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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>L'h&#233;licopt&#232;re, la cam&#233;ra thermique et les &#171; chasseurs de morilles &#187;</title>
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		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


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&lt;p&gt;Les campagnes et les espaces naturels n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la surveillance qui a d&#233;ferl&#233; pendant le confinement. Cluster du coronavirus, Izaut-de-l'H&#244;tel a m&#234;me pris des allures de laboratoire r&#233;pressif. Dans ce village du pi&#233;mont pyr&#233;n&#233;en, au motif de l'injonction &#224; &#171; rester chez soi &#187;, les autorit&#233;s ont encore accentu&#233; la militarisation du maintien de l'ordre public. Du pas de leur porte, les voisins se cherchent du regard, interloqu&#233;s, presque t&#233;tanis&#233;s. Tout proche, un h&#233;licopt&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les campagnes et les espaces naturels n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la surveillance qui a d&#233;ferl&#233; pendant le confinement. Cluster du coronavirus, Izaut-de-l'H&#244;tel a m&#234;me pris des allures de laboratoire r&#233;pressif. Dans ce village du pi&#233;mont pyr&#233;n&#233;en, au motif de l'injonction &#224; &#171; rester chez soi &#187;, les autorit&#233;s ont encore accentu&#233; la militarisation du maintien de l'ordre public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3397 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1582-d398a.jpg?1782829552' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du pas de leur porte, les voisins se cherchent du regard, interloqu&#233;s, presque t&#233;tanis&#233;s. Tout proche, un h&#233;licopt&#232;re militaire kaki surplombe, en vol stationnaire, les tuiles du toit de l'&#233;cole. Pendant ces quelques secondes qui semblent durer des heures, le ronflement sourd des palettes et du rotor envahit le village. Un bruit tellement brutal qu'il ne viendrait &#224; personne l'id&#233;e de sortir dans la rue. Puis soudain, sans que l'on comprenne pourquoi, l'engin de l'arm&#233;e se pr&#233;cipite vers le flanc bois&#233; d'une montagne baptis&#233;e le &#171; Pain de sucre &#187; pour sa forme rectangulaire. Il y reste vingt minutes, tel un frelon devant une ruche, alternant immobilit&#233; et acc&#233;l&#233;rations soudaines, avant de dispara&#238;tre vers l'ouest... jusqu'au lendemain. Le surlendemain, il reviendra encore. Le jour suivant aussi. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la sc&#232;ne &#233;voque un imaginaire de guerre lointaine, nous sommes bien dans l'Hexagone, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; Izaut-de-l'H&#244;tel, un petit bourg m&#233;di&#233;val du Pi&#233;mont pyr&#233;n&#233;en. Dans ce tr&#232;s rural sud du d&#233;partement de la Haute-Garonne, compl&#232;tement laiss&#233;-pour-compte par la prosp&#232;re m&#233;tropole toulousaine, certaines communes affichent un taux de pauvret&#233; largement sup&#233;rieur &#224; la moyenne nationale. &#192; l'&#233;vidence, pendant la crise sanitaire du Covid-19, l'&#201;tat est revenu en force &#224; Izaut-de-l'H&#244;tel. Malheureusement, ce n'&#233;tait pas l'&#201;tat-providence, mais bien l'&#201;tat policier et sa violence symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser que, sans que l'on sache pourquoi, le village &#233;tait un cluster, c'est-&#224;-dire un foyer de contamination du coronavirus. Sur 300 habitants, une vingtaine d'Izautois ont &#233;t&#233; diagnostiqu&#233;s positifs &#8211; et encore, en l'absence de tests suffisants, tout le monde n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pist&#233;. Au centre hospitalier de Saint-Gaudens, la sous-pr&#233;fecture du coin, les quelques patients sous respirateur &#233;taient presque tous d'Izaut (deux personnes &#226;g&#233;es ont h&#233;las succomb&#233; &#224; la maladie). De quoi alimenter la parano&#239;a des communes voisines, d&#233;j&#224; bien nourrie par BFM-TV et le comptage quotidien du nombre de d&#233;c&#232;s de J&#233;r&#244;me Salomon, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;. De quoi, surtout, justifier un &#233;tat d'urgence sanitaire du type &#171; Nous sommes en guerre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traquer le &#171; petit libertaire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si un h&#233;licopt&#232;re militaire faisait du vol stationnaire quasi quotidiennement en journ&#233;e, des op&#233;rations se sont aussi d&#233;roul&#233;es en pleine nuit, comme le 23 avril sur les pentes du col de Larrieu : &#171; &lt;i&gt;L'engin &#233;tait tout proche. On ressentait le souffle des h&#233;lices, sans pourtant le distinguer avec l'obscurit&#233;,&lt;/i&gt; raconte Jordi, un b&#251;cheron quadrag&#233;naire. &lt;i&gt;C'&#233;tait tr&#232;s oppressant, les enfants se sont r&#233;veill&#233;s. Nous l'avons tous v&#233;cu comme une agression.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Izaut, des SUV de la gendarmerie nationale sillonnaient les rues devenues d&#233;sertes, mais aussi les petits chemins caillouteux. Un jour de la fin avril, une cinquantaine de gendarmes marchaient furtivement dans les massifs calcaires environnants &#8211; &#171; &lt;i&gt;une grande course d'orientation pr&#233;vue de longue date&lt;/i&gt; &#187;, nous a-t-on expliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les malchanceux qui ont ramass&#233; une amende de 135 &#8364; &#224; Izaut, il y a Thomas, int&#233;rimaire dans le b&#226;timent (et donc sans revenu &#224; cause du confinement). C'est en allant chercher des affaires dans sa voiture, &#224; trois m&#232;tres de sa porte d'entr&#233;e, qu'il a &#233;t&#233; surpris par les gendarmes sans sa fameuse &#171; attestation &#233;crite &#187;. Ubuesque. De fait, les Pyr&#233;n&#233;es d&#233;bordent de ces r&#233;cits de r&#233;pression subjective, infantilisante et improbable &#8211; sans pour autant atteindre l'intensit&#233; des violences polici&#232;res qu'ont subies les quartiers populaires urbains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici comme ailleurs, un gouffre s'est rapidement creus&#233; entre &#171; l'esprit de la loi &#187; &#8211; &#224; savoir limiter les contaminations du Covid-19 &#8211; et l'application concr&#232;te de ladite loi par les forces de l'ordre. Pour preuve, la traque des &#171; &lt;i&gt;chercheurs de morilles&lt;/i&gt; &#187; comme on l'a surnomm&#233;e en Ari&#232;ge. Sur toute la cha&#238;ne pyr&#233;n&#233;enne, des dizaines de gendarmes &#224; pied, en quad ou en VTT ont patrouill&#233; sur les sentiers &#224; la recherche de ces mycologues &#171; irresponsables &#187;. Pour justifier ce dispositif, les autorit&#233;s ont argu&#233; qu'il s'agissait d'&#233;viter que les accidents en montagne ne saturent les urgences hospitali&#232;res. Dans les faits, l'&#233;pid&#233;mie n'ayant que faiblement touch&#233; le Sud-Ouest, les centres hospitaliers &#233;taient en sous-r&#233;gime (moins d'accidents de travail ou sur la voie publique, moins de bless&#233;s des sports de contacts comme le rugby, moins d'amoch&#233;s des rixes de fin de soir&#233;e &#233;m&#233;ch&#233;e&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, au motif de l'injonction g&#233;n&#233;rale &#224; &#171; rester chez soi &#187; non att&#233;nu&#233;e par la prise en compte en compte de crit&#232;res sanitaires locaux, un bon nombre de libert&#233;s fondamentales ont &#233;t&#233; inutilement pulv&#233;ris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de quoi &#233;mouvoir les gazettes locales : fid&#232;les servantes de l'ordre &#233;tabli, les &#171; pravdas &#187; de la r&#233;gion se sont &#233;merveill&#233;es de l'usage des drones et ont d&#233;fendu mordicus la pertinence des protocoles de surveillance. Le 15 mai, juste apr&#232;s le d&#233;confinement, le quotidien &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; ironisait m&#234;me sur l'arrestation d'un &#171; &lt;i&gt;parfait petit libertaire&lt;/i&gt; &#187; qui sur Facebook &#171; &lt;i&gt;avait pris coutume de raconter jour apr&#232;s jour ses courses en montagne avec le lyrisme d'un militant anarchiste r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, des d&#233;lateurs se sont soudain r&#233;veill&#233;s, notamment celui que l'on surnomme ici le Marquis, un ancien l&#233;gionnaire grincheux tr&#232;s fier d'avoir pu d&#233;noncer &#171; &lt;i&gt;les po&#232;tes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt; Un laboratoire policier du coronavirus&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Situ&#233;es aux confins des territoires administr&#233;s, les Pyr&#233;n&#233;es ont longtemps constitu&#233; des espaces de libert&#233; et de r&#233;sistance, comme ce fut le cas sous l'occupation nazie. Cette fois-ci, &#171; &lt;i&gt;Izaut a fait office de laboratoire, une mani&#232;re pour nos dirigeants de tester &#224; la fois la docilit&#233; de la population et l'ob&#233;issance des forces de l'ordre&lt;/i&gt; &#187;, analyse Jordi, le b&#251;cheron. Selon les autorit&#233;s, les h&#233;licopt&#232;res qui ont survol&#233; le village &#233;taient munis d'une cam&#233;ra thermique, enregistrant les diff&#233;rents rayonnements infrarouges &#233;mis par les corps. Afin de d&#233;busquer &#224; tout prix les cueilleurs de champignons ? &#171; &lt;i&gt;Il s'agissait surtout de s'entra&#238;ner,&lt;/i&gt; pond&#232;re un gendarme.&lt;i&gt; On n'envoie pas le GIGN si l'on rep&#232;re une personne seule &#224; plus d'un kilom&#232;tre de chez elle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che : le confinement a &#233;t&#233; l'occasion d'une militarisation suppl&#233;mentaire du maintien de l'ordre, d&#233;j&#224; bien d&#233;crite dans les quartiers populaires et lors des grandes mobilisations sociales. Il a l&#233;gitim&#233; des mesures de contr&#244;les incluant les autorisations de d&#233;placement et les barrages policiers, mais aussi le quadrillage du territoire montagnard et des op&#233;rations de grande ampleur en pleine nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Pays basque, au moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (fin mai), la fronti&#232;re entre l'Espagne et la France est toujours ferm&#233;e. Dessin&#233;e en 1659 par Louis XIV et son cousin Philippe IV d'Espagne, elle n'est bien souvent qu'un trait absurde, qui ne suit aucun relief logique ou divise des bassins de vie comme la vall&#233;e de la Bidassoa et le pays de Quint, isolant aussi le village de Zugarramurdi, c&#244;t&#233; espagnol. De fait, des dizaines de couples ou de proches parents restent encore s&#233;par&#233;s, parfois &#224; quelques centaines de m&#232;tres de distance. En pleine montagne, la fronti&#232;re reste f&#233;rocement gard&#233;e par l'arm&#233;e espagnole, comme &#224; l'&#233;poque du franquisme. &#171; &lt;i&gt;C'est compl&#232;tement absurde. Avec les troupeaux nous sommes oblig&#233;s de faire un d&#233;tour d'une heure pour rejoindre l'estive depuis notre cabane, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Laurence, une berg&#232;re fromag&#232;re du pays de Quint.&lt;i&gt; Quel est le lien avec le Covid-19 ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois si&#232;cles et demi apr&#232;s le trait&#233; des Pyr&#233;n&#233;es, l'&#233;tat d'urgence sanitaire semble s'inscrire dans une m&#234;me logique d'assujettissement des individus &#224; l'ordre d'un lointain &#201;tat, au m&#233;pris des r&#233;alit&#233;s locales et des liens sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Saillans, village &#171; utopique et pragmatique &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Saillans-village-utopique-et</link>
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		<dc:date>2019-04-02T15:45:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Loez</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Cinq ans apr&#232;s les &#233;lections qui ont conduit une liste participative &#224; la mairie de Saillans (Dr&#244;me), de vrais dispositifs de prise de d&#233;cision alternatifs ont &#233;t&#233; mis en place. Mais l'investissement des habitant.es n'est pas aussi fort qu'esp&#233;r&#233;. Reportage et retour d'exp&#233;rience. Plant&#233; au bord des eaux d&#233;baroulantes de la Dr&#244;me, surplomb&#233; par le massif des Trois Becs, le village de Saillans, 1 300 &#226;mes, affiche un &#233;tonnant dynamisme. Sur le march&#233; dominical ensoleill&#233;, des &#171; n&#233;os &#187; et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/participative" rel="tag"&gt;participative&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinq ans apr&#232;s les &#233;lections qui ont conduit une liste participative &#224; la mairie de Saillans (Dr&#244;me), de vrais dispositifs de prise de d&#233;cision alternatifs ont &#233;t&#233; mis en place. Mais l'investissement des habitant.es n'est pas aussi fort qu'esp&#233;r&#233;. Reportage et retour d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH364/-1100-24084.jpg?1782644780' width='500' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;lant&#233; au bord des eaux d&#233;baroulantes de la Dr&#244;me, surplomb&#233; par le massif des Trois Becs, le village de Saillans, 1 300 &#226;mes, affiche un &#233;tonnant dynamisme. Sur le march&#233; dominical ensoleill&#233;, des &#171; n&#233;os &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;o-ruraux, venus de grandes villes, install&#233;s au village depuis peu.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et nombre de jeunes enfants c&#244;toient des &#171; natifs &#187; souvent plus &#226;g&#233;s. Comme d'autres bourgades de cette vall&#233;e en vogue, le village se repeuple. Caf&#233; associatif, espace de co-working, gare SNCF et cadre pittoresque : autant d'&#233;l&#233;ments attirant de jeunes urbains en recherche d'un meilleur cadre de vie. Saillans a une vie associative florissante (60 structures) qui ne date pas d'hier. L'urbanisme y joue peut-&#234;tre un r&#244;le : peu de maisons ont des jardins priv&#233;s. Les gens se retrouvent dehors, dans des espaces collectifs, et les nouveaux s'int&#232;grent vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la d&#233;mocratie participative &#224; Saillans d&#233;marre en 2011, quand un collectif de lutte se cr&#233;e contre l'implantation d'un supermarch&#233; d&#233;cid&#233;e en toute opacit&#233; par l'ancien maire. La bataille remport&#233;e, le collectif d&#233;cide de monter une liste alternative pour les municipales de 2014. D&#232;s le d&#233;but, il s'agit de mettre en place une organisation coll&#233;giale impliquant un maximum de personnes. Pour faciliter la participation aux r&#233;unions, un habitant introduit des m&#233;thodes d'&#233;ducation populaire, qui joueront un r&#244;le d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Changer les pratiques
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fernand Karagiannis, &#233;lu municipal, habite Saillans depuis 2003. Il fait partie des initiateurs de ce &#171; &lt;i&gt;projet co-construit, d'o&#249; a &#233;merg&#233; un sch&#233;ma de gouvernance. Il y avait l'envie de changer de paradigme. Ce qui a fait adh&#233;rer, c'est la m&#233;thode et le fond. Ni programme, ni candidat. Pr&#232;s de 150 personnes ont particip&#233; &#224; l'&#233;laboration du projet, sur une liste ouverte &#224; tous. On voulait que la mairie redevienne une maison du peuple. &lt;/i&gt; &#187; Le collectif remporte les &#233;lections et s'attelle imm&#233;diatement &#224; la mise en place d'une d&#233;mocratie participative : &#171; &lt;i&gt;Les deux premi&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; euphoriques. Pour &#233;viter la prise de pouvoir par des individus, des bin&#244;mes d'&#233;lus r&#233;f&#233;rents pour chaque commission ont &#233;t&#233; instaur&#233;s. Le maire et la premi&#232;re adjointe sont cens&#233;s n'&#234;tre que des coordinateurs. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse de l'ancienne mairie, la nouvelle &#233;quipe a tenu &#224; rendre l'information accessible &#224; tous. Cette transparence est l'une des grandes r&#233;ussites de la mandature. &#171; &lt;i&gt;Il y a un agenda mensuel accessible &#224; la population, un affichage dans chaque quartier, des mises en ligne sur le site Internet de la mairie &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mairiedesaillans26.fr&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;et une lettre d'information. Il y a eu une r&#233;flexion sur les comptes-rendus afin que ceux-ci soient compr&#233;hensibles par tous &lt;/i&gt; &#187;, explique Fernand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir &#171; &lt;i&gt;changer les institutions &lt;/i&gt; &#187; r&#233;publicaines, les nouveaux &#233;lus ont cr&#233;&#233; des instances permettant de rendre les processus d&#233;cisionnels coll&#233;giaux : &#171; &lt;i&gt;Le comit&#233; de pilotage, ouvert au public qui peut y intervenir, est le lieu des prises de d&#233;cisions, &lt;/i&gt;reprend Fernand. &lt;i&gt;Les &#8220;Groupes action-projet&#8221;, trente depuis 2014, ont une dur&#233;e de vie d&#233;pendant des dossiers trait&#233;s. Ce sont des espaces de construction de la d&#233;cision avec les habitants. On essaie d'arriver au consensus, sinon on vote. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un cadre l&#233;gal limitant
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces efforts, la participation n'a pas &#233;t&#233; au niveau attendu. Elle a m&#234;me diminu&#233; ces derniers temps. Saillansonne depuis dix ans et &#233;lue, Isabelle Raffner s'interroge : &#171; &lt;i&gt;On aurait peut-&#234;tre d&#251; d&#233;velopper d'autres formes de participation que les r&#233;unions. Pour l'am&#233;nagement des jardins publics, il y a eu par exemple des questionnaires chez les commer&#231;ants. &lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Il faudrait peut-&#234;tre des votes auxquels tout le monde peut participer, &lt;/i&gt;r&#233;fl&#233;chit Fernand. &lt;i&gt;On doit toucher les gens qui ne viennent pas, y compris pour des raisons sociales : difficult&#233; &#224; prendre la parole, sentiment de ne pas &#234;tre l&#233;gitime. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps est aussi une question cruciale. &#171; &lt;i&gt;Si on avait tous une journ&#233;e dans la semaine &#224; consacrer &#224; la vie politique de notre village, ce serait diff&#233;rent &lt;/i&gt; &#187;, dit Isabelle. M&#234;me discours chez Camille&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms des habitants non &#233;lus ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, qui vit &#224; Saillans depuis quatre ans et s'implique intens&#233;ment dans le soutien aux exil&#233;.es : &#171; &lt;i&gt;Si en plus du reste je m'investis dans les instances participatives, j'ai z&#233;ro temps de vie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits sont &#233;galement lents &#224; changer sur la perception des &#233;lus. &#171; N&#233;os &#187; comme natifs, beaucoup d'habitants gardent un rapport de d&#233;l&#233;gation et attendent encore d'eux qu'ils prennent des d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Fernand, &#171; &lt;i&gt;on est au c&#339;ur d'une d&#233;marche &#224; la fois utopiste et pragmatique qui a d&#251; rentrer dans le cadre l&#233;gal avec un maire, une premi&#232;re adjointe... &lt;/i&gt; &#187; Ce cadre limite l'espace politique de la commune. Son budget est faible. Et elle est tributaire des d&#233;cisions des instances sup&#233;rieures, &#224; commencer par l'intercommunalit&#233;, chasse-gard&#233;e de l'ind&#233;boulonnable Herv&#233; Mariton (LR), maire de Crest&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Longtemps d&#233;put&#233;, il fut &#224; l'Assembl&#233;e un des fers de lance de l'opposition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, un peu plus &#224; l'ouest. Sans parler du poids de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour peser dans la balance, &#171; &lt;i&gt;faut-il forc&#233;ment int&#233;grer l'institution, qui reste contrainte par le budget, la l&#233;gislation ?, &lt;/i&gt;se questionne Camille. &lt;i&gt;Ou se tourner vers d'autres espaces, cr&#233;er des assos, des collectifs ? Je trouve int&#233;ressant qu'il y ait d'autres formes d'implication que la mairie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La coll&#233;gialit&#233;, &#224; quel prix ?
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des trois &#233;lus d'opposition si&#233;geant au conseil municipal, deux ont fini par d&#233;missionner l'automne dernier, dont l'ancien maire, rest&#233; en d&#233;saccord avec les structures participatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la majorit&#233;, &#171; &lt;i&gt;un tiers des conseillers habitent dans le village depuis plus de vingt-cinq ans, un autre depuis dix &#224; vingt ans et le dernier depuis moins de dix ans. Notre groupe n'est pas homog&#232;ne. On s'est r&#233;unis sur une m&#233;thode, pas sur un programme, &lt;/i&gt;constate Fernand. &lt;i&gt;Notre r&#233;alit&#233; est que nous sommes pluriels et que parfois on n'arrive pas &#224; prendre des d&#233;cisions. &lt;/i&gt; &#187; Ce fut le cas, par exemple, quand la mairie a &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour accueillir des migrants ou pour pr&#234;ter gratuitement une salle communale &#224; un festival anti-r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude, qui habite &#224; Saillans depuis trois ans, observe &#171; &lt;i&gt;une peur du clivage au sein de la population, entre &#8220;n&#233;os-gauchos-&#233;colos&#8221; et vieilles familles originaires du village &lt;/i&gt; &#187;. Des crispations accentu&#233;es par l'attention soudaine des m&#233;dias et l'impression qu'ont certains habitants d'&#234;tre les sujets d'une exp&#233;rience. &#171; &lt;i&gt;Au sein des &#233;lus, &lt;/i&gt;reprend Claude, &lt;i&gt;il y a une personne-cl&#233; qui fait en sorte que &#231;a n'explose pas. Parce que dans leur logique de d&#233;mocratie participative, si les choses sont cliv&#233;es, &#231;a ne marche plus. &lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;La d&#233;mocratie participative devrait reposer sur des positions politiques et pas sur les gens qui portent le projet, pour que personne ne soit indispensable, &lt;/i&gt;estime Camille. &lt;i&gt;L&#224;, la volont&#233; de neutralit&#233; fait qu'on est davantage dans la forme que dans le fond. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et apr&#232;s ?
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vivement la quille ! &lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Isabelle en souriant. La mandature a &#233;t&#233; &#233;puisante pour les &#233;lu. es. &#171; &lt;i&gt;C'est un syst&#232;me &#233;nergivore ! Nous sommes partis de rien, avec euphorie, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Fernand. &lt;i&gt;Au bout de deux ans, on saturait sur l'organisation des r&#233;unions. Je conseillerais aux gens de ne pas trop s'exciter au d&#233;but. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'approche des municipales de 2020, la question se pose de la continuit&#233; du projet. Peu d'&#233;lus songent &#224; se repr&#233;senter. &#171; &lt;i&gt;Il y a des gens sensibles &#224; notre action mais qu'on voit peu. On r&#233;fl&#233;chit &#224; comment lancer une nouvelle dynamique en restant dans l'esprit du d&#233;part &lt;/i&gt; &#187;, explique Fernand. Isabelle, dont c'&#233;tait le premier engagement politique, affirme sans h&#233;siter : &#171; &lt;i&gt;Avec le recul, c'est une chance extraordinaire d'avoir particip&#233; &#224; quelque chose d'aussi beau. &lt;/i&gt; &#187; Un avis partag&#233; par beaucoup, malgr&#233; la fatigue et les &#233;cueils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D'autres villages nous demandent conseil &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une journ&#233;e d'information et de rencontre sera organis&#233;e le 13 avril prochain.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, raconte Fernand. &lt;i&gt;Il est important que &#231;a essaime et qu'on ne soit pas tout seuls en 2020. Il y a une dynamique &#224; Saillans qui fait que &#231;a a &#233;t&#233; possible. Il faut peut &#234;tre r&#233;fl&#233;chir &#224; l'impulser dans la vall&#233;e. &lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Dans ce village, depuis la guerre, aucun maire n'a fait deux mandatures cons&#233;cutives. &lt;/i&gt; &#187; La liste participative sera-t-elle la premi&#232;re &#224; rempiler ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Yann Renoult&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N&#233;o-ruraux, venus de grandes villes, install&#233;s au village depuis peu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mairiedesaillans26.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mairiedesaillans26.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms des habitants non &#233;lus ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Longtemps d&#233;put&#233;, il fut &#224; l'Assembl&#233;e un des fers de lance de l'opposition au &#171; mariage pour tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une journ&#233;e d'information et de rencontre sera organis&#233;e le 13 avril prochain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fillols : deux bars sinon rien</title>
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		<dc:date>2019-01-23T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne. ** * Un dimanche &#224; la campagne. La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars. Ailleurs, c'est tout le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cafe" rel="tag"&gt;caf&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bistrots" rel="tag"&gt;bistrots&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH567/-1016-c575d.jpg?1782656571' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;**&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dimanche &#224; la campagne.&lt;/strong&gt; La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ailleurs&lt;/strong&gt;, c'est tout le contraire : les villages ont vendu leur &#226;me au tout b&#233;ton pavillonnaire et commercial. Au fur et &#224; mesure qu'ils &#233;tendent leur artificielle superficie, leur coeur se n&#233;crose. Cern&#233;es par les terminaux de cuisson, les boulangeries abdiquent tandis que les derniers bistrots baissent le rideau devant des rues d&#233;sertiques. Sur un bout de parking, d'irr&#233;ductibles soiffards &#233;clusent des 8.6 achet&#233;es au Carrefour Market. Vous avez dit glauque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fillols donc. &lt;/strong&gt;La place du village et son tilleul majestueux. Au bas, terrasse nich&#233;e contre l'&#233;glise, le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;qui fait aussi restau depuis peu. En haut, le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt;et sa fa&#231;ade ocre. Bar du jour en bas, bar du soir en haut. Peau burin&#233;e et poil blanc, Serge entre &#224; &lt;i&gt;L'Union &lt;/i&gt;et commande un whisky glace. 42 ans qu'il vient l&#224;. Il a fait partie de ces n&#233;oruraux venus coloniser l'arri&#232;re-pays. Fillols &#233;tait alors un village de mineurs-paysans. La fermeture des mines dans les ann&#233;es 50 avait donn&#233; un coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; l'exode rural. Le maire avait compris qu'il avait tout int&#233;r&#234;t &#224; int&#233;grer les babos pour que le village survive. Entre chevelus et prolos, tout ne s'est pas fait dans la douceur, mais le ciment a pris et est &#224; l'origine de cette ferveur culturelle qui irrigue encore le village aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Dans ce bistrot, on conna&#238;t tout le monde, c'est familial. Avant, &lt;/i&gt;L'Union, &lt;i&gt;c'&#233;tait le bar de droite et &lt;/i&gt;Le Canigou, &lt;i&gt;le bar de gauche. Les gens ne se m&#233;langeaient pas. Moi, &#224; l'&#233;poque, j'avais les cheveux longs et on m'avait dit : tu vas pas boire en bas. &#187; L'Union &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; repris en Scop par trois filles m&#234;me s'il y a un gars qui est venu donner la main pour remplacer un cong&#233; maternit&#233;. Pas trop dur pour ce m&#226;le minoritaire ? &lt;i&gt;&#171; Son nom c'est Timoth&#233;e, avec un &#8220;e&#8221; &#224; la fin, donc &#231;a va ! &#187;, &lt;/i&gt;l&#226;che S&#233;verine en souriant. Plonge, compta, cuisine, tout le monde tourne sur les t&#226;ches. Les filles insistent sur le fait qu'elles sont salari&#233;es et non pas simples g&#233;rantes. Les d&#233;cisions se prennent de mani&#232;re coll&#233;giale. Derri&#232;re la tireuse, Marie cherche ses mots : &lt;i&gt;&#171; Ce caf&#233; marche car il n'y a pas d'anonymat. On se retrouve entre copains. &lt;/i&gt;L'Union &lt;i&gt;a un r&#244;le social, une fonction d'espace collectif o&#249; la fronti&#232;re publicpriv&#233; n'est pas tr&#232;s claire. C'est une sorte de lieu neutre o&#249; l'on se d&#233;couvre, on se parle. Si un gars a besoin d'un coup de main pour monter sa serre, il vient ici. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'automne ne mettra peut-&#234;tre pas de roux dans les feuillages des ch&#234;nes&lt;/strong&gt; en raison du manque de pluie, mais les cheveux d'Aline en offrent une palette flashy. Cette ancienne prof d'arts plastiques poss&#232;de les murs du &lt;i&gt;bar du Canigou. &#171; &#192; Fillols, c'&#233;tait &#233;vident d'avoir deux bars, &lt;/i&gt;confie Aline. &lt;i&gt;C'est mon grand-p&#232;re qui a cr&#233;&#233; &lt;/i&gt;Le bar du Canigou. &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, tu ouvrais un bar sans besoin d'une licence. &#187; &lt;/i&gt;Son p&#232;re a repris l'affaire par la suite, puis son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle-m&#234;me&lt;/strong&gt; s'est retrouv&#233;e un temps derri&#232;re le comptoir. &lt;i&gt;&#171; Du temps de mon p&#232;re, c'&#233;tait un vrai tripot, on jouait de l'argent. Avec ces mineurs qui venaient de toute l'Europe, fallait voir les loustics ! C'&#233;tait un bar &#224; forte personnalit&#233;. Quand mon fr&#232;re l'a repris en 1977, c'&#233;tait un des rares bistrots o&#249; les n&#233;oruraux &#233;taient bien accueillis. Tous les vendredis et samedis, des hippies venaient des bleds voisins ! Y a eu tout ce ferment qui a fait de ce lieu, un lieu fort, un lieu habit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;Membre du foyer la&#239;que, Hubert pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. Mais c'est gr&#226;ce &#224; la volont&#233; de la famille d'Aline, que le second bar a &#233;t&#233; maintenu. Il marche parce que les frais fixes &#8211; les murs et la licence &#8211; sont quasi inexistants et parce que le caf&#233; fait une partie consid&#233;rable de son chiffre d'affaires avec la f&#234;te. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La notori&#233;t&#233; de la f&#234;te du village&lt;/strong&gt; &#8211; &#233;tal&#233;e sur cinq jours ! &#8211; est une des acm&#233;s du calendrier fillolois qui pr&#233;sente une kyrielle de manifestations culturelles et festives tout au long de l'ann&#233;e. Un planning qui assure une dynamique coh&#233;sion au village mais demande aussi beaucoup. S&#233;verine : &lt;i&gt;&#171; C'est tr&#232;s dur de tenir un bar. Surtout quand tu sers essentiellement des potes. &#192; partir du moment o&#249; tu te mets au service des gens, tu te rends compte de leur personnalit&#233;. Il y a quelque chose qui change. &lt;/i&gt;[Elle r&#233;fl&#233;chit.] &lt;i&gt;Les gens ont soudain des exigences, peut-&#234;tre sous pr&#233;texte qu'ils payent. &#187; &lt;/i&gt;Aline parle aussi des r&#233;flexions et des reproches durs &#224; encaisser. Puis S&#233;verine remarque : &lt;i&gt;&#171; Normalement dans les bleds isol&#233;s, quand une n&#233;nette rentre dans un bar, elle rentre dans un milieu de mecs et se sent largement mal &#224; l'aise. Ici pff&#8230; &#187; &#171; Ici c'est les mecs qui sont mal &#224; l'aise ! &#187;, &lt;/i&gt;blague Hubert les mains dans la vaisselle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Publi-replantage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;ela rel&#232;ve de l'exploit : comment multiplier bourdes, indiscr&#233;tions malvenues et faux pas en faisant un article sur un endroit familier. Dans l'article &#171; Fillols : deux bars sinon rien &#187; (&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 148), le tilleul de la place du village est en fait un acacia et le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;ne fait pas restau &lt;i&gt;&#171; depuis peu &#187; &lt;/i&gt;mais depuis des d&#233;cennies. Plus grave, pour d'obscures raisons mat&#233;rielles, les g&#233;rantes du &lt;i&gt;Caf&#233; del Canig&#243; &lt;/i&gt;(et non le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt; !), Pauline et &#201;milie, n'ont &#233;t&#233; ni rencontr&#233;es, ni cit&#233;es. Nous publions un extrait de leur courrier et leur pr&#233;sentons nos excuses les plus plates, ainsi qu'au vibrionnant peuple de Fillols.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#233;tiez venu nous rencontrer en personne, comme cela avait &#233;t&#233; convenu, vous sauriez que depuis trois ans nous organisons tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des concerts gratuits, proposant des groupes de styles et d'horizons vari&#233;s. Que le caf&#233;, tout au long de l'ann&#233;e, diffuse des matchs, accueille des anniversaires, parfois m&#234;me des soir&#233;es &#8220;ann&#233;es 80&#8221; improvis&#233;es, des ap&#233;ros &#224; la bonne franquette... Tout ce qui fait de cet endroit un lieu de rencontre et d'&#233;change, appr&#233;ci&#233; des gens du village et des environs. Et pas uniquement le bar de nuit, simple passage de relais d'un &#233;tablissement &#224; l'autre, migration froide et anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ici aiment leurs deux bistrots, font valoir et font vivre cette singularit&#233;. Ce sont ces activit&#233;s et cette client&#232;le r&#233;guli&#232;re qui permettent de &lt;i&gt;&#8220;g&#233;n&#233;rer une part cons&#233;quente de notre chiffre d'affaires&#8221;, &lt;/i&gt;si &#224; un instant donn&#233;, il faut r&#233;sumer tout cela &#224; une dimension purement &#233;conomique &#8211; pour r&#233;pondre &#224; la question que vous posez dans le chapeau. Mais le maintien de deux bistrots rel&#232;ve aussi d'un point important, le choix de revenus modestes de la part des tenancier(e)s, &#224; aucun moment &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture du titre, nous nous attendions &#224; autre chose qu'un article vendant la chanson r&#233;currente de &#8220;Fillols, le village d'irr&#233;ductibles aux deux bistrots, un pour les hippies un pour les chasseurs&#8221;. Cet historique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; dans un article paru dans &lt;i&gt;Pyr&#233;n&#233;es Magazine &lt;/i&gt;(n&#176; 164, mars avril 2016). Malgr&#233; l'aspect touristique et non subversif de cette revue, le journaliste, lui, s'est donn&#233; le temps et la peine de rencontrer en personne, les principaux sujets de son papier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pauline et &#201;milie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hospitalit&#233; : du d&#233;lit au d&#233;fi</title>
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		<dc:date>2018-11-06T13:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>Eug&#232;ne Riousse</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>droit</dc:subject>
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		<dc:subject>village</dc:subject>
		<dc:subject>l'hospitalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>l'hospitalit&#233; n'est</dc:subject>
		<dc:subject>notion d'hospitalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>notion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce jeudi 8 novembre, les &#171; 3+4 de Brian&#231;on &#187; seront jug&#233;s &#224; Gap, pour d&#233;lit de solidarit&#233;. &#192; l'occasion de cet important proc&#232;s, CQFD met en ligne son dossier sur l'hospitalit&#233;, paru sur papier au mois de septembre. On commence par l'introduction. Le 3 septembre, jour du bouclage de ce num&#233;ro , une proc&#233;dure sp&#233;cifique pour les demandes d'asile en Guyane, r&#233;duisant les d&#233;lais de d&#233;p&#244;t des dossiers &#224; 7 jours, est exp&#233;riment&#233;e. Promise par Macron et destin&#233;e &#224; dissuader les migrants ha&#239;tiens (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/notion" rel="tag"&gt;notion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce jeudi 8 novembre, les &#171; 3+4 de Brian&#231;on &#187; seront jug&#233;s &#224; Gap, pour d&#233;lit de solidarit&#233;. &#192; l'occasion de cet important proc&#232;s, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; met en ligne son dossier sur l'hospitalit&#233;, paru sur papier au mois de septembre. On commence par l'introduction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1782640047' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 3 septembre&lt;/strong&gt;, jour du bouclage de ce num&#233;ro&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CQFD n&#176;168, septembre 2018.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, une proc&#233;dure sp&#233;cifique pour les demandes d'asile en Guyane, r&#233;duisant les d&#233;lais de d&#233;p&#244;t des dossiers &#224; 7 jours, est exp&#233;riment&#233;e. Promise par Macron et destin&#233;e &#224; dissuader les migrants ha&#239;tiens de chercher refuge dans ce d&#233;partement d'Outre-mer, la mesure pourrait nourrir dans deux ans une mouture encore plus r&#233;pressive de la loi sur l'asile et l'immigration adopt&#233;e le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; ao&#251;t&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Loi asile et immigration &#8211; Le nouveau monde pire que l'ancien &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Allemagne&lt;/strong&gt;, c'est Dupont-Lajoie &#224; Chemnitz. Apr&#232;s la mort d'un homme de 35 ans qui aurait &#233;t&#233; tu&#233; &#224; coups de couteau par un r&#233;fugi&#233; irakien en marge d'une f&#234;te locale, des chasses &#224; l'&#233;tranger et des heurts entre n&#233;onazes, antifas et police se sont encha&#238;n&#233;s depuis le 26 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me ambiance glauque en Italie&lt;/strong&gt;, o&#249; une trentaine de cas de violences ou de tirs &#224; caract&#232;re raciste (dont deux mortels) ont &#233;t&#233; recens&#233;s depuis l'accession au pouvoir, d&#233;but juin, du gouvernement form&#233; par l'extr&#234;me droite et le Mouvement Cinq &#201;toiles. Dans l'esprit du populo p&#233;ninsulaire frapp&#233; par un profond malaise social, les slogans visant &#224; faire passer les Italiens avant les migrants font des ravages. Et pas seulement dans les sondages. Victime collat&#233;rale de cette politique de la peur et du bouc-&#233;missaire, l'exp&#233;rience d'accueil des r&#233;fugi&#233;s dans le village calabrais de Riace ne sera plus financ&#233;e par des fonds publics. Jusque -l&#224;, ils b&#233;n&#233;ficiaient d'un programme d'insertion pr&#233;voyant une allocation de 35 euros par jour et par personne, et incluant l'enseignement de l'Italien, pour les adultes, et la scolarisation des enfants. Depuis 1998, date &#224; laquelle une embarcation avec 200 Kurdes &#224; son bord s'est &#233;chou&#233;e sur la c&#244;te, le village a &#233;chapp&#233; &#224; la disparition et a m&#234;me vu sa population doubler. La preuve qu'une v&#233;ritable politique de l'hospitalit&#233; fond&#233;e sur des dispositifs d'accueil durable peut &#234;tre mise en place &#224; moindres frais et m&#234;me participer &#224; la renaissance de certains territoires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-881-e98bf.jpg?1782670739' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, l'&#233;tymologie&lt;/strong&gt; nous renseigne sur l'ambivalence de la notion d'hospitalit&#233;. Le latin &lt;i&gt;hostis&lt;/i&gt; renvoie aussi bien &#224; l'ennemi qu'&#224; l'h&#244;te. Sans doute les intentions de celui qui arrive sont difficiles &#224; d&#233;chiffrer ? Amicales ou hostiles ? &#192; l'origine, l'hospitalit&#233; passe par de multiples artifices ritualis&#233;s permettant d'am&#233;nager un seuil ou un sas dans lequel l'&#233;trange &#233;tranger est plac&#233; entre inclusion et exclusion, un espace-temps &#224; la fois provisoire et incertain. Ici, la soci&#233;t&#233; d'accueil soumet l'autre &#224; ses codes pour minimiser le risque qu'il repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;volution historique&lt;/strong&gt; de la notion est &#233;galement riche d'enseignements. La fa&#231;on dont Ath&#232;nes et Rome con&#231;oivent l'hospitalit&#233; n'est pas si &#233;loign&#233;e des d&#233;bats qui agitent nos soci&#233;t&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, la communaut&#233; politique ath&#233;nienne, d&#233;finie une fois pour toute, ne peut &#171; int&#233;grer &#187; l'&#233;tranger en son sein sans risquer de se dissoudre. Il doit rester pour toujours un m&#233;t&#232;que. De l'autre, la citoyennet&#233; romaine est plus plastique en absorbant les &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs tout en gardant intact l'essentiel de ce qui fonde la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pens&#233;e chr&#233;tienne&lt;/strong&gt; de l'hospitalit&#233; va grandement participer &#224; la d&#233;politisation du concept et le pr&#233;cipiter dans le seul champ de l'&#233;thique. Les &#171; gentils &#187; (chr&#233;tiens) qui accueillent de mani&#232;re inconditionnelle font face aux &#171; m&#233;chants &#187; (m&#233;cr&#233;ants) qui gardent l'huis clos. Une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Moyen-&#194;ge&lt;/strong&gt;, il y a aussi des fa&#231;ons tr&#232;s int&#233;ress&#233;es de concevoir l'hospitalit&#233;, qui ne sont pas sans rappeler le discours sarkozyste sur l'immigration choisie (droit d'aubaine) ou les pratiques commerciales de certaines plate-formes monnayant &#171; l'accueil &#187; des touristes (&#171; hostellerie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le si&#232;cle des Lumi&#232;res&lt;/strong&gt; formalise le droit de tous &#224; la mobilit&#233; et au s&#233;jour dans une vision tr&#232;s cosmopolite. Cela permettra &#224; l'am&#233;ricain Thomas Paine de devenir citoyen fran&#231;ais et d&#233;put&#233; du Pas-de-Calais en 1792. On retrouvera cet h&#233;ritage dans les grands textes du droit international : la d&#233;claration universelle des droits de l'homme de 1948 &#233;nonce ainsi que &#171; &lt;i&gt;toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa r&#233;sidence &#224; l'int&#233;rieur d'un &#201;tat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'oublions pas&lt;/strong&gt; n&#233;anmoins que ce cosmopolitisme du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; l&#233;gitimera les entreprises coloniales et imp&#233;riales des civilis&#233;s contre les sauvages. Se pose aussi la question de la hi&#233;rarchisation des races : tous les &#233;trangers ne le sont pas de la m&#234;me fa&#231;on. Comment expliquer autrement le foss&#233; entre l'unanimisme politique et institutionnel (l'&#201;tat enverra m&#234;me des avions) dans l'accueil des 130 000 boat people vietnamiens, cambodgiens et laotiens en 1979 et l'indiff&#233;rence voire l'hostilit&#233; actuelles face &#224; ceux qui se noient dans la M&#233;diterran&#233;e ? Il est vrai qu'&#224; cette &#233;poque le ch&#244;mage &#233;tait inf&#233;rieur &#224; 5 % et la concurrence de tous contre tous institu&#233;e par la division du travail &#224; l'&#233;chelle mondiale pas encore aussi aiguis&#233;e. On peut y voir aussi la validation d'une formule de l'historien de l'immigration G&#233;rard Noiriel : &#171; &lt;i&gt; En p&#233;riode d'incertitude tout particuli&#232;rement, l'&#233;tranger est ressenti comme une menace par le groupe enracin&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs philosophes&lt;/strong&gt; contemporains, &#224; l'instar de Fabienne Brug&#232;re et Guillaume Le Blanc&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Passeurs d'humanit&#233; &#8211; L'hospitalit&#233; est le contraire de la haine &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; tentent de repolitiser la notion d'hospitalit&#233;. Il s'agirait de trouver les modalit&#233;s d'un v&#233;ritable accueil, s'op&#233;rant sur le long terme. En 2007, les habitants du village breton de Montfort-sur-Meu se mobilisaient en masse pour s'opposer &#224; l'expulsion collective de 23 Maliens sans papiers habitant l&#224; depuis plusieurs ann&#233;es. Leur lutte a permis la r&#233;gularisation de 20 d'entre eux, marquant les m&#233;moires. Pourquoi se sont-ils dress&#233;s contre l'&#201;tat ? Sans doute pour d&#233;fendre les leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces interrogations philosophico-historiques esquiss&#233;es&lt;/strong&gt;, reste une &#233;vidence, celle qui anime nombre d'activistes occup&#233;s &#224; dissiper l'air puant du temps : l'hospitalit&#233; n'est pas affaire que de personnes ou d'id&#233;es, mais &#233;galement de syst&#232;mes politiques. Le v&#233;ritable ennemi, c'est d'abord celui qui &#233;rige les murs, tricote les fils barbel&#233;s et arme les fronti&#232;res afin que que rien ne vienne menacer la perp&#233;tuation d'un syst&#232;me capitaliste o&#249; l'in&#233;galit&#233; r&#232;gne en ma&#238;tre &#8211; &#224; l'int&#233;rieur comme vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Loi asile et immigration &#8211; Le nouveau monde pire que l'ancien &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Passeurs d'humanit&#233; &#8211; L'hospitalit&#233; est le contraire de la haine &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mairie des sans-terre</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ferdinand Cazalis</dc:subject>
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		<dc:subject>PSOE</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si les yeux sont le miroir de l'&#226;me, le paysage refl&#232;te l'histoire d'un pays. Celui qu'on traverse entre S&#233;ville et El Coronil en dit long sur la structure sociale de la r&#233;gion. Entre la plaine du Guadalquivir et la sierra de Cadix, les collines sont labour&#233;es &#224; perte de vue. Pas un arbre &#224; l'horizon. De-ci de-l&#224;, un cortijo de se&#241;oritos, avec sa longue all&#233;e bord&#233;e de palmiers et ses armoiries au-dessus du portail. Depuis la Reconquista, la monoculture latifundiaire r&#232;gne ici en ma&#238;tre, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2369 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/-641-196b7.jpg?1782638753' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les yeux sont le miroir de l'&#226;me, le paysage refl&#232;te l'histoire d'un pays. Celui qu'on traverse entre S&#233;ville et El Coronil en dit long sur la structure sociale de la r&#233;gion. Entre la plaine du Guadalquivir et la sierra de Cadix, les collines sont labour&#233;es &#224; perte de vue. Pas un arbre &#224; l'horizon. De-ci de-l&#224;, un &lt;i&gt;cortijo de se&#241;oritos&lt;/i&gt;, avec sa longue all&#233;e bord&#233;e de palmiers et ses armoiries au-dessus du portail. Depuis la Reconquista, la monoculture latifundiaire r&#232;gne ici en ma&#238;tre, pour les si&#232;cles des si&#232;cles. Et ce ne sont pas les quarante ans de pouvoir sans partage du PSOE en Andalousie qui y auront chang&#233; grand-chose. De loin en loin, un bourg appara&#238;t, comme un mirage surgi de nulle part. C'est l&#224; o&#249; se concentre le peuple sans terre, l&#224; o&#249; le &lt;i&gt;latifundio&lt;/i&gt; vient puiser la main-d'&#339;uvre dont il a &#8211; de moins en moins &#8211; besoin. L'histoire d'El Coronil, gros village de 5 000 habitants, ne peut se comprendre sans ce coup d'&#339;il panoramique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps de r&#233;colte. Devant le Centre ouvrier Diamantino Garc&#237;a, une &#233;quipe de volontaires revient de la coop&#233;rative El Indiano, fond&#233;e par le Syndicat andalou des travailleurs (SAT) dans une ferme occup&#233;e depuis vingt ans. &#171; &lt;i&gt;Artichaut pour tout le monde ! C'est bon pour le foie, mais mauvais pour mes reins&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, grince Vinagre, le bien nomm&#233;. En habit de travail, Diego Ca&#241;amero nous re&#231;oit chez lui, dans le modeste salon d'une des maisons autoconstruites sur le mode Castor, en coop&#233;rative. Apr&#232;s l'embrassade, un clin d'&#339;il vers Mari, notre h&#244;te ce soir : &#171; &lt;i&gt;Vous allez &#234;tre h&#233;berg&#233;s par la premi&#232;re ouvri&#232;re agricole &#233;lue d&#233;put&#233;e dans ce pays&lt;/i&gt; &#187;, sourit Diego, figure du SAT, syndicat de journaliers agricoles croulant sous les proc&#232;s et les amendes pour occupation illicite de terres ou entrave &#224; la circulation et &#224; la libert&#233; du travail&#8230; Il a &#233;t&#233; maire d'El Coronil pendant des ann&#233;es. Aujourd'hui, ayant c&#233;d&#233; le secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral du syndicat, il est redevenu militant de base. Occupations de grandes propri&#233;t&#233;s sous-exploit&#233;es, coop&#233;ratives, exp&#233;riences municipales&#8230; : les gens du SAT ne tombent pas de la derni&#232;re pluie. &#171; &lt;i&gt;Cette vague r&#233;cente pour la transformation sociale n'est le patrimoine de personne. Les primaires de Podemos ont &#233;t&#233; trop pyramidales, contr&#244;l&#233;es depuis Madrid. Nous nous y sommes pr&#233;sent&#233;s, mais loin de nos terres, qui peut juger de notre l&#233;gitimit&#233; ? Le discours s'est d&#233;caf&#233;in&#233;, pour s&#233;duire le &#8220;centre&#8221;. Pablo Iglesias parle de transversalit&#233;, mais nous, nous avons une histoire qui nous ancre &#224; gauche, avec nos revendications de r&#233;forme agraire, de revenu minimum garanti, de d&#233;fense de l'eau et des services publics. Il faut parler clair. Si tu te caches, tu finis par en payer le prix.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH410/-640-a66d2.jpg?1782665140' width='400' height='410' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En route vers la mairie, la d&#233;put&#233;e paysanne Mari Garc&#237;a nous montre un immeuble neuf : &#171; &lt;i&gt;Le promoteur a fait faillite et les banques qui l'avaient financ&#233; se disputent les appartements. En attendant, des jeunes du village les occupent&lt;/i&gt;. &#187; Vers le centre de la bourgade, les s&#233;quelles de la gestion municipale du PSOE, &#171; le parti des notables &#187;, sautent aux yeux : des abribus monumentaux, rendus inutiles par une remod&#233;lation de la rue principale pour le moins maladroite : les autocars ne peuvent plus man&#339;uvrer et s'arr&#234;tent &#224; l'entr&#233;e du village. La faute &#224; un terre-plein central recouvert d'une minable imitation de Gaud&#237; en mosa&#239;que et agr&#233;ment&#233; d'arbres m&#233;talliques d'un go&#251;t douteux&#8230; &#171; &lt;i&gt;Lorsque le PSOE a pris la mairie il y a huit ans gr&#226;ce au vote d'un transfuge, il a trouv&#233; un exc&#233;dent de 80 000 euros. Aujourd'hui, nous h&#233;ritons d'un d&#233;couvert de plus de 5 millions. Quand un b&#233;b&#233; na&#238;t ici, il a d&#233;j&#224; 1 000 euros de dette !&lt;/i&gt; &#187;, bout Maribel G&#243;mez, maire &#233;lue sur la liste Ganemos El Coronil, soutenue par le SAT. Le constat est terrible : que va-t-on pouvoir faire &#224; part g&#233;rer la mis&#232;re ? Miguel, adjoint d&#233;l&#233;gu&#233; aux Finances, est amer : &#171; &lt;i&gt;Nous avions des projets, comme l'acquisition de terres pour les cultiver en coop&#233;rative, ou promouvoir le tourisme rural, mais nous voil&#224; pris &#224; la gorge.&lt;/i&gt; &#187; Les employ&#233;s municipaux n'ont pas touch&#233; leur salaire depuis trois mois, une banderole pendue en fa&#231;ade de l'h&#244;tel de ville le rappelle aux passants. &#171; &lt;i&gt;Le pire, c'est que non content d'avoir hypoth&#233;qu&#233; l'avenir du village, l'ex-maire socialiste a cass&#233; la dynamique participative en subventionnant des associations fant&#244;mes, qui fonctionnent en vase clos, entre amis.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie : &#224; peine battu, cet ancien maire s'est vu offrir par ses copains de la r&#233;gion une sin&#233;cure dans l'administration des Finances&#8230; &#171; &lt;i&gt;Une de nos promesses &#233;tait la transparence : nous avons publi&#233; les comptes en plan fixe sur l'&#233;cran du canal municipal de t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, temp&#234;te Maribel. &lt;i&gt;Je suis la seule &#224; m'&#234;tre mise en cong&#233;s, mes adjoints sont toujours journaliers ou ch&#244;meurs. J'ai propos&#233; que les conseillers municipaux ne touchent leurs &#233;moluments qu'une fois que les employ&#233;s de la mairie auront encaiss&#233; les arri&#233;r&#233;s de salaire : l'opposition socialiste a menac&#233; de porter plainte !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gageons que les habitants de la petite ville sauront se d&#233;fendre. Comme le rappelle Diego, rebelle sans pause, &#171; &lt;i&gt;Ici, le 15-M, &#231;a fait trente ans qu'on le vit !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Laine sans cha&#238;nes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Laine-sans-chaines</link>
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		<dc:date>2018-02-03T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Tewfiq</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>vie</dc:subject>
		<dc:subject>f&#234;te</dc:subject>
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		<dc:subject>Ardelaine</dc:subject>
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		<dc:subject>Flavien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Saint-Pierreville, en haute Ard&#232;che, de la tonte en passant par le cardage, le filage, le tissage, c'est toute une fili&#232;re laine que la Scop Ardelaine, fond&#233;e en 1982, a patiemment remont&#233;e. Plut&#244;t tourn&#233;e vers la literie, mais aussi les pulls, robes, chaussettes... Reportage chez les &#171; moutons rebelles &#187;. C'est la F&#234;te de la laine et il r&#232;gne une ambiance de calme avant la temp&#234;te sur le site d'Ardelaine, ce jeudi 6 ao&#251;t au matin. Des moutons en carton, recouverts de laine de toutes les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no135-septembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;135 (septembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Flavien" rel="tag"&gt;Flavien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saint-Pierreville, en haute Ard&#232;che, de la tonte en passant par le cardage, le filage, le tissage, c'est toute une fili&#232;re laine que la &lt;a href=&#034;https://www.ardelaine.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Scop Ardelaine&lt;/a&gt;, fond&#233;e en 1982, a patiemment remont&#233;e. Plut&#244;t tourn&#233;e vers la literie, mais aussi les pulls, robes, chaussettes... Reportage chez les &#171; moutons rebelles &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Moutons rebelles, Ardelaine, la fibre d&#233;veloppement local, B&#233;atrice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2003 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH505/-291-15bb7.jpg?1782642928' width='400' height='505' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est la F&#234;te de la laine et il r&#232;gne une ambiance de calme avant la temp&#234;te sur le site d'Ardelaine, ce jeudi 6 ao&#251;t&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2015 ! (Note du webmaster.)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; au matin. Des moutons en carton, recouverts de laine de toutes les couleurs, pendent &#224; la pergola du caf&#233;, des fanions flottent dans l'air qui promet d'&#234;tre caniculaire... Bien vite, les premiers visiteurs arrivent en famille. Devant son stand, Flavien m'accueille : &#171; &lt;i&gt; Avec cette chaleur, ce ne sera pas facile de vendre nos gros pulls ! Mais l'essentiel n'est pas l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Non, l'essentiel est ailleurs. Comme toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;atrice Barras, fait partie du petit groupe des origines : cinq jeunes amis (instituteur, m&#233;canicien, architecte, orthophoniste...) qui, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, r&#233;fl&#233;chissent &#224; ce que devrait &#234;tre, selon ses mots, &#171; &lt;i&gt;la vraie vie&lt;/i&gt; &#187;. Ils sont &#171; &lt;i&gt; titill&#233;s par une forte envie de monter un projet &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187; viable et alternatif (&#224; une &#233;poque o&#249; le mot n'est pas encore galvaud&#233;). Et il y a l'Ard&#232;che, cet arri&#232;re-pays tr&#232;s pauvre, qui p&#233;riclite, dont le travail et les savoir-faire disparaissent : &#171; &lt;i&gt;Un tiers monde &#224; c&#244;t&#233; de chez-soi. On avait envie d'y faire quelque chose de concret, d'&#234;tre dans l'action.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1975, une rencontre va tout changer, avec une ruine : l'ancienne filature de laine du village de Saint-Pierreville s'effondre et tombe litt&#233;ralement dans la rivi&#232;re. &#192; cette &#233;poque, les bergers du coin pensent que la laine, c'est fini &#8211; et la jettent, litt&#233;ralement, &#224; la rivi&#232;re. Ils n'arrivent m&#234;me plus &#224; trouver des tondeurs dans ces montagnes. L'industrie textile, toujours &#224; la pointe du capitalisme globalis&#233;, d&#233;j&#224; largement concentr&#233;e dans les centres urbains, se d&#233;localise maintenant de plus en plus loin, en Asie particuli&#232;rement. Le tissage, surtout celui de la laine des campagnes, a v&#233;cu son temps, croit-on. Mais B&#233;atrice et ses amis, eux, se disent qu'ils n'ont qu'&#224; essayer ! Reconstruire la filature, remonter toute une fili&#232;re laine locale, circuit de commercialisation compris... Redonner un d&#233;bouch&#233; pour les &#233;leveurs de mouton et plus de vie &#224; un village qui s'&#233;teint doucement. &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e fondamentale, c'&#233;tait de monter une activit&#233; &#233;conomique alternative, empreinte de la critique du capitalisme, du salariat, de l'industrie... On voulait aussi que ce soit &#233;cologique. On se disait que la soci&#233;t&#233; allait droit dans le mur. Tout &#233;tait &#224; repenser !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1982, ils vont se pr&#233;parer. &#171; &lt;i&gt; Tout en continuant &#224; travailler &#224; c&#244;t&#233;, mais le moins possible, on a commenc&#233; &#224; apprendre, &#224; se former. On n'y connaissait rien ! Le plus important, &#231;a a &#233;t&#233; que, pendant toutes ces ann&#233;es, notre groupe est rest&#233; uni, solidaire. C'&#233;tait pas facile, mais on n'a pas laiss&#233; tomber.&lt;/i&gt; &#187; On imagine les critiques, les propos d&#233;faitistes des uns et des autres que ces obstin&#233;s de la laine ont d&#251; endurer patiemment. Et puis... &#171; &lt;i&gt;C'est parti !&lt;/i&gt; &#187; La Scop Ardelaine voit enfin le jour : premi&#232;res tontes des moutons, premiers fils de laine qu'ils allaient, fi&#232;rement, montrer aux &#233;leveurs, premi&#232;res productions de literie. C'est aussi cette ann&#233;e-l&#224; que la population du village cesse de d&#233;cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps sont durs &#8211; forc&#233;ment. Les ventes sur les march&#233;s du coin pas tr&#232;s convaincantes. Alors, &#171; &lt;i&gt; Pourquoi ne pas se tourner vers la ville ?&lt;/i&gt; &#187; Avec la participation dans les salons &#171; &#233;colos &#187; type Marjolaine &#224; Paris ou Primev&#232;re &#224; Lyon, mais aussi en Europe, &#224; Bologne, Madrid, les ventes marchent tout de suite bien mieux. La mode de l'&#233;cologie vient &#224; point nomm&#233; pour les premiers coop&#233;rateurs d'Ardelaine. Et la vente par correspondance explose. Mais quand une entreprise japonaise a voulu passer des commandes massives, ils ont mis le hol&#224;. &#171; &lt;i&gt;&#199;a serait devenu totalement un autre mod&#232;le. On a refus&#233;. Il aurait fallu industrialiser, s'installer dans la vall&#233;e... L'objectif premier, c'est le d&#233;veloppement rural !&lt;/i&gt; &#187; Mais aussi la transmission. Le site de Saint-Pierreville est ainsi devenu un mus&#233;e vivant, accueillant le public pour des ateliers et des visites. Un caf&#233;-librairie et une conserverie sont bient&#244;t cr&#233;&#233;s. Et sur le g&#226;teau, La cerise sur l'agneau, un restaurant, &#224; la cuisine forc&#233;ment bio et locale, sous forme de &#171; Scop fille &#187; depuis 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, Ardelaine emploie une cinquantaine de personnes, soit quarante &#233;quivalents temps-plein, principalement sur le site de Saint-Pierreville, mais aussi dans une Zup (Zone &#224; urbaniser en priorit&#233;) de Valence, o&#249; se fait la conception des v&#234;tements avec des assos locales et des jardins partag&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'est une aventure autre,&lt;/i&gt; explique B&#233;atrice, &lt;i&gt;et en plus, &#231;a nous amusait d'aller aussi dans les cit&#233;s. Le d&#233;veloppement local, c'est partout, et pas que dans le monde rural. Reprendre son &#233;conomie en main, son mode de vie, sa sociabilisation : &#231;a concerne tout le monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien, 26 ans, est un tout nouveau employ&#233; sur le site de Saint-Pierreville. Ce Vend&#233;en, apr&#232;s des &#233;tudes de commerce, et des petits boulots, se fait embaucher pour un stage. Aujourd'hui, le &#171; petit nouveau &#187; semble d&#233;j&#224; parfaitement &#224; l'aise dans son nouveau cadre de vie. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; d'abord 15 jours, en f&#233;vrier, &#224; tout d&#233;couvrir : le village, le site, les diff&#233;rents corps de m&#233;tier... Et puis l'esprit de la Scop, cette fa&#231;on de travailler. Et tout me plaisait. Ensuite, j'ai fait le salon Primev&#232;re &#224; Lyon&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l&#224; que, par hasard, le Marseillais journaliste de CQFD, transform&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;C'est le c&#339;ur de mon m&#233;tier ici : je suis &#224; la vente, je m'occupe des salons. J'adore &#231;a, le contact avec les clients, leur expliquer Ardelaine et comment on produit les pulls, les matelas. Et puis aussi &#234;tre en itin&#233;rance. Je travaille &#233;galement &#224; l'atelier couettes et oreillers. J'ai appris &#224; me servir d'une surjeteuse. En juin, je passe trois semaines &#224; la collecte de laine avec le tondeur. &#199;a repr&#233;sente 50 tonnes de laine par an.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, Ardelaine est une Scop avec tout ce que cela implique l&#233;galement : le partage des &#233;ventuels b&#233;n&#233;fices en priorit&#233; par les salari&#233;s : 45% pour les employ&#233;s, 45% en r&#233;serve pour les investissements futurs et 10% pour la r&#233;mun&#233;ration du capital, c'est-&#224;-dire les coop&#233;rateurs. Cela implique aussi la nomination d'un PDG. B&#233;atrice pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt; Il joue un r&#244;le strat&#233;gique qu'on appr&#233;cie... mais il fait aussi de la ma&#231;onnerie !&lt;/i&gt; &#187; L'organisation quotidienne du travail est surtout d&#233;cid&#233;e par les &#233;quipes elles-m&#234;mes, en petits groupes de quatre &#224; six personnes par p&#244;le de production. Ils g&#232;rent leur temps, s'organisent, se r&#233;partissent les t&#226;ches... &#171; &lt;i&gt;On prend conscience de ce qu'on fait&lt;/i&gt;, nous explique Flavien. &lt;i&gt;On bosse pour nous, comme il n'y a pas de patron et que les b&#233;n&#233;fices sont pour les employ&#233;s, &#231;a change tout. On g&#232;re nos heures. Chacun se fait confiance, s'entraide. Il n'y a pas de surveillance, et on a vachement plus de plaisir &#224; travailler.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On est partis sur un pied d'&#233;galit&#233; d&#232;s le d&#233;but. Et &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; remis en question&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise B&#233;atrice. Tout le monde est au Smic, &#224; part ceux qui sont l&#233;galement reconnus comme cadres, et qui gagnent un peu plus, afin de compenser des cotisations salariales sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale critique &#233;mise &#224; l'encontre d'Ardelaine reste le prix de vente des produits. Entre 800 et 1 500 euros pour un matelas pure laine... Cela peut sembler outrageusement cher. Encore une entreprise uniquement au service des bobos des villes dont les employ&#233;s ne peuvent m&#234;me pas s'acheter ce qu'ils produisent ? B&#233;atrice : &#171; &lt;i&gt;Volontairement, on ach&#232;te la laine &#224; un prix sup&#233;rieur &#224; celui du march&#233; pour que les &#233;leveurs puissent vivre de leur travail. Et puis notre but, c'est de cr&#233;er de l'emploi, non industrialis&#233;, artisanal... Alors oui, les salaires, &#231;a co&#251;te cher. Les prix de nos produits viennent de l&#224;. Bien s&#251;r, si on s'installait dans la Vall&#233;e du Rh&#244;ne, et qu'on sous-traitait au Bangladesh, &#231;a serait moins cher. Mais alors, &#224; quoi bon ?&lt;/i&gt; &#187; Pour Flavien, cela va m&#234;me plus loin. &#171; &lt;i&gt;Moi, ici, avec le Smic, je vis tr&#232;s bien. J'ai un petit loyer, je suis dans un groupement d'achat avec d'autres habitants du village, et il y a moins de tentations qu'en ville. Alors, je peux me payer les trucs d'Ardelaine. C'est un investissement aussi : nos matelas ils te durent une vie, les pulls plusieurs ann&#233;es. C'est plut&#244;t ce qu'on fait de notre argent, comment on le d&#233;pense, qui marque la diff&#233;rence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ardelaine se d&#233;veloppe &#224; son rythme, ne recevant d'aides publiques qu'&#224; hauteur de 10% lors des grands travaux de construction (le restaurant, le b&#226;ti). &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, &lt;/i&gt; conclut B&#233;atrice,&lt;i&gt; on pense souvent aux Scops dans le cadre des reprises d'entreprises en difficult&#233;. Et pourtant, nous avons mont&#233; la n&#244;tre ex nihilo. C'est faisable. C'est un autre projet social, une autre r&#233;partition des richesses et du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Moutons rebelles, Ardelaine, la fibre d&#233;veloppement local&lt;/i&gt;, B&#233;atrice Barras, &#233;d. REPAS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;2015 ! (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est l&#224; que, par hasard, le Marseillais journaliste de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, transform&#233; en force de vente frigorifi&#233;e par la neige, fit sa rencontre en lui achetant une paire de chaussettes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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&lt;p&gt;Sonnez trompettes, battez tambours : le Village de marques a ouvert en avril, en p&#233;riph&#233;rie de Miramas. Enfin ! Aussi nomm&#233; McArthurGlen Provence (mais c'est moins sexy), l'endroit se veut nec plus ultra de &#171; l'exp&#233;rience shopping &#187;. Et met en sc&#232;ne une fausse authenticit&#233; proven&#231;ale pour convaincre les clients d'acheter les v&#234;tements griff&#233;s de sa centaine d'enseignes. Le tiroir-caisse, lui, est bien r&#233;el. L'expression est partout. Sur le site internet du Village de marques, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1906-463d7.jpg?1783547323' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sonnez trompettes, battez tambours : le Village de marques a ouvert en avril, en p&#233;riph&#233;rie de Miramas. Enfin ! Aussi nomm&#233; McArthurGlen Provence (mais c'est moins sexy), l'endroit se veut &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; de &#171; &lt;i&gt;l'exp&#233;rience shopping&lt;/i&gt; &#187;. Et met en sc&#232;ne une fausse authenticit&#233; proven&#231;ale pour convaincre les clients d'acheter les v&#234;tements griff&#233;s de sa centaine d'enseignes. Le tiroir-caisse, lui, est bien r&#233;el.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'expression est partout. Sur le site internet du Village de marques, qui promet &#171; &lt;i&gt;plus qu'une exp&#233;rience shopping&lt;/i&gt; &#187;. Dans les articles de presse reprenant l'argumentaire marketing et vantant &#171; &lt;i&gt;l'exp&#233;rience &#224; vivre&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Miramas : ce village de marques qui veut &#234;tre diff&#233;rent &#187;, article mis en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Dans la bouche de la directrice de l'endroit, Michela Frattini, qui se pique d'offrir &#171; &lt;i&gt;&#224; tous une exp&#233;rience de shopping unique dans un &#233;crin hors du commun &lt;/i&gt; &#187;. Et m&#234;me &#8211; m&#234;me &#8211; sur la petite banni&#232;re signalant de menus travaux dans l'une des all&#233;es proprement pav&#233;es du village : &#171; &lt;i&gt;Nous travaillons &#224; am&#233;liorer votre exp&#233;rience shopping. Veuillez nous excuser pour la g&#234;ne occasionn&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Griffes prestigieuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre deux boutiques, St&#233;phanie, grosse doudoune rose sur le dos et plein de sacs sigl&#233;s dans les mains, hausse de fins sourcils quand on lui pose la question : &#171; &lt;i&gt;Hein ? Mon exp&#233;rience shopping ? Je sais pas... Je suis juste l&#224; pour acheter, j'aime bien la mode.&lt;/i&gt; &#187; Et de s'engouffrer, t&#234;te baiss&#233;e mais allure d&#233;cid&#233;e, chez Calvin Klein, l'une des enseignes phares de ce Village de marques. Dans son sillage, une odeur de carte bleue fumante flotte encore sur la place de Provence, vaste cour orn&#233;e de quelques arbres en devenir, agr&#233;ment&#233;e d'innombrables bancs, et ceintur&#233;e d'uniformes maisons aux couleurs pastels et toits de tuiles. D'une fa&#231;ade l'autre, seul le coloris change. Et aussi le nom de la marque. Ici Ralph Lauren, l&#224; Hugo Boss. Et encore Armani, Printemps ou Tommy Hilfiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas les premi&#232;res enseignes venues : la place de Provence est le vaisseau amiral du Village de marques, l&#224; o&#249; sont r&#233;unies les griffes les plus prestigieuses de ce centre commercial qui se refuse &#224; en &#234;tre un. Il en a certes toutes les caract&#233;ristiques, mais se pr&#233;tend autre. Plus accueillant, beau, propre, s&#233;curis&#233;. Carr&#233;ment mieux. Il suffit d'ailleurs de regarder le plan pour s'en convaincre. Quel centre commercial pourrait s'enorgueillir de faire passer ses clients des boutiques de l'avenue des Calanques (Levi's, New Balance, De Fursac) &#224; celles de la place des Alpilles (The Kooples, Zadig &amp; Voltaire, Maje), en passant par l'avenue de la Crau (Benetton, IKKS, Karl Lagerfeld) ? Aucun. Faudrait voir &#224; pas m&#233;langer les torchons (ordinaires) et les serviettes (de luxe), plastronne Michela Frattini : &#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes pas ces centres commerciaux constitu&#233;s de plusieurs &#233;tages,&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;o&#249; l'on a du mal &#224; se rep&#233;rer. Ici, nous voulons faire changer la vision du client sur le centre commercial.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Tribune-Paca, ibid.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faux village, vrai commerce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la m&#234;me de pr&#233;ciser, au gr&#233; d'une autre interview : &#171; &lt;i&gt;La particularit&#233; du Village de marques ? L'authenticit&#233; ! C'est un village avec une &#226;me, un vrai lieu de vie avec sa place, ses platanes centenaires, ses jets d'eau et fontaines&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Michela Frattini conna&#238;t le mode (d') emploi &#187;, interview mise en ligne le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; Michela Frattini n'a peut-&#234;tre pas lu Debord. Mais elle en applique &#224; la perfection l'amer constat : &#171; &lt;i&gt;Dans le monde r&#233;ellement renvers&#233;, le vrai est un moment du faux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Soci&#233;t&#233; du spectacle, Gallimard, 1967.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Un artificiel village cl&#244;tur&#233; &#224; l'allure faussement proven&#231;ale, sorti de terre en quelques ann&#233;es pour 120 millions d'euros, gard&#233; par une armada de vigiles et regroupant une centaine d'enseigne de pr&#234;t-&#224;-porter (plus ou moins) haut de gamme devient ainsi &#171; &lt;i&gt;vrai lieu de vie&lt;/i&gt; &#187;. Et avec &#171; &lt;i&gt;une &#226;me&lt;/i&gt; &#187; ! Mazette, le joli tour de passe-passe. Qui r&#233;ussit m&#234;me &#224; transformer de jeunes pousses plant&#233;es il y a quelques mois en &#171; &lt;i&gt;platanes centenaires&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en trouver de vrais, pourtant, il suffirait de faire deux kilom&#232;tres. Et de gagner Miramas-le-Vieux, petit village m&#233;di&#233;val fond&#233; en 964, joliment perch&#233; sur un mamelon rocheux. Mignonnes placettes, ruelles qui serpentent et se perdent, lavoir et &#233;glise du XVe si&#232;cle : une vraie carte postale. Mais nulle enseigne Hugo Boss ou enfilade de boutiques &#8211; pour dire combien ce bled est ringard. Il en fallait bien un nouveau, qui donne &#224; la marchandise la place centrale qu'elle se doit d'occuper. Qu'importe si la bourgade est factice : seule compte la v&#233;rit&#233; du commerce, promue essence du monde contemporain. &#171; &lt;i&gt;La seule libert&#233; que les hommes sont encore &#224; m&#234;me d'imaginer : la libert&#233; de choix devant les rayons des supermarch&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sumait il y a quelques ann&#233;es le groupe Krisis&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Manifeste contre le travail, L&#233;o Scheer, 2001.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Nous voulons cr&#233;er l'effet waouh&lt;/i&gt; &#187;, lui fait aujourd'hui &#233;cho Michela Frattini.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-260-96c16.jpg?1782659174' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Logique industrielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est ici la fonction de l'architecture : susciter un &lt;i&gt;effet waouh&lt;/i&gt;. Dit autrement, inciter le client &#224; ouvrir largement son portefeuille. &#171; &lt;i&gt;Pour que le village soit attractif, il faut qu'il invite le client dans un univers&lt;/i&gt;, explique son concepteur, Renaud Tarrazi&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Tribune-Paca, ibid.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;La feuille de route, c'&#233;tait de cr&#233;er un village proven&#231;al.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Nous nous sommes battus pour que tout soit construit en v&#233;rit&#233; des mat&#233;riaux.&lt;/i&gt; &#187; C'est joliment dit. Mais l'homme est aussi pi&#232;tre architecte que menteur. Le site sp&#233;cialis&#233; ByB&#233;ton r&#233;tablit (sans le faire expr&#232;s) la juste mesure des choses, en faisant parler le cadre d'Eiffage qui a supervis&#233; l'&#233;dification des b&#226;timents : &#171; &lt;i&gt;Le choix du mode constructif s'est rapidement port&#233; sur la structure poteau-poutre en b&#233;ton pr&#233;fabriqu&#233; et dalles alv&#233;olaires pour les planchers afin de s'inscrire dans une logique industrielle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Village de marques McArthurGlen &#187;, article mis en ligne le 25/05/17.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mort pour &#171; &lt;i&gt; la v&#233;rit&#233; des mat&#233;riaux&lt;/i&gt; &#187;, donc. Mais par contre, c&#244;t&#233; industrie, tout roule. C'est que le Village de marques de Miramas a &#233;t&#233; lanc&#233; par un cador du secteur : le groupe anglo-saxon McArthurGlen poss&#232;de vingts structures semblables dans toute l'Europe, et pr&#233;voit d'en ouvrir cinq autres d'ici 2020. Toujours sur le m&#234;me principe renouvelant le concept jug&#233; trop vieillot du magasin d'usine : accueillir des enseignes de pr&#234;t-&#224;-porter haut de gamme qui vendent &#224; prix plus ou moins r&#233;duit (en g&#233;n&#233;ral, 30 % moins cher) leurs invendus des ann&#233;es pass&#233;es. Un march&#233; tr&#232;s prometteur en France, &#224; la tra&#238;ne des autres pays europ&#233;ens en nombre d'implantations : le chiffre d'affaires de ces structures, estim&#233; &#224; 1,1 milliard d'euros en 2017, devrait continuer &#224; grimper s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Ne d&#233;pensez pas trop&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, c'est bingo-banco. Pour l'op&#233;rateur, McArthurGlen, qui table sur un volume de ventes annuel de 100 millions d'euros sur le seul site de Miramas. Et pour les marques pr&#233;sentes, qui &#233;coulent leurs co&#251;teux stocks d'invendus tout en r&#233;alisant de copieux b&#233;n&#233;fices &#8211; la profitabilit&#233; au m&#232;tre carr&#233; serait ici le double de celle d'une boutique traditionnelle. Mieux, certaines enseignes augmentent encore ces marges en faisant sp&#233;cialement produire des v&#234;tements de moindre qualit&#233; que ceux vendus plein tarif&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le sujet, voir le reportage &#171; Ventes priv&#233;es, un march&#233; de dupes ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Ill&#233;gal, mais peu importe : &#231;a rapporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le consommateur, par contre, l'int&#233;r&#234;t est moins flagrant. La page Google du Village de marques affiche certes 1 429 avis, tr&#232;s positifs dans leur majorit&#233;. Mais la plupart, reprenant les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de langage, sont si euphoriques qu'ils fleurent bon le faux commentaire. &#192; l'image de celui laiss&#233; par &#171; Aline Pierre &#187; il y a un mois : &#171; &lt;i&gt;Lieu hyper agr&#233;able, bien fr&#233;quent&#233;, on s'y sent en toute s&#233;curit&#233;, c'est ce que devraient &#234;tre nos centre-villes : propre, toilettes nickel et gratuites, pas de graffitis, pas de crottes de chien, pas de papiers dans les rues, pas de voitures, calme, no stress.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Bref, enfin un peu de beaut&#233; et de bien-&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crois&#233; &#224; la sortie de The Kooples, David, trentenaire &#224; la petite &#233;charpe fa&#231;on minet, se montre moins enthousiaste. &#171; &lt;i&gt;S&#233;rieux, t'as vu les tarifs ? C'est beaucoup trop cher. M&#234;me le caf&#233; de Starbucks est hors de prix...&lt;/i&gt; &#187; &#192; tel point que le maire de Miramas, Fr&#233;d&#233;ric Vigouroux, a pr&#233;venu les futurs clients lors de l'inauguration : &#171; N&lt;i&gt;e d&#233;pensez pas trop. D&#233;pensez juste assez pour vous faire plaisir, mais ne vous mettez pas dans le rouge.&lt;/i&gt; &#187; T'inqui&#232;te, Fred, y a pas de risques&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Miramas : ce village de marques qui veut &#234;tre diff&#233;rent &#187;, article mis en ligne le 12/04/17 sur le site La Tribune-Paca.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Tribune-Paca, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Michela Frattini conna&#238;t le mode (d') emploi &#187;, interview mise en ligne le 28/03/17 sur le site ToutMa.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, Gallimard, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans le &lt;i&gt;Manifeste contre le travail&lt;/i&gt;, L&#233;o Scheer, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Tribune-Paca, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Village de marques McArthurGlen &#187;, article mis en ligne le 25/05/17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le sujet, voir le reportage &#171; Ventes priv&#233;es, un march&#233; de dupes ? &#187;, diffus&#233; sur France 5 en 2011 et disponible sur Youtube.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Remettre de la vie apr&#232;s les ann&#233;es de braise &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Remettre-de-la-vie-apres-les</link>
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		<dc:date>2018-01-12T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Raconte-Arts, festival populaire itin&#233;rant se tenant tous les ans en Kabylie, est un pr&#233;texte &#224; vivre et &#224; prendre l'espace. Les villageois sont &#224; la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L'art de l'oralit&#233; et l'expression s'y font m&#233;diums actifs et d&#233;cloisonnent les fonctionnements trop fig&#233;s. Grande Kabylie. Ait Ouabane. 1 000 m&#232;tres d'altitude. Les figuiers sont partout et en fleur. Temp&#233;rature moyenne : 42 degr&#233;s. Des chemins escarp&#233;s &#224; flanc de collines desservent des maisons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no158-octobre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;158 (octobre 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ma-cabane-pas-au-Canada" rel="tag"&gt;Ma cabane pas au Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ismail-Bentaallah" rel="tag"&gt;Ismail Bentaallah&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/village" rel="tag"&gt;village&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mosquee" rel="tag"&gt;mosqu&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Festival" rel="tag"&gt;Festival&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hacene" rel="tag"&gt;Hac&#232;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grande-Kabylie" rel="tag"&gt;Grande Kabylie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ait-Ouabane" rel="tag"&gt;Ait Ouabane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/villages" rel="tag"&gt;villages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/librement" rel="tag"&gt;librement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/venu" rel="tag"&gt;venu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Raconte-Arts, festival populaire itin&#233;rant se tenant tous les ans en Kabylie, est un pr&#233;texte &#224; vivre et &#224; prendre l'espace. Les villageois sont &#224; la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L'art de l'oralit&#233; et l'expression s'y font m&#233;diums actifs et d&#233;cloisonnent les fonctionnements trop fig&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grande Kabylie. Ait Ouabane. 1 000 m&#232;tres d'altitude. Les figuiers sont partout et en fleur. Temp&#233;rature moyenne : 42 degr&#233;s. Des chemins escarp&#233;s &#224; flanc de collines desservent des maisons en pierre, plus bas, dans la vall&#233;e du Djurdjura. Les femmes en habit traditionnel se retrouvent &#224; l'ombre sur un banc improvis&#233; ou au lavoir pour discuter. Elles se disent plus libres ici que dans le reste de l'Alg&#233;rie. La plupart ne se couvrent pas les cheveux. Si elles descendent au village pour faire leurs courses, c'est rare de les croiser au c&#339;ur de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mosqu&#233;e sans imam &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-256-4ce67.jpg?1782642692' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ismail Bentaallah.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lundi 24 juillet. D&#233;fil&#233; de mini-bus et de taxis collectifs sur la rue principale. Le c&#339;ur du village est satur&#233; d'artistes et d'invit&#233;s venus de plusieurs r&#233;gions d'Alg&#233;rie, de Tunisie, de France et d'Italie. Le point d'accueil se trouve &#224; la mosqu&#233;e, laquelle a &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa fonction religieuse&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant l'ann&#233;e, l'ancien lieu de culte sert pour des r&#233;unions.Son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les habitants ont vir&#233; l'imam. Juju dit que sa pr&#233;sence &#233;tait n&#233;faste : &#171; &lt;i&gt;&#199;a risquait d'influencer nos jeunes&#8230; C'est pas possible !&lt;/i&gt; &#187; Et Pika de compl&#233;ter : &#171; &lt;i&gt;Les islamistes ont fait plusieurs tentatives pour installer des imams, nous les avons tous renvoy&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Pareil en ce qui concerne les flics : &#171; &lt;i&gt;On leur a dit de ne pas se m&#234;ler de l'organisation.&lt;/i&gt; &#187; Ce sont les habitants qui veillent au bon d&#233;roul&#233; de la semaine, en autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le festival, la mosqu&#233;e devient une extension de la place. Raconte-Arts en a fait le QG de son journal quotidien. L'&#233;quipe tournante y a install&#233; ses ordinateurs. Dans le couloir de l'entr&#233;e, les toilettes et puis des robinets : la pr&#233;cieuse eau est rationn&#233;e et partag&#233;e par quartier. Elle ne coule que 18 heures par jour. Non loin, A&#239;ssa, peintre venu du sud de l'Alg&#233;rie pour la 4e &#233;dition, a install&#233; son atelier. Sa toile : les murs de la rue principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Remettre de la vie &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2004, en r&#233;ponse aux ann&#233;es de violence qui ont boulevers&#233; la Kabylie, le trio Salah Silem, Denis Martinez et Hac&#232;ne Metref cr&#233;e l'&#233;v&#233;nement. Bande de potes, membres de la Ligue des arts cin&#233;matographiques et dramatiques de Tizi-Ouzou, ils pensent que le moment est venu de sortir les esprits de la terreur. &#171; &lt;i&gt;Le festival est n&#233; pour remettre de la vie dans nos villages apr&#232;s ces ann&#233;es de braise&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Hac&#232;ne, directeur du festival. L'objectif est de donner la parole aux cultures vues comme subalternes &#8211; au premier rang desquelles la culture kabyle &#8211; tout en d&#233;veloppant une ouverture vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte&#8209;Arts n'avait &#224; l'origine pas de vocation nomade. Mais apr&#232;s trois &#233;ditions dans le m&#234;me village, les &#233;lus ont fait comprendre &#224; l'organisation qu'il &#233;tait temps d'aller voir ailleurs. Une exclusion finalement positive, explique Hac&#232;ne : &#171; S&lt;i&gt;ans ces emp&#234;cheurs, nous n'aurions jamais v&#233;cu l'itin&#233;rance, qui permet &#224; notre festival de prendre une nouvelle couleur &#224; chaque fois. Les villages ont commenc&#233; &#224; postuler &#224; partir de la 7e &#233;dition.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoir de l'oralit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Raconte-Arts a fait le choix de l'improvisation contr&#244;l&#233;e,&lt;/i&gt; continue Hac&#232;ne. &lt;i&gt;Les artistes peuvent g&#233;rer &#224; leur guise, mais l'organisateur ne doit pas non plus perdre le contr&#244;le de la machine. On pr&#233;voit des activit&#233;s fixes dans le festival In pour avoir une charpente sur laquelle viennent se greffer tous les ajouts spontan&#233;s qui rel&#232;vent du Off.&lt;/i&gt; &#187; Le In pose donc des rep&#232;res quotidiens. Le matin, des auteurs sont invit&#233;s. M&#339;urs, culture et trag&#233;die s'y d&#233;voilent &#224; travers des histoires personnelles. Des &#339;uvres qui rappellent, voire convoquent, la po&#233;sie kabyle et son pouvoir de l'oralit&#233;, la puissance litt&#233;raire et instinctive du mot et de la description.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soirs est aussi organis&#233; un &#171; grand gala &#187;. Le village entier se pointe au rendez&#8209;vous, c'est la cohue face &#224; l'unique sc&#232;ne du village. Au menu, des pi&#232;ces de Kateb Yacine, du slam tunisien ou des chansons anciennes du trio Tighri Uzar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte&#8209;Arts se d&#233;marque des autres festivals par son horizontalit&#233;. Les propositions artistiques qui s'y c&#244;toient, toutes acoustiques, n'ont rien &#224; voir avec un quelconque star&#8209;syst&#232;me. Les 400 invit&#233;s du Off (groupes, individus, conteurs, musicien.ne.s, chanteurs, &#233;crivain.e.s, r&#233;alisateurs, peintres, plasticiens) ne re&#231;oivent ainsi qu'une seule consigne : jouer o&#249; ils veulent quand ils le veulent. Pour espace, tout le village. Comme l'infrastructure culturelle manque, les lieux du quotidien sont r&#233;invent&#233;s avec souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recr&#233;er de la curiosit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-257-97611.jpg?1782642692' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ismail Bentaallah.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre particularit&#233;, aucun artiste n'est r&#233;mun&#233;r&#233;. Le budget de l'&#233;v&#233;nement est ainsi consacr&#233; aux d&#233;penses basiques : nourriture pour les repas, communication, transport. En mettant l'&#233;conomique de c&#244;t&#233;, le festival choisit de se recentrer sur autre chose. Pour objectif premier, fabriquer des relations et recr&#233;er de la curiosit&#233;. La dur&#233;e relativement longue du festival et le fait que les artistes dorment chez l'habitant les conditionnent &#224; vivre au rythme de l'environnement et &#224; traverser diff&#233;rents &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait d'ailleurs pas toujours bien si l'on vit au rythme du festival ou &#224; celui du village. Les rencontres se multiplient. Au d&#233;tour d'une rue, nous voil&#224; alpagu&#233;s par des habitants pour une discussion, un repas, une invitation &#224; un mariage. Jouer &#171; son spectacle &#187; devient presque d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du caf&#233; au lavoir, de la place &#224; la fontaine, de l'abribus &#224; la mosqu&#233;e, les temps s'inventent et les espaces se reprennent. Habitu&#233;s ou novices ont compris que le premier jour est essentiel &#224; la d&#233;couverte : c'est en connaissance des lieux qu'on choisit de s'installer ici ou l&#224; pour jouer. Le deuxi&#232;me jour, un petit groupe opte pour le caf&#233; Chez Ali, y interpr&#233;tant des chansons fran&#231;aises. Des Kabyles ne tardent pas &#224; les rejoindre. Le r&#233;pertoire prend une autre direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; S'&#233;clater librement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi matin, des conteurs de Bejaia et de Montpellier se r&#233;unissent pr&#232;s du lavoir. Des femmes sont en train de laver leur linge. Les histoires dites, elles se mettent &#224; chanter spontan&#233;ment. L'assembl&#233;e suivra ! On ne sait plus qui &#233;tait venu l&#224; pour faire quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, une fois leurs &#233;choppes ferm&#233;es, des commer&#231;ants du village se retrouvent &#224; chanter sur la place ou sous la &lt;i&gt;khaima&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tente touareg.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le th&#233; est servi par Ali et ses comp&#232;res venus du sud de l'Alg&#233;rie. Ici, &#231;a joue jusqu'&#224; &#233;puisement, provoquant des moments de communions magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux derni&#232;res matin&#233;es voient les musiciens d&#233;ambuler dans les rues vers les habitations des plus vieux, des immobiles, des malades et des femmes rest&#233;es &#224; la maison. Chanteurs, guitaristes, joueurs de oud, de mandole ou de bendir s'accordent et improvisent. Sur le chemin, chacun est libre d'embo&#238;ter le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le festival peut se lire comme une r&#233;appropriation du quotidien, le refus de la r&#233;duction des villes et villages &#224; leurs dimensions fonctionnelle et s&#233;curitaire. Il incite &#224; red&#233;couvrir aussi bien son corps que les usages de l'agglom&#233;ration. Avec en filigrane le rejet des logiques marchandes de l'art et de la f&#234;te. Les organisateurs se situent d'ailleurs sur un fil tendu pour m&#233;nager l'&#233;v&#233;nement face &#224; la notori&#233;t&#233;. Sans jamais perdre de vue son objectif initial, ainsi r&#233;sum&#233; par Hac&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;Une semaine o&#249; l'Alg&#233;rien s'exprime librement, circule librement, s'&#233;clate librement sans se faire tancer par les tenants de la morale et de l'autorit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Durant l'ann&#233;e, l'ancien lieu de culte sert pour des r&#233;unions.Son haut-parleur diffuse des messages &#224; tout le village pour des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, annonce les coupures d'eau ou encore les d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tente touareg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous le paradigme kurde (&#233;pisode 3)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Sous-le-paradigme-kurde-episode-3</link>
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		<dc:date>2015-07-01T19:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Suppl&#233;ment</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ce qui se joue aujourd'hui au Rojava syrien et au Kurdistan nord (&#171; Bakur &#187;, c&#244;t&#233; turc) ressemble moins &#224; une lutte nationale qu'&#224; une r&#233;volution sur des bases d'auto-organisation qui d&#233;passe largement la simple carte identitaire kurde. Accompagnant une petite d&#233;l&#233;gation, et gr&#226;ce &#224; un excellent traducteur, CQFD s'est rendu dans le sud-est du territoire turc &#224; la rencontre d'une soci&#233;t&#233; kurde intens&#233;ment politis&#233;e&#8230; et &#224; la recherche de sentiments communs. Reportage r&#233;alis&#233; avec l'aide de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no132-mai-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;132 (mai 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Supplement" rel="tag"&gt;Suppl&#233;ment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mathieu-Leonard-182" rel="tag"&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Daech" rel="tag"&gt;Daech&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/village" rel="tag"&gt;village&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jours" rel="tag"&gt;jours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yezidis" rel="tag"&gt;Y&#233;zidis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/refugies-yezidis" rel="tag"&gt;r&#233;fugi&#233;s y&#233;zidis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sinjar" rel="tag"&gt;Sinjar&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Simze" rel="tag"&gt;Simze&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/yezidis-irakiens" rel="tag"&gt;y&#233;zidis irakiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/village-yezidi" rel="tag"&gt;village y&#233;zidi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui se joue aujourd'hui au Rojava syrien et au Kurdistan nord (&#171; &lt;i&gt;Bakur&lt;/i&gt; &#187;, c&#244;t&#233; turc) ressemble moins &#224; une lutte nationale qu'&#224; une r&#233;volution sur des bases d'auto-organisation qui d&#233;passe largement la simple carte identitaire kurde. Accompagnant une petite d&#233;l&#233;gation, et gr&#226;ce &#224; un excellent traducteur, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'est rendu dans le sud-est du territoire turc &#224; la rencontre d'une soci&#233;t&#233; kurde intens&#233;ment politis&#233;e&#8230; et &#224; la recherche de sentiments communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reportage r&#233;alis&#233; avec l'aide de Richard Schwartz et les traductions d'Aydin Mirobotan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reportage feuilleton. Voici le troisi&#232;me &#233;pisode.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La trag&#233;die des Y&#233;zidis&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH556/kurd-ahmed-06689.jpg?1782642961' width='400' height='556' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ahmet. Par Mathieu L&#233;onard.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;25 mars.&lt;/strong&gt; Nous nous rendons &#224; l'est de la ville de Batman, dans le village de Simze (&#214;rgul en turc). Sur les hauteurs du village se dresse un camp de l'arm&#233;e, qui, malgr&#233; son air endormi rappelle la militarisation de la r&#233;gion. Durant les ann&#233;es 1980, ce village y&#233;zidi a vu le nombre de maisons habit&#233;es chuter de quatre-vingts &#224; huit, effet de la grande migration vers l'Europe qui a fait passer la population y&#233;zidie de l'ensemble de la Turquie de 80 000, dans les ann&#233;es 1970, &#224; 2 000&#8200;personnes aujourd'hui. En ao&#251;t 2014, Simze a vu affluer des centaines de r&#233;fugi&#233;s y&#233;zidis irakiens, parmi les 200 000&#8200;personnes fuyant l'avanc&#233;e de Daech au nord de l'Irak. Ahmet, un agriculteur d'une trentaine d'ann&#233;es, fait partie des habitants de ce village d&#233;peupl&#233; qui ont fait face &#224; l'arriv&#233;e massive de r&#233;fugi&#233;s : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le 3&#8200;ao&#251;t, les premi&#232;res familles sont arriv&#233;es, 80&#8200;personnes, puis 450&#8200;r&#233;fugi&#233;s au 15 ao&#251;t. Nous n'&#233;tions pas pr&#233;par&#233;s. Il a fallu courir partout pour aider ces gens sans v&#234;tements, affam&#233;s, d&#233;shydrat&#233;s, malades. Apr&#232;s la panique, on s'est r&#233;unis en assembl&#233;e pour faire face aux urgences. Le PKK nous est venu en aide rapidement ; des m&#233;decins proches du parti sont venus ausculter les enfants malades ; des militants b&#233;n&#233;voles ont remis en &#233;tat les maisons d&#233;laiss&#233;es par les &#233;migr&#233;s partis en Allemagne. Ils ont refait la plomberie, les portes et les fen&#234;tres. Les villages alentour ont apport&#233; des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Les &#233;migr&#233;s envoient aussi leur soutien mat&#233;riel en passant par les structures mises en place par la municipalit&#233; de Batman. Voil&#224; pour les soutiens, nombreux. En revanche, l'&#201;tat ne nous a apport&#233; aucune aide. Cela fait seulement une quinzaine de jours que les y&#233;zidis irakiens peuvent se soigner dans les h&#244;pitaux publics.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exemple&lt;/strong&gt; de l'h&#233;bergement des r&#233;fugi&#233;s y&#233;zidis &#224; Simze s'inscrit &#233;galement dans un projet plus global du PKK de repeupler les 4 000 villages expuls&#233;s par l'arm&#233;e durant la sale guerre. Aujourd'hui, 33&#8200;familles sont rest&#233;es &#224; Simze, les autres ont &#233;t&#233; plac&#233;es dans des campements ou sont rentr&#233;es en Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abdi,&lt;/strong&gt; patriarche de soixante-dix ans, veut t&#233;moigner de sa fuite de la ville de Sinjar : &#171; &lt;i&gt;Le 3 ao&#251;t vers deux heures du matin, nous avons entendu des explosions au loin. Puis, &#224; l'aube, nous avons vu nos voisins emballer leurs affaires. Nous avons atteint la ville de Zakho o&#249; nous avons &#233;t&#233; bien accueillis et o&#249; nous sommes rest&#233;s un mois. Nous sommes pass&#233;s au Kurdistan nord, les gens qui fuyaient d'autres endroits nous ont racont&#233; les combats contre Daech. Les gens du village de Kocho qui ont refus&#233; de se convertir &#224; l'Islam ont &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;s, mais les convertis ont &#233;t&#233; tu&#233;s aussi. Dans ma famille, 28&#8200;personnes ont &#233;t&#233; assassin&#233;es ou sont disparues : j'ai perdu deux de mes fr&#232;res ; ma m&#232;re de 98 ans ; ma jeune ni&#232;ce a &#233;t&#233; t&#233;moin des massacres avant de mourir ; deux de mes neveux ont disparu ; trois cousins sont morts dans les combats ; parmi mes parents &#233;loign&#233;s, une famille de sept personnes n'a plus donn&#233; de nouvelles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vocation douloureuse des disparus est lourde de la rumeur de l'asservissement des femmes et des enfants y&#233;zidis par les djihadistes&#8200;&#8211; les &#233;valuations varient de 1 500 &#224; 4 600 personnes encore esclaves de Daech. L'&#201;tat islamique a publi&#233; des articles justifiant et r&#233;glementant &#171; coraniquement &#187; l'asservissement des &lt;i&gt;kafir&lt;/i&gt; (m&#233;cr&#233;ants) : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s capture, les femmes et les enfants ont &#233;t&#233; r&#233;partis, conform&#233;ment &#224; la charia, parmi les combattants ayant particip&#233; aux op&#233;rations du Sinjar, apr&#232;s qu'un cinqui&#232;me des esclaves a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; l'autorit&#233; de Daech en tant que butin de guerre (khums)&lt;/i&gt; &#187;, pouvait-on lire dans sa revue &lt;i&gt;Dabiq&lt;/i&gt;, dat&#233;e du 12 octobre 2014. &#192; Diyarbakir, quelques jours auparavant, une jeune fille y&#233;zidie s'est suicid&#233;e apr&#232;s &#234;tre retourn&#233;e en Irak quelques jours et avoir mesur&#233; la gravit&#233; de la pers&#233;cution des femmes. D&#233;but avril, plus de deux cents y&#233;zidis, kidnapp&#233;s d&#233;but ao&#251;t&#8200;2014, ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s et une trentaine ont pu &#233;chapper &#224; leurs ravisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire&lt;/strong&gt; de la pers&#233;cution des Y&#233;zidis est ancienne. Tout au long du XIXe&#8200;si&#232;cle, ils subirent plusieurs vagues de pogromes sous l'impulsion d'&#233;mirs kurdes qui garantissaient un s&#233;same pour le paradis d'Allah &#224; qui massacrait ces infid&#232;les&#8200;&#8211; parall&#232;lement aux pers&#233;cutions des al&#233;vis et des Arm&#233;niens. Les y&#233;zidis passent encore pour des adorateurs du diable chez les musulmans fondamentalistes. Sur le plan religieux, ils pratiquent une religion syncr&#233;tique aux origines incertaines qui int&#232;gre des &#233;l&#233;ments du chiisme, du zoroastrisme et d'anciens paganismes orientaux. Ils prient debout face au soleil et v&#233;n&#232;rent un archange, l'Ange-paon, qui symbolise la r&#233;incarnation, mais est associ&#233; &#224; l'incarnation d'Iblis (Lucifer) dans la mythologie islamique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH518/kurd-abdi-48c10.jpg?1782647156' width='400' height='518' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Abdi. Par Mathieu L&#233;onard.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abdi poursuit&lt;/strong&gt;, entre rage et tristesse : &#171; &lt;i&gt;J'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; que notre population soit d&#233;cim&#233;e enti&#232;rement plut&#244;t que nos femmes et nos filles soient captur&#233;es par Daech.&lt;/i&gt; &#187; Envisage-t-il de retourner un jour &#224; Sinjar ? &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, comme on dit : &#8220;le sucre est doux, mais ta patrie est plus douce que le sucre&#8221;. Nous &#233;tions pauvres mais heureux, nous n'avions pas de souci avec les Arabes, mais aujourd'hui nous n'avons plus confiance. Certains voisins se sont retourn&#233;s contre nous quand Daech est arriv&#233;. Nous sommes un peuple opprim&#233;, mais nous sommes un peuple de paix. Les gens qui feront un pas vers nous, nous ferons deux pas vers eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux jeunes y&#233;zidis,&lt;/strong&gt; Mahir et Re&#231;o, racontent &#224; leur tour leur calvaire : la fuite &#224; pied, par milliers, dans la montagne du Sinjar pendant dix jours sans eau ni nourriture&#8200;&#8211; les Am&#233;ricains ont parachut&#233; un peu d'aide au bout de cinq jours&#8200;&#8211;, les personnes &#226;g&#233;es qui s'effondrent au bord du chemin, la chaleur, les cadavres&#8230; Re&#231;o : &#171; &lt;i&gt;Au bout de dix jours, on a march&#233; de 4&#8200;heures du matin &#224; 18&#8200;heures vers le corridor ouvert par les YPG. Je portais mon grand-p&#232;re sur le dos et mon fr&#232;re portait ma grand-m&#232;re. Les combattants YPG sont venus vers nous pour secourir nos enfants et nos vieillards.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fa&#239;k&lt;/strong&gt;, le maire agriculteur d'un petit village &#224; proximit&#233; de Simze qui a fourni plus de 8 000 euros d'aide aux y&#233;zidis, commente : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on vous a fait, je consid&#232;re qu'on me l'a fait &#224; moi-m&#234;me. Cela nous concerne tous. Vous avez &#233;t&#233; les premi&#232;res victimes d'une guerre de religion artificielle que les politiques imp&#233;rialistes ont d&#233;cha&#238;n&#233;e et qui vise &#224; l'&#233;radication des Kurdes.&lt;/i&gt; &#187; Puis s'ensuit une discussion sur l'attitude des peshmergas, terme qui d&#233;signe la force arm&#233;e kurde en Irak sous l'autorit&#233; de Massoud Barzani, le pr&#233;sident du gouvernement r&#233;gional du Kurdistan, grand rival du PKK, soutenu par les &#201;tats-Unis : &#171; &lt;i&gt;J'aimerais ne pas avoir &#224; le dire&lt;/i&gt;, confie Mahir, &lt;i&gt;mais les peshmergas nous ont abandonn&#233;s. Ils nous ont fait honte d'&#234;tre Kurdes. Ils ne nous ont pas fourni d'armes et n'ont pas laiss&#233; le PYD nous venir en aide. L'humanit&#233; qu'on a vue chez les militants du PYD, on ne l'a vue nulle part ailleurs. M&#234;me si le Sinjar est aujourd'hui lib&#233;r&#233;, on ne sera en confiance que si le PYD est pr&#233;sent.&lt;/i&gt; &#187; Alors qu'en France, Bernard-Henri L&#233;vy sert d'impresario au pro-am&#233;ricain Barzani aupr&#232;s de Fran&#231;ois Hollande et que les &#233;crivains Pascal Bruckner et Sylvain Tesson s'improvisent champions des chr&#233;tiens d'Orient pour mieux dresser les identit&#233;s les unes contre les autres, les y&#233;zidis font figures de variable d'ajustement dans le conflit irakien. Quand Daech a envahi le Sinjar, les peshmergas, qui disposaient de 10 000 combattants dans cette r&#233;gion, se sont repli&#233;s, abandonnant les y&#233;zidis &#224; leur sort. Ces derniers ont pu constituer en urgence une force d'autod&#233;fense de 3 000 hommes, qui s'est tourn&#233;e vers les militaires chiites pour obtenir les armes que lui refusaient les peshmergas. Depuis, les tensions restent vives : d&#233;but avril, le commandant des forces y&#233;zidies, Haydar Seso, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les services de s&#233;curit&#233; de Barzani ; puis c'est un activiste y&#233;zidi, Ali Ibrahim, qui a &#233;t&#233; jet&#233; en prison pour ses critiques des autorit&#233;s barzanistes sur Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un hameau&lt;/strong&gt; &#224; quelques kilom&#232;tres de Sizme, nous rendons visite &#224; Ali, un vieil homme alit&#233; apr&#232;s une op&#233;ration chirurgicale. Ali est la m&#233;moire des y&#233;zidis de la r&#233;gion, il &#233;voque devant nous l'exode &#224; flux continu de son peuple : &#171; &lt;i&gt;Notre identit&#233; n'&#233;tait pas respect&#233;e. Jusque dans les ann&#233;es 1970, nous avions peur d'aller &#224; Batman, car si nous &#233;tions rep&#233;r&#233;s en tant que y&#233;zidis, nous pouvions &#234;tre insult&#233;s, maltrait&#233;s, voire lynch&#233;s. On rasait les murs, on avait peur de croiser d'autres villageois qui auraient pu nous d&#233;noncer.&lt;/i&gt; &#187; Il interpelle l'un de nos accompagnateurs dont l'arri&#232;re grand-m&#232;re &#233;tait y&#233;zidie : &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re que tu ne seras pas f&#226;ch&#233; si je te dis la v&#233;rit&#233;, mais ton arri&#232;re-grand-m&#232;re, qui &#233;tait aussi ma tante, a &#233;t&#233; enlev&#233;e, mari&#233;e de force et islamis&#233;e !&lt;/i&gt; &#187; Puis, poursuivant son r&#233;cit : &#171; &lt;i&gt;Quand le PKK est apparu, il a pris notre d&#233;fense, nous avons pu respirer un peu mieux. Bien s&#251;r, le m&#233;pris que nous subissons n'a pas disparu, mais les choses s'am&#233;liorent. Maintenant, je n'ai plus de probl&#232;mes avec mes voisins musulmans. On a retrouv&#233; ce sentiment de terreur avec ce qu'ont subi les y&#233;zidis d'Irak, mais je crois que j'aurais trouv&#233; cela aussi insupportable si n'importe quelle minorit&#233; avait subi cela. J'ai h&#233;berg&#233; chez moi jusqu'&#224; quarante familles, aujourd'hui il en reste trois. Ce que je souhaite le plus au monde, c'est la fraternit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH278/kurd-aliyez-dca1f.jpg?1782647156' width='400' height='278' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ali. Par Mathieu L&#233;onard.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Sous-le-paradigme-kurde-episode-4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A suivre...&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#201;pisode 1 : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Sous-le-paradigme-kurde-episode-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pisode 2 : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Sous-le-paradigme-kurde-episode-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par l&#224; !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Plus que jamais, Carnaval est une h&#233;r&#233;sie</title>
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		<dc:date>2014-04-22T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>Lan&#231;on</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans notre soci&#233;t&#233; si bien polic&#233;e, le carnaval et ses intensit&#233;s pa&#239;ennes font figure de f&#234;te martienne. Conna&#238;tre son histoire et ses r&#233;surgences contemporaines aide &#224; en saisir toute la richesse, ainsi que les promesses&#8230; La parole est &#224; Al&#232;ssi dell'Umbria, un des initiateurs du carnaval de La Plaine-Noailles. En exclusivit&#233; pour le web, l'int&#233;grale de son interview. La suite du dossier &#171; Carnaval &#187; est &#224; lire dans le n&#176;121 de CQFD actuellement en kiosque. CQFD : Quelles sont les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no121-avril-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;121 (avril 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lancon" rel="tag"&gt;Lan&#231;on&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre soci&#233;t&#233; si bien polic&#233;e, le carnaval et ses intensit&#233;s pa&#239;ennes font figure de f&#234;te martienne. Conna&#238;tre son histoire et ses r&#233;surgences contemporaines aide &#224; en saisir toute la richesse, ainsi que les promesses&#8230; La parole est &#224; Al&#232;ssi dell'Umbria&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Al&#232;ssi dell'Umbria est l'auteur d'une Histoire universelle de Marseille de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un des initiateurs du carnaval de La Plaine-Noailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En exclusivit&#233; pour le web, l'int&#233;grale de son interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du dossier &#171; Carnaval &#187; est &#224; lire dans le n&#176;121 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; actuellement en kiosque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1009 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH106/titre-carnaval-2-510fa.jpg?1782844527' width='500' height='106' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Quelles sont les traditions carnavalesques en Occitanie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Al&#232;ssi dell'Umbria&lt;/strong&gt; : En Provence et en Pays ni&#231;ard, le carnaval a pratiquement disparu en tant que tel. Soit c'est devenu un d&#233;fil&#233; costum&#233; &#224; grand spectacle comme &#224; Nice, soit une activit&#233; vaguement ludique dans les &#233;coles le jour de Mardi gras. Nous disposons d'assez peu de t&#233;moignages sur le carnaval d'antan. Nous avons re&#231;u, il y a une douzaine d'ann&#233;es, un document int&#233;ressant, &#233;crit dans un tr&#232;s beau proven&#231;al maritime, d'un habitant de Lan&#231;on. Dans les villages proven&#231;aux comme Lan&#231;on le carnaval &#233;tait assez sauvage, semble-t-il, en fait les gens se d&#233;guisaient avec les estrasses (chiffons) qu'ils trouvaient. Ce n'&#233;taient pas des d&#233;guisements &#233;labor&#233;s et le but recherch&#233; &#233;tait m&#234;me, selon le t&#233;moin, de s'enlaidir au maximum. La p&#233;riode carnavalesque se caract&#233;risait par des d&#233;ambulations, de petits groupes d&#233;guis&#233;s ainsi qui allaient de maison en maison en hurlant plus qu'en chantant, voire en jouant du tambour et de la fl&#251;te, se faire offrir &#224; boire et &#224; manger. Un mannequin de bois et de chiffon &#233;tait br&#251;l&#233; le soir du mardi gras, sur la place, cl&#244;turant la semaine carnavalesque. Le t&#233;moignage ne mentionne pas de proc&#232;s. Il semble que la ritualit&#233; ait donc &#233;t&#233; assez r&#233;duite. La Seconde Guerre a entra&#238;n&#233; la suspension de ce carnaval, dans le cas de Lan&#231;on, il fut revitalis&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1950 selon les m&#234;mes modalit&#233;s. Le t&#233;moin dit que le Carnaval a ensuite pris fin au d&#233;but des ann&#233;es 1980, avec l'expansion de l'habitat pavillonnaire autour du noyau villageois (d&#251; en grande partie &#224; l'arriv&#233;e de gens travaillant sur la base a&#233;rienne). Une n&#233;o-population qui n'appr&#233;ciait pas ce tapage et qui refusait d'ouvrir ses portes aux carnavaliers. &#192; un moment donn&#233;, les pavillonnaires ont eu le dessus sur les gens de l'antique noyau villageois qui se sont sentis hors-jeu et ont jet&#233; l'&#233;ponge... Je crois qu'on pourrait sans mal trouver des dizaines de cas comme celui-ci dans ces villages-dortoirs des Bouches-du-Rh&#244;ne...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH651/photo-arnau-bach01-c8ec9.jpg?1782643112' width='400' height='651' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Fait int&#233;ressant : &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque o&#249; le carnaval s'&#233;teignait &#224; Lan&#231;on, il reprenait de plus belle dans un petit village sur le haut plateau du Vaucluse, Murs. Ce village se situe &#224; quelques kilom&#232;tres de Gordes, un lieu totalement colonis&#233; par des Europ&#233;ens du Nord pleins de fric qui fait horreur aux gens de village. Un petit groupe de jeunes, sensibilis&#233;s &#224; la question occitane, a donc relanc&#233; le carnaval au d&#233;but des ann&#233;es 1980. La ritualit&#233; est plus construite qu'&#224; Lan&#231;on : d'abord la danse des &#171; bouffets &#187;, ex&#233;cut&#233;e par une dizaine de bouffetaires, v&#234;tus de tuniques et bonnets blancs, le visage enfarin&#233;, qui chantent en ch&#339;ur le fameux &#171; Siam una banda de gaia joventura qu'av&#232;m un grand fuec que nos brutla etc. &#187; Ensuite un cort&#232;ge de gens d&#233;guis&#233;s parcourt le village en fanfare, les quelques commer&#231;ants envoient des paquets de cigarettes et des bonbons &#224; la rasbaille, puis le proc&#232;s, qui se d&#233;roule au-dessus du village, devant l'ancien ch&#226;teau. Le tribunal : un procureur et un avocat, habill&#233;s comme dans un proc&#232;s d'assises, le premier d&#233;clame une s&#233;rie de griefs, le second argumente, tout en proven&#231;al. Le public &#233;nonce ses accusations, reprises par le procureur. L'ann&#233;e o&#249; j'&#233;tais pr&#233;sent, en 1994, je me souviens de quelques accusations dans le public : &#171; &lt;i&gt;Caramentrant, je t'accuse d'avoir sign&#233; le trait&#233; de Maastricht &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Caramentrant, je t'accuse de faire crever les agriculteurs de la r&#233;gion avec la PAC&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Caramentrant je t'accuse de nous emp&#234;cher d'apprendre le proven&#231;al&lt;/i&gt; &#187; (c'&#233;tait un minot de dix ans qui formulait cette derni&#232;re accusation). De fait, la langue d'oc &#233;tait tr&#232;s pr&#233;sente parmi les carnavaliers, et de pouvoir la parler comme &#231;a avec des inconnus participait de la f&#234;te. Les gens allaient ensuite souper dans une sorte de salle des f&#234;tes, et le feu &#233;tait allum&#233; plus tard, vers dix heures du soir, &#231;a dansait une farandole sans fin, c'est d'ailleurs la premi&#232;re fois que j'ai entendu et vu le groupe Tarabastal, avec ce son &#233;norme, on les entendait venir de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Murs, il est clair qu'il y a eu une volont&#233; de reconstruire un rituel qui s'&#233;tait &#233;teint, et de faire &#231;a dans l'esprit carnavalesque d'avant la normalisation. La pr&#233;sence de Tarabastal d'ailleurs indique une dynamique dans ce sens. C'est un groupe de la basse-Provence rhodanienne qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; pr&#233;cis&#233;ment comme groupe de rue en travaillant &#224; partir du carnaval baroque occitan, des deux c&#244;t&#233;s du Rh&#244;ne, tel qu'il existait jusqu'au milieu du XVIIIe si&#232;cle. V&#234;tus de peau de b&#234;tes, le visage noirci, couverts de sonnailles, jouant du tambourin et du bach&#225;s pour la rythmique, du hautbois pour la m&#233;lodie, ils avaient un son tout &#224; fait adapt&#233; au carnaval. Je les ai revus quelques ann&#233;es plus tard au feu de la Saint-Jean &#224; Eygali&#232;res. Apr&#232;s, le groupe s'est dissous et certains ont fond&#233; Sab&#242;i, qui est venu trois fois au carnaval de La Plaine-Noailles. Rigaudons, farandoles, tarantelles, un r&#233;pertoire fait pour danser dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, &#224; Marseille, la municipalit&#233; venait de lancer son n&#233;o-carnaval et nous &#233;tions quelques-uns &#224; l'avoir mauvaise. Quand cinq ans apr&#232;s s'est cr&#233;&#233;e La Plaine sans fronti&#232;res, qui invitait syst&#233;matiquement &#224; occuper La Plaine, repas de quartier, sardinade du 14 juillet, f&#234;te du quartier, l'id&#233;e de cr&#233;er un carnaval s'est impos&#233;e d'elle-m&#234;me. La premi&#232;re &#233;dition eut lieu en 2000, mais on n'a pas pu faire le proc&#232;s, qui me paraissait quelque chose d'important, qu'&#224; partir de 2002. En fait, sa n&#233;cessit&#233; s'est impos&#233; d'elle-m&#234;me en r&#233;ponse au r&#233;am&#233;nagement autoritaire et s&#233;curitaire de La Plaine, et cette ann&#233;e-l&#224;, le Caramentrant &#233;tait un porc de deux m&#232;tres de haut, drap&#233; dans une &#233;charpe tricolore avec un &#233;cusson &#171; Mairie du 4e/5e &#187;. Une personne employ&#233;e &#224; ladite mairie nous a confi&#233; plus tard que Bruno Gilles avait &#233;t&#233; tr&#232;s affect&#233; d'avoir &#233;t&#233; ainsi repr&#233;sent&#233; puis br&#251;l&#233; sous les impr&#233;cations de la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence, quand nous avons cr&#233;&#233; ce carnaval, avait &#233;t&#233; celle de Murs, et celle du carnaval ind&#233;pendant de Saint-Roch &#224; Nice. On avait d'ailleurs organis&#233; auparavant un d&#233;bat &#224; l'Interm&#233;diaire, Louis Pastorelli &#233;tait venu de Nice ainsi que le pauvre Peire Simiand, qui connaissait tr&#232;s bien les carnavals de Provence et du Languedoc. Simiand insista beaucoup sur l'importance du feu &#8211; &#224; Saint-Roch, ils ne faisaient pas br&#251;ler &#224; l'&#233;poque &#8211;, il ne croyait pas si bien dire vu que c'est l&#224;-dessus que les flics nous ont cherch&#233; cette ann&#233;e&#8230; La bataille de farine nous est venue de Saint-Roch. Je ne crois pas qu'il y ait eu &#231;a dans la tradition proven&#231;ale. En revanche, chez les Ni&#231;ards &#231;a devait &#234;tre le cas, parce que j'ai vu au mus&#233;e Mass&#233;na &#224; Nice une affiche pr&#233;fectorale des ann&#233;es 1930 qui interdit, &#224; l'occasion de Carnaval, tout jet de farine ou de pl&#226;tre. Les touristes commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; venir au spectacle, jusqu'aux ann&#233;es 1950 le tourisme &#224; Nice &#233;tait hivernal, donc ils finissaient le s&#233;jour en pleine p&#233;riode du Carnaval et les autorit&#233;s d&#233;j&#224; s'employaient &#224; r&#233;primer les aspects les plus sauvages de la f&#234;te pour l'adapter au tourisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du Rh&#244;ne, il y a une tradition carnavalesque tr&#232;s ritualis&#233;e en certains endroits. Cela rel&#232;ve parfois du m&#234;me registre que les carnavals en Wallonie ou en Rh&#233;nanie, avec des groupes constitu&#233;s ayant un costume commun tr&#232;s &#233;labor&#233; et qui va de pair avec certains comportements rituels, je pense sp&#233;cialement au Carnaval de Limoux &#8211;, on avait d'ailleurs fait venir Peire Brun, pour pr&#233;senter son film documentaire &lt;i&gt;F&#233;&#231;as e Godilhs&lt;/i&gt; &#224; La Plaine voici quelques ann&#233;es. On pense aussi aux Palhassas de Cournonterral, dans un tout autre genre, beaucoup plus &lt;i&gt;trash&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, en Languedoc, c'est comme partout, la plupart des Carnavals ne sont plus que des d&#233;fil&#233;s costum&#233;s d'&#233;coliers... Mais il y a quand m&#234;me quelques petites villes o&#249; une tradition s'est poursuivie, &#224; P&#233;zenas notamment. Dans les autres r&#233;gions occitanes, je sais qu'il y a un gros carnaval &#224; Pau, qui dure une semaine et s'articule autour du personnage de Saint-Pan&#231;ard, qui est l'antith&#232;se de Car&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH375/p07-perso-carnaval-2-b2fe7.jpg?1782643112' width='400' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces traditions sont-elles partag&#233;es par celles m&#251;ries au Nord comme au Sud de l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant pas ethnologue, je ne suis pas sp&#233;cialiste des Carnavals. Mais j'ai eu &#224; conna&#238;tre en Gr&#232;ce un carnaval dans le village minier d'Aghia Anna, dans l'&#238;le d'Evia, au nord de l'Attique. Plus r&#233;cemment, en Italie, j'ai &#233;t&#233; &#224; celui de Montemarano, au sud de Naples, connu pour sa tarantelle sans fin. Au Nord, j'ai connu en Belgique un carnaval tr&#232;s &#233;labor&#233;, celui de Malm&#233;dy qui se rattache &#224; l'aire culturelle allemande de Rh&#233;nanie, sinon quelques carnavals de quartier &#224; Li&#232;ge et &#224; Bruxelles, o&#249; il y a le feu mais pas le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les Carnavals du Nord sont tr&#232;s ritualis&#233;s. Pour la Belgique, l'exemple le plus connu est celui des Gilles, dans la r&#233;gion de Charleroi - La Louvi&#232;re, ou des Blancs-Moussi &#224; Stavelot. Ce sont de v&#233;ritables confr&#233;ries, o&#249; il faut &#234;tre parrain&#233;, qui se r&#233;unissent bien avant la p&#233;riode du Carnaval, reconnues et relativement institutionnalis&#233;es - bien que ce soit assez r&#233;cent, les Blancs-Moussi, par exemple, &#233;taient plut&#244;t mal vus jusque dans les ann&#233;es 1950. Mais on aurait tort de croire que ce cadre rituel, tr&#232;s codifi&#233;, entra&#238;ne une baisse d'intensit&#233; : au contraire, il la dirige et, ce faisant, celle-ci est peut-&#234;tre plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, dans les quelques villes o&#249; la tradition est rest&#233;e solidement ancr&#233;e, comme &#224; Dunkerque ou &#224; Limoux, des confr&#233;ries, des associations carnavali&#232;res pr&#233;parent le Carnaval tout au long de l'ann&#233;e. Ce n'est pas un simple rendez-vous annuel d'une journ&#233;e, la pr&#233;paration elle-m&#234;me fait partie du carnaval, qui lui-m&#234;me dure plusieurs jours, pas seulement le Mardi gras, &#231;a s'&#233;tend souvent sur une p&#233;riode d'un mois, voire plus. C'est tout un cycle, alors que les carnavals ind&#233;pendants se d&#233;roulent sur une seule journ&#233;e en g&#233;n&#233;ral, presque &#224; la sauvette. C'est d'ailleurs l'occasion de dire que le rapport de Carnaval et du car&#234;me est quelque chose de tr&#232;s relatif &#224; mon sens. Ce rituel existait avant que l'&#201;glise n'impose son calendrier et il constituait une invocation &#224; ce que l'hiver finisse... Donc la date du Carnaval n'a pas &#224; se calquer sur le calendrier chr&#233;tien. Ce qui importe, c'est la sortie de l'hiver. En Italie du Sud, ils le savent, puisqu'il existe encore en certains endroits ce personnage qui est la Vieille &#8211; le surnom de l'hiver &#8211; que Pulcinella vient sodomiser sous les applaudissements de la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Aghia Anna, en Gr&#232;ce, les hommes &#233;taient syst&#233;matiquement travestis en femmes, mais je ne suis pas s&#251;r du contraire. Je me souviens qu'ils promenaient dans le village un &#233;norme phallus en carton-p&#226;te... Des banderoles, insultant le pope, le maire, les flics, &#233;taient dispos&#233;es sur les fa&#231;ades des maisons, donc une dimension de satire politique et sociale &#233;vidente. Mais il n'y avait pas le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les raisons, selon toi, d'un renouveau des pratiques populaires autour du Carnaval en France et ailleurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renouveau ? Mis &#224; part quelques carnavals qui sont rest&#233;s assez intenses, comme &#224; Dunkerque, la plupart sont devenus de simples d&#233;fil&#233;s d&#233;pourvus d'intensit&#233;, les parents attendris regardant leurs minots d&#233;guis&#233;s qui d&#233;filent sagement entre les barri&#232;res de s&#233;curit&#233; en se jetant quelques poign&#233;es de confettis. Pour rester dans la r&#233;gion, parce que j'ignore ce qu'il en est ailleurs, on a vu donc surgir des carnavals ind&#233;pendants en rupture avec cette version archi-&#233;dulcor&#233;e, d'abord dans le quartier Saint Roch &#224; Nice, puis &#224; Montpellier, enfin &#224; Marseille, le dernier en date &#233;tant celui de Saint-Affrique, dans l'Aveyron. Ces Carnavals se f&#233;condent mutuellement, il y a des &#233;changes entre carnavaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi sont-ils apparus ? Depuis les ann&#233;es 1980, dans les pays occidentaux s'est mise en place une nouvelle technique d'occupation pr&#233;ventive de l'espace ext&#233;rieur. Aujourd'hui, on ne gouverne plus seulement en faisant le vide dans les rues, mais en faisant aussi de temps en temps le plein. &#192; coups de festivals, de f&#234;tes de quartier livr&#233;es cl&#233; en main, d'animations et de performances diverses auxquelles les gens sont convi&#233;s &#224; assister, les autorit&#233;s prennent possession de la rue, de la place : que l'espace public ne puisse jamais devenir un espace commun, mais qu'il soit simplement, &#224; date et &#224; heure fixes, occup&#233; par une foule de spectateurs d&#251;ment encadr&#233;s. Les carnavals ind&#233;pendants sont n&#233;s de la frustration &#233;prouv&#233;e face &#224; cela. Et Carnaval, contrairement &#224; toutes les &lt;i&gt;teufs&lt;/i&gt; sponsoris&#233;es et subventionn&#233;es, a un pass&#233;. Des gens savent que ce fut tout autre chose qu'un d&#233;fil&#233; un peu niais, des gens ont entendu parler des bacchanales et des saturnales, ils ont entendu parler de la F&#234;te des Fous. Certains ont eu la chance de se retrouver dans un carnaval o&#249; tout cela est encore palpable. L'&#233;v&#233;nement est donc possible, dans lequel chacun peut s'exprimer en toute libert&#233; en bricolant, en improvisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, la question est de savoir s'ils peuvent s'inscrire dans la dur&#233;e, et instaurer une tradition. Ce que je constate, c'est que les Carnavals qui ont surv&#233;cu &#224; la normalisation culturelle de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle sont tous des carnavals qui suivent un d&#233;roulement rituel &#8211; &#231;a peut &#234;tre se &lt;i&gt;pastisser&lt;/i&gt; de lie-de-vin comme &#224; Cournonterral, ou encore &#231;a peut &#234;tre davantage au niveau de la parole satirique comme &#224; Limoux, mais c'est toujours li&#233; &#224; un cadre rituel. Il y a des personnages bien d&#233;finis, les Pailhassas et les Blancs &#224; Cournonterral avec chacun leur attribution, les F&#232;&#231;as et les Godilhs &#224; Limoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il n'y avait pas cela, le carnaval finissait par dispara&#238;tre comme &#224; Lan&#231;on. &#199;a pourrait arriver aux carnavals ind&#233;pendants, d'autant plus qu'ils ont les autorit&#233;s contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui distingue le carnaval d'une foule rassembl&#233;e au hasard pour se d&#233;fouler ? Autrement dit, dans quelle mesure ces carnavals ind&#233;pendants peuvent construire un langage, une th&#233;&#226;tralit&#233; &#8211; faute de quoi &#231;a se termine en beuverie chaotique. Or, m&#234;me l'ivresse doit &#234;tre dirig&#233;e, sinon ce n'est qu'un mauvais d&#233;lire &#233;gocentrique. &#192; Nice par exemple, le Carnaval de Saint-Roch a connu des vicissitudes diverses. Ils ont eu le tort d'accepter des camions sonos, genre techno bien lourde, indisposant tout &#224; la fois les carnavaliers et le voisinage, entra&#238;nant l'intervention des flics. Ensuite, ils ont supprim&#233; la farine, et l&#224;, &#231;a a &#233;t&#233; la fin&#8230; La sono en plus, c'est vraiment d&#233;plac&#233; ce jour-l&#224; : du son amplifi&#233;, on en a plein les oreilles toute l'ann&#233;e, le Carnaval est aussi une mani&#232;re de retrouver du son acoustique, des chants, des instruments non amplifi&#233;s&#8230; &#192; La Plaine, c'est ce que nous avions r&#233;pondu en 2004 &#224; un collectif du &#171; Carnaval des sons &#187; auquel nous-m&#234;mes avions particip&#233;, ils avaient d'ailleurs tr&#232;s bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH612/photo-arnau-bach02-e44c2.jpg?1782643112' width='400' height='612' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les r&#233;actions des pouvoirs publics face aux pratiques traditionnelles et face &#224; leur r&#233;interpr&#233;tation contemporaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes plus dans une soci&#233;t&#233; traditionnelle o&#249; le d&#233;bordement p&#233;riodique &#224; la sortie de l'hiver &#233;tait totalement assum&#233;. Ce qui est impensable dans un espace urbain ou suburbain hostile &#224; tout d&#233;bordement et r&#233;duit &#224; une vaste galerie marchande. Quand on songe que le d&#233;fil&#233; costum&#233; des minots, le pseudo carnaval de la Ville de Marseille, a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; au Prado, autant dire &#224; Dache, parce que les commer&#231;ants d'en-ville se plaignaient d'un manque &#224; gagner ce jour-l&#224;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous-m&#234;mes et les copains de Noailles ont eu des probl&#232;mes &#224; un moment donn&#233; avec certains commer&#231;ants... Ralentir ou interrompre la circulation automobile en ville, c'est d&#233;j&#224; un comportement h&#233;r&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, la p&#233;riode carnavalesque signifiait une rupture dans l'ordre social, pas seulement parce qu'on y inversait les r&#244;les ou parce qu'on y dramatisait certaines tensions, certaines frustrations : mais aussi parce qu'il &#233;tait admis que l'espace de la ville ou du village soit &#224; ce moment-l&#224; envahi par l'esprit de Carnaval, par ces d&#233;ambulations sans fin et sans but &#8211; et notamment sans but marchand. &#192; pr&#233;sent, toute rupture dans la temporalit&#233; doit &#234;tre recycl&#233;e, doit &#234;tre source de profits, cr&#233;atrice d'emplois etc. C'est cette p&#233;riode qu'on appelle les vacances, si pauvre en intensit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture existe encore dans des r&#233;gions qui sont &#224; la marge de l'Europe occidentale. &#192; Aghia Anna, on ch&#244;me durant la semaine de carnaval. &#192; Montemarano, les trois derniers jours, personne ne travaille. &#192; P&#233;zenas, jusqu'&#224; une date r&#233;cente, il &#233;tait d'usage que les employ&#233;s de la Ville ou les salari&#233;s de nombreuses petites bo&#238;tes ne travaillent pas le jour de mardi gras, maintenant c'est fini. Pourtant, la p&#233;riode du carnaval dure un mois... mais &#231;a se passe en week-end ou en fin de journ&#233;e... Et je suppose qu'il en va de m&#234;me dans pas mal d'endroits. Peut-&#234;tre avec l'exception de Dunkerque o&#249; les gens doivent s&#251;rement d&#233;serter leur travail le jour de Mardi gras... Toute interruption du travail et du commerce est d&#233;sormais impensable. Arr&#234;ter de bosser une semaine, alors qu'il y a la crise ! Et les carnavals ind&#233;pendants eux-m&#234;mes sont tributaires de cet &#233;tat de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s n'aiment pas ces carnavals ind&#233;pendants. &#192; Nice comme &#224; Montpellier, &#224; plusieurs reprises ces derni&#232;res ann&#233;es, les CRS ont charg&#233; dans la foule. &#192; Saint-Affrique cette ann&#233;e, pour la troisi&#232;me &#233;dition du Carnaval des enfants sauvages, des carnavaliers ont &#233;t&#233; agress&#233;s par des petites frappes au service du maire. Cette ann&#233;e, c'est le carnaval de La Plaine-Noailles qui a eu droit &#224; une agression polici&#232;re froidement calcul&#233;e. Entre la difficult&#233; &#224; cr&#233;er une ritualit&#233; qui organise la d&#233;ambulation, lui donne un sens, et de l'autre les flics qui guettent le moindre d&#233;bordement &#8211; et le simple fait d'allumer un brasier sur une place est consid&#233;r&#233; comme tel &#8211; la marge de manoeuvre est tr&#232;s &#233;troite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'esprit des carnavals ind&#233;pendants, c'est de ne pas entrer dans le cadre impos&#233;. On aurait pu demander l'autorisation pour celui de La Plaine. Nous ne l'avons jamais fait. Pourquoi ? D'abord parce qu'on estimait ne pas avoir &#224; demander d'autorisation pour ce qui rel&#232;ve d'une tradition. Ensuite parce que si l'on nous avait donn&#233; l'autorisation, cela aurait signifi&#233; un parcours impos&#233;, des barri&#232;res de s&#233;curit&#233; s&#233;parant le d&#233;fil&#233; des autres, sans doute l'interdiction de faire le feu, etc. Le plaisir du Carnaval est aussi cette irruption dans la rue qui prend les usages impos&#233;s au d&#233;pourvu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les carnavaliers sont vuln&#233;rables face &#224; l'agression polici&#232;re toujours possible. Qui veut s'affronter aux flics se pr&#233;pare, s'&#233;quipe, reste sobre, etc. C'est une autre vibration, une autre excitation, mais qui n'est pas celle du Carnaval o&#249; l'on finit souvent dans un &#233;tat second. Que le carnaval se termine en affrontement avec les flics, c'est le pire qui puisse arriver. En 2013, on a fait tout notre possible pour &#233;viter &#231;a, allant jusqu'&#224; n&#233;gocier avec les flics alors que franchement on avait autre chose &#224; faire ce jour-l&#224;, on a r&#233;ussi finalement &#224; faire ce qu'on voulait mais c'est clair qu'en 2014 la consigne &#233;tait de nous rentrer dans le lard. La d&#233;cision de nous r&#233;primer vient de la Pr&#233;fecture de police. Du c&#244;t&#233; de la mairie, on n'a jamais eu de probl&#232;mes &#8211; pourtant on ne peut pas dire qu'on les ait &#233;pargn&#233;s ! Pour eux, &#231;a reste quelque chose de tr&#232;s localis&#233;, tant qu'il y n'a pas de d&#233;bordement majeur, ils regardent ailleurs ce jour-l&#224;. Mais, depuis que le n&#233;vropathe de la place Beauvau&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pass&#233; depuis &#224; Matignon, comme quoi la France est vraiment un pays de flics, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; nous a envoy&#233; son Pr&#233;fet de police, on est sous pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression a pour effet de marginaliser davantage le carnaval ind&#233;pendant qui &#233;volue d&#233;j&#224; dans un environnement hostile &#8211; l'automobiliste irascible ou le &lt;i&gt;lacosteux &lt;/i&gt; furieux d'avoir &#233;t&#233; &#233;clabouss&#233; de farine par exemple. &#192; La Plaine d&#233;j&#224; beaucoup de nos connaissances ne participent pas, je ne parle m&#234;me pas l&#224; des vieux cons aigris qui ne supportent pas qu'il y ait la moindre forme de vie sur La Plaine, non je parle de gens que nous c&#244;toyons dans les bars, dans les locaux associatifs, je parle de certains coll&#232;gues. L'attitude dominante &#224; La Plaine, c'est celle du consommateur de loisirs culturels qui zappe dans une offre, plus ou moins alternative, mais ne se sent pas tent&#233; par quelque chose qui mette son corps et son &#226;me en mouvement dehors, dans la rue : &#171; &lt;i&gt;J'aime pas me d&#233;guiser&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;J'aime pas recevoir de la farine&lt;/i&gt; &#187;, etc.
Il y a des mutations anthropologiques qui facilitent l'intervention de la police. Avec le d&#233;veloppement et l'extension de la sph&#232;re du fun, les gens, dans les pays occidentaux, ont la possibilit&#233; de vivre &#224; pr&#233;sent une sorte de transe de (tr&#232;s) basse intensit&#233; chaque fin de semaine, dans les concerts, dans les discoth&#232;ques, dans les gradins du stade. Dans des espaces totalement sous contr&#244;le et o&#249; chacun reste spectateur. Amener les gens &#224; sortir de cette posture impos&#233;e, c'est pr&#233;cis&#233;ment le plus dur. D'autant que si le pouvoir gouverne d&#233;sormais par le &lt;i&gt;fun&lt;/i&gt;, qui sort de son &#233;tat de spectateur h&#233;b&#233;t&#233; s'expose aux techniques r&#233;pressives les plus &#233;prouv&#233;es. On nous prend gentiment par la main pour nous divertir, mais la m&#234;me main peut tr&#232;s bien empoigner la matraque ou le Flash-ball d&#232;s que nous sortons de notre statut de spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier point. J'ai constat&#233; qu'au moins trois sites d'extr&#234;me droite ont relay&#233; l'article et la vid&#233;o de &lt;i&gt;la Provence&lt;/i&gt; sur la fin du Carnaval de La Plaine-Noailles, sans commentaire (le ton de l'article &#233;tant assez malveillant pour que des fascistes d&#233;clar&#233;s n'aient rien &#224; y ajouter). L'un d'eux qui se r&#233;clame des &#171; Fran&#231;ais de souche &#187; nous avait d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;s l'ann&#233;e o&#249; le Caramentrant &#233;tait un coq incarnant l'Identit&#233; nationale. Trois sites d&#232;s le lendemain, pour un &#233;v&#233;nement somme toute tr&#232;s local, &#231;a fait un peu beaucoup, non ? Quand on sait combien de flics &#224; Marseille professent des sympathies ouvertes pour l'extr&#234;me droite... O&#249; l'on voit que la tol&#233;rance z&#233;ro profess&#233;e par Valls, et appliqu&#233;e &#224; Marseille par son Pr&#233;fet Bonnetain, rencontre opportun&#233;ment les vieilles pulsions fascistes, qui ont aussi leur fonction comme rappel &#224; l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier Carnaval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Marseille-ne-fete-rien-dans-la-rue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marseille&lt;/a&gt; : ne f&#234;te rien dans la rue !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Al&#232;ssi dell'Umbria est l'auteur d'une &lt;i&gt;Histoire universelle de Marseille de l'an mille &#224; l'an 2000&lt;/i&gt;, (Agone, 2006) et de &lt;i&gt;&#201;chos du Mexique indien et rebelle&lt;/i&gt; (Rue des cascades, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pass&#233; depuis &#224; Matignon, comme quoi la France est vraiment un pays de flics, NDLR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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