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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Loft-story carc&#233;ral</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances. Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no18-decembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;18 (d&#233;cembre 2004)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison avec la s&#233;rie &#171; 9 m2 &#187;. En se d&#233;marquant des grosses cha&#238;nes de la lobotomie commer&#231;ante, Arte a exploit&#233; ce filon in&#233;dit en nous collant une semaine durant de la fausse existence cellulaire. Je suis allong&#233; sur le m&#234;me lit &#224; trois &#233;tages. J'ai la m&#234;me fen&#234;tre, la m&#234;me table, finalement la m&#234;me cellule. N&#233;anmoins, face &#224; ces images, le faux me saute &#224; la gueule. Et quelle que soit l'intention des faussaires. D'ailleurs, Momo avoue qu'en jouant cette com&#233;die, &lt;i&gt;&#171; c'est comme si je me retirais&#8230; du monde carc&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; le probl&#232;me. Dans &#171; 9 m2 &#187;, la prison a disparu, remplac&#233;e par le silence. M&#234;me au plus profond d'un quartier de haute s&#233;curit&#233;, le vacarme ne s'&#233;vanouit jamais &#224; ce point. Qu'importe l'heure, la rumeur des centaines d'emmur&#233;s presse sur l'instant personnel. Chaque peau de b&#233;ton palpite &#224; celle des voisins. Pas une nuit sans qu'un gars ne p&#232;te les plombs. Celui qui n'a pas eu sa dose. Celui qu'ils baluchonnent, direction le mitard. Du soir au matin et du matin au soir, la prison frappe &#224; la porte et hurle &#224; la fen&#234;tre. Il n'y a rien &#224; faire contre cet envahissement, sauf quand on ne supporte plus, comme ce cong&#233;n&#232;re de Moulins qui, en rentrant de l'atelier, tirait des rideaux opaques et portait un casque anti-bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs &#171; 9 m2 &#187; de t&#233;l&#233;, o&#249; sont les centaines de gars du b&#226;timent ? Si ce n'est le caricatural et lointain appel &#224; la pri&#232;re d'un mufti d'occasion, la fen&#234;tre est muette, pas de discussions ni de disputes. Les murs et les tuyaux ne r&#233;sonnent pas aux diff&#233;rents codes pour annoncer l'approche de la ronde ou les trois coups brefs pour &lt;i&gt;&#171; les yoyos ! &#187;&lt;/i&gt;. Chez moi, &#224; 5 heures du mat', les matons &#233;veillent les transf&#233;r&#233;s. Une demi-heure apr&#232;s, le roulis des chariots secoue les b&#226;timents. Les premiers verrous. &#192; la p&#233;riode du Car&#234;me, les bruits des assiettes et les repas pr&#233;par&#233;s sur les chauffes. La derni&#232;re ronde tourne et sort par les promenades. Un maton shoote une canette vide pour effrayer les rats. Ils discutent comme en plein jour. Les insultes pleuvent des fen&#234;tres et en r&#233;ponse quelques menaces s'&#233;l&#232;vent. D'un coup, la galerie s'&#233;broue des verrous. &#192; l'ambiance, on sait si on aura affaire la matin&#233;e enti&#232;re &#224; une &#233;quipe de fachos. Les portes claquent. Les ordres sont hurl&#233;s par le chef de table : &lt;i&gt;&#171; 1er, 2e, 4e, envoyez les mouvements 7 h 30 ! &#187;&lt;/i&gt;. Chaque &#233;tage doit confirmer : &lt;i&gt;&#171; 1er re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 2e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt; et ainsi de suite. &lt;i&gt;&#171; 3e, quatre arrivants &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 3e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;. Et les cris sont incessants jusqu'au changement d'&#233;quipe et ensuite jusqu'&#224; la tomb&#233;e de la nuit et la fermeture des verrous. &#192; chaque heure du jour et de la nuit, la prison vit et passent les heures. Nous sommes ces heures qui sonnent et s'enfuient. C'est la condition des prisonniers. Et pas besoin de montre, la rumeur nous alerte. L'horloge rythme le tempo de son sempiternel tic-tac de murs et de fer. Et son tapage nous sert de barom&#232;tre, on y pressent le degr&#233; de tension, si une bagarre se pr&#233;pare, si des comptes se r&#233;gleront &#224; la douche ou dans l'escalier. La prison nous pr&#233;vient si la journ&#233;e sera longue ou si elle sera comme toutes les autres&#8230; un jour &#224; perdre ou un jour &#224; &#233;chapper au pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est normal que si l'&#233;mission &#171; 9 m2 &#187; ne fait pas ressentir la prison, les matons disparaissent avec elle. Aucun commandement, pas de pr&#233;sence mena&#231;ante, nul encagoul&#233;. Du coup, l'enfermement est ch&#226;tr&#233; de tout contenu d'oppression et de r&#233;sistance. Il faut un effort d'imagination pour sentir la pr&#233;sence du maton derri&#232;re l'&#339;illeton. Savoir qu'&#224; tout moment, ils peuvent entrer et &#233;ructer un ordre, sonder les barreaux, retourner la cellule pour une fouille. Dans ce loft, m&#234;me en r&#234;ve les acteurs ne pensent pas &#224; la cavale. Et s'ils existent - on finit par en douter - les matons vaquent &#224; des occupations tout &#224; fait anodines. O&#249; est la menace omnipr&#233;sente du fusil dans le mirador ? Surtout aux Baumettes, o&#249; il n'y a pas si longtemps un maton a flingu&#233; un d&#233;tenu d&#233;sarm&#233; et bless&#233; quatre autres candidats au d&#233;part. Derri&#232;re la porte, toujours le silence, l'absence. Pas de cris : &lt;i&gt;&#171; En ligne, sortez les mains des poches ! &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;&#171; En silence, alignez-vous ! &#187;&lt;/i&gt;. Pas d'insultes ni d'humiliations jusqu'aux tabassages, et en r&#233;ponse les dizaines de portes secou&#233;es &#224; coups de tabourets. Dans cette zonzon imaginaire, ni trafic ni arme. Plus de balances, plus de besoin de se serrer les coudes. Le cellote ne fleure pas le chichon, pas de flasque de pastis dissimul&#233;e dans le cale&#231;on. Pas d'infos &#224; mots couverts, pas de portable. Tout est clean jusqu'&#224; l'aseptis&#233;. Rien &#224; cacher, pas de r&#233;volte contre la direction, le JAP, la longueur des peines, pas de d&#233;sespoir ultime, pas de r&#233;crimination ou de gueulante contre le syst&#232;me anthropophage, aucune revendication pour soi ou pour ses cong&#233;n&#232;res, pas de r&#234;ve d'incendie, pas de souvenir des &#233;meutes pass&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs bidonnent. D'ailleurs ils savent ce que le spectateur attend. Pour dealer du folklore, ils collent dans le d&#233;cor trois ou quatre photos de nanas &#224; poil. Finalement, le seul int&#233;r&#234;t de cet exercice est de r&#233;exposer le drame social de la prison. L'immense majorit&#233; de la population p&#233;nale n'a aucune conscience de sa situation. Ils subissent la prison, ils en sont les &#233;ternels vaincus. Le feuilleton &#171; 9 m2 &#187; nous expose un carc&#233;ral civilis&#233; et propret. Le r&#234;ve de tout ma&#238;tre en communication de l'Administration p&#233;nitentiaire, une prison qui ne serait qu'une gentillette privation de libert&#233;. Et pour le dehors, c'est d'autant plus cr&#233;dible que ce sont des d&#233;tenus qui nous la servent ! On comprend pourquoi l'ensemble des m&#233;dias a trouv&#233; ce triste spectacle tr&#232;s chouette. Par contre, regardez &lt;i&gt;l'&#201;xp&#233;rience&lt;/i&gt;, le film d'Olivier Hirschbiegel, et vous saisirez pourquoi les laudateurs ont tout int&#233;r&#234;t &#224; dissimuler le face-&#224;-face taulards/matons. Car que l'on soit d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, tout change, entre l'opprim&#233; et celui qui par son r&#244;le m&#234;me devient finalement un tortionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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