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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Extorsion de regrets</title>
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		<dc:date>2004-12-20T11:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;En dix-huit ans de prison, c'est toujours la m&#234;me question qui revient sur les l&#232;vres de l'ordre carc&#233;ral : &#171; Regrettez-vous ? &#187; Sans repentir, pas de lib&#233;ration conditionnelle. Sans soumission &#224; leur chantage, pas d'espoir que les portes s'entrouvrent. Mais cette extorsion ne vise qu'une cat&#233;gorie de taulards bien sp&#233;cifique. Fresnes, 2e division Nord, 1er &#233;tage. Voil&#224; d&#233;j&#224; cinq mois que l'administration me bloque dans les maisons d'arr&#234;t de la r&#233;gion parisienne. Et aucune nouvelle d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no17-novembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;17 (novembre 2004)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En dix-huit ans de prison, c'est toujours la m&#234;me question qui revient sur les l&#232;vres de l'ordre carc&#233;ral : &lt;i&gt;&#171; Regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; Sans repentir, pas de lib&#233;ration conditionnelle. Sans soumission &#224; leur chantage, pas d'espoir que les portes s'entrouvrent. Mais cette extorsion ne vise qu'une cat&#233;gorie de taulards bien sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fresnes, 2e division Nord, 1er &#233;tage. Voil&#224; d&#233;j&#224; cinq mois que l'administration me bloque dans les maisons d'arr&#234;t de la r&#233;gion parisienne. Et aucune nouvelle d'un &#233;ventuel transfert vers un centre pour peine. Au moins ce s&#233;jour m'aura permis de constater une fois encore combien, &#224; l'&#233;poque du n&#233;o-conservatisme triomphant, la d&#233;tention des prisonniers politiques repose sur deux piliers fondamentaux : la s&#233;curit&#233; militaris&#233;e et l'incessante exigence de repentir. Pour la premi&#232;re, ils ont leurs escadrons de cagoul&#233;s et les fusils des miradors. Pour la seconde, la r&#232;gle a d&#233;velopp&#233; ses ordres s&#233;culiers : assistantes sociales, juges d'application des peines (JAP), directeurs, journalistes judiciaires et bons pensants. &#192; peine me croisent-ils que la question leur br&#251;le les l&#232;vres : &lt;i&gt;&#171; Regrettez-vous ?&#8230; Monsieur Rouillan, si vous exprimez des regrets, votre demande de conditionnelle sera examin&#233;e d'un tout autre &#339;il&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &#192; chaque instant, malgr&#233; les ans, l'interrogation revient sur le tapis. Leur morale instaure le chantage permanent (&#224; sa suite pointent les repr&#233;sailles du prochain transfert, celles des conditions de d&#233;tention et la lib&#233;ration repouss&#233;e) et proscrit tout questionnement sur le questionnement lui- m&#234;me. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je gardais une position de principe, la m&#234;me r&#233;ponse qu'aux juges et autres cond&#233;s. Invariablement : &lt;i&gt;&#171; Je refuse de r&#233;pondre &#224; la question. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car qu'est-ce que c'est que cette notion tyrannique, si ce n'est une contrition jud&#233;o-chr&#233;tienne ? Bien &#233;videmment, le &lt;i&gt;&#171; regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; ne s'adresse pas aux auteurs des actes les plus graves, mais bien &#224; ceux qui ont lutt&#233; contre le syst&#232;me. Imaginez-vous Mitterrand exiger des regrets des g&#233;n&#233;raux putschistes alg&#233;rois avant de les amnistier ? Avez-vous entendu parler d'un juge ou d'un journaliste ayant os&#233; poser la question &#224; Papon et &#224; Aussaresse, sinon aux tueurs de l'OAS ? Ou aux cadres de Luchaires et de Giat ayant approvisionn&#233; en mat&#233;riels de guerre et fus&#233;es de feu d'artifice les massacres de la guerre Irak/Iran ? Jamais ! Et aux dirigeants de Protec ayant livr&#233; cl&#233;s en main une usine de gaz chimique &#224; Saddam Hussein ? Pas plus ! Non, aujourd'hui, il faut se repentir de s'&#234;tre oppos&#233; et demander gr&#226;ce pour s'&#234;tre rebell&#233;. L'apoth&#233;ose r&#233;actionnaire est telle qu'apr&#232;s deux d&#233;cennies de prison - et quelle prison : isolement total, restrictions en tout genre, violences&#8230; - ils aimeraient en sus une mortification publique, tenue en laisse, la t&#234;te couverte de cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialo ou carr&#233;ment de droite, ce n'est pas un probl&#232;me de camp politique. En effet, la semaine o&#249; ils m'ont pos&#233; la question pour la &#233;ni&#232;me fois, &#224; Madrid est apparue une pol&#233;mique &#224; peine n&#233;e que d&#233;j&#224; &#233;touff&#233;e. Le gouvernement de Zapatero a invit&#233; des v&#233;t&#233;rans de la Division Azul &#224; d&#233;filer le jour de la f&#234;te nationale, qu'ils consid&#232;rent comme le jour de la &lt;i&gt;&#171; c&#233;l&#233;bration de la race &#187;&lt;/i&gt; (blanche). Pour les plus jeunes, je rappellerai qu'il s'agit des volontaires fascistes engag&#233;s dans les SS pour combattre sur le front de l'Est. Ils furent responsables de massacres non seulement sur le champ de bataille, mais aussi de retour au pays dans les pelotons de fusilleurs d'opposants. Leur a-t-on demand&#233; s'ils regrettaient avant d'affirmer qu'une page &#233;tait tourn&#233;e et que jamais il n'y aurait de d&#233;nazification de l'Espagne ?&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant les vingt ans o&#249; ils ont dirig&#233; la mairie de Madrid, les socialistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Il est clair que la page se tourne, mais toujours au profit des m&#234;mes. Car pour &#234;tre reconnus, les combattants anti-franquistes doivent montrer patte blanche. La mode de l'&#233;poque est &#224; la rouverture de proc&#232;s tendant &#224; d&#233;montrer leur innocence&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le proc&#232;s de Puig Antich, dernier garrott&#233; de l'&#233;poque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle mascarade pitoyable ! Et dire que des communistes et des anarchistes collaborent &#224; ces caricatures judiciaires, laissant aux juges, souvent des anciens fascistes ou format&#233;s au n&#233;o-franquisme, le soin de trancher la question. Ces camarades trahissent l'engagement de ceux qu'ils pr&#233;tendent d&#233;fendre. Qui sont les vrais coupables ? Ceux qui ont combattu le fascisme &#224; la vie &#224; la mort ou ceux qui les ont froidement assassin&#233;s, les juges militaires, les policiers, les bourreaux, les responsables du parti unique ? Mais peut-&#234;tre ces histoires sont-elles trop anciennes pour les jeunes d'aujourd'hui ? Qu'importe, car les exemples ne manquent pas. Les m&#234;mes socialistes espagnols montrent qu'ils ne regrettent rien de leur implication dans la cr&#233;ation des escadrons de la mort des GAL ayant sur le seul territoire de l'&#201;tat fran&#231;ais caus&#233; la mort de vingt-trois militants et habitants du pays basque. Justement, cette affaire date de l'&#233;poque des faits qu'on nous reproche. Au mois d'octobre dernier, apr&#232;s seulement six ans, le gouvernement a lib&#233;r&#233; le g&#233;n&#233;ral Galindo, pourtant condamn&#233; &#224; soixante-quinze ans de r&#233;clusion. Pensez-vous qu'on ait demand&#233; &#224; ce Garde Civil s'il regrettait d'avoir enlev&#233; deux r&#233;fugi&#233;s &#224; Bayonne, de les avoir conduits dans une caserne d&#233;saffect&#233;e, de les avoir sauvagement tortur&#233;s des jours et des nuits jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive, et de les avoir enterr&#233;s en catimini sous la chaux vive &#224; mille kilom&#232;tres de l&#224; ? Comme les faits de rapt suivi d'assassinat se sont d&#233;roul&#233;s en France, que des complices impliqu&#233;s dans les dossiers sont toujours en poste dans la police fran&#231;aise, &#224; quoi bon s'interroger si quelqu'un lui a demand&#233; &lt;i&gt;&#171; regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r que non ! La question ne viendrait pas &#224; l'esprit d'un juge ou d'un journaliste ou de quiconque d'honn&#234;te, bon catholique et respectueux des lois. Parce que, comme il se doit, la mise en avant des credo apostoliques remet &#224; l'usage quotidien les pires tartuferies. Et chaque fois que les repr&#233;sentants de l'ordre moral, religieux, judiciaire, militaire et policier exigent de moi cette repentance, je comprends que le pourquoi ayant motiv&#233; ma lutte depuis le combat contre Franco demeure d'actualit&#233;. Pourtant, ne croyez point que je ne regrette rien. Apr&#232;s dix-huit ans de prison, je regrette par exemple les parfums d'une for&#234;t de pins apr&#232;s la pluie d'orage, les rues d&#233;sertes &#224; certaines heures crues de la nuit, les rires des camarades, ceux qui n'en reviendront plus et qui ne quittent jamais nos souvenirs, les cavalcades insurg&#233;es sous les grenades lacrymog&#232;nes et les balles sifflantes comme des gu&#234;pes&#8230; Enfin, pour vous dire que je regrette mille choses.Et d&#233;cid&#233;ment, &lt;i&gt;&#171; on peut regretter les meilleurs temps mais non fuir aux pr&#233;sents &#187;&lt;/i&gt;. Ce n'est pas de moi mais de Montaigne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Durant les vingt ans o&#249; ils ont dirig&#233; la mairie de Madrid, les socialistes du PSOE n'ont pas d&#233;baptis&#233; la rue de la Division Azul ni les autres rues portant un nom tir&#233; du panth&#233;on fasciste. Comme a dit un ministre, s'il fallait jeter dehors tous les fascistes et ceux qui ont collabor&#233; avec le fascisme, il ne resterait pas grand monde dans le pays. Je lui donne raison l&#224; dessus. Mais le cas &#233;tait identique en Allemagne, cela a-t-il emp&#234;ch&#233; la tenue du proc&#232;s de Nuremberg ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple, le proc&#232;s de Puig Antich, dernier garrott&#233; de l'&#233;poque franquiste en mars 74, sera rouvert prochainement, comme celui de Delgado y Granado, militants anarchistes assassin&#233;s dix ans plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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