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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Les policiers sont dress&#233;s &#224; diff&#233;rencier les proies dont ils peuvent ab&#238;mer les corps &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis son premier ouvrage, L'ennemi int&#233;rieur : la g&#233;n&#233;alogie coloniale et militaire de l'ordre s&#233;curitaire dans la France contemporaine , le sociologue Mathieu Rigouste d&#233;cortique les faces cach&#233;es du maintien de l'ordre et des marchands de peur . Dans cet entretien, il replace dans le temps long l'explosion des violences polici&#232;res qui touche les quartiers populaires au temps du Covid-19. La pand&#233;mie semble avoir encore accru les violences polici&#232;res... &#171; Pendant le confinement, il y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis son premier ouvrage, &lt;i&gt;L'ennemi int&#233;rieur : la g&#233;n&#233;alogie coloniale et militaire de l'ordre s&#233;curitaire dans la France contemporaine&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La D&#233;couverte, 2009.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le sociologue Mathieu Rigouste d&#233;cortique les faces cach&#233;es du maintien de l'ordre et des marchands de peur&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment La domination polici&#232;re : une violence industrielle (La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans cet entretien, il replace dans le temps long l'explosion des violences polici&#232;res qui touche les quartiers populaires au temps du Covid-19.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH426/-1551-40434.jpg?1782645475' width='400' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pand&#233;mie semble avoir encore accru les violences polici&#232;res... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant le confinement, il y a eu au moins douze morts li&#233;s &#224; l'activit&#233; de la police. C'&#233;tait &#224; peu pr&#232;s la moyenne annuelle jusqu'en 2015. Ensuite, ce chiffre a plus que doubl&#233;, &#233;voluant ces cinq derni&#232;res ann&#233;es entre vingt-cinq et trente-cinq morts annuels. Ces derni&#232;res semaines, il y a donc clairement eu une nouvelle intensification des violences polici&#232;res. Sachant que l'oppression polici&#232;re en &#233;tat d'urgence sanitaire continue de cibler principalement les prol&#233;taires non blancs. Chasses &#224; l'homme, tabassages, humiliations, usage du pistolet &#233;lectrique et des balles de caoutchouc, gazages et mises &#224; morts... toutes ces pratiques s'inscrivent dans des r&#233;pertoires institu&#233;s historiquement. L&#224; o&#249; il y a nouveaut&#233;, c'est qu'elles ont touch&#233; les femmes des quartiers populaires de mani&#232;re beaucoup plus directe dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette &#233;volution s'inscrit dans la continuit&#233; de la gestion polici&#232;re des quartiers populaires, l'&#233;tat d'urgence est un acte symbolique qui met en sc&#232;ne la suspension de la &#8220;normalit&#233;&#8221; et signifie l'ouverture d'une situation &#8220;d'exception&#8221;. C'est un signal qui dit aux policiers qu'ils doivent y aller plus &#8220;fort&#8221; et qui leur garantit qu'ils seront couverts pour &#231;a. C'est une extension instrumentale de l'arbitraire policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intensification des violences d'&#201;tat est aussi li&#233;e &#224; l'affaiblissement des capacit&#233;s d'opposition aux violences polici&#232;res caus&#233;es par le confinement. Dans la rue, l'observation des exactions et la pr&#233;sence physique susceptible de se confronter &#224; la police ont &#233;t&#233; profond&#233;ment r&#233;duites. Cela concerne aussi les collectifs et associations qui participent au quotidien &#224; contenir les violences d'&#201;tat en existant simplement au c&#339;ur de la vie sociale des quartiers populaires. Durant la premi&#232;re s&#233;quence de l'&#233;tat d'urgence, le pouvoir policier s'est retrouv&#233; quasiment sans opposition face &#224; lui. Les forces r&#233;sistantes se sont concentr&#233;es sur Internet, o&#249; elles ont continu&#233; &#224; &#339;uvrer pour montrer et d&#233;noncer ces violences. On a vu le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne dans les prisons, les centres de r&#233;tention ou les foyers de travailleurs migrants &#8211; partout o&#249; s'exerce habituellement la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re. Et dans chacun de ces lieux, de multiples pratiques d'entraide et de r&#233;sistance ont vu le jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment le maintien de l'ordre &#171; diff&#233;renci&#233; &#187; se construit-il ? Il y a des consignes claires ? Taper fort sur les banlieues et mollo sur le reste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les consignes &#233;voluent selon les &#233;poques, selon la composition et les strat&#233;gies des classes dirigeantes, mais elles interviennent pour r&#233;guler des fonctionnements institu&#233;s depuis des d&#233;cennies et qui structurent le pouvoir de la police en amont des mises en pratique r&#233;elles. Tous les commissariats sont organis&#233;s pour &#8220;faire du chiffre&#8221; en d&#233;ployant leurs unit&#233;s les plus rentables et les plus f&#233;roces sur ce qu'ils appellent les &#8220;zones criminog&#232;nes&#8221;. Cela engendre une concentration de violence sur les habitants des quartiers populaires. Tout le syst&#232;me &#233;conomique, politique et social s'appuie sur la s&#233;gr&#233;gation socio-raciale. Les policiers sont dress&#233;s au quotidien &#224; diff&#233;rencier les proies dont ils peuvent ab&#238;mer les corps et les &#8220;populations l&#233;gitimes&#8221; dont il convient de respecter les corps et les droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;rocit&#233; polici&#232;re ne d&#233;coule pas d'une perte de contr&#244;le de l'&#201;tat sur sa police, qui serait, comme on l'entend souvent, &#8220;l&#226;ch&#233;e en roue libre&#8221;. La gestion de la police dans le capitalisme s&#233;curitaire continue d'&#233;voluer par retours d'exp&#233;riences. Les mises en pratique r&#233;elles des r&#233;gimes de police sont toujours tr&#232;s &#233;loign&#233;es des fantasmes de contr&#244;le total qui les animent en amont. La police se trompe souvent, elle se plante parfois magistralement, elle n'arrive jamais &#224; soumettre durablement les opprim&#233;&#8226;es, mais sa violence est globalement g&#233;r&#233;e, administr&#233;e, institu&#233;e par les classes dominantes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un mail, je te parlais de &#171; colonialisme sanitaire &#187;, parce que j'ai en t&#234;te cette approche du maintien de l'ordre que tu d&#233;cryptais dans &lt;i&gt;L'Ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt;, avec la guerre d'Alg&#233;rie comme socle fondateur. C'est une lecture que tu appliques &#224; la s&#233;quence actuelle ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soci&#233;t&#233;s imp&#233;rialistes ont instrumentalis&#233; l'argument sanitaire tout au long de leur histoire. D'hier &#224; aujourd'hui, cela a permis de justifier la s&#233;gr&#233;gation des colonis&#233;s comme corps contagieux ou les exp&#233;rimentations de vaccins sur ces derniers. La m&#233;taphore m&#233;dico-chirurgicale fonde l'&#201;tat moderne, de Thomas Hobbes jusqu'aujourd'hui, et elle a structur&#233; en profondeur les doctrines de contre-insurrection. Elle impose l'id&#233;e de corps national, dont l'&#201;tat serait la t&#234;te, &#8220;la population&#8221; serait la chair, et tout ce qui le menace serait assimilable &#224; une maladie qu'il faudrait &#233;radiquer. Elle dissimule les rapports de domination et d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on sait comme la peur est force de suggestion. Lorsqu'on se croit menac&#233; d'un mal mortel, on accepte g&#233;n&#233;ralement les traitements les plus brutaux. L'application de cette &#8220;strat&#233;gie du choc&#8221; permet de pouvoir r&#233;guli&#232;rement justifier des restructurations autoritaires et s&#233;curitaires, en convoquant la survie du corps social. Tous les imaginaires s&#233;curitaires reposent plus ou moins sur cette id&#233;e-l&#224; : vacciner le corps national, le purger, le nettoyer de tout ce que les classes dominantes jugeront mena&#231;ant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Argenteuil, il y a eu plusieurs nuits de r&#233;volte apr&#232;s la mort d'un jeune homme dans des conditions suspectes. Ne serait-on pas au bord d'une nouvelle explosion de col&#232;re ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu des r&#233;voltes populaires dans plus d'une vingtaine de villes, pas seulement &#224; Argenteuil, et &#231;a a tenu dans certains endroits pendant plusieurs jours. &#199;a n'a rien d'exceptionnel, il y a toujours eu des formes de r&#233;sistance auto-organis&#233;es face aux violences polici&#232;res dans les quartiers, les prisons, les camps et les campements. Reprendre la rue pour s'opposer &#224; la police constitue avant tout une question de survie. C'est de l'autod&#233;fense, c'est parfois compl&#232;tement spontan&#233; et parfois tr&#232;s pr&#233;par&#233; ; c'est en tout cas profond&#233;ment politique et ce n'est que la partie &#233;merg&#233;e de r&#233;sistances collectives invisibles et quotidiennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt; (La Fabrique, 2012) et &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233; &lt;/i&gt;(Niet !, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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