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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sur le rond-point</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film Un peuple en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;. Une pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'Un peuple, documentaire d'Emmanuel Gras . Contrairement &#224; J'veux du soleil (2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200unpeuple_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/1200unpeuple_resultat-20200.jpg?1783001841' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Emmanuel Gras
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;ne pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt;, documentaire d'Emmanuel Gras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires Bovines (2011) et Makala (2017), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Contrairement &#224; &lt;i&gt;J'veux du soleil &lt;/i&gt;(2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans l'urgence de l'&#233;v&#233;nement, un &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; s'inscrit dans la longue dur&#233;e de son tournage, et t&#233;moigne, sur un mode discret, de l'histoire avec un grand H : celle que, parfois, les Gilets jaunes ont eu conscience de faire. Pour la distance historique, on est servis : dans le caf&#233; kabyle o&#249; le r&#233;alisateur nous a donn&#233; rendez-vous, &#201;ric Zemmour d&#233;bagoule &#224; la t&#233;l&#233; pendant une heure de rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ouvre sur de longs travellings dans les zones r&#233;sidentielles, les grands magasins et les entrep&#244;ts de la p&#233;riph&#233;rie de Chartres (Eure-et-Loir), pour atterrir sur le rond-point o&#249; Emmanuel Gras s'est camp&#233; tous les samedis de la fin 2018 au printemps 2019. Presque au hasard : apr&#232;s avoir particip&#233; aux premi&#232;res manifs sur les Champs-&#201;lys&#233;es, il cherche &#224; rejoindre un groupe sur son terrain. une copine lui parle de Chartres, il va &#224; Chartres. Il ne sait pas sur qui il va tomber et de fait, par rapport aux Gilets jaunes de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) film&#233;s par Fran&#231;ois Langlais et Arthur Thouvenin dans &lt;i&gt;Imagine, demain on gagne&lt;/i&gt; (2020), ceux de Chartres sont peu politis&#233;s. Emmanuel filme, &#233;coute, discute, assiste aux d&#233;bats et aux d&#233;placements sur Paris, pose partout un regard curieux et parfois perplexe, clairement sympathisant, mais pas militant. &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; pose autant de questions qu'il fournit de r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sur la base de presque rien &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'abord beaucoup de r&#233;unions o&#249; les Gilets jaunes organisent leurs actions, &#233;laborent leurs revendications et r&#233;fl&#233;chissent aux strat&#233;gies &#224; adopter. Avec son bagage associatif et militant (&#224; Lutte ouvri&#232;re), le r&#233;alisateur se passionne de voir ces n&#233;o-manifestants &#171; &lt;i&gt;r&#233;inventer la lutte collective&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils ne se connaissaient pas, ils n'&#233;taient pas militants, ils n'avaient pas les m&#234;mes id&#233;es, et ils devaient s'organiser sur la base de presque rien.&lt;/i&gt; &#187; D'abord marginale, la revendication du RIC, le &#171; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne &#187; qui donnerait enfin voix au chapitre &#224; la population, s'impose peu &#224; peu dans les d&#233;bats. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, quand ils ont commenc&#233; &#224; lister leurs revendications, ils en avaient soixante, entre lesquelles la logique n'&#233;tait pas &#233;vidente, &lt;/i&gt;se rem&#233;more Emmanuel. &lt;i&gt;C'est compliqu&#233; de faire syst&#232;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le RIC occupait cette fonction. L'id&#233;e, c'&#233;tait : si on obtient le RIC, le reste suivra.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe est soud&#233; par l'&#233;vidence d'un constat commun et un &#171; &lt;i&gt;sentiment d'appartenance&lt;/i&gt; &#187; collective, li&#233; au partage d'une m&#234;me condition sociale. De ce v&#233;cu, le film rend compte en s'attardant sur quelques figures. Beno&#238;t, qui s'impose comme une sorte de leader &#8211; au risque de d&#233;cevoir &#8211; et inscrit explicitement le combat des Gilets jaunes dans la lutte anticapitaliste. Agn&#232;s, dans la panade apr&#232;s un divorce, m&#232;re isol&#233;e avec deux enfants dont un handicap&#233;, qui se lance &#224; corps perdu dans le mouvement. Allan, qui affronte avec une sorte de candeur l'explosion de violence en manif, et la nouveaut&#233; des id&#233;es qui fusent. Les liens qu'a tiss&#233;s le r&#233;alisateur s'enroulent peu &#224; peu en une pelote qui forme une histoire, au double sens du terme : &#224; la fois une r&#233;volte sociale d'une ampleur in&#233;dite, qui marque un avant et un apr&#232;s ; et un r&#233;cit. Peu &#224; peu, il observe la r&#233;pression et la propagande s'abattre, l'enthousiasme retomber, la lassitude voire le d&#233;sespoir s'emparer des corps et des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violence sociale et bon sens bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure du film, les sc&#232;nes de violences se font de plus en plus nombreuses. Les keufs apparaissent pour ce qu'ils sont. Quant &#224; la casse, Emmanuel r&#233;serve son jugement. &#171; &lt;i&gt;La question de la violence se posait r&#233;guli&#232;rement par le seul fait d'aller manifester. Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Pour parler comme les autonomes, la manifestation est un endroit o&#249; les rapports de pouvoir se r&#233;v&#232;lent dans leur nudit&#233;. En ce sens, oui, on a vu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#192; un moment donn&#233;, il y a une r&#233;pression polici&#232;re qui est nue. D'un autre c&#244;t&#233;, les affrontements violents font aussi peur &#224; beaucoup de monde.&lt;/i&gt; &#187; Entre ceux qui misent sur la violence pour m&#233;diatiser le mouvement, et ceux qui craignent son effet d&#233;moralisateur, le film se contente d'enregistrer fid&#232;lement les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; illustre avec insistance une autre violence : celle des bourgeois anti-Gilets jaunes, face auxquels ces derniers ne craignent pas de monter au filet. &#171; &lt;i&gt;Il y avait une violence sociale visuelle,&lt;/i&gt; se souvient Emmanuel. &lt;i&gt;Ils ne portent pas les m&#234;mes v&#234;tements, n'ont pas les m&#234;mes physiques, pas les m&#234;mes v&#233;cus&#8230; &#199;a se voit imm&#233;diatement.&lt;/i&gt; &#187; Dans un grand magasin o&#249; ils font des courses pour une r&#233;union, ou apr&#232;s une s&#233;ance du &#171; grand d&#233;bat &#187; macronien, les militants se font chapitrer comme des m&#244;mes. Quand Agn&#232;s explique qu'elle n'arrive pas &#224; boucler son mois, un macroniste lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Faut pas que vous preniez les choses comme &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Emmanuel : &#171; &lt;i&gt;On leur expliquait que leur probl&#232;me, c'&#233;tait qu'ils ne pouvaient pas &#233;voluer socialement. Alors qu'eux, ils font face au ch&#244;mage de masse, aux salaires merdiques. On parle tout le temps du bon sens populaire, mais il y a surtout ce bon sens bourgeois, plein de discours pr&#233;m&#226;ch&#233;s, qu'on entend partout dans les m&#233;dias.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, sur la t&#233;l&#233; du bistrot, Marine Le Pen a remplac&#233; Zemmour. On demande en partant au patron s'il n'en a pas marre d'entendre ces saloperies toute la journ&#233;e. Il ironise sur Zemmour : &#171; &lt;i&gt;C'est un Kabyle, comme moi, et il d&#233;teste les &#233;trangers, c'est quand m&#234;me fou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et ajoute que Val&#233;rie P&#233;cresse n'est pas mieux. On lui rappelle que la gauche existe encore. Tout le monde &#233;clate de rire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires &lt;i&gt;Bovines&lt;/i&gt; (2011) et&lt;i&gt; Makala &lt;/i&gt;(2017), grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Intimer une limite au pouvoir &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Intimer-une-limite-au-pouvoir</link>
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		<dc:date>2020-07-13T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hard Crackers, Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Kristian Williams est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la police aux &#201;tats-Unis, dont Our Enemies in Blue : Police and Power in America (2004). Il commente ici la situation bouillonnante des villes am&#233;ricaines, l'apport des &#233;meutes au rapport de forces et diff&#233;rentes probl&#233;matiques militantes. *** Cet entretien est la traduction partielle d'une interview r&#233;alis&#233;e en anglais par le site radical Hard Crackers : &#171; &#8220;Preserving Our Capacity to Act&#8221; : An Interview with Kristian Williams &#187;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violence" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Kristian Williams est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la police aux &#201;tats-Unis, dont &lt;i&gt;Our Enemies in Blue : Police and Power in America&lt;/i&gt; (2004). Il commente ici la situation bouillonnante des villes am&#233;ricaines, l'apport des &#233;meutes au rapport de forces et diff&#233;rentes probl&#233;matiques militantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH630/-1577-db856.jpg?1782639309' width='400' height='630' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien est la traduction partielle d'une interview r&#233;alis&#233;e en anglais par le site radical Hard Crackers : &#171; &lt;a href=&#034;https://hardcrackers.com/preserving-capacity-act-interview-kristian-williams/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Preserving Our Capacity to Act&#8221; : An Interview with Kristian Williams&lt;/a&gt; &#187;, HardCrackers.com (16/06/2020).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l'efficacit&#233; des &#233;meutes, tu affirmes qu'elles s'opposent bien plus s&#251;rement &#224; la brutalit&#233; polici&#232;re que les cadres l&#233;gaux...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui distingue ce moment de tous ceux que j'ai connus, c'est le peu de soutien du public &#8211; ou m&#234;me des institutions &#8211; sur lequel la police peut compter. Imm&#233;diatement apr&#232;s la mort de George Floyd, les politiciens se sont pr&#233;cipit&#233;s pour faire leurs sermons sur les in&#233;galit&#233;s raciales et les violences polici&#232;res. Un certain nombre d'&#233;coles et d'universit&#233;s ont rompu leurs accords avec la police. Des entreprises priv&#233;es ont cess&#233; de lui vendre du mat&#233;riel. Il y a m&#234;me quelques organisations polici&#232;res qui ont appel&#233; &#224; ce que la police rende des comptes, ce qui &#233;tait sans doute avant tout une tentative de garder la main sur le contenu des r&#233;formes actuelles et &#224; venir. La v&#233;rit&#233;, c'est qu'ils sont d&#233;sormais presque les seuls &#224; esp&#233;rer une simple r&#233;forme, parce que le mouvement &lt;i&gt;[de protestation]&lt;/i&gt; a fait un saut qualitatif pour envisager l'abolition &lt;i&gt;[de la police]&lt;/i&gt;. Et, chose int&#233;ressante, l'abolition est discut&#233;e en termes strat&#233;giques concrets li&#233;s &#224; la suppression du financement des services de police, &#224; leur d&#233;sarmement, &#224; la d&#233;p&#233;nalisation de certaines infractions et &#224; la recherche d'autres voies pour assurer la s&#233;curit&#233; publique. On n'est plus seulement dans l'utopie &#8220;post-r&#233;volution&#8221;. Il semble m&#234;me qu'&#224; Minneapolis, cela soit en train de devenir la politique officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien qui s'exprime encore pour les forces de l'ordre, et en particulier l'appel de Trump en faveur d'une violence accrue contre les manifestants, est choquant moralement mais s'explique intellectuellement. &#192; droite, beaucoup de gens sont persuad&#233;s que les hommes en uniforme ne peuvent pas causer de tort parce que tout ce qu'ils font est indispensable pour nous pr&#233;server de la sauvagerie type &lt;i&gt;Mad Max&lt;/i&gt;. Cette attitude s'accompagne g&#233;n&#233;ralement d'une parano&#239;a raciste &#224; l'&#233;gard des Noirs qui revendiquent leurs droits d'une mani&#232;re ou d'une autre. On se souvient de leur r&#233;action hyst&#233;rique quand des joueurs de football am&#233;ricain avaient mis un genou &#224; terre durant l'hymne national &lt;i&gt;[en 2016 pour protester contre les violences racistes]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;meutes sont-elles des r&#233;ponses ad&#233;quates aux violences polici&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;meutes ne se suffiront jamais &#224; elles-m&#234;mes. Elles peuvent n&#233;anmoins se r&#233;v&#233;ler n&#233;cessaires en mobilisant des personnes auparavant passives, en donnant &#224; des individus isol&#233;s un sentiment de puissance collective, en endommageant l'infrastructure r&#233;elle de l'oppression et, de fa&#231;on marginale, en permettant une redistribution des richesses. Mais ce que je soutiens, c'est que les &#233;meutes sont un outil de communication de la population &#224; l'&#233;gard du pouvoir. Elles lui intiment la limite &#224; ne pas franchir. La simple existence de l'&#233;meute montre que la l&#233;gitimit&#233; des dirigeants s'est effondr&#233;e, au point de mettre en p&#233;ril leur capacit&#233; &#224; gouverner &#8211; en tout cas temporairement. C'est une situation tr&#232;s d&#233;licate &#224; laquelle les gouvernements doivent faire face. Elle tend &#224; produire &lt;i&gt;[chez les gouvernants]&lt;/i&gt; une d&#233;pendance excessive &#224; la coercition &#8211; r&#233;pondre &#224; la violence par une violence plus grande encore. D'une certaine mani&#232;re, c'est logique : lorsque la l&#233;gitimit&#233; n'est plus l&#224;, la violence est tout ce qui reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour que les &#233;meutes puissent remplir leur r&#244;le singulier, elles doivent se conjuguer &#224; d'autres initiatives parall&#232;les afin de structurer les causes des troubles et consolider les acquis de la lutte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel parti tirer des &#233;meutes pour &#233;largir le champ d'un imaginaire politique &#233;mancipateur dans un avenir proche ? Que faire ensuite pour &#233;viter, par exemple, l'effondrement de la gauche radicale apr&#232;s 1968 ou les espoirs douch&#233;s du mouvement Occupy ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui se passera apr&#232;s les &#233;meutes sera crucial pour d&#233;terminer si ce moment marque un tournant dans l'histoire de la contestation du maintien de l'ordre, ou s'il est simplement cathartique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont nous aurons absolument besoin, c'est que les organisations de gauche se saisissent de cette occasion pour adopter un programme totalement abolitionniste, et se donnent les moyens de le mettre en &#339;uvre. Dans la gauche radicale, la non-col&#8202;labo&#8202;ration avec la police n'est plus &#224; n&#233;gocier depuis longtemps, m&#234;me quand il ne s'agit que d'une simple demande d'autorisation de manifester. Pour la gauche institutionnelle, les choses se r&#233;v&#232;lent plus d&#233;licates, et le changement ne se fera pas toujours sans douleur. Gr&#226;ce au boulot d'organisations comme Incite : des femmes de couleur contre la violence et &#224; des universitaires engag&#233;s comme Andrea Ritchie et Dean Spade, les mouvements f&#233;ministes et LGBTQ+ d&#233;battent depuis longtemps de la fa&#231;on de r&#233;pondre aux agressions sexuelles, &#224; la violence domestique et aux crimes haineux sans s'appuyer sur le syst&#232;me judiciaire p&#233;nal&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, m&#234;me si la position abolitionniste est loin d'&#234;tre dominante. Dans le mouvement ouvrier, il y a encore plus &#224; faire. Les flics ont beau avoir une longue histoire de briseurs de gr&#232;ve, les syndicats ne les consid&#232;rent toujours pas comme l'ennemi naturel des travailleurs (ce qui &#233;tait la position de George Orwell), mais continuent de les assimiler aux autres salari&#233;s n&#233;cessitant une protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le syndicat de fonctionnaires &lt;i&gt;[American Federation of State, County and Municipal Employees]&lt;/i&gt; auquel j'appartiens, les flics, les commissaires et les gardiens de prison peuvent &#234;tre syndiqu&#233;s. En m&#234;me temps, mon syndicat c&#233;l&#232;bre la gr&#232;ve des &#233;boueurs &lt;i&gt;[de Memphis en 1968]&lt;/i&gt; et aspire &#224; devenir une organisation antiraciste. Je pense que nous arrivons &#224; un point o&#249; cette contradiction va devenir intenable. Alors que les personnes de couleur s'expriment pour r&#233;clamer la fin de la supr&#233;matie blanche &#8211; et portent cette revendication sur le lieu de travail &#8211; les syndicats devront se d&#233;faire de ces secteurs r&#233;pressifs. Il est temps d'organiser les prisonniers et de cesser de syndiquer les gardiens de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont l&#224; que quelques exemples sur la fa&#231;on dont la gauche doit changer selon moi. Mais la v&#233;rit&#233; est que ces moments d'insurrection font descendre dans la rue beaucoup de gens qui n'avaient jamais fait de politique auparavant. Certaines de ces personnes continueront la lutte apr&#232;s dissipation des gaz lacrymog&#232;nes. Et il ne fait aucun doute que ces nouvelles personnes apporteront des id&#233;es neuves et ouvriront des possibilit&#233;s que toi et moi n'aurions m&#234;me pas imagin&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de rumeurs circulent sur la pr&#233;sence de flics en civil parmi les manifestants. Comment les rep&#233;rer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre capacit&#233; &#224; les reconna&#238;tre dans une manifestation de rue est h&#233;las tr&#232;s limit&#233;e, et les tentatives de le faire peuvent se r&#233;v&#233;ler contre-productives. D'une part, la suspicion peut devenir un moyen d'imposer une vision &#233;troite de qui peut faire partie ou non du mouvement, de ce &#224; quoi doit ressembler un manifestant, et elle peut &#233;galement s'appuyer sur des st&#233;r&#233;otypes pour d&#233;signer &#224; quoi ressemble un flic : il s'agit d'une sorte d'aveuglement que nos adversaires pourront exploiter. D'autre part, la tentative d'identifier les agents de police par leur comportement peut aussi d&#233;vier en une tendance &#224; &#233;tiqueter tous ceux avec qui on est en d&#233;saccord comme &#233;tant des infiltr&#233;s, ou &#224; affirmer qu'ils ne &#8220;valent pas mieux que les flics&#8221;, etc. Et c'est vrai dans tous les camps. Les partisans intransigeants de la non-violence d&#233;nonceront les &#233;meutiers comme des agents provocateurs, et les &#233;meutiers accuseront les manifestants pacifiques d'&#234;tre complices de la r&#233;pression. Ce genre de clivage est aussi destructeur que ce qu'il vise &#224; pr&#233;venir, et la traque des infiltr&#233;s d&#233;tourne du d&#233;bat essentiel sur les tactiques adapt&#233;es aux situations. En effet, ce genre d'arguments dispense chaque partie de justifier ses propres tactiques, et de les relier &#224; une strat&#233;gie plus large dans une perspective de changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, nous devons nous rappeler que l'objectif d'une bonne s&#233;curit&#233; &lt;i&gt;[dans nos rangs]&lt;/i&gt; est de consolider notre capacit&#233; d'action. La s&#233;curit&#233; consiste donc &#224; g&#233;rer et &#224; att&#233;nuer les risques, et non &#224; les &#233;liminer. R&#233;sister au pouvoir est intrins&#232;quement risqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traduction : Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187 (mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand les meufs ripostent</title>
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		<dc:date>2020-02-20T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Meriem Bioud, Nadia Slimani, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Alice Bien</dc:subject>
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&lt;p&gt;Apprendre &#224; r&#233;agir face &#224; une agression, prendre conscience de sa puissance, d&#233;tricoter les mythes sur la vuln&#233;rabilit&#233; : c'est l'id&#233;e de l'autod&#233;fense f&#233;ministe n&#233;e dans les ann&#233;es 1970 de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. Orange m&#233;canique, de Stanley Kubrick. Dixi&#232;me minute. Alex DeLarge et sa bande de d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s s'introduisent chez un couple, tabassent l'homme et s'appr&#234;tent &#224; violer la femme. Face &#224; ce d&#233;cha&#238;nement de violence, elle ose timidement quelques cris stridents puis reste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/methode-Riposte" rel="tag"&gt;m&#233;thode Riposte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apprendre &#224; r&#233;agir face &#224; une agression, prendre conscience de sa puissance, d&#233;tricoter les mythes sur la vuln&#233;rabilit&#233; : c'est l'id&#233;e de l'autod&#233;fense f&#233;ministe n&#233;e dans les ann&#233;es 1970 de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-1460-3451d.jpg?1782645771' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cette planche BD d'Alice Bien est disponible en PDF au bas de cette page.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;&lt;i&gt;range m&#233;canique&lt;/i&gt;, de Stanley Kubrick. Dixi&#232;me minute. Alex DeLarge et sa bande de d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s s'introduisent chez un couple, tabassent l'homme et s'appr&#234;tent &#224; violer la femme. Face &#224; ce d&#233;cha&#238;nement de violence, elle ose timidement quelques cris stridents puis reste finalement impassible &#224; regarder pleuvoir les coups en attendant que son tour vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sc&#232;ne d'agression comme le cin&#233;ma en produit &#224; la pelle. Film apr&#232;s film, les &#233;l&#233;ments sont les m&#234;mes : une femme agress&#233;e qui pense que rien ne sert de lutter, comme si tout &#233;tait jou&#233; d'avance. C'est entre autres pour battre en br&#232;che cet imaginaire collectif aussi d&#233;faitiste que fermement arrim&#233; qu'ont d&#233;barqu&#233; en France les stages d'autod&#233;fense f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un processus d'empowerment&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En tant que femme on peut avoir des peurs ; des choses socialement int&#233;gr&#233;es qui nous font penser qu'on ne peut rien faire. Avec Riposte, au contraire, on va essayer de se concentrer sur ce qu'on peut faire en cas d'agression.&lt;/i&gt; &#187; C'est ce qu'explique Julie, formatrice depuis un an &#224; Marseille et sp&#233;cialiste de la m&#233;thode d'autod&#233;fense f&#233;ministe Riposte. L'id&#233;e ? Permettre aux femmes de prendre conscience de leur force, leur donner des techniques pour r&#233;agir verbalement ou physiquement &#224; une agression ou encore r&#233;affirmer leur l&#233;gitimit&#233; &#224; s'opposer frontalement au harc&#232;lement de rue et &#224; la violence conjugale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autod&#233;fense f&#233;ministe ne se r&#233;duit pas &#224; une pratique corporelle ou &#224; une technique de combat. Comme l'explique sur son site l'association d'Autod&#233;fense et de ressources pour le choix et l'autonomie des femmes (Arca-F), il s'agit d'abord et avant tout de &#171; &lt;i&gt;placer les femmes au centre de la pr&#233;vention et de la lutte contre les violences faites aux femmes&lt;/i&gt; &#187; en leur permettant entre autres de s'extraire &#171; &lt;i&gt;du seul r&#244;le de victime auquel elles sont souvent cantonn&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Un v&#233;ritable acte d'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, comme le r&#233;sume la sociologue Anne-Charlotte Millepied : &#171; &lt;i&gt;En apprenant &#224; se d&#233;fendre, les femmes rompent le script de la f&#233;minit&#233; traditionnellement associ&#233;e &#224; la douceur, la passivit&#233; et la non-violence&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pouvoir des mots et des corps &#8211; L'autod&#233;fense f&#233;ministe, lieu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un terrain glissant ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une question reste en suspens : n'y a-t-il pas un risque que l'autod&#233;fense f&#233;ministe d&#233;rive vers une culpabilisation de la victime qui n'aurait pas su adopter la bonne strat&#233;gie ? Pour Julie, on en est loin : &#171; &lt;i&gt;La victime n'est pas responsable. Pour supprimer les agressions, il faut que les agresseurs n'agressent pas. On ne donne pas de r&#232;gle &#224; suivre dans les stages, car on sait qu'on ne peut pas toujours les mettre en &#339;uvre.&lt;/i&gt; &#187; D'apr&#232;s la formatrice, la pratique vient en compl&#233;ment d'autres formes de lutte contre les violences sexistes : &#171; &lt;i&gt;L'autod&#233;fense ne va pas tout r&#233;soudre &#224; elle seule, ce n'est pas le seul levier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#234;tre une solution miracle, elle a tout de m&#234;me d&#233;j&#224; largement fait ses preuves, comme le rappelle Anne-Charlotte Millepied en se r&#233;f&#233;rant &#224; une &#233;tude men&#233;e aux &#201;tats-Unis&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par les sociologues am&#233;ricaines Pauline Bart et Patricia O'Brien.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en 1985 : &#171; &lt;i&gt;Dans 80&lt;/i&gt; &lt;i&gt;% des cas, riposter verbalement &#8211; en parlant ou en criant &#8211; suffit &#224; mettre fin &#224; une agression.&lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;C'est quand les techniques verbales se sont av&#233;r&#233;es insuffisantes que les techniques de riposte physique entrent en jeu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;En France, une arriv&#233;e tardive&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Impuls&#233;es par les mouvements f&#233;ministes, ces pratiques d'autod&#233;fense ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1970 au Qu&#233;bec avec l'utilisation du &lt;i&gt;Fem Do Chi &lt;/i&gt;et du &lt;i&gt;Wendo&lt;/i&gt;, puis en Autriche avec le Seito Boei. &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e &#233;tait d'adapter les techniques des arts martiaux et de la self-d&#233;fense traditionnelle au v&#233;cu sp&#233;cifique des femmes&lt;/i&gt; &#187;, explique la sociologue Anne-Charlotte Millepied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver jusqu'&#224; l'Hexagone, ces m&#233;thodes ont pris leur temps. Il a fallu attendre les ann&#233;es 2000 pour que les premiers stages pratiques soient organis&#233;s par des associations. Quant &#224; la m&#233;thode Riposte, qui a pris racine au Centre de pr&#233;vention des agressions de Montr&#233;al dans les ann&#233;es 1980, elle n'a &#233;t&#233; import&#233;e en France qu'en 2008 par une militante form&#233;e sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce retard ? D'apr&#232;s Anne-Charlotte Millepied, l'explication est &#224; trouver dans le fait que &#171; &lt;i&gt;les mouvements f&#233;ministes fran&#231;ais r&#233;cusent historiquement l'usage de la violence, consid&#233;r&#233;e comme un attribut du patriarcat, &#224; cause de l'objectif initial de faire avant tout la lumi&#232;re sur la violence que les femmes subissent&lt;/i&gt; &#187;. Une donne qui est en train de changer : &#171; &lt;i&gt;On peut consid&#233;rer que l'ampleur que commence &#224; prendre l'autod&#233;fense f&#233;ministe t&#233;moigne d'une l&#233;gitimation de l'usage de la violence par les femmes pour se d&#233;fendre, ainsi que d'un positionnement plus affirm&#233; du corps comme outil de lutte, et non plus seulement comme enjeu de lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;. Il &#233;tait temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Meriem Bioud &amp; Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Lorsqu'elle est apprivois&#233;e, la peur est une force &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juin dernier, Nadia, 28 ans, a particip&#233; &#224; un atelier d'autod&#233;fense de deux jours. Bas&#233; sur la m&#233;thode Riposte, ce stage &#233;tait organis&#233; par le Centre de pr&#233;vention des agressions de Marseille. T&#233;moignage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendez-vous au Planning familial dans une tenue confortable, pour passer deux dimanches que je n'oublierai pas. Nous sommes une vingtaine &#224; &#234;tre venues &#224; ce stage en non-mixit&#233;, ouvert &#224; toutes les personnes qui s'identifient comme femme et dont les tarifs sont adapt&#233;s aux moyens de chacune. Le moment des pr&#233;sentations a &#233;t&#233; charg&#233; d'&#233;motion. Dans chaque h&#233;sitation, chaque voix tremblante ou assur&#233;e, chaque regard humide, il y avait l'histoire d'une femme qui a v&#233;cu des situations de harc&#232;lement qui l'ont parfois mise en danger. Faire la d&#233;marche de venir &#233;tait d&#233;j&#224; une &#233;preuve pour certaines, car cela voulait dire aborder des exp&#233;riences douloureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julia et Siham, les organisatrices, nous ont ensuite appris plusieurs techniques verbales et physiques pour se sortir d'une mauvaise situation. Nous les avons ensuite mises en pratique. On a &#233;galement pass&#233; en revue le cadre l&#233;gal, les d&#233;marches &#224; entreprendre en cas d'agression ou les choses &#224; faire pour aider une victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rencontres ont aussi &#233;t&#233; l'occasion de d&#233;construire des mythes qui alimentent la peur comme celui de l'agresseur qui surgit de nulle part dans une ruelle sombre. Si ces cas existent, la majorit&#233; des agressions sont commises par des personnes de l'entourage des femmes. De plus, dans les repr&#233;sentations, la femme agress&#233;e se tait, se crispe ou crie avec une voix aigu&#235;. On a au contraire appris &#224; hurler d'une voix grave et &#224; r&#233;aliser que la peur est une force lorsqu'elle est apprivois&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant du stage, j'ai ressenti une grande fiert&#233;. Depuis, je me suis mise &#224; la boxe pour me reconnecter &#224; mon corps et continuer ce travail de reprise de confiance. J'apprends aussi &#224; oser dire non, dans une soci&#233;t&#233; o&#249;, en tant que femmes, on nous a souvent demand&#233; d'&#234;tre au service des autres, polies, calmes, discr&#232;tes et complaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nadia Slimani&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3248 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-18.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 315.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783456042' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;T&#233;l&#233;charger la planche BD &#034;Riposte&#034; d'Alice Bien en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/itineraires/3818&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le pouvoir des mots et des corps &#8211; L'autod&#233;fense f&#233;ministe, lieu de production de scripts sexuels alternatifs&lt;/a&gt; &#187;, revue&lt;i&gt; Itin&#233;raires&lt;/i&gt; (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par les sociologues am&#233;ricaines Pauline Bart et Patricia O'Brien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Chili en premi&#232;re ligne</title>
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		<dc:date>2019-12-11T15:56:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cosa Rara</dc:creator>


		<dc:subject>Daniela Le&#243;n</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; On s'est r&#233;veill&#233;s en plein milieu d'un cauchemar militaris&#233;. &#187; C'est ainsi qu'une manifestante d&#233;crit l'embrasement v&#233;cu par le Chili &#224; partir du 18 octobre dernier. Longtemps qualifi&#233; d'oasis de stabilit&#233; n&#233;olib&#233;rale, le pays veut en finir avec l'h&#233;ritage encombrant de la dictature du g&#233;n&#233;ral Pinochet. Tout n'a pas d&#233;marr&#233; en octobre. La contestation antigouvernementale actuelle trouve son origine dans le mouvement lyc&#233;en mobilis&#233; depuis des ann&#233;es contre les r&#233;formes dans l'&#233;ducation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no182-decembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;182 (d&#233;cembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Daniela-Leon" rel="tag"&gt;Daniela Le&#243;n&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/droit" rel="tag"&gt;droit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rue" rel="tag"&gt;rue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/systeme" rel="tag"&gt;syst&#232;me&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Santiago" rel="tag"&gt;Santiago&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On s'est r&#233;veill&#233;s en plein milieu d'un cauchemar militaris&#233;. &#187;&lt;/i&gt; C'est ainsi qu'une manifestante d&#233;crit l'embrasement v&#233;cu par le Chili &#224; partir du 18 octobre dernier. Longtemps qualifi&#233; d'oasis de stabilit&#233; n&#233;olib&#233;rale, le pays veut en finir avec l'h&#233;ritage encombrant de la dictature du g&#233;n&#233;ral Pinochet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1375-aa7a8.jpg?1782642329' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Daniela Le&#243;n
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;out n'a pas d&#233;marr&#233; en octobre. La contestation antigouvernementale actuelle trouve son origine dans le mouvement lyc&#233;en mobilis&#233; depuis des ann&#233;es contre les r&#233;formes dans l'&#233;ducation et, plus r&#233;cemment, contre le projet de loi &#171; &lt;i&gt;aula segura&lt;/i&gt; &#187; pour la &#171; &lt;i&gt;s&#233;curit&#233; dans les salles de classe&lt;/i&gt; &#187;. Ce texte donne le droit aux proviseurs d'expulser sur-le-champ les &#233;l&#232;ves impliqu&#233;s dans des actes de &#171; violence &#187;, champ &#233;largi au point d'inclure le simple fait de manifester. Un mois apr&#232;s la rentr&#233;e scolaire, d&#233;but mars 2019, les lyc&#233;en.nes s'y &#233;taient oppos&#233;es en descendant dans la rue. Ils avaient &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s par les &lt;i&gt;pacos&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sobriquet largement partag&#233; pour d&#233;signer les &#171; carabineros &#187; : agents de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ces derniers s&#233;questrant des &#233;l&#232;ves dans leurs &#233;tablissements tout en les inondant de gaz lacrymog&#232;ne. La mobilisation a repris en septembre et la r&#233;pression s'est intensifi&#233;e, jusqu'&#224; l'humiliation de jeunes filles forc&#233;es &#224; se d&#233;nuder dans des commissariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 octobre, jour de l'annonce de la hausse de 30 pesos du ticket de transport scolaire, les lyc&#233;en.nes ont d&#233;cid&#233; de g&#233;n&#233;raliser des op&#233;rations d'auto-r&#233;duction du m&#233;tro. Si les forces de police de Santiago s'y sont mass&#233;es pour emp&#234;cher la fraude massive des transports, une vingtaine de stations ont &#233;t&#233; incendi&#233;es le soir m&#234;me. Des supermarch&#233;s ont aussi &#233;t&#233; saccag&#233;s sous les yeux de &lt;i&gt;pacos &lt;/i&gt;&#233;tonnamment immobiles. Certains ont d&#233;nonc&#233; un &#171; &lt;i&gt;coup mont&#233;&lt;/i&gt; &#187; du gouvernement, visant &#224; justifier l'intervention des militaires en &#171; &lt;i&gt;d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de la nation face &#224; la violence&lt;/i&gt; &#187;. De tels montages policiers ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; utilis&#233;s dans le pass&#233; pour justifier le massacre d'Indiens mapuches.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce n'est pas une histoire de 30 pesos, ce sont trente ans &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;&#231;ue par les diff&#233;rents gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; la fin de la dictature Pinochet, il y a trois d&#233;cennies, la population chilienne rejette en masse le syst&#232;me de retraite g&#233;r&#233; par des fonds de pension et la privatisation &#224; outrance de tous les services vitaux &#8211; &#224; commencer par l'eau. En r&#233;ponse, la &#171; grande manifestation &#187; du vendredi 19 octobre s'est d&#233;ploy&#233;e de la Plaza Italia &#8211; grand carrefour du centre-ville de Santiago, lieu de vie nocturne et de mixit&#233; sociale &#8211; &#224; La Moneda, le palais pr&#233;sidentiel, rassemblant deux millions de personnes&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Chili compte 18 millions d'habitants.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour exiger la dignit&#233;, des familles avec des enfants, des &#233;tudiants, des retrait&#233;s ont envahi l'Alameda, l'avenue centrale de Santiago, dans un gigantesque concert de casseroles (&lt;i&gt;cacerolazo&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la hausse du ticket a &#233;t&#233; annul&#233;e, la rue ne s'est pas vid&#233;e pour autant. Le pr&#233;sident Sebasti&#225;n Pi&#241;era a alors d&#233;cid&#233; de promulguer l'&#233;tat d'urgence sans passer par l'approbation du Congr&#232;s, tout en affirmant avec emphase : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est pr&#234;t &#224; faire usage de la violence et de la d&#233;linquance sans aucune limite.&lt;/i&gt; &#187; Le soir m&#234;me, le couvre-feu &#233;tait mis en place &#224; 20 h, moment exact o&#249; la chanson &#171; El derecho de vivir en paz &#187; (&#171; Le droit de vivre en paix &#187;) de Victor Jara&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;l&#232;bre chanteur engag&#233;, assassin&#233; dans les jours qui ont suivi le coup (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;tait entonn&#233;e &#224; l'unisson dans les rues sur fond de &lt;i&gt;cacerolazo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; lev&#233; au bout de trois jours face &#224; la pression de la rue, le bilan est terrible : 20 morts et une centaine d'&#233;borgn&#233;.es par balles de caoutchouc, tir&#233;es par les &lt;i&gt;pacos &lt;/i&gt;&#224; bout portant. Des ministres ont saut&#233; et quelques promesses ont &#233;t&#233; faites, mais la rue n'a pas d&#233;sempli jusqu'au jour o&#249; ces lignes sont &#233;crites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au bout de deux semaines que la revendication pour davantage d'&#233;galit&#233; et pour un changement de Constitution est devenue prioritaire. La Constitution actuelle, h&#233;rit&#233;e de l'&#232;re Pinochet et r&#233;dig&#233;e par des Chicago boys&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe d'&#233;conomistes chiliens form&#233;s &#224; l'universit&#233; de Chicago par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; conform&#233;ment &#224; la doxa n&#233;olib&#233;rale, met l'&#201;tat au service des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques priv&#233;s et de la finance. Alors que l'Assembl&#233;e pour l'unit&#233; sociale, qui regroupe des &#233;tudiants et des travailleurs, exigeait la r&#233;union d'une Assembl&#233;e constituante avec la participation citoyenne de tous les secteurs de la soci&#233;t&#233;, un accord a &#233;t&#233; conclu le 15 novembre au Congr&#232;s pour organiser un r&#233;f&#233;rendum en avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays terrifi&#233; par la perspective de revivre le coup d'&#201;tat de 1973, la cr&#233;ativit&#233; l'emporte sur la peur. La g&#233;n&#233;ration actuelle a grandi sous la &#171; d&#233;mocratie &#187;, mais est laiss&#233;e pour compte par le syst&#232;me. Ce sont les rejetons d'une classe moyenne endett&#233;e &#224; vie qui forment la &#171; premi&#232;re ligne &#187; des cort&#232;ges. &#192; leurs c&#244;t&#233;s, sortis des centres d'accueil o&#249; ils &#233;taient confin&#233;s, on retrouve les enfants du Sename. Ce service national de protection de l'enfance avait &#233;t&#233; &#233;clabouss&#233; en 2016 par un scandale retentissant : la mise au jour de plus d'un millier de d&#233;c&#232;s suspects ces dix derni&#232;res ann&#233;es, d'un r&#233;seau de prostitution et de trafics d'organes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH317/-1379-7ec13.jpg?1782642329' width='500' height='317' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Daniela Le&#243;n
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La &#171; premi&#232;re ligne &#187; d&#233;fend le droit de manifester&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un mois de mobilisation quotidienne sur les places des villes chiliennes, les manifestants organisent leur autod&#233;fense avec une &#171; premi&#232;re ligne &#187; au front contre la police. Des jeunes &#224; capuche &#233;quip&#233;s de boucliers de fortune sont suivis d'une ligne de lanceurs de pierres. Viennent ensuite les &#233;quipes de secouristes et, pour clore la marche, des manifestants tapant sur des casseroles avec des cuill&#232;res en bois. De maigres armes face &#224; l'arsenal des &lt;i&gt;pacos&lt;/i&gt; et leur m&#233;pris &#233;vident du droit de manifester. Ces chiens de garde du milliardaire Pi&#241;era sont bien mieux lotis que l'immense majorit&#233; des travailleurs chiliens : ils b&#233;n&#233;ficient, eux, d'un meilleur syst&#232;me de sant&#233;, de bonnes retraites et de primes diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'espace de quelques semaines, le Chili est devenu un vaste terrain d'exp&#233;rimentation de la r&#233;pression. Les &lt;i&gt;pacos&lt;/i&gt; p&#233;n&#232;trent partout &#8211; h&#244;pitaux, maisons, &#233;coles, wagons du m&#233;tro &#8211; en toute impunit&#233;, tandis que des hommes, des femmes et des adolescentes sont victimes d'agressions sexuelles lors de leurs arrestations, que des handicap&#233;.es sont priv&#233;.es de leurs chaises roulantes et que des personnes &#226;g&#233;es sont tabass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pi&#241;era a fait quelques concessions sous la pression de plusieurs rapports de l'ONG Human Rights Watch, qui soulignaient &#171; &lt;i&gt;le recours &#224; la force excessive&lt;/i&gt; &#187; durant les manifestations. Mais d'un revers de la main, il a balay&#233; celui d'Amnesty International, qui parle d'une &#171; &lt;i&gt;politique de brutalit&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;violations g&#233;n&#233;ralis&#233;es des droits de l'Homme&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Tous ceux qui croient dans la paix doivent arr&#234;ter la d&#233;linquance organis&#233;e ; aujourd'hui plus que jamais les carabiniers et les forces arm&#233;es doivent prot&#233;ger l'ordre public&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque semaine, le pr&#233;sident propose de nouvelles mesures pour faire r&#233;gner l'ordre : des projets de loi au Congr&#232;s (contre les barricades, contre les cagoules, etc.), un nouveau service de renseignement inspir&#233; de celui qui existait sous Pinochet, le recrutement de 4 000 &lt;i&gt;pacos&lt;/i&gt; suppl&#233;mentaires, la possibilit&#233; de faire intervenir l'arm&#233;e en ne passant ni par la case &#233;tat d'urgence ni par l'approbation du Congr&#232;s... Une longue litanie r&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La violence d&#233;truit notre &#233;conomie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La manipulation du &#171; trauma historique du Chili &#187; &#8211; le coup d'&#201;tat de Pinochet &#8211; est l'arme principale du gouvernement. Mais si les intimidantes m&#233;thodes de r&#233;pression et de terreur sont de retour, elles sont plus difficilement dissimulables en raison de la diffusion massive des images de brutalit&#233; sur les r&#233;seaux sociaux. Et ce en d&#233;pit des tentatives gouvernementales de minimiser le nombre de morts, discr&#233;diter les victimes et camoufler la disparition forc&#233;e de dizaines de personnes. D&#233;non&#231;ant la complicit&#233; de m&#233;dias gav&#233;s &#224; l'info-spectacle et multipliant les gros plans sur les saccages, une presse ind&#233;pendante se d&#233;veloppe tant bien que mal. Face aux &lt;i&gt;pacos&lt;/i&gt; ivres de haine, la solidarit&#233; se maintient et la rue r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volte laisse les partis politiques en dehors du jeu, en mettant en avant une &#171; chil&#233;nit&#233; &#187; (&lt;i&gt;chilenidad&lt;/i&gt;) retrouv&#233;e et r&#233;invent&#233;e, apr&#232;s des d&#233;cennies d'anesth&#233;sie caus&#233;e par les mirages du n&#233;olib&#233;ralisme. Lors d'assembl&#233;es quotidiennes qui se tiennent partout, un programme se dessine : reconstruire un syst&#232;me plus juste et solidaire. Nous sommes toutes et tous en premi&#232;re ligne !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cosa Rara&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plus d'informations (en espagnol) sur : &lt;a href=&#034;https://prensaopal.cl/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Prensa Opal Chile&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://twitter.com/piensaprensa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Piensa Prensa&lt;/a&gt;, Chile despert&#243; ou &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/nuestro.canto/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nuestro canto&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sobriquet largement partag&#233; pour d&#233;signer les &#171; &lt;i&gt;carabineros&lt;/i&gt; &#187; : agents de police et CRS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Chili compte 18 millions d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C&#233;l&#232;bre chanteur engag&#233;, assassin&#233; dans les jours qui ont suivi le coup d'&#201;tat du 11 septembre 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupe d'&#233;conomistes chiliens form&#233;s &#224; l'universit&#233; de Chicago par les th&#233;oriciens du n&#233;o-lib&#233;ralisme et qui ont soutenu la dictature de Pinochet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Killing Queer Hero</title>
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		<dc:date>2019-08-11T12:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Tewfiq</dc:creator>


		<dc:subject>Previously dans Ciquiou&#232;fdy</dc:subject>
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&lt;p&gt;Previously dans Ciquiou&#233;fdi : Au risque de d&#233;plaire aux lecteurs r&#233;tifs &#224; ces &#339;uvres fictionnelles, nous continuons la visite des s&#233;ries anglaises. Apr&#232;s l'espionnage &#224; Londres &#8230;, cap au Nord, Manchester et sa campagne, pour Hit and miss, un polar qui donnerait des boutons &#224; la Manif pour tous (MPT). Pr&#233;-g&#233;n&#233;rique Nuit. Parking glauque, d&#233;sert, silencieux. Un type se dirige vers sa caisse. Quelqu'un l'attend. Capuche et veste noires. Flingue et silencieux. Poum et poum. Le tueur &#224; gages (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Previously-dans-Ciquiouefdy" rel="tag"&gt;Previously dans Ciquiou&#232;fdy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Junie-Briffaz" rel="tag"&gt;Junie Briffaz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femme" rel="tag"&gt;femme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violence" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mia" rel="tag"&gt;Mia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chloe-Sevigny" rel="tag"&gt;Chlo&#235; Sevigny&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Karla-Crome" rel="tag"&gt;Karla Crome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pre-generique-Nuit" rel="tag"&gt;Pr&#233;-g&#233;n&#233;rique Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/trans" rel="tag"&gt;trans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tueuse" rel="tag"&gt;tueuse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Previously dans Ciquiou&#233;fdi &lt;/i&gt; : Au risque de d&#233;plaire aux lecteurs r&#233;tifs &#224; ces &#339;uvres fictionnelles, nous continuons la visite des s&#233;ries anglaises. Apr&#232;s l'espionnage &#224; Londres&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Honourable Woman, in CQFD n&#176;151.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&#8230;, cap au Nord, Manchester et sa campagne, pour &lt;i&gt;Hit and miss&lt;/i&gt;, un polar qui donnerait des boutons &#224; la Manif pour tous (MPT).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L419xH400/-1257-e5387.jpg?1782639932' width='419' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Junie Briffaz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;-g&#233;n&#233;rique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit. Parking glauque, d&#233;sert, silencieux. Un type se dirige vers sa caisse. Quelqu'un l'attend. Capuche et veste noires. Flingue et silencieux. Poum et poum. Le tueur &#224; gages retourne dans sa voiture&#8230; et se passe du rouge sur les l&#232;vres. Chez elle, apr&#232;s une s&#233;ance de sport, elle va prendre une douche. L'assassin est une femme trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;n&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hit and miss&lt;/i&gt;, mini-s&#233;rie (une saison, 6 &#233;pisodes de 40 minutes) cr&#233;&#233;e par Paul Abbott pour Sky Atlantic. Premi&#232;re diffusion : mai 2012. Avec Chlo&#235; Sevigny, Jonas Armstrong, Karla Crome, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;pisode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mia travaille comme tueuse &#224; gages pour un mafieux de Manchester afin de payer son op&#233;ration qui pourra la rendre pleinement femme. En attendant, elle &#233;conomise, ne voit personne, ne s'occupe que d'elle. C'est alors que sa vie d'avant, du temps o&#249; elle essayait d'&#234;tre un homme h&#233;t&#233;rosexuel, la rattrape : une ex-girlfriend, mourante, apprend &#224; Mia qu'elle a &#233;t&#233; le g&#233;niteur d'un gamin de 11 ans. Et les choses vont se compliquer davantage lorsqu'elle se voit confier la garde des quatre enfants de cet amour lointain et passager. Entre Manchester, grise, urbaine, solitaire et la campagne du Yorkshire, ses landes, la ferme avec les quatre gosses (de 6, 11, 15 et 17 ans), c'est une nouvelle famille qui rena&#238;t loin du mod&#232;le &#171; un papa, une maman &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; l'heure o&#249; les suppos&#233;s champions de la prochaine pr&#233;sidentielle fran&#231;aise redoublent d'&#339;uillades appuy&#233;es aux cathos int&#233;gristes et aux dingos de la MPT qui auraient &#233;t&#233; &#171; humili&#233;s par Hollande &#187; (dixit Macron), &lt;i&gt;Hit and miss&lt;/i&gt; est un bon coup de botte &#224; talon dans les parties de ces r&#233;acs. Car c'est bien une &#171; famille &#187; qui est au centre de l'intrigue. Une famille qui se compose et se recompose, non pas en fonction des carcans traditionnels et g&#233;n&#233;tiques, mais en fonction des aspirations, des amours et des f&#234;lures de ses membres&#8230; qui sont tous, peu ou prou, celles et ceux qui sont quotidiennement maltrait&#233;s et r&#233;ellement humili&#233;s par la soci&#233;t&#233; patriarcale et normative : femme, trans, gamins en marge, jeunes isol&#233;s, marginaux, handicap&#233;(e)s, &#233;pouses battues ou fille m&#232;re&#8230; En face, les parents de Mia - la famille patriarcale &#171; normale &#187; - n'est g&#233;n&#233;ratrice que de violence et d'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines critiques ont point&#233; du doigt le paradoxe que ce soit une actrice &#171; cis &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Est &#171; cis &#187; une personne dont le corps est en ad&#233;quation avec son genre. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Chlo&#235; Sevigny, qui interpr&#232;te un r&#244;le de trans alors que les actrices trans manquent cruellement de (beaux) r&#244;les&#8230; Il n'emp&#234;che que la prestation de l'actrice am&#233;ricaine est pour le coup tout &#224; fait remarquable. Tour &#224; tour femme fatale, tueuse de sang froid ou en panique, elle cr&#232;ve l'&#233;cran. Le c&#339;ur de l'histoire ne tourne pas autour du changement de sexe de Mia mais du changement de perspective de son existence : d'un c&#244;t&#233;, l'implacable tueuse trans, passablement &#233;go&#239;ste et r&#233;serv&#233;, de l'autre, la femme charg&#233;e de famille, en lutte contre l'omnipr&#233;sente violence des dominants : les hommes riches et puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnages, r&#233;jouissants, ne m&#226;chent pas leurs mots, avec des accents du nord de l'Angleterre ouvri&#232;re. Par exemple, Riley, la fille a&#238;n&#233;e, interpr&#233;t&#233;e par la jeune Karla Crome, v&#233;ritable alter-ego de Mia : l'opposition initiale, &#171; vraie &#187; femme et m&#232;re potentielle versus &#171; fausse &#187; femme et p&#232;re &#171; v&#233;ritable &#187;, se mue peu &#224; peu en une relation de solidarit&#233;, de sororit&#233; m&#234;me, de femmes en but &#224; la violence des hommes. Car, si c'est Mia la tueuse, la violence, le sexisme et la transphobie viennent le plus souvent des mecs&#8230; Dans la s&#233;rie comme dans la vie. Et les femmes ne peuvent et ne doivent compter que sur elles-m&#234;mes. Cette &#171; petite s&#233;rie &#187; (4 heures en tout et pour tout) tr&#232;s attachante, accompagn&#233;e d'une excellente bande son, est aussi une &#339;uvre politique. Sans se faire donneuse de le&#231;on, d'ailleurs ! Il n'y a aucune morale finale autre que &#171; la lutte continue &#187;. Et elle continuera encore le mois prochain, avec une autre s&#233;rie, d'autres femmes et d'autres paysages loin, tr&#232;s loin de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Tewfiq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;The Honourable Woman, in &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Est &#171; cis &#187; une personne dont le corps est en ad&#233;quation avec son genre. C'est-&#224;-dire, grosso-modo, &#171; non-trans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Encore aujourd'hui, la violence des femmes surprend, d&#233;range, choque &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Encore-aujourd-hui-la-violence-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Encore-aujourd-hui-la-violence-des</guid>
		<dc:date>2019-06-25T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>hommes</dc:subject>
		<dc:subject>femme</dc:subject>
		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>D'un point</dc:subject>
		<dc:subject>roman Harlequin</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Granier</dc:subject>
		<dc:subject>masculins</dc:subject>
		<dc:subject>personnages f&#233;minins</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec &#192; armes &#233;gales, les femmes arm&#233;es dans les romans policiers (&#201;ditions Ressouvenances), Caroline Granier interroge la place des figures f&#233;minines dans le polar, leur puissance et leur force de frappe quand il s'agit de d&#233;construire les st&#233;r&#233;otypes de genre. Entretien. Les violences faites aux femmes sont un peu au polar ce que les histoires d'amour sont au roman Harlequin. Inspir&#233;.es des chroniques judiciaires les plus sordides, les auteur.es de romans noirs font souvent du f&#233;minicide (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femme" rel="tag"&gt;femme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violence" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/D-un-point" rel="tag"&gt;D'un point&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/roman-Harlequin" rel="tag"&gt;roman Harlequin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Granier" rel="tag"&gt;Caroline Granier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/masculins" rel="tag"&gt;masculins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/personnages-feminins" rel="tag"&gt;personnages f&#233;minins&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;&#192; armes &#233;gales, les femmes arm&#233;es dans les romans policiers&lt;/i&gt; (&#201;ditions Ressouvenances), Caroline Granier interroge la place des figures f&#233;minines dans le polar, leur puissance et leur force de frappe quand il s'agit de d&#233;construire les st&#233;r&#233;otypes de genre. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH344/-1058-b843e.jpg?1782767703' width='500' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es violences faites aux femmes sont un peu au polar ce que les histoires d'amour sont au roman Harlequin. Inspir&#233;.es des chroniques judiciaires les plus sordides, les auteur.es de romans noirs font souvent du f&#233;minicide la cl&#233; de vo&#251;te de leurs intrigues. Plus qu'un miroir grossissant de ce qui se joue dans la r&#233;alit&#233;, ce genre, explique Caroline Granier, peut aussi devenir un support de choix quand il s'agit de penser la critique sociale. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les auteures de polars sont-elles plus attendues au tournant que leurs homologues masculins ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prenons l'exemple d'un &lt;i&gt;&#233;t&#233; pourri &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai lu, 2000.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, de Maud Tabachnik. L'intrigue repose sur des violences commises envers des pr&#233;dateurs sexuels qui se retrouvent agress&#233;s &#224; leur tour. &#192; la sortie du livre, beaucoup de critiques ont r&#233;agi vivement en demandant &#224; l'auteure : &#8220;&lt;i&gt;Dans votre livre, des hommes sont &#233;mascul&#233;s. Est-ce une forme de vengeance ou n'aimez-vous pas les hommes ?&lt;/i&gt;&#8221; une question qu'on ne poserait pas &#224; un auteur masculin qui raconterait une sc&#232;ne de crime sexuel. En fait, cela renvoie &#224; la question de la violence exerc&#233;e par les femmes. Encore aujourd'hui, cette violence surprend, d&#233;range, choque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est ce qui explique cette approche genr&#233;e de la violence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un point de vue historique, sociologique, anthropologique, la violence des femmes reste un tabou qui puise ses origines dans notre construction sociale. Dans l'id&#233;e selon laquelle les hommes, de par leur pr&#233;sence dans la sph&#232;re publique, seraient naturellement m&#234;l&#233;s &#224; la guerre, au pouvoir. Leur violence serait en partie l&#233;gitime. L'image de la femme a &#233;t&#233; construite comme plus passive, plus soumise. Comme si c'&#233;tait une donn&#233;e naturelle. Sauf que les anthropologues ont clairement d&#233;montr&#233; comment la soci&#233;t&#233; avait confisqu&#233; aux femmes les outils de cette violence. Par exemple, alors que les femmes avaient pris une grande part &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, la Constitution de l'an I fait de tous les hommes des citoyens et des soldats, tandis que les femmes sont exclues des arm&#233;es en 1793. Finalement on leur a interdit de se d&#233;fendre, comme l'explique Elsa Dorlin dans &lt;i&gt;Se d&#233;fendre, une philosophie de la violence &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Zones, 2017.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe une id&#233;e &#233;cul&#233;e selon laquelle une lectrice peut facilement s'identifier &#224; un personnage masculin&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qu'il y a d'int&#233;ressant dans les romans policiers utilisant des personnages f&#233;minins pour mener l'enqu&#234;te, c'est qu'ils permettent aux femmes de ne pas s'identifier qu'au personnage de victime. Avoir des mod&#232;les identificatoires sur lesquels s'appuyer, sur lesquels se projeter me semble extr&#234;mement pr&#233;cieux pour la construction de soi. Quand bien m&#234;me cela reste du domaine du fantasme. Le fait pour une femme d'admirer des h&#233;ros essentiellement masculins n'est pas sans effet sur sa construction. Ce que j'ai voulu d&#233;montrer, c'est l'importance de ces images de femmes puissantes qui ont un pouvoir sur leur propre vie. Des femmes qui ne sont pas celles mises en avant dans le polar traditionnellement et qui rompent avec les clich&#233;s de femmes fatales, pr&#233;sent&#233;es comme nocives, ou de victimes en attente du secours d'un homme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enqu&#234;trices &lt;i&gt;hard-boiled&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement &#171; dures &#224; cuire &#187;. Le terme fait r&#233;f&#233;rence &#224; un sous-genre du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; reprennent souvent &#224; leur compte des codes tr&#232;s masculins. Que penser de cette virilisation des personnages f&#233;minins ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En d&#233;tournant les codes virilistes, on ne remet pas forc&#233;ment en cause l'ordre patriarcal. Les d&#233;tectives construites sur le mod&#232;le des enqu&#234;teurs masculins ne modifient pas fondamentalement l'ordre des choses : elles parviennent &#224; se faire une place au sein d'un univers masculin en partie parce qu'elles mettent de c&#244;t&#233; tout un pan de leur vie, amoureuse et familiale. Cela v&#233;hicule encore une fois l'id&#233;e selon laquelle une femme, si elle ne se travestit pas, doit rester bien &#224; sa place dans la sph&#232;re priv&#233;e. La division est tenace entre d'un c&#244;t&#233;, les femmes &#8220; libres &#8221; dans la sph&#232;re publique et de l'autre, les &#233;pouses et m&#232;res, cantonn&#233;es &#224; la sph&#232;re priv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand elle n'est pas virilis&#233;e, l'image de ces enqu&#234;trices flirte parfois avec le ridicule. Comme quand l'h&#233;ro&#239;ne de la s&#233;rie &lt;i&gt;Hannah Wolfe&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Scribner.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, de Sarah Dunant, s'approprie des st&#233;r&#233;otypes sexistes en affirmant au sujet de son sac &#224; main : &#171; &lt;i&gt;Le poids de tout le bazar que j'y transporte est suffisant pour mettre KO n'importe quel assaillant&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, &#224; ce moment-l&#224;, on est &#233;galement dans le d&#233;tournement. De m&#234;me que les talons, qui peuvent aussi &#234;tre une entrave abominable, le sac &#224; main peut &#224; un moment devenir une arme extr&#234;mement efficace entre les mains d'une enqu&#234;trice ! &#192; ce moment-l&#224; ce qui &#233;tait un outil de domination devient une force. En revanche, ce genre d'h&#233;ro&#239;ne peut aussi tr&#232;s vite tomber dans une sorte de &#8220;&lt;i&gt;girl power&lt;/i&gt;&#8221; assez affligeant. On voit de nombreux polars avec des h&#233;ro&#239;nes qui ne remettent pas en cause les attributs st&#233;r&#233;otyp&#233;s de la f&#233;minit&#233; ni leur statut d'objet sexuel. C'est par exemple le cas d'un roman de Carolina Garcia-Aguilera, &lt;i&gt;Bloody Waters &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Bourgois, 1997.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, dans lequel l'enqu&#234;trice Lupe Solano disserte sur les armes &#224; feu : &#8220;&lt;i&gt;Si c'&#233;tait une femme qui avait con&#231;u le premier revolver, elle aurait bien trouver le moyen de le recharger sans ab&#238;mer son vernis &#224; ongles. &lt;/i&gt;&#8221; Cela devient ridicule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi estimes-tu qu'il &#171; &lt;i&gt;ne suffit pas de se trouver du bon c&#244;t&#233; du couteau pour s'affranchir des rapports de domination&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai voulu nuancer un peu mon enthousiasme pour ces romans f&#233;ministes, en montrant que j'&#233;tais consciente que certains ne remettent pas fondamentalement en cause la structure du pouvoir. Parfois on est face &#224; des enqu&#234;trices qui deviennent aussi violentes et dominatrices que les hommes. Ce qui, certes, est int&#233;ressant d'un point de vue f&#233;ministe, mais qui a des limites d'un point de vue politique. Certains personnages f&#233;minins font une critique plus radicale de la soci&#233;t&#233; en se servant de leur position sociale pour critiquer toute forme de rapport de pouvoir. Je pense par exemple &#224; des justici&#232;res qui agissent en dehors de toute institution, comme par exemple les amazones dans le roman &lt;i&gt;Les Carnassi&#232;res&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Baleine, 1999.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; de Catherine Fradier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;J'ai lu, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Zones, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement &#171; dures &#224; cuire &#187;. Le terme fait r&#233;f&#233;rence &#224; un sous-genre du roman noir particuli&#232;rement violent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Scribner.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Bourgois, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Baleine, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Alg&#233;rie, &#171; on assiste &#224; une reconqu&#234;te po&#233;tique de la rue &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/En-Algerie-on-assiste-a-une</link>
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		<dc:date>2019-04-06T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Pole Ka</dc:subject>
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		<dc:subject>d'une interview</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Sarah Haidar, jeune &#233;crivaine alg&#233;rienne libertaire et f&#233;ministe, souffleuse de braises ravie de voir le feu se propager. Cet entretien est la version allong&#233;e d'une interview publi&#233;e dans le num&#233;ro 175 de CQFD, dont le dossier est consacr&#233; &#224; l'Alg&#233;rie et &#224; ce qui y bout. *** Au moment de reposer La Morsure du coquelicot, le regard s'&#233;gare, scrute la pi&#232;ce &#224; la recherche d'une arme, d'une barricade, d'un po&#232;me Molotov. De ce roman balistique d&#233;crivant un pays en pleine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/coquelicot" rel="tag"&gt;coquelicot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/allongee-d-une" rel="tag"&gt;allong&#233;e d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une-interview" rel="tag"&gt;d'une interview&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Sarah Haidar, jeune &#233;crivaine alg&#233;rienne libertaire et f&#233;ministe, souffleuse de braises ravie de voir le feu se propager.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2873 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L340xH674/-1117-6ead9.jpg?1782640554' width='340' height='674' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Cet entretien est la version allong&#233;e d'une interview publi&#233;e dans le num&#233;ro 175 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, dont le dossier est consacr&#233; &#224; l'Alg&#233;rie et &#224; ce qui y bout.&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u moment de reposer &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt;, le regard s'&#233;gare, scrute la pi&#232;ce &#224; la recherche d'une arme, d'une barricade, d'un po&#232;me Molotov. De ce roman balistique d&#233;crivant un pays en pleine insurrection, on voudrait prolonger la port&#233;e. Car l'insurrection qui s'y d&#233;roule a un aspect universel, magn&#233;tique. La faute &#224; Sarah Haidar dont c'est le cinqui&#232;me livre, et qui souffle de sa plume &#233;corch&#233;e un z&#233;phyr incandescent, hymne &#224; &#171; &lt;i&gt;cette terre en &#233;ternelle gestation&lt;/i&gt; &#187; qu'est l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sorti en 2016 &#224; Alger, le livre a &#233;t&#233; publi&#233; en France en 2018&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paru en 2018 aux &#233;ditions M&#233;tagraphes, le livre La Morsure du coquelicot est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Comme un pr&#233;lude &#224; ce grand vent contestataire qui agite depuis quelques semaines les rues alg&#233;riennes. Anarchiste revendiqu&#233;e, Sarah Haidar est &#233;videmment de la partie, elle qui court de manifestation en manifestation, l'espoir aux aguets. R&#233;alis&#233; mi-mars, cet entretien d&#233;crypte l'&#233;bullition ambiante.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous revenez de votre quatri&#232;me vendredi de manifestation. En quoi diff&#233;rait-il (ou pas) des pr&#233;c&#233;dents ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis le 22 f&#233;vrier, Alger, comme des dizaines d'autres villes du pays, vit au rythme d'une contestation dont le point d'orgue est le vendredi de chaque semaine. Pour cette journ&#233;e du 15 mars, la diff&#233;rence r&#233;side peut-&#234;tre dans cette impression qui n'a rien d'empirique d'une augmentation sensible du nombre de manifestants, d'une certaine &#8220;parit&#233; des sexes&#8221; dans la morphologie contestataire et d'une d&#233;termination accrue quant au refus cat&#233;gorique des propositions du pouvoir en place dont on exige la disparition. La diff&#233;rence fondamentale consiste &#233;galement en un certain assouplissement des pratiques des forces de l'ordre, li&#233; sans doute au fait que la plupart des manifestants &#233;vitent les cibles sensibles (le palais pr&#233;sidentiel, le palais du gouvernement, le Conseil constitutionnel). Les violences polici&#232;res n'ont pas enti&#232;rement disparu pour autant : hier, les secouristes b&#233;n&#233;voles et les pompiers s'affairaient &#224; soigner quelques bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, j'ai remarqu&#233; r&#233;cemment que des appels se multiplient sur les r&#233;seaux sociaux pour &#8220;d&#233;l&#233;guer&#8221; un groupe de repr&#233;sentants du mouvement, ce qui serait &#224; mon avis une dramatique erreur car il est beaucoup plus facile d'infiltrer, affaiblir, diviser, corrompre, voire briser une r&#233;volte quand elle est prise en main par une poign&#233;e de personnes charg&#233;es de n&#233;gocier avec le syst&#232;me en place. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression terrible qui est au c&#339;ur du roman, &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt; associe l'insurrection &#224; une certaine sensualit&#233;, &#224; un r&#233;veil de corps et d'imaginaires jusqu'ici engourdis &#8211; &#171; &lt;i&gt;l'essence strictement lyrique de&lt;/i&gt; [notre] &lt;i&gt;insurrection&lt;/i&gt; &#187;. C'est quelque chose que vous retrouvez dans ces manifestations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le contexte est compl&#232;tement diff&#233;rent. &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt; est une fiction d'anticipation qui relate une insurrection venue comme une r&#233;action de survie face &#224; une dictature sanguinaire et sadique. Mais il est vrai que depuis le 22 f&#233;vrier, j'ai l'impression qu'on a renou&#233; avec une sensualit&#233; politique dont on avait oubli&#233; le go&#251;t : occuper un espace public, jadis corps-tabou, plaisir interdit, sanctuaire r&#233;serv&#233; &#224; une police omnipr&#233;sente et &#224; des passants m&#233;lancoliques et fatigu&#233;s. Aujourd'hui, on assiste en effet &#224; une reconqu&#234;te po&#233;tique de la rue, comme quand on d&#233;couvre son propre corps et ses talents pour la jouissance apr&#232;s des d&#233;cennies d'apprentissage de la pudibonderie et de la chastet&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un gouffre entre les samedis &#171; Gilets jaunes &#187; et les vendredis alg&#233;riens, que ce soit dans l'action ou dans la r&#233;pression. Qu'est-ce qui explique ce relatif pacifisme des manifestants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit l&#224; encore d'une g&#233;n&#233;alogie contestataire compl&#232;tement diff&#233;rente. Je n'ai jamais cru aux distinctions fondamentales que beaucoup &#233;tablissent entre ces pseudo-&lt;i&gt;&#8220;&#201;tats de droit&#8221;&lt;/i&gt; tels que la France et les &#201;tats policiers comme l'Alg&#233;rie. Le fait est que la nature du pouvoir et la culture de la r&#233;pression sont les m&#234;mes chez les deux mod&#232;les. La diff&#233;rence est seulement de fa&#231;ade : l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; recourir &#224; une r&#233;pression f&#233;roce d&#232;s que la contestation est devenue une menace &#224; l'ordre ultralib&#233;ral et d&#233;shumanisant qui humilie, asservit et assassine des centaines de milliers de personnes depuis des d&#233;cennies et qui atteint son paroxysme avec le syst&#232;me Macron. Cette violence structurelle suscite et justifie la violence des manifestants, et notamment les Black Blocs qui ont compris depuis longtemps la nature brutale du syst&#232;me et la n&#233;cessit&#233; de lui r&#233;pondre avec son propre langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, il est clair que le caract&#232;re pacifique du mouvement du 22 f&#233;vrier semble, lui aussi, constituer une r&#233;ponse &#224; un syst&#232;me qui a toujours instrumentalis&#233; la violence &#224; son profit afin de d&#233;cr&#233;dibiliser toute vell&#233;it&#233; de contestation et imposer un ordre policier et liberticide. Or, ces millions d'Alg&#233;riens qui sortent chaque vendredi veulent d&#233;montrer au pouvoir en place, mais aussi au reste du monde, qu'ils ont affaire &#224; une soci&#233;t&#233; politis&#233;e, consciente, lucide et d&#233;sireuse d'une transition sans trop de d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, cette d&#233;marche pacifiste ne doit pas nous contraindre &#224; criminaliser ou exclure ces quelques centaines de jeunes manifestants, issus pour la plupart des quartiers populaires, qui mettent un point d'honneur &#224; atteindre le palais pr&#233;sidentiel (cible initiale des manifestations avant qu'elle ne soit abandonn&#233;e par la majorit&#233; des marcheurs) et qui sont syst&#233;matiquement r&#233;prim&#233;s par les forces anti-&#233;meutes, faisant de nombreux bless&#233;s et un mort. Il faut comprendre que ces jeunes &#233;taient et sont encore aux avant-postes de la protestation ; je dirais m&#234;me qu'ils en sont les pionniers. Car le 22 f&#233;vrier, la morphologie de la manifestation &#233;tait totalement diff&#233;rente de ce que vous pouvez voir aujourd'hui sur les images d'&#201;pinal : quand la classe moyenne, les intellectuels et les &#8220;belles gueules&#8221; h&#233;sitaient encore &#224; rejoindre le mouvement, ils sont sortis, eux, sans savoir s'ils allaient rentrer vivants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des personnes qui, pour la plupart, subissent depuis vingt ans cette violence structurelle dont je parlais plus haut. Un d'entre eux m'avait dit lors de l'&#233;meute du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars dernier : &lt;i&gt;&#8220;Aussi loin que remontent mes souvenirs, je suis harcel&#233; par la police sous n'importe quel pr&#233;texte : assis au pied de mon immeuble avec mes potes, sortant du stade, marchant dans la rue la nuit, etc. Fouilles au corps, contr&#244;les d'identit&#233;, r&#233;primandes et insultes sont syst&#233;matiques !&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment oserais-je alors, moi qui n'ai jamais connu ce quotidien fait d'humiliations et de d&#233;lits de faci&#232;s et de jeunesse, donner des le&#231;ons &#224; ces personnes ? Plut&#244;t que de les bl&#226;mer et de leur accoler les pires &#233;pith&#232;tes d'un m&#233;pris de classe int&#233;rioris&#233;, il faut juste se mettre &#224; leur place et saisir enfin le sens profond, concret et &#233;pidermique du mot &#8220;indignation&#8221; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre la r&#233;cup&#233;ration politicienne, qu'est-ce qui pourrait mettre en p&#233;ril le mouvement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme dans toute rupture avec un ordre &#233;tabli, les sc&#233;narios sont multiples. Les r&#233;actions du pouvoir en place renseignent en tout cas sur sa ferme intention de se maintenir, ce qui &#233;tait pr&#233;visible malgr&#233; l'optimisme excessif qui a domin&#233; les esprits lors des premi&#232;res marches. Par ailleurs, il me semble que le p&#233;ril principal qui guette le mouvement est malheureusement le m&#234;me qui a fini par d&#233;figurer toutes les r&#233;voltes justes de l'Histoire r&#233;cente : un simulacre de changement traduit cependant par la reproduction d'un m&#234;me syst&#232;me de domination, d'exploitation et d'oppression. Toutes les figures que les uns et les autres proposent pour mener la transition et incarner l'Alg&#233;rie de demain ne m'inspirent que m&#233;fiance et d&#233;senchantement : ce ne sont ni plus ni moins que des femmes et hommes politiques ambitieux qui n'ont aucune intention de remettre en cause l'origine du probl&#232;me : la d&#233;mocratie verticale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le mouvement est l'incarnation m&#234;me d'une capacit&#233; d'organisation et de gestion horizontales, d'une possibilit&#233; extraordinaire de d&#233;mocratie directe. Pourquoi alors confier la victoire (si victoire il y aura) &#224; un &#233;ni&#232;me groupe dominant qui, m&#234;me s'il recourt &#224; la cosm&#233;tique occidentale d'une pseudo-d&#233;mocratie (libert&#233; de rassemblement, libert&#233; d'expression, &#201;tat de droit, etc.), s'inscrira toujours dans une logique autoritaire ? &#8211; c'est-&#224;-dire : la gouvernance ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Mon pays est une simple hypoth&#232;se&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;C'&#233;tait le lieu de tous les possibles, une folie lyrique, un cauchemar fabuleux&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivez-vous dans &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt;. Et pourtant, vous ne nommez jamais ce &#171; &lt;i&gt;pays&lt;/i&gt; &#187;. Pourquoi ne pas donner ces rep&#232;res alors m&#234;me que le livre contient de nombreuses r&#233;f&#233;rences &#224; la Kabylie et &#224; l'Alg&#233;rie ? Est-ce une volont&#233; d'universaliser l'insurrection d&#233;crite ? De refuser l'assignation g&#233;ographique et culturelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, j'ai toujours consid&#233;r&#233; que l'assignation g&#233;ographique en litt&#233;rature brime l'imaginaire et la libert&#233; de l'auteur mais aussi ceux du lecteur. Il y a quelque chose d'inutile, voire d'inutilement p&#233;dagogique, dans la volont&#233; de donner une identit&#233; nationale &#224; un roman. Tous mes &#233;crits t&#233;moignent de ce d&#233;sir apatride, et &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt; me para&#238;t, probablement plus que les autres, le texte o&#249; il ne faut surtout pas s'enfermer dans le conjoncturel et le territorial. J'&#233;prouve &#233;videmment un certain plaisir &#224; distiller des indices qui renvoient &#224; un contexte local mais sans jamais en faire le cadre exclusif du roman. Par ailleurs, il me semble que le c&#339;ur du propos n'est autre que ce d&#233;sir libidinal, vital et incontr&#244;lable de libert&#233; face &#224; un Pouvoir politique et &#224; un ordre social dont on a compris qu'ils s'&#233;rigent et se renforcent sur les ruines de nos corps et de nos consciences. Cette situation concerne malheureusement la plupart d'entre nous, qu'on soit Alg&#233;rien, Fran&#231;ais, Malgache ou Japonais ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a une violence dans votre &#233;criture, qui n'a rien de complaisante. &lt;i&gt;Virgules en trombe&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sorti en 2013 en Alg&#233;rie, ce texte a &#233;t&#233; republi&#233; fin 2018 par les aminches (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;par exemple est parfois difficilement soutenable. Idem pour les sc&#232;nes de torture dans &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt;. C'est une mani&#232;re d'&#233;viter la facilit&#233; ? De se confronter au pire pour pouvoir envisager le meilleur en n&#233;gatif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est difficile pour moi d'analyser ce parti pris pour la violence sans tomber dans l'intellectualisation ou la rationalisation &#224; deux balles ! Lorsque j'&#233;cris, il s'enclenche quelque chose de parfaitement &#233;pidermique, irrationnel et sanguin en moi. Je n'envisage pas l'&#233;criture en dehors de cette bataille amoureuse avec les mots, le sens et les sens. &#201;videmment, je pense que beaucoup de choses s'extirpent de mon inconscient et de mon ADN traumatique individuels et collectifs et viennent se greffer &#224; une &#233;criture qui se veut d&#233;j&#224; amorale et marginale. Et puis, il me para&#238;t essentiel pour un &#233;crivain d'explorer le sous-terrain, les choses dissimul&#233;es, exclues, par on ne sait quelles lois tacites, du domaine du beau et de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, j'aime aussi ce huis clos tendu avec un lecteur inconnu o&#249; chacun de nous, dans la complicit&#233;, la honte et le plaisir, apprend &#224; interroger ses recoins les plus sombres et &#224; ressentir de l'empathie, voire de la fraternit&#233;, envers les &#8220;monstres&#8221; qui peuplent mes romans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai l'impression que vous ne diff&#233;renciez pas litt&#233;rature et politique, que dans vos livres ces deux domaines s'inscrivent dans une m&#234;me pulsion primale, ramen&#233;e au corps, aux tripes, &#224; l'&#233;lan vital. C'est assez rare, non ? Et &#231;a m'interroge : qu'est-ce qui vous a pouss&#233;e &#224; &#233;crire, au d&#233;but ? Une pulsion politique ou po&#233;tique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour tout vous dire, je n'ai jamais ressenti la n&#233;cessit&#233; de labelliser mes &#233;crits ou d'en d&#233;finir la nature profonde. Je sais seulement que ce caract&#232;re pulsionnel, primal et charnel a toujours repr&#233;sent&#233; pour moi la qualit&#233; intrins&#232;que de l'&#233;criture qui s'&#233;mancipe ainsi des codes et &#8220;r&#232;gles&#8221; &#233;tablis par une logique commerciale ou r&#233;cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la pr&#233;sence du politique, elle est beaucoup plus caract&#233;ristique dans &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt; puisque le propos y est essentiellement libertaire, mais il &#233;tait hors de question pour moi de verser dans une &#233;criture tract&#233;e ou un discours direct (tueurs de litt&#233;rature). La politique devait donc s'&#233;lever au rang du po&#232;me et, en m&#234;me temps, plonger dans les tr&#233;fonds du drame humain afin de m&#233;riter son entr&#233;e dans le roman. Ce qui m'am&#232;ne &#224; vous r&#233;pondre que la pulsion premi&#232;re qui m'a pouss&#233;e vers l'&#233;criture &#233;tait &#233;videmment po&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La version originale de cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233;e sur papier dans le num&#233;ro 175 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, paru en kiosques le 5 avril et dont le dossier central est consacr&#233; au Printemps alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no175' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire d&#233;taill&#233;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; du num&#233;ro complet.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Dans le dossier &#171; Alg&#233;rie &#187;&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; P. I : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vous-ne-pouvez-pas-nous-tuer-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Vous ne pouvez pas nous tuer, vous &#234;tes d&#233;j&#224; morts ! &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Introduction &amp; analyse&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. II &amp; III : &lt;strong&gt;Un mois dans l'Alg&#233;rie des marches &gt;&lt;/strong&gt; Reportage au long cours entre Alger et B&#233;ja&#239;a&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. III : &lt;strong&gt;Le manifeste du rire &gt;&lt;/strong&gt; L'humour comme arme politique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. IV : &lt;strong&gt;FLN d&#233;gage ! &gt; &lt;/strong&gt;Retour les origines historiques de l'h&#233;g&#233;monie du parti au pouvoir&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. V : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/En-Algerie-on-assiste-a-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On assiste &#224; une reconqu&#234;te po&#233;tique de la rue &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien avec la jeune &#233;crivaine libertaire et f&#233;ministe Sarah Haidar&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. VI &amp; VII : &lt;strong&gt;Alger United &gt;&lt;/strong&gt; Reportage aupr&#232;s des supporteurs de foot alg&#233;rois, &#224; la pointe de la contestation&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. VII &amp; IX : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-jeunesse-algerienne-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La jeunesse alg&#233;rienne a transform&#233; notre cynisme en espoir &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien sur la m&#233;moire de la d&#233;cennie noire avec le journaliste Adl&#232;ne Meddi, auteur du roman &lt;i&gt;1994&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. IX : &lt;strong&gt;&#171; Gaudin, Bouteflika, d&#233;gagez ! &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Instantan&#233;s de Marseille, &#171; la 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; wilaya &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Paru en 2018 aux &#233;ditions M&#233;tagraphes, le livre &lt;i&gt;La Morsure du coquelicot&lt;/i&gt; est republi&#233; cette ann&#233;e par les &#233;ditions Blast.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sorti en 2013 en Alg&#233;rie, ce texte a &#233;t&#233; republi&#233; fin 2018 par les aminches de Libertalia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Vous ne pouvez pas nous tuer, vous &#234;tes d&#233;j&#224; morts ! &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Vous-ne-pouvez-pas-nous-tuer-vous</link>
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		<dc:date>2019-04-05T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Nadjib Bouznad</dc:subject>
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		<dc:subject>Ghania Mouffok</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En d&#233;pit des man&#339;uvres du clan du pouvoir en Alg&#233;rie consistant &#224; retirer la candidature de Bouteflika pour se maintenir en place, la mobilisation n'a pas faibli. Depuis le 22 f&#233;vrier, des millions d'Alg&#233;riens et d'Alg&#233;riennes se r&#233;approprient l'espace public chaque vendredi &#224; travers tout le pays. Par sa maturit&#233;, sa d&#233;termination, son humour, sa jeunesse, sa mixit&#233;, sa douceur, le mouvement contre le cinqui&#232;me mandat a r&#233;ussi &#224; secouer un r&#233;gime opaque et corrompu, incapable de pr&#233;parer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nadjib-Bouznad" rel="tag"&gt;Nadjib Bouznad&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/morts" rel="tag"&gt;morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/systeme" rel="tag"&gt;syst&#232;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violence" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/etes-deja" rel="tag"&gt;&#234;tes d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ghania-Mouffok" rel="tag"&gt;Ghania Mouffok&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;pit des man&#339;uvres du clan du pouvoir en Alg&#233;rie consistant &#224; retirer la candidature de Bouteflika pour se maintenir en place, la mobilisation n'a pas faibli. Depuis le 22 f&#233;vrier, des millions d'Alg&#233;riens et d'Alg&#233;riennes se r&#233;approprient l'espace public chaque vendredi &#224; travers tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sa maturit&#233;, sa d&#233;termination, son humour, sa jeunesse, sa mixit&#233;, sa douceur, le mouvement contre le cinqui&#232;me mandat a r&#233;ussi &#224; secouer un r&#233;gime opaque et corrompu, incapable de pr&#233;parer la succession de sa momie &#8211; signe d'une s&#233;rieuse fragmentation des clans qui constituent ce qu'on appelle avec d&#233;dain &#171; le pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci pensait contenir un peuple r&#233;sign&#233; et endormi. Mais la parole est d&#233;sormais &#224; la rue qui n'entend pas la l&#226;cher.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2870 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH327/-1115-49d3d.jpg?1782907184' width='500' height='327' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Nadjib Bouznad
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n avril 2001, lors du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_noir_(Kabylie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Printemps noir de Kabylie&lt;/a&gt;, un slogan avait exacerb&#233; le d&#233;sespoir de la jeunesse &#233;meuti&#232;re contre la hogra &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En dialecte alg&#233;rien : le m&#233;pris, l'oppression, l'injustice.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt; Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes d&#233;j&#224; morts !&lt;/i&gt; &#187;. Pr&#232;s de dix-huit ans plus tard, c'est toute l'Alg&#233;rie qui s'insurge pacifiquement contre un syst&#232;me verrouill&#233;. Le mot d'ordre de 2001 a &#233;t&#233; r&#233;vis&#233; : &#171; &lt;i&gt; Vous ne pouvez pas nous tuer, vous &#234;tes d&#233;j&#224; morts !&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;crie-t-on d&#233;sormais pour protester contre l'ubuesque candidature &#224; la pr&#233;sidentielle de Bouteflika, puis contre le report&lt;i&gt; sine die&lt;/i&gt; de l'&#233;lection apr&#232;s le retrait de la course du grabataire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La vie oui, la mort non, d'elle aussi y en a marre&lt;/i&gt; &#187;, s'exclamait la journaliste Ghania Mouffok, avec l'exp&#233;rience de cette g&#233;n&#233;ration n&#233;e dans les ann&#233;es 1950 : &#171; &lt;i&gt;Notre devoir &#224; nous les corps vieillis, porteurs des ann&#233;es noires, c'est de refuser que cette magnifique pulsion de vie ne se transforme en deuil de ces corps. D'autant plus qu'encore une fois, ce seront les enfants des quartiers populaires qui seront transform&#233;s en chair &#224; canon. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le site culturel Nedjam Djazairiya (04/03/2019).&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; Pour les plus de quarante ans, le souvenir de la r&#233;pression d'octobre 1988 et de la d&#233;cennie sanglante&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1988, des soul&#232;vements dans plusieurs villes du pays avaient provoqu&#233; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; hante encore les esprits, comme un souvenir incapacitant, mais pour les g&#233;n&#233;rations suivantes, &#171; &lt;i&gt; le mur de la peur est enfin tomb&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune des &lt;i&gt;histoires-&#224;-faire-peur &lt;/i&gt;habituelles ne viennent &#224; bout de la d&#233;termination du &lt;i&gt;Hirak &lt;/i&gt;(&#171; mouvement &#187;). Ni le spectre des islamistes (jusque-l&#224; plut&#244;t en retrait), ni les classiques th&#233;ories du complot qui nient la spontan&#233;it&#233; des &#233;v&#233;nements et les imputent &#224; la volont&#233; de d&#233;stabilisation de la France (&#171; &lt;i&gt;Hizb Fran&#231;a&lt;/i&gt; &#187;), des &#201;tats-Unis et d'Isra&#235;l &#8211; pour faire payer les bonnes relations du r&#233;gime avec l'Iran et la Russie et son soutien &#224; la cause palestinienne sur fond de convoitise de ses ressources en p&#233;trole et en gaz.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; All&#244;, le syst&#232;me ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais les raisons de cette volont&#233; de changement sont bien plus profondes et prosa&#239;ques. Comment s'en &#233;tonner ? Exemple parmi d'autres de l'expression du ras-le-bol des Alg&#233;riens, une chanson de la jeune rappeuse Raja Meziane, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=o-ajCGiDlrg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Allo le Syst&#232;me !&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; visionn&#233;e plus de 17 millions de fois sur YouTube : &#171; &lt;i&gt;Vous nous avez enterr&#233;s vivants / et vous avez laiss&#233; les morts diriger / Nous sommes la ris&#233;e de toutes les nations / et nous avons r&#233;gress&#233; / Il y a des gens qui cr&#232;vent de faim encore / et vous, vous &#234;tes joyeux, vos enfants s'amusent / Vous avez &#233;rig&#233; un mur au Club des Pins&lt;/i&gt; [quartier r&#233;sidentiel luxueux de la nomenklatura] &lt;i&gt;/ o&#249; vous vous cachez &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; / Vous vous &#234;tes partag&#233; la r&#233;colte et le p&#233;trole / Vous nous avez &#233;cras&#233;s / et aujourd'hui, nous n'allons pas nous taire / Nous n'avons pas peur / &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Vous avez cru que la jeunesse dormait / Nous sommes sortis dehors pour dire &#8220;C'est bon, stop&#8221; / et la peur vous gagne / Vous avez perdu, nous avons gagn&#233; / Nous n'avons rien oubli&#233; et nous ne vous pardonnerons pas. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espoir fou d'un changement radical &#224; port&#233;e de rue irrigue d&#233;sormais le r&#234;ve &#233;veill&#233; d'une jeunesse qui se morfondait d'ennui et ne pensait jusqu'alors qu'&#224; l'exil.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le glas des contre-r&#233;volutions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors des printemps arabes au d&#233;but de 2011, en d&#233;pit d'&#233;meutes contre la vie ch&#232;re, le mouvement alg&#233;rien n'avait pas pris l'ampleur politique des autres soul&#232;vements. Gr&#226;ce &#224; la rente des hydrocarbures, le pouvoir avait achet&#233; la paix sociale. La contestation, souvent sourde en raison de la forte r&#233;pression, n'a pour autant jamais cess&#233; dans le chaudron alg&#233;rien &lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment le reportage de Zahara Chenaoui &#171; Dans le sud de l'Alg&#233;rie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Avec ce mouvement d&#233;marr&#233; le 22 f&#233;vrier, &#233;merge le sentiment d'un peuple uni contre le &lt;i&gt;syst&#232;me&lt;/i&gt; qui a su d&#233;passer, au moins temporairement, les anciennes divisions de la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne : entre francophones et arabophones, entre classes poss&#233;dantes et jeunesse marginalis&#233;e sans-emploi, entre Arabes et Kabyles, entre modernistes et conservateurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 mars dernier, l'&#233;crivain syrien en exil Yassin al-Haj Saleh twittait : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'il y a de formidable avec la r&#233;volution soudanaise et les protestations alg&#233;riennes, c'est qu'elles prouvent l'&#233;chec de l'assadisme comme m&#233;thode d'intimidation des soci&#233;t&#233;s, et que la Syrie ne sert plus d'&#233;pouvantail pour d&#233;faire la d&#233;termination des gens. &lt;/i&gt; &#187; Ces nouveaux soul&#232;vements montrent que la sid&#233;ration provoqu&#233;e par l'horreur de la contre-r&#233;volution syrienne &#8211; et &#233;gyptienne &#8211; n'a eu qu'un temps. Et que les sursauts de dignit&#233; des peuples sont irr&#233;pressibles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La non-violence et la d&#233;rision&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Aucune violence ne viendra &#224; bout de ce monde bouffon. C'est justement ce que recherchent les tyrans : que tu les prennes au s&#233;rieux. R&#233;pondre &#224; la violence par la violence, c'est leur montrer que tu les prends au s&#233;rieux. C'est croire en leur justice et en leur autorit&#233;, et ainsi tu contribues &#224; leur prestige ; tandis que moi je contribue &#224; leur perte. &lt;/i&gt; &#187;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Albert Cossery, &lt;i&gt;La Violence et la d&#233;rision&lt;/i&gt; (1964).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Silmiya, silmiya&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Pacifique, pacifique &#187;), chantent aujourd'hui les rues alg&#233;riennes (comme aux premiers mois de la r&#233;volution syrienne en 2011), &#233;vitant, avec une intelligence collective &#224; toute &#233;preuve, les provocations du pouvoir qui risqueraient de plonger &#224; nouveau le pays dans la violence et l'&#233;tat d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il est toujours redout&#233; que les d&#233;tenteurs de la rente alg&#233;rienne ne l&#226;chent pas le morceau si facilement. &#171; &lt;i&gt; Nous avons esp&#233;r&#233;&lt;/i&gt; [que] &lt;i&gt;ceux qui nous gouvernent depuis leur cachette sacrifieraient leur chef pour garder une nation, quitte &#224; continuer &#224; la malmener, mais pas &#224; la d&#233;truire. Malheureusement, il est &#224; craindre qu'ils soient de la tribu des Saddam, des Gueddafi&lt;/i&gt; [Kadhafi] &lt;i&gt;et des Assad, ils parlent la m&#234;me langue du mensonge, dans cette langue o&#249; le mot &#8220;stabilit&#233;&#8221; veut dire &#8220;c'est nous ou le chaos&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit encore Ghania Mouffok.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour l'heure, rien ne vient d&#233;faire le sourire de la belle jeunesse alg&#233;rienne et l'humour de r&#233;sistance de ce peuple qui a toujours su en faire une arme de d&#233;rision massive. Au moment o&#249; nous bouclons ce journal, le g&#233;n&#233;ral Ahmed Ga&#239;d Salah, tout-puissant chef de l'&#233;tat-major, pr&#233;tend r&#233;gler la crise politique en ayant recours &#224; l'article 102 de la Constitution pour destituer Bouteflika. Et un gouvernement &#171; de transition &#187; a &#233;t&#233; mis en place simulant le changement &#171; pour que rien ne change &lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la fameuse citation du personnage de Tancredi dans le roman Le Gu&#233;pard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;. Encore une fois, face aux menaces de reprise des r&#234;nes de l'&#201;tat par l'arm&#233;e, l'ironie vient &#224; la rescousse : &#171; &lt;i&gt;Nous, on veut pas du 102, on veut du sang neuf et surtout du sans vous&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire sur le compte Facebook de Salim, Alg&#233;rien de la diaspora. Quand on n'a que l'humour...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Derni&#232;re minute&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mardi 2 avril, au lendemain du bouclage de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, on apprenait la d&#233;mission d'Abdelaziz Bouteflika. Mais l'analyse d&#233;velopp&#233;e ci-dessous reste tout &#224; fait valable et il y a bien peu de chances que les Alg&#233;riens cessent de descendre dans la rue de sit&#244;t : ce qui s'exprime ces temps-ci est la demande d'un changement r&#233;el de &lt;i&gt;syst&#232;me&lt;/i&gt;, pas simplement le troc d'un pantin pr&#233;sidentiel par un autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Au sommaire du dossier&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; P. I : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vous-ne-pouvez-pas-nous-tuer-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Vous ne pouvez pas nous tuer, vous &#234;tes d&#233;j&#224; morts ! &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Introduction &amp; analyse&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. II &amp; III : &lt;strong&gt;Un mois dans l'Alg&#233;rie des marches &gt;&lt;/strong&gt; Reportage au long cours entre Alger et B&#233;ja&#239;a&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. III : &lt;strong&gt;Le manifeste du rire &gt;&lt;/strong&gt; L'humour comme arme politique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. IV : &lt;strong&gt;FLN d&#233;gage ! &gt; &lt;/strong&gt;Retour les origines historiques de l'h&#233;g&#233;monie du parti au pouvoir&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. V : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/En-Algerie-on-assiste-a-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On assiste &#224; une reconqu&#234;te po&#233;tique de la rue &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien avec la jeune &#233;crivaine libertaire et f&#233;ministe Sarah Haidar&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. VI &amp; VII : &lt;strong&gt;Alger United &gt;&lt;/strong&gt; Reportage aupr&#232;s des supporteurs de foot alg&#233;rois, &#224; la pointe de la contestation&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. VII &amp; IX : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-jeunesse-algerienne-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La jeunesse alg&#233;rienne a transform&#233; notre cynisme en espoir &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien sur la m&#233;moire de la d&#233;cennie noire avec le journaliste Adl&#232;ne Meddi, auteur du roman &lt;i&gt;1994&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. IX : &lt;strong&gt;&#171; Gaudin, Bouteflika, d&#233;gagez ! &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Instantan&#233;s de Marseille, &#171; la 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; wilaya &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dossier publi&#233; dans le n&#176;175 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, paru le 5 avril 2019. En voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no175' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire d&#233;taill&#233; complet&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En dialecte alg&#233;rien : le m&#233;pris, l'oppression, l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le site culturel &lt;a href=&#034;http://nedjma-djazairiya.com/la-vie-oui-la-mort-non-delle-aussi-y-en-a-marre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nedjam Djazairiya&lt;/a&gt; (04/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1988, des soul&#232;vements dans plusieurs villes du pays avaient provoqu&#233; une r&#233;pression de plusieurs centaines de morts, pour la plupart des jeunes des quartiers populaires d'Alger. L'ouverture au multipartisme qui s'ensuivit allait se refermer brutalement avec l'interruption des &#233;lections l&#233;gislatives de 1991 qui annon&#231;aient la victoire des islamistes du FIS (Front islamique du salut), puis avec le putsch des g&#233;n&#233;raux en janvier 1992. S'ouvrit alors la tr&#232;s meurtri&#232;re p&#233;riode de la d&#233;cennie noire &lt;i&gt;(lire en page IX)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment le reportage de Zahara Chenaoui &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/03/01/dans-le-sud-algerien-ouargla-la-contestataire_5429771_3212.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans le sud de l'Alg&#233;rie, Ouargla la contestataire&lt;/a&gt; &#187; (avec les photos de &lt;a href=&#034;http://guillaumedarribau.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guillaume Darribau&lt;/a&gt;), &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon la fameuse citation du personnage de Tancredi dans le roman &lt;i&gt;Le Gu&#233;pard&lt;/i&gt; (1958) de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : &#171; &lt;i&gt; Il faut que tout change pour que tout reste comme avant. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; L'essentiel est d'avoir des ennemis communs &#187;</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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		<dc:subject>social assume</dc:subject>

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&lt;p&gt;Penser la violence contemporaine du monde. Et sous toutes ses formes, qu'elles soient vieilles comme H&#233;rode ou li&#233;es aux mutations du capitalisme lib&#233;ral, qu'elles rel&#232;vent d'un asservissement syst&#233;mique ou constituent une force &#233;mancipatrice. L'objectif est ambitieux. Presque trop. L'historien des id&#233;es Fran&#231;ois Cusset le rel&#232;ve pourtant avec talent dans Le D&#233;cha&#238;nement du monde &#8211; Logique nouvelle de la violence (La D&#233;couverte). Il le r&#233;sume ici en 13 000 signes &#8211; sacr&#233; challenge ! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Penser la violence contemporaine du monde. Et sous toutes ses formes, qu'elles soient vieilles comme H&#233;rode ou li&#233;es aux mutations du capitalisme lib&#233;ral, qu'elles rel&#232;vent d'un asservissement syst&#233;mique ou constituent une force &#233;mancipatrice. L'objectif est ambitieux. Presque trop. L'historien des id&#233;es Fran&#231;ois Cusset&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment auteur de French Theory (2003) et du tr&#232;s conseill&#233; La D&#233;cennie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; le rel&#232;ve pourtant avec talent dans &lt;i&gt;Le D&#233;cha&#238;nement du monde &#8211; Logique nouvelle de la violence&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte). Il le r&#233;sume ici en 13 000 signes &#8211; sacr&#233; challenge !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis peu, le mouvement social assume une relative conflictualit&#233;. Et les manifs offensives se font plus nombreuses. Quelque chose a chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement social revient de loin, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; plong&#233; dans une profonde torpeur par le tournant n&#233;olib&#233;ral. Cette atonie d&#233;bute dans les ann&#233;es 1970, sous l'effet d'une f&#233;roce r&#233;pression et d'une culpabilisation croissante de toute action politique directe &#8211; dite violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois facteurs ont particip&#233; de cette culpabilisation. D'abord, le d&#233;sarmement des forces radicales d'opposition des ann&#233;es 1970 &#8211; elles sont dissoutes, rendent les armes ou r&#233;pudient l'action offensive. Puis la fin du bloc de l'Est en 1989, qui permet aux classes dominantes de renvoyer toute forme de lutte &#233;mancipatrice directe &#224; l'&#233;chec sovi&#233;tique. Enfin, troisi&#232;me facteur, l'extr&#234;me individualisation de la vie sociale. Plus aucune question n'est abord&#233;e &#224; l'&#233;chelle collective. Un cas de souffrance au travail se r&#232;gle ainsi chez le psy, comme s'il n'&#233;tait pas li&#233; aux relations dans l'entreprise ou aux conflits d'int&#233;r&#234;ts entre d&#233;tenteurs du capital et forces de travail. Il n'y a (presque) plus d'espace collectif pour soulager cette souffrance et pointer la responsabilit&#233; du syst&#232;me socio-&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'usage de l'action directe dans un mouvement social reste souvent per&#231;u comme une initiative individuelle, d'un petit groupe, ou comme un d&#233;rapage. Et non comme une tactique possible. L'&#233;nergie r&#233;cente des cort&#232;ges de t&#234;te a ainsi suscit&#233; son lot de critiques et distanciations ; il y a 40 ans, ces derniers auraient &#233;t&#233; d'office consid&#233;r&#233;s comme une composante du mouvement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH433/-745-6c7ed.jpg?1783503283' width='500' height='433' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin du livre, tu &#233;voques &#171; &lt;i&gt;le r&#233;veil dispers&#233; des soul&#232;vements et des mouvements sociaux dans le monde des dix derni&#232;res ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Et en ce qui concerne la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde social s'y r&#233;veille progressivement &#224; la fin des ann&#233;es 1990. Avec d'un c&#244;t&#233;, la r&#233;surgence &#233;ph&#233;m&#232;re d'une gauche marxisante &#8211; les listes communes LCR/LO font 5,18 % aux &#233;lections europ&#233;ennes de 1999. Et de l'autre c&#244;t&#233;, l'apparition de formes, enjeux et motifs nouveaux. Ce qu'on nomme mouvementisme est un agr&#233;gat de luttes sp&#233;cifiques, minoritaires mais radicales, men&#233;es avec les sans-papiers, les LGBT, les lyc&#233;ens ou ceux qui d&#233;noncent la parano&#239;a r&#233;publicaine sur le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes accroissent d'abord l'&#233;miettement de la contestation. Si des convergences se produisent &#224; l'occasion de s&#233;quences particuli&#232;res (altermondialisme en 1999, CPE en 2006), le mouvement social ne porte ni agenda, ni but strat&#233;gique communs. Un paysage &#233;clat&#233;, qui met en exergue la pluralit&#233; des motifs et formes de lutte. Peu &#224; peu se r&#233;pand le refus du surmoi unitaire du mouvement social &#224; l'ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette tendance &#224; la dispersion s'inverse parfois. Quand c'est la gr&#232;ve, quand la police attaque. Et que se noue une convergence plus pratique et empirique qu'id&#233;ologique. L'&#233;miettement n'est alors plus un probl&#232;me, mais l'affirmation d'une force en devenir. Celle qu'endosserait le mouvement social traditionnel (syndical, para-communiste ou anarchiste) s'il int&#233;grait les questions de minorit&#233; sexuelle, d'immigration, de multi-culturalisme, etc. Et s'il renouait avec les jeunes g&#233;n&#233;rations, pour qui ces questions sont prioritaires. Dans les facs en cours d'occupation, les &#233;tudiants invitent des cheminots gr&#233;vistes, accueillent des migrants, sensibilisent aux questions f&#233;ministes. Bref, ils luttent concr&#232;tement, se fichant des cat&#233;gories dogmatiques du marxisme &#224; l'ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, les mouvements traditionnels d'extr&#234;me gauche restent encombr&#233;s du tr&#232;s fran&#231;ais surmoi r&#233;publicain, voire national. Les militants plus &#226;g&#233;s ne souhaitent d'ailleurs pas toujours s'en d&#233;barrasser. Ils ne comprennent pas que les temps ont chang&#233;. Et que grandit le camp des gens refusant le chantage au parti et au programme &#233;lectoral. Eux savent que l'essentiel est d'avoir des ennemis communs et de partager des circonstances dans lesquelles les affronter. Le pr&#233;sent de la lutte se construit ainsi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il passe aussi par la red&#233;finition du rapport &#224; la violence...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l'enjeu du livre. Il n'est pas question de faire de la pratique de la violence, ou de son refus, un programme ou projet. Mais de d&#233;placer les fa&#231;ons de voir. En analysant ce que j'appelle &#8220; violence syst&#233;mique &#8221;, sourde contrainte qui fait effet sur chacun. Et en lui opposant une pluralit&#233; de modes d'action, non violents ou offensifs. Je dis bien &#8220; offensifs &#8221; et pas &#8220; violents &#8221;, qui est un mot du pouvoir pour disqualifier certains mouvements, renvoy&#233;s au terrorisme ou &#224; la d&#233;linquance. Il fait aussi office de mot-parapluie camouflant des souffrances nouvelles, qu'il faut &#233;noncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques d&#233;cennies, la violence est devenue le grand angle mort de notre temps. Selon les statistiques, elle aurait largement baiss&#233; dans le monde riche, euro-am&#233;ricain, relativement pacifi&#233; (en France, le nombre de tu&#233;s par balle est divis&#233; par deux entre 1995 et 2012). &#192; tel point que le psychologue Steven Pinker &#233;voque un &#8220; &lt;i&gt;d&#233;clin historique de la violence&lt;/i&gt; &#8221;. Il a calcul&#233; que le XXe si&#232;cle est, malgr&#233; deux guerres mondiales, loin d'&#234;tre le plus meurtrier de l'histoire (rapport&#233; &#224; la population globale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce d&#233;compte ne dit pas tout. La philosophe Simone Weil le soulignait d&#233;j&#224; en 1939 : &#8220; &lt;i&gt;La force qui tue est une forme sommaire, grossi&#232;re de la force. Combien plus vari&#233;e en ses proc&#233;d&#233;s, combien plus surprenante en ses effets, est l'autre force, celle qui ne tue pas, c'est-&#224;-dire celle qui ne tue pas encore.&lt;/i&gt; &#8221; Voil&#224; la piste. Au lieu de chercher les signes d'une progression ou r&#233;gression de la violence, il faut en examiner les modalit&#233;s actuelles, de fa&#231;on large et &#233;lastique. Et penser ces nouvelles formes de violence que j'appelle syst&#233;miques. Elles constituent &#224; la fois le ressort structurel de la domination n&#233;olib&#233;rale et celui des r&#233;sistances &#224; lui opposer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces formes de violences sont-elles r&#233;ellement nouvelles ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En introduction, je r&#233;alise un panorama des actuelles formes de violence collective majeure. Elles n'ont rien de neuf &#8211; les guerres ou migrations forc&#233;es ne sont pas n&#233;es au XXe... Mais leur caract&#232;re in&#233;dit tient &#224; leur ampleur. Et au fait qu'elles adoptent des formes et temporalit&#233;s nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres sont certes moins nombreuses et meurtri&#232;res. Mais elles semblent par contre durer ind&#233;finiment &#8211; depuis 17 ans en Afghanistan et 16 en Irak. Le Congo, lui, sort de 23 ans de guerre ! Et &#231;a n'emp&#234;che personne de dormir, ni de commercer. Pis, ces violences massives sont parfois pr&#233;sent&#233;es comme un moindre mal. Il serait in&#233;vitable que la BCE affame les Grecs (depuis 2010, le salaire moyen a baiss&#233; de 30 %). Inenvisageable que les peuples du Moyen-Orient cessent de s'entre-tuer. Ou impossible de prot&#233;ger les femmes subalternes du harc&#232;lement, du viol et du meurtre. Un fatalisme ambiant contre lequel il faut lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation g&#233;n&#232;re aussi une promiscuit&#233; accrue des logiques de la violence. Elles se croisent et s'entre-briquent, d'o&#249; des effets d'entra&#238;nement et d'influence. Comme dans ces quartiers chics de Hong Kong, o&#249; des femmes migrantes, fuyant la guerre ou la mis&#232;re, sont exploit&#233;es comme domestiques. Le week-end, elles dorment dehors par milliers, parce que les baux locatifs stipulent que l'employ&#233;e, lou&#233;e avec l'appart, ne doit pas troubler l'intimit&#233; de fin de semaine... Cette situation de violence, fruit de multiples facteurs (oppressions de genre, guerre, exploitation, migrations, etc.), permet &#224; des secteurs entiers de fonctionner. Et p&#232;se sur l'atmosph&#232;re &#8211; m&#234;me en des lieux pacifi&#233;s et opulents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la nature du lien entre ces &#171; &lt;i&gt;multiples facteurs&lt;/i&gt; &#187; et le capitalisme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'&#233;tant pas marxiste orthodoxe, je ne fais pas de l'&#233;conomie la cause unique, infrastructurelle, de toutes les violences. Je crois qu'elle constitue plut&#244;t le cadre ext&#233;rieur des situations de conflit. &lt;i&gt;A minima&lt;/i&gt;, elle s'en accommode. Souvent, elle en tire profit, par la vente d'armes ou en jouant de l'instabilit&#233; politique. En Afrique, des r&#233;gimes autoritaires, voire des pays en guerre, affichent ainsi de solides taux de croissance. Comme le Sud-Soudan, le Nigeria ou le Congo, qui &#233;merge pourtant d'un conflit ayant caus&#233; six millions de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre et les violences ne sont donc pas un accident du syst&#232;me capitaliste. Mais constituent son moteur et sa motivation premi&#232;re. Le capitalisme moderne est n&#233; d'une pr&#233;dation coloniale toujours en cours &#8211; l'accaparement des ressources et forces de travail de ces pays continue. Il est aussi n&#233; de la traite n&#233;gri&#232;re et de l'esclavage, cens&#233;ment disparus. Rien de moins s&#251;r, au vu du sort des ouvriers des chantiers de Duba&#239; ou Singapour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme, dernier avatar du capitalisme, s'appuie aussi largement sur la rivalit&#233; symbolique au sein de la consommation. Le d&#233;sir mim&#233;tique (je veux l'objet que les autres poss&#232;dent) aiguise les rivalit&#233;s et encourage la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e. D'o&#249; une violence propre &#224; la consommation, selon Jean Baudrillard, qui notait que les rapports sociaux se tendent continuellement depuis qu'on a promis &#224; chacun un acc&#232;s ind&#233;fini &#224; tous les biens et &#224; tous les possibles. Un constat d&#233;j&#224; dress&#233;, en 1929, par l'&#233;conomiste John Keynes : &#8220; &lt;i&gt;Nous ne vivons pas une crise de la raret&#233;, mais&lt;/i&gt; [de] &lt;i&gt;l'abondance ; or, nous ne savons pas g&#233;rer l'abondance ; c'est ce qui provoque une d&#233;pression nerveuse universelle.&lt;/i&gt; &#8221; En psychanalyse, un d&#233;sir artificiellement excit&#233; par les promesses de l'abondance est un d&#233;sir &#233;gar&#233;, frustrant, &#233;go&#239;ste, qui pourrit l'ambiance sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; une violence inscrite au c&#339;ur de chaque condition individuelle ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans &lt;i&gt;Malaise de la civilisation&lt;/i&gt; (1930), Freud s'interroge : qu'est-ce qui fait processus de civilisation ? Et r&#233;pond en pointant le r&#244;le essentiel des instances de r&#233;pression de nos pulsions (l'&#233;ducation, les parents, la loi). Elles les matent, les contiennent. Mais les frustrent et les excitent du m&#234;me &#233;lan. L&#224; r&#233;side la violence de l'auto-r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'invention de l'auto-r&#233;pression, le sociologue Norbert Elias fait d&#233;couler celle de l'Occident moderne. Dans &lt;i&gt;Sur le processus de civilisation&lt;/i&gt; (1939), il montre comment les normes de savoir-vivre ont &#233;t&#233; impos&#233;es d'en haut. Via des manuels de comportement pr&#244;nant courtoisie et distance. Par l'&#201;tat et la loi, qui s'arrogent le monopole de la violence. Et avec le soutien des classes dominantes. Les normes d'auto-r&#233;pression se diffusent ainsi progressivement dans toute la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; une apparence d'harmonie sociale relative, qui camoufle et g&#233;n&#232;re frustrations et violence int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, Elias ne pouvait anticiper le tournant majeur du capitalisme &#224; la fin du XXe si&#232;cle, &#224; la suite des mouvements de contre-culture. Soit le virage cool, informel et convivial des rapports sociaux. C'est l'injonction essentielle de l'&#233;poque &#8211; dans le management, les n&#233;gociations entre &#8220; partenaires &#8221; sociaux, les discours politiques. Cette injonction dissimule la conflictualit&#233; sociale. Et incite aux compromis en pr&#233;tendant que les int&#233;r&#234;ts de classe des &#8220; partenaires sociaux &#8221;, patrons ou employ&#233;s, convergent. Absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, la conflictualit&#233; des rapports de production est &#224; la fois plus aigu&#235; et censur&#233;e que jamais. Elle g&#233;n&#232;re une sauvagerie nouvelle au stade de la production, dans les objectifs inaccessibles impos&#233;s aux subalternes. Ainsi qu'au stade de la consommation, dans l'expression des rivalit&#233;s mim&#233;tiques et du refus de la frustration. Il faut donc aller plus loin qu'Elias : la civilisation est une fiction. Rien d'autre qu'une couche comportementale, culturelle et id&#233;ologique qui se greffe &#224; un syst&#232;me socio-&#233;conomique &#8211; le capitalisme lib&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'&#201;tat, que devient-il ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat moderne prend forme en Occident &#224; partir du XVIIe si&#232;cle, se construisant sur une fonction duale, r&#233;sum&#233;e par le double sens du mot &#8220; police ''. D'un c&#244;t&#233;, la r&#233;pression et la force de la loi. De l'autre, le fait de policer les normes et formes de la vie sociale &#8211; par l'&#233;ducation, les instances de compensation relative des in&#233;galit&#233;s, les retraites, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'av&#232;nement n&#233;olib&#233;ral affaiblit cette seconde fonction au profit de la premi&#232;re. Les &#233;lites &#233;conomiques en tirent b&#233;n&#233;fices. Et l'&#201;tat y trouve un moyen de perp&#233;tuation, se renfor&#231;ant comme instance de pouvoir et d'autorit&#233;. La haine des penseurs n&#233;olib&#233;raux pour ce dernier avait pu laisser croire &#224; son d&#233;clin. Erreur, il mute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme rel&#232;ve donc plus de l'opportunisme que de l'id&#233;ologie. Pour optimiser les rendements, profits et &#233;changes, il n'h&#233;site pas &#224; recourir aux subsides de l'&#201;tat ou &#224; s'allier &#224; la puissance publique. Le secteur priv&#233;, qui l'accusait de tous les maux, lui doit d&#233;sormais vingt ans d'expansion et de profits. Dont la plus grosse lev&#233;e de fonds &#233;tatique de l'histoire, pour renflouer en 2008 les compagnies d'assurances et banques d'investissement. Quant &#224; &#8220; la guerre au terrorisme &#8221; post-11 Septembre, elle redessine la g&#233;opolitique mondiale. Et initie une alliance in&#233;dite entre le secteur priv&#233; de l'armement et les d&#233;cideurs &#233;tatique. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notamment auteur de &lt;i&gt;French Theory&lt;/i&gt; (2003) et du tr&#232;s conseill&#233; &lt;i&gt;La D&#233;cennie&lt;/i&gt; (2006), tous deux parus &#224; La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rennes d'un printemps</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Rennes-d-un-printemps</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Rennes-d-un-printemps</guid>
		<dc:date>2018-06-15T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Rivi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>lutte</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>s'est</dc:subject>
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		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>loi Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Rennes</dc:subject>
		<dc:subject>forte dynamique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Interview de Camille (oui, oui, le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;), salari&#233;, qui a particip&#233; au mouvement contre la loi Travail &#224; Rennes, et nous fait d&#233;couvrir le fonctionnement de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale interpro. CQFD : Comment expliques-tu la forte dynamique de Rennes dans la lutte contre la loi Travail ? Camille : C'est une longue tradition ici ! Durant la lutte contre le CPE en 2006, la facult&#233; de Villejean avait &#233;t&#233; &#224; la pointe de la mobilisation. Plus r&#233;cemment encore, le dossier de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Interview de Camille (oui, oui, le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;), salari&#233;, qui a particip&#233; au mouvement contre la loi Travail &#224; Rennes, et nous fait d&#233;couvrir le fonctionnement de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale interpro.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2455 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-721.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/-721-64917.jpg?1783640040' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Rivi&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : Comment expliques-tu la forte dynamique de Rennes dans la lutte contre la loi Travail ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille :&lt;/strong&gt; C'est une longue tradition ici ! Durant la lutte contre le CPE en 2006, la facult&#233; de Villejean avait &#233;t&#233; &#224; la pointe de la mobilisation. Plus r&#233;cemment encore, le dossier de l'a&#233;roport de Notre-Dame-des-Landes a &#233;t&#233; l'occasion d'apprendre &#224; composer avec la diversit&#233; qui d&#233;fend la ZAD, des &#233;colos aux &#171; anarcho-autonomes &#187; comme disent les m&#233;dias ! Chacun tire de son c&#244;t&#233;, mais chacun sait qu'il ne s'agit de ne pas trop diviser. Du coup, quand le mouvement s'est lanc&#233;, il n'y a pas eu de ruptures. Un des points forts de Rennes, c'est que les gens &#233;voluent dans un territoire restreint, on se rencontre place Sainte-Anne, dans les caf&#233;s, on d&#233;passe les clivages politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup &#233;voqu&#233; le niveau de violence des manifestations et des policiers.
La maire de Rennes, Nathalie App&#233;r&#233;, en a marre de l'opposition de gauche. Elle a voulu en finir, sauf qu'on n'en finit pas avec la violence par la violence. D'abord, elle a emp&#234;ch&#233; l'acc&#232;s &#224; l'hypercentre. L'impossibilit&#233; d'y manifester est li&#233;e &#224; un mouvement de fond d'embourgeoisement. De plus en plus de gens venaient prot&#233;g&#233;s en manif. Faut dire qu'ils ont sorti tout l'arsenal, avec la volont&#233; de faire mal : Flash-Balls point&#233;s vers le thorax et la t&#234;te, lacrymo &#224; tir tendu, grenades de d&#233;sencerclement pour terroriser. M&#234;me &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; a parl&#233; de violente charge polici&#232;re, c'est dire ! Beaucoup disaient avoir la frousse de venir manifester. Un &#233;tudiant a perdu un &#339;il le jeudi 28 avril suite &#224; un tir de Flash-Ball. La mairie socialisante n'a pas eu un mot de compassion, alors que quasiment chaque vitrine cass&#233;e avait droit &#224; un hommage appuy&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement s'est-il cantonn&#233; &#224; des actions de rue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de l&#224;. L'&#233;pisode le plus marquant est celui de l'occupation de la Maison du peuple, une salle de spectacle situ&#233;e en plein centre. L'initiative de l'occupation est venue de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale (AG) interpro qui regroupe des militants non encart&#233;s. Le 1er mai dernier (2016), une AG s'&#233;tait improvis&#233;e dans un multiplex de la ville avec les intermittents. Ils ont voulu se rendre en masse au meeting syndical organis&#233; le m&#234;me jour. Sauf qu'ils ont trouv&#233; porte close, l'&#233;v&#233;nement &#233;tant annul&#233;. Les manifestants sont rentr&#233;s de force dans la salle de spectacle. La mairie a demand&#233; l'expulsion imm&#233;diate, mais les syndicalistes ont finalement d&#233;barqu&#233; pour s'opposer &#224; l'intervention polici&#232;re. Une AG s'est improvis&#233;e. Il y avait une &#233;nergie incroyable. On retrouvait tout l'arc-en-ciel de la mobilisation sous un m&#234;me toit, du syndicaliste au cagoul&#233; des manifs. On sentait de la tension, mais pas d'invectives. Il y avait une vigilance &#224; ne pas rompre les ponts de chaque c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est pass&#233;e l'occupation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi d'apr&#232;s, la mairie a tent&#233; une deuxi&#232;me expulsion, un jour de manif ! Les syndicalistes de base sont venus d&#233;fendre les occupants, for&#231;ant les responsables d&#233;partementaux &#224; ramener leurs fesses. Il y a eu comme un appel d'air alors que le mouvement &#233;tait termin&#233; &#224; la fac. Loin d'&#234;tre trash&#233;e, comme on voit parfois, la salle est rest&#233;e nickel, certains effectuant m&#234;me de petites r&#233;parations ! Midi et soir, la cantine faisait des repas gratos pour 200 personnes, &#231;a attirait bien au-del&#224; des militants. Un concert sans alcool a &#233;t&#233; organis&#233;, un exploit en Bretagne ! Mais, le plus important, &#231;a a &#233;t&#233; les discussions qui avaient lieu partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette alliance au sein du mouvement en est rest&#233;e l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui s'est pass&#233; l&#224; est le r&#233;sultat d'un travail de longue haleine. Le syndicat Sud et l'AG interpro ont jou&#233; un r&#244;le cl&#233;. Leurs pr&#233;sences &#224; l'intersyndicale permettaient de ne pas couper les syndicats du reste de la lutte, et inversement. &#192; maintes reprises, on a vu des actions de solidarit&#233;, comme lorsque des syndicalistes SNCF ont d&#233;fendu des &#233;tudiants mont&#233;s sur les voies. Du coup, la Maison du peuple n'est pas rest&#233;e un lieu ferm&#233; sur lui-m&#234;me. Quand la CGT est rentr&#233;e dans la danse, les liens &#233;taient l&#224; pour &#233;tablir ensemble les conditions des blocages. Certains ont su faire tomber la posture radicale, et soutenir le mouvement syndical quand il s'agissait de paralyser l'&#233;conomie. C'est clair que des ponts sont cr&#233;&#233;s pour les prochaines luttes &#224; venir...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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