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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Feu Le Caire</title>
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		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises. Samedi Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartecaire_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/1200cartecaire_resultat-c1baa.jpg?1782742198' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre que ce que je veux, c'est la politique &#8211; le faire parler et me nourrir de ses paroles. Il se pr&#234;te au jeu : &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement vole l'argent des gens.&lt;/i&gt; &#187; Je suis content, mais il ne me donnera pas davantage. Il met la musique &#224; fond. Il chante, bien et fort, toujours en avance d'une demi-seconde sur le chanteur libanais dont j'ai oubli&#233; le nom. Il roule comme un fou. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Je suis fou, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes arriv&#233;s. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Allez, tu es content, donne-moi 250.&lt;/i&gt; &#187; Je lui donne 240. Il prend sans compter. Il me demande une cigarette. Je lui en offre deux. Il refuse la seconde. J'oublie le paquet dans la voiture. Il me rattrape pour me le rendre. Il klaxonne. Il rit. Je ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution cherchait &#224; contourner l'argent pour jouir de la parole : j'aimerais, moi aussi, mais je ne peux pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tahrir n'est plus qu'un immense hub routier o&#249; personne ne s'attarde. Des policiers anti-&#233;meute arm&#233;s de fusils &#224; pompe y stationnent en permanence. La s&#233;curit&#233; d'&#201;tat, dit-on, surveille la place depuis les &#233;tages sup&#233;rieurs des immeubles environnants. Les caf&#233;s sont pleins d'indics. La menace, elle, ne donne aucun signe de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon amie Loubna m'a invit&#233; &#224; d&#238;ner chez elle, dans la banlieue sud. Elle a convi&#233; Youssef. Youssef est un universitaire francophone &#224; la carrure consid&#233;rable. Il est venu pour converser avec moi. Je suis intimid&#233; : j'ai peur des universitaires. Mais Youssef est int&#233;ress&#233; par le gratin de courgettes : me voil&#224; rassur&#233;. Il &#233;voque un nouveau travail, en sus de l'universit&#233;. Il est question d'un &#171; &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;autorit&#233; de tutelle&lt;/i&gt; &#187;. Je finis par comprendre que Youssef travaille pour les &lt;i&gt;mukhabarat al-&#8216;am&lt;/i&gt;, les renseignements g&#233;n&#233;raux. Youssef &#233;voque des g&#233;n&#233;raux ploucs et pieux ; des coups de fil d'amis re&#231;us &#224; l'aube pour faire lib&#233;rer des gens ; le pr&#233;sident, fantomatique et lointain. Voil&#224; le grand th&#233;&#226;tre du pouvoir. Quelque part, en coulisse : le grondement de la population. Ce n'est pas le moment de desserrer la vis, dit Youssef : les prix ont plus que doubl&#233; en cinq ans, et partout les Fr&#232;res musulmans sont en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#238;ner, on rentre ensemble en Uber : c'est la premi&#232;re fois pour moi. En &#201;gypte, les Uber sont plus chers que les taxis mais Youssef les pr&#233;f&#232;re car, dit-il, leurs chauffeurs se comportent bien : gr&#226;ce &#224; l'appli, ils peuvent &#234;tre signal&#233;s. Ainsi ont-ils peur &#8211; et la vis tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la voiture, Youssef est perturb&#233; : au cours de la soir&#233;e, Loubna a dit que les gens &#233;taient terrifi&#233;s par la police. Il en est surpris : il ne pensait pas que c'&#233;tait &#224; ce point. Il semble malheureux, perdu, seul. Je suis pris d'une horrible envie de le rassurer, de lui dire de ne pas s'inqui&#233;ter, que la police, &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je marche vers le nord du centre-ville. &#192; Boulaq et Choubra, tout n'est que souks. Les marchandises sont innombrables, et class&#233;es par th&#232;me : ici on circule au milieu de pi&#232;ces de voiture ; l&#224; des v&#234;tements recycl&#233;s ou des pi&#232;ces d'&#233;lectrom&#233;nager. Pourquoi exposer de tels amoncellements ? Sans doute sont-ce l&#224; des stocks &#8211; et il n'y a pas d'entrep&#244;ts pour les y fourrer. Ahmad, &#224; la r&#233;ception de l'h&#244;tel : &#171; &lt;i&gt;Pendant la crise du corona, les marchandises chinoises n'arrivaient plus. La ville &#233;tait vide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires, les quartiers de Boulaq et Choubra &#233;taient descendus sur le centre-ville, c&#339;ur d&#233;cr&#233;pi de la boh&#232;me intellectuelle et r&#233;volutionnaire et l'un des centres du pouvoir. Les gens venus de Boulaq et Choubra cr&#233;aient, me dit-on, de l'ins&#233;curit&#233;. Il y avait les manifestants (bons), mais aussi les vendeurs &#224; la sauvette et les voyous (mauvais). Ce ne sont pas seulement des paroles de bourgeois : Boulaq et Choubra, en plus d'effrayer ceux-ci, harcelaient les femmes circulant seules. Les voyous ont depuis &#233;t&#233; repouss&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; par la police. Le centre-ville a &#233;t&#233; sauv&#233; de l'assaut des pauvres par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canaliser la haine de classe sur les femmes ou d&#233;fendre les libert&#233;s des individus face &#224; l'islam des pauvres : la contre-r&#233;volution a toujours deux m&#226;choires. Y a-t-il eu autre chose ? J'ai le souvenir d'une femme en &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt;, seule, debout sur une caisse, haranguant la foule pour parler de justice sociale. Je ne comprenais que des bribes. C'&#233;tait en mars 2011 &#8211; ou peut-&#234;tre &#233;tait-ce en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au sud-est du centre-ville est le Caire dit &#171; islamique &#187; : la vieille ville et ses quartiers informels (&lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;), certains b&#226;tis sur des cimeti&#232;res m&#233;di&#233;vaux. C'est le Caire bord&#233;lique. Je me perds dans le quartier qui domine la mosqu&#233;e Ibn Touloun. Les ruelles sont de terre battue. On circule en touk-touk ; il y a des moutons, des volailles, des chevaux. J'interroge un vieux dans son &#233;choppe. Il est avenant, il se nomme Magdi, il d&#233;clare son amour pour le pr&#233;sident Abdel Fattah al-Sissi. Il m'informe que nous sommes dans une des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt; du quartier Khalifa. Le vieux Magdi m'offre un jus de goyave. Je veux payer, il refuse : il affirme avec assurance que je ferais pareil si nous &#233;tions chez moi en France. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r&lt;/i&gt; &#187;, dis-je, et je l'invite chez moi en France. Pas plus que l'argent, la n&#233;gation de l'argent ne lie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rejoint la place Sayyida-Zeinab. Dans un caf&#233;, le serveur me dit de rester un an en &#201;gypte, qu'alors je comprendrai le pays. Il s'appelle Hassan. Il me donne un surnom : Mouni. Vient la question &#171; &lt;i&gt;Tichrab moukhadarat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; bois-tu des drogues ? (ici, on dit qu'on boit les drogues). Je suis m&#233;fiant avec cette affaire : il y a dix ans, parti pour ce faire, je m'&#233;tais trouv&#233; chez d'habiles voleurs, face auxquels je ne savais pas quel bon droit faire valoir. &#171; &lt;i&gt;Bof&lt;/i&gt; &#187; dis-je &#224; Hassan,&lt;i&gt; j'ai arr&#234;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mais Hassan insiste ; il guette le fond de mes yeux et scanne mon &#226;me : lui, c'est haschisch &#224; fond.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vendredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pouss&#233; plus loin au sud, en lisi&#232;re du cimeti&#232;re sud. Quand je quitte la place Sayyida-Nafissa, tout est silence. Je longe un quartier qui, sur la carte, s'appelle Masakin Zeinhum. Le bric et broc des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat &lt;/i&gt;s'y transforme en d&#233;cr&#233;pitude urbaine : des barres grises qui imm&#233;diatement &#233;voquent l'&#201;tat. La mis&#232;re ici cesse d'&#234;tre active : les pauvres sont assis. De cette position ils me regardent, et ces yeux sont des miroirs plant&#233;s en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entame une descente vers Sayyida- Zeinab. Sur ma route, un monstre : un cube de b&#233;ton &#233;norme et tonitruant, prot&#233;g&#233; par tout un tas de fourgons-prisons. C'est le tribunal du district Sud du Caire. Voici la justice, la vraie, celle qui mange les pauvres &#8211; les mastique, les ingurgite, les chie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khan-al-Khalil : le Caire touristique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis au nord, pr&#232;s de la mosqu&#233;e Al-Hakim, au pied des remparts. La zone &#224; babioles s'est effiloch&#233;e doucement et la guerre pour l'espace bat son plein. Les boutiquiers s'affairent pour vendre des marchandises aux touristes. De jeunes prol&#233;taires font vrombir leurs deux-roues &#8211; ils sont d&#233;f&#233;rents et agressifs ; parfois ils font montre d'une sonore religiosit&#233;. Les touristes tra&#238;nent et attendent qu'on s'occupe d'eux. Ils sont &#233;gyptiens, golfiens, turcs, indon&#233;siens : musulmans, ils ne me renvoient nul reflet&#8230; c'est confortable. Les agents de la s&#233;curit&#233; semblent vivre une relation importante avec leurs matraques molles. Certains les trimballent par brass&#233;es enti&#232;res ; d'autres, alanguis sur des barri&#232;res, triturent leur bidule. On distribue l'objet et on fait connaissance avec lui : sans doute la matraque molle est-elle une nouveaut&#233; dans l'&#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oiseau a chi&#233; sur mon &#233;paule. Je vais devoir retourner &#224; l'h&#244;tel pour me changer. Je n'en bougerai plus aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi m'a inform&#233; que le quartier o&#249; le vieux Magdi m'a offert un jus de goyave est vou&#233; &#224; une destruction prochaine. &#201;voquant le destin futur des expuls&#233;s, il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;gypte est grande.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce moment, je n'ai su comment interpr&#233;ter son regard. Je suis &#224; l'aff&#251;t des fr&#233;missements de la haine &#8211; j'aimerais imaginer un face-&#224;-face secret entre l'&#201;tat et les &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;. Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police a, dans ces quartiers, &#233;t&#233; attaqu&#233;e partout. Les bulldozers sont-ils l'instrument d'une vengeance ? Je me raisonne : le capital court devant le temps, pas derri&#232;re. Le BTP, c'est les capitalistes militaires. Ils contractent avec l'&#201;tat, ils ravagent, ils se mettent le pognon dans les poches. Soixante pour cent du b&#226;ti au Caire n'est pas d&#233;clar&#233; &#8211; on peut d&#233;truire sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, quand je regagne le centre-ville en remontant la rue Talaat-Harb, la ville me semble sombre et vide. Je presse le pas. Je me rem&#233;more des slogans. &#171; &lt;i&gt;Thawra, thawra hatta an-nasr&lt;/i&gt; &#187; &#8211; R&#233;volution, r&#233;volution jusqu'&#224; la victoire ; &#171; &lt;i&gt;Yaskut, yaskut hakmat al-&#8216;askar&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Que tombe, que tombe le gouvernement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une &#233;meute du c&#244;t&#233; de la rue Mohamed-Mahmoud, fin 2012. Amar, supporter de l'&#233;quipe de foot d'Al-Ahly, m'avait abord&#233; : il &#233;tait anglophone. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des chiens, ils nous tuent, ils tuent mes fr&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Il parlait de la police &#8211; les ultras d'Al-Ahly &#233;taient alors omnipr&#233;sents dans les combats de rue. Avec Amar, nous sommes ensuite rest&#233;s en contact sur Facebook. Il a voulu fuir le pays, m'a demand&#233; des coups de main. Je n'avais pas grand-chose &#224; lui offrir. Sur sa page Facebook, il est d&#233;sormais mari&#233;. Je ne l'ai pas inform&#233; de mon retour au Caire. Le corona, dit-on, a tu&#233; l'activit&#233; des ultras.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233; au caf&#233; de Hassan &#224; Sayyida-Zeinab. Hassan m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Ah, Mouni, si nous parlions la m&#234;me langue, je t'expliquerais tant de choses sur cette ville et ce quartier&lt;/i&gt;. &#187; &#192; plusieurs reprises, il s'est pinc&#233; la glotte en pronon&#231;ant un mot que je n'ai pas compris. Cela veut dire qu'il en a marre. Il veut rester &#224; la maison, &#224; fumer du haschisch. Il a 31 ans et n'est pas mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi barbu. Sa dentition est pleine de trous ; il louche et grimace comme s'il voulait d&#233;crocher le r&#244;le de l'ogre. Il me m&#232;ne au parc Al-Azhar en passant par un &lt;i&gt;no-man's land&lt;/i&gt; entre le cimeti&#232;re sud et Manshiyat Nasr. C'est vide, c'est cass&#233;, les ordures forment des collines. Sous ses grimaces, le chauffeur semble joyeux de me faire passer l&#224;. Il &#233;voque les beaut&#233;s de l'Am&#233;rique et du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'existence du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision semble lui procurer une joie intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haut de la quatre-voies de Salah-Salem, il faut faire demi-tour. On croise une immense mosqu&#233;e enguirland&#233;e : la Mosqu&#233;e de la police &#8211; l'entr&#233;e, m'explique le chauffeur, en est interdite &#224; tous les non-flics. Et voil&#224; que l'homme est pris d'un cri strident et se met &#224; causer en anglais : &#171; &lt;i&gt;Police very very bad&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dans une phrase mal branl&#233;e, je marmonne le mot r&#233;volution (&lt;i&gt;thawra&lt;/i&gt;). Le chauffeur secoue la t&#234;te et il entrechoque le creux de ses poignets : il n'y aura pas de nouvelle r&#233;volution, seulement la prison, encore et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2011, au d&#233;tour d'un caf&#233;, un vieux. Il incarne la boh&#232;me intellectuelle du centre-ville : il est chevelu et sap&#233; comme en 1970. Je lui dis que je cherche la r&#233;volution. Il me r&#233;pond que je ne la trouverai pas car, dit-il, elle est cach&#233;e : elle se niche dans les mots secrets qu'en ce moment m&#234;me s'&#233;changent les travailleurs. Longtemps, loin du Caire, les paroles de ce vieux ont fa&#231;onn&#233; ma mythologie de la r&#233;volution : maintenant, tout &#231;a est caduc. Pour mes fantasmagories futures, je pense au cri strident sorti de la gorge du chauffeur de taxi orgiaque. Quelque chose y &#233;tait suspendu &#8211; mais on ne sait pas encore quoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minassian&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;gypte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteegypte_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200carteegypte_resultat-52b59.jpg?1782742198' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 100 millions d'habitant&#183;es, dont 23 millions au Caire. &#8226; une &#233;conomie de rentes : transferts de la diaspora, tourisme, redevances d'utilisation du canal de Suez, ventes d'hydrocarbures. &#8226; un tiers de la population sous le seuil de pauvret&#233;. un secteur informel qui repr&#233;senterait la moiti&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dynamique r&#233;volutionnaire (2011-2013) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police, partout assaillie, est physiquement vaincue par des dizaines de milliers de manifestant&#183;es. Au cours des deux semaines suivantes, l'occupation de la place Tahrir entra&#238;ne la dislocation du bloc dirigeant. Les g&#233;n&#233;raux d&#233;mettent le pr&#233;sident Hosni Moubarak et prennent le pouvoir. Mais ils ne peuvent ni ne veulent gouverner seuls : ils s'allient avec les Fr&#232;res musulmans et jouent l'ouverture d&#233;mocratique. Il y a plusieurs &#233;lections ouvertes en 2011 et 2012 : les Fr&#232;res les remportent toutes. Mais l'&#201;tat ne parvient pas &#224; absorber une &#233;bullition sociale qui n'a pas de traduction politique ni d'unit&#233; organisationnelle. Les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187;, concentr&#233;&#183;es au Caire, maintiennent une pression constante sur le terrain de la d&#233;mocratisation : ils sont durement r&#233;prim&#233;&#183;es. un puissant mouvement d'insubordination traverse les lieux de travail, entra&#238;nant nombre de gr&#232;ves sauvages. Les &#233;meutes contre la police et les pouvoirs locaux sont r&#233;currentes : la jeunesse du salariat informel se r&#233;pand dans les rues &#8211; ultras, &#171; black blocs &#187;, &#171; salafistes r&#233;volutionnaires &#187;. Le pouvoir orchestre plusieurs massacres, qui entra&#238;nent chaque fois des recompositions des forces politico-sociales : les alliances de rue se font et se d&#233;font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamiste Mohamed Morsi est &#233;lu pr&#233;sident en juin 2012 face au r&#233;sidu d'ancien r&#233;gime &#8211;&lt;i&gt; fouloul&lt;/i&gt; &#8211; Ahmed Chafiq. En d&#233;cembre, le bloc Fr&#232;res musulmans-militaires se disloque : les Fr&#232;res veulent pousser leurs pions trop loin au sein de l'&#201;tat. Au printemps 2013, alors que l'agitation sociale se poursuit, les militaires manipulent prix et p&#233;nuries. Le 3 juillet 2013, s'appuyant sur des manifestations massives et un soutien de la quasi-totalit&#233; des forces politiques non-fr&#233;ristes (y compris les salafistes), ils renversent Morsi, se revendiquant d'une &#171; deuxi&#232;me r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pelleteuses &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2016, suite &#224; un accord avec le Fonds mon&#233;taire international (FMI), la monnaie est d&#233;valu&#233;e et les subventions &#233;tatiques sur l'&#233;nergie et les produits alimentaires sont partiellement lev&#233;es : les prix s'envolent. L'&#233;conomie &#233;gyptienne tourne &#224; grands coups d'emprunts : les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;gyptiens sont parmi les plus attractifs sur le march&#233; mondial. L'afflux de capitaux finance de grands projets d'infrastructures : doublement du canal de Suez, construction de villes nouvelles dans le d&#233;sert. &#192; 40 km du Caire, une nouvelle capitale est en construction. Elle a pour nom &#171; Nouvelle capitale administrative &#187;. On attend d'ici peu le transfert en grande pompe de 50 000 fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les d&#233;penses publiques ont doubl&#233; en dix ans, le budget de l'&#201;tat ressemble &#224; une pyramide de Ponzi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#233;gime, domin&#233; par le chef d'&#233;tat-major Abdel Fattah al-Sissi, s'inaugure par un massacre d'une ampleur in&#233;dite : sur la place Rabia, en ao&#251;t 2013, les forces de s&#233;curit&#233; tuent au moins 800 manifestant&#183;es pro-Morsi. Les lib&#233;raux d&#233;mocrates, socialistes et autres syndicalistes r&#233;volutionnaires, qui soutiennent le gouvernement de transition, n'y trouvent rien &#224; redire. Dans les mois qui suivent, des dizaines de milliers de pr&#233;sum&#233;s islamistes, accus&#233;s d'appartenance terroriste, sont jet&#233;s en prison. Progressivement, les idiots utiles lib&#233;raux et salafistes sont &#233;cart&#233;s ; les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187; qui maintiennent une activit&#233; publique sont &#224; leur tour durement r&#233;prim&#233;&#183;es. Enfin, au cours de l'hiver 2013-2014, la discipline au travail est restaur&#233;e : le mouvement r&#233;volutionnaire est vaincu. Sissi est &#233;lu pr&#233;sident en 2014 et r&#233;&#233;lu en 2018, dans des bureaux de vote d&#233;serts. La pression polici&#232;re atteint des niveaux jamais vus : elle continue aujourd'hui de se resserrer. Les prisons &#233;gyptiennes sont surpeupl&#233;es. La moiti&#233; des prisonniers seraient &#171; politiques &#187; : 60 000, disent les ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'arm&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; d'autres secteurs capitalistes, l'arm&#233;e &#233;gyptienne est un &#171; capitaliste collectif &#187; fondu dans l'&#201;tat &#8211; un r&#233;sidu de socialisme des ann&#233;es 1960. La logique de rentabilit&#233; du capital est ici dissoute : dans les entreprises militaires, profits et subventions de l'&#201;tat sont confondus. L'arm&#233;e produit de l'agroalimentaire, du BTP, des m&#233;dicaments. Elle fait travailler gratuitement les bidasses ; elle emploie des salari&#233;s qui sont des militaires. Elle fournit &#224; ses employ&#233;s, s&#233;curit&#233; sociale, retraites, soins gratuits. L'arm&#233;e-entreprise est la grande orchestratrice des m&#233;gaprojets d'infrastructure : par ce biais, les capitaux achet&#233;s par la dette passent dans son budget. L'&#201;tat &#233;gyptien est ainsi tiraill&#233; entre la mainmise des militaires et les int&#233;r&#234;ts des capitalistes priv&#233;s : cette contradiction &#8211; parmi d'autres &#8211; menace de faire sauter le couvercle de la cocotte-minute sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Que vas-tu faire &#224; l'arm&#233;e, camarade ?</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Dubost</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;On l'appellera Claude. C'est mon ancien voisin. 26 ans, sympathique et r&#233;serv&#233;. Une famille moiti&#233; du centre de la France, moiti&#233; de Kabylie. &#192; l'ap&#233;ritif, sa conversation porte plus volontiers sur les luttes sociales que sur le football. Pas tellement l'image d'&#201;pinal du bidasse de base. Pourtant, Claude veut s'engager : il a ses id&#233;es bien &#224; lui sur l'arm&#233;e. Entretien. Qu'est-ce qui te pousse &#224; t'engager ? &#171; &#192; 18 ans, je faisais beaucoup de conneries et je suis pass&#233; &#224; deux doigts du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Legion" rel="tag"&gt;L&#233;gion&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bon" rel="tag"&gt;bon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On l'appellera Claude. C'est mon ancien voisin. 26 ans, sympathique et r&#233;serv&#233;. Une famille moiti&#233; du centre de la France, moiti&#233; de Kabylie. &#192; l'ap&#233;ritif, sa conversation porte plus volontiers sur les luttes sociales que sur le football. Pas tellement l'image d'&#201;pinal du bidasse de base. Pourtant, Claude veut s'engager : il a ses id&#233;es bien &#224; lui sur l'arm&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3382 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH548/-1569-e4956.jpg?1782656914' width='400' height='548' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui te pousse &#224; t'engager ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; 18 ans, je faisais beaucoup de conneries et je suis pass&#233; &#224; deux doigts du ballon. Je me suis dit : si tu continues, &#231;a sera la rue ou la prison, alors je suis parti &#224; la L&#233;gion. Un mois et demi d'incorporation et de service. Mais je n'ai pas pu rester parce que j'avais encore des jugements en attente et que, malgr&#233; le pass&#233; sulfureux de la L&#233;gion, ils sont tr&#232;s regardants sur le casier. Ils m'ont renvoy&#233; &#224; la vie civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rentr&#233; dans la restauration et je m'en sortais bien. J'avais des copains dans des groupes LGBT &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, avec qui j'ai beaucoup boug&#233;. &#199;a m'a ouvert les yeux sur des choses sur lesquelles je pouvais &#234;tre ferm&#233;. Puis, j'ai eu l'occasion de venir &#224; Marseille. Je me suis impos&#233; un cadre : ici je n'ai plus de potes, pas trop de thunes pour faire la teuf comme &#224; Paris. J'ai du temps pour me pr&#233;parer et r&#233;fl&#233;chir. C'est le bon moment pour me lancer. Et puis, ce qui a un peu acc&#233;l&#233;r&#233; les choses, c'est qu'un camarade est mort, au Mali, en novembre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un camarade de la L&#233;gion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, non, &#224; Paris je faisais du graff et c'&#233;tait un de mes meilleurs amis dans mon &#233;quipe de graff. Il &#233;tait militaire depuis deux ou trois ans. Comme c'&#233;tait sa deuxi&#232;me projection au Mali, on n'&#233;tait pas inquiets, sa famille non plus. Et puis, il y a un copain qui m'appelle et me dit que le camarade est d&#233;c&#233;d&#233;. J'ai cru que c'&#233;tait une blague. Une semaine avant, on s'&#233;tait parl&#233;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu ne crains pas de te retrouver en op&#233;ration de guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, l'Opex [&lt;i&gt;op&#233;ration ext&#233;rieure&lt;/i&gt;], je la fantasme plus qu'autre chose. Mon camarade, il a saut&#233; sur un IED [&lt;i&gt;Improvised Explosive Device, &#8220;bombe artisanale&#8221;&lt;/i&gt;]. L'IED c'est pas le plombier du coin qui l'a mis. &#199;a prouve qu'il y a vraiment quelque chose &#224; aller combattre. J'ai envie de me confronter &#224; &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a ne te fait pas flipper ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne sais pas. Enfin si. Le jour o&#249; je vais &#234;tre devant l'avion, c'est s&#251;r, je vais bien me caguer. Mais je serai &#224; fond dans mon taf, &#224; appliquer tout ce qu'on m'a appris de A &#224; Z. Le r&#233;giment que j'ai demand&#233;, il bouge tout le temps. C'est &#231;a que je cherche, j'ai pas envie de me tourner les pouces. Bon, je sais que je vais &#234;tre oblig&#233; de faire du Sentinelle en France. &#199;a me fait chier, mais c'est le boulot. C'est vraiment une mission de merde, qui sert &#224; rien, &#224; part m&#233;diatiquement. C'est la psychose terroriste. Du fard &#224; paupi&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu m'as dit une fois que tu &#233;tais patriote. Tu sais que c'est un terme tr&#232;s connot&#233; extr&#234;me droite...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, &#234;tre patriote, c'est aimer son pays, mais avant tout vouloir le d&#233;fendre et tous les &#234;tres humains qu'il y a &#224; l'int&#233;rieur. Peu importe qu'ils aient des papiers ou pas. Malgr&#233; nos diff&#233;rences on est tous &#233;gaux ; bon, pas pour la richesse, hein, mais on est tous &#233;gaux. Que tu sois d'extr&#234;me droite, d'extr&#234;me gauche, centriste&#8230; T'es un &#234;tre humain, je me dois d'&#234;tre apte &#224; te d&#233;fendre, s'il le faut, jusqu'au sacrifice ultime. C'est &#231;a le patriotisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'amour du pays, &#231;a te vient d'o&#249; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De l'engagement de mon grand-p&#232;re en 1940-45. Je porte au pays le m&#234;me amour que lui. Quand t'as un jeune de mon &#226;ge qui dit &#231;a, les gens le mettent dans une case d'extr&#234;me droite. Sauf que non. J'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; de fa&#231;on musulmane, ce qui ne m'emp&#234;che pas d'aimer fortement les valeurs fran&#231;aises &#8211; qui d'ailleurs ne sont plus trop mises en avant : quand tu vois que la France rechigne &#224; accepter des migrants ou &#224; ouvrir ses ports aux bateaux, moi &#231;a me fait doucement rigoler&#8230; Pour moi, les valeurs de la France sont celles de mon grand-p&#232;re, qui a arr&#234;t&#233; ses &#233;tudes et est entr&#233; dans la R&#233;sistance. Pour d&#233;fendre le peuple, les opprim&#233;s, les personnes de confession juive, les r&#233;fractaires au STO [&lt;i&gt;Service du travail obligatoire&lt;/i&gt;]&#8230; J'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et dans ta bande, entre graffeurs et copains/copines LGBT, tu es le seul &#224; avoir cet avis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une grosse bande, on se conna&#238;t depuis une quinzaine d'ann&#233;es. Y a un parachutiste, deux autres qui ne veulent pas &#234;tre militaires mais qui respectent. Les autres, en grande majorit&#233;, sont tr&#232;s politis&#233;s ; mais selon moi, ils se mettent des &#339;ill&#232;res. Tout ce qu'ils entendent, c'est qu'un militaire est mort &#224; l'autre bout du monde, que certains ont pu violer des gonzesses&#8230; S&#251;r, faut punir ces gens-l&#224; ! Qu'il y ait des fachos, ben oui, c'est comme partout, sauf qu'&#224; l'arm&#233;e, c'est dommage &#224; dire, t'en as plus qu'ailleurs. Mes potes civils ne retiennent que &#231;a, mais je me suis retrouv&#233; dans un camp o&#249; tu as toutes les origines du monde, qui se battent pour la m&#234;me chose. Sur cinquante bonhommes, t'en a trois qui sont fachos. Si t'enl&#232;ves les trois, derri&#232;re, t'en as quarante-sept qui sont g&#233;niaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les soldats qu'on envoie au feu sont des gens jeunes, souvent issus des classes populaires...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, tu as beaucoup de classes populaires. Parce que l'arm&#233;e est un des seuls employeurs, avec McDo, qui nous acceptent sans &#233;tudes. Moi, je m'engage en tant que militaire du rang. Je pars de rien, j'ai arr&#234;t&#233; l'&#233;cole en quatri&#232;me, z&#233;ro brevet, z&#233;ro bac&#8230; et je peux finir officier, sous-officier. Bon, pas tout de suite, mais dans dix ans, peut-&#234;tre. Cette barri&#232;re qu'on a dans le civil du fait que certains ont davantage de thune ou d'&#233;ducation, on la perd l&#224;-bas [&lt;i&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-meritocratie-dans-l-armee-est' class=&#034;spip_in&#034;&gt;lire aussi page V&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu n'as pas peur du racisme dans l'arm&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois, on m'a dit :&lt;i&gt; &#8220;T'es un bougnoule, toi, tu sais bien faire le caf&#233;. Ben, va faire un caf&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&#8221;&lt;/i&gt; Moi, je sais ce que je suis : je suis fran&#231;ais. Ce probl&#232;me de racisme, tu peux le rencontrer dans un bar, avec un patron, un coll&#232;gue serveur ou un client. Bon, &#224; la L&#233;gion, c'est une culture diff&#233;rente : t'avais des Russkofs, c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'ils voyaient des Blacks de leur vie&#8230; Mais ils travaillaient avec eux tous les jours. Dans l'arm&#233;e, on est oblig&#233;s d'apprendre &#224; se c&#244;toyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si un gars d&#233;passe les bornes, comme on est dans un milieu o&#249; il y a un peu de testost&#233;rone, on va dire, je lui en d&#233;coche une, il m'en d&#233;coche une, on se r&#232;gle, on va au trou une semaine, deux semaines. On risque de devenir copains apr&#232;s, tu vois ? C'est con &#224; dire, mais je sais que &#231;a fonctionne plus ou moins comme &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est une arm&#233;e la&#239;que, toutes les religions sont accept&#233;es. Moi, je suis ath&#233;e, mais mes coll&#232;gues qui faisaient le ramadan et qui n'arr&#234;taient pas de se plaindre qu'ils avaient soif&#8230; Ben, gros, le fais pas ! T'as le droit d'avoir une religion, mais t'as pas &#224; la montrer &#224; qui que ce soit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des policiers de culture musulmane se sont plaints r&#233;cemment de la d&#233;fiance de leurs coll&#232;gues...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils se m&#233;fient du mec qui se radicalise. Apr&#232;s, faut pas oublier que la police et l'arm&#233;e, c'est totalement diff&#233;rent. Avec la police, j'ai beaucoup de mal&#8230; Tu vois, je me suis fait tatouer un 1312 [&lt;i&gt;correspondant &#224; l'ordre alphab&#233;tique des lettres ACAB, &#8220;All Cops are Bastards&#8221;, &#8220;Tous les flics sont des enfoir&#233;s&#8221;&lt;/i&gt;] &#233;tant plus jeune. J'ai une haine visc&#233;rale contre elle. C'est des gros cons fachos, pour la majorit&#233;.
Ce sont surtout les grandes instances de la police nationale qui diabolisent l'islam. L'arm&#233;e a une coh&#233;sion diff&#233;rente. La police, apr&#232;s leur service, ils rentrent chez eux. L'arm&#233;e, non : tu restes avec tes camarades, tu dors avec eux. Sur un an, y a que quarante jours o&#249; on n'est pas ensemble. Alors, faut prendre sur toi. Je pense que cette coh&#233;sion, chez les pompiers, tu l'as aussi. Parce que c'est prendre des risques pour les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour ce qui est de ton engagement, quelles sont les prochaines &#233;tapes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vais passer mes derniers tests et mon dossier sera envoy&#233; en commission nationale. Si je suis pris, je vais faire mes classes dans mon r&#233;giment, trois mois. Et encore trois mois pour me sp&#233;cialiser dans le m&#233;tier que j'ai choisi. J'h&#233;site encore, mais j'aimerais bien &#234;tre dans une compagnie de reconnaissance : tu pars devant sur un v&#233;hicule blind&#233; l&#233;ger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le risque maximum ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ben, quitte &#224; le faire&#8230; J'ai 26 ans, j'ai rien &#224; perdre dans ma vie, si &#231;a m'a fait chier dans cinq ans, &#231;a m'aura recadr&#233; et je repars &#224; z&#233;ro. Mais mon objectif, c'est de faire carri&#232;re. Et puis, m&#234;me si j'arr&#234;te avant, je l'aurai fait &#224; fond et je serai tranquille dans ma t&#234;te. C'est &#231;a le plus important. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par S&#233;bastien Dubost&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Apocalypse later</title>
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&lt;p&gt;Depuis l'&#233;lection du 8 novembre, la plupart des commentateurs &#226;nonnent le m&#234;me diagnostic : Donald Trump a &#233;t&#233; &#233;lu 45e pr&#233;sident des &#201;tats-Unis par une meute de ploucs blancs en col&#232;re. Chez les anciens combattants d'une petite ville tranquille de la C&#244;te Est, les sentiments envers le milliardaire varient entre faux espoirs et d&#233;fiance. Poste 4487, impasse Underwood. Il y a huit t&#233;l&#233;viseurs pour douze paroissiens. Y sont diffus&#233;s une &#233;mission culinaire, un programme d&#233;di&#233; aux num&#233;ros (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'&#233;lection du 8 novembre, la plupart des commentateurs &#226;nonnent le m&#234;me diagnostic : Donald Trump a &#233;t&#233; &#233;lu 45&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; pr&#233;sident des &#201;tats-Unis par une meute de ploucs blancs en col&#232;re. Chez les anciens combattants d'une petite ville tranquille de la C&#244;te Est, les sentiments envers le milliardaire varient entre faux espoirs et d&#233;fiance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH503/-1320-d9c99.jpg?1782641272' width='400' height='503' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;oste 4487, impasse Underwood. Il y a huit t&#233;l&#233;viseurs pour douze paroissiens. Y sont diffus&#233;s une &#233;mission culinaire, un programme d&#233;di&#233; aux num&#233;ros gagnants de la loterie et la cha&#238;ne CBS News. Un tas d'objets poussi&#233;reux sont accroch&#233;s aux murs. Des &#233;cussons de l'arm&#233;e, un sabre, un vieux fusil, des photos de soldats. On s'installe au bar de l'association des anciens combattants am&#233;ricains &#224; l'&#233;tranger (VFW) &#224; Middletown, &#201;tat de Rhode Island. Au travers des fen&#234;tres, on aper&#231;oit la base navale qui produisit 80% des torpilles am&#233;ricaines pendant la Seconde Guerre mondiale. CBS fait tourner en boucle la c&#233;r&#233;monie d'investiture d'un milliardaire am&#233;ricain, c&#233;l&#233;br&#233;e quelques heures plus t&#244;t &#224; Washington. Aujourd'hui, Donald Trump est devenu pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le flanc gauche du comptoir en arc de cercle, Aida boit sa bi&#232;re dans un verre &#224; shooter. Elle pr&#233;f&#232;re parler voyages. Ses yeux s'&#233;carquillent : &lt;i&gt;&#171; Aaah, j'adore Pomp&#233;i. Pomp&#233;i c'est g&#233;nial. Pomp&#233;i, &#231;a me fascine. J'y suis all&#233;e avec mon association pour les gens qui ont plus de 55 ans. Ils nous font des prix. Je voyage beaucoup avec eux. Je suis all&#233;e &#224;&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Sa voisine s'est lev&#233;e, elle fait des doigts d'honneur &#233;nergiques aux gars d'en face. Aida a un pull de No&#235;l rouge p&#233;tant. Elle a pass&#233; les quarante derni&#232;res ann&#233;es de sa vie &#224; couper des tifs. Aida est all&#233;e &#224; Prague. &#192; Budapest. &#192; Vienne. Bient&#244;t en Espagne. Elle poss&#232;de une collection de badges des polices du monde entier &#8211; son fils est du m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus de sa t&#234;te, des dizaines d'affiches jaunies sont coll&#233;es au plafond. Elles portent des noms de soldats, des dates et des num&#233;ros d'unit&#233;s militaires. &lt;i&gt;&#171; En m&#233;moire de Manuel M&#225;rquez, 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; division blind&#233;e, US Army. 1942-1945. &#187;&lt;/i&gt; Aida dit : &lt;i&gt;&#171; C'est mon beau-p&#232;re. &#187;&lt;/i&gt; Son voisin d'affiche est Jimmy Jacks, US Navy, lui aussi membre de l'association des v&#233;t&#233;rans locaux. &lt;i&gt;&#171; Lui, il est pas mort. &#187;&lt;/i&gt; Sur l'aile droite du comptoir, un gars tient &#224; ce que tout le monde sache qu'il y avait aujourd'hui un &lt;i&gt;&#171; putain de vent, des vagues de deux m&#232;tres &#187;&lt;/i&gt;. Aida a travers&#233; la mer &#224; 14 ans pour retrouver son beau-fr&#232;re aux &#201;tats-Unis, mobilis&#233; ensuite au Vietnam. Elle est n&#233;e &#224; Porto Rico.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;55% des militaires pour Trump&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lopin de terre aussi petit qu'ignor&#233; du brouhaha politique f&#233;d&#233;ral, le Rhode Island compte parmi les &lt;i&gt;&#171; blue states &#187;&lt;/i&gt; (d&#233;mocrates) quasi ind&#233;boulonnables de la C&#244;te Est. Au S&#233;nat comme &#224; la Chambre locale, le &#171; Parti du peuple &#187; fait figure de parti unique. Ainsi n'est-il pas rare que les r&#233;publicains ne pr&#233;sentent m&#234;me pas de candidat aux &#233;lections locales. Apr&#232;s tout, c'est bien la gouverneure d&#233;mocrate, Gina Raimondo, qui a gel&#233; les retraites des fonctionnaires et se targue de r&#233;duire taxes et r&#233;gulations sur les entreprises. &#192; la pr&#233;sidentielle de novembre dernier, toutefois, Donald Trump y a r&#233;colt&#233; plus de voix qu'aucun autre r&#233;publicain depuis 1988. D'apr&#232;s un sondage publi&#233; en septembre dernier, le milliardaire avait le soutien de 55% des militaires et v&#233;t&#233;rans am&#233;ricains. Reste que le premier parti du Rhode Island demeure l'abstention &#8211; son taux est estim&#233; &#224; 41% de la population &#233;ligible&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le United States Election Project.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aida dit qu'elle n'a pas vot&#233; aux derni&#232;res &#233;lections. Hillary et ses emails. Donald et son mur. Le candidat &#224; la primaire r&#233;publicaine Marco Rubio, en revanche, aurait obtenu son bulletin de vote. &lt;i&gt;&#171; Et maintenant, on se retrouve avec Trump. Il y a Daech, la Russie et Kim, le psychopathe de Cor&#233;e&#8230; C'est n'importe quoi. &#187;&lt;/i&gt; Et Bernie Sanders ? Le s&#233;nateur a remport&#233; une large majorit&#233; &#224; la primaire d&#233;mocrate du Rhode Island. &lt;i&gt;&#171; Ah. Quand je suis arriv&#233;e dans ce pays, je ne parlais pas un mot d'anglais. Et je me suis battue pour payer une &#233;ducation &#224; mes enfants. Alors quand on me dit que l'universit&#233; va &#234;tre gratuite pour tous&lt;/i&gt; [l'une des promesses de campagne de M. Sanders]&lt;i&gt;, j'y crois pas. &#187;&lt;/i&gt; On se rappelle alors des emplois promis par Bill Clinton lorsqu'il signait l'Accord de libre-&#233;change nord-am&#233;ricain (Alena, 850 000 jobs supprim&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s la Review of Keynesian Economics, entre 1993 et 2013.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;). Des 4 500 soldats am&#233;ricains morts en Irak, envoy&#233;s par l'administration Bush au pr&#233;texte que s'y trouvaient des &lt;i&gt;&#171; armes de destruction massive. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Transition du pouvoir d'un cr&#233;tin &#224; un autre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, le journal de CBS consacre un portrait au 45&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; pr&#233;sident am&#233;ricain. L'h&#244;tel Trump. Le yacht Trump. La tour Trump. La t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; Trump. Le couple Trump sur le perron de la Maison-Blanche. &lt;i&gt;&#171; C'est la transition pacifique du pouvoir d'un cr&#233;tin &#224; un autre. &#187;&lt;/i&gt; Skip est plant&#233; devant les tireuses &#224; bi&#232;re. Il a pass&#233; vingt-deux ans dans la marine de guerre, dont trois au Vietnam. &lt;i&gt;&#171; Mais je suis s&#251;r qu'il sera meilleur qu'Obama. Qui pourrait faire pire, de toute fa&#231;on ? &#201;coute, Trump n'est pas un politicien de carri&#232;re. Il n'est pas contr&#244;l&#233; par les d&#233;mocrates, les r&#233;publicains ou les ind&#233;pendants. Il a les mains libres. Il n'a pas besoin de rendre service &#224; ceux qui lui ont donn&#233; des millions pour sa campagne. C'est lui qui les donne, les millions ! &#187;&lt;/i&gt; Lors de son discours d'investiture, l'homme d'affaires a d&#233;cr&#233;t&#233; la fin des &lt;i&gt;&#171; paroles creuses &#187;&lt;/i&gt; et le d&#233;but de &lt;i&gt;&#171; l'action &#187;&lt;/i&gt;. Skip tient aussi &#224; dire que la marine, &lt;i&gt;&#171; c'est g&#233;nial &#187;&lt;/i&gt;, m&#234;me s'il ne se rappelle plus vraiment pourquoi il s'y est engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond se tient &#224; droite de Skip. Raymond, c'est quarante ans d'ing&#233;nierie dans les sous-marins. Il contr&#244;lait la pr&#233;cision des torpilles. Casquette rouge, moustache fine. &lt;i&gt;&#171; Aaah, je suis tellement content que ce soit fini. Les conflits&lt;/i&gt; [Raymond fait mine d'&#233;trangler quelqu'un], &lt;i&gt;les attaques personnelles&lt;/i&gt; [Raymond fait mine de fusiller le barman]. &lt;i&gt;Maintenant, je m'en fiche, mon candidat a gagn&#233;. &#187;&lt;/i&gt; On lui demande s'il compte sur Trump pour tenir ses promesses. &lt;i&gt;&#171; Le mur, je sais pas. Mais l'Obamacare, oui. &#201;coute, les progressistes ont ce mot que je d&#233;teste : &#8220;abordable&#8221;. Mais qu'est-ce que &#231;a veut dire ? &#199;a veut dire que les gens comme moi doivent payer pour l'assurance des autres. Ces gens qui n'ont pas les moyens pour une assurance priv&#233;e. Et pour moi, les primes ont explos&#233; ! Le syst&#232;me d'avant marchait tr&#232;s bien. Merde, pourquoi ils ont voulu le changer ? &#187;&lt;/i&gt; Quelques heures plus t&#244;t, la c&#233;r&#233;monie d'investiture &#224; peine termin&#233;e, Donald Trump signait son premier d&#233;cret contre la r&#233;forme sant&#233; de Barack Obama. L'&lt;i&gt;Affordable Care Act&lt;/i&gt; a fourni une couverture &#224; vingt millions de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#202;tes-vous un v&#233;t&#233;ran atomique ? &#187; Pr&#232;s du comptoir, des prospectus ornent l'armoire abritant les troph&#233;es des comp&#233;titions de fl&#233;chettes. L'un parle des vingt et un types de cancer d&#233;velopp&#233;s par les anciens soldats du nucl&#233;aire. Une association propose de devenir &lt;i&gt;&#171; votre compagnon de bataille &#187;&lt;/i&gt; dans la jungle civile, pour les v&#233;t&#233;rans sans abri et pr&#233;caris&#233;s. Un num&#233;ro vert offre de l'aide &#224; ceux souffrant de &lt;i&gt;&#171; douleurs chroniques, anxi&#233;t&#233;, d&#233;pression, insomnies, col&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. Il y a trois semaines, l'un d'eux a refroidi cinq personnes et bless&#233; six autres dans un a&#233;roport de Floride. Depuis son retour d'Irak, le suspect &lt;i&gt;&#171; perdait la t&#234;te &#187;&lt;/i&gt;, a d&#233;clar&#233; sa famille. Aida dit que &lt;i&gt;&#171; ces gens sont partis pour d&#233;fendre nos libert&#233;s, mais quand ils sont revenus, on leur a crach&#233; &#224; la figure. Et maintenant on ne fait rien pour eux &#187;&lt;/i&gt;. D'apr&#232;s les chiffres officiels, le taux de suicide chez les v&#233;t&#233;rans est deux fois plus &#233;lev&#233; que chez les civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Skip a beau recevoir une retraite d'ancien combattant, il a d&#251; travailler une vingtaine d'ann&#233;es dans l'h&#244;tellerie apr&#232;s son service. &lt;i&gt;&#171; Quand tu reviens, t'es compl&#232;tement perdu. Et le d&#233;partement des Anciens Combattants &lt;/i&gt;[l'administration qui g&#232;re notamment les retraites et les soins m&#233;dicaux], &lt;i&gt;c'est uniquement des gens qui distribuent des ch&#232;ques. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224; des ann&#233;es que ce d&#233;partement &#8211; pourtant l'un des plus gros budgets du gouvernement f&#233;d&#233;ral &#8211; est point&#233; du doigt pour son manque de financement. En 2014, des d&#233;lais d'attente de plusieurs mois pour l'acc&#232;s aux soins avaient co&#251;t&#233; la vie &#224; plusieurs dizaines de v&#233;t&#233;rans. &lt;i&gt;&#171; C'est une des raisons pour lesquelles j'ai vot&#233; Trump,&lt;/i&gt; ajoute Skip. &lt;i&gt;Il a dit que les v&#233;t&#233;rans et les militaires &#233;taient nos meilleurs atouts pour la s&#233;curit&#233; du pays. &#201;coute, je suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit et je suis le premier &#224; l'admettre. Mais je pense qu'il peut rendre &#224; l'Am&#233;rique sa grandeur pass&#233;e. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bar s'est vid&#233;. Skip parle des politiciens corrompus, des entreprises qui d&#233;localisent au Bangladesh ou en Chine, des m&#233;dias d&#233;tenus par une poign&#233;e de milliardaires qui traitent les gens &lt;i&gt;&#171; comme de la merde &#187;&lt;/i&gt;. &#192; la troisi&#232;me pinte, on lui demande s'il n'est pas temps de faire la r&#233;volution. Skip dit qu'elle vient de commencer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Sans&#233;au&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le United States Election Project.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s la &lt;i&gt;Review of Keynesian Economics,&lt;/i&gt; entre 1993 et 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; J'ai vu rouge, j'ai eu envie de le tuer ! &#187;</title>
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		<dc:date>2019-01-31T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Christophe Massot</dc:creator>


		<dc:subject>James Albon</dc:subject>
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		<dc:subject>T&#233;l&#233;com</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1er mai 2016. Alors que tout le monde battait le pav&#233; en d&#233;testant la police, Christophe Massot nous proposait, dans son &#233;mission La Parole au travail , d'&#233;couter un fonctionnaire qui, pouss&#233; &#224; bout par sa direction, a pens&#233; commettre l'irr&#233;parable. Non pas le suicide, mais le meurtre. R&#233;cit. *** &#171; Je suis rentr&#233; en tant que fonctionnaire par le biais d'un concours. Ma mission consistait &#224; &#234;tre m&#233;canicien, r&#233;parateur des v&#233;hicules de La Poste et de France T&#233;l&#233;com dans un service national (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai 2016. Alors que tout le monde battait le pav&#233; en d&#233;testant la police, Christophe Massot nous proposait, dans son &#233;mission &lt;i&gt;La Parole au travail&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;rie documentaire diffus&#233;e et podcast&#233;e par Radio Grenouille.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d'&#233;couter un fonctionnaire qui, pouss&#233; &#224; bout par sa direction, a pens&#233; commettre l'irr&#233;parable. Non pas le suicide, mais le meurtre. R&#233;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L450xH661/-1021-b5491.jpg?1782642164' width='450' height='661' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par James Albon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suis rentr&#233; en tant que fonctionnaire&lt;/strong&gt; par le biais d'un concours. Ma mission consistait &#224; &#234;tre m&#233;canicien, r&#233;parateur des v&#233;hicules de La Poste et de France T&#233;l&#233;com dans un service national appel&#233; le Snag. Les responsables nationaux sont venus me voir. On ne les connaissait ni d'Adam ni d'&#200;ve. Ils ont commenc&#233; par faire descendre le DRH...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils sont venus m'attaquer &lt;/strong&gt;en premier : &#8220;&lt;i&gt;Voil&#224;, vous &#234;tes le plus jeune, la r&#232;gle chez nous c'est le dernier rentr&#233;, le premier parti. Votre avenir n'est plus ici, on va fermer l'activit&#233;. On est soucieux de votre avenir, et on pense que vous aurez un bon profil pour devenir vendeur dans les agences de distribution de France T&#233;l&#233;com.&lt;/i&gt;&#8221; Comme &#231;a, vendeur. M&#233;canicien, vendeur. Le mec, beau parleur et compagnie. Moi, gamin, pas le recul n&#233;cessaire dans l'affaire, il faut le dire &#8211; c'est d'ailleurs &#231;a qui m'a fait me syndiquer. N'ayant pas le recul, je l'ai presque pris comme un service. Le type : &#8220;&lt;i&gt;Vous n'allez pas pouvoir continuer, il faut que vous vous projetiez, vous &#234;tes jeune, vous avez encore beaucoup d'ann&#233;es &#224; faire, vous &#234;tes fonctionnaire, on ne peut pas vous licencier. On va vous aider... Comment ils appellent &#231;a ? Vous r&#233;orienter, quoi ! Voyez avec votre chef de service pour qu'il prenne les dispositions et pr&#233;pare votre stage de d&#233;couverte. On se revoit apr&#232;s.&lt;/i&gt;&#8221; Putain, je me rappelle du mec, une baraque, 110 kilos, 1 m 90, hyper imposant, c'&#233;tait un DRH. &#8220;&lt;i&gt;On se revoit apr&#232;s le stage de d&#233;couverte pour voir si &#231;a vous convient.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme par hasard &lt;/strong&gt;dans la foul&#233;e &#8211; moi, je n'avais pas vu toute l'instrumentalisation de l'affaire &#8211; il sort un appel &#224; candidature dans une agence distribution et il me dit : &#8220;&lt;i&gt;Je pense que &#231;a serait bien de vous y positionner. &#199;a ne vous engage &#224; rien.&lt;/i&gt;&#8221; Moi, le con, je fais la d&#233;marche en me disant que candidater sur un poste, &#231;a ne veut pas dire l'accepter. Eux, je pense qu'ils avaient d&#233;j&#224; tout ficel&#233; dans leurs t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je vais faire ce stage &lt;/strong&gt;de d&#233;couverte. Rien de pr&#234;t. La responsable du service qui avait fondu les plombs... malade. On me met l&#224;-bas avec un mec &#224; qui on venait juste de pr&#233;senter l'affaire. Les coll&#232;gues qui me connaissaient sur mon statut de m&#233;canicien viennent me voir : &#8220;&lt;i&gt;Mais ne fais pas cette connerie, va pas l&#224;, tu tiendras pas. Il y a des objectifs de vente. T'as d'autres choses &#224; faire &#224; France T&#233;l&#233;com avant de finir l&#224;-bas.&lt;/i&gt;&#8221; M&#234;me ceux qui me faisaient faire le stage me disaient : &#8220;&lt;i&gt;T'es un coll&#232;gue, on ne peut pas te laisser tomber dans un traquenard comme &#231;a. &#192; France T&#233;l&#233;com, on ne traite pas les gens comme &#231;a.&lt;/i&gt;&#8221; Au bout d'un jour et demi, j'ai dit stop, ce n'est pas ce que je veux ! Je reviens, donc, reprendre mon boulot le mercredi au garage. Putain, le chef de service, le masque !&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Mais qu'est-ce que tu fais l&#224; ? T'es pas &#224; l'agence ?&lt;br&gt; &#8211; Non ! Je n'en veux pas, ce n'est pas fait pour moi ! que je lui dis.&lt;br&gt; &#8211; Ah bon, mais qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;br&gt; &#8211; Il y a personne l&#224;-bas qui s'occupe de moi. Puis je ne m'imaginais pas du tout &#231;a, moi.&lt;br&gt; &#8211; Ah bon, d'accord, mais tu sais, je suis oblig&#233; de faire remonter.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Putain, le directeur r&#233;gional &lt;/strong&gt;qui m'appelle en personne. Une branl&#233;e au t&#233;l&#233;phone :&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Monsieur, vous &#234;tes en train de nous faire passer pour des moins-que-rien. Vous ne savez pas ce que vous voulez. Vous avez candidat&#233; sur un poste et maintenant vous ne le voulez plus.&lt;br&gt; &#8211; Mais attendez, il n'a jamais &#233;t&#233; question de &#231;a entre nous, il a pas bien compris votre DRH. Moi, j'&#233;tais d'accord pour faire un stage de d&#233;couverte. Pour essayer, mais c'&#233;tait pas acquis.&lt;br&gt; &#8211; On n'a pas d'autres issues, le garage va fermer, vous vous rendez compte, qu'est-ce que vous allez devenir si vous voulez cr&#233;er une famille ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oh l'autre, &lt;/strong&gt;il commen&#231;ait &#224; me taquiner, comme &#231;a. Je lui ai r&#233;pondu que je voulais pas en discuter au t&#233;l&#233;phone, qu'il n'avait qu'&#224; venir me voir.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;&#199;a ne va pas se passer comme &#231;a ! Je vais descendre vous voir avec une batterie de 532.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la fonction publique, &lt;/strong&gt;le 532, c'est une demande d'explication &#224; un fonctionnaire. Ce mec, il m'a fait culpabiliser. J'ai vu rouge, j'ai envie de le tuer. C'&#233;tait en 1999, j'&#233;tais en concubinage depuis 1995, et j'avais une gamine. On &#233;tait en appart, ma femme n'avait pas de boulot, je me suis dit : s'il veut changer ma vie, il faut que je le tue. Mais attention, j'avais pr&#233;par&#233; le sc&#233;nario dans ma t&#234;te, j'avais pr&#233;par&#233; la matraque et tout le bordel.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'arrive &#224; huit heures &lt;/strong&gt;et je dis &#224; mon chef de service que &#231;a n'allait pas se passer comme &#231;a ! Et je prends le machin, le pose &#224; c&#244;t&#233; de moi et je l'attends avec mon sc&#233;nario tout pr&#234;t. Il essaye de me calmer : incalmable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'autre, il descendait de Lyon. &lt;/strong&gt;Il rentre dans le bureau, un petit avec des talonnettes, je m'en rappellerai toujours. Il me faisait penser &#224; Sarkozy. Petit avec les talonnettes, l&#224;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;. Le mec hyper coiff&#233;, pas explos&#233; comme on est nous, ras&#233; de pr&#232;s et tout. Je me suis dit, nickel, petit par la taille, je me suis senti plus fort que lui. Mon palpitant a commenc&#233; &#224; taper, mont&#233;e d'adr&#233;naline... je ne voyais pas d'autres issues. Il rentre, l'autre le briefe. Ils vident le bureau. Je rentre. Il y avait &#8211; je ne vous mens pas &#8211; un immense tas d'imprim&#233;s 532 et le t&#233;l&#233;phone. Il n'y avait plus que &#231;a. Ils avaient tout vid&#233;. Je pense que l'autre lui avait dit : &#8220;&lt;i&gt;Il va t'encadrer. Donc, enl&#232;ve tout parce que tu vas en prendre plein la gueule.&lt;/i&gt;&#8221; J'arrive, il me fait asseoir.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;&#199;a ne va pas durer longtemps, mais on va aller au bout du processus. J'ai qu'une question &#224; vous poser.&#8221;&lt;br&gt;Il prend son crayon et &#233;crit : &#8220;&lt;i&gt;Expliquez-moi pourquoi vous refusez le poste &#224; l'agence de distribution.&lt;/i&gt;&#8221; Il me tourne le papier et me dit :&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Vous r&#233;pondez maintenant.&#8221;&lt;br&gt; Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est comme si je sautais &lt;/strong&gt;en parachute. Je n'ai pas regard&#233; la feuille, j'ai regard&#233; le mur devant moi. Je n'&#233;tais pas rentr&#233; dans le bureau avec la matraque parce que sinon &#231;a ne pouvait pas le faire. Je me suis dit &#231;a y est, c'est le moment ! Et l&#224;, j'ai vu tout d&#233;filer : ma femme, ma gamine, les flics qui me mettaient les menottes, lui qui avait sa t&#234;te explos&#233;e, mort sur le bureau, l&#224;. Je voyais l'image. &#199;a a dur&#233; 30 secondes &#8211; c'est long &#8211;, je ne le regardais plus. Lui, il a compris : &lt;br&gt; &#8211; &#8220;Monsieur, il y a quelque chose qui ne va pas ?&lt;br&gt; &#8211; Vous n'allez pas tarder &#224; le savoir.&#8221;&lt;br&gt;Je me l&#232;ve. Oh con, il saute de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Rasseyez-vous !&#8221;&lt;br&gt;L&#224;, il a compris qu'il &#233;tait mort. J'allais chercher la barre pour lui r&#233;gler son compte.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Rasseyez-vous ! Qu'est-ce qui se passe ?&#8221;&lt;br&gt; Je me retourne, je le regarde :&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Ce que vous venez de me dire, ce n'est pas tenable, vous outrepassez vos droits.&lt;br&gt; &#8211; Comment, comment ? Qu'est-ce que vous dites, expliquez-moi !&#8221;&lt;br&gt;Le mec, tactique, il voulait me faire parler pour pff... vider un peu le truc.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Me demander une question par &#233;crit et me la faire &#233;crire... Moi je sais ce que c'est un 532, je me suis renseign&#233; &#8211; ce n'&#233;tait pas vrai &#8211;, vous devez me laisser le temps de la r&#233;flexion. Je n'ai pas &#224; vous r&#233;pondre maintenant.&#8221;&lt;br&gt;Et l&#224;, je pense qu'il a fait le lien avec ce que l'autre lui avait dit, que j'allais le faire p&#233;ter.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;On va rester calme. C'est vrai, vous avez raison, je ne peux pas vous imposer de r&#233;pondre dans l'instant.&#8221;&lt;br&gt;L&#224;, &#231;a m'a remis la haine. Putain, mais si j'avais l&#226;ch&#233;, j'&#233;tais foutu.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;C'est que moi, je suis emmerd&#233;, comment je vais expliquer &#224; France T&#233;l&#233;com que vous ne voulez plus y aller ?&#8221;&lt;br&gt;Son souci c'&#233;tait &#231;a. Tenir l'objectif de sa hi&#233;rarchie, virer les m&#233;caniciens, et fermer les garages. L'humain on s'en fout.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Vous &#234;tes un fonctionnaire, je ne peux pas vous l'imposer, il faut que &#231;a soit une d&#233;marche volontaire de votre part.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l&#224; que j'ai tout compris, &lt;/strong&gt;que j'ai refait le film dans ma t&#234;te. Voil&#224; pourquoi l'autre est venu te mettre la pression, voil&#224; pourquoi on t'a fait candidater. Et donc apr&#232;s, j'ai eu un moment de rel&#226;chement et je me suis mis &#224; pleurer parce que je ne pouvais plus tenir.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Notre entretien est termin&#233;, sortez prendre l'air.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis sorti, &lt;/strong&gt;j'ai saut&#233; dans une voiture et je suis parti pendant une heure et demie. Ils ne savaient pas o&#249; j'&#233;tais. Ils ont d&#251; flipper. Et moi je suis parti pleurer comme un gamin dans mon coin, parce que j'en avais besoin, et voil&#224; quoi. Je me suis fait du bien, je me suis a&#233;r&#233;. Je me suis dit, il faut qu'on arrive &#224; collectivement embringuer cette affaire. Bon, je l'ai fait remonter, les syndicats s'en sont empar&#233;s au niveau national sur les pressions qu'ils mettaient &#224; France T&#233;l&#233;com... Ils ont r&#233;ussi &#224; faire en sorte que tout le monde soit &#224; peu pr&#232;s recas&#233;. Je me suis dit, il faut passer &#224; autre chose. J'ai eu un d&#233;clic : maintenant il faut militer, parce que quelqu'un qui ne peut pas r&#233;sister, il va en mourir. Ce n'est pas possible d'employer des m&#233;thodes pareilles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Christophe Massot et agenc&#233;s par Momo Br&#252;cke &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S&#233;rie documentaire diffus&#233;e et &lt;a href=&#034;http://www.radiogrenouille.com/la-parole-au-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;podcast&#233;e&lt;/a&gt; par Radio Grenouille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Apprendre &#224; vivre avec Vaneigem et &#224; penser avec Debord &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Apprendre-a-vivre-avec-Vaneigem-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Apprendre-a-vivre-avec-Vaneigem-et</guid>
		<dc:date>2018-09-07T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Jacquier</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>dit</dc:subject>
		<dc:subject>avez</dc:subject>
		<dc:subject>comm&#233;morations d&#233;cennales</dc:subject>
		<dc:subject>Lola Miesseroff</dc:subject>
		<dc:subject>Od&#233;on. Alors</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;v&#233;nements</dc:subject>
		<dc:subject>avez marre</dc:subject>
		<dc:subject>outre-gauche</dc:subject>
		<dc:subject>Miesseroff</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les mots ne conviennent pas, il faut en proposer de nouveaux. Ce que fait Lola Miesseroff, qui vient de publier chez Libertalia un livre sur les combats de 1968, Voyage en outre-gauche. Un livre passionnant, qui remet les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; dans leur juste perspective. Vous en avez assez &#8211; surtout si, comme on dit, vous avez un &#171; certain &#226;ge &#187; &#8211; des comm&#233;morations d&#233;cennales des &#171; &#233;v&#233;nements &#187; de Mai-68. Vous ne supportez plus les discours des &#233;ternels soixante-huitards, invit&#233;s de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/commemorations-decennales" rel="tag"&gt;comm&#233;morations d&#233;cennales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lola-Miesseroff-6144" rel="tag"&gt;Lola Miesseroff&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Odeon-Alors" rel="tag"&gt;Od&#233;on. Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/evenements" rel="tag"&gt;&#233;v&#233;nements&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/avez-marre" rel="tag"&gt;avez marre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/outre-gauche" rel="tag"&gt;outre-gauche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Miesseroff" rel="tag"&gt;Miesseroff&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand les mots ne conviennent pas, il faut en proposer de nouveaux. Ce que fait Lola Miesseroff, qui vient de publier chez Libertalia un livre sur les combats de 1968, &lt;i&gt;Voyage en outre-gauche&lt;/i&gt;. Un livre passionnant, qui remet les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; dans leur juste perspective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous en avez assez &#8211; surtout si, comme on dit, vous avez un &#171; certain &#226;ge &#187; &#8211; des comm&#233;morations d&#233;cennales des &#171; &#233;v&#233;nements &#187; de Mai-68. Vous ne supportez plus les discours des &#233;ternels soixante-huitards, invit&#233;s de plateaux t&#233;l&#233; venant ressasser les m&#234;mes platitudes sur les illusions pass&#233;es de leur jeunesse et leur r&#233;ussite pr&#233;sente de parvenus bien en cours. Vous en avez marre d'entendre que ces &#171; &#233;v&#233;nements &#187; ne se sont pass&#233;s que dans un ou deux arrondissements parisiens, entre Sorbonne et Od&#233;on. Alors, sans h&#233;sitation, pr&#233;cipitez-vous sur le livre de Lola Miesseroff, &lt;i&gt;Voyage en outre-gauche &#8211; Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68&lt;/i&gt; (tout juste publi&#233; chez Libertalia), avant qu'il ne soit noy&#233; sous l'avalanche comm&#233;morative des pensums de commande pour ce cinquantenaire &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH386/-805-40ef0.jpg?1782641355' width='400' height='386' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cette outre-gauche ? Lola Miesseroff la d&#233;finit d'embl&#233;e comme des individus, r&#233;seaux, revues et groupes radicaux allant des anarchistes non f&#233;d&#233;r&#233;s aux situationnistes et apparent&#233;s en passant par les communistes libertaires, de gauche ou &#171; de conseil &#187;. Dans cette n&#233;buleuse, on retrouve bien s&#251;r les revues les plus int&#233;ressantes de l'apr&#232;s-guerre &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie, l'Internationale situationniste&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Noir &amp; Rouge&lt;/i&gt;. L'auteure, qui appartient &#224; cette mouvance depuis 1967, ne propose pas des m&#233;moires en solo, mais des entretiens anonymes avec une trentaine de personnes appartenant &#224; cette outre-gauche dans la p&#233;riode 1966-1972. Pour ce faire, elle &#233;voque d'abord le climat d'avant 1968, les parcours et les lectures marquantes de cette g&#233;n&#233;ration, livrant au passage de belles formules comme &#171; &lt;i&gt;On apprend &#224; vivre avec Vaneigem et &#224; penser avec Debord&lt;/i&gt; &#187;. S'en dessine un portrait en creux des membres de cette mouvance, qui s'av&#232;rent visc&#233;ralement antistaliniens, lisent Voline sur la r&#233;volution russe, Ida Mett sur la Commune de Cronstadt, &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; sur la nature de l'URSS, Simon Leys sur la Chine de Mao, etc. Critiques du mao&#239;sme comme du tiers-mondisme, ils s'opposent aux gauchistes de l'&#233;poque, trotskistes ou marxistes-l&#233;ninistes, qui n'ont pour but que de &#171; &lt;i&gt;prendre la direction de la r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187;. Leurs vell&#233;it&#233;s r&#233;volutionnaires oubli&#233;es, ces derniers pers&#233;v&#233;reront dans leur &#234;tre &#171; &lt;i&gt;pour devenir des serviteurs de tous les pouvoirs en place&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin du Quartier latin, ce voyage nous rappelle aussi utilement que le mouvement de Mai-68 d&#233;marra plusieurs mois avant, lors de gr&#232;ves dures dans plusieurs villes, et qu'il fut annonc&#233; par le scandale de Strasbourg l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Celui-ci voit des situationnistes s'emparer des structures de la bureaucratie syndicale &#233;tudiante pour mieux les subvertir en publiant le pamphlet &lt;i&gt;De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant consid&#233;r&#233;e sous ses aspects &#233;conomique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y rem&#233;dier&lt;/i&gt;. On suit les protagonistes de l'outre-gauche &#224; Bordeaux et &#224; Nantes, o&#249; ils r&#233;alisent, &#224; peu pr&#232;s seuls en France, la jonction entre les &#233;tudiants les plus radicaux et d'autres groupes sociaux (ouvriers, paysans). Sont &#233;voqu&#233;s aussi le mouvement dans les lyc&#233;es, les universit&#233;s, la rue et les lieux de travail, le chass&#233;-crois&#233; entre travailleurs et &#233;tudiants, ainsi que les causes et cons&#233;quences de Mai-68 (d&#233;but de la fin des &#171; trente Glorieuses &#187; et du communisme &#224; la mode PCF-CGT, modernisation du capitalisme). Au fil des pages, c'est bel et bien le v&#233;ritable esprit du mouvement que l'on retrouve, dans ce qu'il a pu avoir de meilleur comme, parfois, de (beaucoup) moins bon, &#224; commencer par l'&#171; &lt;i&gt;id&#233;ologie de l'alcool comme &#233;l&#233;ment de la panoplie r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#187; ou encore la &#171; &lt;i&gt;d&#233;n&#233;gation de la maladie mentale&lt;/i&gt; &#187;. Et je serais tent&#233; d'y ajouter son anti-syndicalisme, compr&#233;hensible sur le moment du fait du r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire de la CGT durant les &#233;v&#233;nements, mais qui faisait fi d'un si&#232;cle et plus de luttes sociales du mouvement ouvrier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que vous ne vous pr&#233;cipitiez sur le bouquin, concluons avec l'auteure &#171; &lt;i&gt;La lutte de classes est la seule fa&#231;on d'&#233;viter que la faillite du capitalisme soit la destruction de l'humanit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chronique d'un piquet de gr&#232;ve SNCF</title>
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		<dc:date>2018-07-07T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;J'avais rien dit aux copains de Sud Rail. Pas os&#233; avouer que je voulais dormir ce 14 mai. Non, je ne viendrais pas &#224; trois plombes du mat' pour une action surprise ! Les surprises, je les connais, avec les postiers du D&#244;me, &#224; Saint-Just. &#192; chaque fois, c'est un blocage de PIC, de PPDC, des noms qu'on comprend rien, en pleine nuit, dans des bleds aussi folichons que Vitrolles. Apr&#232;s, tu continues &#224; te converger la lutte, &#224; te bloquer la plateforme, et tu glisses enfin crev&#233; jusqu'au soir avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emirats-Buitoni" rel="tag"&gt;&#201;mirats Buitoni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais rien dit aux copains de Sud Rail. Pas os&#233; avouer que je voulais dormir ce 14 mai. Non, je ne viendrais pas &#224; trois plombes du mat' pour une action surprise ! Les surprises, je les connais, avec les postiers du D&#244;me, &#224; Saint-Just. &#192; chaque fois, c'est un blocage de PIC, de PPDC, des noms qu'on comprend rien, en pleine nuit, dans des bleds aussi folichons que Vitrolles. Apr&#232;s, tu continues &#224; te converger la lutte, &#224; te bloquer la plateforme, et tu glisses enfin crev&#233; jusqu'au soir avec un match OM-Atl&#233;tico &#224; 200 gugusses alcoolis&#233;s en ticheurte bleu ciel. Et tu te dis : mais macarelle ! Y peuvent pas descendre dans la rue, tous ces supporters, et foutre le feu un autre jour que les soirs de matchs, les djeun's en forme de sac &#224; pub pour les t&#233;l&#233;phones Lustucru des &#201;mirats Buitoni ? Hein, sans d&#233;c' ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In fine veritas&lt;/i&gt; &#8211; d'o&#249; me revient ce latin ? &#8211;, je me l&#232;ve tout seul, &#224; 3 h, sans mon radio-r&#233;veil. La conscience de classe ressemble &#224; la culpabilit&#233; freudienne. J'appelle mon contact pour situer le point de convergence des luttes, qui ressemble comme deux gouttes &#224; d'eau &#224; une barricade de chenapans. &#199;a tombe comme &#224; Gravelotte &#224; l'entr&#233;e du parking de la gare Saint-Charles. J'y retrouve une grappe de postiers mouill&#233;s, quelques endurcis qui ont fait toutes les gr&#232;ves depuis monseigneur Devaquet. Et puis aussi des cheminots, des FO et des Sud. Gilbert m'offre un parapluie FO, mon premier. &#199;a fait chaud au c&#339;ur. Je ne lui dis pas ce que je pense de son syndicat, vu que le ciel a d&#233;cid&#233; de nous rincer comme une cabine de douche &#224; la pointe du Raz. Les potes du rail apportent du caf&#233;, on chante &#171; &lt;i&gt; Singin' in the Rain&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;J'veux du soleil&lt;/i&gt; &#187;, mais &#231;a ne marche pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes postiers, on part boire un caf&#233; au bar d'en face, avec Christophe Barbier &#224; la t&#233;l&#233;. Une factrice le reconna&#238;t &#224; son &#233;charpe rouge. Va-t-il nous chier dessus ? Non, pour une fois, on &#233;chappe &#224; ses diatribes anti-fonctionnaires. L&#224;, il cause danger terroriste. D&#233;j&#224; &#231;a de gagn&#233;. La gr&#232;ve, sur le prompteur BFM, est un succ&#232;s. Mais on le savait d&#233;j&#224;. Parce qu'au bistrot, on a l'&#233;quipe de Canal+ avec nous. Et aussi Europe1 et BFM, qui font des allers-retours entre le barrage et le bar tout court. Car le bar rage, pr&#233;sentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On chante que BFM c'est tout pourri, pour les faire fuir. Mais, coriaces, ils tapent l'incruste malgr&#233; nos m&#233;chancet&#233;s. Vers 5 h 30, quelques cadres CGT arrivent en caisse et veulent passer. Eh non, les gars ! Sont surpris, les copains, qu'on soit d&#233;j&#224; l&#224; alors que c'est la C&#233;g&#232;te qui dirige la gr&#232;ve, bordel. Pas rancuniers, ils improvisent une descente sur les voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bizarre, plus le temps passe, plus je suis en forme. Je me sens gaillard comme un Christophe Barbier dans les gogues du Medef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les coups de 8 h, les &#233;tudiants pr&#233;sents partent sur La Canebi&#232;re pour bloquer les examens. Mal leur en prend. La police les gaze et du coup&#8230; bloque la fac. L&#224;, suivez bien, &#231;a va &#234;tre tr&#232;s compliqu&#233;. Quand j'arrive, les jeunes avec leur cartables Tann's pleurent en ch&#339;ur. Soit &#224; cause du gaz, soit parce qu'ils ont &#233;t&#233; violent&#233;s. C'est un sc&#233;nario nouveau pour beaucoup. D'autant que, pas de bol, ce sont ceux qui veulent passer les examens qui ont go&#251;t&#233; aux joies de la d&#233;mocratie polici&#232;re. Quentin et ses potes m'expliquent qu'ils sont venus au secours de leurs camarades bloqueurs alors qu'eux venaient travailler. Deux cent gamins filment et commentent quelque chose qu'ils ne connaissaient jusque-l&#224; que sur YouTube : la violence polici&#232;re. &#199;a s'agite. Un &#233;tudiant prend la parole et devient tout rouge, sans doute &#224; cause des gaz, quand soudain un contingent de syndicalistes arrive, le pas &#233;nergique. Une clameur soutient leur intervention. Je crois un instant que le service d'ordre de la CGT va d&#233;foncer la police. Non, faut pas r&#234;ver. Finalement, ils s'arr&#234;tent pile devant et parlementent. Enfin, ils leur donnent des ordres, tu vois. R&#233;sultat, un front social se stabilise devant les portes. Le face-&#224;-face emp&#234;chera les examens d'avoir lieu. Je sors ma flasque de rhum cubain. J'ai bien m&#233;rit&#233; d'avaler une bonne rasade de r&#233;alisme magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi, j'irais aux imp&#244;ts soutenir les gr&#233;vistes. &#199;a sera s&#251;rement plus calme. Ouf.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violences polici&#232;res : &#171; Ils ont l&#226;ch&#233; les chiens &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Violences-policieres-Ils-ont-lache</link>
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		<dc:date>2018-05-14T07:57:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>dit</dc:subject>
		<dc:subject>Solidaires</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai tourn&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>dit qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>Achille n'est</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Martel&#233; ad nauseam, le discours sur les casseurs, sur les 350 agents bless&#233;s et la voiture de patrouille incendi&#233;e vise &#224; faire oublier qu'il y a bien strat&#233;gie de la tension contre le mouvement anti-El Khomri. &#201;tat d'urgence, tonfa et 49-3 : enfoncez-vous &#231;a dans le cr&#226;ne ! &#171; Ce jour-l&#224;, j'ai compris que la police n'est pas l&#224; pour nous prot&#233;ger. &#187; C'est un coll&#233;gien de 14 ans, Achille, qui parle. &#171; J'ai vu le CRS me viser, j'ai tourn&#233; la t&#234;te et la cartouche de FlashBall m'a tap&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit" rel="tag"&gt;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Solidaires" rel="tag"&gt;Solidaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai-tourne" rel="tag"&gt;j'ai tourn&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit-qu-il" rel="tag"&gt;dit qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Achille-n-est" rel="tag"&gt;Achille n'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Martel&#233; &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;, le discours sur les casseurs, sur les 350 agents bless&#233;s et la voiture de patrouille incendi&#233;e vise &#224; faire oublier qu'il y a bien strat&#233;gie de la tension contre le mouvement anti-El Khomri. &#201;tat d'urgence, tonfa et 49-3 : enfoncez-vous &#231;a dans le cr&#226;ne !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH533/-661-9433f.jpg?1782654972' width='400' height='533' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce jour-l&#224;, j'ai compris que la police n'est pas l&#224; pour nous prot&#233;ger.&lt;/i&gt; &#187; C'est un coll&#233;gien de 14 ans, Achille&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui parle. &#171; &lt;i&gt;J'ai vu le CRS me viser, j'ai tourn&#233; la t&#234;te et la cartouche de FlashBall m'a tap&#233; dans la tempe.&lt;/i&gt; &#187; Une fraction de seconde plus t&#244;t, c'&#233;tait l'&#339;il gauche qui prenait. Gueule d'ange et verbe clair, Achille n'est pas un &#171; casseur &#187;. Le 28 avril, &#224; Marseille, il participait &#224; sa &#233;ni&#232;me manif, pour ce qui est son premier mouvement social. Sa m&#233;saventure a eu lieu sur le boulevard Baille, cinq minutes apr&#232;s la dispersion. Ceux et celles qui pensaient que tra&#238;ner savate n'est pas suffisant s'&#233;taient port&#233;s sur la gauche, malgr&#233; le S.O. des dockers. Il y avait l&#224; un joyeux charivari de lyc&#233;ens, des syndicalistes avec des drapeaux Sud ou CGT, des jeunes v&#234;tus de noir&#8230; Le camion rose de Solidaires remontait ce cort&#232;ge dit sauvage, mais une fois en premi&#232;re ligne, une grenade &#224; tir tendu allait exploser son pare-brise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me suis renseign&#233;e sur la loi, elle est pas cool avec les plus faibles,&lt;/i&gt; explique Clara, plut&#244;t rigolarde.&lt;i&gt; En gros, c'est travailler plus pour gagner moins. Moi qui n'aime pas trop le travail !&lt;/i&gt; &#187; Premi&#232;re exp&#233;rience de blocus de lyc&#233;e pour cette petite brune de 16 ans. Lors d'un blocage de la gare de Saint-Charles, elle a pris un coup de matraque sur la nuque, mais quinze jours de minerve ne l'ont pas emp&#234;ch&#233;e de continuer. Mieux : elle s'est mise en t&#234;te de r&#233;unir des t&#233;moignages pour documenter cette brutalit&#233; sans frein&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous pouvez envoyer vos t&#233;moignages via son Facebook : .&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Parmi les assidus, ceux qui n'ont pas pris de coups sont presque une exception ! Un gar&#231;on de 15 ans m'a racont&#233; que les flics, apr&#232;s lui avoir fait une balayette, l'ont latt&#233; au sol, puis l'un d'eux lui a crach&#233; au visage en le traitant de sale gaucho, de tafiole et de fils de pute. Il a pass&#233; la nuit en cellule avec sept adultes. Les flics lui avaient dit qu'il allait s'y faire sodomiser.&lt;/i&gt; &#187; Obstin&#233;e, Clara est all&#233;e jusqu'&#224; interviewer des policiers, au fil des manifs, mais aussi sur le lit d'h&#244;pital de cet agent de la BAC au nez fractur&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je ne lui ai pas dit que j'&#233;tais une manifestante et il a accept&#233; de me parler. La plupart m'ont dit qu'on &#233;tait des petits cons, des fous. Un seul m'a dit qu'il aurait aim&#233; manifester avec nous&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Les autres n'ont sans doute pas d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amine, 16 ans lui aussi, a &#171; &lt;i&gt;mang&#233; s&#233;v&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Le 17 mars, sur la Canebi&#232;re, il marche avec des copains en queue de cort&#232;ge. Une voiture de la police nationale surgit derri&#232;re eux, sur les rails du tram, et veut passer en force. Mathias a &#233;t&#233; t&#233;moin de la sc&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;Au beau milieu de la foule, ils ont fait hurler le moteur, puis la sir&#232;ne. Ils insultaient les gens&lt;/i&gt;. &#187; Le conducteur acc&#233;l&#232;re, un militant de Solidaires se retrouve sur le capot. Des manifestants r&#233;pondent en tambourinant sur la carrosserie. &#171; &lt;i&gt;Un flic est alors descendu en faisant des moulinets avec son tonfa. Tr&#232;s vite, il s'est retrouv&#233; au sol et a re&#231;u quelques coups. L&#224;, du renfort arrive et un flic d&#233;signe Amine, qui se fait alpaguer. Une premi&#232;re fois, la foule l'a lib&#233;r&#233;, mais un commando d'une dizaine de flics est venu le choper, ils l'ont plaqu&#233; au sol&lt;/i&gt;. &#187; Sa t&#234;te rebondit sur le bitume quand un flic lui met le genou dessus. Rou&#233; de coups, menott&#233; dans le dos, il est ensuite tra&#238;n&#233; au commissariat, o&#249; il passera vingt-cinq heures de garde &#224; vue mouvement&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-660-53f42.jpg?1782651485' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; D&#232;s qu'on a appris son arrestation, on est venus&lt;/i&gt;, se souvient Sandra, la maman d'Amine. &lt;i&gt;Je pensais l'engueuler, je croyais qu'il avait fait une connerie, mais les gens assis sur la chauss&#233;e pour r&#233;clamer sa lib&#233;ration m'ont dit qu'il n'avait rien fait.&lt;/i&gt; &#187; Devant le commissariat, alors que le p&#232;re d'Amine demande des nouvelles, un agent sort et le provoque : &#171; &lt;i&gt; Oui, c'est moi qui ai fait &#231;a &#224; ton fils !&lt;/i&gt; &#187; Le lendemain, avant de le rel&#226;cher, il menacera le gamin : &#171; &lt;i&gt;On sait o&#249; tu habites. Si tu parles, on ira te chercher &#224; ton lyc&#233;e !&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s un temps d'h&#233;sitation, les parents ont port&#233; plainte pour violences &#8211; m&#234;me accusation pesant sur Amine, apr&#232;s l'abandon du tr&#232;s classique &#171; &lt;i&gt;outrage et r&#233;bellion&lt;/i&gt; &#187; qui l'a men&#233; au tribunal&#8230; Vigile, le p&#232;re n'a rien contre la police. &#171; &lt;i&gt;Mais je veux que ces types payent pour &#231;a !&lt;/i&gt; &#187; &#192; partir de l&#224;, Sandra, d&#233;l&#233;gu&#233;e de parents d'&#233;l&#232;ves depuis dix ans, ne rate plus une manif. Elle s'est fait une amie, Elvina, qui arbore une pancarte &#171; Ne touchez pas &#224; nos enfants ! &#187; &#171; &lt;i&gt;Ils ont l&#226;ch&#233; les chiens et on devrait les laisser faire ?&lt;/i&gt; &#187; La question est aussi pos&#233;e aux syndicats, qui ont parfois fait usage de gaz lacrymog&#232;nes contre les jeunes sous pr&#233;texte de trier le bon grain de l'ivraie. Peut-&#234;tre que les derniers &#233;v&#233;nements les feront r&#233;fl&#233;chir, car apr&#232;s avoir cogn&#233; sur le maillon faible &#8211; les lyc&#233;ens, que les gouvernements craignent depuis leur r&#244;le moteur dans l'abrogation du CPE &#8211;, les forces de l'ordre n'h&#233;sitent plus &#224; s'attaquer aux organisations syndicales. Pour preuve, le pare-brise du camion de Solidaires explos&#233; le 28 avril, le saccage du local de la CNT &#224; Lille ou la grenade tir&#233;e dans l'UL-CGT de Fos-sur-Mer le mardi 24 mai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vous pouvez envoyer vos t&#233;moignages via son Facebook : &lt;span class='ressource spip_in'&gt;&lt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/facebook.com/clara.gentot' class=&#034;spip_url&#034;&gt;facebook.com/clara.gentot&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le travail mort-vivant</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Le travail mort-vivant&#034;, &#224; retrouver dans le num&#233;ro 147 (octobre 2016) de CQFD. Le ch&#244;mage fait partie de CQFD. C'est comme &#231;a, c'est notre histoire : celle d'un d&#233;sir d'ind&#233;pendance qui nous a fait proscrire publicit&#233; et subvention. Sans pognon, il a fallu nous mettre au boulot, nous, les r&#233;fractaires qui aurions pu nous d&#233;finir avec ces mots d'Albert Londres : &#171; Ces novateurs se sont dit, avec l'&#233;ccl&#233;siaste, que le travail &#233;tant la punition de l'homme, ils ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Le travail mort-vivant&#034;, &#224; retrouver dans le num&#233;ro 147 (octobre 2016) de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le ch&#244;mage fait partie de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. C'est comme &#231;a, c'est notre histoire : celle d'un d&#233;sir d'ind&#233;pendance qui nous a fait proscrire publicit&#233; et subvention. Sans pognon, il a fallu nous mettre au boulot, nous, les r&#233;fractaires qui aurions pu nous d&#233;finir avec ces mots d'Albert Londres : &#171; &lt;i&gt; Ces novateurs se sont dit, avec l'&#233;ccl&#233;siaste, que le travail &#233;tant la punition de l'homme, ils ne travailleraient pas. Pour eux, la question est d'honneur. S'ils ne font rien, ce n'est pas uniquement par paresse, c'est tout juste pour la m&#234;me raison que l'honn&#234;te homme ne vole pas, afin de ne pas avoir de remords de conscience&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Londres, Le Chemin de Buenos Aires (La Traite des Blanches), 1927.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Bon... Londres, ici, &#233;voque le milieu des marlous. Attention, pas d'amalgame, ne nous faites pas dire ce que l'on n'a pas dit ! &#192; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, on est davantage Liabouviste &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1910, injustement accus&#233; par des ripoux de la police des m&#339;urs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; que souteneur... et gare &#224; quiconque dira le contraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#233;videmment, ne souhaitant ni exploiter, ni &#234;tre exploit&#233;, on se retrouve, une fois le ch&#244;mage termin&#233;, oblig&#233; de passer par un certain nombre de boulots de merde : restauration, pigiste, vacataire &#224; droite &#224; gauche, ma&#231;on ou peintre au black, graphiste pay&#233; au lance-pierre, etc. Et nous sommes bien loin d'&#234;tre une exception. En France, 3,2 millions de personnes ont un emploi pr&#233;caire (CDD, int&#233;rim, etc.), et la loi Travail n'apportera rien d'autre qu'une pr&#233;carisation de l'emploi consid&#233;r&#233; comme stable (CDI). La v&#233;rit&#233;, c'est qu'aujourd'hui, le ch&#244;mage n'est plus qu'un moment du travail perdu dans un oc&#233;an de boulots de merde ! Et c'est le grand m&#233;rite du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au trader. Enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte) &#8211; dont vous trouverez, en exclusivit&#233;, un bref aper&#231;u en pages 12 et 13 &#8211; de nous exposer cette condition commune faite de maux sourds, tol&#233;rables qui font partie de notre train-train quotidien et qui nous sapent lentement, aussi consciencieusement qu'un accident de travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1748 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH263/-65-8ab10.jpg?1782641267' width='400' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LL de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais un boulot de merde, c'est quoi au juste ? Eh bien, il &#171; &lt;i&gt;se reconna&#238;t souvent &#224; cette condition humiliante qui consiste &#224; devoir se mettre &#8220;au service d'individus que l'on aimerait &#233;trangler &#224; deux mains&#8221;, comme le dit une amie anciennement femme de chambre dans un h&#244;tel&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au Trader. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; . &#187; Pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;, r&#233;p&#233;tition et duret&#233; de la t&#226;che, isolement, humiliation, discrimination, despotisme patronal, etc. Celui-l&#224;, on le conna&#238;t tous et toutes. Mais il y a un autre crit&#232;re d'importance : un boulot de merde doit aussi s'appr&#233;hender &#224; l'aune de son utilit&#233; ou de sa nuisance potentielle. Comment mesure-t-on cette nuisance ? &#171; &lt;i&gt;Il fait un boulot de merde, pourrait-on dire, parce qu'il &#8220;fait de la merde&#8221; &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 25.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Nous sommes tent&#233;s d'avancer ainsi avec Brygo et Cyran. Apr&#232;s tout, dans un monde o&#249; tout est quantifiable, nous pourrions bien &#171; &lt;i&gt;quantifier la valeur d'un m&#233;tier en fonction de ses effets positifs ou n&#233;gatifs sur la collectivit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, comme l'ont fait ces chercheurs anglais en 2009&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, &#171; A bit rich. Calculating the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; . Le r&#233;sultat de leur enqu&#234;te pourrait se r&#233;sumer ainsi : &#171; &lt;i&gt;Pour les uns, leur boulot de merde est le corollaire d'un m&#233;tier socialement noble, pour les autres, le tas d'or sur lequel ils s'ennuient (ou pas) r&#233;compense un m&#233;tier socialement n&#233;faste. &lt;/i&gt; &#187; Traduction : agente de nettoyage ou ouvrier du recyclage &#8211; tous deux pay&#233;s a minima &#8211; fournissent un travail socialement utile et noble, alors qu'un publicitaire, par exemple, est socialement nuisible &#8211; augmentation de la consommation et donc de l'endettement, de l'ob&#233;sit&#233;, de la pollution, de l'enlaidissement de nos espaces de vie, etc. En faisant du travail de publicitaire le pire boulot de merde existant et en valorisant les deux premiers, peut-&#234;tre arr&#234;terions-nous le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons&#8230; Reste le cas, pas si rare, du boulot de merde dans lequel on se retrouve contraint &#224; faire de la merde. Ainsi de l'agent de s&#233;curit&#233;. Pour ces boulots-l&#224;, il n'y a d'autre solution que leur &#233;radication pure et simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'en sommes pas &#8211; encore &#8211; l&#224;. Actuellement, le travail lui-m&#234;me est un produit &#224; fabriquer. Sa production est devenue, depuis les ann&#233;es 1970, le leitmotiv des risibles, et inutiles, politiques de luttes contre le ch&#244;mage. Pour fabriquer du travail, rien de plus simple &#8211; et notre publicitaire merdeux est un des rouages de la machine : cr&#233;er des produits interm&#233;diaires qui deviendront de nouveaux besoins gr&#226;ce au savoir-faire des publicitaires. Une fois produits ces nouveaux besoins, un nouveau travail est rendu possible et n&#233;cessaire. Ici et maintenant, l'&#233;norme r&#233;servoir de boulots de merde &#224; utilit&#233; sociale z&#233;ro se trouve dans le secteur des services. C'est d'ailleurs &#171; &lt;i&gt;sous l'angle de la compl&#233;mentarit&#233; entre les industries et les services&lt;/i&gt; &#187; que doit &#234;tre analys&#233;e la comp&#233;titivit&#233; de &#171; &lt;i&gt;notre &#233;conomie&lt;/i&gt; &#187; &#8211; peut-on lire sur le site de la Direction g&#233;n&#233;rale des entreprises (DGE). Alors que le salariat est en voie de pr&#233;carisation, que l'on veut faire de nous des entreprises adaptables au cours aveugle de la concurrence &#8211; au risque de se voir corriger par la logique de rentabilit&#233; &#8211;, on se demande bien comment faire entendre raison &#224; ces malades qui nous gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de solutions miracles, ni de v&#339;ux pieux dans ce dossier. Juste un modeste &#233;tat des lieux &#224; travers des t&#233;moignages. Une volont&#233; de donner la parole au travail pour illustrer cette c&#233;sure fondamentale qui nous traverse tous, celle qui &#171; &lt;i&gt;se situe par l&#224;, entre travailler sous la contrainte ou esquiver avec obstination tout encasernement du corps et de l'esprit&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Arraitz, &#171; &#201;loge du d&#233;busqueur andalou &#187;, Manifeste des ch&#244;meurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Albert Londres, &lt;i&gt;Le Chemin de Buenos Aires (La Traite des Blanches)&lt;/i&gt;, 1927.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1910, injustement accus&#233; par des ripoux de la police des m&#339;urs (pl&#233;onasme) pour prox&#233;n&#233;tisme, Jean-Jacques Liabeuf d&#233;cida de se venger munit de brassards clout&#233;s, d'une lame et d'un flingue. Le proc&#232;s du &#171; tueur de flics &#187; divisa l'opinion et son ex&#233;cution donna lieu &#224; l'une des plus incroyables &#233;meutes populaires du xxe si&#232;cle. cf. Yves Pag&#232;s, &lt;i&gt;L'homme h&#233;riss&#233;. Liabeuf, tueur de flics&lt;/i&gt;, L'Insomniaque et La Baleine (r&#233;&#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au Trader. Enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ibid. p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, &#171; A bit rich. Calculating the real value to society of different professions &#187;, New Economic Foundation, Londres, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nicolas Arraitz, &#171; &#201;loge du d&#233;busqueur andalou &#187;, &lt;i&gt;Manifeste des ch&#244;meurs heureux&lt;/i&gt;, Le Chien rouge, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quiz : Quel touriste &#234;tes-vous ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Quiz-Quel-touriste-etes-vous</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Quiz-Quel-touriste-etes-vous</guid>
		<dc:date>2015-07-03T21:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;dito</dc:subject>
		<dc:subject>une_focus</dc:subject>
		<dc:subject>Elodie Laquille et Jean-Baptiste Legars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>dit</dc:subject>
		<dc:subject>question</dc:subject>
		<dc:subject>P&#244;le emploi</dc:subject>
		<dc:subject>avez</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;clar&#233; s'&#234;tre</dc:subject>
		<dc:subject>s'&#234;tre inspir&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Gandhi</dc:subject>
		<dc:subject>Majorit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Question&#8200;1 : Qui a d&#233;clar&#233; s'&#234;tre inspir&#233; de Gandhi pour mener &#224; bien son projet ? A) Le pr&#233;fet de police de Paris qui harc&#232;le depuis d&#233;but juin 200&#8200;migrants en errance dans la capitale. B) La Banque centrale europ&#233;enne qui assure que les r&#233;formes d'aust&#233;rit&#233; &#224; mener en Gr&#232;ce sont non violentes et m&#234;me pacifistes. C) Jean-Jacques Urvoas, le d&#233;put&#233; socialiste, architecte de la loi sur le renseignement. D) Votre convocation &#224; P&#244;le emploi en plein mois de juillet a fait monter en vous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no134-juillet-aout-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;134 (juillet-ao&#251;t 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une_focus" rel="tag"&gt;une_focus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elodie-Laquille-et-Jean-Baptiste" rel="tag"&gt;Elodie Laquille et Jean-Baptiste Legars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit" rel="tag"&gt;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/question" rel="tag"&gt;question&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole-emploi-3341" rel="tag"&gt;P&#244;le emploi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/avez" rel="tag"&gt;avez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/declare-s-etre" rel="tag"&gt;d&#233;clar&#233; s'&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-etre-inspire" rel="tag"&gt;s'&#234;tre inspir&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gandhi" rel="tag"&gt;Gandhi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Majorite" rel="tag"&gt;Majorit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question&#8200;1 : Qui a d&#233;clar&#233; s'&#234;tre inspir&#233; de Gandhi pour mener &#224; bien son projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A) Le pr&#233;fet de police de Paris qui harc&#232;le depuis d&#233;but juin 200&#8200;migrants en errance dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B) La Banque centrale europ&#233;enne qui assure que les r&#233;formes d'aust&#233;rit&#233; &#224; mener en Gr&#232;ce sont non violentes et m&#234;me pacifistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C) Jean-Jacques Urvoas, le d&#233;put&#233; socialiste, architecte de la loi sur le renseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D) Votre convocation &#224; P&#244;le emploi en plein mois de juillet a fait monter en vous des vell&#233;it&#233;s de tataner votre conseiller sp&#233;cial ch&#244;medu, alors la &#171; non-violence &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 2 : Quand on vous dit &#171; &lt;i&gt;Rentrez chez-vous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A) Vous pensez au mot d'ordre d'une trentaine de fachos identitaires qui ont agress&#233; le 26&#8200;juin dernier un des trois campements de migrants en plein Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B) C'est ce que vous entendez r&#233;guli&#232;rement dans les rues d'Ex&#225;rcheia quand une tripot&#233;e de technocrates europ&#233;ens et du FMI d&#233;barque &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C) C'est ce que vous avez dit au Raid, qui a sonn&#233; chez vous &#224; 6 h du matin apr&#232;s que vous avez envoy&#233; un texto coquin &#224; votre copain-ine contenant les mots &#171; br&#251;lant &#187; et &#171; explosif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D) Vous &#234;tes d&#233;j&#224; chez vous, &#224; glander dans votre lit, un bouquin &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 3 : &#171; &lt;i&gt;Je suis s&#251;r que votre choix fera honneur &#224; l'Histoire de notre pays et enverra un message de dignit&#233; au monde entier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A) C'est ce que vous dit le serveur apr&#232;s que vous avez command&#233; une c&#244;te de b&#339;uf &#224; 32&#8200;euros &#224; la brasserie Barb&#232;s, un nouvel &#233;tablissement chic implant&#233; en plein Barb&#232;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B) C'est ce qu'a affirm&#233; Alexis Tsipras lors de l'annonce de la tenue d'un r&#233;f&#233;rendum sur les nouvelles demandes des cr&#233;anciers du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C) C'est ce que vous a dit l'agent de la DGSI quand il vous a propos&#233; de lui donner tous les num&#233;ros de portable et les adresses mails de vos ami-es contre une remise de peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D) C'est ce qu'a dit votre &#233;picier du coin quand vous avez h&#233;sit&#233; entre des bi&#232;res fra&#238;ches ou une bouteille de ros&#233; en promo.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sultats&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Majorit&#233; de A) : &lt;/strong&gt; Vous &#234;tes &#224; Paris ! Entre Paris Plages 2015, la horde de touristes et la gentrification des derniers quartiers populaires, c'est un peu la &lt;i&gt;loose.&lt;/i&gt; Mais la lutte de solidarit&#233; avec les migrants est l'occasion de red&#233;couvrir la ville entre ouverture &#233;ph&#233;m&#232;re de squats, repas collectifs et manifs sauvages. Cela vous change de la tour Eiffel et des bars emplis de hipsters.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Majorit&#233; de B) :&lt;/strong&gt; Vous &#234;tes en Gr&#232;ce ! Sans argent, vous vouliez des vacances &lt;i&gt;cheap&lt;/i&gt; pour profiter de l'aust&#233;rit&#233; &#224; la sauce europ&#233;enne et avoir un avant-go&#251;t de ce que vous conna&#238;trez bient&#244;t chez vous, au pays ! Attention, en raison de troubles sociaux insidieusement aliment&#233;s par d'irresponsables gauchistes immatures et populistes, il n'est pas garanti que la populace grecque soit compl&#232;tement domestiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Majorit&#233; de C) :&lt;/strong&gt; Le Raid, la DGSI et autres agences de voyages gouvernementales vont vous offrir un s&#233;jour tous frais pay&#233;s dans leurs nouvelles installations z&#233;ro &#233;toiles. Vous vous y ferez des amis. Attention : dur&#233;e du s&#233;jour non contractuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Majorit&#233; de D) :&lt;/strong&gt; Restez chez vous ! Comme tout ch&#244;meur heureux qui se respecte, vous avez certes le temps de partir en vacances emmerder des plus-pauvres-encore-que-vous mais tellement d'autres choses &#224; faire ! Cultiver votre jardin, boire un coup avec vos copains-ines, faire l'amour, caresser le chat, jouer &#224; la balle avec le chien, lire le suppl&#233;ment &#233;t&#233; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;... Si seulement le P&#244;le emploi pouvait vous foutre la paix... De toute fa&#231;on, vous, on vous retrouve &#224; la rentr&#233;e !&#8200;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bonnes r&#233;ponses :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;1 : C&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 : A&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 : B&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur les murs&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1550 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/sur-les-murs-juillet-2015-2f1b6.jpg?1782666552' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elodie Laquille et Jean-Baptiste Legars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ne me plains pas, je m'en charge !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Ne-me-plains-pas-je-m-en-charge</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Ne-me-plains-pas-je-m-en-charge</guid>
		<dc:date>2015-06-11T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Queen Kong</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>Queen Kong Kronik</dc:subject>
		<dc:subject>vie</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>souffrance</dc:subject>
		<dc:subject>femme</dc:subject>
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		<dc:subject>Qu'une</dc:subject>
		<dc:subject>moralement r&#233;pr&#233;hensible</dc:subject>
		<dc:subject>femme viol&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>qu'&#234;tre vivant</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on ne dit plus qu'une femme viol&#233;e est souill&#233;e &#224; jamais, d&#233;shonor&#233;e, intouchable et moralement r&#233;pr&#233;hensible en tant qu'&#234;tre vivant. On dit que toute sa vie, elle va souffrir. On ne dit plus qu'une pute m&#233;rite la mort parce qu'elle s&#233;duit nos maris et qu'elle m&#232;ne la belle vie en Chanel tout en r&#233;pandant le chol&#233;ra. On dit que son existence est une souffrance. On n'entend plus grand monde non plus raconter qu'une m&#232;re qui s'ent&#234;te &#224; travailler alors qu'elle ferait mieux de se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no132-mai-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;132 (mai 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queen-Kong-Kronik" rel="tag"&gt;Queen Kong Kronik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/souffrance" rel="tag"&gt;souffrance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femme" rel="tag"&gt;femme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit" rel="tag"&gt;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Qu-une" rel="tag"&gt;Qu'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/moralement-reprehensible" rel="tag"&gt;moralement r&#233;pr&#233;hensible&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femme-violee" rel="tag"&gt;femme viol&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-etre-vivant" rel="tag"&gt;qu'&#234;tre vivant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, on ne dit plus qu'une femme viol&#233;e est souill&#233;e &#224; jamais, d&#233;shonor&#233;e, intouchable et moralement r&#233;pr&#233;hensible en tant qu'&#234;tre vivant. On dit que toute sa vie, elle va souffrir. On ne dit plus qu'une pute m&#233;rite la mort parce qu'elle s&#233;duit nos maris et qu'elle m&#232;ne la belle vie en Chanel tout en r&#233;pandant le chol&#233;ra. On dit que son existence est une souffrance. On n'entend plus grand monde non plus raconter qu'une m&#232;re qui s'ent&#234;te &#224; travailler alors qu'elle ferait mieux de se concentrer sur l'&#233;ducation de ses enfants est un corbeau abandonnique et infr&#233;quentable. On dit que ses t&#226;ches sont une bien trop lourde charge pour une si petite femme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH513/p06-plains-pas-10a3c.jpg?1782752993' width='500' height='513' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Asseoir sa domination en faisant mine de d&#233;celer une souffrance chez le domin&#233;, maquiller sa position dominante sous une fausse compassion, faire semblant de r&#233;pondre &#224; un manque qu'on a soi-m&#234;me cr&#233;&#233; : tout &#231;a n'a rien de nouveau. Ce m&#233;canisme que la t&#233;l&#233; &#224; la mode a tendance &#224; qualifier de &#171; pervers manipulateur &#187; est celui-l&#224; m&#234;me qui nous enferme depuis des si&#232;cles &#224; coups de galanterie, de fausses pr&#233;venances et de politiques s&#233;curitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, pour interdire aux femmes de sortir de la cuisine, rien n'est plus efficace que de leur raconter que le monde est dangereux, que leur fragilit&#233; naturelle est incompatible avec tout ce d&#233;sordre et qu'en contrepartie, on s'effacera syst&#233;matiquement devant elles &#224; chaque fois qu'elles voudront sortir d'un restaurant (et on leur ouvrira la porti&#232;re quand elles monteront dans une voiture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme n'est pas nouveau, mais il s'&#233;tend d&#233;sormais &#224; tout ce que la morale, les bonnes m&#339;urs et le JT n'ont plus la l&#233;gitimit&#233; de condamner. Et dans un monde o&#249; le bonheur (ou ses pr&#233;tendus attributs) est la premi&#232;re des injonctions, l'estampille de la souffrance est au moins aussi n&#233;faste que celle de la &#171; mauvaise vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se mettre et remettre dans la t&#234;te de ceux qu'on c&#244;toie que nous n'avons de fragile que ce que nous n'arriverons pas &#224; combattre ; dire et prouver que chacune des figures dans lesquelles on tente de nous enfermer, de la m&#232;re d&#233;faillante &#224; la putain souffreteuse, sont des stigmates retournables et des situations r&#233;versibles ; toujours pr&#233;f&#233;rer l'insulte &#224; la minauderie, le conflit au battement de paupi&#232;res et l'affrontement &#224; la pleurnicherie : certes, rien de tout cela n'est facile, ni accessible &#224; tout le monde, ni possible tout le temps, ni tenable en restant isol&#233;e. Mais c'est peut-&#234;tre en vivant, en montrant, en combattant la souffrance imputable au fait d'&#234;tre femme l&#224; o&#249; elle est vraiment&#8200;&#8211; dans les in&#233;galit&#233;s de salaires, dans les violences sexistes quotidiennes, dans les diff&#233;rentes prises en charge du travail domestique &#8211;&#8200;qu'on fera enfin entrer dans les t&#234;tes que la souffrance ne provient pas du fait m&#234;me d'&#234;tre une femme. Que le probl&#232;me n'est pas d'&#234;tre une femme. Et que se faire ouvrir des porti&#232;res de voiture n'est en rien une compensation au fait d'&#234;tre oblig&#233;e de d&#233;foncer &#224; coups de b&#233;lier la moindre des portes donnant sur le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

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