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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Pour l'h&#244;pital : de la maille, pas des m&#233;dailles !</title>
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		<dc:date>2020-06-15T18:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Francesco Nocera, Iffik Le Guen, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons. En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1547-d2efd.jpg?1782638466' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la fatigue, le traumatisme des moments durs et une m&#233;fiance solide envers les fumeuses promesses du gouvernement. Une &#233;vidence : les probl&#232;mes structurels du service public de la sant&#233; demeurent. Une certitude : dans le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;, rien ne sera obtenu sans lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Prud'homme est infirmier anesth&#233;siste et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Force ouvri&#232;re aux H&#244;pitaux universitaires de Strasbourg. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La &#8220;m&#233;daille de l'engagement&#8221; serait de l'ordre du risible si la situation n'&#233;tait pas aussi s&#233;rieuse &#8211; ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe. Ce n'est pas faute d'avoir averti les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; depuis vingt ans. Ce que nous avons toujours revendiqu&#233;, ce sont justement des conditions de travail correctes. En clair : mettre fin &#224; la gestion &#224; flux tendu, &#233;puisante pour l'ensemble des personnels et qui a fait que la priorit&#233; aux soins a recul&#233; devant les logiques purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prime est une bonne chose et la revalorisation salariale annonc&#233;e ne peut que nous satisfaire. Il reste &#224; d&#233;couvrir ce que contiendra effectivement le plan S&#233;gur. Car si la question reste uniquement salariale, sans r&#233;ponse de fond, les probl&#232;mes de l'ensemble de la cha&#238;ne hospitali&#232;re publique resteront les m&#234;mes. L'h&#244;pital public a vu son financement ass&#233;ch&#233; par la baisse et le gel des cotisations sociales depuis des ann&#233;es. Des h&#244;pitaux ont d&#251; contracter des emprunts toxiques qui n'ont fait que d&#233;multiplier leurs difficult&#233;s. R&#233;sultat : les patients et les personnels en paient le prix aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Leurs annonces ne valent rien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille* est infirmi&#232;re aux urgences dans un h&#244;pital priv&#233; des Bouches-du-Rh&#244;ne. Fin mars, elle nous expliquait que la crise sanitaire &#233;tait le r&#233;sultat de choix politiques d&#233;sastreux. Deux mois plus tard, elle ne d&#233;col&#232;re pas. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous mes coll&#232;gues, je suis &#233;puis&#233;e. Fatigu&#233;e par le climat anxiog&#232;ne et par nos nouvelles conditions de travail : bosser avec un masque, transpirer dans ses couches de v&#234;tements, sa blouse et sa surblouse, puis se changer entre chaque patient. G&#233;rer l'anxi&#233;t&#233; des patients, augment&#233;e par l'interdiction des visites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais conna&#238;tre son emploi du temps d'une semaine sur l'autre, ne jamais pouvoir se projeter, &#231;a aussi c'est &#233;reintant. C'est l&#224; que tu te rends compte que la conscience professionnelle des soignants est dingue. Au mois de mai, j'ai travaill&#233; 180 heures et aucune n'a &#233;t&#233; pay&#233;e en heure suppl&#233;mentaire. Je n'ai pas non plus touch&#233; la prime Urgences alors que j'y travaille depuis plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre motif de fatigue : le cirque m&#233;diatique et les fausses r&#233;ponses politiques. Chez les soignants, on a us&#233; de l'&#233;nergie en s'&#233;nervant sur les discours autour des masques d'abord jug&#233;s inutiles, puis bient&#244;t obligatoires. On est dans une politique du spectacle : il y a eu des TGV et des avions affr&#233;t&#233;s, un h&#244;pital militaire parce que &#231;a fait bien &#224; la t&#233;l&#233;. Mais la base &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;ducation &#224; la sant&#233; publique, n'a pas &#233;t&#233; dispens&#233;e. Personne n'a vraiment expliqu&#233; aux gens comment se laver les mains, comment retirer un masque ou des gants. Il aurait fallu mettre en place des tentes en ext&#233;rieur dans lesquels des soignants auraient renseign&#233; sur la conduite &#224; tenir. Au lieu de &#231;a, on a eu droit &#224; des flashs info en boucle qui ont paniqu&#233; la population et ne lui ont pas permis de s'autonomiser. Pourtant, il y avait du personnel disponible pour &#231;a : les soignants dont les services avaient ferm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il faut d&#233;fendre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un h&#244;pital ne fonctionne pas sans brancardiers, sans aides-soignantes, sans travailleurs des services d'hygi&#232;ne. Ce qu'on veut, c'est la revalorisation de l'h&#244;pital entier. Et puis quand ils parlent d'une prime aux soignants, c'est qui pour eux les soignants ? Pourquoi cette prime ne concerne-t-elle que l'h&#244;pital ? L'aide-soignante en Ehpad ne l'a pas m&#233;rit&#233;e, peut-&#234;tre ? Cette prime, c'est pas ce qu'on demande, on n'en a d'ailleurs pas encore vu la couleur. Leurs annonces ne valent rien : le vendredi avant le d&#233;confinement ils ont enlev&#233; les renforts, des fois qu'on voudrait se reposer. Et puis aucun repr&#233;sentant des soignants n'a &#233;t&#233; invit&#233; pour pr&#233;parer leur grand plan S&#233;gur de la sant&#233;. Il n'y a que des PDG et des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, le gouvernement est en train d'essayer de casser le soutien aux soignants. La crise du Covid est arriv&#233;e sur fond de climat social tendu et elle a notamment mis un stop aux mobilisations des Gilets jaunes qui &#233;taient attentifs &#224; la question des soignants. Tout comme l'&#233;tait le mouvement contre la r&#233;forme des retraites. Quand le gouvernement annonce une prime de 1 500 &#8364; pour nous, c'est violent pour les personnes qui ont subi de plein fouet la crise sanitaire, qui n'ont plus de revenus ou sont pay&#233;es au Smic. Pareil pour le dispositif permettant aux travailleurs de nous offrir leurs cong&#233;s. Jamais on ne voudrait des cong&#233;s des gens ! Ils en remettent une couche en expliquant que la revalorisation des salaires des soignants va demander un effort &#224; tout le monde. En fait, ils sont en train de faire croire que les soignants sont devenus des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tirait la sonnette d'alarme depuis longtemps. Maintenant on n'en est plus l&#224; : c'est arriv&#233;. On a maltrait&#233; les soignants, donc maltrait&#233; les patients. Le bilan est dramatique. On compte les morts mais la souffrance, elle, n'est pas quantifiable. Dans les Ehpad ou dans les centres pour personnes handicap&#233;es, on a laiss&#233; les gens souffrir, voire mourir seuls. On les a abandonn&#233;s parce qu'on a tout mobilis&#233; sur la sant&#233; de ceux qui repr&#233;sentent la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il faut un recrutement massif, arr&#234;ter de traiter l'h&#244;pital comme une entreprise. Le fric est l&#224; mais ils l'injectent pour sauver Air France ou Renault. Je suis d&#233;go&#251;t&#233;e. Si &#231;a continue comme &#231;a, on va se retrouver avec un syst&#232;me de sant&#233; &#224; l'am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie* est &#233;tudiante infirmi&#232;re en Occitanie. &#201;puis&#233;e apr&#232;s deux mois intenses en service de r&#233;animation, elle estime qu'il n'y a rien &#224; attendre des promesses gouvernementales. Et que la lutte passera par la rue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette fin mai, tu es en arr&#234;t-maladie pour cause d'&#233;puisement. Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une sorte d'&#233;puisement psychique, ou &#233;motionnel. Je n'ai pas trop vu les choses venir : il y a eu ma &#8220;r&#233;quisition&#8221; ainsi que celle de mes camarades, la derni&#232;re semaine de mars, dans le service de r&#233;animation en tant que stagiaire &#8220;en renfort&#8221;. S'adapter &#224; une &#233;quipe en place n'est jamais facile &#8211; surtout quand certains titulaires m&#233;prisent les stagiaires &#8211; et encore moins dans ce contexte. Il y a eu de la tension en permanence, les restrictions de mat&#233;riel, ma propre peur, celle de mes proches, les malades en souffrance, les angoisses des familles&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien que &#171; stagiaire &#187;, tu as boss&#233; &#224; plein temps. &#192; quel tarif as-tu &#233;t&#233; pay&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon indemnit&#233; de stage &#233;tait de 38 &#8364; par semaine. Nous sommes en attente d'une augmentation de prime allou&#233;e par la R&#233;gion. Il a fallu des p&#233;titions et des pressions syndicales importantes pour &#234;tre reconnus comme &#8220;aidants&#8221; et non plus comme &#8220;esclaves&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels moments t'ont marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au niveau des choses positives, il y a eu tout ce qu'on a fait pour que l'humain ait sa place. Si les familles sont interdites en r&#233;a, il n'&#233;tait pas envisageable que la restriction de mat&#233;riel (masques, surblouses) pr&#233;vale sur la d&#233;tresse des patients et de leur famille. On s'est donc rapidement &#8220;arrang&#233;&#8221; pour que les patients gardent un contact avec leurs proches. Via les &#8220;visio&#8221; ou t&#233;l&#233;phones, mails et exceptionnellement des visites. Dans l'ensemble, notre &#233;quipe &#233;tait tr&#232;s soud&#233;e, avec de belles solidarit&#233;s. D'ailleurs, on a &#233;t&#233; nourris par des restos ou des gens de l'ext&#233;rieur pendant plusieurs semaines. Je garde aussi en t&#234;te le souvenir du premier patient sorti de r&#233;a avec une haie d'honneur sous nos applaudissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi eu des moments terribles. Par exemple la d&#233;tresse des patients qui arrivent encore conscients et pour qui r&#233;animation &#233;tait synonyme de mort. Les m&#233;dias hyper anxiog&#232;nes ont d'ailleurs bien contribu&#233; &#224; majorer leurs angoisses. Cela s'est traduit par des refus de soins, ce qui nous a demand&#233; beaucoup de patience et de n&#233;gociation. Et puis on recrachait un discours rassurant sans avoir aucun recul sur le coronavirus, ne sachant pas vers quoi nous allions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont d'apr&#232;s toi les le&#231;ons &#224; tirer de cette &#171; crise Covid &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sant&#233; est affaire de gros sous. Le gouvernement ne fera rien pour nous. Nous avons manifest&#233; sous les coups de la police pendant de longs mois auparavant. D&#233;j&#224; &#224; Nancy ou ailleurs, des suppressions de lits et de postes sont pr&#233;vues. Il n'y a rien &#224; attendre de ces politiques. Ce que je veux ? Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini. La lutte est dans la rue, elle est violente. L'h&#244;pital est totalement d&#233;labr&#233; et les soignants continuent de bosser, s'appuyant sur leurs ressources personnelles et certaines convictions encore vivantes pour le secteur public. Mais jusqu'&#224; quand ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cette prime n'endort personne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie &#224; Marseille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'estimer chanceux que l'&#233;pid&#233;mie ait touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre alsacien. Cela a permis de profiter des mesures de confinement pour freiner la circulation du virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous avons hiss&#233; sur la fa&#231;ade du CHU une banderole au slogan &#233;vocateur : &#8220;&lt;i&gt;Ni m&#233;daille ni charit&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Et qu'a fait le directeur g&#233;n&#233;ral de l'AP-HM lors d'un de ses d&#233;placements ext&#233;rieurs ? Il s'est affich&#233; visitant un local dans lequel s'activaient des couturi&#232;res b&#233;n&#233;voles pour confectionner des surblouses de protection. Qu'a promis Emmanuel Macron le 13 mai ? Une m&#233;daille et une place pour les soignants lors du d&#233;fil&#233; du 14 juillet. On n'est jamais compl&#232;tement arm&#233; contre un foutage de gueule &#224; ce point d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu prendre le pouls de l'ensemble du personnel d&#232;s que les &#8220;cellules Covid&#8221; nous ont autoris&#233;s &#224; nous r&#233;unir physiquement en respectant les mesures de s&#233;curit&#233; sanitaire. Tous et toutes, administratifs compris, ont parl&#233; du poids de la fatigue et de l'angoisse face au manque de mat&#233;riel, de la col&#232;re aussi. Tous et toutes ont dit s'&#234;tre sentis abandonn&#233;.es par des employeurs incapables de les prot&#233;ger. La d&#233;fiance est grande envers le gouvernement, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;, les responsables de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; et leurs discours remplis de h&#233;ros, de sacrifices et de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a la fameuse prime de 1 500 &#8364;. Mais il s'agit surtout d'une op&#233;ration de communication pour faire taire les revendications et diviser les soignants. Tout d'abord, une distinction macabre est faite entre les d&#233;partements en fonction du nombre de morts. Les plus &#8220;l&#233;taux&#8221; seront bien dot&#233;s tandis que les autres n'auront rien &#8211; alors qu'ils ont peut-&#234;tre tout simplement bien g&#233;r&#233; la crise. Ensuite, l'enveloppe budg&#233;taire est insuffisamment provisionn&#233;e au niveau national et c'est aux dirigeants locaux de la compl&#233;ter. Mais comme ils savent que l'&#201;tat leur demandera de rendre des comptes sur leurs d&#233;penses, que leur carri&#232;re reste &#233;troitement li&#233;e aux &#233;conomies budg&#233;taires, ils essayent de gratter sur le montant de la prime en multipliant les crit&#232;res d'exclusion et de r&#233;duction. Cette prime n'endort personne, m&#234;me si elle va mettre du beurre dans les &#233;pinards de celles et ceux qui ont les r&#233;mun&#233;rations les plus faibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blouses blanches, col&#232;re noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;unions reprenant entre nous et la direction, on s'est attel&#233;s &#224; faire le bilan de la crise. Dans notre ligne de mire, le Comit&#233; interminist&#233;riel de performance et de la modernisation de l'offre de soins (Copermo) qui pr&#233;voit la suppression de 1 000 postes (soignants et administratifs) et la fermeture de 400 lits &#224; Marseille. Pour l'instant, nous n'avons obtenu que sa suspension. Par ailleurs, si les mots ont chang&#233; avec la crise sanitaire et ses cons&#233;quences sur l'organisation du travail &#8211; retours d'exp&#233;rience, t&#233;l&#233;travail, t&#233;l&#233;consultation, coordination avec le priv&#233; &#8211;, les objectifs demeurent. Leur r&#233;alisation conna&#238;tra peut-&#234;tre m&#234;me une nouvelle ardeur &#224; l'occasion du grand S&#233;gur de la sant&#233; lanc&#233; le 25 mai. L&#224; aussi le lexique employ&#233; n&#233;cessite un d&#233;codeur : promotion de la &#8220;souplesse&#8221; des &#233;quipes ou de la &#8220;mobilit&#233;&#8221; des agents &#8211; pour ne pas dire &#8220;flexibilit&#233;&#8221;, terme d&#233;sormais trop connot&#233;. Comme le gouvernement l'avait fait avec les instituteurs pr&#233;c&#233;demment, on sent pointer &#224; l'horizon une vieille lune des technocrates n&#233;olib&#233;raux : en finir avec les 35 heures en conditionnant une augmentation des salaires &#224; un assouplissement du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pas un mot sur l'&#233;volution de la grille indiciaire qui permettrait une v&#233;ritable revalorisation des traitements dans la fonction publique hospitali&#232;re. &lt;i&gt;Nada&lt;/i&gt; &#233;galement sur l'arr&#234;t des fermetures de lits et des fusions de services. &#192; la place, un discours ahurissant sur des r&#233;formes qui n'ont pas &#233;t&#233; assez rapides ! &#192; 20 h 05 &#224; la t&#233;l&#233;, un assaut de bonnes intentions pour renforcer l'&#201;tat-providence. Dans les coulisses, une note de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations d&#233;bordant de propositions favorables &#224; la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; : du d&#233;veloppement des partenariats public-priv&#233; au rapprochement entre m&#233;decine de ville (lib&#233;rale) et h&#244;pital public en passant par la place grandissante accord&#233;e aux soins ambulatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le carton plein pour le pouvoir actuel serait le d&#233;mant&#232;lement du statut de la fonction publique d&#233;j&#224; partiellement engag&#233; avec le plan de r&#233;formes &#8220;Action publique 2022&#8221; qui facilite le recours aux contractuels. Concernant l'h&#244;pital, ils ont d&#233;j&#224; un cheval de Troie id&#233;al : le statut d'&#233;tablissement priv&#233; &#224; but non lucratif, lequel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adopt&#233; par l'H&#244;pital europ&#233;en et l'h&#244;pital Saint-Joseph &#224; Marseille. Les salari&#233;s y sont sous contrat comme dans une clinique et ne disposent plus d'aucun des droits protecteurs associ&#233;s au statut de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation est en train de monter et devrait culminer lors de la manifestation intersyndicale du 16 juin &#8211; malgr&#233; la fatigue, la crainte d'&#234;tre r&#233;prim&#233;, les divisions traditionnelles qui peuvent ressortir &#224; tout moment... Parce qu'alors que la direction ne cesse de dire &#8220;&lt;i&gt;On a bien g&#233;r&#233; la situation&lt;/i&gt;&#8221;, les coll&#232;gues savent bien qu'ils ont &#233;t&#233; les seuls &#224; devoir faire face &#224; cette crise. Nous &#233;tions plusieurs centaines le 26 mai pour l'action men&#233;e lors du premier &#8220;mardi de la col&#232;re&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne* est cadre de sant&#233; en canc&#233;rologie dans un h&#244;pital du Grand Est. En charge de deux &#233;quipes, elle estime que le gouvernement a failli dans sa gestion de crise &#8211; et pas qu'un peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, mes coll&#232;gues ont peur qu'une m&#233;daille remplace une augmentation salariale et les recrutements qui s'imposent pour bien faire fonctionner les services. On se dit que c'est encore un &#233;cran de fum&#233;e. Ce que les gens attendent autour de moi, c'est des moyens pour bien travailler, en termes de mat&#233;riel et de conditions de travail, ainsi que la reconnaissance de leur total investissement depuis le d&#233;but de cette crise. Et depuis bien avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide. Nous avons re&#231;u des visi&#232;res imprim&#233;es en 3D par un collectif alsacien et tout un tas de mat&#233;riel qui ne venait pas de l'&#201;tat, mais par exemple d'entreprises. Je ne sais pas ce que &#231;a aurait donn&#233; si on avait d&#251; compter uniquement sur la r&#233;action du gouvernement. En fait, toutes ses mises en place logistiques ont tr&#232;s peu servi &#224; mes &#233;quipes. Pour le dire vite, c'est le r&#233;seau d'entraide qui a &#233;t&#233; le plus efficace et le plus r&#233;actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des annonces et du plan S&#233;gur, je suis dubitative. Surtout, j'ai entendu des membres de la majorit&#233; dire des choses d&#233;montrant qu'ils ne vivent pas dans le m&#234;me monde. Encore ce matin &lt;i&gt;[26 mai]&lt;/i&gt;, j'ai entendu l'un d'eux affirmer que les 35 heures &#224; l'h&#244;pital &#233;taient une b&#234;tise et que les infirmi&#232;res sont oblig&#233;es de faire des m&#233;nages parce qu'on ne leur propose pas de travailler plus. &#199;a, quand m&#234;me, il faut se l'entendre dire ! Quand on sait que le nombre d'heures suppl&#233;mentaires effectu&#233;es d&#233;passe largement les quotas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prime ponctuelle ne va calmer personne. Ce que nous voulons, nous le crions haut et fort depuis des ann&#233;es. Et malgr&#233; tout, tu en as qui sont capables de dire que ce que le personnel soignant r&#233;clame d'abord avant tout, c'est de pouvoir travailler plus. C'est compl&#232;tement fou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret, Iffik Le Guen, Francesco Nocera &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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