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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>D&#233;serter le sexe</title>
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		<dc:date>2020-07-20T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Pole Ka</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
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		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>sexuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Plaisir</dc:subject>
		<dc:subject>j'avais</dc:subject>
		<dc:subject>choix</dc:subject>
		<dc:subject>sexe</dc:subject>
		<dc:subject>vraiment</dc:subject>
		<dc:subject>Alors j'ai</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le sexe est-il un besoin, au m&#234;me titre que boire, manger, respirer ou dormir ? Pourquoi a-t-on si souvent l'impression que notre vie est foutue lorsque l'on n'a plus de sexualit&#233; partag&#233;e pendant un temps ? Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'injonction &#224; baiser est constante, certaines personnes ne ressentent pas ou plus d'attirance sexuelle pour les autres. T&#233;moignage de l'une d'elles. Il y a les personnes qui n'ont jamais eu envie. Celles qui ont renonc&#233;, par lassitude ou &#224; la suite d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors-j-ai" rel="tag"&gt;Alors j'ai&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le sexe est-il un besoin, au m&#234;me titre que boire, manger, respirer ou dormir&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le psychologue am&#233;ricain Abraham Maslow a th&#233;oris&#233;, dans les ann&#233;es 1940, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ? Pourquoi a-t-on si souvent l'impression que notre vie est foutue lorsque l'on n'a plus de sexualit&#233; partag&#233;e pendant un temps ? Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'injonction &#224; baiser est constante, certaines personnes ne ressentent pas ou plus d'attirance sexuelle pour les autres. T&#233;moignage de l'une d'elles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3399 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH621/-1584-85166.jpg?1782639171' width='400' height='621' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a les personnes qui n'ont jamais eu envie. Celles qui ont renonc&#233;, par lassitude ou &#224; la suite d'un traumatisme. Celles qui en ont fait un choix politique. Celles qui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'&#234;tre &#171; asexuel &#187; ? Il y a, &#233;videmment, autant de mani&#232;res de vivre l'absence de sexualit&#233; partag&#233;e qu'il existe de personnes concern&#233;es. Mais quelques conceptions dominent tout de m&#234;me. &#192; commencer par celle de l'Association pour la visibilit&#233; sexuelle (Ava), qui d&#233;finit l'asexualit&#233; comme &#171; &lt;i&gt;une orientation sexuelle&lt;/i&gt; &#187;, au m&#234;me titre que l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ou l'homosexualit&#233; par exemple. Selon l'Ava, l'asexualit&#233; est &#171; &lt;i&gt;le fait de ne pas ressentir d'attirance sexuelle&lt;/i&gt; &#187; pour autrui &#8211; un concept &#224; distinguer de l'abstinence qui, elle, serait un choix. D'autres personnes, au contraire, voient clairement leur asexualit&#233; comme le fruit d'une d&#233;cision. Une d&#233;cision parfois motiv&#233;e par le refus du syst&#232;me de valorisation qui accompagne la sexualit&#233; : le triptyque fumeux du &#171; Si tu es baisable, tu es valoris&#233;, donc &#233;panoui &#187;. Un choix politique donc, qui peut aussi reposer sur le rejet des normes physiques et comportementales que v&#233;hicule le sexe, voire sur une critique de l'hypersexualisation publicitaire des corps. Un choix, enfin, qui provient parfois d'une lassitude face &#224; la place d&#233;mesur&#233;e que prend souvent ce sujet dans nos t&#234;tes, dans nos vies et dans nos relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plong&#233;e dans la trajectoire particuli&#232;re d'une personne asexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne sais pas si j'ai compl&#232;tement choisi mon asexualit&#233;. Depuis toute gamine, je n'ai jamais eu de r&#233;el attrait pour le sexe. &#192; neuf ans, j'avais d&#233;j&#224; des formes, des seins et mes r&#232;gles. Surtout, j'avais d'&#233;normes douleurs dans le bas-ventre. J'ai bient&#244;t cinquante ans, et l'ann&#233;e derni&#232;re, on m'a enfin diagnostiqu&#233; une endom&#233;triose&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maladie gyn&#233;cologique caus&#233;e par la pr&#233;sence de cellules de l'endom&#232;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le fait de m'&#234;tre construite avec un corps douloureux &#8211; notamment dans la zone p&#233;rin&#233;ale &#8211; a clairement jou&#233; sur ma sexualit&#233;. La p&#233;n&#233;tration me faisait hyper mal. Pendant tr&#232;s longtemps, j'ai pens&#233; que c'&#233;tait juste psychologique, que je n'&#233;tais pas assez excit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, j'ai toujours dissoci&#233; ma sexualit&#233; : je ne pouvais pas coucher avec les personnes dont j'&#233;tais vraiment amoureuse, et il ne m'&#233;tait pas possible de tomber amoureuse de celles avec qui je couchais. La seule fois de ma vie o&#249; les deux ont failli concorder, la personne m'a viol&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'ai fait comme tout le monde &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me si je m'emmerdais s&#233;v&#232;re dans ma sexualit&#233;, j'ai compris que le sexe &#233;tait un outil de sociabilisation. Alors j'ai fait comme tout le monde. Dans ma vingtaine, je couchais avec plein de gars. Au d&#233;but d'Internet, il y a m&#234;me un moment o&#249; j'ai monnay&#233; &#231;a pour vivre. La mis&#232;re sexuelle que j'ai rencontr&#233;e l&#224;-dedans m'a pas mal d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Et puis la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro me paraissait un peu path&#233;tique : ce truc de &#8220;papa dans maman&#8221;, les pr&#233;liminaires qu'on ne consid&#232;re pas comme une sexualit&#233; &#224; part enti&#232;re. J'avais l'impression que certains de mes potes homos avaient une sexualit&#233; bien plus lib&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde parle de sexe tout le temps. Donc, oui, quelque part, j'attendais une r&#233;v&#233;lation. Je pensais qu'il manquait quelque chose &#224; ma vie si je ne connaissais pas de plaisir dans ma sexualit&#233;, et le dit &#8220;orgasme&#8221;. Maintenant, avec le recul, quand j'entends les gens parler de leur vie sexuelle, je me rends compte qu'il y a assez peu de personnes qui se sentent vraiment &#233;panouies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque-l&#224;, j'ai quand m&#234;me continu&#233; &#224; chercher : je me suis mise &#224; partager ma sexualit&#233; avec des filles, plut&#244;t des &lt;i&gt;butches&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les butches sont des lesbiennes qui adoptent des comportements, des allures, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, mais &#231;a ne marchait pas mieux. Et puis j'ai rencontr&#233; des personnes trans, et j'&#233;tais heureuse de pouvoir rencontrer des corps diff&#233;rents. Mais rien n'y faisait, je n'avais toujours pas de r&#233;el plaisir sexuel. Je me suis dit que le probl&#232;me ne venait peut-&#234;tre ni des hommes ni des femmes. Alors je me suis tourn&#233;e vers d'autres pratiques, notamment le BDSM&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bondage, discipline, sadomasochisme.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. En th&#233;orie, c'est int&#233;ressant pour les personnes qui ont v&#233;cu des violences sexuelles, &#231;a permet de travailler le consentement. Mais dans les endroits o&#249; je l'ai pratiqu&#233;, j'en ai vite vu les limites. L'oppression syst&#233;mique dont sont victimes les femmes me semble compliqu&#233;e &#224; d&#233;passer, m&#234;me dans ce genre de pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, rien ne me faisait vraiment monter au plafond. J'avais plus de shoot de plaisir avec du sucre ou de la drogue qu'avec le cul. Je n'ai s&#251;rement pas rencontr&#233; les bonnes personnes au bon moment, notamment &#224; l'adolescence. Et puis je crois que j'aurais aim&#233; qu'on m'explique que la sexualit&#233; n'est pas forc&#233;ment p&#233;n&#233;trative. Finalement, je me suis dit que cette qu&#234;te du plaisir et de l'orgasme n'&#233;tait peut-&#234;tre qu'un fantasme ou que je ne pouvais simplement pas y acc&#233;der. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La pression est retomb&#233;e &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me si j'ai eu toutes ces exp&#233;riences, je crois que dans le fond, le sexe ne m'a jamais vraiment int&#233;ress&#233;e. Mais je ne trouvais pas le d&#233;clic pour arr&#234;ter. En fait, il n'y a pas un &lt;i&gt;jour&lt;/i&gt; o&#249; j'ai d&#233;cid&#233; d'&#234;tre asexuelle. J'ai juste fait le constat que c'&#233;tait beaucoup trop d'&#233;nergie et de complications, pour trop peu de choses agr&#233;ables. Et il y a clairement une pression qui est retomb&#233;e quand j'ai arr&#234;t&#233; d'avoir une sexualit&#233;. Arriv&#233;e &#224; mon &#226;ge, je sens qu'on est quelques-unes &#224; faire ce choix parce que nos v&#233;cus de femmes n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s simples. Qu'&#224; presque 50 ans, tu n'es plus sur le &#8220;march&#233;&#8221;, et je n'ai plus envie de jouer avec ces codes. Je consid&#232;re aussi que ce besoin de sexualit&#233; est tr&#232;s culturel, que c'est aussi un instrument patriarcal qui nous ram&#232;ne sans cesse, en tant que femme, sur le terrain de la reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'impression d'avoir un manque. Je regrette parfois ce shoot que certaines personnes disent ressentir avec le sexe. Je suis masseuse et j'adore vraiment &#231;a. Pour moi, ce plaisir du massage est finalement bien plus intense que ce que j'ai ressenti quand j'avais une vie sexuelle. Et puis quand je ressens un manque affectif, je me rem&#233;more toutes les complications que mes relations engendraient, et je me sens mieux dans mon choix de couper avec tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je voudrais du sexe fluide et simple, sans enjeu affectif. C'est presque comme croire au prince charmant. J'ai bien compris que &#231;a n'existe pas, alors j'ai choisi de d&#233;serter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le psychologue am&#233;ricain Abraham Maslow a th&#233;oris&#233;, dans les ann&#233;es 1940, la fumeuse et d&#233;sormais controvers&#233;e &#171; pyramide des besoins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maladie gyn&#233;cologique caus&#233;e par la pr&#233;sence de cellules de l'endom&#232;tre (muqueuse de l'ut&#233;rus) en dehors de l'ut&#233;rus. D'apr&#232;s l'Inserm, l'endom&#233;triose touche environ 10 % des femmes et 40 % de celles qui souffrent de douleurs chroniques dans le bas du ventre. Parfois asymptomatique, elle peut aussi provoquer d'intenses douleurs et entra&#238;ner une infertilit&#233;. Elle est souvent diagnostiqu&#233;e tr&#232;s tardivement, des ann&#233;es apr&#232;s l'apparition des premiers sympt&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &lt;i&gt;butches&lt;/i&gt; sont des lesbiennes qui adoptent des comportements, des allures, des occupations et/ou un habillement associ&#233;s aux hommes dans la culture occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bondage, discipline, sadomasochisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pendant la crise sanitaire, la guerre sociale continue</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pendant-la-crise-sanitaire-la</link>
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		<dc:date>2020-04-03T20:51:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>vraiment</dc:subject>
		<dc:subject>Est-il vraiment</dc:subject>
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		<dc:subject>sont-ils vraiment</dc:subject>
		<dc:subject>air</dc:subject>
		<dc:subject>produits frais</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il n'y a pas grand-chose de neutre dans les mesures gouvernementales de lutte contre la propagation du coronavirus. Derri&#232;re le masque du bon sens et de &#171; l'union nationale &#187;, l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale continue de suinter. Cette question est largement abord&#233;e dans le nouveau CQFD, paru vendredi. &#171; Est-il vraiment prouv&#233; et &#233;vident que les risques de contagion sont plus &#233;lev&#233;s dans un march&#233; en plein air que dans un supermarch&#233; ferm&#233; ? Les risques de contagion sont-ils vraiment plus faibles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Est-il-vraiment" rel="tag"&gt;Est-il vraiment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/supermarche-ferme" rel="tag"&gt;supermarch&#233; ferm&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vraiment-prouve" rel="tag"&gt;vraiment prouv&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/contagion" rel="tag"&gt;contagion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Est-il" rel="tag"&gt;Est-il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/contagion-sont-ils" rel="tag"&gt;contagion sont-ils&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sont-ils-vraiment" rel="tag"&gt;sont-ils vraiment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/air" rel="tag"&gt;air&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/produits-frais" rel="tag"&gt;produits frais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas grand-chose de neutre dans les mesures gouvernementales de lutte contre la propagation du coronavirus. Derri&#232;re le masque du bon sens et de &#171; l'union nationale &#187;, l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale continue de suinter. Cette question est largement abord&#233;e dans le &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no186' class=&#034;spip_in&#034;&gt;nouveau &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru vendredi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Est-il vraiment prouv&#233; et &#233;vident que les risques de contagion sont plus &#233;lev&#233;s dans un march&#233; en plein air que dans un supermarch&#233; ferm&#233; ? Les risques de contagion sont-ils vraiment plus faibles pour des produits dont la cha&#238;ne de production n&#233;cessite une multitude d'interm&#233;diaires que pour des produits frais vendus en direct ?&lt;/i&gt; &#187; Ce 27 mars, la question est pos&#233;e par des paysans et paysannes de Notre-Dame des Landes, dans une lettre ouverte r&#233;agissant &#224; l'interdiction des march&#233;s de plein air. Et elle est pertinente. Car non, il n'y a pas grand-chose de neutre dans les mesures gouvernementales de lutte contre la propagation du coronavirus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le masque du bon sens et de &#171; l'union nationale &#187;, l'id&#233;ologie suinte : alors que l'agro-industrie s'est rendue coupable de tant de scandales sanitaires, on continue &#224; la favoriser en mettant la grande distribution en situation de quasi-monopole&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans certaines communes, notamment Lille, une d&#233;rogation a finalement permis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Combien de petits producteurs ne r&#233;chapperont pas &#224; cette crise ? M&#234;me interrogation pour les librairies de quartier, vampiris&#233;es par le g&#233;ant Amazon, dont les employ&#233;s, eux, sont pri&#233;s de continuer &#224; bosser, risque de contagion ou pas. Gr&#226;ce aux ordonnances permises par l'&#233;tat d'urgence sanitaire, on pourra m&#234;me les faire trimer jusqu'&#224; 60 heures par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certes, quelques rares mesures sociales ont &#233;t&#233; prises pour &#233;viter l'explosion : entre autres, la prolongation de la tr&#234;ve hivernale des expulsions locatives et le report de l'entr&#233;e en vigueur des nouvelles r&#232;gles de l'assurance ch&#244;mage. Mais de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le coronavirus est un puissant r&#233;v&#233;lateur &#8211; voire amplificateur &#8211; des in&#233;galit&#233;s. Rien de nouveau sous le soleil : pendant la peste de Marseille, en 1720, ce furent les mendiants qu'on chargea d'ensevelir les cadavres contamin&#233;s. Une fois ces gueux d&#233;c&#233;d&#233;s, on eut recours aux for&#231;ats&#8230; Pendant l'&#233;pid&#233;mie, l'&#233;lite politique garda le droit de se promener &#224; sa guise, quand les pauvres avaient interdiction de quitter la ville, sous peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'injustice perdure : les prolos bossent ou sont confin&#233;s avec leurs enfants dans 30 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;, les bourgeois se cassent &#224; l'&#238;le de R&#233;. Idem pour le traitement des malades. Mi-mars, alors qu'elle ne pr&#233;sentait aucun sympt&#244;me, la pr&#233;sidente du Conseil d&#233;partemental des Bouches-du-Rh&#244;ne, Martine Vassal, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Martine-Vassal-est-elle-un-cas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;n'a pas h&#233;sit&#233; pas &#224; aller se faire tester&lt;/a&gt; &#8211; positive. Elle a m&#234;me fini par &#234;tre plac&#233;e en observation, occupant une chambre d'h&#244;pital &#224; l'heure m&#234;me o&#249; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Personne-n-est-dupe-de-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les soignants attendaient f&#233;brilement un tsunami de cas extr&#234;mes&lt;/a&gt;... Dans leur maison de retraite, le papy et la mamie lambda n'ont pas droit aux m&#234;mes &#233;gards : beaucoup mourront sans qu'on prenne la peine de les envoyer &#224; l'h&#244;pital. Ce m&#234;me h&#244;pital public dont les diff&#233;rents partis au pouvoir ont fait fermer des milliers de lits ces derni&#232;res d&#233;cennies, quand ils n'envoyaient pas leur police gazer les soignants ext&#233;nu&#233;s qui r&#233;clamaient dans la rue des augmentations de moyens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est peu de le dire, l'ambiance g&#233;n&#233;rale n'est pas folichonne. Dans les rues vid&#233;es, la police s'en donne &#224; c&#339;ur joie, verbalisant &#224; tout va, surtout des personnes racis&#233;es, m&#234;me quand celles-ci disposent d'une attestation de sortie des plus valables &#8211; les t&#233;moignages se multiplient. En cas de r&#233;cidive, ce sera la garde &#224; vue voire la prison, o&#249; l'&#233;pid&#233;mie risque de faire des ravages, du fait d'une surpopulation que le gouvernement se refuse &#224; r&#233;duire s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, la technopolice aff&#251;te ses armes. Dans notre &#233;dito du mois dernier, nous &#233;crivions qu'en France, &#171; &lt;i&gt;on semble encore loin des villes chinoises mises en quarantaine et des drones policiers rappelant &#224; l'ordre les r&#233;calcitrants qui sortiraient de chez eux&lt;/i&gt; &#187;. On y est. Terrible acc&#233;l&#233;ration de l'histoire : apr&#232;s le terrorisme, la lutte contre la pand&#233;mie offre une justification r&#234;v&#233;e aux promoteurs des technologies de surveillance invasives. Ne r&#234;vons pas : quand le coronavirus se sera &#233;clips&#233;, les dispositifs s&#233;curitaires et antisociaux mis en place pendant l'&#233;pid&#233;mie ne dispara&#238;tront pas d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;sister ? Confin&#233;, le mouvement social est forc&#233;ment plus discret, m&#234;me si sur ce front des choses commencent fort heureusement &#224; bouger. &#192; d&#233;faut de trouver d'in&#233;dites formes de lutte adapt&#233;es &#224; la situation actuelle, il faudra repartir au front en temps voulu. D&#232;s le jour d'apr&#232;s. En reprenant la rue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;quipe de CQFD&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Ces r&#233;flexions auront une large place dans le prochain num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, titr&#233; &#171; Nous sommes en guerre&#8230; sociale &#187;. En kiosque vendredi 3 avril.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans certaines communes, notamment Lille, une d&#233;rogation a finalement permis aux march&#233;s de plein air de continuer &#224; fonctionner&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je vous &#233;cris de l'usine : La derni&#232;re</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#199;a y est, &#231;a se termine. A l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, il me reste &#224; peine 20 jours &#224; tenir. Et apr&#232;s, basta ! Bye bye turbin ! L'usine, c'est fini ! Je dois avouer que depuis quelques jours, je n'en branle plus une. J'en ai vraiment marre. Je m'&#233;couterais, je me mettrais en arr&#234;t maladie, d'autant qu'une fois en retraite, je ne pourrai plus le faire. L'usine me sort par les yeux. Il est temps que je prenne la tangente. Et encore, j'ai de la chance, le placard o&#249; l'on m'a plac&#233; pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no134-juillet-aout-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;134 (juillet-ao&#251;t 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH753/-424-69f03.jpg?1782638370' width='400' height='753' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#199;a y est, &#231;a se termine. A l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, il me reste &#224; peine 20 jours &#224; tenir. Et apr&#232;s, basta ! &lt;i&gt;Bye bye&lt;/i&gt; turbin ! L'usine, c'est fini ! Je dois avouer que depuis quelques jours, je n'en branle plus une. J'en ai vraiment marre. Je m'&#233;couterais, je me mettrais en arr&#234;t maladie, d'autant qu'une fois en retraite, je ne pourrai plus le faire. L'usine me sort par les yeux. Il est temps que je prenne la tangente. Et encore, j'ai de la chance, le placard o&#249; l'on m'a plac&#233; pour ces derniers mois est nettement moins p&#233;nible que devoir continuer &#224; faire les postes, travailler de nuit ou devoir se lever &#224; 4 h du mat', jusqu'&#224; mon d&#233;part, comme cela arrive trop souvent &#224; mes coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe causer avec quelques copains et copines dans les ateliers ou les bureaux. Je bosse pour moi. J'&#233;cris cet article. La hi&#233;rarchie s'en fout, puisque je pars bient&#244;t. Je donne mes heures pour le syndicat en essayant de continuer de sortir le journal mensuel du syndicat, en me demandant qui prendra vraiment la rel&#232;ve. C'est un des probl&#232;mes : si mon syndicat compte pas mal d'adh&#233;rents (en gros, un tiers de l'usine), il n'y a pas beaucoup de militants qui &#233;mergent vraiment. Peut-&#234;tre que face aux probl&#232;mes futurs, des coll&#232;gues s'impliqueront davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, depuis plus de dix ans, on pense que la bo&#238;te va fermer, la vie continue &#224; l'usine. L'exploitation aussi. On continue de se poser des questions sur le nombre de mois ou d'ann&#233;es pendant lesquels elle va encore tourner. Les usines alentour ferment petit &#224; petit : Petroplus, Schneider, LCI, etc. La Chapelle Darblay voit ses effectifs divis&#233;s par deux&#8230; Quand on monte sur les hauteurs de Rouen, les seules fum&#233;es d'usine que l'on voit sont celles de ma bo&#238;te. C'est &#233;vident que &#231;a va fermer. Mais quand ? Suspendus &#224; cette question, nous sommes rest&#233;s &#224; bosser, croyant qu'elle fermerait et qu'on pourrait partir plus t&#244;t. Mais rien pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois avouer que j'ai h&#226;te de passer du statut de &#171; vieux salari&#233; &#187; &#224; celui de &#171; jeune retrait&#233; &#187;, m&#234;me si le terme de jeune fasse bizarre (faut dire qu'en vieillissant, les petits tracas de sant&#233; s'accumulent quand m&#234;me). Parce que, dans la bo&#238;te, je fais partie des monuments, notamment aupr&#232;s de certains cadres. Tu parles ! 42&#8200;ans que je suis &#224; l'usine, alors qu'eux n'y restent que 5-6 ans. Ils me traitent presque avec condescendance &#171; malgr&#233; tout ce que vous avez pu &#233;crire sur l'usine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois quelques copains qui ont un coup de blues au moment de partir. Ce n'est pas vraiment mon cas. C'est vrai qu'il y a des coll&#232;gues que je ne reverrai pas et que les moments pass&#233;s dans les luttes, ou autour d'un ap&#233;ro au r&#233;fectoire, seront d&#233;finitivement derri&#232;re moi. Mais quitter ces lieux, ces chefs, ces patrons, ces horaires&#8230; Et m&#234;me si c'est toujours jouissif de dire merde au boss, ne plus conna&#238;tre les contraintes du salariat, c'est comme retrouver la libert&#233;. Il est vraiment temps de partir. Il me reste tant de choses &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, du coup, mon d&#233;part signe aussi la fin de cette chronique que j'ai tenue une dizaine d'ann&#233;es. C'est plut&#244;t rare, par les temps qui courent, qu'un prolo puisse donner son point de vue. Et c'est vraiment chouette que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ait accept&#233; de me laisser vous narrer ce qui se passait dans ma bo&#238;te. Renouant ainsi avec une vieille pratique de la presse r&#233;volutionnaire du d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas trop du genre &#224; revenir sur le pass&#233; mais, j'ai essay&#233;, pendant ces ann&#233;es, de vous faire partager des moments d'usine, de croiser des coll&#232;gues plus ou moins convenables. Il y a eu aussi les copains d&#233;c&#233;d&#233;s, l'amiante, les accidents du travail et le proc&#232;s AZF. Il y a eu des bagarres, des r&#233;ussites et des &#233;checs. J'ai aussi essay&#233; de parler d'autres entreprises en lutte ou pas. De plus, ces chroniques m'ont permis de croiser dans d'autres coins, de France, des prolos qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, et de les raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;galement rencontr&#233; des lecteurs de ces chroniques, lors de mes d&#233;placements pour mes bouquins, et re&#231;u pas mal de retours par courrier, &#233;lectronique ou non. C'est toujours agr&#233;able. J'aurais aim&#233; vous causer encore de quelques copains, comme Patrice. Un mec costaud, motard, le c&#339;ur sur la main. Un peu raciste, m&#234;me si ses meilleurs copains s'appellent Djamel et Driss. Il y a quinze jours, au sortir d'une r&#233;union intersyndicale d'information, lui qui a toujours le sens de la formule, m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Avec la CFDT, on ne doit pas avoir le m&#234;me code du travail. Moi, dans mon code il n'y a pas le mot &#8220;travail&#8221;, dans celui de la CFDT, il ne doit pas y avoir le mot &#8220;gr&#232;ve&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je sais que vous &#234;tes assez friands d'histoires de prolos, je vous en raconte une petite derni&#232;re qui vient de se d&#233;rouler. Nono semble ne pas avoir invent&#233; l'eau ti&#232;de. Il a le cr&#226;ne d&#233;garni, mais les cheveux longs et filasses sur les c&#244;t&#233;s, une voix &#224; la Daffy Duck et des mains aussi grandes que des gants de base-ball. Son boulot dans l'usine ne demande pas de connaissances techniques tr&#232;s pouss&#233;es. Pourtant c'est primordial, Nono doit surveiller les r&#233;seaux d'eau, les pompages, les traitements et les canalisations. C'est le c&#339;ur m&#234;me de l'usine et &#231;a couvre une tr&#232;s grande superficie. Pour effectuer ces kilom&#232;tres, Nono a d'ailleurs une voiture de fonction quelque peu disloqu&#233;e. C'est un boulot qui lui va bien parce qu'il est assez libre pour organiser son boulot comme il l'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que Nono est moins b&#234;te qu'il ne le laisse croire, il cherche aussi &#224; faire des petites &#233;conomies sur le dos de la bo&#238;te. Aussi, lorsqu'il va faire le plein de sa voiture de fonction, il en profite pour remplir un jerrican de 10 litres sur le compte du patron. Je l'ai appris parce que certains n'ont pas su tenir leurs langues. Pire, il y en a un qui, cach&#233;, a pris Nono en flagrant d&#233;lit et en photo avec son t&#233;l&#233;phone. Il a ensuite envoy&#233; la photo au chef de service. Sans doute a-t-il pris le terme utilis&#233; par les DRH de &#171; collaborateur &#187; selon les crit&#232;res de 1942. Normalement, un vol est puni par un renvoi du jour au lendemain sans autre forme de proc&#232;s, pour faute grave. Pour Nono, ce serait une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me fait tout dr&#244;le de pr&#233;senter (surtout pour une derni&#232;re chronique) un chef de service pas trop con et plut&#244;t sympa, mais ce dernier n'a pas pris de sanction contre Nono. Il lui a simplement dit d'arr&#234;ter son man&#232;ge. Ce que Nono s'est empress&#233; d'accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre concernant l'auteur de la photo, je sais que d&#233;sormais, le chef a du mal &#224; lui serrer la main. Nono peut continuer son petit bonhomme de chemin, dans sa voiture aux amortisseurs fatigu&#233;s, sur les chemins de ronde de l'usine. Voil&#224;, elle &#233;tait courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc ici que s'ach&#232;ve ma derni&#232;re chronique &#233;crite &#224; l'usine. C'est un peu tristouille mais c'est ainsi. Pour autant, je sais que je suis du genre &#224; &#233;crire tout le temps et &#224; vouloir continuer &#224; t&#233;moigner et raconter. Alors on risque fort de se retrouver bient&#244;t dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, et sans doute ailleurs, pour des histoires glan&#233;es au fil de rencontres, de combats et de voyages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; bient&#244;t pour de nouvelles aventures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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