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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le variant asiatique du fado portugais</title>
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		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


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&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s. I. Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L404xH400/400px_portugal-92cee.jpg?1782652073' width='404' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur d&#232;s le mois de mai, l'horizon &#224; perte de vue qui se confond avec un ciel sans nuages, le fin fond du pays profond au sud du Tage, vide de gens, d'arbres, comme une steppe &#8211; &#171; &lt;i&gt;notre Sahara&lt;/i&gt; &#187;, dit une amie &#8211; jalonn&#233;e de petits bourgs, perch&#233;s sur des collines. Le village s'appelle &lt;i&gt;Entradas&lt;/i&gt;, &#171; Les Entr&#233;es &#187;. Entr&#233;e vers quoi ? Vers o&#249; ? Tout semble vide, sans vie, ou avec une vie qui s'est arr&#234;t&#233;e dans un pass&#233; lointain. Un pr&#233;sent immobile o&#249; seul un retour au pass&#233; semble plausible. Des maisons basses align&#233;es bordent la rue principale ; au fond, l'&#233;glise. Dans le jardin public, entre quelques arbres qui d&#233;tonnent dans la s&#233;cheresse, deux ou trois m&#226;ts avec des drapeaux frapp&#233;s de la faucille et du marteau signalent la pr&#233;sence municipale toujours incontournable du Parti communiste portugais dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le rouge br&#251;l&#233; par le soleil a vir&#233; au rose, signe de la mutation id&#233;ologique en cours de la vie politique locale&#8230; Derri&#232;re les vitres des fen&#234;tres ferm&#233;es, des visages rid&#233;s &#233;pient les &#233;trangers de passage. Les rues sont vides, les deux caf&#233;s ferm&#233;s, Covid-19 oblige ; on croise un travailleur de la voirie occup&#233; &#224; balayer les trottoirs du jardin. Le &#171; bonjour &#187; est rapide et sans empathie. Au voisinage de l'&#233;glise, un panneau indique le mus&#233;e local o&#249; sont rassembl&#233;s, pr&#233;sent&#233;s aux rares visiteurs de passage, les derniers vestiges de l'agriculture traditionnelle ou ce qu'on a catalogu&#233; comme tel. Ledit mus&#233;e est ferm&#233; ! Il fait d&#233;j&#224; 33&#176;C au soleil de midi en cette journ&#233;e aux temp&#233;ratures extr&#234;mes, mais nous sommes pris par un sentiment gla&#231;ant, celui d'une soci&#233;t&#233; paralys&#233;e par son d&#233;clin. &#192; l'exception de quelques &#238;lots comme la ville de Castro Verde, toute proche qui vit de l'activit&#233; mini&#232;re, toute la r&#233;gion de l'Alentejo profond, nagu&#232;re un grenier &#224; bl&#233; des latifundiaires et le territoire de quelques-unes des pages les plus radicales de l'histoire sociale du Portugal avec les luttes des salari&#233;s agricoles, vit aujourd'hui la transition vers le monde de la catastrophe annonc&#233;e, celui de la grande agro-industrie. Dans un des pays les plus vieillissants du Vieux Continent et o&#249; la natalit&#233; est la plus faible, la r&#233;gion du bas Alentejo est class&#233;e parmi les plus pauvres de l'Europe communautaire ; et la sociologie de sa population est en train d'&#234;tre boulevers&#233;e par des mouvements contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, une nouvelle soci&#233;t&#233; s'y installe. C'est le nouveau prol&#233;tariat associ&#233; &#224; la nouvelle agriculture industrielle, aux cultures en serres de fruits rouges pouss&#233;es chimiquement hors sol pour &#234;tre vendues tout au long de l'ann&#233;e dans les rayons des supermarch&#233;s europ&#233;ens ; celle des &#233;tendues d'oliviers et d'amandiers trait&#233;s, plant&#233;s et exploit&#233;s par les multinationales &#224; capitaux financiers sans loi ni patrie. Une population asiatique, des Bengalis, des N&#233;palais, des Vietnamiens, des Tha&#239;landais, des Pakistanais, amen&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la plan&#232;te par des marchands de chair fra&#238;che, des r&#233;seaux puissants et intouchables. Dans certains villages, ils repr&#233;sentent d&#233;sormais jusqu'&#224; 60 % de la population. Comme si, par un renversement ironique de l'histoire, le projet lusitanien du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de la d&#233;couverte du chemin maritime vers l'Asie s'&#233;tait finalement concr&#233;tis&#233; par ce peuplement asiatique dans la p&#233;ninsule, effet de la globalisation moderne du march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange est d&#233;j&#224; assez &#233;tonnant, mais la globalisation est &#224; l'&#339;uvre et ne s'arr&#234;te pas. On s'attarde devant la vitrine d'une des agences immobili&#232;res locales &#8211; eh oui, cela existe ici aussi &#8211; et l'on est surpris par le prix des ruines &#224; vendre. Explication : une immigration d'un autre type s'installe aussi dans la r&#233;gion ; des alternatifs de toutes sortes et toutes origines, allant des &#171; auto-entrepreneurs de start-ups &#187; europ&#233;ens aux jeunes couples ais&#233;s &#224; la recherche d'une vie tranquille et d'air pur. Bizarrerie pour bizarrerie, aux Anglais, Hollandais et Allemands du d&#233;but viennent s'ajouter depuis quelques ann&#233;es de nombreuses jeunes familles isra&#233;liennes qui, sans doute, cherchent un apaisement &#224; la folie de l'endroit du monde o&#249; elles sont n&#233;es et o&#249; elles ne veulent plus vivre. On les comprend ! Dans cette petite bande de terre du sud-ouest de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, se croisent aujourd'hui diff&#233;rentes mis&#232;res du monde capitaliste globalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; &#224; mettre sur le compte du Covid-19 : la d&#233;couverte de la condition terrible dans laquelle travaillent et vivent des dizaines de milliers d'immigr&#233;s asiatiques dans la soci&#233;t&#233; portugaise. Le nombre important des contaminations parmi ces travailleurs exploit&#233;s, d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs documents et de leurs droits, a fini par menacer les r&#233;gions o&#249; ils vivent. Une contradiction de plus au sein de la classe capitaliste : le choc entre les int&#233;r&#234;ts de l'agro-industrie et ceux du tourisme. M&#234;me si la contamination des immigr&#233;s asiatiques est rest&#233;e localis&#233;e, elle est venue s'ajouter &#224; la contamination g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans les r&#233;gions touristiques du sud o&#249; l'agro-industrie s'&#233;tend &#8211; le d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie ayant forc&#233; le gouvernement &#224; prendre des mesures de confinement qui ont touch&#233; durement l'industrie touristique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'est pas une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation, car la situation de cette immigration surexploit&#233;e &#233;tait connue depuis le d&#233;but par tous ceux qui voulaient la conna&#238;tre. L'excellent journal de contre-information &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; en parlait depuis au moins six ans&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire en particulier l'article &#171; Os olhares de Catarina &#187;, Mapa n&#176; 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Mais le d&#233;ni et le silence servaient des int&#233;r&#234;ts capitalistes importants et le gouvernement socialiste portugais venait d'ailleurs, en 2018, d'autoriser l'&#233;largissement de la zone d'implantation des serres sur la c&#244;te ouest de l'Alentejo, avec une augmentation cons&#233;quente de la main-d'&#339;uvre immigr&#233;e. L'&#233;pid&#233;mie a d&#233;clench&#233; un cort&#232;ge de j&#233;r&#233;miades et de larmes de crocodile, des cris d'indignation hypocrite. Les m&#233;dias se sont pench&#233;s sur le sujet pendant des semaines, on a convoqu&#233; des &#171; sp&#233;cialistes &#187; de toute sorte : &#233;conomistes, sociologues, ethnologues, etc. &#192; telle enseigne que le citoyen lambda finit par &#234;tre d&#233;gout&#233; de cet exercice de masochisme des &#233;lites &#8211; exercice charg&#233; d'hypocrisie, car, au-del&#224; des constatations r&#233;p&#233;t&#233;es, des t&#233;moignages, des descriptions glauques, il faut bien constater qu'il y a un terrain qui n'est jamais abord&#233; : celui des responsabilit&#233;s en amont. Avant, &#171; personne n'&#233;tait au courant &#187;, nous dit-on ; aujourd'hui, &#171; personne n'est cens&#233; l'ignorer &#187;, mais, dans le concret, rien ne change. Encore un principe de fonctionnement d&#233;mocratique. On apprend tout de m&#234;me que c'est toute l'agro-industrie, du porto aux fruits rouges des multinationales Driscoll's et cie, qui a recours &#224; cette main d'&#339;uvre exploit&#233;e dans des conditions quasi esclavagistes, du nord au sud du pays. Le cas portugais ne diff&#232;re en rien de la tendance &#224; l'&#339;uvre partout en Europe. Particulier ici est le fait que cette restructuration du march&#233; du travail s'applique dans un des pays les plus pauvres d'Europe, avec les salaires parmi les plus bas. Un pays qui continue &#224; exporter de la main d'&#339;uvre partout ailleurs, du personnel de sant&#233; et des services en Grande-Bretagne, des travailleurs du b&#226;timent et de l'agriculture (tiens, tiens !) en Suisse et en France, des p&#234;cheurs en Allemagne du nord et en Norv&#232;ge. Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;cent rapport de la Commission europ&#233;enne, qui n'est pas &#224; proprement parler une institution au-dessus de tout soup&#231;on, consid&#232;re le Portugal comme l'un des pays les plus gangr&#233;n&#233;s par la corruption en Europe. D'apr&#232;s l'&#233;tude, la population portugaise estime que la corruption est g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans le pays et qu'elle affecte sa vie quotidienne. Sentiment qui serait deux fois plus fort au Portugal que la moyenne europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;, Publico (16/04/2021).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les affaires de corruption s'&#233;talent jour apr&#232;s jour dans les m&#233;dias, m&#234;lant le syst&#232;me bancaire, les hommes politiques, les puissances du foot, les agences immobili&#232;res, sp&#233;culatives et mafieuses. Pour ceux qui croient en la vieille rengaine de la s&#233;paration des pouvoirs, pilier de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, le rapport d&#233;nonce aussi le fait qu'au Portugal, seule une petite minorit&#233; des proc&#232;s pour corruption (autour de 10 %) sont men&#233;s jusqu'&#224; leur terme. L'appareil judiciaire est aussi compromis dans ce processus et subit le discr&#233;dit g&#233;n&#233;ralis&#233; des institutions. L'&#233;tat des &#233;lites, de la classe politique dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; &#8211; avec quelques rares et honorables exceptions &#8211; prouve que le champ du politique est plus qu'en crise : il est d&#233;cadent et irr&#233;cup&#233;rable. La machine du Parti socialiste portugais, accroch&#233;e telle une sangsue au pouvoir central et surtout local, verrouille d'une main de fer cette &#233;volution d&#233;cadente, en distillant peurs et chantages. Pour reprendre la formule d'un ami qui se d&#233;bat localement pour &#233;veiller les esprits, c'est comme le &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me Poutine, mais men&#233; avec le sourire b&#233;at du Premier ministre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se met &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce qui a bien pu se passer dans cette soci&#233;t&#233; depuis cinquante ans, depuis que la chute de l'ancien r&#233;gime autoritaire de nature fasciste a c&#233;d&#233; la place &#224; une d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Le Portugal est devenu aujourd'hui en Europe une vitrine &#233;clair&#233;e de la fausset&#233; de cette d&#233;mocratie, un exemple concret de sa nature. Un cas exemplaire de l'&#233;volution de ce syst&#232;me, qui cherche &#224; masquer par un discours mensonger l'in&#233;galit&#233; et l'injustice croissante du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;g&#226;t collat&#233;ral de la corruption des &#233;lites politiques et &#233;conomiques qui gangr&#232;ne toute la soci&#233;t&#233; portugaise, le discours anticorruption constitue d&#233;sormais un des socles de la nouvelle extr&#234;me droite en plein essor. Mais celles et ceux qui colportent ce discours adoptent ces m&#234;mes comportements. La d&#233;cadence s'&#233;tend du haut vers le bas, contamine aussi de larges pans du peuple qui, par exemple, participent directement et retirent de maigres b&#233;n&#233;fices de cette restructuration du march&#233; du travail, louant des taudis aux travailleurs asiatiques, exploitant leurs faiblesses et leurs fragilit&#233;s &#8211; autre signal de la d&#233;composition des solidarit&#233;s de classe, du sens du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus est particuli&#232;rement criant dans les r&#233;gions du sud, lieux o&#249; des traditions de luttes radicales ont marqu&#233; les g&#233;n&#233;rations, et o&#249; sont aujourd'hui exploit&#233;s les nouveaux immigr&#233;s. Il y a, bien entendu, et il ne faut surtout pas l'oublier, des attitudes minoritaires de solidarit&#233; et d'entraide parmi quelques noyaux de jeunes, liant les immigr&#233;s et la population ancienne. Ces noyaux voient dans la situation actuelle une richesse, une &#233;nergie et une vitalit&#233; n&#233;cessaires &#224; faire survivre une soci&#233;t&#233; vieillissante. Mais le mouvement du capitalisme moderne efface le pass&#233; de r&#233;volte. &#171; &lt;i&gt;Si 150 ans de batailles pour la propri&#233;t&#233; collective de la terre et pour la dignit&#233; du travail rural ont conduit [&#8230;] &#224; la r&#233;forme agraire de 1976, son d&#233;mant&#232;lement accompagn&#233; par la globalisation n&#233;olib&#233;rale a permis au capitalisme le plus obsc&#232;ne de retourner dans les champs du sud&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;, Publico (11/05/2021).&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Les d&#233;faites de classe sont toujours ch&#232;rement pay&#233;es. Et les paroles des chansons de Jos&#233; Afonso, devenues le symbole du mouvement r&#233;volutionnaire du 25 avril 1974, ont aujourd'hui un go&#251;t amer, et cherchent &#224; prendre une forme concr&#232;te dans des forces nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, c'est l'av&#232;nement d'un autre monde, celui du capitalisme victorieux et en d&#233;clin. En Alentejo comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Madame a trouv&#233; un bon plan : une entr&#233;e avec sortie. La flamboyante bourgeoise br&#233;silienne, mari&#233;e &#224; un grand bourgeois fran&#231;ais avec nom &#224; particule, vit d&#233;sormais &#224; Lisbonne dans un beau palace avec leurs deux filles et le chien ; l'heureux toutou s'appelle &#171; Bonaparte &#187; ! C'est aussi bien que l'avenue Henri-Martin et beaucoup moins cher. Encore une autre immigration. On croise (de loin) aujourd'hui au Portugal, outre les retrait&#233;s s&#233;duits par le soleil bon march&#233; et la quasi-absence d'imp&#244;ts, des riches, des tr&#232;s riches, des gangsters modernes (pl&#233;onasme ?!), des notables, des joueurs de foot, des artistes et des &#233;crivains de renom et au prix Goncourt encore frais. C'est dire que le monde m&#233;diocre, arrogant et m&#233;prisant de Madame et de Bonaparte fait main basse sur les riches demeures restaur&#233;es de la vieille Lisbonne et du vieux Porto, pendant qu'on pousse vers les p&#233;riph&#233;ries, gueux, mis&#233;reux, pauvres et &#233;clop&#233;s qui font d&#233;sordre dans le paysage recherch&#233; par Madame et ses semblables. Le capitalisme &#233;tant un syst&#232;me aux &#233;volutions improbables et inattendues, la pand&#233;mie, le d&#233;veloppement du t&#233;l&#233;travail pour des milliers de cadres branch&#233;s et d&#233;branch&#233;s, a relanc&#233; l'immobilier qui, malgr&#233; l'&#233;pid&#233;mie, se porte mieux que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#199;a flambe aussi dans le secteur sp&#233;culatif du luxe. Les ventes de Porsche &#224; 230 000 euros explosent, le niveau de ventes le plus &#233;lev&#233; depuis toujours dans le petit pays se retrouve aussi dans les bijoux et les v&#234;tements de marques, dans les cosm&#233;tiques, le commerce &#233;lectronique ; tout va pour le mieux dans un des pays les plus pauvres d'Europe. Normal, nous le savons, la tendance est g&#233;n&#233;rale : plus il y a de pauvres et plus les riches sont riches. C'est le &#171; d&#233;veloppement &#187; ou la &#171; reprise &#187;, expliquent certains &#233;conomistes. Seulement, ici aussi, les contrastes sont vertigineux. Alors que de larges secteurs de la population, y compris des petites classes moyennes employ&#233;es dans l'enseignement, la sant&#233;, les services, ne trouvent pas &#224; se loger, tout ce beau monde se partage en coupes r&#233;gl&#233;es des immeubles et des palais d&#233;labr&#233;s bient&#244;t r&#233;nov&#233;s. Madame et son Bonaparte d&#233;pensent dans le &#171; take-away &#187; quotidien de chefs &#233;toil&#233;s autant que ce que touche par mois un immigr&#233; vietnamien ou n&#233;palais travaillant dix heures par jour dans les serres de fruits rouges empoisonn&#233;s de la c&#244;te alentejana. Enfin, &#171; take-away &#187;, c'est une expression r&#233;fut&#233;e par ce beau monde : &#171; &lt;i&gt;Nous ne vendons pas de la nourriture, nous vendons une exp&#233;rience de socialisation&lt;/i&gt; &#187;, explique un comique patron d'une de ces start-up de cuisine chic &#224; succ&#232;s&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;, Expresso (28/05/2021).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tat des lieux qui enrage. Qui est aussi un rappel du fait que nous ne devons pas prendre pour le r&#233;el ce qui n'est que l'apparence, la surface des choses, et non l'essence de son mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle d'un des pays les plus pauvres d'Europe, on se r&#233;f&#232;re bien &#233;videmment au pays des pauvres, laissant de c&#244;t&#233; le pays des riches. Une voix avertie soulignait r&#233;cemment des aspects significatifs de cette in&#233;galit&#233; sociale criante et violente qui, au Portugal comme partout ailleurs, ne cesse d'augmenter&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;, Publico (22/05/2021).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis deux d&#233;cennies, le nombre de travailleurs qui per&#231;oivent le salaire minimum (environ 740 euros brut par mois contre 1 050 euros en Espagne) a &#233;t&#233; multipli&#233; par trois alors que le taux d'imposition d'un travailleur portugais est de 27,4 % au-dessus de la moyenne europ&#233;enne. Ceci, alors que la part sociale du salaire, re&#231;ue sous la forme de services publics, diminue continuellement. L'effondrement des services publics de sant&#233; lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid &#8211; effondrement dont les pires cons&#233;quences sont encore &#224; venir au vu de la d&#233;programmation des interventions chirurgicales, du report des rendez-vous m&#233;dicaux et de l'interruption des traitements &#8211; est l'exemple le plus r&#233;cent et le plus tragique de cette tendance. Dans son bref et r&#233;cent parcours de construction d&#233;mocratique, le Portugal se pose comme un cas exemplaire de plus dans la nature in&#233;galitaire de l'&#233;galit&#233; formelle. Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser. Les esprits critiques ne manqueront pas de conclure que ce passage entre deux syst&#232;mes de pouvoir a surtout profit&#233; &#224; ceux qui ont gard&#233; le pouvoir, c'est-&#224;-dire &#224; la classe capitaliste. Certes, tout cela, on peut le dire et l'&#233;crire aujourd'hui, alors que toute remarque semblable &#233;tait autrefois passable de poursuites, voire d'emprisonnement. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique se caract&#233;rise-t-elle simplement par le &#171; droit &#187; &#224; reconna&#238;tre ouvertement que l'in&#233;galit&#233; sociale est immuable ? C'est avoir bien peu d'exigences, il faut le reconna&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[&#192; suivre&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Reeve *&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Charles Reeve, pseudonyme de Jorge Valadas, a &#233;crit plusieurs ouvrages sur la soci&#233;t&#233; portugaise, dont &lt;i&gt;La M&#233;moire et le Feu - Portugal, l'envers du d&#233;cor de l'Euroland&lt;/i&gt;, paru aux &#233;ditions L'Insomniaque en 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire en particulier l'article &lt;a href=&#034;https://www.jornalmapa.pt/2020/01/20/os-olhares-de-catarina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Os olhares de Catarina &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; n&#176; 23 (avril-juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/04/16/opiniao/noticia/pais-corrupto-socrates-ivo-rosa-1958761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico&lt;/i&gt; (16/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/11/opiniao/opiniao/agrocapitalismo-estufa-1961983&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(11/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://expresso.pt/sociedade/lifestyle/2021-05-29-Luxo.-O-virus-nao-passa-por-aqui-fa473405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Expresso&lt;/i&gt; (28/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/22/opiniao/opiniao/pais-pobre-resposta-jose-miguel-judice-susana-peralta-1963480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(22/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gwen Fauchois : &#171; Les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout &#187;</title>
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		<dc:date>2020-06-14T17:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien. C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous &#187;, Gwen (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/confinement" rel="tag"&gt;confinement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/population" rel="tag"&gt;population&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/publics" rel="tag"&gt;publics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Fauchois" rel="tag"&gt;Gwen Fauchois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L468xH400/-1554-bd2cb.jpg?1782649534' width='468' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://gwenfauchois.blogspot.com/2020/03/coronavirus-la-reduction-des-risques-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous&lt;/a&gt; &#187;, Gwen Fauchois s'aga&#231;ait sur son blog de voir passer des comparaisons &#171; &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; &#187; entre le coronavirus et le VIH : &#171; &lt;i&gt;Deux virus et deux &#233;pid&#233;mies qui m&#233;dicalement ne sont pas comparables&lt;/i&gt; &#187;, ass&#233;nait-elle. &#171; &lt;i&gt;Pourtant,&lt;/i&gt; ajoutait l'ancienne vice-pr&#233;sidente de l'association Act Up-Paris,&lt;i&gt; s'il y a une communaut&#233; qui devrait partager son exp&#233;rience, c'est bien la communaut&#233; sida.&lt;/i&gt; &#187; Et la militante f&#233;ministe et lesbienne, habitante du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de la capitale, de rappeler l'auto-organisation qui s'&#233;tait alors &#233;labor&#233;e entre les personnes s&#233;ropositives et leurs proches : &#171; &lt;i&gt;Nous avons su et d&#251; ne pas attendre l'&#201;tat pour organiser des r&#233;ponses &#224; notre &#233;chelle. Nous savions la n&#233;cessit&#233; de prendre soin de soi pour ne pas transmettre &#224; d'autres y compris des pathologies b&#233;nignes pour nous mais potentiellement graves pour nos amis immuno-d&#233;&#8202;prim&#233;s. Nous savions respecter les mesures de pr&#233;cautions &#233;l&#233;mentaires, ne plus nous embrasser s'il le fallait et quand il le fallait et c&#233;l&#233;brer la vie n&#233;anmoins. Nous savions faire leurs courses, leurs d&#238;ners, leurs lessives si besoin. Nous pouvons nous inspirer de ces exp&#233;riences. Des savoirs et solidarit&#233;s populaires. Des savoirs de ceux qui savent d'abord devoir compter sur eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mai, quelques jours avant la fin du confinement g&#233;n&#233;ralis&#233;, nous avons demand&#233; &#224; Gwen Fauchois quel &#233;tait son regard sur ces deux mois de choix politiques ubuesques. Bilan s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton billet du 12 mars, alors que s'esquissait une gestion autoritaire de la crise sanitaire, tu nous avertissais qu'une pand&#233;mie ne se g&#232;re pas contre les gens mais avec eux, et que les communaut&#233;s ont des ressources pr&#233;cieuses, comme tu l'as exp&#233;riment&#233; en militant &#224; Act Up. On est deux mois plus tard et on cause de tout &#231;a juste avant un d&#233;confinement qui va beaucoup faire appel au civisme et &#224; la responsabilit&#233; individuelle... alors m&#234;me que les &#233;lites politiques se sont comport&#233;es de mani&#232;re inique. Quels sont les points communs entre ces deux pand&#233;mies, le VIH et le Covid-19 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les points communs, on peut retenir certaines formes de gestion ou de non-gestion par les pouvoirs publics. Dans mon billet pr&#233;-confinement, j'attirais l'attention sur le fait qu'&#224; partir de nos exp&#233;riences pass&#233;es on pouvait se douter que l'&#201;tat allait g&#233;rer la pand&#233;mie avec des temps de retard sur le rythme de sa progression et que ses priorit&#233;s ne seraient sans doute pas celles de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ces deux points se sont av&#233;r&#233;s exacts. D'une part, le gouvernement a syst&#233;matiquement pris ses d&#233;cisions en se calant sur ce qu'il observait en temps r&#233;el. Ce d&#233;faut d'anticipation a conduit &#224; ce que ses mesures perdent de l'efficacit&#233; qu'elles auraient pu avoir &#224; un stade ant&#233;rieur, provoquant une surench&#232;re de brutalit&#233; car intervenant chaque fois dans un contexte d&#233;pass&#233; et plus mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la priorit&#233; qui a dict&#233; ces choix n'&#233;tait pas le soutien et la protection des personnes, mais d'abord l'id&#233;e de prot&#233;ger &#224; tout prix l'appareil de production des cons&#233;quences d'une h&#233;catombe potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre-l&#224;, le soin aux personnes &#233;tait plus connexe que premier. Il s'est moins agi d'organiser prise en charge et pr&#233;vention, fin des contaminations ou &#233;radication de l'&#233;pid&#233;mie que d'ajuster les effets de celle-ci au socialement acceptable. C'est-&#224;-dire, en gros : quelles morts allaient &#234;tre socialement et &#233;conomiquement admises sans provoquer d'explosion sociale, quelle part de la population on pouvait confiner ou contraindre &#224; prendre des risques et &#224; aller au travail et quelle proportion de malades l'appareil sanitaire serait capable d'absorber, notamment les services de r&#233;animation aux capacit&#233;s r&#233;duites par des ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; du &#171; tou&#183;tes ensemble &#187; et de &#171; la loi qui est la m&#234;me pour tou&#183;tes &#187;, ce qui a saut&#233; aux yeux, c'&#233;tait l'in&#233;galit&#233; devant les conditions de confinement (conditions de logement et de travail, acc&#232;s &#224; un revenu). La maladie elle-m&#234;me touche les corps diff&#233;remment selon la classe et le statut social. En quoi l'action de l'&#201;tat a-t-elle aggrav&#233; ces in&#233;galit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pouvoirs publics ont fait comme si on pouvait traiter de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e la population, en faisant abstraction des conditions mat&#233;rielles et sp&#233;cifiques dans lesquelles les gens vivent. Ils ont pr&#233;tendu que le virus frappait de fa&#231;on universelle et que les barri&#232;res pouvaient &#234;tre con&#231;ues en ne consid&#233;rant que les seuls aspects m&#233;dicaux, en n&#233;gligeant les volets humains et sociaux de la propagation. Alors qu'en r&#233;alit&#233; une &#233;pid&#233;mie se d&#233;place, cro&#238;t ou se combat en fonction du r&#233;el, des conditions d'existence comme des pratiques de la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a syst&#233;matiquement parl&#233; &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; confinement, comme s'il n'y en avait qu'un, alors que ce n'est pas du tout la m&#234;me chose &#8211; je vais caricaturer un peu &#8211; d'&#234;tre confin&#233;&#183;e &#224; plusieurs dans un petit appartement ou au bord de sa piscine dans son jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce confinement a &#233;t&#233; construit en se basant sur un &#233;talon pos&#233; comme universel mais qui en r&#233;alit&#233; ne ressemble qu'&#224; un segment tr&#232;s partiel de la population. Ce standard ressemble d'assez pr&#232;s &#224; ceux qui nous gouvernent : c'est plut&#244;t un homme blanc, ais&#233;, h&#233;t&#233;ro, cis, ayant un logement. Peu importe qu'il ne corresponde que fort peu &#224; une tr&#232;s large partie de la population, il est &#233;rig&#233; en prototype repr&#233;sentatif. Et c'est &#224; partir de ses mode de vie et besoins qu'est impos&#233; le mod&#232;le de r&#233;ponse &#224; l'&#233;pid&#233;mie sans que soient prises en compte la diversit&#233; des r&#233;alit&#233;s et les difficult&#233;s sp&#233;cifiques des un&#183;es et des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; des conditions de vie tr&#232;s in&#233;gales, le m&#234;me comportement &#233;tait demand&#233; &#224; chacun.e, avec une suspicion envers les quartiers populaires. Le 7 mai on comptait au moins huit morts sous les coups de la police en &#224; peine huit semaines. C'est un ennemi de l'int&#233;rieur qu'on a construit, la figure du jeune mec racis&#233; de cit&#233; qui ne respecte pas le confinement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois le confinement b&#226;ti sur un mod&#232;le cens&#233; pouvoir s'appliquer uniform&#233;ment, les conduites ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es en rapport avec l'&#233;cart &#224; ce mod&#232;le. Mais les repr&#233;sentations des diff&#233;rents segments de la population ne sont pas plus abstraites que les conditions de vie. Elles sont culturellement et id&#233;ologiquement construites en fonction de la place de chacun&#183;e sur l'&#233;chiquier social, et notamment &#233;conomique. Mais aussi &#224; travers des prismes genr&#233;s et racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des classes de population sont pr&#233;sent&#233;es &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;comme plus ou moins responsables, en capacit&#233; de respecter le confinement ou au contraire pr&#233;sum&#233;es irresponsables et dangereuses. Ce qui permet dans un second temps de justifier un contr&#244;le qui, contrairement au confinement, est lui diff&#233;renci&#233; : extr&#234;mement autoritaire envers certaines classes et tol&#233;rant vis-&#224;-vis d'autres composantes de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple, quand il s'est agi de mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;[m&#233;diatiquement]&lt;/i&gt; des gens dans l'espace ext&#233;rieur : s'ils &#233;taient plut&#244;t blancs, ais&#233;s, dans des quartiers bourgeois et qu'ils ne respectaient pas strictement les r&#232;gles du confinement, on expliquait assez facilement que c'&#233;tait parce qu'ils avaient besoin de respirer, que ce comportement &#233;tait de leur part exceptionnel et m&#234;me bien normal, compr&#233;hensible. Quand il s'agissait de populations de quartiers populaires, en particulier des jeunes mecs racis&#233;s, &#224; ce moment-l&#224; on &#233;tait quasi imm&#233;diatement dans le registre de l'irresponsabilit&#233;, il n'&#233;tait plus question de ce besoin de respirer momentan&#233;ment, d'exception (et ce alors m&#234;me que leurs conditions de confinement &#233;taient bien plus rudes). Ils &#233;taient pr&#233;sent&#233;s presque par nature comme suspects de n'avoir jamais respect&#233; le confinement. Une pr&#233;somption de culpabilit&#233; leur &#233;tait appliqu&#233;e, justifiant par avance des formes de violences &#224; leur &#233;gard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but de la crise sanitaire, pour pallier la p&#233;nurie de masques ou de tests, le gouvernement a choisi de communiquer sur l'inutilit&#233; de porter un masque ou de tester les personnes ne pr&#233;sentant pas de sympt&#244;mes. De quelles ressources collectives nous privent les mensonges des dirigeants et leur fa&#231;on d'infantiliser le public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La p&#233;nurie de masques et de tests a &#233;t&#233; terrible &#224; tous points de vue. D'abord elle a sans doute &#8211; conjugu&#233;e au retard et au d&#233;faut d'anticipation des pouvoirs publics (anticipation qui aurait certainement &#233;t&#233; possible, en observant ce qui se passait dans les pays voisins) &#8211; contribu&#233; au d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; partir du moment o&#249; on n'avait pas de masques, pas de tests, et o&#249; on ne d&#233;cidait pas de s'en procurer en urgence, il fallait pour les autorit&#233;s publiques (en contradiction avec les savoirs et imp&#233;ratifs sanitaires) d&#233;cr&#233;ter qu'ils &#233;taient inutiles, m&#234;me s'il s'agissait d'un mensonge. D&#232;s lors qu'on ne les utilisait pas, la seule solution &#233;tait un confinement autoritaire et massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saura jamais si on aurait pu, comme d'autres pays, s'en passer. Peut-&#234;tre n'&#233;tait-il pas la seule solution ; peut-&#234;tre aurait-il pu, accompagn&#233; de distribution de masques et de tests massifs des cas symptomatiques et de leurs contacts, &#234;tre d&#233;clin&#233; sur des modes plus souples ou moins longs. Mais les p&#233;nuries et les choix politiques tardifs ne nous ont laiss&#233; que des solutions drastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a en outre pr&#233;f&#233;r&#233; essayer de se couvrir en dissimulant ces p&#233;nuries plut&#244;t que de les reconna&#238;tre. Ce qui a sabot&#233; un peu plus la cr&#233;dibilit&#233; de la parole publique. Mais surtout a encore retard&#233; le freinage de l'&#233;pid&#233;mie, mat&#233;riellement mais &#233;galement en termes comportementaux puisque chacun devait trier des injonctions et informations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie, c'est comme un serpent qui se mord la queue. Comme les d&#233;cisions ne sont pas prises &#224; temps, elles ne produisent pas d'effet optimum. Il faut donc y ajouter d'autres mesures plus brutales, impos&#233;es par ces choix et ce retard. Comme il est difficile pour le politique d'avouer que cette brutalit&#233; est de sa responsabilit&#233;, il a tendance &#224; verser dans un autoritarisme accru pour l'imposer et masquer son incurie et sa part de responsabilit&#233;. C'est un cercle vicieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce peuple a priori mal comprenant et mal ex&#233;cutant, il s'est pourtant organis&#233; pour faire vivre les solidarit&#233;s et faire reculer la maladie sans sacrifier l'une &#224; l'autre...
&lt;/strong&gt; &#171; Face &#224; un confinement d'urgence, con&#231;u dans la verticalit&#233; &#8211; avec les d&#233;cideurs en haut et les ex&#233;cutants en bas &#8211;, faisant tr&#232;s largement abstraction des conditions de vie et &#224; l'universalit&#233; de fa&#231;ade, la population a bien compris qu'elle &#233;tait livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me et devait compter sur ses propres savoir-faire pour que le confinement fonctionne. Elle a refus&#233; la passivit&#233; dans laquelle les pouvoirs publics pr&#233;tendaient l'enfermer ; au contraire, elle a multipli&#233; les initiatives pour essayer de compenser les moyens que les politiques ne mettaient pas &#224; sa disposition.
Elle s'est organis&#233;e &#224; l'&#233;chelle micro-locale et constitu&#233;e en r&#233;seaux de solidarit&#233; d'aide directe mat&#233;rielle (masques, m&#233;dicaments, nourriture) mais aussi d'auto-information. Elle a mis en place collectes, cagnottes redistributives, repas pour les laiss&#233;&#183;es-pour-compte. Sans cette auto-organisation, le confinement n'aurait pas pu tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons l'exemple des masques. La population, qui est loin d'&#234;tre irresponsable, a compris que m&#234;me si ce n'&#233;tait pas l'id&#233;al, le masque allait non pas prot&#233;ger mais au moins limiter les risques. Chacun&#183;e s'est mis&#183;e selon son savoir-faire &#224; fabriquer des masques, &#224; en coudre, &#224; en distribuer et &#224; adopter de fa&#231;on micro-locale une strat&#233;gie de r&#233;duction des risques alors que le gouvernement en &#233;tait incapable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement a donn&#233; lieu &#224; des mesures liberticides graves (gardes &#224; vue sans avocat, prolongation sans audience des d&#233;tentions provisoires&#8230;) et &#224; des injustices aux cons&#233;quences moindres (comme les verbalisations arbitraires suivant les normes morales de policiers majoritairement hommes blancs de classe moyenne). Si on ignorait qu'on &#233;tait des administr&#233;. es, on l'a bien compris sur ce coup-ci ! Les moyens publics semblent avoir &#233;t&#233; mis sur la r&#233;pression plus que sur la pr&#233;vention et le soin. &#192; venir, le flicage des personnes contamin&#233;es. Tu peux nous expliquer le danger d'une telle politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire des luttes contre les &#233;pid&#233;mies nous apprend que les mesures autoritaires sont contre-productives. Le gouvernement voudrait faire croire qu'autoritarisme et absence de consentement sont n&#233;cessit&#233; de sant&#233; publique alors que c'est exactement le contraire. Et m&#234;me dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si se faire tester suscite la crainte de subir une forme d'incarc&#233;ration, de stigmatisation ou de discrimination, cela provoquera immanquablement une m&#233;fiance vis-&#224;-vis des m&#233;decins et du m&#233;dico-social, du d&#233;ni, des conduites d'&#233;vitement, de refus et d'&#233;chappement. Ce qui favorise m&#233;caniquement la persistance de cha&#238;nes de contaminations invisibles, plus difficiles &#224; briser, soit l'exact inverse d'une politique de sant&#233; responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle r&#233;clame plut&#244;t des individus inform&#233;s et adh&#233;rant aux mesures propos&#233;es et &#224; leur mise en &#339;uvre, parce qu'ils per&#231;oivent &#224; la fois individuellement et collectivement les b&#233;n&#233;fices attendus de la connaissance de leur &#233;tat de sant&#233; et d'une prise en charge respectueuse offrant des moyens de prendre soin de soi et des siens. Des individus qui deviennent, &#224; leur tour, des acteurs de pr&#233;vention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de sant&#233; comme de libert&#233;s publiques, se passer du consentement est la pire des options. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement avait bien mis la pression aux gens mais le d&#233;confinement va continuer. Et parall&#232;lement &#224; &#231;a, on voit les dirigeants organiser leur auto-amnistie (pas encore vot&#233;e &#224; l'heure de cet entretien &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;). Il y a un deux poids, deux mesures en mati&#232;re de responsabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique du gouvernement, c'est : il d&#233;cide de tout mais n'est responsable de rien et inversement les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout. Le d&#233;confinement ne changera rien &#224; ce positionnement id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la pression s'exerce pour un retour g&#233;n&#233;ral au travail sans que l'organisation de protection des conditions de travail soit premi&#232;re. Depuis le d&#233;but, la pression n'est pas d'abord mise sur les entreprises mais sur les travailleurs. On s'est servi d'un m&#233;lange de m&#233;pris social et d'h&#233;ro&#239;sation de celles et ceux qui devaient continuer &#224; travailler dans ces conditions pour rendre acceptable le sacrifice de leur protection et leur sant&#233;. Mais le consensus qui s'&#233;tait d&#233;gag&#233; sur cette base pour rendre acceptable le sacrifice de certaines cat&#233;gories sociales aurait &#233;t&#233; plus difficile &#224; universaliser. D'autant plus difficile que la population n'avait pas fait sien le discours national-martial, le &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt;&#8221; qui aurait pu permettre aux pouvoirs publics de justifier cette extension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or d&#233;confiner, c'est peu &#224; peu g&#233;n&#233;raliser ce retour au travail, m&#234;me si les hi&#233;rarchies sociales offrent des d&#233;lais et une meilleure protection &#224; ceux qui peuvent se passer de reprendre physiquement leur activit&#233; professionnelle. Ce qui signifie une visibilit&#233; accrue de cette protection m&#233;diocre des travailleurs et notamment du fait que la distanciation physique est peu mise en &#339;uvre par les entreprises et autres structures, priv&#233;es comme publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si c'est d'ailleurs &#224; ce moment-l&#224; que le masque redevient, dans le discours &#233;tatique, utile. Voire m&#234;me obligatoire. Encore une fois, on renvoie &#224; la responsabilit&#233; individuelle ce qui devrait relever de d&#233;cisions politiques. Et c'est au public et aux employ&#233;&#183;es qu'il est demand&#233; de compenser les d&#233;ficits d'organisation et de protection tant des pouvoirs publics que des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le constate concr&#232;tement, la d&#233;cision de d&#233;confiner a pr&#233;c&#233;d&#233; sa pr&#233;paration et non l'inverse. Ce n'est pas la performance de cette pr&#233;paration qui en a d&#233;cid&#233; mais la relance de l'&#233;conomie qui a prim&#233;. Y compris sur le plan &#233;pid&#233;mique. Le gouvernement avait pr&#233;tendu que le d&#233;confinement d&#233;pendrait du niveau de circulation du virus et d'occupation des lits de r&#233;animation. Or, s'il avait respect&#233; ses propres crit&#232;res, il ne pouvait d&#233;cr&#233;ter le d&#233;confinement en &#206;le-de-France (o&#249; le taux de passage aux urgences pour suspicion de Covid-19 et les hospitalisations &#8211; plus de deux fois sup&#233;rieures &#224; la pr&#233;valence nationale &#8211; restaient &#233;lev&#233;s) sans &#224; tout le moins une meilleure organisation pr&#233;alable, tant au niveau des transports que dans les entreprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et l'Assembl&#233;e, cette volont&#233; de cr&#233;er une sorte d'amnistie pr&#233;ventive pour les &#233;lus locaux et/ou les ministres a finalement &#233;t&#233; bien att&#233;nu&#233;e : la loi du 11 mai 2020 prolongeant l'&#233;tat d'urgence sanitaire renvoie essentiellement au cadre juridique existant, &#224; savoir la loi du 10 juillet 2000 sur la responsabilit&#233; des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nouadhibou, la ville des r&#234;ves &#233;chou&#233;s&#8230;</title>
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&lt;p&gt;*** ...R&#234;ves bris&#233;s des exil&#233;s... ... dont le voyage s'arr&#234;te &#224; Nouadhibou, trop souvent de mani&#232;re tragique. Traqu&#233;s depuis quelques ann&#233;es par les autorit&#233;s charg&#233;es par l'Union europ&#233;enne d'endiguer le flot humain, certains font malgr&#233; tout le pari d'une travers&#233;e incertaine en pirogue vers les Canaries, tandis que d'autres tentent de trouver un travail sur place, dans un pays o&#249; les familles maures contr&#244;lent l'&#233;conomie et le pouvoir politique. L'esclavagisme y touche encore jusqu'&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yann-Renoult-172" rel="tag"&gt;Loez&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L404xH400/-1329-76759.jpg?1782650880' width='404' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nouadhibou, 2012 / Photo Yann Renoult
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;...R&#234;ves bris&#233;s des exil&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;... dont le voyage s'arr&#234;te &#224; Nouadhibou, trop souvent de mani&#232;re tragique. Traqu&#233;s depuis quelques ann&#233;es par les autorit&#233;s charg&#233;es par l'Union europ&#233;enne d'endiguer le flot humain, certains font malgr&#233; tout le pari d'une travers&#233;e incertaine en pirogue vers les Canaries, tandis que d'autres tentent de trouver un travail sur place, dans un pays o&#249; les familles maures contr&#244;lent l'&#233;conomie et le pouvoir politique. L'esclavagisme y touche encore jusqu'&#224; 20 % de la population du pays d'apr&#232;s Biram Dah Abeid, fondateur de l'ONG Initiative pour la r&#233;surgence du mouvement abolitionniste, longtemps pers&#233;cut&#233; par l'&#201;tat mauritanien. Alors qu'autrefois le statut d'immigr&#233; &#233;tait le m&#234;me pour tous, diff&#233;rence est faite &#224; pr&#233;sent entre les &#233;migr&#233;s de Mauritanie et ceux d'autres pays d'Afrique noire, divisant la population. Un centre de r&#233;tention a &#233;t&#233; ouvert au nord de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;...R&#234;ves &#233;chou&#233;s des p&#234;cheurs noirs...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;... principalement des exil&#233;s. Si autrefois la p&#234;che a fait la grandeur &#233;conomique de la ville, le secteur est aujourd'hui d&#233;vast&#233; pour les locaux. Aux ordres des armateurs maures, ils doivent prendre de plus en plus de risques en haute mer, partant jusqu'&#224; une semaine dans leurs pirogues traditionnelles en bois pour trouver du poisson, alors que les chalutiers-usines europ&#233;ens et chinois d&#233;vastent les ressources halieutiques au large des c&#244;tes, avec la complicit&#233; d'autorit&#233;s corrompues.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L406xH400/-1330-d2fab.jpg?1782664549' width='406' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nouadhibou, 2012 / Photo Yann Renoult
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;...R&#234;ve de grandeur...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;... du projet de zone franche du gouvernement mauritanien, sans investisseurs et sans argent. Seules quelques entreprises, dont une usine &#224; poisson &#233;trang&#232;re, ont commenc&#233; &#224; s'y installer, sans que la population locale ne profite vraiment des retomb&#233;es &#233;conomiques. C'est aussi &#224; Nouadhibou que les cargos &#224; destination de l'Occident remplissent leurs cales du minerai de fer extrait des mines de Zouerate, dans le d&#233;sert. Une activit&#233; vitale pour le pays, et qui demeure la principale source d'emploi dans la ville, directement ou indirectement. Une retomb&#233;e bien loin des profits r&#233;alis&#233;s par la SNIM, soci&#233;t&#233; d'extraction mini&#232;re. L'activit&#233; &#233;conomique et la position de carrefour de Nouadhibou attirent &#233;galement toute une faune trouble de n&#233;o-colons, employ&#233;s de Total, ing&#233;nieurs europ&#233;ens en mission, entrepreneurs chinois, militaires fran&#231;ais, trafiquants (m&#233;t&#233;orites, voitures, drogue...) &#224; l'aff&#251;t de nouveaux moyens pour piller un peu plus le pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Yann Renoult&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'&#233;cologie est une lutte de classes (enfin, elle devrait)</title>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<dc:subject>Jeremy Boulard Le Fur</dc:subject>
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		<dc:subject>faible sensibilit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si les catastrophes environnementales semblent menacer tout le monde, ce sont bien les pauvres qui trinquent en premier. Certes, dans le r&#233;cent cas de l'incendie du site Lubrizol &#224; Rouen, il y a fort &#224; parier que le nuage de 22 kilom&#232;tres de long sur 6 de large a intoxiqu&#233; toute la ville et au-del&#224;... mais on se doute bien que les usines Seveso se tiennent g&#233;n&#233;ralement loin des beaux quartiers . Au Canada, plusieurs unit&#233;s atomiques ont &#233;t&#233; construites sur des terres autochtones. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH514/-1348-b5423.jpg?1782646245' width='400' height='514' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;i les catastrophes environnementales semblent menacer tout le monde, ce sont bien les pauvres qui trinquent en premier. Certes, dans le r&#233;cent cas de l'incendie du site Lubrizol &#224; Rouen, il y a fort &#224; parier que le nuage de 22 kilom&#232;tres de long sur 6 de large a intoxiqu&#233; toute la ville et au-del&#224;... mais on se doute bien que les usines Seveso se tiennent g&#233;n&#233;ralement loin des beaux quartiers&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elles sont par contre beaucoup plus proches des aires d'accueil des gens du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Canada&lt;/strong&gt;, plusieurs unit&#233;s atomiques ont &#233;t&#233; construites sur des terres autochtones. En France, on envisage de creuser un cimeti&#232;re de d&#233;chets nucl&#233;aires &#224; Bure, dans le fin fond de la Meuse, un d&#233;partement sinistr&#233; &lt;i&gt;(lire en page IV)&lt;/i&gt;. En Italie, la mafia enfouit les d&#233;tritus venimeux du Nord industriel cossu dans les champs du Sud infortun&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pollutions de l'air&lt;/strong&gt;, de l'eau, d&#233;sagr&#233;ments visuels ou sonores, maladies environnementales : ce sont clairement les d&#233;sh&#233;rit&#233;s qui &#233;copent les premiers. Parfois m&#234;me ils en redemandent : quel risque ne prendrait-on pas pour pouvoir cro&#251;ter ? Dans l'&#201;quateur des ann&#233;es 1990, ce n'est qu'une fois la compagnie Texaco partie que la population amazonienne s'est massivement soulev&#233;e contre la destruction p&#233;troli&#232;re de la for&#234;t et la contamination des cours d'eau. Aujourd'hui encore, les ordures de l'Occident finissent souvent en Asie du Sud-Est &lt;i&gt;(p. VI)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/strong&gt; avancent de concert avec les in&#233;galit&#233;s environnementales, et vice-versa. Mais si les deux ph&#233;nom&#232;nes sont &#233;troitement connect&#233;s, leur relation reste globalement impens&#233;e. &#171; &lt;i&gt;&#192; la faible sensibilit&#233; environnementale des analyses socio-&#233;conomiques, correspond la faible sensibilit&#233; sociale des politiques &#233;cologiques&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore la philosophe Catherine Larr&#232;re&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quelle &#233;galit&#233; pour l'&#233;cologie politique ? &#187;, Les in&#233;galit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et de rappeler que &#171; &lt;i&gt; la protection de la nature ne reste pas ext&#233;rieure &#224; la soci&#233;t&#233; : la fa&#231;on dont elle est men&#233;e a des effets sociaux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Taxe carbone&lt;/strong&gt; + pr&#233;carit&#233; + urbanisme p&#233;riph&#233;rique : vous souvenez-vous de la naissance des Gilets jaunes ? Entre autres messages, c'est aussi ce qu'affirmait le mouvement des ronds-points : non, nous ne sommes pas tous dans le m&#234;me bateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand l'ouragan Katrina&lt;/strong&gt; a frapp&#233; la Nouvelle-Orl&#233;ans, les riches ont pu s'en tirer &#224; bon compte, alors que les classes populaires, majoritairement noires, ont tout perdu. Non seulement nous ne sommes pas &#233;gaux devant les catastrophes selon notre situation sociale, mais nous n'avons pas non plus les m&#234;mes responsabilit&#233;s. Constat tr&#232;s bien r&#233;sum&#233; dans un rapport de l'ONG Oxfam&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In&#233;galit&#233;s extr&#234;mes et &#233;missions de CO2 (02/12/2015).&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;La moiti&#233; la plus pauvre de la population mondiale est responsable de seulement 10 % environ des &#233;missions de CO2 dues &#224; la consommation individuelle, alors qu'elle vit dans les pays les plus vuln&#233;rables au changement climatique. Parall&#232;lement, environ 50 % de ces &#233;missions sont imputables aux 10 % des habitants de la plan&#232;te les plus riches.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;On estime que les 1 % les plus riches du monde ont une empreinte carbone moyenne 175 fois sup&#233;rieure &#224; celle des 10 % les plus pauvres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derri&#232;re ces vertigineuses donn&#233;es&lt;/strong&gt; se profile une course aux profits effr&#233;n&#233;e, doubl&#233;e d'un cynisme de classe m&#226;tin&#233; de n&#233;o-colonialisme. Business as usual. Comment concevoir sinon que des p&#233;troliers occidentaux abaissent volontairement la qualit&#233; du gazole qu'ils vendent en Afrique &lt;i&gt;(p. V)&lt;/i&gt; ? Comment expliquer qu'en France, &#171; &lt;i&gt; pour 1 % de population d'origine &#233;trang&#232;re en plus, une commune voit augmenter de pr&#232;s de 30 % la probabilit&#233; de voir s'installer sur son territoire un incin&#233;rateu&lt;/i&gt;r &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;loi Laurent, &#171; Mesurer et r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s environnementales en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; ? Comment comprendre le refus de l'&#201;tat fran&#231;ais de d&#233;polluer la r&#233;gion de Salsigne (Aude), o&#249; il s'est gav&#233; d'or pendant un si&#232;cle avant d'abandonner les anciens mineurs et leurs voisins &#224; la pollution &#224; l'arsenic &lt;i&gt;(p. VIII) &lt;/i&gt; ? Comment appr&#233;hender l'invisibilit&#233; m&#233;diatique des femmes de m&#233;nage expos&#233;es aux risques chimiques &lt;i&gt;(p. VII)&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme le rappelle le sociologue Razmig Keucheyan&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;(p. II)&lt;/i&gt;, il est grand temps de mettre fin au &#171; &lt;i&gt;consensus environnemental &lt;/i&gt; &#187; bidon qui r&#233;p&#232;te qu'on habite tous la m&#234;me plan&#232;te, refilant l&#226;chement la patate chaude &#224; la responsabilit&#233; individuelle de chacun. Sans rapport de force avec le dragon capitaliste (m&#234;me repeint en vert), aucun changement ne sera possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tandis que se creusent les in&#233;galit&#233;s&lt;/strong&gt;, une petite minorit&#233; oligarchique, qui se partage les dividendes des multinationales les plus polluantes, esp&#232;re sans doute pouvoir se sauver du d&#233;sastre en cours apr&#232;s avoir pr&#233;empt&#233; les ressources naturelles. Depuis ses ghettos dor&#233;s et reverdis, elle s'imagine pouvoir assister sereinement au spectacle des pauvres contraints &#224; des exodes climatiques, crevant de tous les cancers de la cr&#233;ation, voire s'entre-d&#233;vorant comme des zombies &lt;i&gt;(p. V)&lt;/i&gt;. &#192; moins qu'elle soit persuad&#233;e de disposer du temps n&#233;cessaire pour &lt;i&gt;the big&lt;/i&gt; voyage interstellaire &#224; bord de son arche &lt;i&gt;high-tech&lt;/i&gt; et ultra-select... Bon vent !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Elles sont par contre beaucoup plus proches des aires d'accueil des gens du voyage. C'&#233;tait le cas &#224; Rouen. Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Lubrizol-les-gens-du-voyage-en-premiere-ligne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lubrizol : les gens du voyage en premi&#232;re ligne&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lundi matin &lt;/i&gt;(30/09/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Quelle &#233;galit&#233; pour l'&#233;cologie politique ? &#187;, &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s environnementales&lt;/i&gt;, &#233;d. PUF (2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;In&#233;galit&#233;s extr&#234;mes et &#233;missions de CO2 &lt;/i&gt;(02/12/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;loi Laurent, &#171; Mesurer et r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s environnementales en France &#187;, &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s environnementales&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bachar, tueur en Syrie</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Bachar-tueur-en-Syrie</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Coignard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Omar Ibrahim</dc:subject>
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&lt;p&gt;Depuis mars 2011, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a comptabilis&#233; 240 381 victimes de la guerre en Syrie. L'organisation pr&#233;cise que ce bilan, &#233;tabli au 6&#8200;ao&#251;t 2015, est une estimation qui ne tient pas compte des quelque 30 000 personnes port&#233;es disparues, sur lesquelles pr&#232;s de 20 000 sont d&#233;tenues dans les prisons du r&#233;gime. L'OSDH fait &#233;tat de 71 781 pertes civiles, dont 59 817 adultes et 11 964&#8200;enfants. Ce sont pr&#232;s de 80 000 combattants des forces anti-r&#233;gime qui ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no136-octobre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;136 (octobre 2015)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH544/-397-49342.jpg?1782644028' width='400' height='544' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis mars 2011, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a comptabilis&#233; 240 381 victimes de la guerre en Syrie. L'organisation pr&#233;cise que ce bilan, &#233;tabli au 6&#8200;ao&#251;t 2015, est une estimation qui ne tient pas compte des quelque 30 000 personnes port&#233;es disparues, sur lesquelles pr&#232;s de 20 000 sont d&#233;tenues dans les prisons du r&#233;gime. L'OSDH fait &#233;tat de 71 781 pertes civiles, dont 59 817 adultes et 11 964&#8200;enfants. Ce sont pr&#232;s de 80 000 combattants des forces anti-r&#233;gime qui ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans le conflit, contre environ 90 000 soldats et miliciens pro-r&#233;gime. Par ailleurs, l'arm&#233;e, qui comptait aux alentours de 220 000 hommes en 2011, s'est aussi vid&#233;e de plus de la moiti&#233; de ses effectifs par la d&#233;sertion et l'insoumission. Le bilan dress&#233; par le VDC (Violations Documentation Center in Syria), cit&#233; par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 13&#8200;mars 2015 recense, lui, 112 423 victimes directes du tyran dont 81 596 sont des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrestations, d&#233;tentions arbitraires, snipers, tortures syst&#233;matiques, disparitions, ex&#233;cutions sommaires, emploi du gaz sarin sur la population, utilisation des femmes comme boucliers humains, largage de barils d'explosifs depuis les airs sur les populations civiles constituent le cauchemar des Syriens depuis le printemps 2011. Des campagnes de viols, mises en place par les milices de Bachar al-Assad &#224; l'aube de la guerre civile, sont mentionn&#233;es dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 4 mars 2014 comme l'une des causes possibles du soul&#232;vement de la population contre la dictature. Lors de ces raids criminels, qui continuent encore &#224; &#234;tre organis&#233;s, les miliciens sont munis de stimulants sexuels. Un rapport de l'ONU accuse le gouvernement de faire violer et supplicier des enfants sous le regard de leur famille. Autre constat gla&#231;ant, effectu&#233; par l'OSDH le 13 mars 2015, 12 751 prisonniers &#8211; dont 108 enfants &#8211; sont morts sous la torture dans les ge&#244;les du tyran. Un photographe de la police militaire du dictateur, d&#233;sormais connu sous le pseudonyme de C&#233;sar, a pu documenter ces atrocit&#233;s : l'album horrifique de C&#233;sar pr&#233;sente les 54 000 photos, clandestinement sorties de Syrie en 2013, de 11 000 cadavres d&#233;charn&#233;s portant des marques de cha&#238;nes, de br&#251;lures, de lac&#233;rations et d'&#233;nucl&#233;ation par des agents chimiques. Les clich&#233;s, authentifi&#233;s par des juristes internationaux, confirment les accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanit&#233; port&#233;es, en d&#233;cembre 2013, &#224; l'encontre de Bachar al-Assad par le Conseil des droits de l'homme. Le 7 septembre 2015, Fran&#231;ois Hollande a cru pouvoir r&#233;sumer les causes de l'exode des Syriens en ces termes : &#171; &lt;i&gt;C'est Daech qui fait fuir, par les massacres qu'il commet, des milliers de familles.&lt;/i&gt; &#187; Le 16 septembre, m&#234;me son de cloche chez Marine Le Pen qui a d&#233;clar&#233; sur France Inter : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas Bachar al-Assad aujourd'hui qui pers&#233;cute les populations syriennes, c'est l'&#201;tat islamique.&lt;/i&gt; &#187; L'horreur spectaculaire des exactions commises par Daech, va-t-elle d&#233;finitivement occulter aux yeux du monde les crimes perp&#233;tr&#233;s, depuis plus de quatre ans, par le r&#233;gime syrien sur sa population ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les braises de la r&#233;volution</title>
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		<dc:date>2016-12-16T09:07:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Oum Ziad, Richard Schwartz</dc:creator>


		<dc:subject>Daech</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gime</dc:subject>
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		<dc:subject>Ghouta</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier 2016, les manifestations se multipliaient en Syrie. Le peuple se battait encore. Entretien avec Leila Al-Shami, bloggeuse anarchiste, impliqu&#233;e dans les r&#233;seaux de r&#233;sistance populaire syriens, et co-auteure, avec Robin Yassin-Kassab de Burning Country : Syrians in war and Revolution. Alep, Idlib, Deraa, Daraya, Douma, Talbeeseh, etc., dans la plupart des villes syriennes non occup&#233;es par le r&#233;gime ou Daech, la population a profit&#233; du cessez-le-feu relatif pour descendre &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Daech" rel="tag"&gt;Daech&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/groupes-3458" rel="tag"&gt;groupes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ghouta-orientale" rel="tag"&gt;Ghouta orientale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/egalement" rel="tag"&gt;&#233;galement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/groupes-rebelles" rel="tag"&gt;groupes rebelles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier 2016, les manifestations se multipliaient en Syrie. Le peuple se battait encore. Entretien avec &lt;a href=&#034;https://leilashami.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Leila Al-Shami&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://tahriricn.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bloggeuse anarchiste&lt;/a&gt;, impliqu&#233;e dans les r&#233;seaux de r&#233;sistance populaire syriens, et co-auteure, avec Robin Yassin-Kassab de Burning Country : Syrians in war and Revolution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1777 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH607/-90-eb07f.jpg?1782644208' width='400' height='607' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alep, Idlib, Deraa, Daraya, Douma, Talbeeseh, etc., dans la plupart des villes syriennes non occup&#233;es par le r&#233;gime ou Daech, la population a profit&#233; du cessez-le-feu relatif pour descendre &#224; nouveau massivement dans la rue. D'o&#249; viennent ces voix ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Leila Al-Shami :&lt;/strong&gt; Ces manifestations montrent que, bien qu'invisibilis&#233;e avec la militarisation du soul&#232;vement, la r&#233;sistance civile reste tr&#232;s vivace. Ces hommes et ces femmes sont descendus dans les rues pour mettre l'accent sur les buts premiers de la r&#233;volution : la chute du r&#233;gime, l'unit&#233; du peuple syrien contre les logiques de divisions sectaires et confessionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce contexte de guerre et de si&#232;ge et malgr&#233; la famine et les bombardements, comment s'organise ce mouvement de r&#233;bellion civile dans ces &#171; zones lib&#233;r&#233;es &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand nous parlons de &#171; zones lib&#233;r&#233;es &#187;, c'est un peu plus que de la simple rh&#233;torique. Dans Alep, par exemple, les diff&#233;rents conseils locaux&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organes collaboratifs de base, organisant la gestion des services aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; continuent d'assurer les services publics et vitaux pour la population locale, ainsi que l'auto-administration de chaque territoire en l'absence de l'&#201;tat. Je parle de plus de 100 organisations de la soci&#233;t&#233; civile, la seconde plus importante concentration de groupes civils actifs du pays. Cela comprend quelque 28 associations de m&#233;dias libres, des organisations de femmes, d'urgence sanitaire et de soins. Cela inclut &#233;galement des organisations &#233;ducatives, telle Kesh Malek, qui dispensent un enseignement non id&#233;ologique aux enfants, et dont les locaux sont souvent install&#233;s dans des sous-sols par crainte des bombardements. Sous le r&#232;gne totalitaire d'Assad, la soci&#233;t&#233; civile &#233;tait inexistante, et aucun m&#233;dia ind&#233;pendant n'&#233;tait tol&#233;r&#233;. Dans la d&#233;mocratie d'Alep lib&#233;r&#233;e, ces pratiques se sont d&#233;velopp&#233;es &#224; mesure que les gens ont commenc&#233; &#224; s'auto-organiser, puis &#224; auto-administrer leurs communaut&#233;s. Cela repr&#233;sente, selon moi, les objectifs originels du mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu de fortes tensions entre ces manifestants et les troupes de Jabhat al-Nosra, la milice djihadiste affili&#233;e &#224; Al-Qa&#239;da, qui domine la zone lib&#233;r&#233;e d'Idlib. Ces derniers ont m&#234;me d&#251; quitter le village d'Abou Douhour suite &#224; des manifestations hostiles. &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les d&#233;fil&#233;s, les manifestants arborent le drapeau de la Syrie Libre [aux trois bandes noir-blanc-vert, floqu&#233; de trois &#233;toiles rouges, &#233;galement embl&#232;me de l'Arm&#233;e syrienne libre (ASL)], tandis que les drapeaux noirs djihadistes sont significativement absents. Cela repr&#233;sente objectivement une menace pour al-Nosra. C'est pour cette raison que cette organisation a tent&#233; de r&#233;primer les protestations en tirant sur la foule. Il y a toujours eu une distance entre le mouvement de r&#233;sistance populaire et les &#233;l&#233;ments conservateurs et extr&#233;mistes de la r&#233;sistance arm&#233;e. Les groupes comme al-Nosra ont pu &#234;tre accept&#233;s parce qu'ils ont montr&#233; leur efficacit&#233; au combat contre le r&#233;gime. &#192; une certaine &#233;poque, ils ont &#233;galement pu gagner en popularit&#233; en montrant leur capacit&#233; &#224; dispenser des services de base aux populations, gr&#226;ce au soutien financier des monarchies du Golfe et de la Turquie d'Erdogan. Ceci dit, l'opposition civile aux forces r&#233;actionnaires n'est pas chose nouvelle. Dans l'histoire de la r&#233;volution syrienne, il y a eu plusieurs manifestations populaires contre les groupes al-Nosra ou Jaysh al-Islam quand ils ont essay&#233; d'imposer leurs agendas aux populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la situation dans la Ghouta orientale (province de Damas assi&#233;g&#233;e depuis trois ans par le r&#233;gime), domin&#233;e militairement par la puissante milice salafiste Ja&#239;sh al Islam ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La Ghouta orientale est sous un feu incessant. Les forces d'El-Assad et russes ont cibl&#233; en priorit&#233; les infrastructures civiles comme les &#233;coles, les h&#244;pitaux et les march&#233;s. Plus de 160 000 personnes sont assi&#233;g&#233;es dans des conditions d&#233;sesp&#233;r&#233;es. Des groupes rebelles autoritaires ont &#233;galement &#233;t&#233; accus&#233;s de vols et de confiscation de nourriture, contribuant ainsi &#224; l'aggravation de la souffrance des populations. Mais, malgr&#233; ces &#233;preuves, la population de la Ghouta orientale pratique la solidarit&#233; communale &#224; travers des solutions concr&#232;tes qui rivalisent de cr&#233;ativit&#233; pour tenter d'am&#233;liorer la vie quotidienne et tenir le si&#232;ge. Des puits sont creus&#233;s pour l'alimentation en eau. La puissance solaire et la m&#233;thanisation des d&#233;chets fournissent une &#233;nergie alternative. Des h&#244;pitaux de fortune, des &#233;coles sont tenus &#224; bout de bras. Enfin, des cultures vivri&#232;res &#8211; g&#233;n&#233;ralement des potagers sur les toits &#8211; se sont d&#233;velopp&#233;es pour parer aux risques de famine. D&#233;but 2106, deux villes de la Ghouta, Erbin et Zamalka, ont tenu des &#233;lections libres pour d&#233;signer les repr&#233;sentants du Conseil local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, la guerre a vu les forces de l'ASL s'entrem&#234;ler avec des brigades islamistes, voire djihadistes... Comment expliques-tu cette contradiction ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Au vu de ses ressources limit&#233;es, il &#233;tait inimaginable pour l'ASL de se battre &#224; la fois contre les arm&#233;es syrienne, russe et iranienne, avec leurs milices confessionnelles associ&#233;es, mais &#233;galement contre Daech, et de combattre en plus de cela des groupes comme al-Nosra qui affrontent aussi le r&#233;gime, et qui, sur ce point pr&#233;cis, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s des alli&#233;s utiles. Selon les territoires, la situation est diff&#233;rente. Les milices arm&#233;es dans le nord de la province d'Alep sont compos&#233;es &#224; la fois de groupes li&#233;s &#224; l'ASL et aux islamistes. Ces derniers repr&#233;sentent la culture conservatrice de la partie rurale. Leurs membres disposent de ce fait d'un fort soutien local. A contrario, le sud de la Syrie est majoritairement contr&#244;l&#233; par le &#171; Front du Sud &#187;, une coalition de plus de cinquante groupes de l'ASL, unis autour d'une plateforme la&#239;que et d&#233;mocratique, qui a rejet&#233; dans son ensemble toute coop&#233;ration avec des groupes islamistes extr&#233;mistes. Le Front du Sud trouve du soutien via la Jordanie, mais cette derni&#232;re a largement r&#233;duit son appui ces derni&#232;res semaines, sous la pression des &#201;tats-Unis, qui souhaitent que les rebelles concentrent leur action sur le combat contre Daech plut&#244;t que sur le r&#233;gime, m&#234;me si Daech est tr&#232;s peu pr&#233;sent dans le sud de la Syrie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un des enjeux des mouvements r&#233;volutionnaires fut, d&#232;s le d&#233;but 2011, de lutter contre les divisions confessionnelles, qu'elles soient pouss&#233;es par le r&#233;gime ou par l'intervention de puissances r&#233;gionales. Les clivages sectaires traversent-ils aujourd'hui davantage la population ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sectarisme a &#233;t&#233; bien plus visible dans la formation des groupes arm&#233;s que dans le mouvement civil de r&#233;sistance. La confessionnalisation doit &#234;tre comprise comme une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e du r&#233;gime pour diviser l'opposition syrienne. &#192; titre d'exemple, les communaut&#233;s sunnites rebelles ont &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment vis&#233;es par les shabbiha du r&#233;gime [milices arm&#233;es essentiellement compos&#233;es d'alaouites] afin de cr&#233;er un clash interreligieux. L'entr&#233;e en sc&#232;ne d'une puissance chiite comme l'Iran et du Hezbollah a pareillement contribu&#233; &#224; des divisions selon des lignes confessionnelles, et a renforc&#233; le poids de l'&#171; argument &#187; islamiste selon lequel il s'agissait d'une guerre entre sunnites et chiites. Quand le r&#233;gime s'est empar&#233; de Homs, les registres fonciers ont &#233;t&#233; d&#233;truits, et des alaouites se sont install&#233;s dans les habitations vides des sunnites. L'assaut du r&#233;gime et du Hezbollah sur Zabadani et le si&#232;ge qui a affam&#233; la ville de Madaya sont destin&#233;s &#224; forcer les habitants sunnites &#224; quitter ces zones. Il est &#224; craindre que les &#171; Libanais &#187; [le Hezbollah] et les miliciens chiites irakiens s'y installent avec leurs familles. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette strat&#233;gie d'Assad a &#233;t&#233; confort&#233;e par le soutien &#224; des groupes rebelles confessionnels par les puissances adverses, qui cherchent &#224; &#233;tablir des zones d'influence. &#192; l'inverse, aucun &#201;tat n'est intervenu pour d&#233;fendre la lutte populaire et ses valeurs&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organes collaboratifs de base, organisant la gestion des services aux populations. Ils furent conceptualis&#233;s par l'anarchiste syrien Omar Aziz pour qui le renversement du r&#233;gime devait aussi attaquer les structures hi&#233;rarchiques et autoritaires impos&#233;es par celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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