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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le Baroud de Sidi Ifni</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas, Mohammed Fay&#231;al</dc:creator>


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&lt;p&gt;Une ville du Sud marocain s'insurge et, quelle h&#233;r&#233;sie !, s'organise en assembl&#233;e, hors de toute ob&#233;dience politique. Au grand dam des m&#233;dias, aucun islamiste &#224; l'horizon : black-out sur une de ces frondes qui essaiment dans le Maghreb, depuis Oran jusqu'&#224; Redeyef (Tunisie). IL EST 4H30, en ce samedi 7 juin2008, lorsque 5000 policiers et militaires lancent leur offensive sur Sidi Ifni, ville de 30000 habitants dans le sud du Maroc, &#224; la fronti&#232;re du Sahara occidental. Objectifs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une ville du Sud marocain s'insurge et, quelle h&#233;r&#233;sie !, s'organise en assembl&#233;e, hors de toute ob&#233;dience politique. Au grand dam des m&#233;dias, aucun islamiste &#224; l'horizon : black-out sur une de ces frondes qui essaiment dans le Maghreb, depuis Oran jusqu'&#224; Redeyef (Tunisie).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;IL EST 4H30, en ce samedi 7 juin2008, lorsque 5000 policiers et militaires lancent leur offensive sur Sidi Ifni, ville de 30000 habitants dans le sud du Maroc, &#224; la fronti&#232;re du Sahara occidental. Objectifs de l'invasion : d&#233;bloquer l'acc&#232;s au port devant lequel campe depuis une semaine une partie de la population et punir celle-ci d'avoir os&#233; protester contre ses conditions de vie. Pendant plusieurs heures, flics, unit&#233;s sp&#233;ciales et CRS vont se d&#233;cha&#238;ner : bastonnades, tirs de balles en caoutchouc et lacrymo, pillage, portes d&#233;fonc&#233;es, arrestations et humiliations en tout genre. Des t&#233;moins parleront de viols et de morts. Mais plusieurs membres de la soldatesque &#233;prouvent aussi les qualit&#233;s r&#233;put&#233;es de lanceurs de pierres de la jeunesse locale. Un chef de la police &#233;chappe de peu &#224; la mise &#224; feu de ses v&#234;tements impr&#233;gn&#233;s d'essence. Certains Ifnaouis s'&#233;chappent par les toits. D'autres fuient dans les montagnes, poursuivis par des brigades canines et des h&#233;licopt&#232;res. Certains redescendront dans la ville &#224; la nuit tomb&#233;e, se feront arr&#234;ter et rejoindront ceux d&#233;j&#224; enferm&#233;s dans des b&#226;timents administratifs o&#249;, nus et les yeux band&#233;s, ils seront tabass&#233;s et pi&#233;tin&#233;s. Les quelques bless&#233;s qui se rendront &#224; l'h&#244;pital trouveront le personnel habituel remplac&#233; par des auxiliaires militaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_292 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L382xH248/img_art_1869-4b125.jpg?1779602719' width='382' height='248' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour en arri&#232;re : le 30 mai 2008, en r&#233;ponse &#224; des offres d'emplois municipaux, un millier de jeunes se rassemblent devant la mairie pour assister au tirage au sort qui d&#233;signera les six &#171; gagnants &#187;. N&#233;potisme ? Corruption ? La col&#232;re grandit devant le b&#226;timent officiel,au point qu'un groupe de jeunes ch&#244;meurs d&#233;cide de paralyser le centre n&#233;vralgique de la ville :le port de p&#234;che, d'o&#249; partent quotidiennement en direction d'Agadir des convois de camions charg&#233;s de sardines. &lt;i&gt;&#171; Comment tant de poissons peuvent partir ainsi alors que nous crevons de faim et restons ch&#244;meurs ? &#187;&lt;/i&gt;, disent les premiers bloqueurs. Tr&#232;s vite, d'autres jeunes les rejoignent. Une centaine de camions sont bloqu&#233;s. Des tentes s'installent, on apporte r&#233;chauds et matelas. Les familles pr&#233;parent repas et collations pendant qu'une manifestation de plus de mille personnes parcourt les rues de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tradition de r&#233;sistance ? En 2005 d&#233;j&#224;, Sidi Ifni, fief historique des tribus d'A&#239;t Baamrane, r&#233;put&#233;es pour leur indocilit&#233;, s'&#233;tait soulev&#233;. Une assembl&#233;e informelle prend le nom de Secr&#233;tariat local et &#233;labore cinq revendications : &lt;i&gt;&#171; Faire de Sidi Ifni une pr&#233;fecture. Achever la construction du port de p&#234;che. Am&#233;liorer les liaisons routi&#232;res. Cr&#233;er des emplois en construisant des unit&#233;s industrielles de conserveries afin que cessent les passages clandestins et mortels des jeunes en direction des &#238;les Canaries. &#187;&lt;/i&gt; L'&#201;tat r&#233;pond en envoyant la troupe. Le 30 juin 2006, le pr&#233;fet, venu participer aux c&#233;r&#233;monies de la f&#234;te de l'Ind&#233;pendance, est agress&#233; par une petite foule. Il s'en tire avec une clavicule cass&#233;e. En d&#233;cembre 2007, lors d'un passage de Mohammed VI, un participant du Secr&#233;tariat local viole le protocole en s'adressant directement au roi pour lui pr&#233;senter les revendications de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Sidi Ifni, suite &#224; l'intervention arm&#233;e du 7 juin, est isol&#233;e du monde, des soutiens se manifestent &#224; travers le pays. Une caravane rassemblant plusieurs centaines de voitures et de bus se dirige vers la ville assi&#233;g&#233;e. Le 22 juin, apr&#232;s avoir forc&#233; le blocus policier, elle rejoint la population et forme un cort&#232;ge qui rassemble 12 000 personnes et exige la lib&#233;ration des personnes arr&#234;t&#233;es. Les participants de la caravane sont accueillis chez l'habitant. Mais la chasse aux membres du Secr&#233;tariat local continue. Rafles et arrestations nocturnes, chantages et menaces aupr&#232;s des familles se multiplient. Des membres de l'Association nationale des dipl&#244;m&#233;s-ch&#244;meurs sont accus&#233;s de rassemblement arm&#233; et de tentative de meurtre sur un policier en bande organis&#233;e. Apr&#232;s une quinzaine de jours pass&#233;e dans la montagne, Bara Brahim, membre influent du Secr&#233;tariat local, est arr&#234;t&#233; et soumis &#224; la torture. Le 19 ao&#251;t, malgr&#233; la terreur, trois &#224; quatre cents personnes d&#233;cident de bloquer &#224; nouveau le port. L'intervention imm&#233;diate de la flicaille provoque des affrontements qui se transforment en &#233;meutes dans toute l'agglom&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de restaurer la confiance, un simulacre de commission d'enqu&#234;te &#171; impartiale &#187;, compos&#233;e de repr&#233;sentants de tous les partis politiques officiels, est cr&#233;&#233;e. Mais le rapport parlementaire conclut que l'intervention des forces de s&#233;curit&#233; &#233;tait justifi&#233;e. Un d&#233;put&#233; socialiste argumente : &lt;i&gt;&#171; Il n'y a aucune route d'acc&#232;s au port &#224; part celle qui traverse la ville. Il fallait bien enlever les barricades, ce qui a provoqu&#233; les affrontements avec les manifestants. Le port &#233;tait sous embargo alors qu'il a une vocation de service public et donc d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/i&gt; Int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ? &lt;i&gt;&#171; Sans nos immigr&#233;s, nous serions morts de faim. Il n'y a qu'eux qui nous viennent en aide, alors que le port rapporte des milliards de dirhams. Maintenant, ils nous interdisent le port. Les marins qui vivent de leurs petites barques n'y ont plus acc&#232;s. Plusieurs veuves survivent gr&#226;ce aux paniers de sardines qu'elles vendent. C'est quoi ce droit ? On ne peut m&#234;me plus vivre dans notre propre pays &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pond vivement une habitante de Sidi Ifni. &#192; ce jour, des centaines d'Ifnaouis sont encore enferm&#233;s dans des ge&#244;les innommables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comit&#233; de soutien &#224; Sidi Ifni : soutien-sidi-ifni @ laposte.net&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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