<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=17040&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien avec Roberto Saviano, auteur de Gomorra</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Entretien-avec-Roberto-Saviano</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Entretien-avec-Roberto-Saviano</guid>
		<dc:date>2010-05-12T09:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andrea Bottalico, Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;tat</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>Naples</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>mafieux</dc:subject>
		<dc:subject>clans</dc:subject>
		<dc:subject>organisations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;N&#233; en 1979 &#224; Naples, Roberto Saviano est &#233;crivain et journaliste. Il a particip&#233; &#224; l'Observatoire de la Camorra. En mars 2006, il publie un &#171; roman nofiction &#187;, Gomorra, dans l'empire de la Camorra. Dans la lign&#233;e de Truman Capote, il m&#233;lange litt&#233;rature, essai et reportage pour raconter le pouvoir du crime organis&#233; en Italie et dans le monde. L'ouvrage se vend &#224; deux millions d'exemplaires en Italie et trois millions dans le reste du monde. Face &#224; ce succ&#232;s, plusieurs chefs mafieux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no77-avril-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;77 (avril 2010)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naples" rel="tag"&gt;Naples&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-economie" rel="tag"&gt;l'&#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mafieux" rel="tag"&gt;mafieux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/clans" rel="tag"&gt;clans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/organisations" rel="tag"&gt;organisations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; en 1979 &#224; Naples, Roberto Saviano est &#233;crivain et journaliste. Il a particip&#233; &#224; l'Observatoire de la Camorra. En mars 2006, il publie un &lt;i&gt;&#171; roman nofiction &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gomorra&lt;/i&gt;, dans l'empire de la Camorra. Dans la lign&#233;e de Truman Capote, il m&#233;lange litt&#233;rature, essai et reportage pour raconter le pouvoir du crime organis&#233; en Italie et dans le monde. L'ouvrage se vend &#224; deux millions d'exemplaires en Italie et trois millions dans le reste du monde. Face &#224; ce succ&#232;s, plusieurs chefs mafieux incrimin&#233;s par Saviano l'ont condamn&#233; &#224; mort, ce qui l'oblige &#224; vivre depuis le 13 octobre 2006 sous escorte polici&#232;re. Son second livre, &lt;i&gt;Le contraire de la mort&lt;/i&gt;, vient de sortir en France aux &#233;ditions Robert Laffont. Depuis sa semi-clandestinit&#233;, il a accept&#233; de r&#233;pondre aux questions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : L'&#201;tat italien est historiquement et culturellement moins implant&#233; dans sa soci&#233;t&#233; que l'&#201;tat fran&#231;ais. Est-ce encore un &#233;l&#233;ment utile pour expliquer l'enracinement mafieux et son d&#233;veloppement actuel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roberto Saviano :&lt;/strong&gt; Ici, il ne faut pas r&#233;fl&#233;chir en terme de bipolarit&#233;, &#201;tat contre anti-&#201;tat. &#199;a n'existe pas. Les mafias font partie de l'&#201;tat et l'&#201;tat fait partie des mafias. Il existe une remarquable corr&#233;lation entre l'&#233;volution du pouvoir mafieux et celle du pouvoir &#233;tatique. Sans aucun doute, la Camorra a &#233;t&#233; bien plus capable que l'&#201;tat de p&#233;n&#233;trer le tissu social. Voil&#224; la grande diff&#233;rence : sa capacit&#233; &#224; donner des r&#233;ponses aux demandes, aux besoins des gens comme aux attentes du march&#233;. Les officines mafieuses sont bien plus efficaces pour trouver un boulot ou un salaire &#224; celui qui en a besoin que les &#171; P&#244;le Emploi &#187; &#233;tatiques. Pourquoi se poser la question d'&#233;changer et d'agir de mani&#232;re l&#233;gale,quand il est bien plus ais&#233; d'obtenir une situation en tirant un trait sur sa propre moralit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de se fondre dans l'&#233;conomie de march&#233;, qu'&#233;tait la Camorra ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait guapparia, c'est-&#224;-dire une sorte d'organisation secr&#232;te qui levait un imp&#244;t sur toutes les activit&#233;s ill&#233;gales. Une bourgeoisie de la mis&#232;re. Aujourd'hui, ce n'est plus &#231;a. Depuis un demi-si&#232;cle, ce n'est plus &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s modernes, la politique est toujours en retard par rapport au temps impos&#233; par l'&#233;conomie. Les organisations mafieuses semblent capables d'interpr&#233;ter la r&#233;alit&#233; et les d&#233;fis de la mondialisation avec une plus grande agilit&#233;. Pourquoi ? Et &#224; quel prix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique a l'&#233;norme d&#233;faut de ne pas avoir les pieds sur terre. La criminalit&#233; organis&#233;e vit, elle, en contact &#233;troit avec le quotidien : elle ne craint pas d'y tremper les mains et respire l'air de la n&#233;cessit&#233;. Elle l'&#233;value, le mastique et le transforme en business. Elle exploite tout ce qu'elle peut. &#192; tel point que les organisations criminelles sont aujourd'hui sutur&#233;es sous la peau de la vie &#233;conomique. Elles sont plus comp&#233;titives et r&#233;actives que n'importe quelle multinationale. Elles font preuve d'une capillarit&#233; mercantile &#224; faire p&#226;lir d'envie les grandes entreprises. Elles savent ce qu'elles veulent,connaissent bien la demande et imposent une offre imbattable. &#192; quel prix ? Le co&#251;t est pay&#233; en &#226;mes damn&#233;es, massacres, corps cram&#233;s dans des carcasses de voiture, exploitation au noir et chantages auxquels il devient tr&#232;s difficile de r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as publi&#233; les noms et pr&#233;noms des &#171; boss &#187; camorristes et de leurs complices dans le monde des affaires,mais tu as &#233;t&#233; plus prudent sur l'infiltration mafieuse dans le monde politique. C'est le prix &#224; payer pour ton actuelle protection ? Es-tu encore libre de parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas un homme qu'on fait chanter. Cette protection m'a &#233;t&#233; offerte pour me permettre de continuer &#224; parler au plus de monde possible. Mais les noms en politique sont plus difficiles &#224; donner, pour la simple raison que c'est plus compliqu&#233; d'avoir des certitudes sur les culpabilit&#233;s. Et tu ne peux pas te permettre de faire des erreurs, parce que sinon tu deviens un Savonarole&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominicain du XVe si&#232;cle rendu c&#233;l&#232;bre par ses pr&#234;ches v&#233;h&#233;ments.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de l'antimafia, qui en accusant tout le monde d'&#234;tre des mafieux finit par donner l'impression que personne n'est mafieux. La pr&#233;sence des mafias &#224; l'int&#233;rieur du monde politique est de plus en plus forte,mais c'est difficile &#224; prouver. Je donne des noms quand je suis s&#251;r de la consistance des accusations, comme dans le cas de Nicola Cosentino, vice-ministre dont les services antimafia de Naples ont demand&#233; l'arrestation. Parce qu'un appel d'offres, une concession de march&#233; ou un mandat de comparution sont des documents tangibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les anticorps g&#233;n&#233;r&#233;s par la soci&#233;t&#233; italienne pour r&#233;sister au pouvoir mafieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'en vient deux &#224; l'esprit : un de type aristocratique, comme le cas de Sorrento ou de la c&#244;te amalfitaine, o&#249; les vieilles familles bourgeoises ou nobles,quand elles sont en crise,vendent leurs propri&#233;t&#233;s seulement &#224; leurs pareils et aux locaux pour &#233;viter toute infiltration mafieuse. L'autre, c'est l'id&#233;e lib&#233;rale de rendre la l&#233;galit&#233; plus avantageuse pour permettre &#224; la libre entreprise de grandir hors du contr&#244;le mafieux, et esp&#233;rer ainsi d&#233;truire le crime organis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paraphrasant Robert Kaplan (&lt;i&gt;&#171; Regarde le z&#233;ro et tu ne verras rien, regarde &#224; travers le z&#233;ro et tu verras l'infini &#187;&lt;/i&gt;), tu as &#233;crit &lt;i&gt;&#171; Regarde la coca&#239;ne et tu verras juste de la poudre, regarde &#224; travers elle et tu verras le monde &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vi racconto l'impero della cocaina &#187;, article paru dans L'Espresso du 8 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. L'&#233;conomie criminelle est devenue une composante essentielle du march&#233; mondial. Dans sa crise perp&#233;tuelle, le capitalisme n'est-il pas tent&#233; de recourir de plus en plus souvent &#224; de tels proc&#233;d&#233;s d'accumulation primitive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation originaire &#8211;ou primitive,comme tu dis&#8211; est n&#233;cessaire dans un march&#233; de plus en plus domin&#233; par des monopoles. Dans une p&#233;riode de crise comme celle-ci, seules de consid&#233;rables disponibilit&#233;s d'argent liquide permettent de faire de gros investissements pour r&#233;sister &#224; la concurrence et, a fortiori, gagner de nouvelles parts de march&#233;. N'oublie jamais : business, business, business.Voil&#224; les trois mots-cl&#233;s de la p&#232;gre. Tout doit converger dans le business, y compris l'imagination et la cr&#233;ativit&#233; pour trouver de nouveaux domaines d'activit&#233;s et augmenter ses gains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on dire alors que l'activit&#233; mafieuse agit aujourd'hui comme un acc&#233;l&#233;rateur de l'&#233;conomie l&#233;gale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, oui. En r&#233;alit&#233;, l'&#233;conomie criminelle se pr&#233;sente sur les nouveaux march&#233;s avec des propositions avantageuses : prix comp&#233;titifs, main-d'&#339;uvre corv&#233;able. Cela devrait &#234;tre des signaux alarmants pour les entrepreneurs honn&#234;tes ayant affaire &#224; ce genre d'offre : le risque encouru est bien pire que le b&#233;n&#233;fice obtenu initialement. Ces timides entr&#233;es dans le march&#233; se transforment rapidement en d&#233;g&#233;n&#233;rescence incontr&#244;lable, comme une m&#233;tastase : celui qui au d&#233;but t'offrait une main-d'oeuvre &#224; bas co&#251;t devient ensuite ton premier concurrent, capable de rafler les appels d'offres et disposant d'&#233;normes quantit&#233;s d'argent &#224; blanchir. Seconder ou demander un soutien &#224; cette &#233;conomie souterraine revient &#224; lui ouvrir les portes et renoncer &#224; reprendre un jour le contr&#244;le de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les groupes mafieux ne semblent pas souffrir de la crise. Au contraire, ils arrivent &#224; en tirer profit, en v&#233;ritable avant-garde de l'&#233;conomie globale. Dans quelles circonstances pourraient-ils faire faillite ou,tout au moins, subir la crise &#233;conomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rer qu'ils &#233;chouent reviendrait &#224; attendre la faillite des multinationales comme Nestl&#233;, Henkel&#8230; Il faut savoir que la criminalit&#233; organis&#233;e est versatile : elle op&#232;re dans plusieurs domaines, avec une capacit&#233; d'adaptation incomparable, cam&#233;l&#233;onesque. Les groupes criminels sont aujourd'hui g&#233;r&#233;s par des personnes cultiv&#233;es, bien pr&#233;par&#233;es, avec un haut degr&#233; de professionnalisme. Les &#171; boss &#187; investissent dans des &#339;uvres d'art, publient des livres, dissertent sur la psychanalyse et envoient leurs fils dans de grandes universit&#233;s. Il ne s'agit plus seulement de sang, de brutalit&#233; et de puissance militaire. Il ne faut pas se laisser pi&#233;ger par l'imaginaire du mafieux &#224; chapeau mou : ceux d'aujourd'hui sont toujours des individus sans scrupule,mais ils ont plusieurs dipl&#244;mes en poche, &#224; cot&#233; du flingue. Et cette formation sert &#224; tuer autant, sinon plus, que les armes. Il ne s'agit pas de personnages folkloriques. Ce sont des fils de propri&#233;taires terriens et d'entrepreneurs de la construction. Eux-m&#234;mes se d&#233;finissent comme des entrepreneurs. Plus que sur une faillite, il faut miser sur une nouvelle culture. Je crois beaucoup aux jeunes, aux changements qu'ils peuvent apporter. Je comprends et j'approuve leur envie d'&#233;migrer, mais j'esp&#232;re aussi qu'une fois qu'ils auront connu d'autres pays, ils auront la volont&#233; de retourner dans le Sud pour y introduire des exp&#233;riences positives et d&#233;montrer qu'une autre Italie est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines grandes marques de l'industrie du luxe passent des accords avec le crime organis&#233; pour inonder le march&#233; avec des contrefa&#231;ons &#8211;moins ch&#232;res&#8211; de leurs propres produits&#8230; On en trouve jusqu'&#224; Istanbul. Quelles sont les relations des mafias italiennes avec les r&#233;seaux de commer&#231;ants orientaux qui transitent sur ces m&#234;mes routes commerciales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sont tr&#232;s vari&#233;s. Une enqu&#234;te des services de l'antimafia de Naples a r&#233;v&#233;l&#233; par exemple des relations du clan Mazzarella avec des Arabes li&#233;s au fondamentalisme islamique. Le clan leur a permis de vivre en toute tranquillit&#233; &#224; Naples sous de fausses identit&#233;s et munis de fausses cartes de s&#233;jour. En &#233;change, les Arabes ont fourni du haschisch &#224; prix cass&#233;, mais surtout ils lui ont ouvert un march&#233; au Maghreb pour leur production contrefaite de chaussures, de v&#234;tements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans Gomorra, tu d&#233;cris longuement la pr&#233;sence chinoise &#224; Naples. Quel est son r&#244;le dans la fabrication de contrefa&#231;ons textiles au sein des fabriques sous contr&#244;le camorriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, les triades chinoises ont tiss&#233; des rapports d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec la Camorra. Le port de Naples est aujourd'hui sous contr&#244;le chinois, c'est-&#224;dire de capitaux chinois &#8211; pas forc&#233;ment de la mafia chinoise, m&#234;me si souvent la limite entre capital l&#233;gal et capital mafieux est difficile &#224; situer. La volont&#233; des clans est de renforcer toujours plus le lien entre la Chine et Naples. C'est, parmi d'autres, un moyen de compter sur une main-d'&#339;uvre sp&#233;cialis&#233;e &#224; bas co&#251;t. La communaut&#233; chinoise est discr&#232;te et laborieuse, deux qualit&#233;s tr&#232;s appr&#233;ci&#233;es par les organisations criminelles de la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as affirm&#233; que le probl&#232;me n'est pas seulement italien, mais europ&#233;en. Quelles sont les organisations qui investissent en France ? Dans quels secteurs et quelles affaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, il y a des clans calabrais, siciliens et de Casal di Principe [Campanie]. Ils investissent dans le ciment, les boutiques de luxe, les restaurants, les h&#244;tels, les transports, la distribution, les denr&#233;es alimentaires&#8230; Mais en France, le gouvernement s'int&#233;resse peu &#224; la criminalit&#233; organis&#233;e et pr&#233;f&#232;re se focaliser sur la criminalit&#233; sociale. La p&#232;gre corse est int&#233;ressante, capable de se structurer avec des m&#233;canismes similaires au milieu italien. Le gang de la Brise de mer est toujours l&#224;, m&#234;me si l'&#201;tat fran&#231;ais fait semblant de le croire mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ces temps de mondialisation, qu'est-ce qui diff&#233;rencie les organisations mafieuses russes, bulgares, nig&#233;rianes,mexicaines ou colombiennes des syst&#232;mes mafieux italiens ? Ce qui se passe &#224; Naples ne semble pas tr&#232;s diff&#233;rent de ce qu'on voit dans les m&#233;tropoles d'Am&#233;rique du Sud&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s criminels op&#232;rent des mutations rapides et les mafias aussi. Chacune selon ses propres d&#233;clinaisons, mais au fond, les organisations deviennent comparables. Ce qui est frappant, c'est que presque toutes se structurent sur le mod&#232;le des organisations criminelles italiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu d&#233;fini le Mexique comme une &#171; narcod&#233;mocratie &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il subsiste encore une structure d&#233;mocratique au Mexique : des &#233;lections plus ou moins libres,un march&#233; plus ou moins libre, des ministres, un syst&#232;me de sant&#233;. Mais le narcotrafic tire les ficelles. L'&#201;tat mexicain existe encore parce que les narcos ont besoin qu'un &#201;tat existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel type de menace repr&#233;sente aujourd'hui la 'Ndrangheta calabraise, apr&#232;s les r&#233;cents attentats perp&#233;tr&#233;s comme autant de messages d'intimidation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme s'ils voulaient se faire de la publicit&#233; : quand une entreprise planifie des campagnes de pub, elle le fait parce qu'elle a besoin de r&#233;cup&#233;rer ou de r&#233;affirmer ses parts de march&#233;. C'est aussi le cas avec la 'Ndrangheta. C'est comme s'ils avaient affich&#233; des panneaux publicitaires pour confirmer leur position dans le monde. C'est parce qu'elle a besoin de s'imposer &#224; nouveau, y compris sur le plan m&#233;diatique, public,symbolique. &#199;a signifie qu'un court-circuit a eu lieu, qui met en crise leur cr&#233;dibilit&#233;. Et &#231;a, c'est un &#233;l&#233;ment positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de la r&#233;volte des ouvriers agricoles immigr&#233;s de Rosarno, d&#233;signer la 'Ndrangheta comme seule responsable n'emp&#234;che-t-il pas de prendre en compte la responsabilit&#233; des propri&#233;taires terriens, des politiciens locaux et de la politique agricole europ&#233;enne ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces gens-l&#224; ont sans doute des responsabilit&#233;s, mais je crois qu'il est important de maintenir les projecteurs sur les vrais protagonistes, sur ceux qui g&#232;rent la vraie trame de cette histoire d'exploitation &#233;hont&#233;e. Les autres sont des seconds couteaux, des comparses. La gestion de ce secteur de l'&#233;conomie est &#224; l'heure actuelle entre les mains de la 'Ndrangheta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains disent que la 'Ndrangheta et le racisme sont des alibis de &lt;i&gt;&#171; jeunes journalistes en mal de scoop &#187;&lt;/i&gt;, l'arbre qui cache la for&#234;t des rapports de production capitalistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des enqu&#234;tes importantes sont men&#233;es et que les v&#233;ritables responsabilit&#233;s sont d&#233;busqu&#233;es, c'est facile d'accuser leurs auteurs de se prendre pour des divas. Mais les m&#233;canismes criminog&#232;nes naissent et sont g&#233;r&#233;s d'en bas. C'est l&#224; qu'il faut commencer &#224; observer et &#224; raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre l'emprise mafieuse,est-on condamn&#233; &#224; militer pour la restauration d'un hypoth&#233;tique &#233;tat de droit ou bien existe-t-il des formes de r&#233;sistance g&#233;n&#233;r&#233;es par la soci&#233;t&#233; locale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; &#224; Rosarno est un exemple extraordinaire de r&#233;sistance. Les immigr&#233;s de Rosarno ont de fait d&#233;fendu des droits que nous, les Italiens, avons renonc&#233; &#224; d&#233;fendre. Eux ont accept&#233; initialement de venir se faire exploiter, ils ont repeupl&#233; des zones abandonn&#233;es, ils s'installent de mani&#232;re pacifique, ils s'ins&#232;rent dans la soci&#233;t&#233; locale et, au fur et &#224; mesure, deviennent autosuffisants en cherchant des syst&#232;mes d'&#233;conomie alternatifs, honn&#234;tes, le plus &#233;loign&#233;s possible de la mafia, pour &#233;chapper &#224; l'emprise de son syst&#232;me de repr&#233;sailles. Ils sont pr&#234;ts &#224; se faire exploiter pour vingt euros par jour, ils troquent leur vie contre un travail &#233;puisant, mais, avec en contrepartie, la construction d'une nouvelle vie sur des territoires que les Italiens n'habitent plus. Ils se r&#233;approprient la dignit&#233; qui accompagne l'accomplissement de travaux humbles. Les immigr&#233;s ont &#233;t&#233; les seuls, ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; se r&#233;volter ouvertement contre les pouvoirs criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, les mafias ont sans doute &#233;t&#233; un m&#233;canisme de r&#233;sistance, puis un moyen de survie pour les plus pauvres. Aujourd'hui, alors qu'elles sont devenues parties int&#233;grantes du syst&#232;me, quelles sont les &#233;chappatoires pour les gens simples qui ne sont ni affili&#233;s aux clans ni fonctionnaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'il y ait d'&#233;chappatoire. Naples est une ville populeuse. Une grande partie des Napolitains ne sont li&#233;s ni aux clans, ni &#224; une activit&#233; l&#233;gale. Ce sont des gens que les clans ne peuvent pas int&#233;grer, ou qui ne veulent pas &#234;tre int&#233;gr&#233;s. Seuls les plus habiles et les plus mall&#233;ables finissent par s'affilier. L'&#233;conomie informelle, les vols &#224; la tire, les braquages, le vol de voitures permettent &#224; beaucoup de survivre sans &#234;tre pris en charge par les clans. Il existe une sorte de loi non &#233;crite qui fait que ceux qui commettent ces petites arnaques doivent demander l'autorisation aux clans. Il arrive aussi qu'ils soient punis par la Camorra quand ils exag&#232;rent ou touchent &#224; qui ils n'auraient pas d&#251; toucher. Mais la plupart des Napolitains ne vivent ni gr&#226;ce &#224; la Camorra, ni gr&#226;ce &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Albert Camus, que tu aimes beaucoup, donnait une place importante &#224; l'id&#233;e d'honneur. Le concept, dans le sud de l'Italie, a &#233;t&#233; habilement manipul&#233; par les mafieux pour le mettre au service de leur propre grammaire, de leur propre pouvoir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je d&#233;sire par-dessus tout, c'est qu'on puisse se r&#233;approprier les mots. Le crime organis&#233; a d&#233;tourn&#233; la signification noble de l'honneur. L'honneur, c'est sentir sa propre dignit&#233; offens&#233;e quand on est face &#224; une injustice grave. La fiert&#233; d'&#234;tre un homme d'honneur n'a pas sa place dans le syst&#232;me mafieux. Elle a sa place dans l'id&#233;e de d&#233;fendre son droit au bonheur et de croire dans des valeurs communes sans calculer les cons&#233;quences. Je veux retrouver la fiert&#233; de ce mot. Sa signification comme le mot en lui-m&#234;me. Je veux r&#233;cup&#233;rer tout notre vocabulaire. Le seul mot que je leur abandonne avec plaisir, c'est la l&#226;chet&#233;. Celui-l&#224; ne nous sera d'aucune utilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dominicain du XVe si&#232;cle rendu c&#233;l&#232;bre par ses pr&#234;ches v&#233;h&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Vi racconto l'impero della cocaina &#187;, article paru dans &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt; du 8 mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
