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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Zakaria Zubeidi et les fant&#244;mes de la deuxi&#232;me Intifada</title>
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&lt;p&gt;Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s'&#233;vadent de la taule de Gilboa, dans le nord d'Isra&#235;l, apr&#232;s avoir creus&#233; un tunnel &#224; l'aide de cuill&#232;res. Parmi eux, une c&#233;l&#233;brit&#233; : Zakaria Zubeidi. L'homme vient de J&#233;nine et c'est dans le soul&#232;vement des camps que s'est forg&#233;e son histoire. Le temps des brigades Zakaria est n&#233; en 1976. Son p&#232;re est ouvrier et meurt d'un cancer, sa m&#232;re &#233;l&#232;ve seule huit enfants. Il a 11 ans quand &#233;clate la premi&#232;re Intifada. &#192; 13 ans il re&#231;oit une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s'&#233;vadent de la taule de Gilboa, dans le nord d'Isra&#235;l, apr&#232;s avoir creus&#233; un tunnel &#224; l'aide de cuill&#232;res. Parmi eux, une c&#233;l&#233;brit&#233; : Zakaria Zubeidi. L'homme vient de J&#233;nine et c'est dans le soul&#232;vement des camps que s'est forg&#233;e son histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps des brigades&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Zakaria est n&#233; en 1976. Son p&#232;re est ouvrier et meurt d'un cancer, sa m&#232;re &#233;l&#232;ve seule huit enfants. Il a 11 ans quand &#233;clate la premi&#232;re Intifada. &#192; 13 ans il re&#231;oit une balle dans le genou ; &#224; 14 il est envoy&#233; en prison pour six mois. Avec les accords d'Oslo s'&#233;tablit l'Autorit&#233; palestinienne (AP). Zakaria, 20 ans, se fait flic tout en trafiquant des armes et des voitures &#8211; un profil courant dans les camps de r&#233;fugi&#233;s de Cisjordanie. &#192; partir de 2001, ces camps deviennent l'&#233;picentre du soul&#232;vement prol&#233;tarien venu se nicher dans la deuxi&#232;me Intifada. Zakaria participe &#224; l'armement de la r&#233;volte : il est de ces jeunes, mi-flics mi-voyous, des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (BMA) qui pr&#233;tendent agir au nom du Fatah de Yasser Arafat. En r&#233;alit&#233; ils ne d&#233;pendent que d'eux-m&#234;mes ; ils sont les h&#233;ros des gamins autour d'eux, ils paradent, font des d&#233;clarations, tirent sur les soldats quand ils viennent, revendiquent des &#171; op&#233;rations martyrs &#187; qui tuent des civils en Isra&#235;l. De plus en plus, ils se servent aussi sur le tas et effraient les bourgeois dans les villes palestiniennes. Les journalistes constatent qu'ils &#171; font la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, Tsahal attaque le camp de J&#233;nine et le transforme en champ de ruines. Alors que la plupart des hors-la-loi recherch&#233;s sont abattus ou captur&#233;s, Zakaria reste cach&#233; sous les d&#233;combres plusieurs jours durant et en r&#233;chappe. Il devient le chef m&#233;lancolique et m&#233;diatique des nouvelles brigades du camp. Sa m&#232;re, un de ses fr&#232;res et bon nombre de ses amis ont &#233;t&#233; tu&#233;s par l'arm&#233;e ; son visage est gr&#234;l&#233; par les &#233;clats d'une bombe qui lui a p&#233;t&#233; &#224; la gueule. Quatre fois au moins, il survit miraculeusement &#224; des op&#233;rations visant &#224; l'&#233;liminer. Sa l&#233;gende cro&#238;t. Ses proches continuent de tomber, il revendique de nouveaux attentats et donne des interviews &#224; la pelle. Une ancienne militante du Likoud vient &#224; sa rencontre, d&#233;couvre les m&#233;faits de l'occupation et reste &#224; ses c&#244;t&#233;s pour lui servir de bouclier humain : tous deux affirmeront que cette relation n'avait rien d'amoureuse. En ao&#251;t 2004, elle est emprisonn&#233;e en Isra&#235;l pour collusion avec l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rencontre Zakaria bri&#232;vement cette ann&#233;e-l&#224;, alors qu'avec des copains on tourne un film dans le camp de Balata, pr&#232;s de Naplouse &#8211; un autre bastion des BMA. Entour&#233; de gamins, M16 en bandouli&#232;re, se pr&#233;occupant du service du th&#233;, le h&#233;ros de J&#233;nine ressemble beaucoup aux h&#233;ros de Balata &#8211; avec qui on boit le th&#233;, entour&#233;s de gamins, les M16 pos&#233;s contre un mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, durant les quelques mois ou ann&#233;es o&#249; ils restent en activit&#233;, ces prolos en armes se forgent un destin impr&#233;vu. Ils taillent le bout de gras avec des notables palestiniens oblig&#233;s de traiter avec eux : ils les font attendre, les d&#233;daignent, les kidnappent. Ils accumulent du pognon via les trafics et les rackets. Ils redistribuent un peu. Tout &#231;a, ils le font sans savoir s'ils seront vivants le lendemain. Ils sont fatigu&#233;s et fument clope sur clope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hors-la-loi des BMA n'ont pas d'id&#233;ologie, et leur action n'est pas moralement propre. Tout porte &#224; croire que ce &#224; quoi ils aspirent n'est pas d'avoir un &#201;tat national, mais de se venger des torts subis. Porter des coups et ne pas mourir pauvres : c'est ce d&#233;sir contradictoire et tragique qu'ils incarnent. Pour sa part, Zakaria sait dans ses interviews ne pas faire de politique : &#171; &lt;i&gt;Que ceux qui veulent nous donner des le&#231;ons s'occupent plut&#244;t de leurs affaires&lt;/i&gt; &#187;, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps des prisons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2007, l'Intifada des camps prend fin. Hamas et Fatah se font la guerre ; Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis &#233;paulent l'AP pour reprendre le contr&#244;le de la situation en Cisjordanie. Des flics palestiniens se r&#233;pandent partout ; des amnisties sont distribu&#233;es aux hors-la-loi des BMA en &#233;change d'une reddition. Zakaria pose les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tous ceux qui parlent de la paix ne pensent en fait qu'&#224; leurs petits int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt; &#187;, avait-il d&#233;clar&#233; &#224; des journalistes ; et voil&#224; que, amnisti&#233;, il bascule du c&#244;t&#233; de la paix. Il &#233;cope d'un grade dans les forces de s&#233;curit&#233; de l'AP ; il convertit son capital de combattant-trompe-la-mort en cash ; il se fait construire deux belles villas sur les hauteurs de J&#233;nine. Il devient un homme de culture, il parraine le Th&#233;&#226;tre de la libert&#233; install&#233; dans le camp de J&#233;nine. La politique le guette. Il a quitt&#233; le ciel &#233;toil&#233; de la cause sacrificielle pour rejoindre la terre ferme des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette terre n'est vraiment ferme que pour ceux qui la poss&#232;dent : sous les pieds de Zakaria, elle va continuer de tanguer. En mai 2012, il est arr&#234;t&#233;, non par Isra&#235;l, mais par l'AP. Il est accus&#233; de trafiquer des armes et d'avoir, avec des coll&#232;gues, tir&#233; sur la maison du gouverneur de J&#233;nine &#8211; l'&#233;dile effray&#233; en est mort d'une crise cardiaque. Dans les ge&#244;les palestiniennes, il est tortur&#233;. Il fait une gr&#232;ve de la faim. Les journalistes ne se ruent plus pour couvrir cette histoire : le capital romanesque de Zakaria est d&#233;pr&#233;ci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, il est lib&#233;r&#233;, mais ce n'est pas fini : on l'informe maintenant que, son amnistie ayant &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;e, il est &#224; nouveau &lt;i&gt;wanted &lt;/i&gt;par les Isra&#233;liens. Il est forc&#233; d'accepter un nouveau deal : pour &#233;chapper &#224; la taule isra&#233;lienne, il doit dormir dans une taule palestinienne &#224; Ramallah. L'heure est &#224; la fusion tendancielle des dispositifs carc&#233;raux &#8211; c'est le &lt;i&gt;bab al-dawar&lt;/i&gt;, la &#171; porte tournante &#187; : on ne sort d'une prison que pour &#234;tre envoy&#233; dans une autre. En 2017, Zakaria est finalement autoris&#233; &#224; retourner &#224; J&#233;nine. Il semble qu'il ait donn&#233; des gages et que son int&#233;gration &#224; la classe dominante palestinienne ait progress&#233; : soutenu par des journalistes de gauche isra&#233;liens, il fait un master de &lt;i&gt;cultural studies &lt;/i&gt; ; on lui donne un si&#232;ge au conseil r&#233;volutionnaire du Fatah. Mais en lui quelque chose r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il &#233;tait en prison durant la premi&#232;re Intifada, Zakaria s'&#233;tait li&#233; &#224; un autre adolescent nomm&#233; Tarek Barghout. J&#233;rusal&#233;mite, Barghout est ensuite devenu un avocat m&#233;diatique d&#233;fendant les prisonniers politiques palestiniens. Mais, au fil des ans, le caract&#232;re schizophr&#233;nique de son boulot, qui l'am&#232;ne &#224; participer au syst&#232;me qu'il veut combattre, commence &#224; l'&#233;craser. Il se construit alors une double vie : le jour il plaide et serre les paluches des juges isra&#233;liens ; la nuit il se planque et tire sur les v&#233;hicules des colons ou de l'arm&#233;e. Peu de temps apr&#232;s que Zakaria est autoris&#233; &#224; revenir &#224; J&#233;nine, Barghout lui confie son secret et il le convainc de se joindre &#224; lui. Entre novembre 2018 et janvier 2019, &#224; trois reprises, les deux hommes criblent de balles des bus de colons. Ils ne font pas de victimes, mais de mani&#232;re &#233;vidente c'est sur leurs propres vies qu'ils tirent. En f&#233;vrier 2019, l'ancien combattant et l'avocat sont arr&#234;t&#233;s. Barghout &#233;cope de treize ans ; Zakaria n'a toujours pas &#233;t&#233; jug&#233;. L'affaire des bus ayant entra&#238;n&#233; la r&#233;ouverture de celles de la deuxi&#232;me Intifada, il ne semble pas pr&#232;s de sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire dans l'histoire de Zakaria un condens&#233; de l'interminable d&#233;faite des prol&#233;taires qui se sont soulev&#233;s au cours de la deuxi&#232;me Intifada. L'appareil de domination isra&#233;lo-palestinienne a demand&#233; aux survivants des preuves de soumission croissantes, en &#233;change de gains de plus en plus incertains. Les souffrances pass&#233;es n'ont cess&#233; d'&#234;tre actualis&#233;es, prises dans un maillage carc&#233;ral toujours plus insidieux. Alors la seule mani&#232;re d'exercer malgr&#233; tout un choix consiste &#224; br&#251;ler ses propres vaisseaux, puis &#224; creuser des tunnels &#224; la cuill&#232;re : au moins la sociologie l'a dans l'os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cavale a &#233;t&#233; courte : les &#233;vad&#233;s de Gilboa ont tous &#233;t&#233; repris au bout de quelques jours. Mais, dans l'intervalle, tandis que des milliers de chiens de garde &#233;taient mobilis&#233;s pour les traquer, ils ont &#233;lectris&#233; les foules. Des hommes en armes du camp de J&#233;nine se sont &#224; nouveau r&#233;pandus dans les rues, rappelant que l'histoire du soul&#232;vement des camps durant la deuxi&#232;me Intifada n'est pas close. Zakaria Zubeidi, 45 ans, vole &#224; nouveau dans le ciel &#233;toil&#233; des incarnations. Ses compagnons de cavale se nomment Mahmoud Al-Ardah, Mohamed Al-Ardah, Yaqoub Qadri, Ayham Nayef Kamanji et Munadel Infaat.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;E. Minassian*&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt; E. Minassian a fait plusieurs s&#233;jours dans les camps de Cisjordanie entre 2004 et 2017. Il s'est entretenu avec de nombreux combattants, et anciens combattants, de la deuxi&#232;me Intifada.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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