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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fernando ou la voix des oiseaux</title>
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		<dc:date>2026-03-21T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathis Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

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&lt;p&gt;Fernando R. sera jug&#233; en mars pour une s&#233;rie d'incendies volontaires qui ont fait partir en fum&#233;e des voitures de la soci&#233;t&#233; Enedis et des antennes de t&#233;l&#233;phonie mobile et de t&#233;l&#233;vision. L'accus&#233;, qui risque jusqu'&#224; dix ans de prison, se dit innocent, mais solidaire des personnes qui ont commis ces actes. &#171; Police ! Police ! &#187; 6 heures p&#233;tantes, &#224; Val d'Issoire, petite commune situ&#233;e &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres au nord-ouest de Limoges (Haute-Vienne). Des policiers cagoul&#233;s, arme au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fernando R. sera jug&#233; en mars pour une s&#233;rie d'incendies volontaires qui ont fait partir en fum&#233;e des voitures de la soci&#233;t&#233; Enedis et des antennes de t&#233;l&#233;phonie mobile et de t&#233;l&#233;vision. L'accus&#233;, qui risque jusqu'&#224; dix ans de prison, se dit innocent, mais solidaire des personnes qui ont commis ces actes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6448 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/djaber.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH432/djaber-6f88e.jpg?1779744910' width='500' height='432' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Police ! Police !&lt;/i&gt; &#187; 6 heures p&#233;tantes, &#224; Val d'Issoire, petite commune situ&#233;e &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres au nord-ouest de Limoges (Haute-Vienne). Des policiers cagoul&#233;s, arme au poing, fracturent la porte d'entr&#233;e et p&#233;n&#232;trent en gueulant dans la maison de Fernando R. &#171; &lt;i&gt;Aussit&#244;t, une partie de la troupe monte &#224; la mezzanine, le reste se r&#233;pand dans la maison&lt;/i&gt;, t&#233;moigne celui-ci. &lt;i&gt;Je suis debout &#224; c&#244;t&#233; de mon lit, compl&#232;tement nu.&lt;/i&gt; &#187; Un policier l'ayant rejoint s'assure tout de m&#234;me qu'il n'a pas d'arme planqu&#233;e quelque part &#8211; va savoir ! &#171; &lt;i&gt;Il tremble. Je lui dis : &lt;/i&gt;&#8220;tranquille, tranquille&#8230;&#8221;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#8211;&lt;i&gt; un mec arm&#233; d'un fusil d'assaut qui tremble devant toi, c'est toujours dangereux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qui a bien pu, ce 15 juin 2021, justifier un tel arsenal pour interpeller Fernando ? Cet artisan-plombier retrait&#233; n'a rien du grand criminel. Ce septuag&#233;naire d'origine espagnole, ayant combattu le r&#233;gime de Franco, est connu des services de renseignements fran&#231;ais pour avoir &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;autonomiste basque dans les ann&#233;es 1980 et pour ses contacts avec des milieux anarchistes&lt;/i&gt; &#187;, signale un proc&#232;s-verbal de police judiciaire. N'emp&#234;che, la justice n'a jamais rien trouv&#233; &#224; lui reprocher.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Durant ses quatre jours de garde &#224; vue, Fernando ne cessera de se dire innocent&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il est soup&#231;onn&#233; d'avoir, le 11 f&#233;vrier 2020 &#224; Limoges, foutu le feu &#224; une petite dizaine de voitures de la soci&#233;t&#233; Enedis, sur fond de lutte contre le compteur communicant Linky. Puis d'avoir, le 11 janvier 2021 au village des Cars, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres plus au sud, fait partir en fum&#233;e des antennes de t&#233;l&#233;phonie mobile, une antenne TDF (radio t&#233;l&#233;vision) ainsi qu'une antenne &#224; usage militaire. &#192; chaque fois, le m&#234;me dispositif incendiaire est utilis&#233;, confectionn&#233; &#224; partir de bougies et de bouteilles en plastique remplies d'essence. Et un m&#234;me style de tags, accompagn&#233;s de c&#339;urs r&#233;alis&#233;s &#224; la peinture rouge, revendique chacune des deux actions : &#171; Ni Linky ni nucl&#233;aire, on veut une retraite dor&#233;e &#187; sur le premier site, &#171; Ni Linky ni 5G, la voix du vent et les chants d'oiseaux &#187; sur le second. Des ennemis des nouvelles technologies et du tout connect&#233; ? Dans la &lt;i&gt;startup nation&lt;/i&gt;, on ne rigole pas avec ce genre de choses : les services antiterroristes sont mobilis&#233;s, avec carte blanche et cr&#233;dits illimit&#233;s pour retrouver les dangereux coupables.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enqu&#234;te muscl&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant des mois, rien n'est refus&#233; aux enqu&#234;teurs, qui s'en donnent &#224; c&#339;ur joie : ils placent des t&#233;l&#233;phones sur &#233;coute, g&#233;olocalisent des v&#233;hicules, font des rep&#233;rages par h&#233;licopt&#232;re, installent des micros dans des voitures et des habitations, &#233;pluchent les comptes en banque, les fichiers de la S&#233;cu et des allocations familiales&#8230; Ils se procurent m&#234;me aupr&#232;s d'Enedis une liste de personnes ayant exprim&#233; leur opposition au compteur Linky dans les quatre d&#233;partements limitrophes &#8211; liste qui se r&#233;v&#233;lera comporter plusieurs dizaines de milliers de noms !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je le comprends comme un cri au monde, pour attirer l'attention sur la situation de notre plan&#232;te et de la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le 15 juin 2021 au petit matin, au terme d'une action muscl&#233;e et coordonn&#233;e simultan&#233;ment sur six sites distincts, une dizaine de personnes sont finalement interpell&#233;es. Cinq sont plac&#233;es en garde &#224; vue et y resteront durant 96 heures, comme l'autorisent les lois antiterroristes. Durant ces quatre jours, Fernando ne cessera de se dire innocent. Ce n'est pourtant pas faute de l'avoir pouss&#233; &#224; reconna&#238;tre sa culpabilit&#233;. Le 16 juin au soir, par exemple, l'officier de police judiciaire l'informe que tout l'incrimine : &#224; cette heure, l'autre principale suspecte a reconnu les faits et affirme avoir agi &#224; ses c&#244;t&#233;s. Des images de vid&#233;osurveillance le font appara&#238;tre &#224; proximit&#233; des lieux le jour des sabotages. Et son ADN a &#233;t&#233; retrouv&#233; sur place, sur les deux sites. &#171; &lt;i&gt;Pour l'ensemble de ces faits, vous encourez une peine de r&#233;clusion criminelle sup&#233;rieure &#224; 10 ans. Vous avez 66 ans, vous rendez vous compte de l'&#226;ge que vous aurez lorsque vous aurez purg&#233; une telle peine ?&lt;/i&gt; &#187; lui lance-t-on.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Soutien sans participation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si Fernando persiste &#8211; il est innocent &#8211;, il ne cache pas qu'il comprend, voire soutient &#171; &lt;i&gt;ceux qui ont fait &#231;a&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Je le comprends comme un cri au monde, pour attirer l'attention sur la situation de notre plan&#232;te et de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;, dit-il lors d'un &#233;ni&#232;me interrogatoire, &#224; l'occasion duquel le suspect va transmettre quelques notions de base de la pens&#233;e technocritique et d&#233;croissante &#224; l'officier de police judiciaire (OPJ) qui lui fait face&#8230; Lequel en a visiblement bien besoin. Petit floril&#232;ge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'OPJ : Ce genre d'installation &lt;i&gt;[Linky, ndlr] &lt;/i&gt;permet aussi de pr&#233;venir les secours, d'aider les gens ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fernando : Ce syst&#232;me consomme une quantit&#233; inimaginable d'&#233;nergie, que la plan&#232;te ne pourra pas supporter longtemps. Il nous faut une d&#233;croissance &#233;nerg&#233;tique, car sinon on va &#224; notre perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'OPJ : Mais l'incendie d'un &#233;metteur prive les gens de secours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fernando : Il cr&#233;e une soci&#233;t&#233; tellement connect&#233;e que quand un truc ne marche pas, tout tombe en panne. [&#8230;] Il faut changer les bases, et cr&#233;er une soci&#233;t&#233; plus humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'OPJ : Une deuxi&#232;me antenne, situ&#233;e &#224; proximit&#233;, sert aux t&#233;l&#233;communications militaires. Et la troisi&#232;me antenne est un relais de l'op&#233;rateur t&#233;l&#233;phonique Orange. Que pensez-vous de ces implantations d'antennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fernando : Je pense que dans certains &#201;tats, il n'y a pas d'arm&#233;e, et &#231;a se passe tr&#232;s bien. L'argent du budget militaire pourrait &#234;tre utilis&#233; pour des causes sociales. Quant &#224; l'&#233;metteur Orange, je m'en fous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi cette antenne de t&#233;l&#233;vision, ravag&#233;e par les flammes, pile le jour o&#249; le ministre de l'Int&#233;rieur de l'&#233;poque, G&#233;rard Darmanin, &#233;tait en visite &#224; Limoges. L'officier signale que cet &#233;quipement &#171; &lt;i&gt;est consid&#233;r&#233; par l'&#201;tat comme un point d'int&#233;r&#234;t vital car il permet la diffusion d'informations &#224; tous les habitants, &#224; des centaines de kilom&#232;tres &#224; la ronde&lt;/i&gt; &#187;. Un million de foyers auraient &#233;t&#233; priv&#233;s de t&#233;l&#233; en raison de cet incendie. Pense-t-il aux personnes &#226;g&#233;es vivant recluses et pour lesquelles le poste repr&#233;sente l'unique compagnie ? &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me de fond, c'est que ces gens sont tout seuls &lt;/i&gt; &#187;, lance le gard&#233; &#224; vue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Nous on veut pas du nucl&#233;aire, on veut pas de Linky, ni big data ni Big Brother, on veut une retraite dor&#233;e : le Smic &#224; 10 briques, la retraite &#224; 20 piges. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un dernier interrogatoire particuli&#232;rement long (quasiment cinq heures de parlote !), l'officier fait une derni&#232;re fois tout son possible pour arracher des aveux. Ce qui donne lieu &#224; quelques moments savoureux, notamment lorsque le policier lui fait lecture d'un texte de revendication des sabotages de voitures Enedis : &#171; &lt;i&gt;Vous tuez les petits zoiseaux et les circa&#232;tes Jean-le-blanc. Nous on n'en veut pas de vos &#233;oliennes industrielles &lt;/i&gt;big business&lt;i&gt;, ni des m&#233;gas transformateurs ni des THT. Vous d&#233;truisez les arbres, les for&#234;ts, vous d&#233;truisez le monde, nous on veut pas du nucl&#233;aire, on veut pas de Linky, ni &lt;/i&gt;big data &lt;i&gt;ni &lt;/i&gt;Big Brother&lt;i&gt;, on veut une retraite dor&#233;e : le Smic &#224; 10 briques, la retraite &#224; 20 piges.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Ces phrases &#233;voquent-elles quelque chose pour vous ?&lt;/i&gt; &#187; encha&#238;ne-t-il. &#171; &lt;i&gt;Je trouve que c'est un peu po&#233;tique, c'est tout&lt;/i&gt;, appr&#233;cie Fernando. &lt;i&gt;Sur le fond, &#231;a rejoint un peu mes id&#233;es. Il y a beaucoup de gens qui pensent comme &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ne rien avouer, tout dire &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rien &#224; faire, malgr&#233; presque 16 heures d'interrogatoire en quatre jours, face &#224; un suspect tant&#244;t taiseux tant&#244;t affable, mais que les interrogateurs reconna&#238;tront eux-m&#234;mes comme &#171; &lt;i&gt;correct, poli&lt;/i&gt; &#187;. Fernando n'aura rien l&#226;ch&#233;. Ce dernier s'est n&#233;anmoins volontiers livr&#233; sur sa vision des catastrophes industrielles en cours : pollutions environnementales, nocivit&#233; des ondes &#233;lectromagn&#233;tiques, contr&#244;le de la population, orientation soci&#233;tale vers toujours plus d'individualisme&#8230; &#171; &lt;i&gt;Et nous le peuple, les citoyens, dans tout &#231;a ?&lt;/i&gt; questionne-t-il dans un texte publi&#233; apr&#232;s sa sortie de garde &#224; vue et sa mise en examen. &lt;i&gt;On est tenaill&#233; par la peur : &#8220;J'ai peur de perdre mon travail, mon logement, ma s&#233;curit&#233; ; j'ai peur d'aller en prison !&#8221; [&#8230;] En fait, on a peur de quoi ? Chacun d'entre nous va dispara&#238;tre, c'est notre condition de mortel. Pas de probl&#232;me, on se doit de vivre au mieux, le plus honn&#234;tement possible et accepter notre fin. C'est certainement &#231;a, &#234;tre libre. L'unique peur qu'on devrait avoir c'est de laisser derri&#232;re nous, &#224; nos enfants, un monde invivable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 19 et 20 mars, Fernando et l'autre principale suspecte de cette affaire seront jug&#233;s devant le tribunal correctionnel de Limoges &#8211; l'aspect pr&#233;tendument &#171; &lt;i&gt;terroriste&lt;/i&gt; &#187; du dossier n'a pas &#233;t&#233; retenu. Aujourd'hui &#226;g&#233; de 70 ans, il risque jusqu'&#224; dix ans d'emprisonnement. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s tout &#231;a, quelle sera la suite ? Je n'en sais rien. Pour l'instant, je regarde de ma fen&#234;tre le vol des grues qui partent vers le sud.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathis Lucas&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zadistes relax&#233;&#183;es mais zadistes traqu&#233;&#183;es</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Zadistes-relaxe-es-mais-zadistes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Zadistes-relaxe-es-mais-zadistes</guid>
		<dc:date>2025-12-13T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>La&#235;titia Giraud</dc:creator>


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de trois occupant&#183;es de la Barzad d'Avignon s'est cl&#244;t vendredi 7 novembre dernier. Apr&#232;s un mois d'occupation contre un chantier routier, la zad avait &#233;t&#233; expuls&#233;e le 17 avril 2024. Malgr&#233; la relaxe obtenue, l'affaire montre &#224; nouveau comment la justice p&#233;nale est utilis&#233;e &#224; des fins de r&#233;pression politique. Plus d'un an et demi apr&#232;s que la zad ait &#233;t&#233; expuls&#233;e, le proc&#232;s mettant en cause trois des occupant&#183;es pour &#171; installation en r&#233;union, en vue d'y &#233;tablir une habitation, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no247-decembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;247 (d&#233;cembre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_8_-3-e09a3.png?1779610647' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le proc&#232;s de trois occupant&#183;es de la Barzad d'Avignon s'est cl&#244;t vendredi 7 novembre dernier. Apr&#232;s un mois d'occupation contre un chantier routier, la zad avait &#233;t&#233; expuls&#233;e le 17 avril 2024. Malgr&#233; la relaxe obtenue, l'affaire montre &#224; nouveau comment la justice p&#233;nale est utilis&#233;e &#224; des fins de r&#233;pression politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/247_12_barzad_djaber.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH575/247_12_barzad_djaber-48a05.jpg?1779610647' width='500' height='575' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;lus d'un an et demi apr&#232;s que la zad ait &#233;t&#233; expuls&#233;e, le proc&#232;s mettant en cause trois des occupant&#183;es pour &#171; &lt;i&gt;installation en r&#233;union, en vue d'y &#233;tablir une habitation, m&#234;me temporaire, sur un terrain priv&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est termin&#233; sur une relaxe. Pas de surprise pour les avocat&#183;es : il s'agit d'un &#171; &lt;i&gt;dossier vide&lt;/i&gt; &#187;. En revanche, iels d&#233;noncent une justice p&#233;nale &#171; &lt;i&gt;utilis&#233;e &#224; des fins d'expulsions, avec la volont&#233; d'&#233;craser toutes revendications politiques et oppositions au projet&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chasse aux zadistes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En mars 2024, suite &#224; un signalement de l'Association de sauvegarde de la ceinture verte d'Avignon (ASCVA) au sujet de la destruction prochaine d'un corps de ferme, le mas de Barre, une dizaine de militant&#183;es de plusieurs collectifs se mobilisent pour l'occuper. Les b&#226;timents sont la propri&#233;t&#233; de la Direction r&#233;gionale de l'environnement, de l'am&#233;nagement et du logement (Dreal) de la r&#233;gion Sud. Celle-ci les a acquis dans le cadre du projet de la &#171; Liaison Est-Ouest &#187;, dit LEO, visant &#224; cr&#233;er un contournement routier de la ville d'Avignon. Probl&#232;me : le trac&#233; passe pile-poil dans une zone agricole, que d&#233;fendent de longue date des associations comme l'ASCVA au nom de la pr&#233;servation des terres nourrici&#232;res et de l'autonomie alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Insupportable espace de vie et de lutte, que le pr&#233;fet du Vaucluse &#8211; fra&#238;chement d&#233;barqu&#233; de Mayotte &#8211; se d&#233;p&#234;che de faire &#233;vacuer&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du 7 mars, le mas de Barre devient donc une zone &#224; d&#233;fendre &#171; &lt;i&gt;pour d&#233;noncer et bloquer le chantier&lt;/i&gt; &#187; explique Pablo*, membre d'un collectif de soutien aux personnes pr&#233;venues dans l'affaire. La zad est aussi &#171; &lt;i&gt;un lieu d'accueil, o&#249; m&#234;me une famille avec des enfants s'est install&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Insupportable espace de vie et de lutte, que le pr&#233;fet du Vaucluse, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233; de Mayotte&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;fet de Mayotte entre juillet 2021 et mars 2024, Thierry Suquet &#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, se d&#233;p&#234;che de faire &#233;vacuer &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt;. Le 17 avril 2024, &#224; huit heures du matin, et sans qu'aucun avis d'expulsion n'ait &#233;t&#233; notifi&#233;, les personnes pr&#233;sentes &#171; &lt;i&gt;sont nass&#233;es dans un hangar, insult&#233;es et intimid&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Neuf sont envoy&#233;es en garde &#224; vue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Magouille p&#233;nale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que la magouille commence. &#171; &lt;i&gt;D'abord plac&#233;&#183;es en garde &#224; vue sur d&#233;lit de squat, les militant&#183;es ressortent accus&#233;&#183;es d'installation en r&#233;union sur un terrain priv&#233;&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille l'une des avocat&#183;es. Autrement dit, &#171; &lt;i&gt;ils ont chang&#233; le chef d'inculpation au milieu de la proc&#233;dure&lt;/i&gt; &#187;. Sept personnes &#233;copent alors d'une ordonnance p&#233;nale, &#224; laquelle trois d'entre elles d&#233;cident de faire opposition. Selon Pablo, &#171; &lt;i&gt;cette proc&#233;dure a &#233;t&#233; mise en place pour tenir le plus longtemps possible les occupant&#183;es &#224; distance pendant qu'ils muraient la maison&lt;/i&gt; &#187;. En effet, dans une proc&#233;dure civile d'expulsion classique, les militant&#183;es auraient d&#251; &#234;tre pr&#233;alablement averti&#183;es, et l'&#233;vacuation aurait pris plus de temps.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Si on ne peut plus condamner des gens sans preuves, on ne pourra plus jamais condamner personne &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard, alors que les trois pr&#233;venu&#183;es se pr&#233;sentent devant le tribunal correctionnel d'Avignon, la juge s'exclame : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'ils font ici ceux-l&#224;, ils vont contester l'autorit&#233; jusqu'au bout ?&lt;/i&gt; &#187; Oui, madame la pr&#233;sidente. &#171; &lt;i&gt;Et vous allez plaider la relaxe ? Super.&lt;/i&gt; &#187; Les zadistes y tiennent, car selon eux, le d&#233;lit est nul : &#171; &lt;i&gt;Rien n'indique qu'ils &#233;taient sur place avant le jour de l'&#233;vacuation des lieux&lt;/i&gt; &#187;, affirme Pablo. Une relaxe qui, selon les avocats , aurait fait grincer le procureur : &#171; &lt;i&gt;Si on ne peut plus condamner des gens sans preuves, on ne pourra plus jamais condamner personne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois militant&#183;es ont appris leur relaxe le 7 novembre dernier, mais iels sont d&#233;sormais inscrit&#183;es au fichier du traitement d'ant&#233;c&#233;dents judiciaires (TAJ). Le projet LEO, quant &#224; lui, est enterr&#233;. Et Pablo de conclure : &#171; &lt;i&gt;P&#233;nalement, ils ont rat&#233; leur coup mais politiquement, ils ont gagn&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La&#235;titia Giraud&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;fet de Mayotte entre juillet 2021 et mars 2024, Thierry Suquet &#233;tait notamment aux manettes de l'op&#233;ration Wuambushu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Militants Kanak : &#171; L'&#201;tat veut tout faire pour sortir l'id&#233;e de souverainet&#233; et d'ind&#233;pendance de nos t&#234;tes &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-Etat-veut-tout-faire-pour-sortir</link>
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		<dc:date>2025-09-27T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Suite &#224; leur participation aux &#233;meutes de l'ann&#233;e 2024 en Nouvelle-Cal&#233;donie, des centaines de militants ind&#233;pendantistes kanak ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233; en France m&#233;tropolitaine pour faire face &#224; la justice. Pendant des mois d'incarc&#233;ration au Camp Est, S.* et V.* ont voulu t&#233;moigner. Condamn&#233; &#224; deux ans de prison pour violences sur forces de l'ordre lors des r&#233;voltes de 2024, S.* est enferm&#233; &#224; la prison du Camp Est depuis plus d'un an. Depuis sa cellule, il &#233;crit r&#233;guli&#232;rement des lettres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no244-septembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;244 (septembre 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_2_-f4580.png?1779896455' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite &#224; leur participation aux &#233;meutes de l'ann&#233;e 2024 en Nouvelle-Cal&#233;donie, des centaines de militants ind&#233;pendantistes kanak ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233; en France m&#233;tropolitaine pour faire face &#224; la justice. Pendant des mois d'incarc&#233;ration au Camp Est, S.* et V.* ont voulu t&#233;moigner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/244_08b_djaber_kanaky.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH712/244_08b_djaber_kanaky-41c23.jpg?1779896456' width='500' height='712' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Condamn&#233; &#224; deux ans de prison pour violences sur forces de l'ordre lors des r&#233;voltes de 2024, S.* est enferm&#233; &#224; la prison du Camp Est depuis plus d'un an. Depuis sa cellule, il &#233;crit r&#233;guli&#232;rement des lettres manuscrites &#224; ses soutiens, &#224; l'ext&#233;rieur. Avec leurs accords, nous publions des extraits de sa correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; J&lt;/span&gt;e suis observ&#233;, surveill&#233; dans cette prison d'&#201;tat. L'administration p&#233;nitentiaire lit mes courriers et peut les censurer, les signaler, les bloquer si elle estime que cela peut porter atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; de l'&#201;tat colonial fran&#231;ais [&#8230;]. L'&#201;tat veut tout faire pour sortir l'id&#233;e de souverainet&#233; et d'ind&#233;pendance de nos t&#234;tes, et ce, par son appareil judiciaire ou comme ici, en usant de moyens psychologiques. Mais il refuse de comprendre que ces aspirations font partie de notre ADN, de notre histoire, de notre quotidien, de nos raisons de nous lever et de nous &#233;lever chaque matin. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je suis capable de dire que le Camp Est est un appareil d'&#201;tat qui sert &#224; saquer du Kanak. Tu n'imagines pas le nombre d'hommes qui perdent la t&#234;te ici, qui sont sous traitements lourds. [...] Les d&#233;tenus s'&#233;changent entre eux des cachets d'anxiolytiques contre des desserts, des baguettes, du tabac. Pour cela ils marchandent avec les d&#233;tenus qui b&#233;n&#233;ficient d&#233;j&#224; de traitements r&#233;guliers d&#233;livr&#233;s par les psychiatres. Et ils en consomment &#224; haute dose, &#233;cras&#233;s en poudre, m&#233;lang&#233;s &#224; du tabac, &#224; de l'eau ou &#224; du caf&#233;&#8230; Souvent les d&#233;tenus tombent KO dans la promenade et il faut les porter jusque dans leurs cellules. Ils ne parlent plus, ne bougent plus. Et ils se bavent dessus, se vomissent dessus, s'urinent dessus, se chient dessus. &#192; force, ils perdent la t&#234;te et deviennent des l&#233;gumes. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re de la raison laisse place &#224; l'obscurit&#233; et le d&#233;tenu ordinaire ne peut y &#233;chapper. Les hommes deviennent des corps vides dans cette taule. Cela me fait mal au c&#339;ur de voir l'&#233;tat lamentable de mes fr&#232;res. La prison est remplie de gens qui n'ont commis que des vols. Certains ont pris pour cela des peines &#224; deux chiffres. Ce sont des jeunes, plus que moi parfois. Le plus jeune que j'ai rencontr&#233;, il a seulement 16 ans et demi tu te rends compte ? [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a les piq&#251;res sur les d&#233;tenus qui font des crises de col&#232;re. Le mec dans la cellule &#224; c&#244;t&#233; de moi, depuis qu'il a fait une crise, il re&#231;oit des piq&#251;res tous les deux &#224; trois jours. Cela fait maintenant deux mois que l'on ne l'entend plus. Il a &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; parce qu'il a p&#233;t&#233; un carrefour pendant les &#233;v&#232;nements. Maintenant il ne parle plus, il ne crie plus &#8220;Kanaky Dawany&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Kanaky tous les jours &#187;&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &#224; bas l'&#201;tat fran&#231;ais.&#8221; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration d'&#201;tat refuse d'admettre les raisons pour lesquelles il y a eu de nombreuses tentatives de mutinerie ici. Pour elle c'est la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) qui a coordonn&#233; toutes ces actions en raison du contexte et des dates auxquelles elles ont eu lieu&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La semaine du 13 mai 2024 plusieurs agents p&#233;nitentiaires sont pris en otage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; [&#8230;] alors que les raisons r&#233;elles et profondes sont simplement les conditions de d&#233;tention catastrophiques. Malgr&#233; les courriers adress&#233;s &#224; la direction, aux associations, aux institutions, &#224; la Ligue des droits de l'Homme, rien n'est fait ! La ranc&#339;ur et la frustration de ne pas &#234;tre consid&#233;r&#233;, de ne pas &#234;tre &#233;cout&#233; se sont accumul&#233;es et se sont traduites par une radicalisation. Les dates et le contexte ont en effet aliment&#233; les projets de mutineries qu'avaient les prisonniers, mais quel Kanak peut dire qu'&#224; ce moment-l&#224; son sang d'autochtone n'a pas bouilli ? Quel Kanak dira que son &#233;tat ancestral de guerrier ne s'est pas r&#233;veill&#233; et manifest&#233; dans son c&#339;ur et son esprit lors de cette p&#233;riode-l&#224; ? [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne nie pas le fait que les agents p&#233;nitentiaires de terrain subissent aussi les ordres de leur direction, qui subit elle-m&#234;me le silence et l'inaction du minist&#232;re de la Justice. Cela produit des rapports d&#233;plorables entre les agents et les d&#233;tenus. Les d&#233;tenus commettent des violences physiques sur le personnel p&#233;nitencier. Et les agents eux-m&#234;mes prof&#232;rent des injures, des menaces. Ils perdent leur sang-froid, vont m&#234;me jusqu'&#224; entrer dans les cellules et rouer de coups puis humilier les d&#233;tenus. Il n'y a plus de notion de normalit&#233; ici. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours et toutes les nuits, B. et moi parlons politique, culture, tradition, social. J'ai h&#226;te de sortir, savourer la libert&#233; et surtout, de ne pas remettre les pieds dans cette taule. Dis aux autres dehors de ne pas nous oublier, nous qui sommes &#224; l'isolement et en d&#233;tention ordinaire. Nous aussi nous sommes des combattants de la Kanaky libre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/244_08c_djaber_kanaky.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH954/244_08c_djaber_kanaky-a64f3.jpg?1779896457' width='500' height='954' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour sa participation aux &#233;meutes de mai 2024, V.* a &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; au Camp Est. Aujourd'hui lib&#233;r&#233;, il a purg&#233; une peine de neuf mois de prison en semi-libert&#233;. Ses propos ont &#233;t&#233; recueillis &#224; l'automne dernier par Urgence Kanaky. V. racontait alors ses conditions de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; N&lt;/span&gt;otre cellule, c'est un conteneur&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des conteneurs maritimes ont &#233;t&#233; install&#233;s dans la prison pour r&#233;duire la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Il y fait tr&#232;s chaud. Elle fait environ 6 m&#232;tres sur 2,40 m&#232;tres . Elle est pr&#233;vue pour deux mais la plupart du temps nous sommes quatre &#224; l'int&#233;rieur. Du coup c'est tout le temps sale. Le matin au r&#233;veil, tu passes un coup de balai mais une demi-heure apr&#232;s, c'est de nouveau aussi sale. Parfois il y a des rats et des cafards qui se baladent sur le sol, entre les matelas. Il y a deux lits superpos&#233;s et les deux autres cod&#233;tenus dorment par terre. Il y a une fen&#234;tre pour laisser passer l'air, mais elle n'a pas de vitre, juste des barreaux. Cela fait que quand il y a du vent, on ramasse la poussi&#232;re et quand il pleut, on prend l'eau. Le froid et la chaleur entrent par cette fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les toilettes et le reste de la cellule il n'y a pas de cloison, seulement un rideau. Donc, quand on est dans son lit, on entend tout ce qui se passe dans les sanitaires. On a aussi toutes les odeurs. Pour se cr&#233;er un peu d'intimit&#233;, on d&#233;coupe parfois les housses en plastique qui prot&#232;gent nos matelas pour se fabriquer des rideaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on est au bloc&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un quartier du centre p&#233;nitentiaire.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, on a le droit &#224; 45 minutes, une heure maximum par jour en dehors de la cellule. Des fois, l'administration nous interdit le ballon de foot. Le seul moyen pour nous de nous d&#233;fouler... Le reste du temps, nous passons 23 heures sur 24 enferm&#233;s, les uns sur les autres. C'est &#233;prouvant. Beaucoup de personnes ici prennent des cachetons. Je ne sais pas ce que c'est exactement mais ils sont shoot&#233;s, ils sont loin, tu ne peux pas leur parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a les fouilles. On nous fouille &#224; nu presque tous les jours. D&#232;s que l'on sort la journ&#233;e en dehors de la prison, on est fouill&#233;. On est palp&#233;, touch&#233;. Parfois, les fouilles sont tr&#232;s pouss&#233;es, &#224; l'int&#233;rieur des corps. C'est d&#233;gradant. Et puis les gardiens qui nous fouillent nous oppressent, ils nous menacent. Ils disent : &#8220;&lt;i&gt;si tu ne coop&#232;res pas, on va &#234;tre encore plus violents&#8230;&lt;/i&gt;&#8221; Quelquefois, le fait m&#234;me de sortir en semi-libert&#233; nous d&#233;range parce que l'on sait que l'on va devoir passer par la fouille apr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; sa demande, son identit&#233; a &#233;t&#233; anonymis&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Kanaky tous les jours &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La semaine du 13 mai 2024 plusieurs agents p&#233;nitentiaires sont pris en otage au sein de la prison du Camp Est et une mutinerie &#233;clate alors qu'au m&#234;me moment de violentes &#233;meutes ont lieu dans le reste de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Des conteneurs maritimes ont &#233;t&#233; install&#233;s dans la prison pour r&#233;duire la surpopulation carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un quartier du centre p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les militants ind&#233;pendantistes kanak face &#224; la justice fran&#231;aise</title>
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		<dc:date>2025-09-13T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Niel Kadereit, Pierre Onraed</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour s'&#234;tre lev&#233;s contre le projet de loi de d&#233;gel du corps &#233;lectoral cal&#233;donien au cours de l'ann&#233;e 2024, des centaines de militants ind&#233;pendantistes kanak se sont retrouv&#233;s devant les tribunaux, avec parfois des peines de prison ferme &#224; la clef. L'association Urgence Kanaky recense depuis plusieurs mois ces condamnations. Le 31 mai 2024 au soir, K. et N., deux militants ind&#233;pendantistes kanak, sont arr&#234;t&#233;s sur un barrage routier &#8211; une carcasse de voiture au milieu de la voie &#8211; dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no244-septembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;244 (septembre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L134xH150/244_08_djaber_kanaky-6ab9a.jpg?1779896458' class='spip_logo spip_logo_right' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour s'&#234;tre lev&#233;s contre le projet de loi de d&#233;gel du corps &#233;lectoral cal&#233;donien au cours de l'ann&#233;e 2024, des centaines de militants ind&#233;pendantistes kanak se sont retrouv&#233;s devant les tribunaux, avec parfois des peines de prison ferme &#224; la clef. L'association Urgence Kanaky recense depuis plusieurs mois ces condamnations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6221 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/244_08_djaber_kanaky.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH561/244_08_djaber_kanaky-52180.jpg?1779896459' width='500' height='561' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 31 mai 2024 au soir, K. et N., deux militants ind&#233;pendantistes kanak, sont arr&#234;t&#233;s sur un barrage routier &#8211; une carcasse de voiture au milieu de la voie &#8211; dans la commune de Mont-Dore, banlieue urbaine de Noum&#233;a, tout au sud de la Grande Terre. Ils participent au mouvement de protestation contre le projet de loi constitutionnelle qui vise &#224; &#233;largir le corps &#233;lectoral cal&#233;donien. Pour les Kanak, peuple autochtone de la Nouvelle-Cal&#233;donie, c'est une mani&#232;re d'&#233;touffer leur poids politique et de rendre inaudible leurs revendications d'autod&#233;termination. En r&#233;action, la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) appelle &#224; la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;L'enjeu pour la France est d'enrayer rapidement la mobilisation en s'en prenant autant aux militants de base qu'aux leaders politiques&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression polici&#232;re ne se fait pas attendre. Rapidement, les effectifs de gendarmerie explosent, l'arm&#233;e est d&#233;ploy&#233;e et les centaures&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;hicules blind&#233;s de la gendarmerie.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; quadrillent la banlieue de Noum&#233;a. La jeunesse marginalis&#233;e des quartiers s'en prend alors aux grandes enseignes implant&#233;es dans la capitale, symbole de la richesse in&#233;galement r&#233;partie sur le territoire. Les incendies et les pillages se multiplient chaque nuit pendant ce mois de mai malgr&#233; le couvre-feu impos&#233;. &#192; l'abri des regards, l'appareil judiciaire s'enclenche : l'enjeu pour la France est d'enrayer rapidement la mobilisation en s'en prenant autant aux militants de base qu'aux leaders politiques et d'an&#233;antir toute vell&#233;it&#233; de soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;234 personnes incarc&#233;r&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s juin 2024, sept responsables de la CCAT sont transf&#233;r&#233;s dans des prisons m&#233;tropolitaines&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; L'exil carc&#233;ral a toujours &#233;t&#233; une vieille ficelle de l'Empire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#192; partir du 13 mai, jour o&#249; le projet de loi constitutionnelle arrive &#224; l'Assembl&#233;e nationale, 2 530 Kanak sont plac&#233;s en garde &#224; vue, selon les chiffres du procureur de la R&#233;publique Yves Dupas. Photos, relev&#233;s d'identit&#233;, prises d'empreintes, &#173;l'occasion d'un fichage massif des activistes. Pour comprendre l'ampleur de cette r&#233;pression, il faut avoir en t&#234;te les ordres de grandeur : en quelques mois, c'est un peu plus de 2 % des autochtones de l'&#238;le qui sont arr&#234;t&#233;s. Si l'on ram&#232;ne ce chiffre &#224; l'ensemble de la population fran&#231;aise, cela concernerait plus d'un million d'habitants. 600 d'entre eux sont finalement rel&#226;ch&#233;s sans poursuites. Pour les autres : interdictions de manifester, sursis, assignations &#224; r&#233;sidence, convocations en justice, mandats de d&#233;p&#244;t, d&#233;ferrements. Autant de jugements qui restreignent le pouvoir d'action politique des ind&#233;pendantistes. Au total sur la p&#233;riode 243 personnes sont incarc&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;En quelques mois, c'est un peu plus de 2 % des autochtones de l'&#238;le qui sont arr&#234;t&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;K. et N. font partie de ceux-l&#224;. Lors de son arrestation, N. brandit une chaise face &#224; un policier qui pointe vers lui son pistolet LBD. K. est quant &#224; lui arr&#234;t&#233; en possession d'une fronde et de boulons. Ils sont emmen&#233;s devant le tribunal correctionnel de Noum&#233;a le 3 juin apr&#232;s avoir pass&#233; 48 heures en garde &#224; vue. Comme beaucoup d'autres Kanak &#224; cette p&#233;riode, ils passent en comparution imm&#233;diate, une proc&#233;dure qui permet &#224; la justice de juger des affaires sans enqu&#234;te, en se fondant uniquement sur la confrontation entre les d&#233;positions des plaignants, ici deux gendarmes, et l'interrogatoire des pr&#233;venus. Selon l'un des policiers, K. serait l'auteur des jets de boulons qu'a essuy&#233;s sa petite compagnie de gendarmes un peu plus t&#244;t dans la soir&#233;e sur le m&#234;me barrage. Les deux militants se retrouvent alors accus&#233;s &#171; &lt;i&gt;d'entrave &#224; la circulation d'un v&#233;hicule sur la voie publique&lt;/i&gt; &#187;, de violences contre les forces de l'ordre n'entra&#238;nant pas d'incapacit&#233; et de &#171; &lt;i&gt;r&#233;bellion&lt;/i&gt; &#187;. Ils sont condamn&#233;s &#224; neuf mois de prison ferme au Camp Est. L'un des pires lieux d'enfermement fran&#231;ais, r&#233;guli&#232;rement point&#233; du doigt par l'Observatoire international des prisons pour ses conditions de vie indignes et d&#233;gradantes. M&#234;me pour des courtes peines ou des d&#233;tentions provisoires, l'incarc&#233;ration au Camp Est est v&#233;cue comme une exp&#233;rience traumatisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans les premi&#232;res semaines, il fallait frapper fort pour mater la r&#233;volte&lt;/i&gt; &#187;, observe Dominique Onraed, membre d'Urgence Kanaky. Une association de soutien aux prisonniers qui recense les motifs de condamnation des personnes inculp&#233;es dans le cadre de leur participation aux r&#233;voltes entre le 21 f&#233;vrier 2024 et le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; octobre 2024. Autrement dit, entre le jour des premi&#232;res arrestations de manifestants et la date &#224; laquelle Michel Barnier, alors Premier ministre, s'engage &#224; ne pas faire passer le projet de loi devant le Congr&#232;s. Urgence Kanaky a d&#233;j&#224; pu recenser une soixantaine d'affaires en se rendant aux audiences du tribunal correctionnel de Noum&#233;a et en r&#233;cup&#233;rant les d&#233;cisions. Parmi les condamn&#233;s, surtout des hommes, dont la moyenne d'&#226;ge se situe autour de 35 ans, r&#233;sidant essentiellement dans le Grand Noum&#233;a, o&#249; se cristallise la s&#233;gr&#233;gation entre Kanak et M&#233;tropolitains.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du ferme pour une infraction au Code de la route&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ce sont des prisonniers politiques mais comme ils ne font pas partie des leaders ils ont &#233;t&#233; invisibilis&#233;s &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un chef d'accusation revient souvent dans les comptes rendus de jugement : &#171; &lt;i&gt;entrave, en Nouvelle-Cal&#233;donie, &#224; la circulation d'un v&#233;hicule sur une voie publique&lt;/i&gt; &#187;. Une infraction au code de la route employ&#233;e comme un instrument de criminalisation d'un mode d'action politique historique des ind&#233;pendantistes Kanak : le barrage filtrant. Pour le blocage d'un embranchement d'une route territoriale le 29 mai 2024, deux militants sont condamn&#233;s &#224; quatre mois de prison sans mandat de d&#233;p&#244;t. Henri Juni, syndicaliste de 54 ans, a lui pris douze mois pour avoir bloqu&#233; durant quelques heures l'acc&#232;s &#224; l'usine de la Soci&#233;t&#233; Le Nickel, une entreprise mini&#232;re exploitant les sols de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Durant la nuit du 8 au 9 mai, des palettes et des pneus enflamm&#233;s sont dispos&#233;s au milieu de la route. Pour les pneus, la charge de &#171; &lt;i&gt;d&#233;gradation ou d&#233;t&#233;rioration du bien d'autrui commise en r&#233;union&lt;/i&gt; &#187; est &#233;galement retenue contre lui. Lorsque les forces de police arrivent, Henri Juni et ses camarades &#233;vacuent les lieux sans affrontements apr&#232;s un petit moment de n&#233;gociation. Marcel Toyon, militant associatif &#233;galement pr&#233;sent ce jour-l&#224;, &#233;cope de huit mois de prison pour complicit&#233; d'entrave &#224; la circulation d'un v&#233;hicule sur une voie publique. &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vous trouvez que les &#233;meutes c'est de la politique ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;bellion, outrage, participation &#224; un groupement form&#233; en vue de commettre des violences contre les biens ou les personnes ou encore violences sur agent des forces de l'ordre sont les autres charges qui reviennent r&#233;guli&#232;rement dans les motifs d'inculpation pour les Kanak participant aux r&#233;voltes. &#171; &lt;i&gt;Les peines qui ont &#233;t&#233; prononc&#233;es sont tr&#232;s lourdes au regard de la nature des infractions&lt;/i&gt;, estime Marion Declercq, de l'association Urgence Kanaky. &lt;i&gt;Ce sont des prisonniers politiques mais comme ils ne font pas partie des leaders ils ont &#233;t&#233; invisibilis&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; L'&#201;tat, et ses magistrats, dans un geste de d&#233;l&#233;gitimation, poursuivent ces personnes pour des infractions de droit commun et d&#233;nient tout caract&#232;re politique &#224; leurs actions. Ainsi un juge lance, le 13 ao&#251;t 2024, lors d'une audience au tribunal correctionnel de Noum&#233;a &#224; une personne accus&#233;e de jets de pierres sur la police : &#171; &lt;i&gt;Vous trouvez que les &#233;meutes c'est de la politique ? Le caillassage, les &#233;meutes, les incendies, &#231;a n'est plus de la politique.&lt;/i&gt; &#187; On aimerait lui retourner la question : vous trouvez qu'un soul&#232;vement populaire contre une loi mena&#231;ant un processus de d&#233;colonisation ce n'est pas de la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Onraed et Niel Kadereit&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;V&#233;hicules blind&#233;s de la gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; L'exil carc&#233;ral a toujours &#233;t&#233; une vieille ficelle de l'Empire colonial &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;242 (juin 2025)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tais-toi et mange</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Tais-toi-et-mange</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Tais-toi-et-mange</guid>
		<dc:date>2025-07-26T10:20:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thelma Susbielle</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entre le repas du dimanche ou les grandes tabl&#233;es de fin d'ann&#233;e, se retrouver pour manger ensemble est une tradition &#224; laquelle il est dur d'&#233;chapper. Derri&#232;re l'image d'un moment convivial, se cachent souvent des rapports de pouvoir : classe, genre, race&#8230; &#192; table, il ne s'agit pas seulement de se nourrir : il faut aussi performer. &#171; Le repas est un fait social total &#187;, &#233;crivait Marcel Mauss. Ce rituel raconte nos r&#232;gles de civilit&#233;, notre hi&#233;rarchie sociale et notre mani&#232;re d'&#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no243-juillet-aout-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;243 (juillet-ao&#251;t 2025)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_1_-3-7ef3b.png?1779633701' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre le repas du dimanche ou les grandes tabl&#233;es de fin d'ann&#233;e, se retrouver pour manger ensemble est une tradition &#224; laquelle il est dur d'&#233;chapper. Derri&#232;re l'image d'un moment convivial, se cachent souvent des rapports de pouvoir : classe, genre, race&#8230; &#192; table, il ne s'agit pas seulement de se nourrir : il faut aussi performer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/243_d09_djaber.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH535/243_d09_djaber-468d5.jpg?1779633702' width='500' height='535' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&lt;i&gt;e repas est un fait social total &lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait Marcel Mauss. Ce rituel raconte nos r&#232;gles de civilit&#233;, notre hi&#233;rarchie sociale et notre mani&#232;re d'&#234;tre ensemble. Les &#171; bonnes mani&#232;res &#187; ne tombent pas du ciel, elles se transmettent dans le milieu social dans lequel nous &#233;voluons. &#171; &lt;i&gt;Les autres mangeaient, mais moi je travaillais. J'apprenais un nouveau corps&lt;/i&gt; &#187; raconte &#201;douard Louis, dans &lt;i&gt;Changer : M&#233;thode&lt;/i&gt; (Seuil, 2021) &#224; propos de repas chez sa meilleure amie, appartenant &#224; la petite bourgeoisie de province. Transfuge de classe, il doit renier les gestes de son enfance. Le d&#238;ner devient le th&#233;&#226;tre d'une culture l&#233;gitime qu'il n'ose contester. &#171; &lt;i&gt;Le go&#251;t, en mati&#232;re de nourriture comme ailleurs, fonctionne comme un marqueur social : il classe celui qui mange autant que ce qui est mang&#233; &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;disait Pierre Bourdieu dans&lt;i&gt; La Distinction. &lt;/i&gt;Nombreuses sont celles et ceux pour qui un simple repas prend des allures de terrain min&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'indigestion du repas de famille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les pubs &#224; la t&#233;l&#233;, l'image v&#233;hicul&#233;e &#8211; un papa, une maman, deux enfants et un poulet r&#244;ti &#8211; laisse peu de place aux autres r&#233;cits. Th&#233;o, 34 ans, a grandi seul avec sa m&#232;re. &#171; &lt;i&gt;On mangeait souvent sur le canap', devant la t&#233;l&#233;&lt;/i&gt;. &#187; Au lyc&#233;e, invit&#233; chez sa copine, il a l'impression de d&#233;barquer sur une autre plan&#232;te : plats &#171; &lt;i&gt;aux graines &lt;/i&gt; &#187;, rituels qu'il ne comprend pas, complicit&#233; &#224; laquelle il reste ext&#233;rieur. &#171; &lt;i&gt;Je me sentais comme un explorateur dans un monde inconnu&lt;/i&gt;. &#187; Comme l'&#233;crit le sociologue Claude Fischler, &#171; &lt;i&gt;les conduites individuelles sont encadr&#233;es par un code implicite ou explicite d'usages &lt;/i&gt; &#187;. Ce code dicte tout : qui se sert en premier, o&#249; l'on s'assoit, qui parle et qui &#233;coute. Manger ensemble, c'est rester &#224; sa place... Ou se rendre compte qu'on n'y est pas. Joseph, 31 ans, architecte, se rappelle un d&#238;ner dans une &#171; &lt;i&gt;famille tr&#232;s tradi&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Je ne connaissais pas l'ordre des couverts, j'ai pass&#233; le repas &#224; copier les autres en esp&#233;rant que &#231;a ne se voie pas.&lt;/i&gt; &#187; Mathilde, journaliste de 32 ans, se souvient du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;hoquet de surprise&lt;/i&gt; &#187; de sa grand-m&#232;re &#171; &lt;i&gt;bourgeoise&lt;/i&gt; &#187; lorsqu'elle lui a pr&#233;sent&#233; son petit ami lors d'un d&#238;ner et que celui-ci s'est mis renifler le contenu de son assiette. &#192; table, certains gestes trahissent une inadaptation aux codes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les restos, ce truc de bourge&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le malaise peut aussi venir du porte-monnaie. Laura, 25 ans, fra&#238;chement dipl&#244;m&#233;e et au ch&#244;mage, raconte les repas au resto o&#249; &#171; &lt;i&gt;certains amis commandent sans regarder les prix &lt;/i&gt; &#187;, tandis qu'elle calcule en silence. Max, stagiaire &#224; 22 ans dans un studio de graphisme parisien, n'avait que 536 euros par mois pour vivre : &#171; &lt;i&gt;Je mangeais des plats surgel&#233;s &#224; 2 euros sous les jugements de mes coll&#232;gues, pendant qu'eux allaient au resto. &lt;/i&gt; &#187; Justine, illustratrice, 33 ans, vit une pression similaire : &#171; &lt;i&gt; Dans mon atelier partag&#233;, on me juge parce que j'ach&#232;te mon d&#233;jeuner au Franprix au lieu de me pr&#233;parer des petits plats. Je trouve &#231;a &#233;litiste : on n'a pas tous le temps et le r&#233;flexe !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bouffe ton genre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; table, les injonctions sexistes vont &#233;galement bon train. Laura, qui souffre de troubles du comportement alimentaire, confie : &#171; &lt;i&gt; J'ai peur qu'on me juge de trop manger.&lt;/i&gt; &#187; Elle pointe une pression particuli&#232;rement forte sur les femmes : manger sain, sans trop se resservir. Mathilde l'observe aussi : &#171; &lt;i&gt;&#192;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;table, on sert toujours les plus grosses parts aux hommes, alors que toi aussi t'as une faim de fou ! Mais c'est r&#233;flexe : les hommes &#8220;&#231;a a besoin de beaucoup manger&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Julia, 26 ans, &#233;tudiante en pharmacie, ajoute : &#171; &lt;i&gt;Pendant la saison des barbecues, les hommes qui ne savent pas cuire un &#339;uf le reste du temps se sentent soudain une &#226;me de chef&lt;/i&gt;. &#187;
Les clich&#233;s sexistes s'impriment jusque dans les verres. Claire, 38 ans, remarque : &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'est d&#233;j&#224; arriv&#233; de me resservir du vin et de sentir que c'&#233;tait mal vu. Alors que je buvais au m&#234;me rythme que les hommes qui m'entouraient !&lt;/i&gt; &#187; Tandis que Romain, 32 ans, se rappelle : &#171; &lt;i&gt;Petit, l'une de mes grand-m&#232;res refusait que je boive du th&#233; : ce n'&#233;tait pas pour les gar&#231;ons.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La &#171; bonne culture &#187; culinaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le racisme s'invite, lui aussi, &#224; table. Thanh-Bao, 33 ans, infirmier d'origine vietnamienne, doit r&#233;guli&#232;rement faire face &#224; des pr&#233;jug&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Quand on me sert des plats asiatiques, on me dit souvent : &#8220;bah tu connais &#231;a toi&#8221;. Mais je ne connais pas toute la culture culinaire asiatique ! &lt;/i&gt; &#187; Luna, animatrice de 26 ans, se souvient d'un incident choquant. Lors d'un repas dans une &#233;cole priv&#233;e, une m&#232;re accompagnatrice r&#233;v&#232;le &#224; un enfant musulman qu'il mange du porc. Le gar&#231;on de six ans fond en larmes. Alors qu'on lui propose du poisson &#224; la place, les enseignantes renvoient le plat. &#171; &lt;i&gt;Il ne restait plus que du riz blanc&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dans l'assiette... &lt;/i&gt; &#187;, raconte Luna. Pour Sofiane qui a grandi en Alg&#233;rie, les repas &#224; rallonge o&#249; l'on parle durant des heures constituent une tradition bien fran&#231;aise. &#171; &lt;i&gt;Nous, on mange. On parle apr&#232;s !&lt;/i&gt; &#187; Une autre copine r&#233;torque que l'art de la discussion, &#224; table, c'est plut&#244;t &#171; &lt;i&gt;un truc de bourges&lt;/i&gt; &#187;. Difficile de savoir, parfois, si le d&#233;calage provient de dominations culturelles, de genres ou de classes, mais quand on n'est pas &#224; sa place, &#231;a fait souvent mal au cul. &#171; &lt;i&gt;La table, c'est souvent un endroit duquel tu ne peux pas t'&#233;chapper &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Camille, 29 ans, conducteur de train. Alors on se tait, on observe, on apprend les codes en silence. &#192; table, mieux vaut parfois se faire discret&#183;e&#8230; quitte &#224; avaler bien plus que ce qu'il y a dans l'assiette.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thelma Susbielle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#192; France Travail tout est possible ! (ou pas)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-France-Travail-tout-est-possible</link>
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		<dc:date>2025-06-21T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joris</dc:creator>


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Joris est un jeune allocataire du RSA. Il vous emm&#232;ne en immersion dans une &#171; prestation &#187; obligatoire de France Travail pour ne pas perdre ses 500 balles d'allocation. Lundi 9 heures du mat', j'arrive dans mon agence France Travail des Bouches-du-Rh&#244;ne. Le cerveau embrum&#233; et les paupi&#232;res encore bouffies, je pointe &#224; l'accueil : &#171; Je viens pour la prestation... &#187; Mes paroles s'&#233;vanouissent : le nom ne me revient pas. Derri&#232;re son comptoir, le guichetier m'observe, &#233;blouit par tant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no242-juin-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;242 (juin 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Joris est un jeune allocataire du RSA. Il vous emm&#232;ne en immersion dans une &#171; prestation &#187; obligatoire de France Travail pour ne pas perdre ses 500 balles d'allocation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/242_12_djaber_travail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH482/242_12_djaber_travail-cf17e.jpg?1779603563' width='500' height='482' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;undi 9 heures du mat', j'arrive dans mon agence France Travail des Bouches-du-Rh&#244;ne. Le cerveau embrum&#233; et les paupi&#232;res encore bouffies, je pointe &#224; l'accueil : &#171; &lt;i&gt;Je viens pour la prestation... &lt;/i&gt; &#187; Mes paroles s'&#233;vanouissent : le nom ne me revient pas. Derri&#232;re son comptoir, le guichetier m'observe, &#233;blouit par tant d'implication. En tant qu'allocataire du RSA, je suis r&#233;guli&#232;rement convoqu&#233; &#224; des rendez-vous en agence, en plus d'indiquer chaque semaine mes 15 heures d'activit&#233;s. Si je fais le mauvais &#233;l&#232;ve, je peux dire &lt;i&gt;bye bye&lt;/i&gt; aux 500 balles qui ne me permettent d&#233;j&#224; pas de mener une vie de pacha. Le nom de cette r&#233;union ? &#171; ATEP &#187; pour &#171; Atelier tout est possible &#187; m'aide le type de l'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir, les contr&#244;les ont tripl&#233;, passant de&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; 200 000 en 2017 &#224; plus de 600 000 en 2024&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Son principe ? On vous met dans une salle pendant deux heures avec d'autres &#171; feignasses &#187; pour expliquer en d&#233;tail toute l'offre du rejeton de P&#244;le emploi pour vous remettre sur le chemin du burn-out.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'odeur de l'exploitation salariale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;part, l'&#171; Atelier tout est possible &#187; est participatif. Nous d&#233;finissons avec les deux intervenantes les r&#232;gles de vie pour les deux prochaines heures : &#171; &#233;coute, bienveillance, respect, &#233;change et BONNE HUMEUR &#187;. Ma haine du monde du travail prend rapidement le dessus quand Michel* raconte : &#171; &lt;i&gt;J'ai 53 ans, je suis serveur. 35 ans de m&#233;tier et pourtant je gal&#232;re &#224; trouver du travail. Les restaurateurs pr&#233;f&#232;rent des jeunes ! &lt;/i&gt; &#187; En m&#234;me temps, pourquoi embaucher un serveur comp&#233;tent quand des &#233;tudiant&#183;es fauch&#233;&#183;es sont pr&#234;t&#183;es &#224; faire 50 heures par semaine pay&#233;&#183;es au SMIC sur la base d'un contrat de 39 heures ? Michel re&#231;oit un sourire crisp&#233; comme seul signe de compassion.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un seul mantra : la reconversion !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de m'enfoncer, mais ce n'est pas &#224; France Travail de nous trouver un job, c'est &#224; nous de nous bouger !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Au fond de la salle, Fabienne* gribouille discr&#232;tement dans son carnet. Salari&#233;e de France Travail, elle est charg&#233;e de &#171; &lt;i&gt;faciliter l'insertion&lt;/i&gt; &#187; du &#171; &lt;i&gt;vivier de demandeurs d'emploi &lt;/i&gt; &#187; au sein des entreprises de &#171; &lt;i&gt;secteurs en tension&lt;/i&gt; &#187;. Comprenez : &#171; caser des salari&#233;&#183;es peu qualifi&#233;&#183;es dans des boulots de merde pour aider des patron&#183;nes &#224; s'engraisser &#187; : restauration, h&#244;tellerie, b&#226;timent, soin &#224; la personne... Attention Michel, tu es peut-&#234;tre le prochain sur la liste ! Bon an mal an, les intervenantes avancent dans leur pr&#233;sentation des outils, des prestations et des formations propos&#233;es par France Travail. Elles insistent sur les possibilit&#233;s de reconversion d'accompagnement des n&#233;o-entrepreneur&#183;euses car : &#171; &lt;i&gt;si on veut, on peut changer de m&#233;tier&lt;/i&gt; &#187;. Un rictus appara&#238;t sous les lunettes noires de Michel : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait la formation pour devenir chauffeur de bus &#224; la RTM (R&#233;gie des transports marseillais) mais j'ai &#233;t&#233; recal&#233; &#224; cause de ma vue !&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me quand on veut, on ne peut pas forc&#233;ment... Qu'&#224; cela ne tienne, tous les mois, France Travail nous envoie un nombre impressionnant d'invitations pour divers salons de l'emploi et de l'auto-entrepreneuriat. L'organisme peut financer nos formations, mais il en propose aussi, comme celle sur &#171; d&#233;tection de potentiel &#187; qui permet d'affiner un projet de reconversion professionnelle... Dans les secteurs en tension ou autoentrepreneuriat de pr&#233;f&#233;rence. &#199;a tourne en boucle. Je SUIS en tension.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une pression num&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Habitu&#233; de France Travail, je sais que cette pression n'est pas nouvelle, mais elle me semble plus pressante ces derniers temps. Vot&#233;e en 2023, la loi dite &#171; plein-emploi &#187; est entr&#233;e en vigueur le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier dernier avec l'objectif affich&#233; de renforcer le contr&#244;le des allocataires du RSA ou du ch&#244;mage. Depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir, ces contr&#244;les ont tripl&#233;, passant de 200 000 en 2017 &#224; plus de 600 000 en 2024. Galvanis&#233;, le r&#233;gime anti-ch&#244;mdu a fix&#233; un objectif de 1,5 million de contr&#244;les en 2027 m&#234;me si aucune &#233;tude scientifique ne prouve que le renforcement des contr&#244;les m&#232;ne &#224; un retour &#224; l'emploi. Pour &#234;tre dans les clous, France Travail d&#233;ploie des outils de profilage algorithmique visant &#224; automatiser et g&#233;n&#233;raliser les contr&#244;les. Tr&#232;s opaques, ces outils risquent s&#233;rieusement de proc&#233;der &#224; des contr&#244;les discriminatoires en combinant &#171; &lt;i&gt;diff&#233;rents crit&#232;res construits &#224; partir des donn&#233;es personnelles d&#233;tenues par France Travail&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; France Travail : des robots pour contr&#244;ler les ch&#244;meur&#183;ses et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'effet culpabilisant est quant &#224; lui bien r&#233;el : &#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de m'enfoncer, mais ce n'est pas &#224; France Travail de nous trouver un job, c'est &#224; nous de nous bouger !&lt;/i&gt; &#187; s'autoflagelle Michel. Cerise sur le g&#226;teau, alors que l'atelier touche &#224; sa fin, on a le droit &#224; la condescendance de l'agence : &#171; &lt;i&gt;En ce moment, j'aide mon neveu &#224; r&#233;diger son CV et sa lettre de motivation. Pas &#233;vident ! Les jeunes ne ma&#238;trisent pas encore tous les codes &lt;/i&gt; &#187;, sourit Martine apr&#232;s s'&#234;tre assur&#233;e que personne n'avait moins de 26 ans dans l'assistance. Si les &#171; codes &#187; sont l'exploitation et le contr&#244;le, pas s&#251;r que ce soit le CV et la lettre de motivation qui coincent !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Joris&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; * pr&#233;noms modifi&#233;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; France Travail : des robots pour contr&#244;ler les ch&#244;meur&#183;ses et les personnes au RSA &#187;, sur le site de La Quadrature du Net (22/05/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Il faut que la soci&#233;t&#233; consente &#224; cette histoire &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Il-faut-que-la-societe-consente-a</link>
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		<dc:date>2025-05-05T01:30:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>In&#232;s Atek</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que les tensions diplomatiques entre la France et l'Alg&#233;rie s'intensifient, la question du d&#233;ni colonial fran&#231;ais refait surface, exacerbant les diff&#233;rends historiques. Entretien avec l'historien Benjamin Stora. L'&#233;ni&#232;me crise diplomatique entre l'Alg&#233;rie et la France est l'occasion, pour certains de nos responsables politiques, de r&#233;investir le lexique et la posture coloniale de nos a&#239;eux. Au hasard, octobre 2024 : alors que Jean-No&#235;l Barrot, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que les tensions diplomatiques entre la France et l'Alg&#233;rie s'intensifient, la question du d&#233;ni colonial fran&#231;ais refait surface, exacerbant les diff&#233;rends historiques. Entretien avec l'historien Benjamin Stora.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_03_djaber_stora.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH704/241_03_djaber_stora-9b9b2.jpg?1779896463' width='500' height='704' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Djaber
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;'&#233;ni&#232;me crise diplomatique entre l'Alg&#233;rie et la France est l'occasion, pour certains de nos responsables politiques, de r&#233;investir le lexique et la posture coloniale de nos a&#239;eux. Au hasard, octobre 2024 : alors que Jean-No&#235;l Barrot, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, se f&#233;licite que la France ait reconnu le Sahara occidental comme &#233;tant marocain (pomme de discorde avec le voisin alg&#233;rien), il croit bon de pr&#233;ciser vouloir &#171; &lt;i&gt;accro&#238;tre [son] action consulaire et culturelle sur ce territoire&lt;/i&gt; &#187;. Ou encore, janvier 2025 : les m&#233;dias fran&#231;ais d&#233;fendent comme un Voltaire Boualem Sansal, dissident du r&#233;gime alg&#233;rien et arr&#234;t&#233; par ce dernier pour avoir entre autres expliqu&#233; au magazine d'extr&#234;me droite &lt;i&gt;Fronti&#232;res&lt;/i&gt; qu'il &#171; &lt;i&gt;est facile de coloniser des petits trucs qui n'ont pas d'histoire &lt;/i&gt; &#187;. Plus r&#233;cemment, le 16 avril dernier : pendant que sur CNews, le bandeau d'actualit&#233; annonce &#171; &lt;i&gt;Alg&#233;rie : enfin de la fermet&#233; &#187;&lt;/i&gt;, sur Europe 1, le ministre de la Justice G&#233;rald Darmanin pr&#233;cise que &#171; &lt;i&gt; le pass&#233; est le pass&#233; et la France n'a pas &#224; s'en excuser&lt;/i&gt; &#187;, avant de proposer de baisser les visas accord&#233;s aux Alg&#233;riens et d'augmenter le nombre des OQTF. Sans parler de la posture infecte de surplomb du pr&#233;sident Macron lui-m&#234;me &#224; Mayotte et en Kanaky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re nous le d&#233;ni colonial ? Franchement non. On en parle avec Benjamin Stora, historien, sp&#233;cialiste des questions m&#233;morielles franco-alg&#233;riennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s la d&#233;colonisation, l'Alg&#233;rie comme la France ont construit, chacun de son c&#244;t&#233;, un r&#233;cit national. Sur quels imaginaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nombreux pays en Europe, comme l'Allemagne ou l'Italie, ont cherch&#233; au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; se l&#233;gitimer comme &#201;tats-nations&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les raisons qui ont pouss&#233; la bourgeoisie &#224; construire cet imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. La France et l'Alg&#233;rie n'&#233;chappent pas &#224; cette r&#232;gle. Le r&#233;cit national fran&#231;ais s'est construit autour d'un certain nombre de principes universalistes h&#233;rit&#233;s de la R&#233;volution de 1789, comme ceux de la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen. Mais il s'est aussi construit sur la mise en valeur de son empire colonial, qui a repouss&#233; les fronti&#232;res de son espace g&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Bruno Retailleau s'arroge tous les droits qu'avait un ministre r&#233;galien &#224; l'&#233;poque de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'Alg&#233;rie, le r&#233;cit national s'est fabriqu&#233; autour de la lib&#233;ration du joug de la France coloniale. Sans regretter l'Empire ottoman auquel elle a jadis appartenu, l'Alg&#233;rie contemporaine construit son roman national autour de la repossession d'une souverainet&#233; perdue.
Nous avons donc, d'un c&#244;t&#233;, un imaginaire fran&#231;ais empreint d'une nostalgie de l'Empire, et de l'autre, un imaginaire alg&#233;rien dont le point de d&#233;part est la guerre de lib&#233;ration nationale qui aboutit &#224; l'Ind&#233;pendance de 1962. Le r&#233;cit alg&#233;rien s'appuie sur une valorisation extr&#234;me d'une culture de la guerre au d&#233;triment d'une culture politique d&#233;mocratique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand Bruno Retailleau dit que &#171; &lt;i&gt;rien ne donne le droit &#224; l'Alg&#233;rie d'offenser la France &lt;/i&gt; &#187;, quels concepts mobilise-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question est surtout &#8220;qui parle ?&#8221;. Ici, c'est un ministre de l'Int&#233;rieur qui s'exprime et non pas un ministre des Affaires &#233;trang&#232;res. Or, pendant 130 ans, l'Alg&#233;rie &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un d&#233;partement fran&#231;ais, g&#233;r&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur &#8211; pas par le ministre des Colonies, encore moins par celui des Affaires &#233;trang&#232;res. Cela fait donc ressurgir le souvenir d'une gestion de l'Alg&#233;rie comme un territoire fran&#231;ais. Cette r&#233;surgence d'une domination ancienne est plus probl&#233;matique que tout le reste : Bruno Retailleau s'arroge tous les droits qu'avait un ministre r&#233;galien &#224; l'&#233;poque de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le journaliste Jean-Michel Aphatie a d&#233;clar&#233; fin f&#233;vrier :&#171; &lt;i&gt;Nous avons fait des centaines d'Oradour-sur-Glane en Alg&#233;rie&lt;/i&gt; &#187;, comparant ce massacre d'un village entier par une division SS, le 10 juin 1944, &#224; ceux d'Alg&#233;riens commis par la France coloniale, ce qui a suscit&#233; un toll&#233; &#233;norme. On peut parler de d&#233;ni ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans mon livre &lt;i&gt;La Gangr&#232;ne et l'oubli&lt;/i&gt;, sorti en 1991, j'expliquais que le r&#233;cit national fran&#231;ais a longtemps &#233;t&#233; bas&#233; sur une occultation du pass&#233; colonial, et tout particuli&#232;rement de la guerre d'Alg&#233;rie. Il a fallu forcer le blocus de l'amn&#233;sie g&#233;n&#233;rale en travaillant sur cette guerre et la r&#233;habiliter. Ce n'est qu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000 qu'on a commenc&#233; &#224; tirer le fil de cette m&#233;moire pour tenter de la retrouver. Mais le probl&#232;me c'est qu'on ne peut pas comprendre la fin d'un film si on n'en conna&#238;t pas le d&#233;but. Il fallait remonter aux origines de cette colonisation, &#224; savoir la guerre de conqu&#234;te au XIX&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;si&#232;cle. Une &#233;poque que les historiens documentaient depuis tr&#232;s longtemps mais qui n'&#233;tait ni enseign&#233;e, ni transmise. En parlant ainsi, Jean-Michel Aphatie n'a fait que lever le voile sur ce que cette conqu&#234;te a toujours &#233;t&#233; : exceptionnellement sanglante, faite de massacres, d'enfumades, d'expropriations de terrains, de d&#233;placements de population&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ann&#233;e 2030 marquera les deux si&#232;cles du d&#233;but de cette conqu&#234;te. Selon vous, tenons-nous encore ce pass&#233; sous silence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est relatif, ce &lt;i&gt;silence&lt;/i&gt;. Il y a de nombreuses productions litt&#233;raires et filmiques &#224; ce sujet. On peut citer les romans de Mathieu Belezi, par exemple &lt;i&gt;Attaquer la terre et le soleil &lt;/i&gt;(2022) et &lt;i&gt;Moi, le glorieux &lt;/i&gt;(2024), mais aussi le prix Goncourt d&#233;cern&#233; au roman &lt;i&gt;L'Art fran&#231;ais de la guerre &lt;/i&gt;d'Alexis Jenni en 2011. Le probl&#232;me se situe davantage dans l'acceptation de ces images et de ces &#233;crits, par la population fran&#231;aise. Il faut que la soci&#233;t&#233; consente &#224; cette histoire. La question de la transmission est donc centrale, notamment &#224; travers l'institution scolaire. Toute histoire nationale doit sans cesse &#234;tre revisit&#233;e. Il faut l'enrichir, la perfectionner, sous peine de cr&#233;er des histoires d&#233;finitives, officielles. On n'en est pas encore l&#224; en France. M&#234;me si bien s&#251;r, un certain nombre de faits ont &#233;t&#233; &#233;tablis et que la question coloniale, tr&#232;s peu &#233;tudi&#233;e il y a 30 ou 40 ans, l'est beaucoup plus aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il y a un d&#233;calage &#233;norme entre ces jeunes qui aspirent &#224; plus d'histoire et une classe politique dans le d&#233;ni &#233;hont&#233;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est logique : la jeunesse issue des immigrations post-coloniales est tr&#232;s consciente de cette histoire et a un fort d&#233;sir de connaissance &#224; son sujet. Avant, peu de gens travaillaient l&#224;-dessus : le sujet &#233;tait vu comme p&#233;riph&#233;rique, contrairement &#224; des sujets comme le socialisme, la lutte des classes, le mouvement ouvrier, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles voix vont permettre aujourd'hui de r&#233;examiner cette histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 1990-2000, issue des immigrations post-coloniales, a pouss&#233; en avant la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;habilitation de la m&#233;moire coloniale. Les citoyens ont besoin d'&#233;tablir leurs g&#233;n&#233;alogies afin de comprendre d'o&#249; ils viennent. Il y a un d&#233;calage &#233;norme entre ces jeunes qui aspirent &#224; plus d'histoire &#8211; et veulent en particulier conna&#238;tre celle de leurs parents ou grands-parents &#8211; et une classe politique dans le d&#233;ni &#233;hont&#233;. Le rapport sur la colonisation que j'ai fait en 2021&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport intitul&#233; Les Questions m&#233;morielles portant sur la colonisation et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; n'a pratiquement pas &#233;t&#233; discut&#233; par la classe politique fran&#231;aise. Sans surprise, la droite et l'extr&#234;me droite l'ont condamn&#233;. Mais la gauche ne s'en est pas non plus empar&#233;e. Un exemple parmi d'autres : la reconnaissance par la France de l'assassinat en pleine guerre &#173;d'Alg&#233;rie de Maurice Audin (math&#233;maticien membre du Parti communiste alg&#233;rien), Larbi Ben M'hidi (responsable des ind&#233;pendantistes du FLN) et Ali Boumendjel (avocat et militant pour l'ind&#233;pendance), qui &#233;taient tous de grands nationalistes alg&#233;riens, n'a jamais &#233;t&#233; discut&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce foss&#233; ne pourra pas subsister longtemps. De plus en plus de jeunes issus de cette histoire acc&#232;dent &#224; des responsabilit&#233;s politiques, &#224; des fonctions de chercheurs, d'intellectuels. Ils emm&#232;nent avec eux leurs bagages d'histoires subjectives. Le moment o&#249; nous devrons faire face &#224; ces h&#233;ritages se rapproche. Bient&#244;t, la classe politique ne pourra plus tourner la t&#234;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par In&#232;s Atek&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les raisons qui ont pouss&#233; la bourgeoisie &#224; construire cet imaginaire national, voir pages 4 et 5 de ce num&#233;ro &#171; D&#233;coloniser nos organisations militantes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rapport intitul&#233; &lt;i&gt;Les Questions m&#233;morielles portant sur la colonisation et la guerre d'Alg&#233;rie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Turquie : main basse sur les mairies kurdes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Turquie-main-basse-sur-les-mairies</link>
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		<dc:date>2025-02-28T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Loez</dc:creator>


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

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&lt;p&gt;En Turquie, pour r&#233;primer l'opposition kurde, le pr&#233;sident Recep Tayyip Erdo&#287;an a renou&#233; avec une pratique couramment utilis&#233;e par le r&#233;gime turc au XXe si&#232;cle : la destitution et l'emprisonnement des maires des villes des r&#233;gions kurdes pour suspicion de liens avec des &#171; organisations terroristes &#187;. En face, la r&#233;sistance s'organise. Le 4 novembre dernier, les maires r&#233;cemment &#233;lu&#183;es des villes kurdes de El&#238;h, Merd&#238;n et Xelfet&#238; ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;&#183;es d'acc&#233;der &#224; leurs bureaux par des dizaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no136-decembre-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;236 (d&#233;cembre 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH93/236_12_djaber_mairekurdistan-0ecb4.jpg?1779608613' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Turquie, pour r&#233;primer l'opposition kurde, le pr&#233;sident Recep Tayyip Erdo&#287;an a renou&#233; avec une pratique couramment utilis&#233;e par le r&#233;gime turc au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : la destitution et l'emprisonnement des maires des villes des r&#233;gions kurdes pour suspicion de liens avec des &#171; &lt;i&gt;organisations terroristes&lt;/i&gt; &#187;. En face, la r&#233;sistance s'organise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/236_12_djaber_mairekurdistan.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH748/236_12_djaber_mairekurdistan-e2f12.jpg?1779608614' width='500' height='748' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Djaber
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 4 novembre dernier, les maires r&#233;cemment &#233;lu&#183;es des villes kurdes de El&#238;h, Merd&#238;n et Xelfet&#238; ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;&#183;es d'acc&#233;der &#224; leurs bureaux par des dizaines de policier&#183;es d&#233;ploy&#233;&#183;es devant les mairies. Le 22 novembre, c'&#233;tait au tour de Dersim de subir le m&#234;me sort. D&#233;j&#224; en 2016 et en 2019, Recep Tayyip Erdo&#287;an avait destitu&#233; des repr&#233;sentant&#183;es choisi&#183;es d&#233;mocratiquement par le peuple kurde, au motif qu'ils auraient des liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), class&#233; &#171; organisation terroriste &#187; par Ankara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les remplacer, l'&#201;tat envoie ses administrateurs : les &lt;i&gt;kayyum&lt;/i&gt;. Ceux-ci sont les rouages d'une administration coloniale qui applique des politiques d'assimilation du peuple kurde, r&#233;prime son mouvement pour la libert&#233; et d&#233;tourne des ressources municipales au profit de l'&#201;tat et de ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Accusations de terrorisme en pagaille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain des &#233;lections municipales du 31 mars dernier, largement remport&#233;es par les candidat&#183;es du Parti de l'&#233;galit&#233; et de la d&#233;mocratie des peuples (DEM, gauche pro-Kurdes) dans les r&#233;gions kurdes, Erdo&#287;an avait tent&#233; de limoger Abdullah Zeydan, &#233;lu &#224; Wan, pr&#232;s de la fronti&#232;re iranienne. Une importante mobilisation populaire l'avait oblig&#233; &#224; faire marche arri&#232;re. &#192; &#199;olem&#234;rg, dans les montagnes pr&#232;s de la fronti&#232;re irakienne, le maire &#233;lu n'avait pas eu cette chance : il avait &#233;t&#233; remplac&#233; par un &lt;i&gt;kayyum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, cet automne, le pouvoir fait un nouveau virage en &#233;pingle. Le 22 octobre, Devlet Bah&#231;eli, chef du parti ultra-nationaliste MHP et alli&#233; d'Erdo&#287;an, appelle soudainement &#224; ce qu'Abdullah &#214;calan, ancien dirigeant du PKK emprisonn&#233; depuis 1999, puisse s'exprimer devant l'Assembl&#233;e nationale &#8211; &#224; condition qu'il d&#233;clare vouloir d&#233;poser les armes. La d&#233;claration a de quoi surprendre, &#214;calan ayant &#233;t&#233; priv&#233; de tout contact pendant 43 mois. Quelques jours plus tard, son neveu et d&#233;put&#233; du parti DEM avait m&#234;me &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; lui rendre visite.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La nomination de ces administrateurs vise &#224; d&#233;manteler la d&#233;mocratie en Turquie. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais peu apr&#232;s, Ahmet &#214;zer, maire du district d'Esenyurt d'Istanbul, est accus&#233; de collusion avec &#171; &lt;i&gt;l'organisation terroriste arm&#233;e PKK&lt;/i&gt; &#187; : d&#233;mis de ses fonctions, il est plac&#233; en d&#233;tention. Or si l'&#233;dile est lui-m&#234;me kurde, il est aussi membre du CHP, un parti d'opposition au pouvoir qui reste contre l'autonomie politique des Kurdes en Turquie. Cette accusation de proximit&#233; avec le PKK semble donc surtout masquer une nouvelle vague de r&#233;pression tant contre l'opposition politique que contre les &#233;lu&#183;es kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, le 4 novembre au matin, les destitutions se remettent &#224; pleuvoir. &#192; El&#238;h, l'&#233;lue du parti DEM G&#252;listan S&#246;n&#252;k est &#233;vinc&#233;e pour suspicion d'&#171; &lt;i&gt;appartenance &#224; une organisation terroriste&lt;/i&gt; &#187;. &#192; la foule rassembl&#233;e en signe de protestation, elle d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Ceux qui pensent que nous nous laisserons intimider par des menaces ou des barricades se trompent. Avec notre peuple, nous r&#233;sisterons jusqu'&#224; ce que cette d&#233;cision soit annul&#233;e [&#8230;] Ces municipalit&#233;s nous appartiennent &#224; tous. Elles appartiennent au peuple. La nomination de ces administrateurs vise &#224; d&#233;manteler la d&#233;mocratie en Turquie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Appel &#224; la r&#233;sistance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; El&#238;h, depuis l'entr&#233;e en fonction du &lt;i&gt;kayyum&lt;/i&gt;, qui s'est empress&#233; de fermer la page du site de la ville en langue kurde, la r&#233;sistance ne faiblit pas. Jour et nuit, de grands rassemblements sont organis&#233;s. Les jeunes allument des feux et affrontent parfois la police qui r&#233;plique &#224; coup de canons &#224; eau. Des centaines d'arrestations ont lieu, men&#233;es de mani&#232;re arbitraire par des flics en civil. Des vid&#233;os montrent les tabassages de personnes arr&#234;t&#233;es. Un vendeur de journaux est sauv&#233; de justesse d'un enl&#232;vement par des hommes en civil arm&#233;s &#8211; une pratique qui rappelle la &#171; &lt;i&gt;sale guerre&lt;/i&gt; &#187; des ann&#233;es 1990 o&#249; enl&#232;vements, disparitions et assassinats &#233;taient le quotidien des militant&#183;es kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le bilan des &lt;i&gt;kayyum&lt;/i&gt; : des dettes astronomiques et des dizaines de b&#226;timents et terrains municipaux vendus &#224; vil prix&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; Amed, principale ville des r&#233;gions kurdes o&#249; les maires avaient &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;s par le r&#233;gime en 2016 puis en 2019, on craint de se voir &#224; nouveau confisquer la mairie. Les &#233;lu&#183;es du parti DEM avaient r&#233;cup&#233;r&#233; une municipalit&#233; ruin&#233;e apr&#232;s huit ann&#233;es sous la coupe des &lt;i&gt;kayyum&lt;/i&gt; : dettes astronomiques (pr&#232;s de 100 millions d'euros) et des dizaines de b&#226;timents et terrains municipaux c&#233;d&#233;s &#224; vil prix &#224; des entrepreneurs priv&#233;s ou &#224; des structures &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, les nouveaux &#233;lu&#183;es entendent bien multiplier les actions. &#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes pas venus ici pour payer des dettes, mais pour servir [la population]&lt;/i&gt; &#187; affirme Do&#287;an Hatun, co-maire de la m&#233;tropole d'Amed. Gulan &#214;nkol, co-maire du district de Sur, rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Nous avons besoin de solidarit&#233; et de soutien. Mais ne vous m&#233;prenez pas : nous n'attendons pas l'aide d'une main blanche, ni qu'un sauveur vienne nous tirer de cette situation. Nous voulons nous organiser et d&#233;velopper cette lutte ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Thalassaut sur Larmor-Plage</title>
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		<dc:date>2024-06-14T08:24:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le littoral Lorientais, future perle de la thalassoth&#233;rapie ou naufrage &#233;cologique annonc&#233; ? Sur ce rivage breton, un &#233;norme projet de centre de bien-&#234;tre soul&#232;ve une vague de contestations. En ce d&#233;but de mois de mai, &#224; peine le soleil a-t-il point&#233; le bout de son nez que d&#233;j&#224; le littoral breton se peuple de ses &#233;ternels amateurs de ch&#226;teaux de sable. &#192; Larmor-Plage, petit havre c&#244;tier &#224; quelques kilom&#232;tres de Lorient, kitesurfeurs et premiers baigneurs se partagent les rivages de l'anse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no-231-en-kiosque" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 231 (juin 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le littoral Lorientais, future perle de la thalassoth&#233;rapie ou naufrage &#233;cologique annonc&#233; ? Sur ce rivage breton, un &#233;norme projet de centre de bien-&#234;tre soul&#232;ve une vague de contestations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_231_06_thalasso_djaber_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH260/web_231_06_thalasso_djaber_1200px-d2b3f.jpg?1779896464' width='500' height='260' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Djaber
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n ce d&#233;but de mois de mai, &#224; peine le soleil a-t-il point&#233; le bout de son nez que d&#233;j&#224; le littoral breton se peuple de ses &#233;ternels amateurs de ch&#226;teaux de sable. &#192; Larmor-Plage, petit havre c&#244;tier &#224; quelques kilom&#232;tres de Lorient, &lt;i&gt;kitesurfeurs&lt;/i&gt; et premiers baigneurs se partagent les rivages de l'anse de Kerguelen. Un coin tranquille, au format carte postale, o&#249; couvent pourtant des tensions croissantes autour d'un projet controvers&#233;. Dans les tuyaux depuis 2019, la construction d'un centre de thalassoth&#233;rapie &#224; deux pas de la plage n'est pas du go&#251;t de tous. Port&#233; par la soci&#233;t&#233; Relais Thalasso et chouchou de la mairie locale, ce projet vise &#224; faire de Larmor un haut lieu du tourisme de luxe. Pour de nombreux riverains, militants et associations environnementales, r&#233;unis sous la banni&#232;re du collectif StopThalasso&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus d'infos sur leur site : stopthalasso.legtux.org.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la promesse d'une affluence touristique accrue dans une zone d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;e par l'&#233;rosion c&#244;ti&#232;re est une menace s&#233;rieuse pour l'&#233;quilibre &#233;cologique de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tout pour le tourisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e d'&#233;tablir une thalasso dans cette zone n'est pas nouvelle ! Mais ce projet est le premier &#224; avoir de r&#233;elles chances d'aboutir&lt;/i&gt; &#187;, explique St&#233;phane, ancien consultant dans un cabinet d'expert-comptable et membre de StopThalasso. Pour les autorit&#233;s locales, faire grimper le nombre de visiteurs dans cette petite commune de 8 000 &#226;mes semble &#234;tre une priorit&#233; absolue. Une vieille obsession qui s'exprime depuis les ann&#233;es 1990, p&#233;riode durant laquelle des projets semblables avaient &#233;merg&#233;, pour finalement &#234;tre abandonn&#233;s&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les ann&#233;es 1990 et 2000, des initiatives avaient &#233;t&#233; lanc&#233;es, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Aujourd'hui encore, Patrice Valton, maire divers droite de Larmor, ne rate pas une occasion de brandir le titre &#171; station class&#233;e de tourisme &#187; obtenu en 2018, convaincu de la n&#233;cessit&#233; d'accro&#238;tre les capacit&#233;s h&#244;teli&#232;res de la ville pour le conserver. Pourtant, &#224; part la possibilit&#233; d'un surclassement d&#233;mographique permettant le renforcement de l'administration communale et quelques dotations suppl&#233;mentaires de l'&#201;tat r&#233;serv&#233;es aux petites communes, l'int&#233;r&#234;t de ce titre para&#238;t maigre. Son avantage le plus tangible semble destin&#233; aux &#233;lus : il offre la possibilit&#233; d'augmenter leurs indemnit&#233;s de 25 % pour les communes de plus de 5 000 habitants. De quoi redonner le sourire &#224; tout un conseil municipal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; On nous vend l'attractivit&#233;, l'emploi, la croissance, mais ce sont des visions &#224; tr&#232;s court terme ! &lt;/i&gt; &#187; d&#233;plore Olivier, membre du collectif. Docteur en science de l'environnement, reconverti dans le mara&#238;chage, il conna&#238;t bien les probl&#233;matiques locales. &#171; &lt;i&gt;Le site envisag&#233; borde une zone humide prot&#233;g&#233;e, recens&#233;e ZNIEFF&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zone naturelle d'int&#233;r&#234;t &#233;cologique, faunistique et floristique (ZNIEFF).&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, qui joue un r&#244;le essentiel dans l'&#233;quilibre &#233;cologique du lieu, notamment gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence d'arbres et de v&#233;g&#233;tation structurant la dune&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-il. Pour satisfaire la demande des 1 262 clients attendus quotidiennement, le centre de thalasso devra grignoter quatre hectares de bord de mer sur lesquels seront install&#233;s trois b&#226;timents massifs de trois &#233;tages. Ces structures accueilleront un h&#244;tel quatre &#233;toiles, des piscines d'eau de mer chauff&#233;es, et deux restaurants. &#192; seulement 200 m&#232;tres de la plage de Kerguelen, le cadre est idyllique. Mais il est aussi situ&#233; juste au-dessus d'un espace dunaire menac&#233; par l'&#233;rosion c&#244;ti&#232;re et la mont&#233;e des eaux&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une &#233;tude en cours du Centre d'&#233;tudes et d'expertise sur les risques, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Pire encore, une station de pompage et diverses infrastructures pourraient &#234;tre construites sous la dune, risquant de porter un coup s&#233;v&#232;re &#224; cet habitat d&#233;j&#224; fragile. &#192; cela s'ajoute le probl&#232;me du captage et du rejet des eaux. Les SPA et autres piscines priv&#233;es, paradis pour quinquas fortun&#233;s en claquettes-peignoirs, sont hyper-consommateurs en eau : les volumes pr&#233;lev&#233;s sont estim&#233;s &#224; 250 000 litres quotidiens. Or, le traitement de ces eaux, destin&#233; &#224; &#233;liminer les r&#233;sidus de produits cosm&#233;tiques, particules et microbes, reste encore imparfait. Pour les opposants au projet, celui-ci est d'autant plus aberrant que la r&#233;gion est d&#233;j&#224; satur&#233;e par les centres de bien-&#234;tre : le Morbihan en compte quatre, tandis que le centre de la B&#233;nodet, dans le Finist&#232;re, n'est qu'&#224; une heure de Lorient.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Promesses brumeuses&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les promoteurs du projet se veulent rassurants. Partout dans la presse locale, on peut entendre Jean-Pascal Phelippeau, PDG du groupe Relais Thalasso, d&#233;fendre son futur &#233;tablissement. &#171; &lt;i&gt;On peut d&#233;velopper la thalasso en pr&#233;servant l'environnement&lt;/i&gt; &#187;, assure-t-il dans un entretien pour Ouest-France en mars dernier. Une d&#233;claration audacieuse quand on sait qu'aucune &#233;tude environnementale n'a &#233;t&#233; men&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Relais Thalasso joue avec les limites r&#233;glementaires : le projet &#233;tant juste en dessous de 10 000 m&#178; de surface plancher, aucune &#233;tude n'est exig&#233;e, &lt;/i&gt;explique St&#233;phane. &lt;i&gt;On suspecte un d&#233;passement, mais on ne peut rien prouver sans les plans, et de toute fa&#231;on, jusqu'&#224; 40 000 m&#178;, cela reste &#224; l'appr&#233;ciation du pr&#233;fet. &lt;/i&gt; &#187; Face &#224; cette situation, le collectif pointe du doigt la d&#233;lib&#233;ration du conseil communautaire de Lorient Agglo de d&#233;cembre 2019 qui a vu le projet approuv&#233;. &#171; &lt;i&gt;Comment les &#233;lus ont-ils pu prendre une d&#233;cision &#233;clair&#233;e sans &#234;tre inform&#233;s des cons&#233;quences environnementales ?&lt;/i&gt; &#187; interroge St&#233;phane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que le projet tra&#238;ne derri&#232;re lui un sillage de batailles juridiques. Cr&#233;&#233; en juin 2023, le collectif StopThalasso est le dernier maillon d'une cha&#238;ne de contestations men&#233;es initialement par quatre associations locales : Tarz H&#233;ol, les Amis des chemins de ronde, Bretagne vivante et l'Union pour la mise en valeur esth&#233;tique du Morbihan. Celles-ci avaient attaqu&#233; le permis de construire en engageant une proc&#233;dure en r&#233;f&#233;r&#233; qui avait gel&#233; le projet. Le tribunal avait annul&#233; ce permis en 2022, invoquant des erreurs proc&#233;durales, une d&#233;cision elle-m&#234;me renvers&#233;e en appel en 2023. C'est le Conseil d'&#201;tat qui a finalement tranch&#233; en f&#233;vrier dernier, validant d&#233;finitivement le permis. &#171; &lt;i&gt;Dans toutes ces joutes juridiques, les arguments de fond que nous avancions ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement &#233;clips&#233;s par des questions de proc&#233;dure &lt;/i&gt; &#187;, commente St&#233;phane, exasp&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;fense acharn&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les revers juridiques, le collectif ne d&#233;mobilise pas. En ce d&#233;but de mois de mai ensoleill&#233;, sur le site de Kerguelen, Olivier, a donn&#233; rendez-vous &#224; Jean-Paul, g&#233;ologue et ancien professeur d'universit&#233;, pour une session de carottage. Avec l'aval de l'agriculteur exploitant les terres, ils s'appr&#234;tent &#224; sonder le sol couche par couche. Si une zone humide &#233;tait d&#233;couverte, elle serait susceptible d'&#234;tre prot&#233;g&#233;e par le Code de l'environnement. &#171; &lt;i&gt;Cela ne les stoppera pas n&#233;cessairement&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;conc&#232;de Olivier. &lt;i&gt;Ils ont toute une palette de strat&#233;gies compensatoires. Mais on pourrait au moins ralentir leurs plans.&lt;/i&gt; &#187; Jean-Paul rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;D'autant que la destruction des zones humides est un sujet sensible !&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Mobiliser l'opinion publique pour faire pression sur les pouvoirs locaux, telle est la strat&#233;gie d&#233;ploy&#233;e par le collectif depuis l'&#233;chec des recours juridiques. Apr&#232;s une inspection minutieuse de la parcelle, leur intuition se confirme : le terrain est vraisemblablement humide, d'autant que certaines sections du champ restent inutilis&#233;es par l'agriculteur, qui les consid&#232;re trop mar&#233;cageuses pour y passer son tracteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux hommes se quittent en se donnant rendez-vous le soir m&#234;me. Le collectif StopThalasso a convoqu&#233; une r&#233;union &#224; la Maison des associations, un ancien coll&#232;ge d&#233;saffect&#233; situ&#233; au nord de Lorient. Dans une salle de classe dispos&#233;e en U, une trentaine de personnes se rassemblent. Parmi elles, des repr&#233;sentants d'associations, des pionniers du collectif, des nouvelles t&#234;tes et des militants de diff&#233;rents partis. Plus de cinquantenaires que de vingtenaires, mais l'&#233;nergie est l&#224;, contagieuse. Au cours de la r&#233;union, tout est pass&#233; en revue : les articles parus dans la presse, les strat&#233;gies, les prochaines actions, les retours de terrain, les textes en pr&#233;paration&#8230; &lt;i&gt;&#171; Nous avons demand&#233; &#224; notre p&#244;le plaidoyer de pr&#233;parer un document de r&#233;f&#233;rence, fournissant un argumentaire d&#233;taill&#233;. Cela permettra &#224; tous les membres, en particulier aux femmes, qui ont souvent peur de manquer de comp&#233;tences, de se saisir du sujet&lt;/i&gt; &#187;, partage Claire, sourire complice aux l&#232;vres. Depuis quelque temps, le collectif se donne rendez-vous chaque semaine pour peaufiner sa strat&#233;gie et consolider les rangs : rappel que la lutte ressemble bien plus &#224; une course de fond qu'&#224; un sprint.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus d'infos sur leur site : &lt;a href=&#034;https://stopthalasso.legtux.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;stopthalasso.legtux.org.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans les ann&#233;es 1990 et 2000, des initiatives avaient &#233;t&#233; lanc&#233;es, &#224; l'instar d'un projet port&#233; par le Groupe HMC et la soci&#233;t&#233; Bouwfonds Marignan Immobilier, annonc&#233; en 2009 et finalement abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Zone naturelle d'int&#233;r&#234;t &#233;cologique, faunistique et floristique (ZNIEFF).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une &#233;tude en cours du Centre d'&#233;tudes et d'expertise sur les risques, la mobilit&#233; et l'am&#233;nagement (Cerema) sur l'&#233;rosion c&#244;ti&#232;re identifie la zone comme &#171; tr&#232;s sensible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ce qui se cache sous l'uniforme</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Ce-qui-se-cache-sous-l-uniforme</link>
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		<dc:date>2024-05-20T16:02:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;na Rosada</dc:creator>


		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans Le Soldat Loup-Garou, une brochure publi&#233;e en 1848, Ernest Lebloys livre une critique atemporelle de l'arm&#233;e et de la guerre. Alors largement diffus&#233;e aupr&#232;s des ouvriers et des paysans, cette fable t&#233;moigne de l'horreur de la conqu&#234;te coloniale de l'Alg&#233;rie et de la r&#233;pression des r&#233;voltes ouvri&#232;res des journ&#233;es de juin 1848. &#201;crite il y a presque deux si&#232;cles par le journaliste Ernest Lebloys, Le Soldat Loup-Garou est une nouvelle qui sonne comme un cri du c&#339;ur : celui d'un jeune (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH108/vignette-djaber-loupgazrou-94ff5.png?1779606818' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Soldat Loup-Garou&lt;/i&gt;, une brochure publi&#233;e en 1848, Ernest Lebloys livre une critique atemporelle de l'arm&#233;e et de la guerre. Alors largement diffus&#233;e aupr&#232;s des ouvriers et des paysans, cette fable t&#233;moigne de l'horreur de la conqu&#234;te coloniale de l'Alg&#233;rie et de la r&#233;pression des r&#233;voltes ouvri&#232;res des journ&#233;es de juin 1848.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5623 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_230_11_djaber_loupgarou_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH693/web_230_11_djaber_loupgarou_1200px-0bcd6.jpg?1779606818' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#201;&lt;/span&gt;crite il y a presque deux si&#232;cles par le journaliste Ernest Lebloys,&lt;i&gt; Le Soldat Loup-Garou&lt;/i&gt; est une nouvelle qui sonne comme un cri du c&#339;ur : celui d'un jeune paysan, appel&#233; sous les drapeaux pour sept longues ann&#233;es de service militaire. Publi&#233;e &#224; l'aube de la IIe R&#233;publique, son auteur y joue avec les imaginaires et les contes populaires de la France provinciale du XVIIe si&#232;cle, pour livrer une critique br&#251;lante de l'arm&#233;e et d&#233;fendre en sous-texte l'id&#233;al d'une &#171; R&#233;publique sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l'histoire telle qu'elle est racont&#233;e. Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es mobilis&#233; au front, Jacques rentre au pays. C'est l'automne, un soir de veill&#233;e, et les villageois&#183;es sont r&#233;uni&#183;es pour peler les ch&#226;taignes en &#233;coutant des contes. Le p&#232;re L&#233;onard relate une fable fantastique sur les loups-garous, ces hommes condamn&#233;s &#224; se transformer en b&#234;tes les nuits de pleine lune. Soudain, la nouvelle bascule : &#171; &lt;i&gt; Que diriez-vous, mes amis, si je vous disais que je crois que je l'ai &#233;t&#233; et que je ne suis pas s&#251;r de ne pas l'&#234;tre encore ?&lt;/i&gt; &#187; demande Jacques &#224; l'assembl&#233;e. Interrompant les contes, il t&#233;moigne de ses terribles ann&#233;es comme troupier. &#171; &lt;i&gt; On me donna &#224; moi aussi une esp&#232;ce de peau rouge et bleue ; et, chose &#233;trange, il me sembla que je commen&#231;ais &#224; &#234;tre moins homme l&#224;-dedans que sous mes anciens habits.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les loups-&#173;garous ordinaires redeviennent hommes le jour, et moi, je ne le redevenais que la nuit, quand j'avais quitt&#233; cette m&#233;chante peau &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; La peau du loup-garou, c'est l'uniforme de l'arm&#233;e. Et le monstre ainsi fabriqu&#233;, soumis &#224; une discipline militaire particuli&#232;rement violente, o&#249; toute r&#233;bellion est passible de peine de mort, est tenu d'ob&#233;ir &#224; &#171; &lt;i&gt; la Voix &lt;/i&gt; &#187; d&#233;sincarn&#233;e de la hi&#233;rarchie : &#171; &lt;i&gt;Vous avez entendu, paysans, b&#234;tes brutes ! [&#8230;] Vous n'avez plus de volont&#233; que celle de vos chefs, qui eux-m&#234;mes n'ont que celle de leur commandant sup&#233;rieur. Ob&#233;issez &#224; la Voix [&#8230;] Sinon (vous venez de l'entendre, et on vous le relira tous les jours, afin que vous ne l'oubliiez pas une minute), mort, mort, mort !&lt;/i&gt; &#187; &#192; la lueur du feu de chemin&#233;e, Jacques met des mots sur la guerre et les atrocit&#233;s qu'il a lui-m&#234;me commises. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais poss&#233;d&#233;. Les loups-garous ordinaires redeviennent hommes le jour, et moi, je ne le redevenais que la nuit, quand j'avais quitt&#233; cette m&#233;chante peau &lt;/i&gt; &#187;. L'image est puissante, le langage, accessible, la critique, &#224; peine voil&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'est un mod&#232;le de propagande, qui a recours aux cultures magiques des campagnes pour s'adresser aux paysans et aux soldats &lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Vincent Robert, historien et sp&#233;cialiste des cultures populaires de l'&#233;poque&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Le premier br&#251;lot antimilitariste : Le Soldat Loup-Garou, d'Ernest (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte est d'abord publi&#233; par le journal &lt;i&gt;Le Peuple&lt;/i&gt; en 1848, et s'&#233;coule entre 30 000 et 40 00 exemplaires, un chiffre cons&#233;quent pour l'&#233;poque. Il est vendu pour un sou, soit 5 centimes. &#171; &lt;i&gt;Un prix que tout le monde peut se permettre, pens&#233; pour une diffusion large &#187;,&lt;/i&gt; continue Vincent Robert&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; D'Ernest Lebloys, on sait relativement peu de choses. Fils de m&#233;decin du Limousin, il exer&#231;ait sans doute comme correcteur d'imprimerie, et &#233;tait partisan du socialisme th&#233;oris&#233; par Pierre Leroux, o&#249; les questions sociales et la pens&#233;e humaniste &#233;taient centrales.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sanglante conqu&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du premier sens de lecture qui transcende les &#233;poques, la critique englobante de l'endoctrinement et de la guerre, o&#249; &#171; &lt;i&gt;le devoir&lt;/i&gt; &#187; des soldats est de tirer sans poser de question, la port&#233;e subversive du texte r&#233;side dans ce qu'il d&#233;nonce des &#233;v&#232;nements politiques du moment. &#192; commencer par la guerre coloniale en Alg&#233;rie, cette &#171; &lt;i&gt;terre br&#251;l&#233;e que le soleil avait convertie en sable&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;moire &#233;crite des quarante ans de &#171; pacification &#187; qui ont suivi la sanglante conqu&#234;te coloniale de &#173;l'Alg&#233;rie&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La colonisation de l'Alg&#233;rie d&#233;bute en 1830, sous la monarchie de Juillet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Soldat Loup-Garou &lt;/i&gt; sensibilise ses lecteurs et lectrices m&#233;tropolitain&#183;es aux horreurs de la lutte antigu&#233;rilla et de ses attaques contre les populations civiles. &#171; &lt;i&gt;Lebloys a recours &#224; la mauvaise conscience possible de ses lecteurs, dont certains sont des criminels de guerre malgr&#233; eux, pour les inciter &#224; aller vers un autre monde d&#233;mocrate-socialiste&lt;/i&gt; &#187;, analyse Vincent Robert. Le r&#233;cit est gla&#231;ant. Apr&#232;s avoir travers&#233; la mer et le d&#233;sert, Jacques arrive &#171; &lt;i&gt;&#224; un village dont les maisons &#233;taient de toile &lt;/i&gt; &#187;. On lui ordonne de faire feu sur les enfants, les femmes, et les vieux &#8211; alors qu'elles et eux aussi sont occup&#233;&#183;es &#224; se raconter des histoires &#171; &lt;i&gt;assi[&#183;se]s en cercle&lt;/i&gt; &#187; dans un jeu de miroir avec la veill&#233;e paysanne. Assujetti, menac&#233;, le soldat loup-garou finit par ob&#233;ir et tuer celles et ceux en qui pourtant il se reconna&#238;t. &#171; &lt;i&gt;Mais que nous ont-ils fait ? r&#233;pondis-je en tremblant &#8212; Ce sont des Arabes. D'ailleurs, je crois que tu raisonnes [lui r&#233;pond la Voix, ndlr]. Tire, o&#249; je tire sur toi. [&#8230;] Je l&#226;chai mon coup en fermant les yeux, car ils avaient beau &#234;tre des Arabes, ils saignaient, ils criaient, ils souffraient comme nous&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Souvenirs de juin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re sc&#232;ne du r&#233;cit, Jacques raconte comment il retraverse la mer avec sa garnison, jusqu'&#224; la France, et une ville aux allures de capitale. &#171; &lt;i&gt; Cette ville regorgeait de bonnes choses [&#8230;] cependant les habitants de ses faubourgs [&#8230;] &#233;taient d&#233;guenill&#233;s, &#233;taient maigres, &#233;taient tristes ! &lt;/i&gt; &#187; La Voix lui commande de tirer, &#224; nouveau &#171; &lt;i&gt;Mais ce sont nos fr&#232;res !&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; tente-t-il d'opposer. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des insurg&#233;s, [&#8230;]Pas de raison et feu !&lt;/i&gt; &#187; Et les loups-garous de fusiller sans piti&#233;, m&#234;me les prisonniers&#183;&#232;res d&#233;sarm&#233;&#183;es, sans autre forme de jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exactions de l'arm&#233;e n'ont pas lieu qu'&#224; l'&#233;tranger. En 1848, protestant contre la fermeture des ateliers nationaux, qui les condamne au ch&#244;mage et &#224; la mis&#232;re, vingt mille ouvriers et ouvri&#232;res parisien&#183;nes se soul&#232;vent. Une insurrection &#233;touff&#233;e dans le sang : on estime &#224; 5 000 le nombre d'insurg&#233;&#183;es tu&#233;&#183;es pendant les combats, auxquels s'ajoutent environ 1 500 fusill&#233;&#183;es sans jugement, et 5 000 d&#233;port&#233;&#183;es en Alg&#233;rie. Pour Marx, ces Journ&#233;es de juin constituent &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re bataille de classe &lt;/i&gt; &#187; o&#249; s'affrontent une conception bourgeoise de la R&#233;publique&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Juin 1848 : la premi&#232;re bataille de classes ? &#187;, Les grandes d&#233;cisions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et des id&#233;aux ouvriers. Beaucoup, parmi les militaires qui r&#233;priment, sont des fils de paysans pauvres qui subissent leur conscription.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Beaucoup, parmi les militaires qui r&#233;priment, sont des fils de paysans pauvres qui subissent leur conscription&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e a alors recours au tirage au sort pour garnir ses rangs ; pour la paysannerie modeste, &#171; &lt;i&gt;trop pauvre pour [s]'acheter un homme&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et envoyer un rempla&#231;ant&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;tirer le mauvais num&#233;ro est un drame qui &#233;loigne les jeunes hommes du pays et de la ferme familiale. Ce mois de juin sanglant bouleverse la R&#233;publique naissante ; &#171; la peur du rouge &#187; et la perte de foi des Parisienne&#183;s dans cette R&#233;publique qui massacre joueront pour beaucoup dans le coup d'&#201;tat de 1851, et l'av&#232;nement du Second Empire de Louis-Napol&#233;on Bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la grande, la petite histoire de notre soldat se termine mal. &#171; &lt;i&gt;La douleur, l'indignation rompirent un lien dans ma poitrine et dans ma t&#234;te. &lt;/i&gt; &#187; Incapable d'achever les insurg&#233;&#183;es, Jacques l&#226;che son fusil. Il refuse de tirer. Il d&#233;serte, il s'enfuit. Il t&#233;moigne. Mais &#224; la porte de la veill&#233;e r&#233;sonnent les cliquetis des sabres des gendarmes. Ils sont venus chercher le d&#233;serteur. Lebloys lui fait conclure l'histoire sur des mots d'adieux, dernier message d'un homme qui embrasse sa libert&#233; retrouv&#233;e et qui pr&#233;f&#232;re mourir que de se remettre &#224; marcher au pas : &#171; &lt;i&gt;Adieu, mes bons amis, adieu pour toujours ; car personne ne sera plus ma&#238;tre de mon corps ni de mon &#226;me. La mort d&#233;livre comme disaient les fr&#232;res qu'on m'a fait tuer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par L&#233;na Rosada &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; Le premier br&#251;lot antimilitariste : Le Soldat Loup-Garou, d'Ernest Lebloys &#187;, dans &lt;i&gt;&#192; bas l'arm&#233;e ! L'antimilitarisme en France du XIX&lt;/i&gt;e si&#232;cle &#224; nos jours, &#233;d. de la Sorbonne, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La colonisation de l'Alg&#233;rie d&#233;bute en 1830, sous la monarchie de Juillet, et les territoires alg&#233;riens sont officiellement annex&#233;s en 1847 avec la cr&#233;ation des d&#233;partements de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Juin 1848 : la premi&#232;re bataille de classes ? &#187;, &lt;i&gt;Les grandes d&#233;cisions de l'histoire de France, &lt;/i&gt;Perrin, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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