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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Un si&#232;cle et demi d'urbanisme &#224; coups de gourdin</title>
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		<dc:date>2005-02-10T14:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alessi Dell'Umbria</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au milieu du XIXe si&#232;cle, en pleine expansion industrielle et portuaire, Marseille se dilate. La bourgeoisie locale veut red&#233;finir le centre de la ville. Des sp&#233;culateurs immobiliers descendent de Paris avec des projets : Jules Mir&#232;s, puis les fr&#232;res Pereire, enrichis dans l'haussmannisation de la capitale. Celle-ci a marqu&#233; une rupture compl&#232;te dans la fa&#231;on d'envisager la ville. D'une part, de puissantes banques drainent une &#233;pargne qu'elles investissent dans des op&#233;rations immobili&#232;res, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au milieu du XIXe si&#232;cle, en pleine expansion industrielle et portuaire, Marseille se dilate. La bourgeoisie locale veut red&#233;finir le centre de la ville. Des sp&#233;culateurs immobiliers descendent de Paris avec des projets : Jules Mir&#232;s, puis les fr&#232;res Pereire, enrichis dans l'haussmannisation de la capitale. Celle-ci a marqu&#233; une rupture compl&#232;te dans la fa&#231;on d'envisager la ville. D'une part, de puissantes banques drainent une &#233;pargne qu'elles investissent dans des op&#233;rations immobili&#232;res, r&#233;alis&#233;es par de grandes entreprises qui b&#226;tissent non plus par parcelle mais par &#238;lot. D'autre part, la ville devient un terrain d'intervention de l'&#201;tat, qui se dote des moyens juridiques permettant d'expulser les gens et de planifier les op&#233;rations d'envergure. Cette rencontre du capitalisme concentr&#233; et de l'&#201;tat centralis&#233; constitue l'acte de naissance de l'urbanisme. Le projet de Mir&#232;s pr&#233;voyait la destruction totale de la ville ancienne, majoritairement habit&#233;e par les petites gens, ainsi que l'arasement des collines. Il fut revu &#224; la baisse : une simple avenue perc&#233;e au milieu des vieux quartiers. On commen&#231;a par la d&#233;molition de 1 100 maisons, entra&#238;nant l'expulsion de 16 000 Marseillais. Trente-huit rues disparurent, vingt-trois furent amput&#233;es. Une tranch&#233;e de 250 m&#232;tres de long et 15 de haut fut creus&#233;e entre la colline des Carmes et celles des Moulins, produisant 800 000 tonnes de d&#233;blais. La rue de la R&#233;publique achev&#233;e (alors rue Imp&#233;riale) constitua ainsi une sorte de grand boulevard parisien d'un kilom&#232;tre de long, reliant le Vieux-Port aux nouveaux bassins de la Joliette. Mais ce qui avait fonctionn&#233; &#224; Paris &#233;choua &#224; Marseille. Les &#233;lites locales pr&#233;f&#233;raient se loger au Sud, loin des quartiers populaires. Les beaux appartements ne se vendirent pas, et en 1872 la Cie des fr&#232;res Pereire, incapable d'honorer ses dettes, fut mise en faillite. La ville racheta les immeubles. Des compagnies de navigation vinrent s'y installer. Quant aux appartements, ils finirent par trouver preneurs &#224; des prix bien inf&#233;rieurs &#224; ce que l'on avait pr&#233;vu. Le projet Mir&#232;s continua cependant de hanter les municipalit&#233;s successives. Entre les deux guerres mondiales, on fit ainsi d&#233;truire le quartier de &#171; derri&#232;re-la-Bourse &#187;, puis on envisagea de faire pareil sur la rive nord du Vieux-Port : ce dernier projet fut r&#233;alis&#233; en 1943 quand la Wehrmacht expulsa du jour au lendemain 25 000 personnes et dynamita m&#233;thodiquement les maisons du Vieux-Port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, alors que le complexe industrialo-portuaire de Fos sortait de terre, Defferre voulut r&#233;aliser un Centre directionnel, destin&#233; &#224; accueillir &#224; Marseille les bureaux des entreprises install&#233;es &#224; Fos. Ce projet concernait les terrains de &#171; derri&#232;re-la-Bourse &#187;, d&#233;j&#224; d&#233;gag&#233;s, et le secteur des Carmes et de la Porte d'Aix, qui fut d&#233;moli. Le projet tourna vite court : d&#232;s 1975, il &#233;tait &#233;vident que la gestion des usines se faisait &#224; Paris, Francfort ou New-York, et non pas &#224; Marseille : le Centre directionnel se r&#233;duisit finalement &#224; peu de chose. N&#233;anmoins, il permit de neutraliser encore un morceau du centre historique. Le projet Eurom&#233;diterran&#233;e, con&#231;u au d&#233;but des ann&#233;es 1990 par les technocrates de la Datar et approuv&#233; par la municipalit&#233; Vigouroux (PS), pr&#233;tend d&#233;passer l'&#233;chec du Centre directionnel. Il s'agit d'une vaste op&#233;ration immobili&#232;re visant &#224; b&#226;tir des immeubles de bureaux et d'habitation middle class, &#224; r&#233;cup&#233;rer une partie du port pour en chasser toute activit&#233; maritime et b&#226;tir une s&#233;rie de galeries marchandes. Eurom&#233;diterran&#233;e entend d&#233;finir une n&#233;o-centralit&#233; urbaine, affranchie des pesanteurs sociales du centre traditionnel o&#249; les pauvres ont r&#233;ussi &#224; se cramponner. Car la question est bien l&#224; : toutes ces d&#233;molitions, qui ont abouti &#224; d&#233;figurer le centre historique de Marseille, n'ont pas r&#233;ussi pour autant &#224; constituer un v&#233;ritable centre bourgeois (l'&#233;chec de la rue de la R&#233;publique en t&#233;moigne). Le Marseille prol&#233;taire a continu&#233; de r&#233;sister comme cette ville sait le faire, par inertie. Eurom&#233;diterran&#233;e entend donc recr&#233;er un centre, d&#233;cal&#233; par rapport au centre g&#233;ographique de la ville, fond&#233; sur le tertiaire sup&#233;rieur, les technologies de pointe et le business culturel. L'obsession de Vigouroux puis de Gaudin (faire revenir les classes moyennes &#224; Marseille) trouverait ainsi un aboutissement. Cent cinquante ans apr&#232;s, la rue de la R&#233;publique incarne encore la lutte pour l'h&#233;g&#233;monie urbaine. Au XIXe si&#232;cle, on fit appel aux capitalistes parisiens, au XXIe on compte sur les capitalistes am&#233;ricains. De la formation de l'&#201;tat-Nation &#224; la mondialisation du capital, c'est un cycle historique complet qui a &#233;t&#233; accompli rue de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Selection-immobiliere'&gt;&#171; S&#233;lection immobili&#232;re &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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