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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'arr&#234;t de la gr&#232;ve n'est pas la fin de la lutte &#187;</title>
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		<dc:date>2022-11-04T15:57:21Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jonas Schnyder</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 13 octobre dernier, alors que la gr&#232;ve s'est &#233;tendue &#224; presque toutes les raffineries de France, les travailleurs d'Esso-ExxonMobil, &#224; Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rh&#244;ne), suspendent leur mouvement. Lionel Arbiol, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical CGT, revient sur ce choix qui, &#224; premi&#232;re vue, semble &#224; contretemps. C'est que face &#224; l'emballement m&#233;diatico-politique, explique-t-il, il &#233;tait urgent de changer de strat&#233;gie. Entretien. La gr&#232;ve presque g&#233;n&#233;rale des raffineries fran&#231;aises est assur&#233;ment un des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no214-novembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;214 (novembre 2022)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH113/web_2211_cqfd_essence_fos_-2-ac3bf-e769c.jpg?1782945320' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 octobre dernier, alors que la gr&#232;ve s'est &#233;tendue &#224; presque toutes les raffineries de France, les travailleurs d'Esso-ExxonMobil, &#224; Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rh&#244;ne), suspendent leur mouvement. Lionel Arbiol, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical CGT, revient sur ce choix qui, &#224; premi&#232;re vue, semble &#224; contretemps. C'est que face &#224; l'emballement m&#233;diatico-politique, explique-t-il, il &#233;tait urgent de changer de strat&#233;gie. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_2211_cqfd_essence_fos_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/web_2211_cqfd_essence_fos_-2-8036f.jpg?1782945320' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Mickomix
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;a gr&#232;ve presque g&#233;n&#233;rale des raffineries fran&#231;aises est assur&#233;ment un des &#233;v&#233;nements marquants de cette rentr&#233;e sociale. Premier acte : face &#224; la crise inflationniste, les syndicats tentent d'imposer des n&#233;gociations salariales aux directions des entreprises, celles du d&#233;but de l'ann&#233;e &#233;tant d&#233;j&#224; compl&#232;tement obsol&#232;tes. L&#224;-dessus arrive le d&#233;bat public sur les ind&#233;cents superprofits de multinationales si peu promptes au partage. Le cocktail d'indignation est d&#233;tonnant : d&#232;s la fin septembre, plusieurs raffineries se mettent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beau conna&#238;tre la musique, la suite est particuli&#232;rement violente, entre un gouvernement alternant m&#233;pris paternaliste et menace de r&#233;quisition des gr&#233;vistes ; et cha&#238;nes d'information d&#233;ballant les sempiternelles images de files d'attente, d'embrouilles &#224; la pompe et de micro-trottoirs plaintifs. &#192; Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rh&#244;ne), c'est d&#232;s mars dernier que les syndicats avaient interpell&#233; leur direction afin de rouvrir les n&#233;gociations salariales pour 2022. En face : silence radio. Mi-juin, les syndicats posent un premier ultimatum : des discussions ou la gr&#232;ve. Lionel Arbiol, ancien op&#233;rateur &#224; la raffinerie et d&#233;l&#233;gu&#233; syndical CGT, nous raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s plusieurs mois de silence, la direction a finalement accept&#233; de s'asseoir &#224; la table des n&#233;gociations. Que vous a-t-elle propos&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On nous a propos&#233;, non pas de rouvrir les n&#233;gociations salariales de 2022, mais d'avancer &#224; septembre les n&#233;gociations pour 2023, tout en fournissant quelques compensations. Nos revendications &#233;taient claires, et cela n'y r&#233;pondait pas du tout. On avait d&#233;j&#224; fait une semaine de gr&#232;ve fin juin, mais comme nous &#233;tions seuls &#224; Fos, on avait d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter, tout en r&#233;p&#233;tant &#224; la direction que ses propositions unilat&#233;rales ne nous convenaient pas, qu'on ne leur faisait pas confiance et qu'on serait au rendez-vous en septembre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez tout de m&#234;me accept&#233; de participer aux n&#233;gociations salariales pour 2023 organis&#233;es en septembre...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais les quatre syndicats (CFDT, FO, CGT et le syndicat de cadres CFE-CGC) avaient un message commun : on voulait compenser les salaires de 2022 face &#224; l'inflation, augmenter la prime de partage de la valeur&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Instaur&#233;e en ao&#251;t 2022 en remplacement de la prime exceptionnelle de pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et pr&#233;voir 2023 sur la base de l'&#233;volution de l'inflation. Cela n'a pas dur&#233; longtemps et on est tous sortis avec le m&#234;me constat : alors que l'entreprise fait du pognon &#224; pas savoir quoi en faire, annonce un chiffre d'affaires historique, le pouvoir d'achat diminue et la direction refuse nos demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s cette r&#233;union, un premier mouvement de gr&#232;ve est lanc&#233; le 20 septembre sur le site ExxonMobil de Port-J&#233;r&#244;me-sur-Seine (Seine-Maritime). Nous les avons rejoints d&#232;s le lendemain. Cette gr&#232;ve &#233;tait in&#233;dite pour deux raisons : c'&#233;tait la premi&#232;re fois que les deux sites ExxonMobil de France &#233;taient en gr&#232;ve en m&#234;me temps, et aussi la premi&#232;re fois que les quatre syndicats se d&#233;claraient non signataires des n&#233;gociations salariales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; que d'autres raffineries ont rejoint le mouvement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 27 septembre ont eu lieu les n&#233;gociations salariales de branche, organis&#233;es par l'Union fran&#231;aise des industries p&#233;troli&#232;res (Ufip). Les entreprises voulaient vraiment trouver un accord pour &#233;viter que d'autres entrent en gr&#232;ve. Mais les propositions n'&#233;taient pas &#224; la hauteur et leur message &#233;tait clair : si on refusait, ils nous proposeraient encore moins ! Le chantage fait partie de leur vision du dialogue social. La gr&#232;ve s'est progressivement &#233;tendue &#224; d'autres sites. Dans les semaines qui ont suivi, six des sept raffineries de France m&#233;tropolitaine en activit&#233; se mettaient &#224; l'arr&#234;t, auxquelles s'ajoute l'ancienne raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) qui fait aujourd'hui office de d&#233;p&#244;t de carburant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le chantage fait partie de leur vision du dialogue social... &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'&#201;tat, d'un c&#244;t&#233; il a tent&#233; de se rassurer comme il pouvait alors que c'&#233;tait le d&#233;but des probl&#232;mes d'approvisionnement et que tout le monde commen&#231;ait &#224; gal&#233;rer, nous y compris. De l'autre, le gouvernement a commenc&#233; &#224; interpeller les entreprises pour trouver une issue. La direction nous r&#233;invite donc d&#233;but octobre pour nous faire une nouvelle proposition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tend et les n&#233;gociations reprennent&#8230; Le rapport de force porte ses fruits ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au-del&#224; de l'effet d'annonce, dans les faits les entreprises proposaient une augmentation qui aurait favoris&#233; les cadres au d&#233;triment des bas salaires. C'&#233;tait leur mani&#232;re d'essayer d'obtenir la signature de la CFE-CGC. On a appris apr&#232;s coup que la CGC s'&#233;tait fait taper sur les doigts par la direction et que la CFDT avait re&#231;u des pressions d'en haut. En c&#233;dant, ils ont permis &#224; la direction d'obtenir un accord majoritaire l&#233;galement valable, mais qui ne correspondait pas aux attentes du personnel gr&#233;viste. De nombreux travailleurs se sont sentis trahis et la plupart ont continu&#233; la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l&#224; que le conflit devient majeur...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; ce moment-l&#224;, la Premi&#232;re ministre &#201;lisabeth Borne commence &#224; parler de r&#233;quisitionner les gr&#233;vistes. C'&#233;tait un appel &#224; la guerre : le droit de gr&#232;ve est inscrit dans la Constitution ! Il n'y a pas eu de r&#233;quisitions &#224; Fos, on est trop petits, mais plusieurs en Normandie, dans les raffineries dont d&#233;pendent Paris et les a&#233;roports. L'emballement m&#233;diatique a &#233;t&#233; pire que d'habitude. M&#233;dias et politiques parlaient de moins en moins de nos revendications et de plus en plus des questions juridiques autour des r&#233;quisitions et des cons&#233;quences des p&#233;nuries. Or, nous, on s'en foutait des r&#233;quisitions, on &#233;tait l&#224; pour parler superprofits, augmentation des salaires et inflation ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 13 octobre, alors que d'autres sites sont toujours en gr&#232;ve, vous d&#233;cidez d'arr&#234;ter. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre le tapage m&#233;diatique, des propos d&#233;natur&#233;s et des mensonges &#233;hont&#233;s, on passait notre temps &#224; &#233;viter la r&#233;cup&#233;ration politique et &#224; tenter de rectifier le discours m&#233;diatique. Nos revendications n'existaient plus. Apr&#232;s 23 jours de gr&#232;ve, les travailleurs ont pr&#233;f&#233;r&#233; sortir de la gr&#232;ve pour continuer les n&#233;gociations en interne. On ne s'est pas arr&#234;t&#233;s parce qu'on &#233;tait satisfaits : c'&#233;tait un choix strat&#233;gique. L'arr&#234;t de la gr&#232;ve n'est pas la fin de la lutte. Except&#233; &#224; Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime) et &#224; Feyzin (Rh&#244;ne), les autres raffineries ont fait de m&#234;me, et pour les m&#234;mes raisons, dans les semaines qui ont suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas obtenu ce qu'on voulait, mais aujourd'hui [24 octobre] la raffinerie n'a pas encore red&#233;marr&#233;. Sous-effectifs, absence d'investissements, manque de moyens&#8230; Des sites industriels comme celui-ci ne tiennent que gr&#226;ce aux efforts des travailleurs. Apr&#232;s cette gr&#232;ve, les esprits sont devenus vindicatifs et on ne sera plus forc&#233;ment l&#224; &#224; bricoler au quotidien pour compenser les lacunes r&#233;sultant des choix de la direction. La conflictualit&#233; sociale va in&#233;vitablement empirer, et pas que sur notre site. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous voyez votre combat &#224; plus long terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On sait tr&#232;s bien que le secteur p&#233;trolier n'a pas vraiment d'avenir et qu'il faudra se r&#233;orienter. On subit &#224; la fois une ins&#233;curit&#233; au pr&#233;sent en termes de salaires, de s&#233;curit&#233; et de sant&#233;, et une ins&#233;curit&#233; par rapport &#224; la p&#233;rennit&#233; du site et des emplois. Comment imaginer se projeter quand le pr&#233;sent lui-m&#234;me se d&#233;labre ? On fait face &#224; l'indiff&#233;rence d'un patronat avide de superprofits, &#224; un gouvernement m&#233;prisant et &#224; des m&#233;dias d&#233;connect&#233;s de nos r&#233;alit&#233;s. Le mouvement continue d'une autre mani&#232;re. Il y aura un avant et un apr&#232;s cet &#233;pisode de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, on est fiers d'avoir pu participer &#224; d&#233;clencher un mouvement de gr&#232;ve qui d&#233;passe le secteur p&#233;trolier, tout en mettant en avant l'absence de partage des richesses et les superprofits. M&#234;me si on n'a pas les m&#234;mes revendications et les m&#234;mes passifs au sein des diff&#233;rentes entreprises, on est en contact avec d'autres secteurs toujours en gr&#232;ve. Notre objectif : aboutir &#224; des manifestations interprofessionnelles d'ampleur sur la question des salaires. Rendez-vous le 10 novembre dans la rue ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Instaur&#233;e en ao&#251;t 2022 en remplacement de la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat (Pepa), la prime de partage de la valeur (PPV) est une prime facultative vers&#233;e par les entreprises aux salari&#233;s et exon&#233;r&#233;e de cotisations sociales (et d'imp&#244;t sur le revenu pour les salari&#233;s gagnant jusqu'&#224; trois fois le Smic). Son montant net est de 3 000 euros maximum pour 2023 et 2024 (6 000 euros dans certains cas tr&#232;s sp&#233;cifiques).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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