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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Gwen Fauchois : &#171; Les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout &#187;</title>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien. C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous &#187;, Gwen (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Fauchois" rel="tag"&gt;Gwen Fauchois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L468xH400/-1554-bd2cb.jpg?1768651252' width='468' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://gwenfauchois.blogspot.com/2020/03/coronavirus-la-reduction-des-risques-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous&lt;/a&gt; &#187;, Gwen Fauchois s'aga&#231;ait sur son blog de voir passer des comparaisons &#171; &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; &#187; entre le coronavirus et le VIH : &#171; &lt;i&gt;Deux virus et deux &#233;pid&#233;mies qui m&#233;dicalement ne sont pas comparables&lt;/i&gt; &#187;, ass&#233;nait-elle. &#171; &lt;i&gt;Pourtant,&lt;/i&gt; ajoutait l'ancienne vice-pr&#233;sidente de l'association Act Up-Paris,&lt;i&gt; s'il y a une communaut&#233; qui devrait partager son exp&#233;rience, c'est bien la communaut&#233; sida.&lt;/i&gt; &#187; Et la militante f&#233;ministe et lesbienne, habitante du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de la capitale, de rappeler l'auto-organisation qui s'&#233;tait alors &#233;labor&#233;e entre les personnes s&#233;ropositives et leurs proches : &#171; &lt;i&gt;Nous avons su et d&#251; ne pas attendre l'&#201;tat pour organiser des r&#233;ponses &#224; notre &#233;chelle. Nous savions la n&#233;cessit&#233; de prendre soin de soi pour ne pas transmettre &#224; d'autres y compris des pathologies b&#233;nignes pour nous mais potentiellement graves pour nos amis immuno-d&#233;&#8202;prim&#233;s. Nous savions respecter les mesures de pr&#233;cautions &#233;l&#233;mentaires, ne plus nous embrasser s'il le fallait et quand il le fallait et c&#233;l&#233;brer la vie n&#233;anmoins. Nous savions faire leurs courses, leurs d&#238;ners, leurs lessives si besoin. Nous pouvons nous inspirer de ces exp&#233;riences. Des savoirs et solidarit&#233;s populaires. Des savoirs de ceux qui savent d'abord devoir compter sur eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mai, quelques jours avant la fin du confinement g&#233;n&#233;ralis&#233;, nous avons demand&#233; &#224; Gwen Fauchois quel &#233;tait son regard sur ces deux mois de choix politiques ubuesques. Bilan s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton billet du 12 mars, alors que s'esquissait une gestion autoritaire de la crise sanitaire, tu nous avertissais qu'une pand&#233;mie ne se g&#232;re pas contre les gens mais avec eux, et que les communaut&#233;s ont des ressources pr&#233;cieuses, comme tu l'as exp&#233;riment&#233; en militant &#224; Act Up. On est deux mois plus tard et on cause de tout &#231;a juste avant un d&#233;confinement qui va beaucoup faire appel au civisme et &#224; la responsabilit&#233; individuelle... alors m&#234;me que les &#233;lites politiques se sont comport&#233;es de mani&#232;re inique. Quels sont les points communs entre ces deux pand&#233;mies, le VIH et le Covid-19 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les points communs, on peut retenir certaines formes de gestion ou de non-gestion par les pouvoirs publics. Dans mon billet pr&#233;-confinement, j'attirais l'attention sur le fait qu'&#224; partir de nos exp&#233;riences pass&#233;es on pouvait se douter que l'&#201;tat allait g&#233;rer la pand&#233;mie avec des temps de retard sur le rythme de sa progression et que ses priorit&#233;s ne seraient sans doute pas celles de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ces deux points se sont av&#233;r&#233;s exacts. D'une part, le gouvernement a syst&#233;matiquement pris ses d&#233;cisions en se calant sur ce qu'il observait en temps r&#233;el. Ce d&#233;faut d'anticipation a conduit &#224; ce que ses mesures perdent de l'efficacit&#233; qu'elles auraient pu avoir &#224; un stade ant&#233;rieur, provoquant une surench&#232;re de brutalit&#233; car intervenant chaque fois dans un contexte d&#233;pass&#233; et plus mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la priorit&#233; qui a dict&#233; ces choix n'&#233;tait pas le soutien et la protection des personnes, mais d'abord l'id&#233;e de prot&#233;ger &#224; tout prix l'appareil de production des cons&#233;quences d'une h&#233;catombe potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre-l&#224;, le soin aux personnes &#233;tait plus connexe que premier. Il s'est moins agi d'organiser prise en charge et pr&#233;vention, fin des contaminations ou &#233;radication de l'&#233;pid&#233;mie que d'ajuster les effets de celle-ci au socialement acceptable. C'est-&#224;-dire, en gros : quelles morts allaient &#234;tre socialement et &#233;conomiquement admises sans provoquer d'explosion sociale, quelle part de la population on pouvait confiner ou contraindre &#224; prendre des risques et &#224; aller au travail et quelle proportion de malades l'appareil sanitaire serait capable d'absorber, notamment les services de r&#233;animation aux capacit&#233;s r&#233;duites par des ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; du &#171; tou&#183;tes ensemble &#187; et de &#171; la loi qui est la m&#234;me pour tou&#183;tes &#187;, ce qui a saut&#233; aux yeux, c'&#233;tait l'in&#233;galit&#233; devant les conditions de confinement (conditions de logement et de travail, acc&#232;s &#224; un revenu). La maladie elle-m&#234;me touche les corps diff&#233;remment selon la classe et le statut social. En quoi l'action de l'&#201;tat a-t-elle aggrav&#233; ces in&#233;galit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pouvoirs publics ont fait comme si on pouvait traiter de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e la population, en faisant abstraction des conditions mat&#233;rielles et sp&#233;cifiques dans lesquelles les gens vivent. Ils ont pr&#233;tendu que le virus frappait de fa&#231;on universelle et que les barri&#232;res pouvaient &#234;tre con&#231;ues en ne consid&#233;rant que les seuls aspects m&#233;dicaux, en n&#233;gligeant les volets humains et sociaux de la propagation. Alors qu'en r&#233;alit&#233; une &#233;pid&#233;mie se d&#233;place, cro&#238;t ou se combat en fonction du r&#233;el, des conditions d'existence comme des pratiques de la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a syst&#233;matiquement parl&#233; &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; confinement, comme s'il n'y en avait qu'un, alors que ce n'est pas du tout la m&#234;me chose &#8211; je vais caricaturer un peu &#8211; d'&#234;tre confin&#233;&#183;e &#224; plusieurs dans un petit appartement ou au bord de sa piscine dans son jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce confinement a &#233;t&#233; construit en se basant sur un &#233;talon pos&#233; comme universel mais qui en r&#233;alit&#233; ne ressemble qu'&#224; un segment tr&#232;s partiel de la population. Ce standard ressemble d'assez pr&#232;s &#224; ceux qui nous gouvernent : c'est plut&#244;t un homme blanc, ais&#233;, h&#233;t&#233;ro, cis, ayant un logement. Peu importe qu'il ne corresponde que fort peu &#224; une tr&#232;s large partie de la population, il est &#233;rig&#233; en prototype repr&#233;sentatif. Et c'est &#224; partir de ses mode de vie et besoins qu'est impos&#233; le mod&#232;le de r&#233;ponse &#224; l'&#233;pid&#233;mie sans que soient prises en compte la diversit&#233; des r&#233;alit&#233;s et les difficult&#233;s sp&#233;cifiques des un&#183;es et des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; des conditions de vie tr&#232;s in&#233;gales, le m&#234;me comportement &#233;tait demand&#233; &#224; chacun.e, avec une suspicion envers les quartiers populaires. Le 7 mai on comptait au moins huit morts sous les coups de la police en &#224; peine huit semaines. C'est un ennemi de l'int&#233;rieur qu'on a construit, la figure du jeune mec racis&#233; de cit&#233; qui ne respecte pas le confinement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois le confinement b&#226;ti sur un mod&#232;le cens&#233; pouvoir s'appliquer uniform&#233;ment, les conduites ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es en rapport avec l'&#233;cart &#224; ce mod&#232;le. Mais les repr&#233;sentations des diff&#233;rents segments de la population ne sont pas plus abstraites que les conditions de vie. Elles sont culturellement et id&#233;ologiquement construites en fonction de la place de chacun&#183;e sur l'&#233;chiquier social, et notamment &#233;conomique. Mais aussi &#224; travers des prismes genr&#233;s et racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des classes de population sont pr&#233;sent&#233;es &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;comme plus ou moins responsables, en capacit&#233; de respecter le confinement ou au contraire pr&#233;sum&#233;es irresponsables et dangereuses. Ce qui permet dans un second temps de justifier un contr&#244;le qui, contrairement au confinement, est lui diff&#233;renci&#233; : extr&#234;mement autoritaire envers certaines classes et tol&#233;rant vis-&#224;-vis d'autres composantes de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple, quand il s'est agi de mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;[m&#233;diatiquement]&lt;/i&gt; des gens dans l'espace ext&#233;rieur : s'ils &#233;taient plut&#244;t blancs, ais&#233;s, dans des quartiers bourgeois et qu'ils ne respectaient pas strictement les r&#232;gles du confinement, on expliquait assez facilement que c'&#233;tait parce qu'ils avaient besoin de respirer, que ce comportement &#233;tait de leur part exceptionnel et m&#234;me bien normal, compr&#233;hensible. Quand il s'agissait de populations de quartiers populaires, en particulier des jeunes mecs racis&#233;s, &#224; ce moment-l&#224; on &#233;tait quasi imm&#233;diatement dans le registre de l'irresponsabilit&#233;, il n'&#233;tait plus question de ce besoin de respirer momentan&#233;ment, d'exception (et ce alors m&#234;me que leurs conditions de confinement &#233;taient bien plus rudes). Ils &#233;taient pr&#233;sent&#233;s presque par nature comme suspects de n'avoir jamais respect&#233; le confinement. Une pr&#233;somption de culpabilit&#233; leur &#233;tait appliqu&#233;e, justifiant par avance des formes de violences &#224; leur &#233;gard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but de la crise sanitaire, pour pallier la p&#233;nurie de masques ou de tests, le gouvernement a choisi de communiquer sur l'inutilit&#233; de porter un masque ou de tester les personnes ne pr&#233;sentant pas de sympt&#244;mes. De quelles ressources collectives nous privent les mensonges des dirigeants et leur fa&#231;on d'infantiliser le public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La p&#233;nurie de masques et de tests a &#233;t&#233; terrible &#224; tous points de vue. D'abord elle a sans doute &#8211; conjugu&#233;e au retard et au d&#233;faut d'anticipation des pouvoirs publics (anticipation qui aurait certainement &#233;t&#233; possible, en observant ce qui se passait dans les pays voisins) &#8211; contribu&#233; au d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; partir du moment o&#249; on n'avait pas de masques, pas de tests, et o&#249; on ne d&#233;cidait pas de s'en procurer en urgence, il fallait pour les autorit&#233;s publiques (en contradiction avec les savoirs et imp&#233;ratifs sanitaires) d&#233;cr&#233;ter qu'ils &#233;taient inutiles, m&#234;me s'il s'agissait d'un mensonge. D&#232;s lors qu'on ne les utilisait pas, la seule solution &#233;tait un confinement autoritaire et massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saura jamais si on aurait pu, comme d'autres pays, s'en passer. Peut-&#234;tre n'&#233;tait-il pas la seule solution ; peut-&#234;tre aurait-il pu, accompagn&#233; de distribution de masques et de tests massifs des cas symptomatiques et de leurs contacts, &#234;tre d&#233;clin&#233; sur des modes plus souples ou moins longs. Mais les p&#233;nuries et les choix politiques tardifs ne nous ont laiss&#233; que des solutions drastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a en outre pr&#233;f&#233;r&#233; essayer de se couvrir en dissimulant ces p&#233;nuries plut&#244;t que de les reconna&#238;tre. Ce qui a sabot&#233; un peu plus la cr&#233;dibilit&#233; de la parole publique. Mais surtout a encore retard&#233; le freinage de l'&#233;pid&#233;mie, mat&#233;riellement mais &#233;galement en termes comportementaux puisque chacun devait trier des injonctions et informations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie, c'est comme un serpent qui se mord la queue. Comme les d&#233;cisions ne sont pas prises &#224; temps, elles ne produisent pas d'effet optimum. Il faut donc y ajouter d'autres mesures plus brutales, impos&#233;es par ces choix et ce retard. Comme il est difficile pour le politique d'avouer que cette brutalit&#233; est de sa responsabilit&#233;, il a tendance &#224; verser dans un autoritarisme accru pour l'imposer et masquer son incurie et sa part de responsabilit&#233;. C'est un cercle vicieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce peuple a priori mal comprenant et mal ex&#233;cutant, il s'est pourtant organis&#233; pour faire vivre les solidarit&#233;s et faire reculer la maladie sans sacrifier l'une &#224; l'autre...
&lt;/strong&gt; &#171; Face &#224; un confinement d'urgence, con&#231;u dans la verticalit&#233; &#8211; avec les d&#233;cideurs en haut et les ex&#233;cutants en bas &#8211;, faisant tr&#232;s largement abstraction des conditions de vie et &#224; l'universalit&#233; de fa&#231;ade, la population a bien compris qu'elle &#233;tait livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me et devait compter sur ses propres savoir-faire pour que le confinement fonctionne. Elle a refus&#233; la passivit&#233; dans laquelle les pouvoirs publics pr&#233;tendaient l'enfermer ; au contraire, elle a multipli&#233; les initiatives pour essayer de compenser les moyens que les politiques ne mettaient pas &#224; sa disposition.
Elle s'est organis&#233;e &#224; l'&#233;chelle micro-locale et constitu&#233;e en r&#233;seaux de solidarit&#233; d'aide directe mat&#233;rielle (masques, m&#233;dicaments, nourriture) mais aussi d'auto-information. Elle a mis en place collectes, cagnottes redistributives, repas pour les laiss&#233;&#183;es-pour-compte. Sans cette auto-organisation, le confinement n'aurait pas pu tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons l'exemple des masques. La population, qui est loin d'&#234;tre irresponsable, a compris que m&#234;me si ce n'&#233;tait pas l'id&#233;al, le masque allait non pas prot&#233;ger mais au moins limiter les risques. Chacun&#183;e s'est mis&#183;e selon son savoir-faire &#224; fabriquer des masques, &#224; en coudre, &#224; en distribuer et &#224; adopter de fa&#231;on micro-locale une strat&#233;gie de r&#233;duction des risques alors que le gouvernement en &#233;tait incapable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement a donn&#233; lieu &#224; des mesures liberticides graves (gardes &#224; vue sans avocat, prolongation sans audience des d&#233;tentions provisoires&#8230;) et &#224; des injustices aux cons&#233;quences moindres (comme les verbalisations arbitraires suivant les normes morales de policiers majoritairement hommes blancs de classe moyenne). Si on ignorait qu'on &#233;tait des administr&#233;. es, on l'a bien compris sur ce coup-ci ! Les moyens publics semblent avoir &#233;t&#233; mis sur la r&#233;pression plus que sur la pr&#233;vention et le soin. &#192; venir, le flicage des personnes contamin&#233;es. Tu peux nous expliquer le danger d'une telle politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire des luttes contre les &#233;pid&#233;mies nous apprend que les mesures autoritaires sont contre-productives. Le gouvernement voudrait faire croire qu'autoritarisme et absence de consentement sont n&#233;cessit&#233; de sant&#233; publique alors que c'est exactement le contraire. Et m&#234;me dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si se faire tester suscite la crainte de subir une forme d'incarc&#233;ration, de stigmatisation ou de discrimination, cela provoquera immanquablement une m&#233;fiance vis-&#224;-vis des m&#233;decins et du m&#233;dico-social, du d&#233;ni, des conduites d'&#233;vitement, de refus et d'&#233;chappement. Ce qui favorise m&#233;caniquement la persistance de cha&#238;nes de contaminations invisibles, plus difficiles &#224; briser, soit l'exact inverse d'une politique de sant&#233; responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle r&#233;clame plut&#244;t des individus inform&#233;s et adh&#233;rant aux mesures propos&#233;es et &#224; leur mise en &#339;uvre, parce qu'ils per&#231;oivent &#224; la fois individuellement et collectivement les b&#233;n&#233;fices attendus de la connaissance de leur &#233;tat de sant&#233; et d'une prise en charge respectueuse offrant des moyens de prendre soin de soi et des siens. Des individus qui deviennent, &#224; leur tour, des acteurs de pr&#233;vention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de sant&#233; comme de libert&#233;s publiques, se passer du consentement est la pire des options. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement avait bien mis la pression aux gens mais le d&#233;confinement va continuer. Et parall&#232;lement &#224; &#231;a, on voit les dirigeants organiser leur auto-amnistie (pas encore vot&#233;e &#224; l'heure de cet entretien &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;). Il y a un deux poids, deux mesures en mati&#232;re de responsabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique du gouvernement, c'est : il d&#233;cide de tout mais n'est responsable de rien et inversement les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout. Le d&#233;confinement ne changera rien &#224; ce positionnement id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la pression s'exerce pour un retour g&#233;n&#233;ral au travail sans que l'organisation de protection des conditions de travail soit premi&#232;re. Depuis le d&#233;but, la pression n'est pas d'abord mise sur les entreprises mais sur les travailleurs. On s'est servi d'un m&#233;lange de m&#233;pris social et d'h&#233;ro&#239;sation de celles et ceux qui devaient continuer &#224; travailler dans ces conditions pour rendre acceptable le sacrifice de leur protection et leur sant&#233;. Mais le consensus qui s'&#233;tait d&#233;gag&#233; sur cette base pour rendre acceptable le sacrifice de certaines cat&#233;gories sociales aurait &#233;t&#233; plus difficile &#224; universaliser. D'autant plus difficile que la population n'avait pas fait sien le discours national-martial, le &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt;&#8221; qui aurait pu permettre aux pouvoirs publics de justifier cette extension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or d&#233;confiner, c'est peu &#224; peu g&#233;n&#233;raliser ce retour au travail, m&#234;me si les hi&#233;rarchies sociales offrent des d&#233;lais et une meilleure protection &#224; ceux qui peuvent se passer de reprendre physiquement leur activit&#233; professionnelle. Ce qui signifie une visibilit&#233; accrue de cette protection m&#233;diocre des travailleurs et notamment du fait que la distanciation physique est peu mise en &#339;uvre par les entreprises et autres structures, priv&#233;es comme publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si c'est d'ailleurs &#224; ce moment-l&#224; que le masque redevient, dans le discours &#233;tatique, utile. Voire m&#234;me obligatoire. Encore une fois, on renvoie &#224; la responsabilit&#233; individuelle ce qui devrait relever de d&#233;cisions politiques. Et c'est au public et aux employ&#233;&#183;es qu'il est demand&#233; de compenser les d&#233;ficits d'organisation et de protection tant des pouvoirs publics que des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le constate concr&#232;tement, la d&#233;cision de d&#233;confiner a pr&#233;c&#233;d&#233; sa pr&#233;paration et non l'inverse. Ce n'est pas la performance de cette pr&#233;paration qui en a d&#233;cid&#233; mais la relance de l'&#233;conomie qui a prim&#233;. Y compris sur le plan &#233;pid&#233;mique. Le gouvernement avait pr&#233;tendu que le d&#233;confinement d&#233;pendrait du niveau de circulation du virus et d'occupation des lits de r&#233;animation. Or, s'il avait respect&#233; ses propres crit&#232;res, il ne pouvait d&#233;cr&#233;ter le d&#233;confinement en &#206;le-de-France (o&#249; le taux de passage aux urgences pour suspicion de Covid-19 et les hospitalisations &#8211; plus de deux fois sup&#233;rieures &#224; la pr&#233;valence nationale &#8211; restaient &#233;lev&#233;s) sans &#224; tout le moins une meilleure organisation pr&#233;alable, tant au niveau des transports que dans les entreprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et l'Assembl&#233;e, cette volont&#233; de cr&#233;er une sorte d'amnistie pr&#233;ventive pour les &#233;lus locaux et/ou les ministres a finalement &#233;t&#233; bien att&#233;nu&#233;e : la loi du 11 mai 2020 prolongeant l'&#233;tat d'urgence sanitaire renvoie essentiellement au cadre juridique existant, &#224; savoir la loi du 10 juillet 2000 sur la responsabilit&#233; des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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