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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La gr&#232;ve en France dans le miroir d'un prolo am&#233;ricain</title>
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		<dc:date>2020-07-29T15:01:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>John Marcotte</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Camionneur retrait&#233;, John Marcotte a particip&#233; &#224; un tas de luttes sociales aux &#201;tats-Unis. Depuis une Am&#233;rique fractur&#233;e plus radicalement par le racisme que par la lutte des classes, il exprime l'espoir que lui procure le mouvement social hexagonal contre la r&#233;forme des retraites. Cet extrait de courrier nous vient d'un marxiste antiautoritaire am&#233;ricain investi dans les luttes depuis la guerre du Vietnam. Un jour, John en a eu marre de passer son temps &#224; faire des livraisons dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Camionneur retrait&#233;, John Marcotte a particip&#233; &#224; un tas de luttes sociales aux &#201;tats-Unis. Depuis une Am&#233;rique fractur&#233;e plus radicalement par le racisme que par la lutte des classes, il exprime l'espoir que lui procure le mouvement social hexagonal contre la r&#233;forme des retraites.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet extrait de courrier nous vient d'un marxiste antiautoritaire am&#233;ricain investi dans les luttes depuis la guerre du Vietnam. Un jour, John en a eu marre de passer son temps &#224; faire des livraisons dans les rues de New York. Il a fini par prendre sa retraite de camionneur et vit d&#233;sormais dans une cabane qu'il a construite dans les bois, entre le Vermont et le Massachusetts. Il continue &#224; lutter au c&#244;t&#233; de toutes celles et tous ceux qui s'insurgent contre l'&#233;tat du monde et la destruction &#233;cologique. Les mobilisations fran&#231;aises contre la r&#233;forme des retraites lui donnent l'occasion d'&#233;voquer la situation sociale aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui m'a le plus marqu&#233; dans cette lutte [&lt;i&gt;contre la r&#233;forme des retraites&lt;/i&gt;], c'est ce que l'on pourrait appeler son esprit d'ouverture. &#192; savoir qu'il s'agit d'une gr&#232;ve appel&#233;e ou soutenue par les syndicats, mais dont le contr&#244;le leur a &#233;chapp&#233;. D&#233;sormais, toute lutte devrait &#234;tre ouverte &#224; tous ceux qui veulent y participer. C'est une nouvelle &#233;tape tr&#232;s prometteuse, selon moi. Ajoutons &#224; cela l'influence des Gilets jaunes et des nouveaux jeunes travailleurs des banlieues &#8211; on comprend que les syndicats soient largu&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, je vois tout cela depuis les &#201;tats-Unis, depuis notre r&#233;alit&#233; ici. Dans une certaine mesure, les jeunes conducteurs de bus d'origine immigr&#233;e, les chauffeurs et les m&#233;caniciens me rappellent qu'ici aussi, la classe ouvri&#232;re est en grande partie noire, d'origine latino, immigr&#233;e [&lt;i&gt;et/ou&lt;/i&gt;] f&#233;minine. Cela renouvelle l'espoir de renverser la politique raciste, x&#233;nophobe et misogyne qui rend Donald Trump si populaire. J'esp&#232;re que cette ultime tentative de r&#233;inventer un paradis imaginaire de travailleurs masculins blancs est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Si nous avons suffisamment d'&#233;nergie pour r&#233;sister, la supr&#233;matie blanche pourra &#234;tre d&#233;faite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La race divise plus que la classe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un autre c&#244;t&#233;... nous sommes tellement, tellement loin de cette conscience de classe qui affleure en France. Et cela en raison de l'emprise de nos pr&#233;jug&#233;s raciaux et nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'imaginer que les &#201;tats-Unis poss&#232;dent la classe ouvri&#232;re la mieux arm&#233;e du monde (si les travailleurs espagnols [&lt;i&gt;en 1936&lt;/i&gt;] avaient eu la moiti&#233; des armes qui sont dans les mains des Am&#233;ricains, Franco aurait &#233;t&#233; &#233;cras&#233;). Pourtant, la classe ouvri&#232;re blanche am&#233;ricaine n'est pas organis&#233;e en syndicats anarchistes, ni m&#234;me socialistes... Elle pr&#233;f&#232;re se constituer en milices, en groupes supr&#233;macistes blancs, en Tea Party, tout cela au plus grand b&#233;n&#233;fice du Parti r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las encore, si un r&#233;formiste comme Bernie Sanders &#233;tait &#233;lu pr&#233;sident et d&#233;cidait de s'attaquer &#224; Wall Street, s'il &#233;tait confront&#233; &#224; une paralysie de l'&#233;conomie orchestr&#233;e par le grand Capital comme &#224; l'&#233;poque d'Allende au Chili&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En octobre 1972, pour bloquer la politique de nationalisation du secteur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, et que les travailleurs commen&#231;aient &#224; perdre leur emploi, alors ces milices de la classe ouvri&#232;re blanche soutiendraient Wall Street et se retourneraient certainement contre les travailleurs noirs et latinos. Ici, sauf &#224; quelques exceptions historiques pr&#232;s, la race divise plus profond&#233;ment que la classe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Donnez-moi juste mon argent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trump est l'incarnation d'une r&#233;alit&#233; profonde et sombre de ce pays de pionniers et de colonisateurs, mais il n'est, bien s&#251;r, pas le probl&#232;me principal. Les politiques n&#233;olib&#233;rales du Parti d&#233;mocrate ont bel et bien pr&#233;par&#233; le terrain de son &#233;lection. Les &#8220;r&#233;formes&#8221; macronistes, nous les connaissons par c&#339;ur ! Les Am&#233;ricains pensent qu'il est &#8220;normal&#8221; que tu sois p&#233;nalis&#233; si tu prends ta retraite &#224; 62 ans... Et l'&#226;ge pivot &#224; taux plein continue d'augmenter : c'&#233;tait 65, puis 66, maintenant tu dois avoir 67 ans ! Ce sera encore plus tard pour les prochaines g&#233;n&#233;rations. Et tout cela est consid&#233;r&#233; comme normal, parce que &#8220;&#231;a a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a&#8221; ! Idem pour le r&#233;gime de pensions priv&#233;es que l'on vend aux travailleurs am&#233;ricains depuis des d&#233;cennies, et l'id&#233;ologie individualiste qui va avec : &#8220;C'est &lt;i&gt;votre&lt;/i&gt; argent, personne ne peut vous l'enlever...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette mentalit&#233;, on retrouve un racisme implicite : &#8220;La S&#233;curit&#233; sociale est possiblement un meilleur syst&#232;me, mais... est-ce qu'elle va aussi profiter aux Noirs ? Alors dans ce cas-l&#224;, non, je n'en veux pas, je ne veux pas qu'un seul centime aille aux Noirs, donnez-moi juste mon argent, je suis blanc, je le m&#233;rite !&#8221; Le travailleur blanc part en retraite avec dix cents au lieu de dix dollars, mais au moins il garde son sentiment de sup&#233;riorit&#233;, il est satisfait parce que le Noir n'a rien. C'est ainsi que &#231;a fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi nous n'avons toujours pas de soins de sant&#233; socialis&#233;s et pourquoi les travailleurs blancs pauvres rejettent l'Obamacare&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;forme embl&#233;matique de l'&#232;re Obama ayant permis &#224; des millions d'Am&#233;ricains (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, m&#234;me si ce syst&#232;me leur vient en aide. Il n'y a qu'en Am&#233;rique que les Blancs pauvres pr&#233;f&#232;rent rester sans dents plut&#244;t que de soutenir une proposition de loi pour des soins dentaires gratuits pour tous&#8230; Parce que ce &#8220;tous&#8221; inclurait les Noirs. H&#233;las oui, on en est &#224; ce niveau de stupidit&#233;, de m&#233;chancet&#233; et de racisme. C'est pourquoi ils aiment Trump, qui est le parfait reflet de tout cela. Tout le jeu &#233;lectoral est construit autour des mots cod&#233;s du racisme, non ouvertement exprim&#233;s, mais qui signifient : &#8220;Je vais m'assurer que les Noirs n'obtiennent rien.&#8221; Et on voit bien combien plus les politiques de Trump sont cruelles et stupides, plus il devient populaire : s&#233;parer les enfants migrants de leurs parents &#224; la fronti&#232;re, supprimer la protection environnementale de l'eau et l'air, autoriser les pesticides, etc., tout cela est tr&#232;s populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, rien n'est &#233;crit par avance. Ce que l'on a vu en France me donne du courage, tout comme le soul&#232;vement indig&#232;ne au Canada&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis quelque temps, les peuples autochtones de la Colombie-Britannique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Et les jeunes d'ici me redonnent confiance ! Il y a deux jours, j'ai accompagn&#233; deux amis &#224; une audience du tribunal du New Hampshire. Ils avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, avec 64 autres personnes, pour avoir bloqu&#233; la derni&#232;re centrale &#224; charbon de la Nouvelle-Angleterre. Et d'autres avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour avoir bloqu&#233; le train qui tentait de r&#233;approvisionner la centrale. &#192; l'exception de mes deux amis et de quelques autres plus &#226;g&#233;s que moi, les personnes arr&#234;t&#233;es sont tr&#232;s jeunes : elles d&#233;fient le syst&#232;me et sont d&#233;ters, elles cherchent de nouvelles id&#233;es et sont courageuses, s&#233;rieuses, d&#233;vou&#233;es &#224; leur cause. C'est de bon augure pour l'avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;John Marcotte (Massachusetts, le 15 f&#233;vrier) / Traduction Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En octobre 1972, pour bloquer la politique de nationalisation du secteur minier engag&#233;e par Salvador Allende, le patronat chilien, avec l'appui de la CIA, chercha &#224; organiser la p&#233;nurie dans le pays en ayant recours &#224; une gr&#232;ve de camionneurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;forme embl&#233;matique de l'&#232;re Obama ayant permis &#224; des millions d'Am&#233;ricains pauvres de disposer d'une assurance sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis quelque temps, les peuples autochtones de la Colombie-Britannique s'opposent &#224; la construction du gazoduc de la compagnie Coastal Gaslink sur leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La &#171; race &#187;, la classe et le Covid-19</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-race-la-classe-et-le-Covid-19</link>
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		<description>
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, les Am&#233;rindiens, les Latinos et les Afro-Am&#233;ricains meurent du Covid-19 &#224; un taux beaucoup plus &#233;lev&#233; que la population blanche. Cette surmortalit&#233; a des raisons historiques : in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la sant&#233;, exposition accrue &#224; la pollution, pauvret&#233; et stress li&#233; &#224; la vie dans une soci&#233;t&#233; raciste. En 1848, alors que la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne faisait la r&#233;volution, la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine massacrait des Indiens, des Chinois et des Mexicains. C'&#233;tait la ru&#233;e vers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, les Am&#233;rindiens, les Latinos et les Afro-Am&#233;ricains meurent du Covid-19 &#224; un taux beaucoup plus &#233;lev&#233; que la population blanche. Cette surmortalit&#233; a des raisons historiques : in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la sant&#233;, exposition accrue &#224; la pollution, pauvret&#233; et stress li&#233; &#224; la vie dans une soci&#233;t&#233; raciste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH546/-1553-5a456.jpg?1779603615' width='400' height='546' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gabriel Pissondes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1848, alors que la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne faisait la r&#233;volution, la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine massacrait des Indiens, des Chinois et des Mexicains. C'&#233;tait la ru&#233;e vers l'or de Californie. Tuer des non-Blancs pour s'enrichir : voil&#224; ce qu'a toujours &#233;t&#233; l'&lt;i&gt;American Dream&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re, il y a la &#171; Manifest Destiny&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Destin&#233;e manifeste &#187; : croyance messianique dans la mission civilisatrice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, cette id&#233;e que &#171; la volont&#233; divine &#187; dicte la domination d'une race blanche &#171; sup&#233;rieure &#187; sur l'ensemble du continent nord-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le Covid-19, nous sommes dans un sch&#233;ma similaire : laisser mourir des non-Blancs pour gagner de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, le pr&#233;sident Trump a refus&#233; d'appliquer la loi de r&#233;quisition de 1950 (&lt;i&gt;Defense Production Act&lt;/i&gt;) pour obliger les entreprises &#224; produire des &#233;quipements m&#233;dicaux indispensables, comme des masques N95. Dans le m&#234;me temps, les travailleurs hospitaliers se d&#233;battaient pour sauver des vies sans protection &#8211; dans le pays le plus riche du monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, le 28 avril, Trump a fini par invoquer cette loi, &#231;a a &#233;t&#233; pour obliger les abattoirs &#224; rouvrir. Auparavant, 22 d'entre eux avaient ferm&#233; apr&#232;s s'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;s d'importants clusters. Des milliers d'ouvriers &#233;taient tomb&#233;s malades et on comptait fin avril une vingtaine de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patrons du secteur, eux, faisaient la grimace &#224; l'id&#233;e que les familles des travailleurs d&#233;c&#233;d&#233;s puissent les poursuivre en justice pour manquement &#224; la s&#233;curit&#233;. Gr&#226;ce au d&#233;cret de Trump, ils sont &#224; l'abri des poursuites et gagnent &#224; nouveau de l'argent. Mais &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; des employ&#233;s, d&#233;sormais forc&#233;s d'aller au boulot la peur au ventre ? Ils sont facilement interchangeables, pas de souci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980, le puissant syndicat des travailleurs des usines de conditionnement de viande a &#233;t&#233; bris&#233;. Aujourd'hui, la main-d'&#339;uvre est principalement compos&#233;e de personnes de couleur et de r&#233;fugi&#233;s. Dans le Sud par exemple, les employ&#233;s des usines de poulets sont en grande partie afro-am&#233;ricains et latinos. Par crainte de contracter la maladie, beaucoup avaient arr&#234;t&#233; de se rendre au travail, ce qui avait contraint plusieurs entreprises &#224; fermer. En ordonnant la r&#233;ouverture, M. Trump affirme que ces vies noires et basan&#233;es sont sacrifiables. &lt;i&gt;Business must go on &lt;/i&gt; : il faut faire du profit, les bourses doivent grimper &#8211; et M. Trump &#234;tre r&#233;&#233;lu en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays qui s'est b&#226;ti sur l'esclavage des Africains et le vol des terres indig&#232;nes, la vie des personnes de couleurs n'a jamais valu grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Covid-19 a &#233;galement touch&#233; les Am&#233;rindiens, dont beaucoup souffraient de probl&#232;mes de sant&#233; pr&#233;existants &#8211; et d'un faible acc&#232;s aux soins. Dans le Dakota du Sud, les Sioux de Cheyenne River et les Sioux Oglala ont d&#233;cid&#233; d'organiser eux-m&#234;mes la d&#233;fense de leur communaut&#233;, en installant des &lt;i&gt;checkpoints&lt;/i&gt; sur les routes d'acc&#232;s &#224; leurs r&#233;serves. Comme l'explique Harold Frazier, repr&#233;sentant des Sioux de Cheyenne River : &#171; &lt;i&gt;Lorsque les temps deviennent difficiles, nous ne pouvons compter que sur nous-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187; Refusant d'ob&#233;ir au gouverneur du Dakota du Sud qui leur ordonnait de d&#233;manteler leurs postes de contr&#244;le, les Sioux ont invoqu&#233; le trait&#233; de Fort Laramie (1868). Frazier a pr&#233;cis&#233; que son peuple ne faisait que d&#233;fendre son &#171; &lt;i&gt;droit &#224; la vie&lt;/i&gt; &#187; le plus fondamental, puisqu'il ne disposait que de huit lits d'h&#244;pital pour la r&#233;serve enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Navajos, eux, connaissent un des taux de contamination parmi les plus &#233;lev&#233;s du pays. Plus de 40 % des 170 000 habitants de leur territoire tribal semi-autonome (le plus grand des &#201;tats-Unis) n'ont pas acc&#232;s &#224; l'eau courante, ce qui pose d'&#233;normes probl&#232;mes, ne serait-ce que pour se laver les mains. Le 19 mai, la nation Navajo comptait quelque 4 000 cas de Covid-19 et plus de 170 morts.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Chicago, les Afro-Am&#233;ricains repr&#233;sentent 30 % de la population, mais 72 % des d&#233;c&#232;s dus au Covid-19. M&#234;me chose &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans et dans bien d'autres endroits. Outre le racisme structurel qui complique l'acc&#232;s aux soins et &#224; une alimentation saine, les personnes de couleur sont plus nombreuses &#224; travailler &lt;i&gt;en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;, par exemple dans les transports. Elles n'ont pas le luxe de t&#233;l&#233;travailler et sont donc plus expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, et comment s'en sortent mes copains travailleurs latinos sans-papiers de New York, l'&#233;picentre du coronavirus aux &#201;tats-Unis ? L'&#233;picentre de l'&#233;picentre, ce sont les quartiers de Corona et d'Elmhust, dans le Queens. Ce district est peupl&#233; de nombreux travailleurs sans-papiers venus du Mexique, d'Am&#233;rique centrale et d'&#201;quateur, dont de nombreux indig&#232;nes. C'est &#224; ces invisibles qu'on doit le dynamisme de la ville. Dans les cuisines des restaurants, ils travaillent 100 heures par semaine, que la nourriture soit japonaise ou italienne, fran&#231;aise ou tha&#239;landaise. Ce sont &#233;galement eux qui s'occupent des livraisons. Ils sont les petites mains dans la ma&#231;onnerie, l'am&#233;nagement paysager ou n'importe quel travail p&#233;nible et sous-pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deviennent-ils maintenant que les restaurants sont ferm&#233;s et que leurs emplois ont disparu ? Ces gens-l&#224; n'existent pas aux yeux du gouvernement. Ils ne recevront ni indemnit&#233;s de ch&#244;mage, ni ch&#232;que Covid de 1 200 $, ni bons alimentaires. Comment se nourrissent-ils et paient-ils leur loyer ? Des &#233;chos que j'en ai, ils survivent gr&#226;ce &#224; l'aide minimum fournie par les r&#233;seaux d'entraide, les &#233;glises, les groupes communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, dans le bilan macabre du coronavirus, toutes les personnes mortes &#224; domicile dans des logements surpeupl&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; comptabilis&#233;es. Beaucoup n'ont pas de famille pour r&#233;clamer le corps et ont &#233;t&#233; enterr&#233;es dans des fosses communes sur l'&#238;le de Hart. &#201;migrer pour subvenir aux besoins de sa famille et finir incognito au milieu de l'East River... triste destin.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, l'administration supr&#233;maciste blanche de Washington profite de la pand&#233;mie pour fermer les fronti&#232;res. C'est le &lt;i&gt;continuum &lt;/i&gt;d'une litanie d'horreurs commises en notre nom &#224; la fronti&#232;re mexicaine : s&#233;paration des parents et des enfants, d&#233;fil&#233; de bambins sans avocat devant des juges, renvoi de demandeurs d'asile au Guatemala ou au Honduras au m&#233;pris des conventions internationales, etc. Le 21 avril, M. Trump a d&#233;clar&#233; une suspension &#171; &lt;i&gt;temporaire&lt;/i&gt; &#187; de soixante jours de toute immigration : le r&#234;ve jamais r&#233;alis&#233; des supr&#233;macistes blancs. On se doute bien que Stephen Miller, le conseiller principal de Trump en charge de l'Am&#233;rique blanche, cherche d&#233;j&#224; un moyen d'utiliser l'&#233;pid&#233;mie pour rendre permanente cette ordonnance temporaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;So it is.&lt;/i&gt; Le Covid-19 met &#224; nu les fissures &#8211; en fait des trous b&#233;ants &#8211; du syst&#232;me de sant&#233; &#233;tats-unien. Comme d'habitude, ce sont les pauvres, les Noirs, les Latinos, les indig&#232;nes qui souffrent le plus lorsque le capitalisme est malade. Ainsi, lorsque les voyous arm&#233;s de Trump manifestent pour mettre fin au confinement dans certains &#201;tats&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sc&#232;ne a fait le tour du monde : le 30 avril, des dizaines de manifestants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; afin de &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer le business&lt;/i&gt; &#187;, on sait que ce sont les Noirs et les immigr&#233;s qui mourront ensuite de fa&#231;on disproportionn&#233;e. &lt;i&gt;As always.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;John Marcotte * (Massachusetts, le 23 mai) / Traduction Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Camionneur retrait&#233;, John Marcotte a milit&#233; au sein d'un courant marxiste humaniste influenc&#233; par le grand intellectuel cara&#239;b&#233;en C.L.R. James. C'est son second courrier envoy&#233; &#224;&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Destin&#233;e manifeste &#187; : croyance messianique dans la mission civilisatrice des pionniers blancs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La sc&#232;ne a fait le tour du monde : le 30 avril, des dizaines de manifestants arm&#233;s sont entr&#233;s dans le Parlement du Michigan pour exiger l'assouplissement des mesures de confinement dans cet &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les possibles de la R&#233;volution portugaise</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; que para&#238;t enfin en fran&#231;ais un bon livre sur la r&#233;volution au Portugal (1974-1975)... L'ouvrage de Phil Mailer, Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e ? fut publi&#233; une premi&#232;re fois en anglais en 1977, traduit depuis en plusieurs langues. Le texte a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; au Portugal l'ann&#233;e derni&#232;re dans une mouture retravaill&#233;e par l'auteur. Sans doute dans l'incapacit&#233; de d&#233;nicher de bons traducteurs portugais, tous affair&#233;s sur des chantiers du b&#226;timent, l'&#233;diteur fran&#231;ais a opt&#233; pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vie-nouvelle" rel="tag"&gt;vie nouvelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; que para&#238;t enfin en fran&#231;ais un bon livre sur la r&#233;volution au Portugal (1974-1975)...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L'&lt;/span&gt;ouvrage de Phil Mailer, &lt;i&gt;Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phil Mailer, Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e ?, trad. Claude Lamoureux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; fut publi&#233; une premi&#232;re fois en anglais en 1977, traduit depuis en plusieurs langues. Le texte a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; au Portugal l'ann&#233;e derni&#232;re dans une mouture retravaill&#233;e par l'auteur. Sans doute dans l'incapacit&#233; de d&#233;nicher de bons traducteurs portugais, tous affair&#233;s sur des chantiers du b&#226;timent, l'&#233;diteur fran&#231;ais a opt&#233; pour la traduction de la version anglo-am&#233;ricaine. Heureusement, l'auteur a pu y apporter quelques compl&#233;ments et corrections. Il signe aussi une br&#232;ve mais &#233;clairante &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; sur la gen&#232;se du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phil Mailer, n&#233; en Irlande, travaillait au Portugal en avril 1974, au moment o&#249; un coup d'&#201;tat men&#233; par une partie de l'arm&#233;e a mis &#224; bas la plus longue dictature de l'Europe occidentale, ouvrant les vannes, malgr&#233; elle, &#224; une puissante r&#233;volte sociale. Le projet d'un simple repl&#226;trage politique ouvrant sur un syst&#232;me de d&#233;mocratie parlementaire fut momentan&#233;ment d&#233;pass&#233; par un mouvement qui &#233;branla les fondements des rapports sociaux de production capitaliste dans le pays. Les entreprises furent occup&#233;es, des maisons et immeubles expropri&#233;s, des &lt;i&gt;latifundia&lt;/i&gt; transform&#233;es en collectivit&#233;s agricoles, l'arm&#233;e se d&#233;composa en partie et un large mouvement d'organisations de base entreprit de questionner l'ancien ordre des choses et de chercher les bases d'une vie nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Phil Mailer fut intimement li&#233; &#224; l'activit&#233; qu'il mena dans un milieu de radicaux, &#224; l'esprit internationaliste et fortement marqu&#233; par les mouvements de la fin des ann&#233;es 1960, ind&#233;pendant de toute filiation partidaire. Il s'investit dans une revue, &lt;i&gt;Combate&lt;/i&gt;, anim&#233;e par des collectifs qui s'&#233;taient donn&#233;s pour but de soutenir les pratiques autonomes des travailleurs en lutte, intervenant pour leur donner la parole et pour les inciter &#224; r&#233;fl&#233;chir sur leurs propres actions. Il rappelle dans l'&lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; que la pratique de la revue se fondait sur le vieux principe du mouvement ouvrier, &#171; L'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son livre se laisse guider par le m&#234;me principe et remet au centre de ces ann&#233;es de chaude agitation l'&#233;nergie cr&#233;ative et spontan&#233;e des travailleurs en lutte. Pour lui, la classe ouvri&#232;re n'est pas une force objective de la transformation sociale mais sa force subjective majeure. &lt;i&gt;Dans Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, le jeu des forces politiques et les affrontements id&#233;ologiques sont en second plan et s'expliquent &#224; partir de l'activit&#233; r&#233;elle des prol&#233;taires, de l'&#233;mergence de leur d&#233;sir &#233;mancipateur et non le contraire. C'est pourquoi la lecture de ce livre est essentielle pour comprendre ce qui s'est pass&#233; au Portugal au cours de ces ann&#233;es&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire aussi Raquel Varela, un peuple en r&#233;volution &#8211; Portugal 1974-1975, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phil Mailer constate aussi qu'au cours d'un mouvement spontan&#233; de ce type, l'ennemi principal des travailleurs dans leur qu&#234;te d'une vie nouvelle, c'est leur propre soumission aux conceptions capitalistes d'organisation et d'action, &#224; la d&#233;l&#233;gation de leur pouvoir collectif aux chefs autoproclam&#233;s, aux savants de la r&#233;volution et leurs plans pr&#233;&#233;tablis. L&#224; r&#233;side, selon moi, l'aspect le plus original de son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous les gravats du temps&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'oubli et l'ignorance des importants &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires qui se sont d&#233;roul&#233;s au Portugal sont aujourd'hui fort r&#233;pandus, en France en particulier. Cela est surprenant si l'on consid&#232;re que cette p&#233;riode d'intense subversion de l'ordre des choses &#233;veilla, &#224; l'&#233;poque, un vaste int&#233;r&#234;t politique, eut des cons&#233;quences jusqu'aux strat&#233;gies d'alliances des grands partis de gauche, et attira dans le pays une multitude de touristes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment, de nombreux ouvrages furent publi&#233;s, avec des interpr&#233;tations diverses selon les sch&#233;mas id&#233;ologiques, allant de celui des partis communistes &#224; celui des anarchistes. Cet amas de litt&#233;rature se trouva ensuite enseveli sous les gravats du temps&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut saluer l'&#233;norme travail r&#233;alis&#233; par le site Vosstanie, qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Le livre de Phil Mailer redonne vie &#224; ce moment intense et lumineux de l'histoire sociale de la fin des ann&#233;es 1970, un des derniers d'un cycle de mouvements subversifs europ&#233;ens qui s'ouvrit avec les Mai-68 et s'acheva en 1980-1981 avec &lt;i&gt;Solidarno&#347;&#263;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, il est permis d'int&#233;grer la r&#233;volution portugaise dans la filiation des r&#233;volutions modernes qui puisent leur dynamique sur les principes de l'auto-organisation et de la d&#233;mocratie directe. L'&#233;chec des multiples projets du socialisme d'&#201;tat des courants l&#233;ninistes annon&#231;a, &#224; terme, la faillite du bloc capitaliste d'&#201;tat et, sur le moment, le d&#233;clin des id&#233;ologies qui y &#233;taient associ&#233;es, dont celle du &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; c&#233;l&#233;br&#233;e par les courants trotskistes. La r&#233;volution portugaise montra que si le mouvement subversif des travailleurs d&#233;laissa le &#171; contr&#244;le &#187; d'une phase interm&#233;diaire, transitoire, c'&#233;tait bien parce qu'il &#233;tait anim&#233; par le d&#233;sir d'aller au-del&#224;, vers la gestion assum&#233;e d'une vie nouvelle, vers l'affirmation d'autres possibles que ceux qui leur &#233;taient propos&#233;s par les organisations partidaires. Isol&#233;, y compris et surtout dans le cadre p&#233;ninsulaire, ce mouvement a &#233;t&#233; battu par les forces politiques du capitalisme et s'est soumis &#224; la grisaille de la d&#233;mocratie parlementaire, mais il a n&#233;anmoins montr&#233; pendant plus d'un an ses potentialit&#233;s&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre original &#171; La r&#233;volution impossible ? &#187; me semble mieux traduire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le beau livre de Phil Mailer nous parle de tout cela au quotidien, en partant du mouvement r&#233;el, de ses victoires, ses richesses, ses reculs, ses contradictions&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui au Portugal, des jeunes historiens reprennent l'approche d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est un bel hommage &#224; la &#171; r&#233;volution portugaise &#187; d&#233;sormais accessible en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Reeve&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Phil Mailer, &lt;i&gt;Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, trad. Claude Lamoureux, &#201;tienne Lesourd et Denise Pr&#233;vost, Les Nuits rouges, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire aussi Raquel Varela, un &lt;i&gt;peuple en r&#233;volution &#8211; Portugal 1974-1975&lt;/i&gt;, trad. H&#233;l&#232;ne Melo, Agone, 2018. L'auteure, universitaire &#224; forte pr&#233;sence m&#233;diatique, livre une froide lecture trotskiste des &#233;v&#233;nements dont il importe de tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il faut saluer l'&#233;norme travail r&#233;alis&#233; par le site &lt;i&gt;Vosstanie&lt;/i&gt;, qui a num&#233;ris&#233; et mis en ligne un grand nombre de mat&#233;riaux importants sur la r&#233;volution portugaise, provenant surtout des courants communistes libertaires et anarchistes, mais pas seulement : &lt;a href=&#034;https://arqoperaria.blogspot.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arqoperaria.blogspot.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le titre original &#171; La r&#233;volution impossible ? &#187; me semble mieux traduire l'esprit du texte que le titre fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aujourd'hui au Portugal, des jeunes historiens reprennent l'approche d'un mouvement spontan&#233; et auto-organis&#233;. On peut recommander, en particulier : Ricardo Noronha, &lt;i&gt;A Banca ao servi&#231;o do Povo &#8211; Politica e economia durante o PREC (1974-75)&lt;/i&gt;, Imprensa da Historia Contemporanea, Lisboa, 2018 ; Pedro Ramos Pinto, &lt;i&gt;Lisbon Rising &#8211; Urban Social Movements in the Portuguese Revolution, 1974-75&lt;/i&gt;, Manchester University Press, 2013 ; Ricardo Noronha et Luis Trindade, &lt;i&gt;Portugal, uma retrospectiva, 1974&lt;/i&gt;, Publico-Tinta da China, Lisboa, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Winter is coming</title>
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		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Iffik Le Guen, Julien Tewfiq</dc:creator>


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&lt;p&gt;Demain comme aujourd'hui, le travail demeurera une centralit&#233; dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, ali&#233;nant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est d&#233;j&#224; &#224; notre porte, CQFD vous propose trois envol&#233;es dystopiques. Walter Benjamin a eu cette formule : &#171; Il faut organiser le pessimisme. &#187; Nous y sommes. Et le monde devint machine Les injonctions au plein-emploi r&#233;sonnent encore alors m&#234;me que le travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Demain comme aujourd'hui, le travail demeurera une centralit&#233; dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, ali&#233;nant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est d&#233;j&#224; &#224; notre porte, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; vous propose trois envol&#233;es dystopiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH394/-1149-71800.jpg?1779653573' width='500' height='394' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt; Walter Benjamin a eu cette formule : &#171; &lt;i&gt;Il faut organiser le pessimisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; Nous y sommes.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et le monde devint machine
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;L&lt;/petitelettrine&gt;es injonctions au plein-emploi r&#233;sonnent encore alors m&#234;me que le travail est mort. Politicards et &#233;conomistes ont tout fait pour conserver ce mythe malgr&#233; la robotisation. Aujourd'hui, on ne travaille plus, on veille les robots. Nous vivons en pleine science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a a commenc&#233; au si&#232;cle dernier &lt;/strong&gt;avec Taylor, Ford, etc. un pr&#233;tendu cercle vertueux alors qu'il n'&#233;tait que vicieux : l'humain devenait esclave de la machine tandis que la marchandise occupait l'ensemble de la vie sociale. &#171; &lt;i&gt;Les machines deviennent le monde et le monde devient machin&lt;/i&gt;e &#187; proph&#233;tisait G&#252;nther Anders, lucide observateur de l'obsolescence humaine. D&#233;j&#224; en 1936, &lt;i&gt;Les Temps modernes &lt;/i&gt;nous montrait un Chaplin domin&#233; et soumis &#224; un automate jusqu'&#224; le rendre fou. Les travailleurs, en plus d'&#234;tre exploit&#233;s devenaient serviteurs. Puis, le mouvement a &#233;t&#233; irr&#233;versible : en un peu moins d'un si&#232;cle, la robotisation a expuls&#233; dans les marges des dizaines de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interm&#232;de de l'ub&#233;risation &lt;/strong&gt;finit de lever le voile : les travailleurs r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'entreprises pr&#233;caires en concurrence les unes avec les autres. Les grands gagnants furent les consortiums qui, all&#233;g&#233;s des charges, firent jouer la concurrence &#224; plein. Des masses de salari&#233;s de plus en plus pr&#233;caris&#233;s se firent la guerre tandis que les machines colonisaient peu &#224; peu les entrailles de la production mondialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mort au travail, vive les robots ! &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le terrain, &lt;/strong&gt;les mouvements sociaux n'ont pu faire le poids. Ceci explique, sans doute, le r&#244;le d'idiots utiles jou&#233;s par les sociaux-d&#233;mocrates et une partie de la gauche &#171; radicale &#187;, dont les slogans d'alors &#8211; &#171; Mort au travail : vive les robots ! &#187; &#8211; donnent aujourd'hui le vertige. En fait, ils &#233;taient dos au mur, se raccrochant follement aux haillons d'une mauvaise lecture de Marx : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;duction de la journ&#233;e de travail est la condition fondamentale de [l'&#233;panouissement de la puissance humaine] &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Il y avait pourtant d'autres chemins pour &#233;viter ce lent retour vers le servage. Le sabotage, par exemple, m&#234;me s'il n'eut fonctionn&#233;, aurait eu le m&#233;rite de sauver l'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution fut trouv&#233;e : &lt;/strong&gt;robotisation et instauration d'un revenu universel minable. Plus de s&#233;cu ou de minima sociaux, une obole mensuelle contre obligation de veiller les machines &#8212; entre 10 et 45 heures hebdo selon les besoins de l'&#233;conomie. M&#234;me dans le secteur de la sant&#233;, lieu du soin et d'une relation proprement humaine, on n'a pas r&#233;sist&#233;. &#192; force de traiter les soignants et les soignantes comme des machines, les entreprises de sant&#233; ont fini par pr&#233;f&#233;rer l'original &#224; la copie. Ce qui est pratique : les robots sont ne sont ni sujets aux suicides ni aux &#233;tats d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, on veille. &lt;/strong&gt;Les yeux hypnotis&#233;s par les &#233;crans. Notre lexique binaris&#233; pour mieux correspondre avec la machine. Et le temps &#171; libre &#187;, l'&#233;panouissement ? me demandez-vous. une libert&#233; surveill&#233;e ! Le revenu garanti ? une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s ! Au moindre faux pas, c'est la condamnation, les vivres coup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais je m'en fous&lt;/strong&gt;. Demain, je tue un robot.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La Conjuration des &#233;gaux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;'&#233;tait apr&#232;s la Grande Guerre pour les Ressources qui a d&#233;vast&#233; tous les continents. Des fragments d'anciens &#201;tats d'Europe du Nord s'&#233;taient regroup&#233;s au sein de l'Union bor&#233;alienne. La vie s'y &#233;coulait paisiblement derri&#232;re de hauts murs absolument infranchissables. Nous, les &#201;gaux, avions repris nos vies en main pour les consacrer &#224; l'&#233;panouissement de tous. Instruits des erreurs du pass&#233;, nous nous &#233;tions attel&#233;s &#224; construire une soci&#233;t&#233; harmonieuse entre nous comme avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement faisait une large place &#224; la d&#233;mocratie directe et &#224; l'autonomie des collectivit&#233;s de base. Toute diff&#233;rence de sexe, de position sociale, d'&#226;ge, de croyance, &#233;tait proscrite jusque dans le langage. L'exploitation des animaux &#233;tait interdite. Les techniques agricoles, quand elles &#233;taient employ&#233;es, devaient strictement respecter les cycles naturels. La richesse &#233;tait &#233;quitablement r&#233;partie au moyen d'un revenu citoyen, ce qui laissait &#224; chacun de nous le choix de travailler ou non. Seuls les emplois sup&#233;rieurs &#233;taient permis aux &#201;gaux : m&#233;decin, avocat, ing&#233;nieur, officier. Toutes les terres avaient &#233;t&#233; collectivis&#233;es au profit des &#201;gaux et l'ensemble des infrastructures (logement, routes, t&#233;l&#233;communications&#8230;) &#233;taient con&#231;ues dans le sens du plus petit impact environnemental possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant aux activit&#233;s laborieuses &lt;/strong&gt;les plus p&#233;nibles, nous les avions confi&#233;es aux r&#233;sidents. Ces &#233;trangers que nous laissions entrer au compte-gouttes dans l'Union n'avaient pas droit de cit&#233; mais pouvaient acc&#233;der &#224; une vie confortable en se consacrant &#224; l'agriculture, l'industrie, l'artisanat, le commerce ou la gestion de l'argent. Ils &#233;taient &#233;galement soumis &#224; un certain nombre de services d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral : construction et entretien des voies ainsi que des b&#226;timents publics, fabrication et maintenance des &#233;quipements collectifs, perception des taxes, garde des remparts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'un d'entre eux s'&#233;tait particuli&#232;rement distingu&#233; dans ces services, il pouvait pr&#233;tendre au statut de r&#233;sident-responsable et il &#233;tait alors admis &#224; participer aux d&#233;cisions des assembl&#233;es avec un avis consultatif. Afin d'&#233;viter tout d&#233;s&#233;quilibre, des restrictions &#233;taient impos&#233;es aux r&#233;sidents. La taille de leurs entreprises ne pouvait exc&#233;der un certain nombre de salari&#233;s. Leur capacit&#233; &#224; louer des terrains et logements &#233;tait limit&#233;e en surface. Ils &#233;taient redevables de taxes cons&#233;quentes pour chaque nouvel enfant jusqu'&#224; un nombre maximum de deux. D&#232;s lors qu'ils atteignaient un certain seuil, leurs revenus &#233;taient lourdement impos&#233;s au b&#233;n&#233;fice du budget public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;r&#233;s des contraintes &lt;/strong&gt;les plus p&#233;nibles, nous nous adonnions aux plaisirs de l'esprit et de de la chair qui n'est pas forc&#233;ment triste. Tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un seul probl&#232;me subsistait &lt;/strong&gt;chez les &#201;gaux : parfois un insondable ennui s'emparait de nous. Il &#233;tait alors temps de sacrifier un r&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive le Moyen &#194;ge !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;A&lt;/petitelettrine&gt;u d&#233;but, nous avions cru que ce n'&#233;tait qu'une crise comme en avaient connu l'Argentine, la Gr&#232;ce ou l'Espagne. Mais ce n'&#233;tait pas une crise comme les autres. C'&#233;tait la grande, la derni&#232;re, la fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui la faute ? &lt;/strong&gt;Aux banques qui s'&#233;taient effondr&#233;es comme des dominos ? Aux p&#233;troliers qui avaient trich&#233; sur l'&#233;tat de leurs r&#233;serves de brut ? Aux &#201;tats incapables de g&#233;rer le fracas climatique ? Aux travailleurs qui avaient d&#233;sert&#233; leurs postes au c&#339;ur de la temp&#234;te ? Voir ces nu&#233;es de ch&#244;meurs mendier sur le bord des routes, &#231;a nous rappelait les photos de la crise de 1929 dans les manuels scolaires. Puis les &#233;tals des magasins se vid&#232;rent. Le prix des denr&#233;es alimentaires et des mati&#232;res premi&#232;res augmenta aussi vite que celui de l'essence. Partout, les officiels nous promettaient un prochain &#171; retour &#224; la normale &#187;. La situation ne fit qu'empirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On aurait pu s'attendre &#224; des sc&#232;nes de pillage&lt;/strong&gt; ou de barricades urbaines. Ce fut la d&#233;sertion. Du boulot, de la ville. un improbable retour &#224; la terre, la nourrici&#232;re, la paysanne. Nous, les citadins, &#233;tions des migrants, allant sur les routes avec quelques affaires, &#224; la recherche d'un village qui voudrait bien de nous. On aurait pu s'attendre &#224; ce que les derniers paysans nous accueillent &#224; coups de fourches. Pas du tout. Les populations urbaines et rurales trouv&#232;rent &#224; s'imbriquer assez facilement. M&#233;canis&#233;es et informatis&#233;es &#224; outrance, les campagnes manquaient de bras maintenant que les machines ne marchaient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait ce savoir &lt;/strong&gt;vieux de dix mille ans &#224; r&#233;apprendre et r&#233;inventer : travailler la terre, &#233;lever du b&#233;tail, fabriquer des outils. Recycler, exp&#233;rimenter ; souder un nouveau lien communautaire. Dans chaque village, anciens et nouveaux habitants ont d&#251; trouver comment vivre et travailler ensemble, r&#233;partir les t&#226;ches, les habitations, les champs&#8230; Le plus souvent, ces petites communaut&#233;s s'organisaient autour d'un conseil municipal et d'un maire, comme au temps d'avant. Mais on a connu des organisations plus horizontales avec mise en commun des ressources et prises de d&#233;cision collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens &lt;/strong&gt;avec &#233;motion de la fois o&#249; j'ai ramass&#233; mes premi&#232;res courges. &#192; la ville, j'&#233;tais &lt;i&gt;community manager &lt;/i&gt;pour une bo&#238;te de t&#233;l&#233;phonie, je n'avais jamais eu les moyens d'avoir un jardin. Je me souviens aussi des premiers hivers, les plus durs, et de l'indispensable solidarit&#233; des villageois pour se tenir chaud. &#192; la ville, je me ruinais en chauffage &#233;lectrique ! Quand, au bout de deux ans, des agents de ce qui restait de l'&#201;tat sont venus au village pour &#171; organiser un recensement en vue de r&#233;tablir les services de l'&#201;tat et l'assiette d'imposition &#187;, on les a re&#231;us comme il le fallait ! Nous avions travaill&#233; pour notre communaut&#233; et en bonne entente avec les villages voisins, ce n'&#233;tait pas pour que des grosses l&#233;gumes viennent nous refaire le coup des sauvages &#224; civiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens &lt;/strong&gt;qu'au d&#233;but, certains disaient que nous vivions une &#171; catastrophe &#187;, &#171; un retour au Moyen &#194;ge &#187;&#8230; Alors moi, je vous le dis : &#171; Vive ! Vive le Moyen &#194;ge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Tewfiq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Bolsonaro peut utiliser l'arm&#233;e de mani&#232;re dictatoriale &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Bolsonaro-peut-utiliser-l-armee-de</link>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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		<dc:subject>Herbert Claros</dc:subject>

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&lt;p&gt;Comment un ancien militaire fasciste, raciste, sexiste et ultralib&#233;ral a-t-il pu &#234;tre &#233;lu &#224; la t&#234;te du Br&#233;sil ? Aux yeux du syndicaliste Herbert Claros, le Parti des travailleurs de l'ex-pr&#233;sident Lula, qui a d&#233;&#231;u les espoirs de justice sociale plac&#233;s en lui, porte une lourde part de responsabilit&#233;. Entretien. *** &#171; Il y a six mois, on n'imaginait pas que l'extr&#234;me droite acc&#232;derait au pouvoir au Br&#233;sil. Cette menace paraissait beaucoup plus forte ici en France, en Gr&#232;ce et dans d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment un ancien militaire fasciste, raciste, sexiste et ultralib&#233;ral a-t-il pu &#234;tre &#233;lu &#224; la t&#234;te du Br&#233;sil ? Aux yeux du syndicaliste Herbert Claros, le Parti des travailleurs de l'ex-pr&#233;sident Lula, qui a d&#233;&#231;u les espoirs de justice sociale plac&#233;s en lui, porte une lourde part de responsabilit&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH379/-1036-f5079.jpg?1780011441' width='500' height='379' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;Il y a six mois, on n'imaginait pas&lt;/strong&gt; que l'extr&#234;me droite acc&#232;derait au pouvoir au Br&#233;sil. Cette menace paraissait beaucoup plus forte ici en France, en Gr&#232;ce et dans d'autres pays... &lt;/i&gt; &#187; Alors que Ja&#239;r Bolsonaro, &#233;lu en octobre avec 55 % des voix&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contre 45 % &#224; Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT).&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, a pris ses fonctions de pr&#233;sident le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier, la gauche br&#233;silienne cherche encore &#224; analyser le d&#233;sastre. Et commence &#224; envisager la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herbert Claros est d&#233;l&#233;gu&#233; aux relations internationales de la CSP-Conlutas&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centrale syndicale et populaire &#8211; Coordination nationale des luttes.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, centrale syndicale n&#233;e au milieu des ann&#233;es 2000 d'une scission de la CUT&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centrale unique des travailleurs.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Principale union syndicale du pays, cette derni&#232;re &#233;tait &#171; trop proche &#187; du Parti des travailleurs (PT, au pouvoir de 2003 &#224; 2016)&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'abord sous la pr&#233;sidence de Lula puis, &#224; partir de 2011, sous celle de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; pour s'opposer &#224; sa politique gouvernementale. Y compris quand, peu apr&#232;s son &#233;lection, le pr&#233;sident Lula fit voter une r&#233;forme des retraites des fonctionnaires les alignant, &#224; la baisse, sur celles du priv&#233;... Invit&#233; par le syndicat Solidaires pour t&#233;moigner, Herbert Claros &#233;tait de passage &#224; Marseille le 12 janvier. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;************&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;crire Bolsonaro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un ancien capitaine de l'arm&#233;e, dont il a &#233;t&#233; renvoy&#233;. Il a &#233;t&#233; d&#233;put&#233; pendant 27 ans, mais il n'a jamais fait voter un projet de loi. C'&#233;tait un parlementaire qui ne travaillait pas, qui vivait des lobbies et de ses relations politiques au Congr&#232;s. Un opportuniste, pas un d&#233;put&#233; qui luttait pour une cause. Il a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un fasciste. Il tient des discours racistes, contre les gays, les femmes. Il a pr&#233;tendu qu'il n'y a jamais eu de dictature militaire &lt;i&gt;[1964-1985]&lt;/i&gt;, mais une contre-r&#233;volution qui a permis d'&#233;viter le communisme. C'est un d&#233;fenseur de la torture, il a m&#234;me dit qu'il aurait fallu tuer plus &lt;i&gt;[d'opposants &#224; la dictature]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant des millions de personnes ont vot&#233; pour lui&#8230; Le souvenir de cette &#233;poque-l&#224; s'est perdu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le probl&#232;me, c'est qu'&#224; la fin de la dictature, il n'y a pas eu de processus de r&#233;paration ou de justice envers les victimes. En Argentine, des g&#233;n&#233;raux assassins et tortionnaires ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s. Cela n'est pas arriv&#233; au Br&#233;sil. Au final, il y a bien eu quelques indemnisations et une reconnaissance politique des victimes de la dictature, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; publicis&#233; franchement : le gouvernement n'est pas pass&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision pour demander pardon et dire que ce qui s'&#233;tait pass&#233; avait &#233;t&#233; un crime. En Argentine, la population d&#233;teste les militaires, la police. Au Br&#233;sil, &#231;a n'est pas le cas. La nouvelle g&#233;n&#233;ration ne sait pas ce qu'a &#233;t&#233; la dictature militaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bolsonaro a aussi profit&#233; d'une d&#233;sesp&#233;rance massive vis-&#224;-vis de la politique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, il y a eu des tas de scandales de corruption, qui ont touch&#233; quasiment tous les partis. Mais la d&#233;sillusion est aussi due aux politiques mises en oeuvre par le PT, qui avait &#233;t&#233; &#233;lu sur l'espoir qu'il gouvernerait pour les plus pauvres. De fait, il a mis en place des mesures sociales compensatrices&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme la Bolsa Fam&#237;lia, une allocation vers&#233;e aux familles les plus pauvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; pour diminuer la pauvret&#233;, mais elles n'&#233;taient pas suffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes structurels n'ont pas &#233;t&#233; trait&#233;s. Si on avait vraiment r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s, la part du g&#226;teau de la bourgeoisie aurait diminu&#233;. Or, Lula lui-m&#234;me a d&#233;clar&#233; que jamais dans l'histoire du pays, les banques et les entreprises n'avaient gagn&#233; autant d'argent que sous son gouvernement. Selon nous, il est impossible de gouverner pour tous au sein du capitalisme. Le PT a donc fini, lui aussi, par retirer des droits aux travailleurs. Il a r&#233;duit les imp&#244;ts des entreprises, livr&#233; des ports p&#233;troliers au march&#233; international. Il a &#233;galement d&#233;&#231;u les esp&#233;rances en ne faisant pas la r&#233;forme agraire qui &#233;tait n&#233;cessaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation &#233;conomique a aussi jou&#233; un r&#244;le, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce &#224; la croissance des exportations de mati&#232;res premi&#232;res, la crise mondiale de 2008 est arriv&#233;e chez nous quelques ann&#233;es plus tard, mais elle a fini par arriver. Et tr&#232;s lourdement, parce qu'on n'a pas un &#201;tat-providence comme en Europe. La pauvret&#233; a augment&#233;, le ch&#244;mage et la violence &#233;galement. Alors que le niveau de vie &#233;tait d&#233;j&#224; bas &#8211; le salaire minimum repr&#233;sente &#224; peine 250 &#8364; &#8211;, ces probl&#232;mes &#233;conomiques se sont ajout&#233;s &#224; la crise politique et &#224; la d&#233;sillusion vis-&#224;-vis du PT, notamment &#224; cause de la corruption. Tout cela a cr&#233;&#233; un terrain propice &#224; l'extr&#234;me droite. Et Bolsonaro a su s'en servir, en multipliant les &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;, &#224; la mani&#232;re de Trump. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Notre crainte, c'est que les travailleurs ne voient pas le risque qu'ils sont en train de courir &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maintenant qu'il est aux manettes, quel type de soci&#233;t&#233; veut-il construire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous, &#224; la CSP-Conlutas, on ne croit pas que Bolsonaro veuille b&#226;tir un &#201;tat fasciste, non. C'est un politicien d'extr&#234;me droite, oui. Mais c'est un ignorant, pas un penseur de la droite br&#233;silienne. &#199;a a &#233;t&#233; un parlementaire opportuniste, &#224; tel point que sous Lula, il &#233;tait membre du PP (Parti progressiste), qui a appartenu &#224; la coalition gouvernementale... Il est plein de pr&#233;jug&#233;s, mais ce n'est pas un id&#233;ologue. La principale menace pour l'avenir, c'est sa relation de proximit&#233; avec les militaires. S'il y a une mobilisation de masse, si la population se soul&#232;ve, il peut envoyer l'arm&#233;e, avec plus de force, de mani&#232;re dictatoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce danger n'est pas imminent, parce qu'aujourd'hui, il n'y a malheureusement m&#234;me pas la possibilit&#233; d'une mobilisation massive pour le renverser. Il vient tout juste de gagner les &#233;lections ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est votre regard sur les premi&#232;res mesures de son gouvernement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles sont faites pour faire plaisir &#224; sa base sociale &#8211; principalement aux parlementaires d'extr&#234;me droite, aux &#233;vang&#233;listes, aux grands exploitants agricoles, au lobby des armes. Pour l'instant, les premi&#232;res attaques visent les autochtones et les travailleurs agricoles. La responsabilit&#233; de la d&#233;marcation des terres indig&#232;nes a &#233;t&#233; retir&#233;e &#224; la Funai &lt;i&gt;[Fondation nationale de l'Indien] &lt;/i&gt;et le minist&#232;re de la R&#233;forme agraire a &#233;t&#233; supprim&#233;. Ces deux questions sont devenues des pr&#233;rogatives du minist&#232;re de l'Agriculture, qui est domin&#233; par les grands propri&#233;taires terriens&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui pose de graves questions humaines&#8230; et &#233;cologiques.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. C'est comme demander &#224; un renard de surveiller le poulailler !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la suppression du minist&#232;re du Travail, c'est une d&#233;claration de guerre aux travailleurs et une d&#233;monstration faite &#224; la bourgeoisie que sous ce gouvernement, leurs droits ne seront pas respect&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre principale crainte, avec ce programme ultralib&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que les travailleurs ne voient pas le risque qu'ils sont en train de courir. Pendant les &#233;lections, malgr&#233; les alertes de la gauche et des syndicats, ils ne l'ont pas vu. Une partie des masses est d&#233;&#231;ue par le syst&#232;me politique et pense que ce gars qui fait des discours populistes va r&#233;soudre le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en campagne, Bolsonaro n'avait pas annonc&#233; qu'il supprimerait le minist&#232;re du Travail ! Au contraire, il avait promis qu'il maintiendrait les droits, qu'il changerait la vie des gens&#8230; Notre crainte, c'est que les travailleurs restent dans cette illusion, anesth&#233;si&#233;s, et que le gouvernement se sente de plus en plus fort pour leur retirer des droits. Pour nous, &#224; gauche, dans les syndicats, le d&#233;fi est justement d'aider &#224; stopper cette anesth&#233;sie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes confiant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personnellement, j'ai toujours de l'espoir dans la classe laborieuse, qui se l&#232;ve spontan&#233;ment quand elle souffre des cons&#233;quences directes des politiques &#8211; un peu comme les Gilets jaunes en France. Ce qui me pr&#233;occupe, c'est la gauche br&#233;silienne, dont le principal parti, le PT, n'a plus de projet de mobilisation sociale. Il ne se concentre plus que sur les &#233;lections. Or, l'extr&#234;me droite ne se combat pas dans les urnes, mais dans les luttes. Il faut qu'on fasse ce que le mouvement des femmes&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De grandes manifestations f&#233;ministes se sont d&#233;roul&#233;es juste avant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; a d&#233;j&#224; commenc&#233; : organiser des r&#233;unions dans les quartiers et sur les lieux de travail. Unir la gauche, le mouvement syndical, tous ceux qui veulent lutter contre l'extr&#234;me droite. Pour reprendre le dessus, la gauche doit &#233;couter les masses sur les lieux de travail, pas au Parlement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis et traduits par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contre 45 % &#224; Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centrale syndicale et populaire &#8211; Coordination nationale des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centrale unique des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'abord sous la pr&#233;sidence de Lula puis, &#224; partir de 2011, sous celle de Dilma Roussef, finalement destitu&#233;e &lt;i&gt;via &lt;/i&gt;une esp&#232;ce de &#171; putsch institutionnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme la &lt;i&gt;Bolsa Fam&#237;lia&lt;/i&gt;, une allocation vers&#233;e aux familles les plus pauvres sous certaines conditions de scolarisation et de vaccination des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui pose de graves questions humaines&#8230; et &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De grandes manifestations f&#233;ministes se sont d&#233;roul&#233;es juste avant l'&#233;lection de Bolsonaro, sous le slogan &lt;i&gt;Ele n&#227;o &lt;/i&gt;(&#171; Pas lui &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le port du Pir&#233;e rachet&#233; par le g&#233;ant chinois du fret maritime : &#171; Que diable allaient-ils faire dans cette tri&#232;re ? &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-port-du-Piree-rachete-par-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-port-du-Piree-rachete-par-le</guid>
		<dc:date>2019-01-25T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ki Du</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Hector de la Vall&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>port</dc:subject>
		<dc:subject>travailleurs</dc:subject>
		<dc:subject>Cosco</dc:subject>
		<dc:subject>Pir&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>millions d'euros</dc:subject>
		<dc:subject>Diakinis Port</dc:subject>
		<dc:subject>Petros Kokkalis</dc:subject>
		<dc:subject>Port Ltd</dc:subject>
		<dc:subject>d'euros</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement Tsipras et l'oligarchie grecque ont tout fait pour que la compagnie para-&#233;tatique chinoise Cosco prenne possession du Pir&#233;e, l'un des principaux ports de commerce de la M&#233;diterran&#233;e. Pas vraiment une aubaine pour les travailleurs grecs. C'est en tout cas ce que disent les premiers concern&#233;s, lesquels &#233;voquent un v&#233;ritable bordel organis&#233;. Enqu&#234;te aux portes d'Ath&#232;nes. *** Cosco est un g&#233;ant mondial du fret maritime, dont les fonds sont approvisionn&#233;s par des banques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Petros-Kokkalis" rel="tag"&gt;Petros Kokkalis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement Tsipras et l'oligarchie grecque ont tout fait pour que la compagnie para-&#233;tatique chinoise Cosco prenne possession du Pir&#233;e, l'un des principaux ports de commerce de la M&#233;diterran&#233;e. Pas vraiment une aubaine pour les travailleurs grecs. C'est en tout cas ce que disent les premiers concern&#233;s, lesquels &#233;voquent un v&#233;ritable bordel organis&#233;. Enqu&#234;te aux portes d'Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L457xH400/-1018-296f8.jpg?1779603210' width='457' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Hector de la Vall&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cosco est un g&#233;ant mondial du fret maritime&lt;/strong&gt;, dont les fonds sont approvisionn&#233;s par des banques d'&#201;tat chinoises. Tout sauf un hasard. L'acquisition du port du Pir&#233;e est en effet une op&#233;ration &#233;minemment strat&#233;gique pour la Chine, qui ambitionne d'ouvrir une nouvelle &#171; route de la soie &#187; et ainsi s'offrir un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; au march&#233; europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En face&lt;/strong&gt;, le TAIPED, fonds grec de privatisation tenu par la Tro&#239;ka. Selon cette derni&#232;re, la vente du port du Pir&#233;e participerait largement du programme de recouvrement de la dette grecque. Ce n'est pas gagn&#233;, les estimations les plus optimistes chiffrant &#224; 1,5 milliard d'euros les gains g&#233;n&#233;r&#233;s par la privatisation. Un montant insignifiant compar&#233; &#224; une dette nationale avoisinant les 310 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s 2009&lt;/strong&gt;, les terminaux II et III sont vendus &#224; la Piraeus Company Terminal (PCT), filiale de Cosco. Ce n'est qu'un d&#233;but. Le 26 juin 2016, le gouvernement Tsipras fait un pas suppl&#233;mentaire en c&#233;dant 51% des parts au mastodonte du transport maritime. L'accord pr&#233;voit qu'&#224; terme COSCO d&#233;tiendra 67 % du Pir&#233;e, pour un montant total de 368,5 millions d'euros. M&#234;me en ajoutant les 300 millions d'euros d'investissements pr&#233;vus par Cosco, ainsi que 410 millions d'euros de revenus li&#233;s &#224; la concession, on arrive difficilement aux 1,5 milliard annonc&#233;s. Magie des soldes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien inform&#233;, un employ&#233; de Cosco&lt;/strong&gt; fait part de son ressentiment vis-&#224;-vis d'une op&#233;ration qu'il consid&#232;re comme un cadeau du gouvernement grec : &#171; &lt;i&gt;Tsipras avait promis qu'il ne vendrait pas le port. Il a fini par le brader ! Le pire, c'est qu'il restait 65 millions d'euros dans les caisses, qui sont all&#233;s directement dans les poches de Cosco !&lt;/i&gt; &#187;. Il s'&#233;tonne aussi d'une apparente co&#239;ncidence : le montant de la transaction est &#233;quivalent &#224; celui que PCT aurait d&#251; verser au port du Pir&#233;e pour les 10 prochaines ann&#233;es de concession, soit 400 millions d'euros. Maintenant que Cosco est le nouveau propri&#233;taire du port, sa propre filiale lui paiera tous les ans les droits de concession. C'est ce qu'on appelle un cercle vertueux du capital. Et un investissement &#224; risques minimes pour Cosco, qui profite all&#232;grement des largesses du TAIPED et du gouvernement grec.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; 60 000 entrepreneurs... ou 60 000 rameurs ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juin 2016, le premier ministre Tsipras livre dans un discours enflamm&#233;&lt;/strong&gt; ses r&#234;ves les plus fous concernant l'op&#233;ration. Selon lui, la vente brad&#233;e du Pir&#233;e attirera les faveurs des investisseurs internationaux, qui redonneront du travail aux ouvriers grecs en voie de paup&#233;risation. Il n'est pas seul &#224; penser ainsi. C'est &#233;galement le cas de Petros Kokkalis, fils d'oligarque grec et adjoint au d&#233;veloppement &#233;conomique de la mairie du Pir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec sa chemise&lt;/strong&gt; l&#233;g&#232;rement ouverte et son air d&#233;contract&#233;, Kokkalis est un requin aux allures de dandy. Il voit dans l'arriv&#233;e de Cosco l'occasion d'un d&#233;veloppement entrepreneurial &#224; base d'incubateurs de start-ups. Il a de qui tenir, &#233;tant le fils de Socrates Kokkalis, bien connu en Gr&#232;ce pour son parcours h&#233;t&#233;roclite : ancien agent de la Stasi, propri&#233;taire du club de football l'Olympiakos, businessman dans la t&#233;l&#233;communication et le jeu d'argent, cit&#233; dans les Panama Papers... Un vrai touche-&#224;-tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petros&lt;/strong&gt; a pour sa part exerc&#233; la fonction de vice-pr&#233;sident des entreprises cr&#233;&#233;es par son p&#232;re. Il s'inscrit pleinement dans la lign&#233;e dynastique avec, comme touche personnelle, l'activit&#233; de conseil dans le secteur des start-ups. Lui aussi multiplie les casquettes, puisqu'il participe en temps qu'expert de &#171; l'&#233;conomie bleue &#187; &#224; des journ&#233;es d'&#233;tudes de la Commission europ&#233;enne. D&#233;sireux d'en savoir plus sur ses activit&#233;s, nous le retrouvons dans un b&#226;timent de la mairie. Son bureau est lumineux, spacieux, moderne et accueillant. Aux murs sont accroch&#233;s des plans du Pir&#233;e, ainsi qu'un calendrier avec comme illustration un bateau traditionnel : une tri&#232;re. Un symbole qui appara&#238;t &#233;galement sur le plan de travail du bureau de Petros. Une mani&#232;re d'afficher sa conviction : l'avenir du Pir&#233;e passera par son identit&#233; maritime ! D'o&#249; la m&#233;taphore de la tri&#232;re. Il explique en effet que Le Pir&#233;e serait &#224; l'origine de la d&#233;mocratie europ&#233;enne, puisque 60 000 rameurs s'y seraient constitu&#233;s en assembl&#233;e au V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ath&#233;nien. Il faudrait selon lui renouveler cet exploit fondateur et pionnier, en constituant une assembl&#233;e de 60 000&#8230; entrepreneurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perdu derri&#232;re les volutes&lt;/strong&gt; de l'&#233;cran de fum&#233;e qui se d&#233;gage de son cigare, Petros continue son d&#233;lire. Il pr&#233;tend que le rameur &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'image de l'entrepreneur contemporain : tourn&#233; vers les autres pays, au c&#339;ur de dynamiques d'&#233;changes et donc de recherches de march&#233;s. Avec ce que cela comporte de flexibilit&#233;&#8230; &#171; &lt;i&gt; Le rameur est un &lt;/i&gt;self made man&lt;i&gt; en puissance : il n'a rien dans les poches ! &lt;/i&gt; &#187; C'est vrai que les employ&#233;s de Cosco gal&#232;rent en fin de mois. Doit-on pour autant en d&#233;duire que les travailleurs du Pir&#233;e sont dor&#233;navant condamn&#233;s &#224; &#171; ramer &#187; au quotidien ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Diviser pour mieux r&#233;gner&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la partie du port contr&#244;l&#233;e par PCT, la filiale de la maison-m&#232;re&lt;/strong&gt;, les ouvriers-fonctionnaires ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des travailleurs flexibles, r&#233;partis entre diff&#233;rents prestataires de services. PCT a cr&#233;&#233; une grosse centaine d'emplois directs pour assurer la direction des affaires et la r&#233;alisation des t&#226;ches administratives. Concernant le &#171; gros &#339;uvre &#187; (manutention, entretien des machines, etc.), c'est un grand nom de la logistique grecque, Elgeka, qui a d&#233;croch&#233; le jackpot. L'entreprise s'est empress&#233;e de fonder Diakinis Port Ltd, qui emploie aujourd'hui entre 120 et 150 personnes. Les mille travailleurs restants sont embauch&#233;s par 5 autres prestataires de services grecs, contractualis&#233;s &#224; leur tour par Diakinis. Au total, ce sont environ 1 300 contrats qui passent par l'entreprise ou ses prestataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un imbroglio organisationnel&lt;/strong&gt; qui fait partie int&#233;grante de la strat&#233;gie de management. &#171; &lt;i&gt;L'organisation du travail est un aper&#231;u de ce qui se fait ailleurs en Gr&#232;ce&lt;/i&gt; &#187;, explique un repr&#233;sentant du personnel des travailleurs du port du Pir&#233;e employ&#233;s par Diakinisis (ENEDEP). &#171; &lt;i&gt;Cela permet &#224; Cosco de se prot&#233;ger : on ne peut pas l'affronter directement. La direction peut toujours dire que ce n'est pas de sa responsabilit&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 14 juillet 2014, une gr&#232;ve &#233;clate sur les terminaux II et III&lt;/strong&gt;, g&#233;r&#233;s par PCT. Le port tourne au ralenti pendant trente heures. Les revendications des travailleurs ? Le droit de s'organiser... et de se reposer ! Il faut dire que leurs journ&#233;es de boulot durent parfois seize heures, avec interdiction de s'arr&#234;ter pour aller aux toilettes. L'action est un succ&#232;s. Pour la premi&#232;re fois depuis 2009, une organisation syndicale voit le jour. Elle r&#233;unit &#224; pr&#233;sent 500 personnes, employ&#233;es directement et indirectement par Diakinisis. Tr&#232;s vite, l'initiative porte ses fruits : les journ&#233;es sont r&#233;duites &#224; huit heures et les pauses autoris&#233;es. ENEDEP parvient &#233;galement &#224; limiter les licenciements abusifs et &#224; faire respecter un programme de travail. &#171; &lt;i&gt; Fini les SMS re&#231;us au dernier moment pour nous dire d'aller bosser. Maintenant, les bo&#238;tes respectent 70% du programme. C'est d&#233;j&#224; &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;, explique le m&#234;me repr&#233;sentant. &#192; ce jour, ENEDEP n&#233;gocie une convention collective. Le syndicat esp&#232;re obtenir le droit &#224; une retraite anticip&#233;e identique &#224; celle dont b&#233;n&#233;ficient les autres travailleurs du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'autre c&#244;t&#233; des quais&lt;/strong&gt;, sur le terminal I, OMYLE, le syndicat historique des travailleurs du port du Pir&#233;e, continue de repr&#233;senter les 800 employ&#233;s face &#224; Cosco, le nouveau propri&#233;taire. R&#233;cemment, des r&#233;unions avec la direction se sont d&#233;roul&#233;es dans une ambiance tendue. Le syndicat demandait des garanties sur les salaires et sur le maintien des postes. La direction a pr&#233;f&#233;r&#233; orienter les discussions vers un nouveau r&#232;glement int&#233;rieur qui se surimposerait &#224; la convention collective historique du port. Conseill&#233;e par l'ancien pr&#233;sident du port, M. Kouvaris, Cosco cherche &#224; nouveau &#224; diviser les rangs des travailleurs, agitant la menace du recours &#224; Diakinis Port Ltd. Insidieusement, la direction laisse entendre qu'elle ferait bient&#244;t appel &#224; son partenaire grec pour combler les futurs besoins de main - d'&#339;uvre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous couvert de l'int&#233;r&#234;t commun&lt;/strong&gt; (la lutte contre le ch&#244;mage pour Alexis Tsipras, le d&#233;veloppement entrepreneurial pour Petros Kokkalis), la d&#233;mocratie grecque se bafoue elle-m&#234;me. Il s'agit d'attirer les investisseurs, quelles que soient les conditions. L'essentiel ? Que l'argent rentre, que &#231;a circule. C'est une &#171; strat&#233;gie &lt;i&gt;win-win&lt;/i&gt; &#187;, comme le dit Cosco dans une lettre envoy&#233;e &#224; ses nouveaux employ&#233;s : tout le monde gagne, &#171; en parfaite harmonie &#187;. Enfin... Tout le monde... T'as qu'&#224; ramer, d'abord ! Tu verras ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ki Du&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Malades au travail, malades du travail</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Malades-au-travail-malades-du</link>
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		<dc:date>2019-01-22T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romain Andr&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ruoyi Jin</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Lise Gaignard, psychologue du travail et psychanalyste, qui combat depuis plusieurs ann&#233;es, notamment via ses chroniques publi&#233;es dans Alternative libertaire , les tendances &#224; la psychologisation d&#233;politisante de la souffrance au travail. *** Comment en tant que psychanalyste en &#234;tes-vous venue &#224; vous int&#233;resser sp&#233;cifiquement &#224; la question du travail ? J'ai commenc&#233; ma carri&#232;re dans des cliniques de psychoth&#233;rapie institutionnelle, La Chesnaie puis La Borde. L'une des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Lise Gaignard, psychologue du travail et psychanalyste, qui combat depuis plusieurs ann&#233;es, notamment via ses chroniques publi&#233;es dans &lt;i&gt;Alternative libertaire&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Regroup&#233;es dans le livre Chroniques du travail ali&#233;n&#233;, &#201;ditions d'une, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les tendances &#224; la psychologisation d&#233;politisante de la souffrance au travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2759 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1015-f0478.jpg?1780248034' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ruoyi Jin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en tant que psychanalyste en &#234;tes-vous venue &#224; vous int&#233;resser sp&#233;cifiquement &#224; la question du travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; ma carri&#232;re dans des cliniques de psychoth&#233;rapie institutionnelle, La Chesnaie puis La Borde. L'une des caract&#233;ristiques de ce mouvement est de questionner le travail hospitalier, l'organisation des soins : dans un service de psychiatrie l'analyse des liens de travail doit fonder le travail analytique. Plus tard, j'ai particip&#233; aux recherches en psychodynamique du travail et j'ai &#233;tendu mon champ de recherche &#224; l'ensemble des travailleurs. C'est &#224; peu pr&#232;s &#224; cette p&#233;riode que des m&#233;decins du travail et des syndicats ont commenc&#233; &#224; adresser &#224; mon cabinet des travailleurs &#171; victimes de harc&#232;lement moral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui dans la souffrance de vos patients est propre &#224; l'&#233;tat actuel de l'organisation du travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on est malade, on est souvent malade du travail puisque c'est notre principal mode d'&#233;changes avec les autres humains. Surtout si on ne consid&#232;re pas uniquement l'emploi, mais qu'on inclut le travail scolaire et le travail domestique. C'est une illusion de croire qu'il existe le travail employ&#233; d'un c&#244;t&#233; et la vie priv&#233;e de l'autre : l'amour et le travail sont beaucoup plus li&#233;s qu'on ne veut bien le croire. Nous sommes faits des &#233;changes que nous avons avec les autres. C'est pourquoi il faut faire attention o&#249; on met les pieds. Et les mains. Le syst&#232;me d'&#233;changes n&#233;olib&#233;ral est tr&#232;s efficace du point de vue de la production : le travail humain n'a jamais autant rapport&#233; d'argent. Mais les in&#233;galit&#233;s de vie et de sant&#233; sont tr&#232;s importantes et continuent de se creuser, m&#234;me entre les travailleurs fran&#231;ais. Alors, on invente des stratag&#232;mes pour ne pas &#234;tre trop g&#234;n&#233; aux entournures, on se d&#233;brouille pour masquer et se cacher cette surexploitation d'autrui et de la plan&#232;te. Et puis un jour ou l'autre, le masquage s'effrite et les travailleurs z&#233;l&#233;s s'effondrent. Ce sont ceux-l&#224; qui viennent me voir, des cadres et des professions interm&#233;diaires essentiellement, qui ont longtemps fait corps avec l'organisation du travail et qui finissent par tomber de haut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ces derni&#232;res ann&#233;es &#171; la souffrance au travail &#187; s'est-elle invit&#233;e dans les cabinets de psy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'obtient pas une telle efficacit&#233; de production sans &#171; d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; comme ils disent. Il faut voir les chiffres de rentabilit&#233; des entreprises : on en est souvent &#224; plus de 20 % de retour pour les actionnaires, alors qu'en 2000 on croyait que si l'on passait la barre des 10 %, on tuerait les gens. Les travailleurs sont plus solides que pr&#233;vu. Mais la soci&#233;t&#233; se d&#233;sagr&#232;ge et les d&#233;&#231;us, les laiss&#233;s-pour-compte, tr&#232;s nombreux, sont adress&#233;s vers les psys &#224; qui on demande d'arranger un peu les choses. C'est de la maintenance, en fait. Cette &#171; psychologisation &#187; des tensions professionnelles est compl&#232;tement d&#233;politisante. C'est pratique : on raconte que si les employ&#233;s ne tiennent pas le coup, c'est un probl&#232;me d'organisation, de gestion du personnel. Alors, on envoie la hi&#233;rarchie en stage de management et les travailleurs qui craquent en arr&#234;t maladie. Et on lance des programmes de recherche sur les meilleurs moyens de surexploiter les gens sans trop les contrarier ! Pour &#231;a, les psys sont de bons auxiliaires : entre les coachs et les num&#233;ros d'urgence, les conseillers &#171; ressources humaines &#187; et les bureaux de dol&#233;ances &#171; pour &#233;vacuer &#187; au fond du couloir, cela dure depuis plus d'un si&#232;cle. Il existe aussi tout un courant de psys sp&#233;cialis&#233;s dans la &#171; souffrance au travail &#187; qui d&#233;noncent les mauvaises m&#233;thodes manag&#233;riales et qui poussent, &#224; tort selon moi, les salari&#233;s &#224; poursuivre leur hi&#233;rarchie devant les tribunaux pour harc&#232;lement moral&#8230; plut&#244;t que pour d&#233;noncer leurs conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que reprochez-vous &#224; cette strat&#233;gie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fabrique un bouc &#233;missaire facile : le manager pervers- narcissique. Selon moi, on ne peut obtenir de telles performances &#233;conomiques et financi&#232;res sans une casse terrible de sa propre existence et de celles de nombreux autres : ce ne sont pas les employeurs ou les petits chefs qu'on doit poursuivre devant le tribunal pour mauvais traitements mais notre mode de production. D'autant plus que les employ&#233;s perdent leurs proc&#232;s dans des proportions effroyables. Ce mouvement, pourtant courageux et de bonne foi, risque d'augmenter la grosse pile des illusions du travail en milieu n&#233;olib&#233;ral. Et plus on tombe de haut plus on se fait mal. Cela produit au final des milliers d'invalidit&#233;s psychiatriques : les gens ne se remettent pas d'avoir perdu leur proc&#232;s. Une de mes patientes, d&#233;&#231;ue, disait : &#171; &lt;i&gt;Je voulais prouver au tribunal que le travail m'avait rendue dingue, j'ai juste r&#233;ussi &#224; prouver que j'&#233;tais dingue. &lt;/i&gt; &#187; C'est le sens m&#234;me de notre travail qu'on doit incriminer. Quel mode de vie voulons-nous ? Quelle &#233;cole ? Quel h&#244;pital ? Quels modes de gestion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut, malgr&#233; tout, un entretien avec vous face &#224; la souffrance de ces employ&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entretiens que j'ai men&#233;s avec des personnes effondr&#233;es (on dirait en &lt;i&gt;burn-out &lt;/i&gt;si on voulait utiliser le terme n&#233;olib&#233;ral : encore un enfumage) permettent de cr&#233;er un cadre de d&#233;gagement. Les travailleurs ont souvent du mal &#224; tenir le coup dignement, en m&#234;me temps qu'ils reproduisent activement les in&#233;galit&#233;s. Et pour y arriver, ils construisent des &#233;vidences qui l&#233;gitiment leurs pratiques (&#171; &lt;i&gt;les ch&#244;meurs sont des fain&#233;ants&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;les pauvres sont des profiteurs&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;les r&#233;fugi&#233;s sont de faux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;les vieux n'aiment pas les douches&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;ceux qui tombent malades sont des mauviettes&lt;/i&gt; &#187;) pour former un consensus de masquage que la psychodynamique du travail appelle des &#171; id&#233;ologies d&#233;fensives &#187;. Maintenir ces all&#233;gations malgr&#233; l'&#233;cart avec la r&#233;alit&#233; est co&#251;teux, et cela exige entre autres de laisser tomber ceux qui d&#233;vissent, qui repr&#233;sentent le d&#233;chet de l'effort collectif et rendent visible le danger m&#234;me du syst&#232;me. Alors, dans mon cabinet, on analyse &#231;a ensemble. Pas d'un point de vue moral, mais du point de vue de la production. Ils r&#233;alisent ainsi ce qu'ils ont particip&#233; &#224; mettre en place et ils se rendent compte que leur &#233;viction est un effet du syst&#232;me. Quand on traite les gens comme des choses, &#231;a donne &#231;a. Tout simplement. Alors &#233;videmment, ils sont d&#233;&#231;us, mais calm&#233;s. C'est moins &#171; chaud &#187;. Pour y parvenir, il faut passer par une description longue et pr&#233;cise du travail concret, le sien et celui des coll&#232;gues, de ses difficult&#233;s mat&#233;rielles, de ses &#233;volutions, du &#171; haut &#187; et du &#171; bas &#187;. Je leur fais raconter les conditions de production en &#233;vitant au maximum la psychologisation de la situation. On produit quoi, comment, pour qui ? Et &#224; quoi &#231;a sert ? Dans quel engrenage a-t-on mis la main jusqu'&#224; l'&#233;paule ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment selon vous peuvent se conjuguer la pratique individualis&#233;e de soin et l'action politique collective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet entretien de d&#233;gagement des &#171; id&#233;ologies d&#233;fensives &#187;, l'analyse du &#171; consensus de masquage &#187; dont on parlait tout &#224; l'heure permet aux patients de mieux comprendre ce qui leur arrive. Ensuite, ils retournent au travail ; ils n'envisagent pas forc&#233;ment de quitter leur emploi : beaucoup d'entre eux n'en ont pas les moyens. Ils y inventent souvent un nouveau mode de pr&#233;sence et d'action. Ils renouvellent leur point de vue et trouvent une place plus juste au milieu des autres. Certains se sentent m&#234;me renforc&#233;s, libres de penser et d'agir autrement. Ils en savent plus long que les autres. Ce qui ne veut pas dire qu'ils vont se lancer dans l'action collective &#233;mancipatrice. Mais cela leur sera possible et cela arrive souvent. Fran&#231;ois Tosquelles, un des inventeurs de la psychoth&#233;rapie institutionnelle, affirmait que &#171; &lt;i&gt;La &#8220;maladie&#8221; &lt;/i&gt;[est] &lt;i&gt;avant tout une manifestation d'insuffisance de nos conduites sociales : agir, parler, vivre avec autrui&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trait-d'union, &#201;ditions d'une, Paris, 2015.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi se demander tous les matins au travail &#171; pour qui on roule &#187; vous semble-t-il une mesure d'hygi&#232;ne fondamentale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans un effort collectif colossal, de tous les instants, que chacun fournit de mani&#232;re coordonn&#233;e, rien ne fonctionnerait. Il suffit d'une gr&#232;ve du z&#232;le, d'un d&#233;brayage ou d'un sabotage infime et plus rien ne marche. Une r&#233;flexion lucide sur la nature m&#234;me de ce qu'on produit et tout change. S'efforcer quotidiennement, ne serait-ce qu'une ou deux minutes, &#224; se poser cette question est une d&#233;cision minuscule qui pourrait avoir des cons&#233;quences &#233;normes. &#199;a pr&#233;serve peut-&#234;tre de glisser sur la pente de la servitude. Ce serait une bonne pr&#233;vention des fameux &lt;i&gt;burn-out&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Romain Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Regroup&#233;es dans le livre &lt;i&gt;Chroniques du travail ali&#233;n&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions d'une, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Trait-d'union&lt;/i&gt;, &#201;ditions d'une, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les travailleurs du cuir d'Izmir : De la x&#233;nophobie &#224; la lutte des classes</title>
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		<dc:date>2018-02-17T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Macha Berdoulat</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans un petit atelier du quartier de Basmane, &#171; petite Syrie &#187; d'Izmir, une machine &#224; coudre cherche sa place parmi les chutes de cuir. Son conducteur, Yal&#231;in, est membre de l'Association de solidarit&#233; et coop&#233;ration culturelle pour les Africains (Afr&#246;t&#252;rc) qui m&#232;ne des recherches sur l'origine de la petite minorit&#233; afro-turque en Turquie. Leurs anc&#234;tres sont arriv&#233;s en tant qu'esclaves d&#232;s le XVIII&#8202;e si&#232;cle, ramen&#233;s du p&#232;lerinage de La Mecque par des familles ottomanes, ou envoy&#233;s, en 1856, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no140-fevrier-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;140 (f&#233;vrier 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yalcin" rel="tag"&gt;Yal&#231;in&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/coudre-cherche" rel="tag"&gt;coudre cherche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un petit atelier du quartier de Basmane, &#171; petite Syrie &#187; d'Izmir, une machine &#224; coudre cherche sa place parmi les chutes de cuir. Son conducteur, Yal&#231;in, est membre de l'Association de solidarit&#233; et coop&#233;ration culturelle pour les Africains (Afr&#246;t&#252;rc) qui m&#232;ne des recherches sur l'origine de la petite minorit&#233; afro-turque en Turquie. Leurs anc&#234;tres sont arriv&#233;s en tant qu'esclaves d&#232;s le XVIII&#8202;e si&#232;cle, ramen&#233;s du p&#232;lerinage de La Mecque par des familles ottomanes, ou envoy&#233;s, en 1856, depuis l'&#201;gypte ou le Soudan, pour construire le premier chemin de fer de Turquie. Mais Yal&#231;in interrompt son travail pour raconter une autre histoire : celle des travailleurs du textile et du cuir de mai 2013.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-389-fa87c.jpg?1779602837' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2011, Ayakkabicilar Sitesi, la cit&#233; des cordonniers d'Izmir, regroupe 30 000 travailleurs turcs et kurdes au sein d'un maillage d'ateliers. Ils triment de 13 &#224; 16 heures par jour et 90 % des cordonniers et couturiers ne sont pas d&#233;clar&#233;s par leur patron. Yal&#231;in est pr&#233;sident de l'Association de solidarit&#233; pour les travailleurs du cuir qui, en palliant l'absence de syndicat formel, a gagn&#233; en popularit&#233; au sein de la corporation. Quand le conflit syrien &#233;clate en 2011, de nombreux Syriens de la r&#233;gion d'Alep traversent la fronti&#232;re turque pour rejoindre leurs proches d&#233;j&#224; install&#233;s &#224; Izmir. Une centaine d'entre eux, tailleurs et cordonniers, trouvent du travail dans le quartier du cuir. Avec l'afflux de nouveaux r&#233;fugi&#233;s, des propos racistes commencent &#224; se faire entendre dans les ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, deux semaines avant le d&#233;but du mouvement antigouvernemental de Gezi, &#224; Istanbul, les premi&#232;res manifestations &#233;clatent sur le site des travailleurs du cuir. Les Syriens, alors au nombre de 5 000, sont utilis&#233;s par les patrons pour produire des pi&#232;ces de cuir &#224; des salaires qui feraient r&#234;ver tout exploiteur. Les cordonniers turcs accusent alors les Syriens de jouer les briseurs de gr&#232;ve et de ruiner une lutte de longue haleine : &#171; &lt;i&gt;Dehors les Syriens !&lt;/i&gt; &#187;, scandent-ils. Selon Yalcin, &#171; &lt;i&gt;ce sentiment n'&#233;tait pas exalt&#233; par le nationalisme turc : m&#234;me des Kurdes se sont unis contre les Syriens. Les gens pensaient &#224; leur salaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations s'amplifient de jour en jour contre les r&#233;fugi&#233;s des ateliers. L'Association de solidarit&#233; pour les travailleurs du cuir se joint alors au mouvement. Au gr&#233; de discussions et de r&#233;unions, ils parviennent &#224; d&#233;vier le cours des relents x&#233;nophobes pour les mettre sur les rails de la d&#233;fense des droits de tous les travailleurs &#8211; syriens compris. Le racisme dispara&#238;t des slogans. Ils deviennent alors : &#171; &lt;i&gt;Du pain pour tous, du travail pour tous ! Pour un salaire &#233;quitable et stable ! &#192; bas le salaire aux pi&#232;ces !&lt;/i&gt; &#187; Les travailleurs revendiquent aussi le droit de se syndiquer et de b&#233;n&#233;ficier d'une assurance maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Syriens ne participent pas aux manifestations, malgr&#233; leur caract&#232;re d&#233;sormais inclusif et solidaire. Les patrons les enferment dans les ateliers. La police, de son c&#244;t&#233;, &#233;l&#232;ve des barrages aux alentours du quartier du cuir pour stopper les manifestants. Le chef du syndicat des patrons insulte les travailleurs depuis ses bureaux. L'Association essaie de calmer le jeu lorsque ceux-ci, &#233;nerv&#233;s, veulent s'insurger contre les forces de l'ordre. La col&#232;re et l'envie d'en d&#233;coudre montent. Les employeurs menacent de virer tous les Syriens si les cordonniers et couturiers ne retournent pas devant leurs machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 10 jours, les manifestations ne faiblissent pas. Malgr&#233; la tension palpable, un dialogue s'est instaur&#233; avec la police et les autorit&#233;s. L'Association des travailleurs gagne le soutien de syndicats et du HDP, le parti de coalition pro-kurde et de la gauche turque non nationaliste. La mairie CHP (gauche sociale-d&#233;mocrate k&#233;maliste) enjoint les manifestants &#224; partager leur travail avec les &#171; invit&#233;s &#187; syriens, mais les travailleurs turcs r&#233;pondent qu'il est difficile de partager son pain quand on en manque soi-m&#234;me. Pour calmer le jeu, les patrons accordent &#224; 10 % des travailleurs une assurance contre les risques au travail. Mais au final, tous les Syriens sont bel et bien vir&#233;s, car leur emploi ill&#233;gal a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour par les &#233;v&#233;nements. Mesure quelque peu ironique quand on sait que la part d'&#233;conomie souterraine en Turquie est la plus &#233;lev&#233;e des pays de l'OCDE, avec un taux de 28,72 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte aura eu peu de r&#233;sultats ; aujourd'hui, tr&#232;s peu de cordonniers et de couturiers du cuir b&#233;n&#233;ficient de droits minimaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son petit atelier, Yal&#231;in continue &#224; se battre au quotidien. Il h&#233;berge dans sa maison-atelier des b&#233;n&#233;voles qui cuisinent de la soupe, trouvent des moyens de chauffage, des habits et des couvertures et les distribuent trois jours par semaine aux familles de r&#233;fugi&#233;s qui occupent des b&#226;tisses abandonn&#233;es. Selon Yal&#231;in, les in&#233;galit&#233;s des classes sont la racine de tous les malheurs. L'arriv&#233;e des Syriens a bien contribu&#233; &#224; la d&#233;t&#233;rioration des droits des locaux, mais le probl&#232;me ne vient pas d'eux. Il est d&#251; au manque de protection sociale dans le travail lui-m&#234;me, et &#224; la division entre les travailleurs locaux et &#233;trangers sur laquelle jouent les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chacun doit avoir le droit de vivre d&#233;cemment l&#224; o&#249; il le souhaite. Les Syriens ne doivent pas p&#226;tir de leur exil qui est le symbole d'une lutte contre une guerre qu'ils refusent.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui,&#8239;rajoute-t-il, les Turcs se sont habitu&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Syriens et beaucoup acceptent &#8211; r&#233;sign&#233;s mais conscients de ce qui les a pouss&#233;s &#224; fuir leur pays &#8211; , que leur pr&#233;sence d&#233;t&#233;riore leurs conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; syrien, les perspectives sont sombres : &#171; &lt;i&gt;La reconnaissance du droit pour les Syriens &#224; travailler&lt;/i&gt; [r&#233;gulation annonc&#233;e le 15 janvier 2016] &lt;i&gt;est un d&#233;sastre&lt;/i&gt;, confie l'un d'eux. &lt;i&gt;Avant, les Turcs nous employaient parce qu'on ne leur co&#251;tait rien. Aujourd'hui, ils n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; employer des Syriens puisqu'on co&#251;te aussi cher que les Turcs.&lt;/i&gt; &#187; Cependant, l'assouplissement des conditions d'obtention de permis de travail pour les Syriens compliquera-t-il vraiment la vie des employeurs, quand beaucoup de Turcs travaillent d&#233;j&#224; sans que leurs droits ne soient respect&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bus autog&#233;r&#233;s et &#233;dification des masses</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Bus-autogeres-et-edification-des</link>
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		<dc:date>2018-02-03T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cheru Corisco, Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
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		<dc:subject>gestion ouvri&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Port d'entr&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>l'Argentine voisine</dc:subject>
		<dc:subject>Rivas</dc:subject>
		<dc:subject>d'ABC coop</dc:subject>

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&lt;p&gt;Comme leurs voisins argentins, des travailleurs uruguayens ont su affronter la crise en s'appropriant les outils de travail et en exp&#233;rimentant l'autogestion. &#192; Colonia, la compagnie d'autobus ABC coop s'inscrit dans une dynamique au poing r&#233;solument lev&#233;. Port d'entr&#233;e et de sortie pour l'Argentine voisine, Colonia est un lieu de passage. Les touristes s'y arr&#234;tent un jour ou deux pour arpenter les ruelles tortueuses de son joli centre historique, et glander aux terrasses des restos. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-ABC-coop" rel="tag"&gt;d'ABC coop&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme leurs voisins argentins, des travailleurs uruguayens ont su affronter la crise en s'appropriant les outils de travail et en exp&#233;rimentant l'autogestion. &#192; Colonia, la compagnie d'autobus ABC coop s'inscrit dans une dynamique au poing r&#233;solument lev&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Port d'entr&#233;e et de sortie pour l'Argentine voisine, Colonia est un lieu de passage. Les touristes s'y arr&#234;tent un jour ou deux pour arpenter les ruelles tortueuses de son joli centre historique, et glander aux terrasses des restos. Les Argentins fuient la tumultueuse m&#233;gapole de Buenos Aires, traversent le Rio de la Plata en ferry pour se mettre au vert le temps d'un week-end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ambiance nonchalante de vacances, le visiteur ne peut qu'&#234;tre interloqu&#233; par l'apparition de bus aux couleurs criardes, avec des grosses &#233;toiles rouges ou jaunes peintes sur les c&#244;t&#233;s et des inscriptions en grosses lettres : &#171; &lt;i&gt; gestion ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &#187; ou encore &#171; &lt;i&gt;entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, coll&#233;es au nom de la compagnie : ABC coop.
Pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, mon pote Gustavo (un gars du coin) et moi-m&#234;me (&#233;ternel gringo) avons pris le bus depuis le centre historique gentrifi&#233; et polic&#233; jusqu'au si&#232;ge social d'ABC coop dans un quartier populaire p&#233;riph&#233;rique, pour y rencontrer Luis Rivas, pr&#233;sident de la coop&#233;rative et z&#233;lateur de la &lt;i&gt;gesti&#243;n obrera&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;5&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-288-6b89f.jpg?1779602983' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;DR.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En attendant son arriv&#233;e, on fl&#226;ne sur le parking en terre battue devant le local. On s'amuse des num&#233;ros et petits noms attribu&#233;s &#224; chacun des quatre bus gar&#233;s l&#224;. Deux gars s'occupent visiblement de l'entretien des v&#233;hicules. Sur la fa&#231;ade du local, une citation de Jos&#233; Artigas&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Gervasio Artigas, n&#233; a Montevideo en 1764 et mort au Paraguay en 1850 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Nous ne devons rien attendre si ce n'est de nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luis Rivas arrive enfin, accompagn&#233; de deux autres gars de la coop&#233;rative. Serrages de pognes et petite caresse respectueuse sur le capot de leur &#233;norme molosse nomm&#233; Gasoil, et on va s'installer dans une des trois pi&#232;ces au confort minimal du local. Tandis que le Dictaphone tourne, Luis revient sur les d&#233;buts de cette aventure : &#171; &lt;i&gt; &#192; l'&#233;poque de la crise de 2001, les compagnies de transport COTUC et ABC S.A bataillent pour &#234;tre avantag&#233;es sur l'attribution de lignes de bus par la municipalit&#233;. &#199;a allait plut&#244;t mal pour le propri&#233;taire d'ABC. Comme tout bon capitaliste proche de la fin, le patron a d&#233;cid&#233; de retirer son capital et de rendre la ligne &#224; la municipalit&#233;. Lors d'une assembl&#233;e qui a dur&#233; des heures, nous, travailleurs de l'entreprise, nous sommes convaincus qu'en cette p&#233;riode de crise, aller encaisser l'argent d'un licenciement ne servirait pas bien longtemps. On pr&#233;f&#233;rait plut&#244;t garder l'outil de travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cup&#233;ration de l'entreprise est donc le fruit d'une n&#233;gociation avec le patron. &#171; &lt;i&gt; Et m&#234;me d'une n&#233;gociation acharn&#233;e au bout de laquelle nous avons obtenu qu'en compensation de tout ce qui nous &#233;tait d&#251; comme les salaires en retard, les contributions sociales ou les primes de licenciement, nous pouvions r&#233;cup&#233;rer trois autobus. Un en pleine propri&#233;t&#233; et deux pr&#234;t&#233;s pour trois ans, avec outils et infrastructure. Petit &#224; petit, &#224; force de travail, nous avons pu rendre les deux bus et le premier local pour commencer &#224; nous d&#233;velopper nous-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187; Sur le nom de la structure, Luis Rivas s'amuse : &#171; &lt;i&gt;Si nous nous appelons ainsi, c'est pour des raisons &#233;conomiques. Lorsque nous avons enfin pu acheter des bus d'occasion &#224; la coop&#233;rative RAIN coop de Montevideo, nous n'avions plus assez d'argent pour les repeindre ; du coup, on a juste effac&#233; les lettres &#8220;RAIN&#8221; sur les flancs pour les remplacer par &#8220;ABC&#8221; : ABC coop.&lt;/i&gt; &#187; Et le statut de coop&#233;rative ? &#171; &lt;i&gt;On n'a pas eu le choix ! Jamais nous n'avons eu l'intention d'&#234;tre une coop&#233;rative. Il faut que ce soit bien clair, nous nous d&#233;finissons comme une entreprise en gestion ouvri&#232;re. Comme ce statut n'existe pas dans la l&#233;gislation uruguayenne, le seul qui nous reste est celui de la coop&#233;rative. Dans la r&#233;alit&#233;, nous sommes tr&#232;s &#233;loign&#233;s de ce qui s'entend habituellement comme coop&#233;rative de travail dans ce pays.&lt;/i&gt; &#187; Mais encore ? &#171; &lt;i&gt; Le fameux coop&#233;rativisme id&#233;al uruguayen est compl&#232;tement d&#233;voy&#233;. Ici, les coop&#233;ratives sont bureaucratis&#233;es. Le travailleur ach&#232;te son poste de travail pour environ 60 000 dollars US&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que le salaire de base oscille entre 800 et 1 000 dollars US, (700 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ce syst&#232;me pr&#234;te le flanc &#224; la corruption. Les dirigeants ne travaillent pas, ils ne montent m&#234;me pas dans les bus. Du coup, les travailleurs n'aspirent qu'&#224; acc&#233;der &#224; des postes de direction. Lors d'&#233;lections internes, ils forment des listes et se battent entre eux pour les privil&#232;ges des dirigeants. Notre gestion ouvri&#232;re est tr&#232;s &#233;loign&#233;e de tout cela. Au d&#233;but, nous &#233;tions neuf &#224; n&#233;gocier les outils de travail contre ce qui nous &#233;tait d&#251;. Au fur et &#224; mesure qu'on est devenus propri&#233;taires, d'abord d'un bus puis de tout ce qu'on a pu acheter pour la coop&#233;rative, personne ne pouvait plus pr&#233;tendre &#224; une part de propri&#233;t&#233;. L'outil reste commun. On entre sans rien, et on sort sans rien ; tous les efforts visent &#224; d&#233;gager des salaires. Le but d'ABC coop est que cette source de travail se perp&#233;tue. Que des camarades puissent prendre leur retraite, et d'autres reprendre les postes. De plus, chez nous, le vote est direct, &#224; main lev&#233;e, et doit &#234;tre argument&#233;. Les autres pratiquent le vote secret, qui peut &#234;tre hypocrite ou achet&#233;. En gestion ouvri&#232;re, ce sont les assembl&#233;es qui dirigent vraiment la coop&#233;rative.&lt;/i&gt; &#187; Et le respect de l'organigramme des coop&#233;ratives ? &#171; &lt;i&gt;C'est pour la forme ! Sur le papier, je suis pr&#233;sident. Mais dans notre organisation, on peut r&#233;voquer la direction &#224; tout moment lors d'une assembl&#233;e. Il est arriv&#233; que certains membres soient chang&#233;s. Les assembl&#233;es sont obligatoires, ceux qui ne s'y pr&#233;sentent pas encourent des sanctions : une p&#233;nalit&#233; en argent ou des jours de mise &#224; pied. Quant &#224; ceux qui viennent, ils ont l'obligation d'intervenir. &#201;videmment, il y a toujours des opportunistes pour critiquer notre syst&#232;me et pr&#233;tendre qu'on a un fonctionnement dictatorial parce qu'on oblige les gens. Mais la seule fa&#231;on de s'assurer que le compa&#241;ero est conscient de ce que la coop&#233;rative se propose de faire, c'est sa participation. Si tu n'es pas d'accord avec un responsable, tu dois l'exprimer. Et apr&#232;s, on vote. Nous votons absolument tout, augmentations ou ajustements de salaires, attributions de postes s'il y a lieu... Le r&#244;le du dirigeant se limite strictement &#224; conduire les r&#233;solutions de l'assembl&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, qu'en est-il des salaires ? &#171; &lt;i&gt; Ils s'&#233;chelonnent en fonction du degr&#233; de responsabilit&#233;. Un responsable gagne 2% de plus qu'un chauffeur, soit 11% de l'argent d&#233;gag&#233;. Pour le chauffeur, 9%, et pour le gardien, 6%. Il y a donc un &#233;cart de 5% entre la plus haute et la plus basse cat&#233;gorie. Mais &#231;a tourne, on passe tous au volant&lt;/i&gt;. &#187; Et lors de ces assembl&#233;es, il est d&#233;j&#224; arriv&#233; de devoir sanctionner un compagnon de travail ? &#171; &lt;i&gt;C'est toujours tr&#232;s compliqu&#233;. En 14 ans, personne n'a jamais &#233;t&#233; exclu. Pour que cela se produise, il faudrait parvenir &#224; l'unanimit&#233; en assembl&#233;e. Il est d&#233;j&#224; arriv&#233; que des camarades commettent des fautes graves, comme des vols. Dans ces cas, nous essayons de leur faire comprendre qu'ils n'ont pas &#224; faire &#231;a, que le v&#233;ritable voleur, c'est le capitaliste.&lt;/i&gt; &#187; La coop&#233; d&#233;fend aussi un projet politique : &#171; &lt;i&gt; Notre organisation de travail pr&#233;tend &#234;tre comme une &#233;cole, dans laquelle nos travailleurs peuvent d&#233;velopper une conscience de classe, pour qu'ils finissent par entrevoir le chemin que nous suivons, inscrit dans un processus r&#233;volutionnaire. C'est aux travailleurs de prendre le pouvoir, il n'y a pas d'autre alternative. Nous formons des cadres de la lutte, en quelque sorte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;coutant ce discours avant-gardiste, nos regards se posent sur une affiche au mur qui reprend une citation du Che : &#171; &lt;i&gt;Il est temps de mod&#233;rer nos divergences et de tout consacrer &#224; la lutte !&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi quelques drapeaux qui d&#233;corent la pi&#232;ce, celui du POYCU, Parti ouvrier et paysan d'Uruguay, du PBU, Parti bolchevique uruguayen ou encore celui de l'Unit&#233; populaire&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unidad Popular est une coalition des partis de gauche radicale oppos&#233;s &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Luis Rivas poursuit : &#171; &lt;i&gt; Nous connaissons aussi des divergences au sein d'ABC coop. Il y en a m&#234;me qui on vot&#233; pour le Frente Amplio&lt;/i&gt; (FA)&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frente Amplio (Front &#233;largi) est le parti au pouvoir. Fond&#233; en 1971 aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; aux derni&#232;res pr&#233;sidentielles.&lt;/i&gt; &#187; Comprenant que Luis Rivas a tendance &#224; donner le ton, nous lui demandons ce qu'il pense de la gauche dite &#171; progressiste &#187; au pouvoir. &#171; &lt;i&gt;C'est une v&#233;ritable catastrophe ! Depuis qu'il est au pouvoir, le FA n'a fait qu'aggraver des situations qu'il &#233;tait cens&#233; combattre. Il brade terres et ressources au profit de grosses multinationales. Et comme nous sommes une zone franche, ces derni&#232;res ne paient pas d'imp&#244;ts. Quand on pense que, dans les ann&#233;es 1960, Raul Sendic&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raoul Sendic surnomm&#233; &#171; El Bebe &#187;, n&#233; en 1925 en Uruguay et mort en 1989 en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;5 s'attaquait au latifundisme, d&#233;non&#231;ant l'existence d'exploitations de 10 000 hectares, et qu'aujourd'hui, ceux qui se r&#233;clament de lui n'h&#233;sitent pas &#224; octroyer 250 000 hectares &#224; la multinationale Montes del Plata&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CQFD n&#176;121 (avril 2014).&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;i&gt; pour planter leurs eucalyptus ! Pr&#232;s de 13 000 familles de paysans se sont retrouv&#233;es sans rien. Sans parler de la culture extensive du soja ou des m&#233;gaprojets miniers. Le FA a r&#233;ussi &#224; faire passer toute critique &#224; son &#233;gard pour un p&#233;ch&#233; originel : les contestataires se font taxer de tra&#238;tres, jouant le jeu de la droite !&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me si le syndicalisme reste tr&#232;s fort en Uruguay, la coop&#233; s'en est &#233;loign&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Tous les syndicats sont repr&#233;sent&#233;s dans une centrale unique, la PIT-CNT&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La PIT-CNT (Plenario Intersindical de Trabajadores &#8211; Convenci&#243;n Nacional de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;i&gt; Elle constitue la base sociale du FA, ses dirigeants font aujourd'hui partie de l'oligarchie. Ils m&#232;nent r&#233;guli&#232;rement de faux combats qui ne servent, de fa&#231;on plus ou moins tordue, qu'&#224; ent&#233;riner les ajustements du gouvernement en mati&#232;re de droit du travail. Les postures critiques d'ABC coop vis-&#224;-vis de cette politique nous ont valu d'&#234;tre d&#233;finitivement exclus.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s lors, la coop&#233; songe &#224; cr&#233;er une organisation syndicale parall&#232;le pour continuer &#224; d&#233;fendre son id&#233;e de la gestion ouvri&#232;re. Pour finir, Luis Rivas revient sur les num&#233;ros et les petits noms des autobus. &#171; &lt;i&gt; L'attribution des noms et num&#233;ros de nos bus s'est faite dans un souci de bien nous d&#233;marquer des entreprises priv&#233;es. Les bus des entreprises priv&#233;es servent aussi de supports publicitaires. Nous, nous refusons toute concession id&#233;ologique, et faisons en sorte que ce soit bien visible sur nos v&#233;hicules. Les noms et les num&#233;ros sont en relation avec les luttes historiques des travailleurs. Notre premier bus s'est appel&#233; Karl Marx. Puis nous avons eu la ligne 17 nomm&#233;e Vladimir pour L&#233;nine en 1917, il y a aussi le 59, ann&#233;e de la r&#233;volution cubaine qui se nomme &#8220;Dignidad&#8221; sur fond de drapeau cubain... Notre dernier bus est noir, il s'appelle Ayotzinapa et porte le n&#186;43, pour les 43 &#233;tudiants mexicains disparus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entretien termin&#233;, nous reprenons, Gustavo et moi, un bus de l'ABC coop. Ticket de retour offert vers le centre historique. Tr&#232;s beau coucher de soleil rouge sur le Rio de la Plata. Les touristes d&#233;sertent les rues et les commer&#231;ants ferment leurs boutiques. Pour dig&#233;rer tout &#231;a, on d&#233;cide d'aller se boire un petit godet &#8211; de rouge &#233;videmment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cheru Corisco&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Empresas recuperadas ! &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une d&#233;cennie de gestion n&#233;olib&#233;rale (d&#233;sinflation favorable au syst&#232;me financier, privatisation des secteurs les plus rentables et surendettement des m&#233;nages), la crise financi&#232;re argentine (1998-2002) a provoqu&#233; un chaos &#233;conomique et politique in&#233;dit. Dans ce contexte de d&#233;sastre social&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La part des salaires dans le PIB argentin est divis&#233;e par deux : des pans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, plusieurs pratiques de lutte et de survie se sont d&#233;velopp&#233;es : les mouvements de ch&#244;meurs (&lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;), le recours &#224; l'&#233;conomie informelle autour des &lt;i&gt;cartoneros&lt;/i&gt;, les expropriations d'entreprises via les ERT (&lt;i&gt;Empresas recuperadas por sus trabajadores&lt;/i&gt; &#8211; Entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es par leurs travailleurs). Celles-ci se sont forg&#233;es au travers d'affrontements acharn&#233;s contre un patronat adepte du &lt;i&gt;vaciamento&lt;/i&gt;, l'organisation frauduleuse de la faillite des entreprises sur le dos du fisc et des travailleurs (d&#233;m&#233;nagement des moyens de production sans payer arri&#233;r&#233;s de salaires, indemnit&#233;s de licenciement ni cotisations sociales). Nombre de salari&#233;s ont pr&#233;f&#233;r&#233; prendre les devants en occupant leurs entreprises pendant plusieurs mois avec le soutien des voisins du quartier pour r&#233;sister aux incessantes attaques des flics, des juges et des milices patronales. La plupart des ERT sont n&#233;es ainsi de la n&#233;cessit&#233; de sauvegarder la source de travail, du sentiment de r&#233;volte face &#224; l'impunit&#233; des patrons et des institutions publiques comme syndicales largement corrompues et d'un &#233;lan de solidarit&#233; aux niveaux local, national et m&#234;me international&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir de documentaire de Naomi Klein, The Take, 2004.&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. En 2002, les ouvri&#232;res de l'ERT de confection Brukman, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; tra&#238;n&#233;es par leur ex-employeur devant les tribunaux sous l'accusation de &#171; &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;ration &#224; main arm&#233;e&lt;/i&gt; &#187; de leur usine, ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es par les militaires qui plac&#232;rent le quartier en &#233;tat de si&#232;ge. Elles se sont regroup&#233;es alors sur une place et ont tenu le haut du pav&#233; pendant plus de 8 mois avant de r&#233;occuper les ateliers. Une fois le processus de r&#233;cup&#233;ration &#224; peu pr&#232;s stabilis&#233;, les travailleurs des ERT ont pu relancer l'activit&#233; dans une perspective autogestionnaire. Pour l'anthropologue Andr&#233;s Ruggeri&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Occuper, r&#233;sister, produire &#187;, Syllepse, 2015.&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;, l'affirmation de deux principes &#8211; &#233;galitarisme salarial et d&#233;mocratisation par la prise de d&#233;cision en assembl&#233;e &#8211; permet de les distinguer du coop&#233;rativisme traditionnel argentin. Sur les plus de 300 ERT, regroupant 15 000 travailleurs, pr&#232;s de la moiti&#233; respecte une stricte &#233;galit&#233; salariale. L'&#233;preuve de la lutte en commun et le d&#233;part de presque tous les cadres y participant grandement. Alors que dans la plupart des coop&#233;ratives classiques, les assembl&#233;es sont devenues purement formelles, le pouvoir r&#233;el &#233;tant exerc&#233; par les conseils d'administration, celles convoqu&#233;es dans les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es d&#233;cident de tout : la strat&#233;gie par rapport au march&#233; ou &#224; l'&#201;tat, la r&#233;partition de l'argent quant il rentre, la dur&#233;e de la journ&#233;e de turbin, les rythmes de travail, etc. Mais l'exp&#233;rience autogestionnaire avan&#231;ant &#224; t&#226;tons, un certain nombre de d&#233;rives sont apparues dans ce tiers secteur ni public ni priv&#233;. Les tentatives de normalisation &#233;manant du pouvoir, en particulier sous les mandats de Cristina Kirchner, pourraient contribuer &#224; la cr&#233;ation d'une &#233;conomie pour les pauvres agr&#233;geant les d&#233;fauts des secteurs formel et informel : pressions du march&#233;, tr&#232;s bas salaires, absence de protection sociale et domestication du mouvement social. En interne, la reconstitution de hi&#233;rarchies implicites entre anciens et nouveaux travailleurs, les premiers reprochant aux seconds leur manque d'engagement dans les assembl&#233;es, a pu voir r&#233;&#233;merger des pratiques de sabotage (vols, absent&#233;isme&#8230;) en vigueur dans les entreprises capitalistes. N&#233;anmoins, pour Ruggeri, les exp&#233;riences d'ERT doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;es comme &#171; &lt;i&gt; des alternatives viables pour la formation d'une &#233;conomie con&#231;ue en fonction d'un d&#233;veloppement national et latino-am&#233;ricain bas&#233; sur le travail et l'autogestion&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jos&#233; Gervasio Artigas, n&#233; a Montevideo en 1764 et mort au Paraguay en 1850 en exil, est un des h&#233;ros de l'ind&#233;pendance dans la r&#233;gion, et consid&#233;r&#233; par la plupart des Uruguayens comme un p&#232;re fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alors que le salaire de base oscille entre 800 et 1 000 dollars US, (700 &#224; 900 euros). Le coop&#233;rateur des entreprises de transports publics, lesquelles se livrent par ailleurs &#224; une concurrence acharn&#233;e au d&#233;triment des usagers, se comporte ainsi davantage comme un actionnaire de sa bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Unidad Popular est une coalition des partis de gauche radicale oppos&#233;s &#224; la gauche au pouvoir, on y trouve une kyrielle de partis. En plus de ceux cit&#233;s plus haut, on trouve aussi Refondation communiste, Intransigeance socialiste, Communistes r&#233;volutionnaires, Assembl&#233;e populaire, Parti humaniste et quelques autres dont j'ai oubli&#233; les noms.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Frente Amplio (Front &#233;largi) est le parti au pouvoir. Fond&#233; en 1971 aux pr&#233;mices de la dictature, il a &#233;t&#233; rapidement interdit et pers&#233;cut&#233;. Depuis sa premi&#232;re victoire historique en 2004, il rassemble 9 partis ou mouvances dont le Parti socialiste, le Parti communiste, des anciens Tupamaros, le Parti de la Victoire du peuple...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Raoul Sendic surnomm&#233; &#171; El Bebe &#187;, n&#233; en 1925 en Uruguay et mort en 1989 en France &#224; Paris. H&#233;ros des luttes sociales dans son pays, p&#232;re fondateur de la gu&#233;rilla urbaine (mais pas que) MLN Tupamaro, il a &#233;t&#233; bless&#233; au combat et enferm&#233; pendant 12 ans dans des conditions inhumaines par la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Les-contrats-fantomes-de-Montes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CQFD&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; n&#176;121 (avril 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La PIT-CNT (Plenario Intersindical de Trabajadores &#8211; Convenci&#243;n Nacional de Trabajadores) est la seule conf&#233;d&#233;ration syndicale uruguayenne. Son nom actuel provient d'une part de la Convention nationale des travailleurs (CNT) cr&#233;&#233;e en 1964, et interdite apr&#232;s le coup d'&#201;tat du 27 juin 1973, d'autre part de l'Intersyndicale pl&#233;ni&#232;re des travailleurs (PIT), cr&#233;&#233;e en 1982, alors que la junte militaire accordait une lib&#233;ralisation relative du r&#233;gime. Le 1er mai 1984, la conf&#233;d&#233;ration reprit son nom initial de CNT, sans abandonner le sigle PIT. La PIT-CNT compte aujourd'hui 64 f&#233;d&#233;rations syndicales, avec 200 000 affili&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La part des salaires dans le PIB argentin est divis&#233;e par deux : des pans entiers de la classe moyenne ayant b&#233;n&#233;fici&#233; du pseudo-miracle argentin rejoignent les 20% de la population d&#233;j&#224; noy&#233;s dans la marginalisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir de documentaire de Naomi Klein, &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt;, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Occuper, r&#233;sister, produire &#187;, Syllepse, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Communiqu&#233; du mensuel CQFD</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Communique-du-mensuel-CQFD</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Communique-du-mensuel-CQFD</guid>
		<dc:date>2017-04-12T11:08:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>travailleurs</dc:subject>
		<dc:subject>CFDT</dc:subject>
		<dc:subject>critique sociale</dc:subject>
		<dc:subject>modeste mensuel</dc:subject>
		<dc:subject>flatt&#233; d'avoir</dc:subject>
		<dc:subject>d'avoir attir&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>attir&#233; l'attention</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative-Police s'offusque</dc:subject>
		<dc:subject>Philippe Poutou</dc:subject>
		<dc:subject>modeste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Notre modeste mensuel de critique sociale est flatt&#233; d'avoir attir&#233; l'attention de la CFDT, syndicat toujours &#224; la pointe dans la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Alternative-Police s'offusque de notre Une qui stigmatiserait une institution de la R&#233;publique . Question : l'institution ne se stigmatise-t-elle pas toute seule quand une matraque p&#233;n&#232;tre (par accident ?) l'anus d'un citoyen et que l'auteur de cet acte barbare est juste mis &#224; pied ? On attend toujours une condamnation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travailleurs" rel="tag"&gt;travailleurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CFDT" rel="tag"&gt;CFDT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/critique-sociale" rel="tag"&gt;critique sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/modeste-mensuel" rel="tag"&gt;modeste mensuel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/flatte-d-avoir" rel="tag"&gt;flatt&#233; d'avoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-avoir-attire" rel="tag"&gt;d'avoir attir&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/attire-l-attention" rel="tag"&gt;attir&#233; l'attention&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alternative-Police-s-offusque" rel="tag"&gt;Alternative-Police s'offusque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Philippe-Poutou" rel="tag"&gt;Philippe Poutou&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/modeste" rel="tag"&gt;modeste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;N&lt;/span&gt;otre modeste mensuel de critique sociale est flatt&#233; d'avoir attir&#233; l'attention de la CFDT, syndicat toujours &#224; la pointe dans la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alternative-Police s'offusque de notre Une qui stigmatiserait une institution de la R&#233;publique&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://www.alternativepn.fr/medias....&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : l'institution ne se stigmatise-t-elle pas toute seule quand une matraque p&#233;n&#232;tre (par accident ?) l'anus d'un citoyen et que l'auteur de cet acte barbare est juste mis &#224; pied ? On attend toujours une condamnation ferme de votre part, plut&#244;t que ce genre de tergiversations : &#171; La s&#233;r&#233;nit&#233; de tous est donc de rigueur dans cette affaire ! &#187; (cf. &lt;a href=&#034;https://www.alternativepn.fr/medias/files/07-02-2017-aulnay-sous-bois.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;votre communiqu&#233; du 07/02/17&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, lorsque le 6 mars, au lyc&#233;e Suger de Saint-Denis (93), la police est intervenue contre des enfants avec des m&#233;thodes dignes de la bataille d'Alger, vous n'avez pas jug&#233; bon de questionner une telle disproportion dans l'emploi de la force. En bons p&#232;res de famille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;signez &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, mais aussi les rappeurs Fianso et Jo le Ph&#233;no, ainsi que Philippe Poutou, comme des individus qui &#171; &lt;i&gt;se consid&#232;rent au&#8208;dessus de la loi de la R&#233;publique en diffamant et en outrageant des hommes et des femmes qui &#339;uvrent au quotidien &#224; la s&#233;curit&#233; de tous au p&#233;ril de leur vie&lt;/i&gt; &#187;. Mais qui dans ce pays, &#224; part les politiciens, peut se vanter de b&#233;n&#233;ficier d'autant d'impunit&#233; que les policiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#224; l'automne 2016, on a vu des centaines de flics arm&#233;s et cagoul&#233;s envahir les rues de Paris toutes sir&#232;nes hurlantes, pendant leurs heures de service et en plein &#233;tat d'urgence, pour y conspuer leur hi&#233;rarchie avec des slogans fascisto&#239;des, le silence de votre syndicat a &#233;t&#233; fracassant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; vos coll&#232;gues sympathisants FN (50 % d'entre vous, selon certaines estimations), &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'est pas au-dessus des lois. Et nous sommes donc pr&#234;ts &#224; affronter les foudres judiciaires que vous r&#233;clamez contre nous. En cas de proc&#232;s, nous donnerons la parole en tant que t&#233;moins de la d&#233;fense &#224; tous les proches des victimes de violences polici&#232;res. La salle d'audience n'y suffira pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.alternativepn.fr/medias/files/09-04-2017-stigmatisation.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.alternativepn.fr/medias...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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