le plus souvent ils te laissent &#224; Vintimille ou &#224; Nice, en t'affirmant que c'est la capitale !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; Marseille fin juillet, Ibrahim ne compte pas y faire de vieux os, m&#234;me si &#171; &lt;i&gt;il y a beaucoup d'humanit&#233; en Italie et en France. Je n'ai jamais vu &#231;a chez moi&lt;/i&gt; &#187;. Il &#233;voque l&#224; les soutiens, associatifs ou individuels, et non pas les forces de l'ordre qui lui bloquaient la fronti&#232;re &#224; Vintimille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bob, lui, a fait le choix de rester dans la cit&#233; phoc&#233;enne. Lui aussi est soudanais, et, apr&#232;s une errance de plusieurs ann&#233;es entre &#201;gypte et Libye, il a tent&#233; sa chance sur la M&#233;diterran&#233;e en juin dernier : &#171; &lt;i&gt; La premi&#232;re fois, la police tunisienne a fouill&#233; le bateau et nous a tout pris. La seconde, le navire prenait l'eau, nous avons abandonn&#233;. &lt;/i&gt; &#187; La troisi&#232;me fut la bonne, mais non sans mal : &#171; &lt;i&gt;On a failli chavirer &#224; cause d'un mouvement de panique, quand on a vu des ailerons autour du bateau. Puis, nous nous sommes perdus en mer. Mais nous avons &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;s par deux navires, et je suis arriv&#233; directement &#224; Marseille.&lt;/i&gt; &#187; Le lendemain de notre rencontre, Bob avait rendez-vous &#224; la pr&#233;fecture. S'il veut s'installer ici, c'est qu'il y a rencontr&#233; &#171; &lt;i&gt; des gens super g&#233;n&#233;reux&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l&#224; non plus, pas &#224; la pr&#233;f...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise au journaliste de &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, la seule &#171; vague &#187; entraper&#231;ue en discutant avec ces gal&#233;riens du voyage, c'est celle de l'&#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Legars, avec Suki Alaoui pour la traduction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les vagues comme des barbel&#233;s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-vagues-comme-des-barbeles</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Les-vagues-comme-des-barbeles</guid>
		<dc:date>2017-07-10T16:04:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Nenn&#232;s</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Suzanne Friedel / SOS M&#233;diterrann&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>qu'ils</dc:subject>
		<dc:subject>sauvetage</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>bateau</dc:subject>
		<dc:subject>heures</dc:subject>
		<dc:subject>libyen</dc:subject>
		<dc:subject>MSF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2016, l'Aquarius sillonne les eaux internationales au large de la Libye pour porter secours aux migrants qui tentent la travers&#233;e vers l'Europe. L'une des routes les plus meurtri&#232;res au monde : plus de deux mille personnes s'y sont d&#233;j&#224; noy&#233;es en 2017. Affr&#233;t&#233; par SOS-M&#233;diterran&#233;e, L'Aquarius est l'un des huit bateaux de secours pr&#233;sents sur la zone &#8211; le seul &#224; y patrouiller toute l'ann&#233;e. CQFD a pu embarquer &#224; son bord pendant une dizaine de jours. Al'Est, les premi&#232;res (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Suzanne-Friedel-SOS-Mediterrannee" rel="tag"&gt;Suzanne Friedel / SOS M&#233;diterrann&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2016, l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; sillonne les eaux internationales au large de la Libye pour porter
secours aux migrants qui tentent la travers&#233;e vers l'Europe. L'une des routes les plus meurtri&#232;res
au monde : plus de deux mille personnes s'y sont d&#233;j&#224; noy&#233;es en 2017. Affr&#233;t&#233; par SOS-M&#233;diterran&#233;e, L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; est l'un des huit bateaux de secours pr&#233;sents sur la zone &#8211; le seul &#224; y patrouiller toute
l'ann&#233;e. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a pu embarquer &#224; son bord pendant une dizaine de jours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Al'Est, les premi&#232;res lueurs se font plus pr&#233;cises. Il est 5h30. Depuis la passerelle, Basile scrute l'horizon aux jumelles depuis une bonne heure d&#233;j&#224;. En vain. L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; est de retour dans la SAR zone&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Search and Rescue Zone commence &#224; 12 miles des c&#244;tes libyennes, &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; apr&#232;s douze jours de cale s&#232;che. Tout le monde est tendu. Pour un peu, on se sentirait coupables d'avoir &#233;t&#233; absents. Quelque part devant, un point noir dans la nuit noire attend peut-&#234;tre d&#233;sesp&#233;r&#233;ment du secours. Un canot pneumatique gris, sans lumi&#232;re, invisible pour les radars &#224; moins de cinq miles, avec &#224; son bord des centaines de personnes, sans eau, et de plus en plus souvent sans moteur. La mer est mauvaise, le vent souffle du nord. &#171; &lt;i&gt;Il ne se passera rien aujourd'hui&lt;/i&gt;, estime Andreas, le second. &lt;i&gt;Les canots ne peuvent pas quitter la c&#244;te par ce temps, ils n'arrivent pas &#224; franchir les premi&#232;res vagues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1881 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-177-8a69a.jpg?1782653569' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Suzanne Friedel / SOS M&#233;diterrann&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas rester les bras crois&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;n&#233;vole de SOS-M&#233;diterran&#233;e, Basile poursuit tout de m&#234;me sa veille, bient&#244;t relay&#233; par James, puis Svenja. Et ainsi de suite, toutes les deux heures, jusqu'&#224; la nuit. &#171; &lt;i&gt;Ce qui &#233;tait encore vrai l'ann&#233;e derni&#232;re l'est de moins en moins&lt;/i&gt;, explique Alain, solide Martiniquais ayant d&#233;j&#224; une dizaine de rotations derri&#232;re lui. &lt;i&gt;Avant, les trafiquants attendaient que la mer soit belle pour lancer les bateaux. Et certains passagers &#233;taient &#233;quip&#233;s de gilets de sauvetage. Aujourd'hui, des pneumatiques achet&#233;s 130 &#8364; sur Alibaba&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concurrent chinois d'Amazon.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ont remplac&#233; les barques de p&#234;che. Et ils prennent la mer m&#234;me par mauvais temps. Ceux qui ne veulent pas monter sont flingu&#233;s dans les broussailles sur la plage. Les passeurs disent aux autres : &#8220;L'Italie, c'est tout droit, vous y serez dans trois heures !&#8221; Les moteurs pourris calent souvent au bout de quelques heures, faute de carburant. Ou alors, d'autres truands viennent voler le moteur et laissent les migrants &#224; la d&#233;rive.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la dizaine de b&#233;n&#233;voles de SOS-M&#233;diterran&#233;e, la journ&#233;e se passe en exercices de sauvetage : il faut roder les nouveaux&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les b&#233;n&#233;voles de SOS-M&#233;diterran&#233;e s'engagent pour trois rotations de trois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, leur faire acqu&#233;rir des automatismes. Ce ne sont pas des novices, la plupart ont d&#233;j&#224; une exp&#233;rience de marin, mais ce travail est particulier. Face &#224; des gens paniqu&#233;s et &#224; leurs propres &#233;motions, ils doivent savoir r&#233;agir, calmer, rassurer. &#171; &lt;i&gt;Je me souviendrai toujours de mon premier sauvetage&lt;/i&gt;, raconte St&#233;phane Broc'h. &lt;i&gt;J'ai pris une grosse claque.&lt;/i&gt; &#187; Ce Breton un brin taciturne coordonne les secours sur l'eau. Il est la premi&#232;re main que saisit le naufrag&#233;. Il y a plusieurs mois d&#233;j&#224; qu'il a quitt&#233; son boulot de m&#233;canicien de marine dans le Pacifique pour s'engager avec SOS. &#171; &lt;i&gt; Je ne pouvais pas rester les bras crois&#233;s, j'avais besoin d'agir, pour dormir en paix, pouvoir me regarder dans une glace. J'avais les comp&#233;tences, donc je suis venu.&lt;/i&gt; &#187; Plus tard dans l'apr&#232;s-midi, c'est l'&#233;quipe de M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF) qui assurera la formation aux premiers secours, expliquant comment prendre en charge &#224; bord les r&#233;fugi&#233;s et &#224; quels sympt&#244;mes porter attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui les hante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Midi, le lendemain. Depuis la passerelle, Alexander Moroz, le capitaine bi&#233;lorusse, pr&#233;vient : il vient de recevoir un appel du MRCC&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Maritime Rescue Coordination Center est l'organisme italien qui coordonne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Un canot est en perdition &#224; cinq heures de navigation &#224; l'est. L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; est le bateau de sauvetage le plus proche, il faut y aller. La tension monte &#8211; arriverons-nous &#224; temps ? Puis elle retombe un peu : un cargo turc est &#224; proximit&#233;, il va recueillir les naufrag&#233;s, qui seront ensuite transf&#233;r&#233;s sur notre navire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait nuit quand le transbordement commence. Pendant deux heures, le zodiac de sauvetage multiplie les allers-retours d'un bateau &#224; l'autre, transportant quinze personnes &#224; chaque fois. Hagards, les premiers rescap&#233;s posent un pied h&#233;sitant sur le pont, hiss&#233;s par les bras et les sourires de Charly et Christina : &#171; &lt;i&gt;Bienvenue, mon fr&#232;re, Welcome, Salam aleikoum.&lt;/i&gt; &#187; Une seule femme, enceinte, au milieu de 117 hommes. Maliens pour la plupart, mais aussi Ghan&#233;ens, Gambiens, S&#233;n&#233;galais : presque toute l'Afrique de l'Ouest est repr&#233;sent&#233;e. Tous sont pieds nus, certains m&#234;me torse nu. Leurs habits empestent le gasoil, la merde, la sueur et la peur. On les fait se d&#233;shabiller, se laver, se changer. Tous re&#231;oivent le m&#234;me kit : des habits propres, une couverture, de l'eau et des biscuits hypercaloriques. Le m&#233;decin rep&#232;re les bless&#233;s, organise les premiers soins. Certains s'effondrent de fatigue, d'autres tremblent sur leurs deux jambes. Peu &#224; peu, les visages se d&#233;tendent. Ce n'est qu'au bout de quelques heures qu'ils commencent &#224; raconter. La peur lors de la travers&#233;e, celle de se noyer sur cet esquif surcharg&#233;. Mais ce n'est pas elle qui tire les visages, creuse les orbites. Non, ce qui les hante, c'est la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vendu comme une ch&#232;vre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouba, un Gambien costaud d'une trentaine d'ann&#233;es, bonnet en laine viss&#233; sur la t&#234;te et sourire inoxydable, se lance : &#171; &lt;i&gt;Je suis venu en Libye pour travailler. Je pensais pouvoir y trouver un futur, mais c'&#233;tait une mauvaise id&#233;e. J'y suis rest&#233; un an. C'est court, un an, mais l&#224;-bas &#231;a m'a sembl&#233; tr&#232;s long : la vie &#233;tait tr&#232;s difficile.&lt;/i&gt; &#187; Le sourire s'efface. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; kidnapp&#233; d&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Sabha&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oasis situ&#233;e &#224; 600 kilom&#232;tres au sud de Tripoli, porte d'entr&#233;e pour ceux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Le passeur libyen rencontr&#233; &#224; Agad&#232;s m'avait vendu &#224; une bande de Beni Wali&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tribu libyenne.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ils m'ont enferm&#233; avec plusieurs centaines de personnes, hommes et femmes, jeunes et vieux. Je ne sais pas si c'&#233;tait une prison officielle, il y avait des prisonniers avec des papiers en r&#232;gle, permis de travail et tout. On ne m'a donn&#233; aucune explication.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit se fait difficile, Bouba a du mal &#224; d&#233;glutir : &#171; &lt;i&gt;Leur seule motivation, c'est l'argent. Ils te prennent tout ce que tu as, ils te mettent m&#234;me &#224; poil pour v&#233;rifier que tu ne caches rien. Ensuite, ils te demandent d'appeler ta famille pour qu'elle envoie de l'argent. Si tu n'en as pas, ils te frappent. Si tu en as, ils te frappent aussi, pour que les tiens entendent tes cris au t&#233;l&#233;phone. Moi, je suis seul, je n'ai personne, alors j'ai d&#251; travailler en esclave. Ils voulaient 3 500 dollars pour ma libert&#233; ! Et puis, un jour, ils m'ont laiss&#233; partir, sans que je sache pourquoi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omar, jeune S&#233;n&#233;galais de 19 ans, raconte une histoire semblable : &#171; &lt;i&gt;Je voulais aller en Europe, mais ils m'ont vendu. Comme une ch&#232;vre ! J'ai retrouv&#233; la libert&#233; contre de l'argent, mais j'ai &#233;t&#233; de nouveau captur&#233; quelques jours plus tard. Ils me frappaient tous les jours, ne me donnaient pas &#224; manger et m'ont oblig&#233; &#224; appeler ma famille. Et m&#234;me apr&#232;s le versement d'une ran&#231;on, ils ne m'ont pas lib&#233;r&#233;. Une nuit, j'ai g&#226;t&#233; la porte et j'ai fui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;tention effroyable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les histoires se suivent et se ressemblent, avec plus ou moins de violence, plus ou moins de chance. Beaucoup arborent de vilaines cicatrices, caus&#233;es par des menottes trop serr&#233;es aux poignets et aux chevilles. Certains souffrent de plaies infect&#233;es et de br&#251;lures, d'autres de maladies de peau contract&#233;es dans la promiscuit&#233; des centres de d&#233;tention. Pr&#232;s de la moiti&#233; d'entre eux n'avait aucune intention de passer en Europe au d&#233;part, mais ils n'ont eu d'autre choix que d'embarquer pour fuir le chaos libyen et sauver leur peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s MSF, il existe 42 centres de d&#233;tention officiels en Libye, o&#249; sont enferm&#233;s les immigr&#233;s clandestins. L'ONG n'a acc&#232;s qu'&#224; huit d'entre eux. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de registres d'entr&#233;e ni de sortie&lt;/i&gt;, raconte une charg&#233;e de mission de MSF en Libye&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des raisons de s&#233;curit&#233;, nous ne mentionnons pas son nom.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, en visite sur le bateau. &lt;i&gt;On ne peut pas effectuer de v&#233;ritable suivi. Un matin, tu te pointes, et il manque 300 personnes par rapport &#224; la veille... Impossible de savoir ce qu'elles sont devenues, si elles ont &#233;t&#233; tu&#233;es, lib&#233;r&#233;es, transf&#233;r&#233;es dans un autre centre ou mises dans des bateaux. Les prisonniers ne se plaignent pas, pour ne pas &#234;tre battus, mais les conditions de d&#233;tention sont effroyables.&lt;/i&gt; &#187; Elle explique aussi que personne ne sait combien de prisons clandestines viennent s'ajouter aux 42 officielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enroul&#233;s dans leurs couvertures, les r&#233;fugi&#233;s dorment en s&#233;curit&#233; pour la premi&#232;re fois depuis longtemps. Toute la nuit, des b&#233;n&#233;voles veillent, discutent avec ceux qui n'ont pas trouv&#233; le sommeil, posent une main bienveillante sur une &#233;paule, offrent un sourire. Demain matin, les r&#233;fugi&#233;s seront transf&#233;r&#233;s sur le bateau d'une autre ONG qui rentre en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ibrahim, 40 kilos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; a repris sa veille &#224; l'ouest de Tripoli, dans les eaux internationales. La majorit&#233; des d&#233;parts se fait depuis cette portion de c&#244;te, au large de Sabratha. Cette fois, la radio crachote un appel, mentionnant trois embarcations. Un autre navire est d&#233;j&#224; sur place, mais il a besoin de renforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, une embarcation manque &#224; l'appel. Les passagers des autres bateaux expliquent que son moteur est tomb&#233; en panne et qu'ils l'ont perdue de vue. Ont-ils fait demi-tour, se sont-ils noy&#233;s, d&#233;rivent-ils encore ? Comment savoir ? Il faut se concentrer sur ceux qui sont l&#224;, entass&#233;s dans un bateau en bois et un canot pneumatique &#224; moiti&#233; d&#233;gonfl&#233;. La ronde des canots de sauvetage reprend. Cette fois, il y a des femmes, des enfants, un b&#233;b&#233; d'un mois. Pakistanais, Bengalis, &#201;thiopiens, Soudanais, Marocains... Beaucoup de mineurs non accompagn&#233;s. En tout, 266 personnes. Et Ibrahim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il monte &#224; bord, le silence se fait. Il est grand, pas loin de deux m&#232;tres. Et d'une maigreur irr&#233;elle, &#224; peine 40 kilos. On dirait qu'il sort d'un camp de concentration. Il a de la fi&#232;vre, peut &#224; peine marcher, parle dans un souffle. Le m&#233;decin Craig Spencer l'emm&#232;ne dans la clinique. Il nous apprendra plus tard que le jeune homme est gambien, qu'il a seize ans, et souffre d'une septic&#233;mie. Il est en train de mourir de faim. D&#233;tenu pendant sept mois dans une prison clandestine de Sabratha, il est tomb&#233; malade apr&#232;s avoir d&#251; cohabiter une semaine avec le cadavre en d&#233;composition d'un compagnon d'infortune. &#192; deux reprises, il a pay&#233; pour monter dans un canot. Deux &#233;checs. La troisi&#232;me, c'est le trafiquant lui-m&#234;me, voyant qu'il allait mourir, qui l'a jet&#233; dans la barque que l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; vient de secourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'ai gagn&#233; une femme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bord, les femmes sont regroup&#233;es dans le Shelter&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abri r&#233;serv&#233; aux femmes.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Elles peuvent sortir sur le pont, mais aucun homme n'a le droit d'entrer dans leur refuge. C'est le royaume d'Alice, la sage-femme. Comme souvent, la majeure partie de ces femmes sont nig&#233;rianes, destin&#233;es aux r&#233;seaux de prostitution europ&#233;ens. Parfois, la &#171; &lt;i&gt;madame&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#232;re maquerelle.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; voyage avec elles. Certaines savent ce qui les attend, d'autres croyaient qu'elles seraient coiffeuses ou stylistes en Italie. Aucune n'a plus de vingt-cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui arrive aux femmes africaines en Libye, c'est Koubra, une Togolaise voyageant avec son mari, qui le raconte : &#171; &lt;i&gt;Il suffit qu'un Libyen te rep&#232;re dans la rue, qu'il t'attrape, te mette dans sa voiture, puis te ram&#232;ne chez lui et t'enferme. Il appelle alors ses copains et leur dit : &#8220;J'ai gagn&#233; une femme.&#8221; Que tu sois enceinte ou non, seule ou avec ton enfant dans le dos, ils s'en moquent. Ils viennent &#224; cinq ou six, te menacent avec un fusil, puis te violent un &#224; un. Quand ils ont fini, ils te demandent d'appeler ton mari pour qu'il paye la ran&#231;on. S'il manque quelques dinars ou que le mari n'est pas &#224; l'heure, ils te gardent encore. &lt;/i&gt; &#187; Elle d&#233;crit un enfer sur terre. &#171; &lt;i&gt;Tu ne peux te fier &#224; personne. Certains chauffeurs de taxi t'obligent &#224; les sucer, puis t'abandonnent dans la rue. Et les Libyennes ne se comportent pas mieux. J'ai travaill&#233; pour une m&#232;re de famille qui, apr&#232;s m'avoir pay&#233; ce qu'elle me devait, a envoy&#233; son fils me couper la route. Il m'a tout repris.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s ce qu'elle a v&#233;cu, comment demander &#224; Koubra de faire dans la nuance ? &#171; &lt;i&gt;Un bon Libyen, &#231;a n'existe pas. Un bon Libyen, c'est celui qui te laisse la vie sauve, qui se contente de te torturer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souffler, enfin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; a re&#231;u l'ordre de d&#233;poser ses naufrag&#233;s &#224; Pozzalo, en Sicile. Deux jours de navigation, avec seulement 267 r&#233;fugi&#233;s &#224; bord &#8211; aberrant en termes de co&#251;t, mais c'est le MRCC qui d&#233;cide. L'Italie veut garder la main sur la gestion de cette vague ininterrompue de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le pont arri&#232;re, Alice a mis de la musique. Une &lt;i&gt;battle&lt;/i&gt; de danse s'improvise entre un jeune Bengali et un Marocain, tout &#224; leur joie d'&#234;tre en s&#233;curit&#233;. Nombreux sont ceux qui rient, tapent dans leurs mains, esquissent quelques pas. Mais beaucoup d'autres ont le regard perdu et se taisent, le visage ferm&#233;. Dans quelques heures, ils seront en Europe. Comment vont-ils &#234;tre accueillis ? &#171; &lt;i&gt;On les pr&#233;vient que &#231;a ne va pas &#234;tre facile, mais on ne brise pas tous leurs espoirs. Les trois jours qu'ils passent sur le bateau doivent constituer un r&#233;pit : ils peuvent souffler, reprendre des forces. On ne peut pas leur dire cr&#251;ment ce qui les attend&lt;/i&gt; &#187;, explique Marcella Kraay, chef de mission pour MSF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un trafic trop rentable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous sur le bateau, b&#233;n&#233;voles de MSF et de SOS-M&#233;diterrann&#233;e, ont bien conscience qu'ils combattent les sympt&#244;mes, et non les causes. Que la solution est entre les mains des politiques, qui d&#233;tournent la t&#234;te. Combien de noy&#233;s faudra-t-il encore ? &#171; &lt;i&gt;Je ne comprends pas que les &#201;tats europ&#233;ens ne prennent pas la mesure de ce qui se passe en M&#233;diterran&#233;e et qu'ils s'obstinent &#224; financer un soi-disant &#201;tat libyen&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois gouvernements se disputent le pouvoir en Libye. S'y ajoutent un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;, s'&#233;nerve St&#233;phane.&lt;i&gt; Comme cet &#201;tat libyen n'existe pas, ils financent en r&#233;alit&#233; peut-&#234;tre les passeurs, peut-&#234;tre les milices qui organisent ce trafic humain. Pourquoi &#231;a s'arr&#234;terait ? C'est trop rentable. Les gens payent entre 500 et 2 500 &#8364; leur passage sur des bateaux de la mort&lt;/i&gt;. &#187; Le b&#233;n&#233;vole ne d&#233;col&#232;re pas : &#171; &lt;i&gt; Nous, ONG, sommes financ&#233; &#224; 99% par la soci&#233;t&#233; civile. Nous faisons le boulot des gouvernements et ils nous crachent &#224; la gueule en nous accusant d'&#234;tre de m&#232;che avec les passeurs. Les pays europ&#233;ens pr&#233;tendent se soucier des droits de l'homme, porter des valeurs humanistes, mais ils les pi&#233;tinent all&#232;grement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin les c&#244;tes siciliennes. Presque plus personne ne parle. Les formalit&#233;s de d&#233;barquement prendront plusieurs heures, sous un soleil de plomb. Accueillis sur le quai par des silhouettes en combinaisons blanches, masqu&#233;es, les r&#233;fugi&#233;s seront tri&#233;s, num&#233;rot&#233;s, pass&#233;s au d&#233;tecteur de m&#233;taux, puis convoy&#233;s en bus vers des centres de r&#233;tention. Sur le bateau, tout le monde leur serrera une derni&#232;re fois la main. Alice se cachera pour pleurer. Les jointures de James blanchiront sur le bastingage. Les dents d'Anton grinceront d'impuissance. Puis ils se remettront au travail, nettoieront le bateau, prendront une cuite et repartiront le lendemain matin. Avec en t&#234;te cette phrase d'Albert Einstein : &#171; &lt;i&gt;Le monde ne sera pas d&#233;truit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Search and Rescue Zone commence &#224; 12 miles des c&#244;tes libyennes, &#224; la limite des eaux internationales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Concurrent chinois d'Amazon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les b&#233;n&#233;voles de SOS-M&#233;diterran&#233;e s'engagent pour trois rotations de trois semaines chacune. Apr&#232;s quoi, ils doivent faire une pause. Certains rempilent, d'autres non.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Maritime Rescue Coordination Center est l'organisme italien qui coordonne les actions des navires de secours pr&#233;sents sur zone. Rien ne se fait sans son accord pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Oasis situ&#233;e &#224; 600 kilom&#232;tres au sud de Tripoli, porte d'entr&#233;e pour ceux qui arrivent par le d&#233;sert et plaque tournante du trafic humain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tribu libyenne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour des raisons de s&#233;curit&#233;, nous ne mentionnons pas son nom.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abri r&#233;serv&#233; aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;M&#232;re maquerelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Trois gouvernements se disputent le pouvoir en Libye. S'y ajoutent un certain nombre de milices plus ou moins ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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