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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La lutte des classes est dans la bergerie</title>
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		<dc:date>2026-03-09T13:25:10Z</dc:date>
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		<dc:creator>La&#235;titia Giraud</dc:creator>


		<dc:subject>Elo&#239;se Pardonnet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les alpages comme dans les plaines, les gardiennes et gardiens de troupeaux, exploit&#233;&#183;es et sous-pay&#233;&#183;es, voient rouge. Le mythe d'une paysannerie unie a fait son temps : les salari&#233;&#183;es agricoles s'organisent en syndicat pour construire le rapport de force. Le 11 f&#233;vrier dernier, la foire agricole annuelle de Saint-Martin-de-Crau r&#233;unit une nouvelle fois le petit monde du pastoralisme de la plaine de La Crau, pr&#232;s d'Arles. Haut lieu de l'&#233;levage ovin, la plaine, fertile en hiver, voit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eloise-Pardonnet" rel="tag"&gt;Elo&#239;se Pardonnet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les alpages comme dans les plaines, les gardiennes et gardiens de troupeaux, exploit&#233;&#183;es et sous-pay&#233;&#183;es, voient rouge. Le mythe d'une paysannerie unie a fait son temps : les salari&#233;&#183;es agricoles s'organisent en syndicat pour construire le rapport de force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/eloise_pardonnet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH299/eloise_pardonnet-6dfeb.jpg?1773062729' width='500' height='299' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 11 f&#233;vrier dernier, la foire agricole annuelle de Saint-Martin-de-Crau r&#233;unit une nouvelle fois le petit monde du pastoralisme de la plaine de La Crau, pr&#232;s d'Arles. Haut lieu de l'&#233;levage ovin, la plaine, fertile en hiver, voit ses milliers de b&#234;tes quitter les lieux au d&#233;but de l'&#233;t&#233; pour transhumer dans les Alpes. En estive, des gardien&#183;nes de troupeaux prennent alors le relais. B&#226;ton en main, b&#233;ret sur la t&#234;te et sifflotant. Quelle joie de se consacrer &#224; ce m&#233;tier vieux comme le monde ! Sauf que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette ann&#233;e encore, on est pr&#233;sents &#224; la foire de Saint-Martin-de-Crau pour faire porter notre voix.&lt;/i&gt; &#187; Entre concours d'&#226;nes de Provence et de brebis M&#233;rinos d'Arles, les gardien&#183;nes de troupeaux &#8211; berger&#183;es, vacher&#183;es et chevrier&#183;es &#8211; ont tenu &#224; faire passer un message : &#171; &lt;i&gt;On est ici parce que les conditions de travail, d'emploi et d'accueil des gardiens de troupeaux sont trop souvent en dehors de tout cadre l&#233;gal et surtout trop souvent indignes. &lt;/i&gt; &#187; Au micro, Salom&#233;*, une jeune berg&#232;re qui exerce depuis quatre ans. Une allure timide mais, sur l'estrade, sa voix ne tremble pas : &#171; &lt;i&gt;Nous, bergers salari&#233;s, on est essentiels pour la survie des fermes. Sans nous, les exploitations ne tournent pas. Et malgr&#233; &#231;a, on peut &#224; peine vivre de notre travail.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Comment &#231;a se fait ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis sa structuration en 2019 en Ari&#232;ge, le SGT &#8211; affili&#233; &#224; la CGT &#8211; a rapidement essaim&#233;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue ici, devant les mines agac&#233;es des gros &#233;leveurs de La Crau, c'est une lutte pour rendre visible un syst&#232;me d'exploitation des travailleur&#183;ses agricoles et revendiquer de meilleures conditions de travail. Parce qu'&#234;tre gardien&#183;ne de troupeaux, c'est cocher &#224; peu pr&#232;s toutes les cases de l'emploi pr&#233;caire : contrats saisonniers, salaires ridicules et heures suppl&#233;mentaires non pay&#233;es, h&#233;bergements insalubres, p&#233;nibilit&#233; non compens&#233;e&#8230; Alors que le fantasme autour d'un monde paysan unifi&#233; qui partagerait les m&#234;mes difficult&#233;s est brandi en &#233;tendard par tous les syndicats agricoles patronaux ces derniers temps&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FNSEA, Coordination rurale, Conf&#233;d&#233;ration paysanne. Lire &#171; Classe paysanne : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le Syndicat des gardien&#183;nes de troupeaux (SGT), dont Salom&#233; se fait la porte-parole ce 11 f&#233;vrier, entend briser cette image et reconstruire un rapport de force en faveur du salariat agricole.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rendre visible l'exploitation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa structuration en 2019 en Ari&#232;ge, le SGT &#8211; affili&#233; &#224; la CGT &#8211; a rapidement essaim&#233;. Son acte de naissance ? Un ras-le-bol partag&#233;, r&#233;sum&#233; avec cynisme sur les tracts distribu&#233;s &#224; la foire agricole : &#171; &lt;i&gt;Derri&#232;re une belle brebis se cache souvent un&#183;e salari&#233;&#183;e exploit&#233;&#183;e.&lt;/i&gt; &#187; Lise, chevri&#232;re dans le sud de la France, raconte : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, on d&#233;pend d'une convention collective nationale qui ne reconna&#238;t pas les sp&#233;cificit&#233;s de notre m&#233;tier, et d'avenants qui cr&#233;ent des disparit&#233;s dans chaque d&#233;partement. C'est la loterie : chaque &#233;leveur fait &#224; sa sauce et chaque berger fait comme il peut. &lt;/i&gt; &#187; Claire, berg&#232;re dans les Hautes-Alpes chaque &#233;t&#233; depuis six ans, ajoute : &#171; &lt;i&gt;Les crit&#232;res classant de la convention collective laissent les employeurs &#233;valuer arbitrairement leurs fiches de poste. Forc&#233;ment, il y a un foss&#233; entre le travail r&#233;el et sa reconnaissance salariale&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : des salari&#233;&#183;es d&#233;clar&#233;&#183;es 35 heures par semaine pour travailler en r&#233;alit&#233; plus du double, des gardes qui durent jusque seize heures sans interruption, du chantage pour faire signer des feuilles de temps et de paies trafiqu&#233;es. Tous&#183;tes racontent une m&#234;me exp&#233;rience de la pr&#233;carit&#233;, qui s'&#233;tend jusqu'aux conditions d'h&#233;bergement et de s&#233;curit&#233;. Salom&#233; t&#233;moigne d'une situation v&#233;cue par une camarade, embauch&#233;e comme berg&#232;re en 2023 : &#171; &lt;i&gt;Elle a d&#251; monter dans un alpage alors m&#234;me que ses employeurs savaient que le captage d'eau n'&#233;tait pas aux normes. Et elle s'est intoxiqu&#233;e assez gravement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;placer le curseur de la conflictualit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment alors faire de cette exp&#233;rience commune de l'exploitation un moteur de conscience de classe ? Pour Claire, la difficult&#233; r&#233;side dans le manque de reconnaissance de la profession : &#171; &lt;i&gt;On n'a pas d'observatoire du m&#233;tier, donc on n'a pas de chiffres. On ne sait m&#234;me pas combien on est&lt;/i&gt;. &#187; Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;On a aussi tr&#232;s peu de donn&#233;es sur les accidents et les morts au travail. Alors qu'il y en a chaque ann&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Difficile aussi de cr&#233;er de la solidarit&#233; et un &#233;lan de lutte dans un m&#233;tier caract&#233;ris&#233; par l'isolement et les carri&#232;res courtes. Selon Claire, &#171; &lt;i&gt;une carri&#232;re de berger, c'est en moyenne trois ans pour les femmes, cinq ans pour les hommes &lt;/i&gt; &#187;. Julien, gardien depuis pr&#232;s de quinze ans dans les Pyr&#233;n&#233;es, confirme : &#171; &lt;i&gt;Les conditions sont tellement pourries qu'il n'y a personne qui reste se battre pour les am&#233;liorer. Tu passes deux ans o&#249; tu es passionn&#233;, un an o&#249; tu commences &#224; te p&#233;ter des trucs partout et les deux derni&#232;res ann&#233;es, tu as envie de te barrer et trouver une porte de sortie.&lt;/i&gt; &#187; L'usure des corps, Salom&#233; peut en t&#233;moigner, elle qui &#224; 24 ans dit d&#233;j&#224; souffrir des genoux. La faute aux kilom&#232;tres et au d&#233;nivel&#233; parcourus dans les montagnes, pendant des semaines et par tous les temps.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les conditions sont tellement pourries qu'il n'y a personne qui reste se battre pour les am&#233;liorer &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une autre explication se trouve dans l'invisibilisation des salari&#233;&#183;es par les syndicats agricoles, y compris par la Conf'. Dans un entretien &#224; la revue &lt;i&gt;Nunatak&lt;/i&gt;, une berg&#232;re explique : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s qu'on te parle de &#8220;collectifs paysans&#8221; [&#8230;], derri&#232;re tu as des petits exploitants et des petits propri&#233;taires, et donc ceux-l&#224; aussi participent &#224; l'invisibilisation des salari&#233;s agricoles parce que leurs int&#233;r&#234;ts et leurs enjeux, ce n'est pas une lutte de classes, mais c'est la concurrence avec les gros exploitants. Ils d&#233;placent le curseur de la conflictualit&#233;, et nous, on n'existe pas l&#224;-dedans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Confusion paysanne &#187;, dans Nunatak n&#176;11 (janvier 2026).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#192; trop vouloir se r&#233;clamer d'un m&#234;me &#171; monde paysan &#187;, les exploitant&#183;es &#8211; m&#234;me petits &#8211; laissent sciemment de c&#244;t&#233; la question de savoir qui poss&#232;de les moyens de production (elleux) et qui doit vendre sa force de travail (pas elleux). &#201;vapor&#233;, le sujet du salariat agricole.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Construire le rapport de force&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Julien, la mission du SGT est donc claire : replacer le curseur de la conflictualit&#233; au bon endroit. &#171; &lt;i&gt;On est vraiment un syndicat de lutte. On cherche &#224; &#234;tre revendicatif et classiste&lt;/i&gt; &#187;, affirme-t-il. Pour cela, le SGT applique une analyse mat&#233;rialiste aux rapports de production dans le pastoralisme, et plus largement dans le secteur agricole. En d&#233;coule une strat&#233;gie de lutte &#224; plusieurs niveaux. D'abord, transformer une condition commune, l'exploitation, en un collectif organis&#233;. Pour Claire, le SGT continue &#224; progresser en ce sens : &#171; &lt;i&gt;Il y a encore quelques ann&#233;es, mettre le sujet du syndicat sur la table c'&#233;tait hyper clivant.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Aujourd'hui je vois des personnes qui &#233;taient r&#233;ticentes au d&#233;but qui ont rejoint le mouvement. Et &#231;a marche ! Les &#233;leveurs flippent parce qu'ils se rendent compte qu'ils ont quand m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; se d&#233;marquer pour attirer des gens &#224; travailler pour eux. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il s'agit de se r&#233;approprier le droit du travail. Cela passe par de la formation comme celle que propose Lise lors de la foire agricole de Saint-Martin-de-Crau. Elle y d&#233;voile les dessous de la convention collective et d&#233;taille mille et une fa&#231;ons de ne pas se faire avoir lors des n&#233;gociations de contrat avec les &#233;leveur&#183;ses. Cela passe aussi par le travail de fond men&#233; par le syndicat dans les commissions paritaires des d&#233;partements et surtout au national : &#171; &lt;i&gt;Nous on demande un cadre qui soit clair dans nos contrats d'embauche. On a un m&#233;tier qui est hyper sp&#233;cifique, on a des chiens et des &#233;quipements &#224; payer. On demande donc une convention collective qui garantit des niveaux de salaires et des indemnit&#233;s coh&#233;rents, et qui prot&#232;ge tout le monde de la m&#234;me fa&#231;on. &#199;a suffit de faire reposer &#231;a sur la force individuelle de n&#233;gociation. &lt;/i&gt; &#187; Sans surprise, la FNSEA continue d'y faire obstruction par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut &#233;largir la lutte &#171; &lt;i&gt;pour cr&#233;er un rapport de force suffisant pour les faire c&#233;der&lt;/i&gt; &#187;, selon Claire. Ouvrier&#183;es agricoles, travailleur&#183;ses de l'agro-industrie, ch&#244;meur&#183;euses, pr&#233;caires saisonniers et int&#233;rimaires&#8230; Une joyeuse bande qu'il est temps de rassembler dans un m&#234;me &#233;lan contre le syst&#232;me qui divise et exploite. Et face aux &lt;i&gt;haters&lt;/i&gt; de la foire agricole, Salom&#233; conclut : &#171; &lt;i&gt; &#192; celles et ceux qui nous reprochent d'&#234;tre hors sol et de tuer le m&#233;tier, on affirme au contraire qu'on a bien les pieds sur terre. Ce m&#233;tier on l'aime. Mais &#231;a suffit de manger sur notre dos. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La&#235;titia Giraud&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter ! Prochain rendez-vous du SGT-PACA &#224; Marseille le 10 mars 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;FNSEA, Coordination rurale, Conf&#233;d&#233;ration paysanne. Lire &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Classe-paysanne-unie-mais-a-quel&#034;&gt;&#171; Classe paysanne : unie mais &#224; quel prix ? &#187;, dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;249 (f&#233;vrier 2026)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Confusion paysanne &#187;, dans &lt;i&gt;Nunatak&lt;/i&gt; n&#176;11 (janvier 2026).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La villa des fonctionnaires bris&#233;s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-villa-des-fonctionnaires-brises</link>
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		<dc:date>2025-09-26T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Niel Kadereit</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Elo&#239;se Pardonnet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tous les six ont d&#233;missionn&#233; de la fonction publique : une magistrate, un facteur, un policier, deux enseignantes et une m&#233;decin. Pour son documentaire de cr&#233;ation Hors-service, le r&#233;alisateur Jean Boiron-Lajous les a fait se rencontrer au sein d'un h&#244;pital abandonn&#233;. Dans un huis clos intimiste, ils racontent leurs souffrances et d&#233;sillusions au travail. Le film s'ouvre en mode urbex : cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule, on suit des inconnus explorer &#224; la lampe de poche un h&#244;pital abandonn&#233;. La ruine de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no244-septembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;244 (septembre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eloise-Pardonnet" rel="tag"&gt;Elo&#239;se Pardonnet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tous les six ont d&#233;missionn&#233; de la fonction publique : une magistrate, un facteur, un policier, deux enseignantes et une m&#233;decin. Pour son documentaire de cr&#233;ation &lt;i&gt;Hors-service&lt;/i&gt;, le r&#233;alisateur Jean Boiron-Lajous les a fait se rencontrer au sein d'un h&#244;pital abandonn&#233;. Dans un huis clos intimiste, ils racontent leurs souffrances et d&#233;sillusions au travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/244_14_elopardonnet_servpublic.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH613/244_14_elopardonnet_servpublic-2ff4f.jpg?1768677000' width='500' height='613' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e film s'ouvre en mode urbex&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exploration urbaine, une pratique consistant &#224; visiter des lieux construits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule, on suit des inconnus explorer &#224; la lampe de poche un h&#244;pital abandonn&#233;. La ruine de l'&#201;tat Providence faite mati&#232;re. Un Tchernobyl du service public en quelque sorte. Cela pourrait &#234;tre le d&#233;but d'un film d'horreur, &#224; ceci pr&#232;s que le genre a au moins la d&#233;cence de se montrer rassurant sur un point : il met en sc&#232;ne des fictions, des histoires invent&#233;es. Dans son dernier documentaire,&lt;i&gt; Hors-service,&lt;/i&gt; qui sortira en salle au mois d'octobre, Jean Boiron-Lajous ne s'embarrasse pas de ces pudeurs de gazelle. L'histoire qu'il raconte, &#224; travers les voix de six anciens fonctionnaires, est bien r&#233;elle : celle d'un service public qui se d&#233;grade et ab&#238;me ses usagers autant que ses travailleurs et travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Postier, juge, baqueux, profs et urgentiste, tous ont &#233;t&#233; broy&#233;s par une institution qui les a vus d&#233;barquer emplis d'espoir, de bonne volont&#233;, de na&#239;vet&#233; presque. &#171; &lt;i&gt;J'avais envie d'aider tous les &#233;l&#232;ves &lt;/i&gt; &#187;, dira l'une des anciennes enseignantes. &#171; &lt;i&gt;Ce que j'ai pu faire ou voir est loin de l'id&#233;e d'une justice protectrice des libert&#233;s individuelles, celle des livres, que l'on dit &#234;tre la condition d'une d&#233;mocratie &lt;/i&gt; &#187;, dira l'ancienne magistrate. Mais invariablement, les structures se r&#233;v&#232;lent &#234;tre plus fortes que les individus, travaill&#233;s par leurs probl&#232;mes &#233;thiques et malmen&#233;s par des techniques manag&#233;riales import&#233;es du secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une photographie soign&#233;e et des choix de mise en sc&#232;ne empruntant &#224; la fiction, le spectateur est transport&#233; dans un r&#234;ve brumeux o&#249; il c&#244;toie les fant&#244;mes de la fonction publique, leurs souvenirs et leurs tourments. Rapidement, la cam&#233;ra r&#233;ussit &#224; se faire oublier et l'on se retrouve plong&#233; au c&#339;ur d'une th&#233;rapie collective. Les six&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;affranchis &lt;/i&gt; &#187;, selon l'expression de l'ancienne m&#233;decin du groupe, se reconstruisent peu &#224; peu en habitant ensemble cet ancien h&#244;pital &#224; travers diff&#233;rentes activit&#233;s : s&#233;ance de sport, bricolage, discussions &#224; c&#339;ur ouvert, d&#238;ner, f&#234;te. Une sorte de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; pour fonctionnaires bris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment des cr&#233;dits, un l&#233;ger go&#251;t d'inachev&#233; demeure pourtant. Tout au long de l'heure et demie de film, la fonction de ces institutions &#8211; la police, la justice ou encore l'&#233;cole &#8211; n'est jamais interrog&#233;e. Leur violence est-elle uniquement la cons&#233;quence de coupes budg&#233;taires successives ou bien se loge-t-elle au c&#339;ur m&#234;me de leurs structures ? On aurait aim&#233; que la question soit au moins effleur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Niel Kadereit&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Exploration urbaine, une pratique consistant &#224; visiter des lieux construits et abandonn&#233;s par l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La m&#233;moire yougoslave ou l'art de lutter</title>
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		<dc:creator>Eliott Dognon</dc:creator>


		<dc:subject>Elo&#239;se Pardonnet</dc:subject>

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&lt;p&gt;En Bosnie-Herz&#233;govine, les organisations f&#233;ministes entretiennent la m&#233;moire de leurs a&#239;eules yougoslaves : partisanes ayant particip&#233; &#224; la lib&#233;ration du joug des nazis et artistes f&#233;ministes avant&#8209;gardistes. Elles esp&#232;rent r&#233;habiliter un pass&#233; que l'&#201;tat tente d'invisibiliser. Le 8 mars dernier, sous un soleil printanier, quelques centaines de personnes, toutes g&#233;n&#233;rations confondues, ont battu le pav&#233; de Sarajevo &#224; l'occasion de la journ&#233;e internationale de lutte pour les droits des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no240-avril-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;240 (avril 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eloise-Pardonnet" rel="tag"&gt;Elo&#239;se Pardonnet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Bosnie-Herz&#233;govine, les organisations f&#233;ministes entretiennent la m&#233;moire de leurs a&#239;eules yougoslaves : partisanes ayant particip&#233; &#224; la lib&#233;ration du joug des nazis et artistes f&#233;ministes avant&#8209;gardistes. Elles esp&#232;rent r&#233;habiliter un pass&#233; que l'&#201;tat tente d'invisibiliser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/240_06_eloisepardonnet_8marssarajevo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH260/240_06_eloisepardonnet_8marssarajevo-a00d5.jpg?1768661513' width='500' height='260' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Elo&#239;se Pardonnet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 8 mars dernier, sous un soleil printanier, quelques centaines de personnes, toutes g&#233;n&#233;rations confondues, ont battu le pav&#233; de Sarajevo &#224; l'occasion de la journ&#233;e internationale de lutte pour les droits des femmes. &#192; partir de 16 heures, elles &#233;taient rassembl&#233;es devant la maison des syndicats, arm&#233;es de drapeaux arc-en-ciel, de pancartes revendicatrices et de sifflets pour faire un maximum de boucan. Cette ann&#233;e, les mots d'ordre se concentrent sur les in&#233;galit&#233;s et le sexisme au travail : &#171; R&#233;duire l'ego, augmenter le salaire &#187;, &#171; Barbie est sous-pay&#233;e &#187;, &#171; Je ne veux pas de rose, je veux de meilleures conditions de travail &#187;, pouvait-on lire ici et l&#224;. Concernant les questions de genre, sur le continent europ&#233;en, la Bosnie-Herz&#233;govine, comme beaucoup de ses voisins, fait figure de mauvaise &#233;l&#232;ve&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Table 5 : Gender Inequality Index &#187;, Human Development Report, United (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Aussi, les f&#233;ministes r&#233;habilitent l'h&#233;ritage de leurs a&#238;n&#233;es yougoslave.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le patriarcat colle aux basques &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Bosnie-Herz&#233;govine, comme beaucoup de pays du continent, poss&#232;de tout l'arsenal l&#233;gislatif cens&#233; garantir l'&#233;galit&#233; de genre dans le monde du travail. Sauf que son application est quasi inexistante. En 2019, les femmes constituaient ainsi pr&#232;s de 57 % des ch&#244;meurs du pays et 37,5 % des employ&#233;es d&#233;claraient avoir subi du harc&#232;lement sexuel au travail&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Country Gender Equality Profile of Bosnia and Herzegovina &#187;, UN Women, 2021.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour Andreja Dugand&#382;i&#263;, militante membre de Crvena Sarajevo (Sarajevo Rouge)&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sarajevo Rouge est une organisation f&#233;ministe se concentrant sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, mettre la question du travail au centre de ce 8 mars 2025 &#233;tait une &#233;vidence : &#171; &lt;i&gt;Il faut rappeler que la premi&#232;re fois que cette journ&#233;e a &#233;t&#233; organis&#233;e, c'&#233;tait justement pour l'am&#233;lioration du droit des femmes au travail. &lt;/i&gt; &#187; Et si cela appara&#238;t au premier plan cette ann&#233;e, c'est aussi gr&#226;ce &#224; l'implication de syndicats dans l'organisation. Une victoire selon Hana &#262;urak, chercheuse dans le secteur culturel &#224; l'Humboldt University de Berlin et fondatrice de la plateforme de production f&#233;ministe Sve su to Vje&#353;tice (Toutes des sorci&#232;res) : &#171; &lt;i&gt;C'est bien que l'initiative vienne aussi des syndicats ! Ici, c'est vraiment difficile de les mobiliser, car il y a beaucoup de confusion politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; En Yougoslavie, le droit &#224; l'avortement &#233;tait dans la Constitution &#224; partir de 1974 ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du monde du travail, les Bosniennes font face &#224; d'autres formes de violences. Selon Andreja Dugand&#382;i&#263;, bien que l'avortement soit l&#233;gal, il est de moins en moins pratiqu&#233; : &#171; &lt;i&gt;La religion est partout en Bosnie et le discours se concentre sur la famille et le contr&#244;le du corps des femmes. Il n'y a pas assez de docteurs pour pratiquer l'avortement et certains refusent de le faire. &lt;/i&gt; &#187; Pourtant, Andreja le rappelle : &#171; &lt;i&gt;En Yougoslavie, le droit &#224; l'avortement &#233;tait dans la Constitution &#224; partir de 1974 ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'h&#233;ritage des Partisanes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'on arrive devant le centre commercial de Sarajevo City Center sur la fin de Mar&#353;ala Tita (Mar&#233;chal Tito), le boulevard principal de la ville, de nombreux automobilistes klaxonnent en soutien. Des militantes tentent de faire monter les d&#233;cibels en haranguant chaque conducteur. Pendant ce temps, la banderole de t&#234;te, au style clairement inspir&#233; du r&#233;alisme socialiste, fend l'air. On y voit quatre femmes de profile dont l'une porte un drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de surprenant tant les mouvements f&#233;ministes des anciennes R&#233;publiques yougoslaves s'inspirent de l'h&#233;ritage laiss&#233; par les Partisanes, ces combattantes antifascistes ayant particip&#233; &#224; la lib&#233;ration de la Yougoslavie du joug nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Fond&#233; en 1942, le Front antifasciste des femmes (AF&#381;) mobilise les femmes dans la lutte pour la lib&#233;ration de la Yougoslavie. En tout, on estime que 110 000 femmes &#233;taient membres d'unit&#233;s militaires. &#171; &lt;i&gt;Plus ou moins 10 000 femmes ont particip&#233; &#224; la lutte arm&#233;e&lt;/i&gt;, raconte Andreja Dugand&#382;i&#263;. &lt;i&gt;Les autres &#233;taient &#224; l'arri&#232;re en tant qu'infirmi&#232;res, &#224; la production, &#224; la distribution de nourriture...&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s la guerre, l'AF&#381; participe &#224; la r&#233;organisation de la vie en Yougoslavie en se rapprochant du mouvement ouvrier. Petit &#224; petit, &#171; &lt;i&gt;elles ont &#233;t&#233; transform&#233;es en forces techniques. L'AF&#381; a appris &#224; lire et &#233;crire &#224; plus de 400 000 personnes ! &#187;&lt;/i&gt; En 1953, l'AF&#381; c&#232;de &#224; la pression de l'&#201;tat et est d&#233;mantel&#233;e sous pr&#233;texte &#171; &lt;i&gt;qu'il ne devrait pas y avoir d'organisation ind&#233;pendante, puisque les droits des femmes sont cens&#233;s &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans les affaires de l'&#201;tat.&lt;/i&gt; &#187; explique Andreja.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le mouvement f&#233;ministe bosnien r&#233;habilite cette m&#233;moire. Crvena Sarajevo a ainsi men&#233; un travail sur la num&#233;risation des archives de l'AF&#381;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; La dot f&#233;ministe de Dunja Bla&#382;evi&#263; &#187;, AWARE (09/09/2022).&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Ce travail a pour but de remettre au go&#251;t du jour cette histoire &#171; &lt;i&gt;qui a toujours &#233;t&#233;, et reste rel&#233;gu&#233; aux marges &lt;/i&gt; &#187;, pour &#171; &lt;i&gt;penser publiquement et de mani&#232;re critique notre propre pass&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Pour Andreja, cela vient ainsi combler un manque : &#171; &lt;i&gt;Quand on a commenc&#233; &#224; bosser sur les archives, il n'y avait que tr&#232;s peu de discussions autour de cette m&#233;moire historiographique, m&#234;me dans les milieux universitaires. &lt;/i&gt; &#187; Surtout que la m&#233;moire yougoslave a tendance &#224; &#234;tre occult&#233;e par les autorit&#233;s nationalistes du pays, qui promeuvent des discours identitaires : &#171; &lt;i&gt;Il y a un projet de d&#233;possession de l'h&#233;ritage yougoslave. C'est vraiment important de riposter, d'&#234;tre conscient de cette histoire et de la ch&#233;rir afin d'agir pour le futur que l'on souhaite pour nous-m&#234;me &lt;/i&gt; &#187; compl&#232;te Hana &#262;urak.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Femmes artistes, avant&#8209;garde f&#233;ministe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#233;mant&#232;lement de l'AF&#381; en 1953, un mouvement f&#233;ministe yougoslave se constitue dans les ann&#233;es 1970-1980 autour notamment de pratiques artistiques. En 1978, deux universitaires f&#233;ministes, Nada Ler Sofroni&#263; et &#381;arana Papi&#263; en collaboration avec l'historienne de l'art, commissaire d'exposition et critique Dunja Bla&#382;evi&#263;, organisent un cycle de conf&#233;rences intitul&#233; &#171; Drug-ca &#382;ena : &#382;ensko pitanje &#8211; novi pristup ? &#187; (&#171; Camarade femme : la question des femmes &#8211; une nouvelle approche ? &#187;), au Centre culturel &#233;tudiant de Belgrade (SKC). Cet &#233;v&#233;nement est encore aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme un tournant : pour la premi&#232;re fois, des f&#233;ministes de l'Ouest et de l'Est se rencontrent et relient la question de l'&#233;mancipation &#224; la fin du capitalisme &#224; l'Ouest. Elles d&#233;veloppent &#233;galement une critique du patriarcat persistant au sein de l'&#201;tat yougoslave qu'elles consid&#232;rent comme un &#171; &lt;i&gt;vestige bourgeois qui entre en contradiction avec ses principes [socialistes]&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andreja Dugand&#382;i&#263; et Tijana Oki&#263;, &#171; The Lost Revolution &#8211; Women's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je pense que nous sommes de plus en plus unis, au fur et &#224; mesure que le monde part en vrille, et je trouve &#231;a magnifique &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le mouvement f&#233;ministe bosnien est toujours li&#233; &#224; des pratiques artistiques mais pour des raisons plus pragmatiques. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, il y a eu beaucoup d'investissements dans l'art visuel en Bosnie de la part d'organisations internationales. &lt;/i&gt; &#187; explique Hana &#262;urak. Il &#233;tait donc plus simple d'utiliser l'art pour gagner en visibilit&#233;, financer des activit&#233;s et d&#233;velopper des discours f&#233;ministes. Ces derniers temps, m&#234;me ces financements se font rares. Mais cela n'emp&#234;che pas le cort&#232;ge de terminer sa course festive au mus&#233;e d'histoire de Bosnie-Herz&#233;govine sous un superbe couch&#233; de soleil qui accueille prises de paroles, groupes de chants, DJ set et concert de rap. Hana &#262;urak est pleine d'espoir : &#171; &lt;i&gt;Je pense que nous sommes de plus en plus unis, au fur et &#224; mesure que le monde part en vrille, et je trouve &#231;a magnifique&lt;/i&gt; &#187;. Andreja Dugand&#382;i&#263; aussi. Face &#224; la mont&#233;e du fascisme, elle lance : &#171; &lt;i&gt;Je veux qu'ils aient peur du mouvement f&#233;ministe. Je veux qu'on soit effrayantes ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Eliott Dognon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Table 5 : Gender Inequality Index &#187;, Human Development Report, United Nations Development Programme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Country Gender Equality Profile of Bosnia and Herzegovina &#187;, UN Women, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sarajevo Rouge est une organisation f&#233;ministe se concentrant sur la recherche, les pratiques artistiques, politiques et &#233;ducationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://awarewomenartists.com/magazine/la-dot-feministe-de-dunja-blazevic/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dot f&#233;ministe de Dunja Bla&#382;evi&#263;&lt;/a&gt; &#187;, AWARE (09/09/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Andreja Dugand&#382;i&#263; et Tijana Oki&#263;, &#171; &lt;a href=&#034;https://crvena.ba/lost-revolution-womens-antifascist-front-between-myth-and-forgetting/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Lost Revolution &#8211; Women's Antifascist Front between myth and forgetting &#187;&lt;/a&gt;, crvena.ba, 2018. On peut en lire une recension &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/balkanologie/2651&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en fran&#231;ais ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Koban&#233; sous les bombes turques</title>
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		<dc:date>2025-02-27T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hana</dc:creator>


		<dc:subject>Elo&#239;se Pardonnet</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la chute du r&#233;gime de Bachar al-Assad, alors que le groupe Hayat Tahrir al-Sham fon&#231;ait sur Damas, les factions militaires de l'Arm&#233;e nationale syrienne appuy&#233;es par la Turquie ont attaqu&#233; la r&#233;gion de Koban&#233;, ville symbole de la r&#233;sistance kurde &#224; Daech. Ici, les bombardements de drones et les avions de guerre turcs rythment la vie quotidienne. Reportage. Depuis le 8 janvier, chaque r&#233;veil se fait dans l'angoisse des nouvelles informations. Combien de morts et de bless&#233;s ? Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no238-fevrier-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;238 (f&#233;vrier 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eloise-Pardonnet" rel="tag"&gt;Elo&#239;se Pardonnet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avant m&#234;me la chute du r&#233;gime de Bachar al-Assad, alors que le groupe Hayat Tahrir al-Sham fon&#231;ait sur Damas, les factions militaires de l'Arm&#233;e nationale syrienne appuy&#233;es par la Turquie ont attaqu&#233; la r&#233;gion de Koban&#233;, ville symbole de la r&#233;sistance kurde &#224; Daech. Ici, les bombardements de drones et les avions de guerre turcs rythment la vie quotidienne. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6014 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/238_07_eloisepardonnet_kobane.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH370/238_07_eloisepardonnet_kobane-b29f0.jpg?1768656381' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Elo&#239;se Pardonnet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis le 8 janvier, chaque r&#233;veil se fait dans l'angoisse des nouvelles informations. Combien de morts et de bless&#233;s ? Le bilan s'alourdit de jour en jour autour du barrage de Tichrine, enjeu strat&#233;gique et pourvoyeur en &#233;lectricit&#233; de la r&#233;gion, cibl&#233; par la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'appel de l'ex&#233;cutif de l'Administration autonome kurde (&lt;a href=&#034;#ancreAANES&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;AANES&lt;/a&gt;*), des centaines de civils sont mobilis&#233;s pour participer au &lt;i&gt;nobet&lt;/i&gt; [tour de garde] selon les principes de la &#171; Guerre du peuple r&#233;volutionnaire &#187; insuffl&#233;s par l'id&#233;ologie apo&#239;ste&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Apo (&#171; l'oncle &#187;), surnom donn&#233; &#224; Abdullah &#214;calan, leader kurde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ils se relaient nuit et jour comme boucliers humains afin d'emp&#234;cher la destruction du barrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahmet, participant au convoi civil lors de la premi&#232;re journ&#233;e sur le barrage, t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Des personnes &#233;taient venues de tout le territoire autonome, c'&#233;tait impressionnant &#224; voir. Mais &#224; peine arriv&#233;es, un avion de guerre a l&#226;ch&#233; un obus &#224; quelques m&#232;tres d'elles.&lt;/i&gt; &#187; Bilan : cinq morts et quinze bless&#233;s, dont un jeune de 13 ans. Le 18 janvier, quatre civils sont morts par le tir d'un drone. Deux bless&#233;s, dont le com&#233;dien de th&#233;&#226;tre Juma Khalil Ibrahim (alias Bave Tayar) succomberont le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#192; Koban&#233;, il n'y a plus ni eau ni &#233;lectricit&#233;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, une c&#233;r&#233;monie en l'honneur de huit combattants des Forces d&#233;mocratiques syriennes (&lt;a href=&#034;#ancreFDS&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;FDS&lt;/a&gt;*) se tenait &#224; Koban&#233;, ville frontali&#232;re avec la Turquie. Les &lt;i&gt;merasin&lt;/i&gt; (c&#233;r&#233;monies mortuaires) font partie de la vie quotidienne des habitants et r&#233;unissent des centaines de personnes. Ahmet se veut combatif : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas peur, car aujourd'hui se joue notre existence en tant que Kurdes. La Turquie et ses gangs, &lt;a href=&#034;#ancreHTS&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;HTS&lt;/a&gt;* compris, veulent mettre fin &#224; notre existence. C'est notre responsabilit&#233; de continuer la lutte, car des milliers de personnes sont tomb&#233;es en martyrs. Ces sacrifices ne seront pas vains, nous vaincrons. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la veill&#233;e fun&#232;bre, jeunes, vieux, m&#232;res, Kurdes, Arabes reprennent &#224; l'unisson une chanson du chanteur kurde Seyda Perin&#231;ek : &#171; &lt;i&gt;Her der dibe goristan, dim&#238;ne yek &#238;nsan / Me soz dane &#351;eh&#238;dan, em nadin Koban&#234; &lt;/i&gt; &#187; (&#171; M&#234;me quand tout devient cimeti&#232;re, une personne r&#233;siste /Nous avons promis aux martyrs, nous n'abandonnerons pas Koban&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C'est le ciel qui l'envoie &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les bombardements affectent la vie des habitants &#224; tous les niveaux, endommageant les infrastructures civiles telles que les greniers &#224; bl&#233;, les barrages, les centrales &#233;lectriques, les stations de forage d'eau. &#192; Koban&#233;, il n'y a plus ni eau ni &#233;lectricit&#233;. Des citernes pos&#233;es sur les toits alimentent les maisons. Cons&#233;quences : apparition de maladies dues aux bact&#233;ries dans l'eau, impossibilit&#233; de se laver quotidiennement ou de laver son linge. L'entraide redouble de plus belle, entre parents ou voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des avions tournoient dans le ciel et des groupes d'enfants demandent d'un air blas&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ils vont nous attaquer ?&lt;/i&gt; &#187; La fum&#233;e des avions forme une sorte de spirale. Un ami explique que c'est une tactique pour ne pas &#234;tre vis&#233;s par les batteries antia&#233;riennes des &lt;a href=&#034;#ancreFDS&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;FDS&lt;/a&gt;* qui ont d&#233;j&#224; caus&#233; des d&#233;g&#226;ts &#224; l'aviation turque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le village de Boxaz, situ&#233; entre Koban&#233; et le fleuve Euphrate, un drone survole les maisons. Un enfant apeur&#233; se rue &#224; l'int&#233;rieur et percute les casseroles bouillantes. Il est br&#251;l&#233; et doit en urgence &#234;tre conduit &#224; l'h&#244;pital central, mais les m&#233;dicaments manquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bruit des g&#233;n&#233;rateurs et l'odeur du mazout sont de plus en plus pr&#233;sents &#224; mesure que les heures s'&#233;coulent. C'est l'hiver, &#224; 18 heures il fait nuit, et la temp&#233;rature descend &#224; 5 degr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Il fera beau demain, c'est mauvais signe : une bonne visibilit&#233; augmente les risques de bombardements intensifs&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On continue notre route pour aller visiter Halim et sa famille. Elle &#233;tait responsable r&#233;gionale de l'association Sara qui lutte contre les violences faites aux femmes. Il y a dix mois, elle et son mari ont &#233;t&#233; touch&#233;s par une frappe de drone alors qu'ils &#233;taient en voiture. Elle a perdu une jambe. Son mari a eu plus de chance, seule son ou&#239;e a &#233;t&#233; touch&#233;e, m&#234;me si des morceaux de m&#233;tal sont venus se loger &#224; plusieurs endroits de son corps. Loin de les an&#233;antir, le drame semble avoir renforc&#233; leur d&#233;termination. D&#233;sormais la famille r&#233;clame justice et veut retrouver les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces attaques a&#233;riennes cibl&#233;es se font souvent en coordination avec des espions du MIT (services de renseignement turcs) sur le terrain qui r&#233;alisent des marquages au phosphore sur les voitures pour les rendre visibles depuis le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se couche en regardant le ciel d&#233;gag&#233;. Il fera beau demain, c'est mauvais signe nous dit-on : une bonne visibilit&#233; augmente les risques de bombardements intensifs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nazli Hussein : deux fois r&#233;fugi&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nazli Hussein est m&#232;re de deux enfants. Elle est la s&#339;ur de &#350;eh&#238;d Ronah&#238; Yekta, une commandante des YPJ, bataillons f&#233;minins kurdes, qui est tomb&#233;e le 25 d&#233;cembre 2024 lors de la bataille de Tichrine. &#171; &lt;i&gt;J'ai v&#233;cu &#224; Afrin&lt;/i&gt; [enclave majoritairement kurde au nord-ouest de la Syrie, ndlr] &lt;i&gt;jusqu'en 2018. Comme beaucoup, j'ai d&#251; partir, car l'&#201;tat turc et ses gangs nous ont bombard&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; La ville est aujourd'hui sous le contr&#244;le de l'Arm&#233;e nationale syrienne (&lt;a href=&#034;#ancreANS&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;ANS&lt;/a&gt;*), marionnette de l'&#201;tat turc. &#171; &lt;i&gt;On est all&#233; &#224; &#352;ahb&#257;,&lt;/i&gt; [r&#233;gion d'Afrin, ndlr]&lt;i&gt; tous les jours des obus tuaient femmes et enfants. On a lutt&#233; jusqu'au bout, mais on a finalement d&#251; migrer une deuxi&#232;me fois lorsque l'ANS a commenc&#233; son offensive vers l'est. Depuis d&#233;cembre 2024, nous vivons &#224; Koban&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Elle me rend fi&#232;re, c'&#233;tait une commandante, elle voulait prot&#233;ger son peuple, son pays &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nazli explique qu'en tant que m&#232;re, c'est tr&#232;s difficile : &#171; &lt;i&gt;On est revenus cinquante ans en arri&#232;re, &#224; devoir laver les habits &#224; la main. Les enfants ne veulent plus aller dehors par peur des avions, ils restent constamment avec moi. Ils ont entendu que d'autres enfants ont &#233;t&#233; tu&#233;s et demandent comment cela s'est produit. Les images des enfants morts les &#233;pouvantent, ils ne dorment pas bien et perdent leur concentration &#224; l'&#233;cole.&lt;/i&gt; &#187; Nazli parle de sa s&#339;ur : &#171; &lt;i&gt;Elle &#233;tait jeune quand elle s'est engag&#233;e. Elle me rend fi&#232;re, c'&#233;tait une commandante, elle voulait prot&#233;ger son peuple, son pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'organiser, les habitants des villages et des quartiers investissent la &lt;i&gt;kom&#251;n&lt;/i&gt; (commune), noyau de la d&#233;mocratie locale. M&#234;me si les pr&#233;occupations quotidiennes restent le mazout, l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, les habitants sont &#233;galement form&#233;s aux premiers soins et au maniement de la Kalashnikov en pr&#233;vision d'une guerre terrestre. Jusque-l&#224;, personne ne parle de partir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hana&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sur papier dans le n&#176;238 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt; sous le titre &#171; Koban&#233; sous les bombes turques : &#8220;Quand le ciel nous tombe sur la t&#234;te&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Glossaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ancreAANES&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;AANES&lt;/strong&gt; : Administration autonome du Nord-Est syrien ; plus famili&#232;rement appel&#233;e le &#171; Rojava &#187; ou Kurdistan syrien. Zone contr&#244;l&#233;e par le mouvement kurde, qui y a form&#233; un gouvernement &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ancreANS&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;ANS&lt;/strong&gt; : Arm&#233;e nationale syrienne ; rassemblement de groupes rebelles fond&#233; en 2017 pendant la guerre civile syrienne. Sous tutelle de la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ancreFDS&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;FDS&lt;/strong&gt; : Forces d&#233;mocratiques syriennes ; form&#233;es en 2015 pendant la guerre civile syrienne et qui visent &#224; chasser l'&#201;tat islamique et la Turquie de la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ancreHTS&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;HTS (ou HTC)&lt;/strong&gt; : Hayat Tahrir al-Sham (aussi orthographi&#233; &#171; al-Cham &#187;) ; groupe rebelle islamiste syrien, rival de l'ANS* et faction dominante gouvernant Idleb, avant de prendre le pouvoir &#224; Damas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s &lt;i&gt;Apo&lt;/i&gt; (&#171; l'oncle &#187;), surnom donn&#233; &#224; Abdullah &#214;calan, leader kurde emprisonn&#233; sur une &#238;le en Turquie depuis 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Milipol : &#199;a pue la mort</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Milipol-Ca-pue-la-mort</link>
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		<dc:date>2024-02-09T12:43:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Laplace</dc:creator>


		<dc:subject>Elo&#239;se Pardonnet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, la chronique &#171; Dans mon salon &#187; plonge dans l'univers des parcs d'exposition, sondant les m&#233;andres de la soci&#233;t&#233; marchande. Pour cet &#233;pisode sp&#233;cial, on traverse Milipol, salon international de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure des &#201;tats, et on parle business de la r&#233;pression. Milipol existe depuis 1984 (tiens tiens...). Ce rassemblement de vieux gars qui s'acharnent &#224; d&#233;foncer des tronches &#224; travers le monde, poliment nomm&#233; &#171; salon international de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure des &#201;tats &#187;, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no-227-fevrier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 227 (f&#233;vrier 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eloise-Pardonnet" rel="tag"&gt;Elo&#239;se Pardonnet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque mois, la chronique &#171; Dans mon salon &#187; plonge dans l'univers des parcs d'exposition, sondant les m&#233;andres de la soci&#233;t&#233; marchande. Pour cet &#233;pisode sp&#233;cial, on traverse Milipol, salon international de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure des &#201;tats, et on parle business de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5474 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_227_14_eloisepadonnax_milipol_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH381/web_227_14_eloisepadonnax_milipol_1200px-b38b9.jpg?1768990944' width='500' height='381' alt='Une s&#233;rie d'hommes en costards se serrent la main, comme scellant une tractation. Devant eux, des armes, immenses, semi-automatiques, visent le spectateur. Les couelurs sont bleus et noires, l'illustration est sombre, mais la perspetive donne l'impression qu'il y a vraiment beaucoup de marchands d'armes e de gens pour les acheter. ' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ilipol existe depuis 1984 (tiens tiens...). Ce rassemblement de vieux gars qui s'acharnent &#224; d&#233;foncer des tronches &#224; travers le monde, poliment nomm&#233; &#171; salon international de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure des &#201;tats &#187;, se d&#233;roule tous les deux ans au parc des expositions de Paris Nord Villepinte. Yann Jounot (pr&#233;sident de l'&#233;v&#233;nement, nabab du secteur et ancien pr&#233;fet des Hauts de Seine) se f&#233;licite ainsi de l'&#233;dition 2023 qui pr&#233;sente une &lt;i&gt;&#171; hausse de participation de 40 % par rapport &#224; 2021 &#187;, &lt;/i&gt;et rappelle que &#171; &lt;i&gt;le march&#233; mondial de la s&#233;curit&#233; a enregistr&#233; une croissance de 4,5 % en 2022 &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rejoignons la f&#234;te, me dis-je en ce gris mois de novembre. Probl&#232;me : elle&lt;i&gt; &lt;/i&gt;est r&#233;serv&#233;e aux pros de la s&#233;curit&#233;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Strat&#233;gie : me diriger vers le seul mec de l'accueil, jouer la provinciale &#233;gar&#233;e et forcer mon accent du Sud afin de conf&#233;rer &#224; mon interlocuteur un sentiment de sup&#233;riorit&#233; intellectuelle suscitant un d&#233;sir de charit&#233;. Bingo. Munie d'un badge &#171; invit&#233; &#187;, je m'incruste parmi les leaders mondiaux de la s&#233;curit&#233;. Alors que je me r&#234;ve en Charlie Chaplin au f&#233;minin, bernant l'autorit&#233; par des tours de passe-passe, mes fantasmes en noir et blanc sont rattrap&#233;s par une hideuse r&#233;alit&#233; toute en couleurs : bleu marine et kaki.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ils testent leurs &#171; outils &#187;, concentr&#233;s comme face &#224; des pissoti&#232;res&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Hormis les h&#244;tesses d'accueil, on ne croise quasiment que des hommes dans le salon. Align&#233;s devant des stands de flingues, ils testent leurs &#171; outils &#187;, concentr&#233;s comme face &#224; des pissoti&#232;res. Avan&#231;ant dans leurs dos avec l'impression d'assister &#224; un spectacle impudique, partag&#233;e entre le d&#233;go&#251;t qu'ils m'inspirent et les chocottes qu'ils me flanquent, je rep&#232;re une cible facile : deux adolescents boutonneux. Mettant de c&#244;t&#233; le spectre des tueries de Colombine en 1999, je les interpelle. Ils l&#226;chent leurs fusils et baissent les yeux, comme surpris en pleine branlette. D&#233;pass&#233; le moment de g&#234;ne, Cl&#233;ment et Hugo racontent &#234;tre &#233;tudiants dans une &#233;cole d'armurerie &#224; Li&#232;ge. D'o&#249; leur est venue la passion des armes ? &lt;i&gt;&#171; Mon p&#232;re est gendarme &#187;,&lt;/i&gt; r&#233;pond le premier. &lt;i&gt;&#171; Le mien est chasseur &#187;, &lt;/i&gt;r&#233;pond le second.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ils sont l&#224; pour nous prot&#233;ger, il faut bien qu'on les habille ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors que je fl&#226;ne au rayon fringues, je ne tarde pas &#224; rencontrer, &#244; surprise, une femme. Communicante pour la soci&#233;t&#233; italienne Grassi, elle explique que les v&#234;tements techniques expos&#233;s sont confectionn&#233;s &lt;i&gt;&#171; dans le respect des personnes, du territoire et de l'environnement &#187;. &lt;/i&gt;La preuve, sa bo&#238;te met en place vergers, bus et cr&#232;ches pour les employ&#233;s d'usines d&#233;localis&#233;es en Roumanie. Quand j'&#233;voque le fait que Grassi habille des militaires et pose la question du &#171; respect &#187; dans la guerre, ma copine se ferme : &lt;i&gt;&#171; Ils sont l&#224; pour nous prot&#233;ger, il faut bien qu'on les habille ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, je papote avec le repr&#233;sentant d'une entreprise finlandaise qui vend des tenues rembourr&#233;es pour l'entra&#238;nement aux techniques anti-&#233;meutes. Comme il complimente mon sourire, je me sens en confiance et lui demande si je peux commander une de ses tenues pour usage personnel. Il me parle de ses filles &#171; f&#233;ministes &#187;, inscrites dans des clubs d'autod&#233;fense. Par le biais d'un de ces clubs, dit-il, je pourrais sans probl&#232;me obtenir une armure. Honn&#234;te, je me confie : &lt;i&gt;&#171; Mon hobby, c'est les manifs ; j'ai pas peur dans la rue, sauf quand y a des flics. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Sugar Daddy&lt;/i&gt; me transperce du regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre tentative d'achat au stand de Semper Invicta, pr&#233;sentant des produits &#171; anti-agression &#187; chics, sobres, et destin&#233;s &#224; des personnalit&#233;s VIP. Pourquoi pas moi ? 15 000 euros pour un Parapactum&#8230; J'ai pas les moyens. Dommage, je kiffais ce parapluie pare-balles, &#171; &lt;i&gt;issu du savoir-faire de la manufacture de parapluies de Cherbourg &#187;.&lt;/i&gt; C'est aussi le titre d'un film antimilitariste, dis-je &#224; l'exposant. Je sens bien qu'il a pas la r&#233;f. &lt;i&gt;Mary Poppins&lt;/i&gt; peut-&#234;tre ? Les r&#233;voltes de Hong Kong ? La piquouse des services secrets bulgares ? Tant pis, je poursuis mon chemin et tente une derni&#232;re connexion avec une employ&#233;e de la manufacture Regain&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;La maille, notre m&#233;tier&lt;/i&gt; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;c'est un peu os&#233; comme slogan, non ? Elle comprend pas ; j'explicite : &#171; &lt;i&gt; l'argent &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;la maille&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;tout pour la thune&lt;/i&gt; &#187; ? Elle se vexe. D&#233;cid&#233;ment, j'ai pas la cote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changeons de d&#233;cor. Le salon organise un cycle de conf&#233;rences autour des JO. Maintenant que je m'y connais en &#171; confection &#187;, je suis sensible aux broderies ornant les costumes des orateurs : le pr&#233;fet Serge Boulanger et Christophe Abad, g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e, se passent le micro, annon&#231;ant la mobilisation de 30 000 policiers et 17 000 agents de s&#233;curit&#233; priv&#233;s &#224; Paris, ainsi que la transformation de la Foire du Tr&#244;ne en campement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la zone des entreprises isra&#233;liennes, je bloque devant le nom du pays en lettres peintes aux couleurs arc-en-ciel. J'aurais aim&#233; causer &lt;i&gt;pinkwashing&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pinkwashing consiste, pour une entreprise (ou, en l'occurrence, un &#201;tat), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, mais des flics attirent mon attention. Je les prends en filature et, singeant leur jargon, je note : &#171; &lt;i&gt;14 h 08. Observons un groupe d'hommes de type caucasien aux d&#233;placements suspects, v&#234;tus de bleu et arm&#233;s. L'un d'eux, cr&#226;ne ras&#233; et barbe au carr&#233;, parle plus fort que les autres. L'identifions comme le leader de la bande. 14 h 15. Suivons les individus qui s'&#233;loignent &#224; vive allure, jambes arqu&#233;es et en rang par deux. 14 h 20. Assistons au rassemblement d'une centaine d'individus de ce type, formant bient&#244;t une sorte d'escargot &#224; la mani&#232;re d'un ballet sur le parvis. 14 h 45. Identifions leur cible : il s'agit de 10 activistes aux mains peintes en rouge et portant une banderole &#8220;Stop Arming Isra&#235;l&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Bon. J'avais rep&#233;r&#233; l'appel &#224; manifester sur Paris-luttes.info et suis un peu d&#233;&#231;ue du nombre de participants. Mais l'action, mobilisant un nombre de flics improbable, r&#233;v&#232;le le non-sens des politiques s&#233;curitaires : des d&#233;penses excessives face &#224; une menace inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour dans le salon, je fais l'inventaire des mannequins incarnant la police sous toutes ses formes. Aux fronti&#232;res, en prison, en camion, &#224; moto, en canot, en jet ski. Il y a m&#234;me un &#171; CRS plongeur &#187;&#8230; Dans quel contexte peut-on le croiser ?! J'aper&#231;ois alors un &#171; vrai &#187; flic de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) et me faufile dans un groupe venu l'&#233;couter, quand je r&#233;alise que le type &#224; ma droite n'est autre que Jordan Bardella. &lt;i&gt;Argh !&lt;/i&gt; Au micro de Cnews, il d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;La classe politique fran&#231;aise s'honorerait &#224; d&#233;fendre ceux qui portent l'uniforme. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;N'est-ce pas d&#233;j&#224; le cas ?
Il est 17 h, j'en ai ras le bol, j'erre &#224; proximit&#233; du stand de Thal&#232;s. Sous des n&#233;ons, &#233;clair&#233;s d'un blanc immacul&#233;, des types en costards trinquent au champagne. J'observe ces &#234;tres &#224; distance de tout, pay&#233;s pour bousiller des vies par &#233;crans interpos&#233;s, qui d&#233;voilent &#224; travers leur gestuelle un fort sentiment de toute-puissance. Deux anciens amis se recontrent devant moi : &lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce que tu fais l&#224; ?&lt;/i&gt; &#187; dis le premier, et l'autre de r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;Ben tu vois ! Je suis devenu marchand de tapis !&lt;/i&gt; &#187; Si seulement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Par Pauline Laplace&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;pinkwashing &lt;/i&gt;consiste, pour une entreprise (ou, en l'occurrence, un &#201;tat), &#224; utiliser et s'approprier les combats men&#233;s par les communaut&#233;s LGBTQIA+ pour redorer son image.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Perpignan, l'extr&#234;me droite rayonnante</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Perpignan-l-extreme-droite</link>
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		<dc:date>2023-06-24T13:22:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ma&#235;l Gallison</dc:creator>


		<dc:subject>Elo&#239;se Pardonnet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Trois ans apr&#232;s la victoire du Rassemblement national aux &#233;lections municipales, la ville de Perpignan est&#8209;elle en passe de devenir un avant-poste de l'extr&#234;me droite ? Rencontre avec Josie Boucher, figure de la gauche locale, attaqu&#233;e en justice par la commune pour avoir qualifi&#233; la majorit&#233; municipale de&#8230; &#171; fascistes &#187;. En 2020, la ville de Perpignan (120 000 habitants environ) est la premi&#232;re grande ville fran&#231;aise &#224; tomber dans les mains du Rassemblement national (RN) avec la victoire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no221-juin-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;221 (juin 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eloise-Pardonnet" rel="tag"&gt;Elo&#239;se Pardonnet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trois ans apr&#232;s la victoire du Rassemblement national aux &#233;lections municipales, la ville de Perpignan est&#8209;elle en passe de devenir un avant-poste de l'extr&#234;me droite ? Rencontre avec Josie Boucher, figure de la gauche locale, attaqu&#233;e en justice par la commune pour avoir qualifi&#233; la majorit&#233; municipale de&#8230; &#171; fascistes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_221_epardonn_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/web_221_epardonn_1200px-9429d.jpg?1768990945' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration Elo&#239;se Pardonnet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n 2020, la ville de Perpignan (120 000 habitants environ) est la premi&#232;re grande ville fran&#231;aise &#224; tomber dans les mains du Rassemblement national (RN) avec la victoire aux &#233;lections municipales de son vice-pr&#233;sident, Louis Aliot. Un temps surnomm&#233; &#171; &lt;i&gt;Loulou la purge&lt;/i&gt; &#187; pour son z&#232;le &#224; vouloir &#171; &lt;i&gt;d&#233;diaboliser&lt;/i&gt; &#187; le RN, ce membre de longue date du parti d'extr&#234;me droite s'applique dor&#233;navant &#224; mener une offensive s&#233;curitaire contre les quartiers populaires et &#224; glorifier le pass&#233; colonial fran&#231;ais en Alg&#233;rie. Et &#224; museler les oppositions : la municipalit&#233; attaque ainsi en justice Josie Boucher, figure militante locale, pr&#233;sidente de l'ASTI&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de solidarit&#233; avec tous les immigr&#233;s.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Perpignan et membre du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). On en parle avec elle, tout en tirant un premier bilan de la gestion RN &#224; &#171; &lt;i&gt;Perpignan la rayonnante&lt;/i&gt; &#187;, nouvelle devise de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la municipalit&#233; de Perpignan a-t-elle d&#233;cid&#233; de d&#233;poser plainte contre vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peu de temps apr&#232;s le d&#233;but de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en f&#233;vrier 2022, Louis Aliot a d&#233;cid&#233; de mobiliser un bus pour aller &#8220;sauver&#8221; des Ukrainiens fuyant la guerre. Un vrai cirque de communication ! Quand on sait que, deux semaines plus t&#244;t, le RN avait envoy&#233; au pilon tous leurs tracts o&#249; l'on voyait Marine Le Pen serrer la main de Vladimir Poutine&#8230; Lors d'un rassemblement en soutien au peuple ukrainien, &#224; l'appel d'organisations de gauche &#224; Perpignan, j'ai pris la parole et, au cours de mon intervention, j'ai juste dit que les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens n'avaient rien &#224; attendre des fascistes du RN. Une journaliste de &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant&lt;/i&gt;, le quotidien local, &#233;tait pr&#233;sente. Elle a rapport&#233; mes propos dans un de ses articles&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Perpignan : plusieurs dizaines de militants politiques et des droits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, ce qui n'a visiblement pas plu au maire. Il a fait voter, via le conseil municipal de Perpignan, une d&#233;cision visant &#224; porter plainte contre moi pour &#8220;injure &#224; un corps constitu&#233;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment a r&#233;agi l'opposition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'opposition Les R&#233;publicains (LR)&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les R&#233;publicains repr&#233;sentent le seul groupe d'opposition au conseil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; a refus&#233; de voter ce texte pour deux raisons. D'abord, Marine Le Pen avait d&#233;j&#224; perdu devant les tribunaux quand M&#233;lenchon l'avait tax&#233;e de fasciste&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2017, la Cour de cassation rejetait d&#233;finitivement la plainte de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Ensuite, ils ne voulaient pas que cette plainte se fasse au nom de la mairie de Perpignan : le terme &#8220;fasciste&#8221; visait Aliot et pas la mairie ; et ils refusaient que les moyens (financiers, juridiques, etc.) de la mairie pour cette action en justice permettent &#224; Aliot de se payer une campagne d'affichage politique. Mais comme le conseil municipal est &#224; majorit&#233; RN, la plainte a &#233;t&#233; act&#233;e et j'ai &#233;t&#233; mise en examen peu de temps apr&#232;s. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je n'ai &#233;t&#233; ni auditionn&#233;e ni convoqu&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle a &#233;t&#233; votre r&#233;ponse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; cette attaque frontale contre la libert&#233; d'expression, un comit&#233; de soutien unitaire a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, une p&#233;tition a &#233;t&#233; lanc&#233;e et une tribune sign&#233;e par de nombreuses personnalit&#233;s et diffus&#233;e largement&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Perpignan : pour la libert&#233; d'expression, contre l'extr&#234;me droite &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. On a aussi organis&#233; des rassemblements et un meeting en janvier dernier, dans lequel est notamment intervenu le sociologue sp&#233;cialiste de l'extr&#234;me droite Ugo Palheta. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi ressemble la politique municipale de Perpignan trois ans apr&#232;s l'arriv&#233;e du RN ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Louis Alliot n'a qu'un mot &#224; la bouche : &#8220;s&#233;curit&#233;&#8221;. D&#232;s son arriv&#233;e &#224; la mairie, il a commenc&#233; &#224; construire de nouveaux commissariats municipaux afin de couvrir toute la ville, et recrut&#233; de nombreux agents de police. Mais m&#234;me si c'&#233;tait une promesse phare de son mandat, il a tout simplement suivi la pente prise par le maire pr&#233;c&#233;dent, le LR Jean-Marc Pujol, en poste de 2009 &#224; 2020. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment cela se traduit-il sur le terrain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le viseur d'Aliot, on retrouve notamment le quartier populaire de Saint-Jacques, o&#249; r&#233;sident d'importantes populations gitanes et maghr&#233;bines. Sous pr&#233;texte de lutte contre les logements insalubres, il met les gens dehors ou les reloge &#224; des kilom&#232;tres de l&#224;. En parall&#232;le, il m&#232;ne une politique de harc&#232;lement &#8211; via sa police municipale &#8211; contre ces populations, accus&#233;es de contribuer au trafic de drogue. Il y a une volont&#233; claire de gentrifier cette partie centrale de la ville. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Louis Aliot cherche aussi &#224; c&#233;l&#233;brer le pass&#233; colonial de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais l&#224; aussi il n'a fait que poursuivre la politique de propagande men&#233;e par Jean-Marc Pujol&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mise en berne des drapeaux le 19 mars (jour anniversaire du cessez-le-feu en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Le 19 mars 2021, il a inaugur&#233; une exposition sur les &#8220;crimes&#8221; du Front de lib&#233;ration nationale (FLN) pendant la guerre d'Alg&#233;rie. En 2022, &#224; l'occasion du 60e anniversaire de la fin de celle-ci, il a placard&#233; sur tous les panneaux publics de la ville des affiches intitul&#233;es &#8220;&lt;i&gt;Perpignan, capitale des Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie&lt;/i&gt;&#8221;. Cette campagne annon&#231;ait une s&#233;rie de conf&#233;rences cens&#233;e r&#233;tablir la &#8220;v&#233;rit&#233;&#8221; sur l'histoire de la guerre d'Alg&#233;rie. En r&#233;alit&#233;, il s'agissait de l'histoire &#233;crite par les militaires fran&#231;ais, principaux invit&#233;s de l'&#233;v&#232;nement&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; Perpignan, l'extr&#234;me droite s'offre trois jours de c&#233;l&#233;bration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. &#192; la fin du week-end, il a fait citoyens d'honneur certains protagonistes du putsch d'Alger en 1961. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mani&#232;re de flatter son &#233;lectorat ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette valorisation du pass&#233; colonial fran&#231;ais n'est pas une d&#233;marche &#233;lectoraliste vu qu'aujourd'hui, la plupart des pieds-noirs arriv&#233;s en 1962 sont d&#233;c&#233;d&#233;s&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1962, Perpignan (80 000 habitants &#224; l'&#233;poque) a accueilli 12 000 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. On a vraiment l&#224; une composante id&#233;ologique de la pens&#233;e politique du RN. Ces prises de position sont &#224; la fois une insulte envers celles et ceux qui sont morts pendant la guerre d'Alg&#233;rie et une menace pour les h&#233;ritiers de l'immigration. Heureusement, il y a quand m&#234;me des r&#233;actions. On a cr&#233;&#233; un &#8220;Collectif pour une histoire franco-alg&#233;rienne non falsifi&#233;e&#8221;, dans lequel on retrouve la plupart des organisations de gauche &#8211; sauf le Parti socialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres franges de l'extr&#234;me droite radicale profitent-elles que le RN soit aux affaires pour mieux s'implanter &#224; Perpignan ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Louis Aliot est tr&#232;s malin, il joue &#224; fond la carte de la &#8220;d&#233;diabolisation&#8221; et fait tout pour contenir les groupuscules fascistes un peu excit&#233;s qui voudraient s'implanter &#224; Perpignan. Les zemmouristes ont par exemple tent&#233; d'occuper le terrain au moment du meurtre de Lola&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En octobre 2022, le corps sans vie de Lola Daviet, douze ans, est retrouv&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, mais il n'y a pas eu de d&#233;monstrations tr&#232;s voyantes, Louis Aliot garde le contr&#244;le sur cette clique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ceci dit, il y a quelques mois, nous avons aussi appris qu'un bar identitaire allait s'ouvrir &#224; Perpignan. Les fachos ont finalement r&#233;ussi &#224; trouver un lieu &#224; Canoh&#232;s, dans les environs de la ville. Le bar s'appelle Le 7.59, en r&#233;f&#233;rence &#224; la victoire de P&#233;pin le Bref, roi des Francs, contre les Omeyyades lors du si&#232;ge de Narbonne en 759. C'est un bar priv&#233;, l'acc&#232;s ne se fait que par cooptation, mais c'est clairement devenu un lieu o&#249; les identitaires s'organisent. On a appris que le groupuscule Unit&#233; sud qui avait attaqu&#233; un meeting de la Nupes &#224; Perpignan en mars dernier &#233;tait derri&#232;re ce lieu. Il n'y a eu aucune r&#233;action du maire sans &#233;tiquette de Canoh&#232;s, Jean-Louis Chambon. Par contre, il y a eu une petite action &#8211; anonyme, bien entendu &#8211; pendant laquelle ont &#233;t&#233; placard&#233;es des affiches antifascistes sur leur local. Histoire de leur faire comprendre qu'on savait o&#249; ils &#233;taient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ma&#235;l Galisson illustration Elo&#239;se Pardonnet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de solidarit&#233; avec tous les immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lindependant.fr/2022/03/05/perpignan-plusieurs-dizaines-de-militants-politiques-et-des-droits-de-lhomme-reunis-en-soutien-a-lukraine-10150921.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Perpignan : plusieurs dizaines de militants politiques et des droits de l'homme r&#233;unis en soutien &#224; l'Ukraine &#187;&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; L'Ind&#233;pendant&lt;/i&gt; (05/03/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les R&#233;publicains repr&#233;sentent le seul groupe d'opposition au conseil municipal, puisqu'au second tour des municipales de 2020, les partis dits de gauche s'&#233;taient d&#233;sist&#233;s pour faire barrage au RN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2017, la Cour de cassation rejetait d&#233;finitivement la plainte de la leader du RN au motif que ces propos rel&#232;vent de la libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/211122/perpignan-pour-la-liberte-d-expression-contre-l-extreme-droite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Perpignan : pour la libert&#233; d'expression, contre l'extr&#234;me droite &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Club de Mediapart&lt;/i&gt; (21/09/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mise en berne des drapeaux le 19 mars (jour anniversaire du cessez-le-feu en Alg&#233;rie) ; tentative de rebaptiser des rues de la ville au nom de Pierre Sergent, un des chefs de l'Organisation Arm&#233;e Secr&#232;te (OAS) et H&#233;lie de Saint Marc, un des militaires putschistes instigateurs du coup d'&#201;tat &#224; Alger en 1961 ; facilitation de l'implantation des activit&#233;s du Cercle alg&#233;rianiste ; ou encore inauguration d'un &#171; Centre de documentation des Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie &#187;, v&#233;ritable mus&#233;e de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise au contenu r&#233;visionniste&#8230; N'en jetez plus !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/250622/perpignan-l-extreme-droite-s-offre-trois-jours-de-celebration-de-l-algerie-francaise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#192; Perpignan, l'extr&#234;me droite s'offre trois jours de c&#233;l&#233;bration de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (25/06/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1962, Perpignan (80 000 habitants &#224; l'&#233;poque) a accueilli 12 000 pieds-noirs et autant de harkis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En octobre 2022, le corps sans vie de Lola Daviet, douze ans, est retrouv&#233; dans une malle &#224; Paris. La principale suspecte du meurtre est en situation irr&#233;guli&#232;re sur le territoire fran&#231;ais, et l'affaire est instrumentalis&#233;e par la droite et l'extr&#234;me droite contre la volont&#233; de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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