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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fronti&#232;re franco-anglaise : enqu&#234;te sur la mort d'une enfant kurde</title>
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		<dc:creator>Ma&#235;l Galisson</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 septembre 2020, le b&#233;b&#233; de Rupak Sharif et Hazhar Ibrahim, exil&#233;&#183;es kurdes d'Irak, mourait &#224; l'h&#244;pital quelques jours apr&#232;s une intervention de gendarmerie sur une plage proche de Calais. Traumatis&#233; par cet &#233;v&#233;nement, le couple a d&#233;pos&#233; plainte en f&#233;vrier 2021 et se bat pour &#233;tablir la responsabilit&#233; des forces de l'ordre dans le d&#233;c&#232;s de sa nouvelle-n&#233;e. Une enqu&#234;te de l'IGGN est en cours. Rencontr&#233; par CQFD, un exil&#233; t&#233;moin des faits confirme la version de la famille et contredit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 septembre 2020, le b&#233;b&#233; de Rupak Sharif et Hazhar Ibrahim, exil&#233;&#183;es kurdes d'Irak, mourait &#224; l'h&#244;pital quelques jours apr&#232;s une intervention de gendarmerie sur une plage proche de Calais. Traumatis&#233; par cet &#233;v&#233;nement, le couple a d&#233;pos&#233; plainte en f&#233;vrier 2021 et se bat pour &#233;tablir la responsabilit&#233; des forces de l'ordre dans le d&#233;c&#232;s de sa nouvelle-n&#233;e. Une enqu&#234;te de l'IGGN est en cours. Rencontr&#233; par CQFD, un exil&#233; t&#233;moin des faits confirme la version de la famille et contredit celle de la pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Plusieurs fois, nous avons dit aux gendarmes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : retenez-nous sur la plage si vous voulez, mais emmenez cette femme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; La m&#233;moire de Falah&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ne flanche pas. Attabl&#233; dans un McDonald's de l'Est londonien, le jeune Kurde se rappelle tr&#232;s bien cette nuit de septembre 2020, durant laquelle le groupe d'exil&#233;&#183;es dont il faisait partie a &#233;t&#233; retenu par une patrouille de gendarmerie sur une plage du Calaisis pendant plusieurs heures. Parmi les autres candidat&#183;es au passage du Channel cette nuit-l&#224;, Rupak Sharif, enceinte de 35 semaines et qui, faute d'une prise en charge m&#233;dicale rapide, a vu sa nouvelle-n&#233;e, Aleksandra, mourir trois jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; exactement dans la nuit du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; au 2 septembre 2020, sur le littoral de la commune d'Oye-Plage, &#224; quelques kilom&#232;tres de Calais ? Rupak, qui avait perdu les eaux peu de temps apr&#232;s le d&#233;but de l'intervention des forces de l'ordre, assure avoir pr&#233;venu les gendarmes de son &#233;tat de d&#233;tresse. Ces derniers auraient refus&#233; de pr&#233;venir les secours. une plainte pour &#171; violences volontaires &#187; et &#171; non-assistance &#224; personne en danger &#187; a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e il y a un peu plus d'un an, en f&#233;vrier 2021. La pr&#233;fecture du Pas-de-Calais, dans un communiqu&#233; diffus&#233; dans la foul&#233;e, d&#233;but mars 2021, avance quant &#224; elle qu' &#187; &lt;i&gt;aucun des migrants n'a fait part de difficult&#233;s particuli&#232;res&lt;/i&gt; &#187; au cours de l'op&#233;ration&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;l&#233;ments de contexte sur une tentative de travers&#233;e clandestine de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Falah, pr&#233;sent cette nuit-l&#224; sur la plage, a accept&#233; de t&#233;moigner de mani&#232;re anonyme dans le cadre de la pr&#233;sente enqu&#234;te journalistique. Son r&#233;cit contredit la version des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un Zodiac sous le sable et les branchages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Assise sur le bord du canap&#233; dans son logement de Greenwich, o&#249; elle vit d&#233;sormais apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; rejoindre l'Angleterre, Rupak parle d'une voix basse et retisse le fil de cette nuit-l&#224;. Le groupe d'exil&#233;&#183;es d'abord, &#171; &lt;i&gt;entre 18 et 22 personnes&lt;/i&gt; &#187;, dont elle et son mari, Hazhar, et leurs deux enfants, Anas et Elaria, 10 et 2 ans au moment des faits. Puis la longue marche pour atteindre la plage, les murs et barri&#232;res &#224; contourner, la nuit, le froid. Quand le groupe arrive au point de rendez-vous, il est aux environs de 1 ou 2 heures du matin. L'embarcation pneumatique de type Zodiac, dissimul&#233;e sous le sable et les branchages dans les dunes, est r&#233;cup&#233;r&#233;e puis gonfl&#233;e. On se partage les gilets de sauvetage. Soudain, des lumi&#232;res de lampes torches apparaissent &#224; quelques centaines de m&#232;tres et se rapprochent rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Deux hommes ont alors quitt&#233; imm&#233;diatement le groupe et ont fui dans les dunes&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Falah. La patrouille de gendarmerie, &#171; &lt;i&gt;au moins six personnes, peut-&#234;tre huit&lt;/i&gt; &#187;, selon Rupak, interpelle le reste des exil&#233;&#183;es. Les gendarmes saisissent les gilets de sauvetage, parfois brusquement d'apr&#232;s Falah, puis donnent des coups de couteau dans le Zodiac pour le rendre inutilisable. Rupak : &#171; &lt;i&gt;Ils &#233;taient tr&#232;s virulents dans leurs paroles, ils cherchaient &#224; nous intimider. J'avais si peur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Le groupe est alors maintenu sur la plage pendant 40 minutes, peut-&#234;tre plus, nous dit Falah. &#171; &lt;i&gt;Il faisait extr&#234;mement froid et tr&#232;s humide&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'ambulance n'est jamais venue &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les exil&#233;&#183;es sont ensuite conduit&#183;es vers l'une des entr&#233;es de la plage, &#224; proximit&#233; de la route, o&#249; &#171; &lt;i&gt;se trouvaient une seconde patrouille et deux camionnettes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Rupak. C'est &#224; ce moment-l&#224; que la jeune femme kurde, 30 ans au moment des faits, sent ses v&#234;tements tremp&#233;s : elle vient de perdre les eaux. &#171; &lt;i&gt;J'ai compris que ce n'&#233;tait pas un bon signal pour le b&#233;b&#233;&lt;/i&gt; &#187;, se rappelle-t-elle. &#171; &lt;i&gt;C'est une autre femme qui a averti le reste du groupe de l'&#233;tat de Rupak&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more pour sa part Falah. &#171; &lt;i&gt;Je me suis alors signal&#233;e aux gendarmes, &lt;/i&gt;reprend Rupak, &lt;i&gt;et je le leur ai dit en anglais : &#8220;&#199;a ne va pas, &#231;a ne va pas, appelez une ambulance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Hazhar (le mari), Anas (le fils a&#238;n&#233;) et d'autres personnes interpellent &#233;galement les gendarmes et leur demandent d'appeler les secours. En anglais, mais aussi en fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Il y avait un homme parmi nous qui parlait fran&#231;ais et il s'est exprim&#233; dans cette langue avec les gendarmes&lt;/i&gt; &#187;, assure Falah. Rupak se souvient que l'un des militaires communique par talkie-walkie. Mais rien ne se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous pouvez nous maintenir sur la plage si vous voulez, mais prenez en charge cette femme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'emporte alors Falah. Le temps passe et, malgr&#233; l'insistance de Rupak, Hazhar, Falah et d'autres, les secours ne sont pas contact&#233;s. Pour Falah, ce moment semble durer une &#233;ternit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je ne sais plus combien de temps on est rest&#233;s l&#224;. Ce que je sais, c'est qu'il faisait nuit sombre quand les gendarmes nous ont emmen&#233;s pr&#232;s de la route et que le soleil se levait quand ils sont partis en nous laissant l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'aube, un peu avant 7 h, les patrouilles embarquent deux jeunes hommes du groupe, probablement consid&#233;r&#233;s comme des passeurs, puis quittent subitement les lieux, abandonnant Rupak et le reste du groupe d'exil&#233;&#183;es &#224; leur sort. Dans l'appartement de Greenwich, les yeux cern&#233;s de fatigue de Rupak s'humidifient : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont dit : &#8220;L'ambulance va venir, l'ambulance va venir.&#8221; Mais elle n'est jamais venue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Vous pouvez nous maintenir sur la plage si vous voulez, mais prenez en charge cette femme ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le groupe se scinde : Rupak, Hazhar et plusieurs personnes tentent de s'&#233;loigner du littoral pour trouver de l'aide ; d'autres, dont Falah, essaient de rebrousser chemin et de revenir au campement. La d&#233;tresse de la jeune femme grandit : &#171; &lt;i&gt;Mes v&#234;tements &#233;taient tremp&#233;s et il faisait froid. J'&#233;tais gel&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ils marchent et rencontrent alors une nouvelle patrouille de gendarmes, se d&#233;pla&#231;ant pour sa part en voiture, dont l'&#233;quipage est compos&#233; d'un homme et d'une femme. Le petit groupe d'exil&#233;&#183;es alerte imm&#233;diatement les deux militaires, qui &#8211; cette fois &#8211; contactent aussit&#244;t les secours, tandis que Rupak est install&#233;e &#224; l'arri&#232;re du v&#233;hicule &#224; l'arr&#234;t. Peu de temps apr&#232;s, les pompiers arrivent et prennent en charge la jeune femme. Hazhar, Anas et Elaria sont quant &#224; eux r&#233;cup&#233;r&#233;s quelques dizaines de minutes plus tard par une &#233;quipe de b&#233;n&#233;voles de l'association Utopia 56, au niveau de la rue Merlier, &#224; Oye-Plage. &#171; &lt;i&gt;L'un de nous est parti chercher des v&#234;tements de rechange pendant que les autres ramenaient Hazhar, Anas et Elaria, ainsi qu'une femme avec un enfant, au local avec notre minibus&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Marguerite Combes, d'Utopia 56. Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Hazhar nous a directement racont&#233; ce qu'il s'&#233;tait pass&#233; : la marche, les gendarmes sur la plage, Rupak. Puis il a ajout&#233; : &#8220;Je ne sais pas si mon enfant et ma femme vont survivre.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rupak est prise en charge &#224; l'h&#244;pital de Calais. Les soignant&#183;es d&#233;clenchent l'accouchement via une c&#233;sarienne en urgence, apr&#232;s avoir constat&#233; par &#233;chographie que le b&#233;b&#233; souffre d' &#187; &lt;i&gt;anomalies du rythme cardiaque, avec bradycardie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rythme anormalement lent du c&#339;ur.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt;permanente&lt;/i&gt; &#187;, comme l'indique le rapport m&#233;dical. Aleksandra na&#238;t le 2 septembre dans l'apr&#232;s-midi. La nouvelle-n&#233;e pr&#233;sente alors &#171; &lt;i&gt;des difficult&#233;s d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine&lt;/i&gt; &#187; et les m&#233;decins identifient &#171; &lt;i&gt;une anoxie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diminution de la quantit&#233; d'oxyg&#232;ne que le sang distribue aux tissus.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;p&#233;rinatale s&#233;v&#232;re&lt;/i&gt; &#187; : elle est intub&#233;e puis plac&#233;e sous respiration artificielle quelques minutes apr&#232;s sa naissance. &#171; &lt;i&gt;Son &#233;tat &#233;tait critique&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Frances Timberlake, qui a accompagn&#233; de pr&#232;s la famille en tant que coordinatrice du Refugee Women's Center, association qui soutient les femmes exil&#233;es et leurs familles pr&#233;sentes dans les campements de Grande-Synthe, &#224; une quarantaine de kilom&#232;tres de Calais. &#171; &lt;i&gt;Les deux jours suivants, les m&#233;decins ont multipli&#233; les tests, mais ils ne d&#233;tectaient toujours pas d'activit&#233; c&#233;r&#233;brale&lt;/i&gt; &#187;, poursuit la militante associative. Le 5 septembre &#224; 14 h, avec l'accord de Rupak et Hazhar, les m&#233;decins d&#233;cident d'arr&#234;ter la respiration artificielle. Quelques heures plus tard, &#171; &lt;i&gt;Aleksandra d&#233;c&#232;de dans les bras de son p&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, commente le rapport m&#233;dical. &#171; &lt;i&gt;Hazhar, les soignants, tout le monde pleurait dans la salle de r&#233;animation&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more Frances Timberlake.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une enqu&#234;te bloqu&#233;e &#224; la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 8 septembre, Aleksandra est inhum&#233;e au cimeti&#232;re Nord de Calais. Quelques jours plus tard, la famille tente de nouveau le passage et parvient &#224; rallier l'Angleterre. Mais Rupak et Hazhar n'oublient pas cette nuit tragique et veulent demander justice. &#171; &lt;i&gt;Les m&#233;decins m'ont dit que si nous &#233;tions arriv&#233;s plus t&#244;t, ils auraient certainement pu sauver le b&#233;b&#233;&lt;/i&gt; &#187;, rappelle r&#233;guli&#232;rement Rupak. une plainte est constitu&#233;e courant octobre puis d&#233;pos&#233;e le 25 f&#233;vrier 2021. Le procureur de la R&#233;publique de Boulogne-sur-Mer saisit alors l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la gendarmerie nationale (IGGN) pour que ses services lancent une enqu&#234;te. Quatre responsables associatifs, parmi lesquel&#183;les Frances Timberlake, sont auditionn&#233;&#183;es le 20 mai 2021. Marguerite Combes, d'Utopia 56, a &#233;t&#233; entendue fin novembre dernier. Falah, quant &#224; lui, accepte de r&#233;pondre aux sollicitations des journalistes mais ne souhaite pas &#234;tre auditionn&#233; par la police, de crainte que cela interf&#232;re dans sa proc&#233;dure de demande de titre de s&#233;jour au Royaume-Uni. un an apr&#232;s le d&#233;p&#244;t de la plainte, et un an et demi apr&#232;s les faits, Rupak et Hazhar n'ont toujours pas &#233;t&#233; rencontr&#233;&#183;es par l'IGGN.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200calais_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH667/1200calais_resultat-9de21.jpg?1783234882' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contact&#233;e, l'IGGN n'a pas souhait&#233; s'exprimer et &#171; &lt;i&gt;invite &#224; prendre attache directement avec Monsieur le Procureur de la R&#233;publique qui est seul responsable de la communication&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me chose du c&#244;t&#233; de la pr&#233;fecture du Pas-de-Calais qui, consid&#233;rant qu'une enqu&#234;te est en cours, redirige vers le procureur. Ce dernier n'a quant &#224; lui pas souhait&#233; s'exprimer, estimant &#171; &lt;i&gt;ne pas ma&#238;triser suffisamment le dossier&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, l'avocate de la famille, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Pauline Pell&#233;-Grandfils, annonce &#171; &lt;i&gt;vouloir saisir tr&#232;s prochainement la D&#233;fenseure des droits dans cette affaire&lt;/i&gt; &#187;. Elle pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Cette institution aurait la possibilit&#233; de mener une enqu&#234;te de mani&#232;re ind&#233;pendante, en parall&#232;le de l'IGGN.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un exil dans une Europe hostile&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; leur arriv&#233;e en Angleterre d&#233;but octobre 2020, Rupak et Hazhar ont entam&#233; une d&#233;marche de demande d'asile, dont ils n'ont jusqu'&#224; pr&#233;sent pas de nouvelles. Tous les deux, avec leur fils a&#238;n&#233; Anas, ont fui le Kurdistan irakien via la Turquie &#224; l'&#233;t&#233; 2017. La famille est ensuite rest&#233;e bloqu&#233;e pendant pr&#232;s de deux ans dans un camp sur le continent en Gr&#232;ce. &#171; &lt;i&gt;C'est l&#224; qu'Elaria, notre deuxi&#232;me enfant, est n&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Rupak. Mais les parents ne consid&#232;rent pas la Gr&#232;ce comme un lieu assez s&#251;r. En juillet 2019, la famille tente de rejoindre l'ouest de l'Europe et traverse l'Albanie, le Kosovo, puis la Bosnie-Herz&#233;govine. Refoul&#233;e par la police croate &#224; la fronti&#232;re avec la Bosnie, elle se retrouve confin&#233;e en Roumanie du fait de la pand&#233;mie de Covid-19, apr&#232;s plusieurs semaines d'errance dans les Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 2020, Rupak, Hazhar, Anas et Elaria reprennent la route et arrivent &#224; Grande-Synthe au d&#233;but du mois d'ao&#251;t. Les c&#244;tes anglaises ne sont &#224; ce moment plus tr&#232;s loin. Mais une membre de la famille restera sur la rive sud du d&#233;troit : Aleksandra ne foulera jamais le sol britannique. Son pr&#233;nom, comme l'identit&#233; des 27 personnes mortes noy&#233;es au cours du terrible naufrage du 24 novembre dernier, est venu allonger la longue liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es &#224; cette fronti&#232;re&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es dans la zone frontali&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis 1999, elles sont des centaines.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo Ma&#235;l Galisson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &#201;l&#233;ments de contexte sur une tentative de travers&#233;e clandestine de la Manche survenue en septembre dernier &#187;, communiqu&#233; de presse de la pr&#233;fecture du Pas-de-Calais (03/03/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rythme anormalement lent du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Diminution de la quantit&#233; d'oxyg&#232;ne que le sang distribue aux tissus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es dans la zone frontali&#232;re France/Belgique/Royaume-Uni est consultable &lt;a href=&#034;https://www.tiki-toki.com/timeline/entry/1519092/Deaths-at-border-FranceBelgiumUK/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans les Pyr&#233;n&#233;es, &#171; la libert&#233; sexuelle existait plus qu'ailleurs &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Dans-les-Pyrenees-la-liberte</link>
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		<dc:date>2020-08-18T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marion Jdanoff</dc:subject>
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		<dc:subject>Isaure Gratacos</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Sp&#233;cialiste des soci&#233;t&#233;s traditionnelles pyr&#233;n&#233;ennes, la chercheuse Isaure Gratacos estime que la femme y a b&#233;n&#233;fici&#233;, pendant des si&#232;cles, d'un &#171; statut exceptionnel en Europe &#187;. Si une a&#238;n&#233;e &#233;pousait un cadet, c'est ce dernier qui prenait le nom de la &#171; maison &#187; de sa partenaire. Quant au dogme de la virginit&#233; pr&#233;nuptiale, il n'existait pas. Entretien. Professeure agr&#233;g&#233;e d'histoire, pr&#233;historienne et ethnologue, et avant tout femme de terrain, Isaure Gratacos a entam&#233; d&#232;s les ann&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sexuelle" rel="tag"&gt;sexuelle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mariage" rel="tag"&gt;mariage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sp&#233;cialiste des soci&#233;t&#233;s traditionnelles pyr&#233;n&#233;ennes, la chercheuse Isaure Gratacos estime que la femme y a b&#233;n&#233;fici&#233;, pendant des si&#232;cles, d'un &#171; &lt;i&gt;statut exceptionnel en Europe&lt;/i&gt; &#187;. Si une a&#238;n&#233;e &#233;pousait un cadet, c'est ce dernier qui prenait le nom de la &#171; maison &#187; de sa partenaire. Quant au dogme de la virginit&#233; pr&#233;nuptiale, il n'existait pas. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH529/-1579-bd36c.jpg?1782644164' width='400' height='529' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marion Jdanoff
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Professeure agr&#233;g&#233;e d'histoire, pr&#233;historienne et ethnologue, et avant tout femme de terrain, Isaure Gratacos a entam&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1970 un recueil syst&#233;matique de la tradition orale dans les Pyr&#233;n&#233;es centrales. Alors que les historiens travaillent principalement sur le document &#233;crit, elle a men&#233; un immense travail de collecte par enregistrements sonores aupr&#232;s des populations vall&#233;ennes du Couserans et du Comminges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forte de cette approche ethnologique, Isaure Gratacos d&#233;fend l'id&#233;e que la femme occupait une place &#233;gale &#224; celle de l'homme dans la soci&#233;t&#233; traditionnelle jusqu'au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Parlant d'un &#171; &lt;i&gt;statut exceptionnel en Europe&lt;/i&gt; &#187;, la chercheuse explique cette discr&#233;tion du patriarcat par l'appartenance &#224; un substrat pr&#233;-indo-europ&#233;en et la permanence de croyances pr&#233;chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s sa th&#232;se d'&#201;tat en ethnologie, elle a publi&#233; trois ouvrages aux &#233;ditions Privat : &lt;i&gt;F&#233;es et gestes, Femmes pyr&#233;n&#233;ennes &lt;/i&gt;et&lt;i&gt; Calendrier pyr&#233;n&#233;en&lt;/i&gt;. &#192; 82 ans, Isaure Gratacos poursuit toujours des recherches de terrain, notamment sur les restes n&#233;olithiques d'altitude, et en particulier les gravures rupestres qu'elle a elle-m&#234;me d&#233;couvertes dans le Val d'Aran, en Espagne. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travaux que vous avez men&#233;s sur le statut des femmes dans les Pyr&#233;n&#233;es d&#233;construisent bon nombre de pr&#233;jug&#233;s sur les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, notamment en ce qui concerne la libert&#233; sexuelle...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la plupart des soci&#233;t&#233;s rurales europ&#233;ennes du Moyen-&#194;ge, par exemple, le principe de virginit&#233; avant le mariage n'existait pas ; c'est plut&#244;t la fertilit&#233; qui &#233;tait une vertu. &#192; l'inverse, dans la noblesse et la bourgeoisie patriarcale, on mariait les gens en fonction d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Et comme les notions de lign&#233;e masculine et de droit du sang &#233;taient des &#233;l&#233;ments symboliques centraux, tout particuli&#232;rement dans la question de la transmission du patrimoine, la virginit&#233; &#233;tait un moyen de s'assurer la fiabilit&#233; de la descendance, &#224; savoir que l'enfant &#233;tait bien du sang du p&#232;re. Ce principe de virginit&#233; s'est progressivement r&#233;pandu dans la soci&#233;t&#233; rurale via l'&#201;glise et l'imposition des m&#339;urs bourgeoises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez que dans les Pyr&#233;n&#233;es, il y avait davantage d'&#233;galit&#233; entre les sexes qu'ailleurs. Comment l'expliquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a effectivement une sp&#233;cificit&#233; dans les Pyr&#233;n&#233;es vasconnes, c'est-&#224;-dire cette zone qui couvre les Pyr&#233;n&#233;es du Pays basque espagnol &#224; l'Ari&#232;ge. Et cela explique pourquoi jusqu'au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la libert&#233; sexuelle y existait plus qu'ailleurs. Dans ces territoires de tradition orale, l'&#233;galit&#233; sociale des sexes &#233;tait pr&#233;sente dans le droit coutumier oral. Ici pr&#233;valait le droit d'a&#238;nesse absolue : l'h&#233;ritier pouvait aussi bien &#234;tre un homme qu'une femme, pourvu qu'il soit l'a&#238;n&#233;. Il ou elle h&#233;ritait de l'int&#233;gralit&#233; de la maison et des terres attenantes, mais surtout de l'ensemble des droits et des fonctions sociales pour la gestion villageoise et vall&#233;enne. Les cadets et les cadettes n'avaient rien. Pour pallier ce d&#233;s&#233;quilibre, on pratiquait les mariages crois&#233;s : un cadet &#233;pousait une a&#238;n&#233;e h&#233;riti&#232;re ou une cadette un a&#238;n&#233; h&#233;ritier. Sinon on restait c&#233;libataire et l'on vivait dans la maison pour travailler, avec tr&#232;s peu de pouvoir d&#233;cisionnaire. Au sein des villages cohabitaient donc de nombreux c&#233;libataires, masculins et f&#233;minins. Cette situation, qui a perdur&#233; jusqu'&#224; l'entre-deux-guerres, a intrigu&#233; les sociologues et g&#233;ographes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette soci&#233;t&#233; non patriarcale, pr&#233;cisez-vous, reposait sur le concept de &#171; maison &#187;... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, la maison &#233;tait l'unit&#233; de base de la soci&#233;t&#233; vall&#233;enne. Le nom de maison, qui lui est propre, pr&#233;existe &#224; ceux qui y vivent et qui sont d&#233;sign&#233;s dans la communaut&#233; par leur pr&#233;nom, attach&#233; au nom de la maison &#224; laquelle ils appartiennent. Il y a l&#224; une diff&#233;rence primordiale avec la famille patriarcale, qui porte comme nom celui de l'individu masculin fondateur. Dans les Pyr&#233;n&#233;es, quand un cadet allait se marier chez une a&#238;n&#233;e, il prenait le nom de sa nouvelle maison. M&#234;me si le Code civil a interdit le droit d'a&#238;nesse d&#232;s 1804, il est certain que cette pratique a perdur&#233; plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'Ancien R&#233;gime, dans les vall&#233;es des Pyr&#233;n&#233;es, comme le disait l'historien Bartolom&#233; Bennassar, le roi &#233;tait bien souvent une abstraction lointaine car les populations vivaient en autogestion directe. En moyenne 80 % de la superficie communale, en prairies de fauche, for&#234;ts et landes, &#233;tait g&#233;r&#233;e de mani&#232;re collective. Dans les Pyr&#233;n&#233;es vasconnes, chaque maison &#233;tait repr&#233;sent&#233;e aux assembl&#233;es communales par son a&#238;n&#233;.e, un homme ou une femme (le &lt;i&gt;cap d'ostau&lt;/i&gt; en gascon). Selon plusieurs archives, la repr&#233;sentation politique f&#233;minine est rest&#233;e effective jusqu'en 1793. Mais la R&#233;volution, tant attendue par tous ceux qui aspiraient &#224; l'&#233;galit&#233; civique, imposa sa disparition ; car ce fut une r&#233;volution &#8220;&lt;i&gt;fran&#231;aise&lt;/i&gt;&#8221; et l'&#233;galit&#233; civique concerna les hommes et non les femmes. On donna le droit de vote aux citoyens, pas aux citoyennes. Dans les Pyr&#233;n&#233;es vasconnes, o&#249; les femmes participaient &#224; la gestion de la vie comme les hommes, elles se retrouv&#232;rent sans existence juridique. Dans les vall&#233;es du Lavedan, les r&#233;sistances des femmes &#224; l'application de la loi fran&#231;aise sont document&#233;es jusqu'en 1794. Les femmes ont ensuite particip&#233; pleinement aux r&#233;sistances des communaut&#233;s contre l'&#201;tat central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la morale chr&#233;tienne et la morale bourgeoise s'accordent pour &#8220;ramener la femme &#224; sa place&#8221;. L'&#233;cole de la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique fut un progr&#232;s culturel et social remarquable, mais elle introduisit les sch&#233;mas de pens&#233;e fran&#231;ais, patriarcaux et bourgeois. Cependant, les r&#233;gions d'&#233;conomie pastorale ont longtemps maintenu leur vision du monde pr&#233;existante. Et si le syst&#232;me centralisateur prive les femmes pyr&#233;n&#233;ennes de l'&#233;galit&#233; civique, il subsiste dans la montagne une libert&#233; sexuelle peu admissible jusqu'au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Ici les femmes restent d'autant plus libres qu'elles peuvent assurer leur propre subsistance en &#233;tant &#8220;voyageuses&#8221;. En effet, &lt;i&gt;[comme les hommes]&lt;/i&gt; elles pratiquaient le colportage &lt;i&gt;[de marchandises]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette libert&#233; des femmes avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; la col&#232;re de l'inquisiteur Pierre de Rosteguy de Lancre (1553-1631), pour qui les Pyr&#233;n&#233;ennes &#171; sont des &#200;ve qui s&#233;duisent continuellement les fils d'Adam, vivant toutes nues en toute libert&#233; et na&#239;vet&#233; dans les montagnes du Pays basque &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, il va &#233;galement s'immiscer dans l'intimit&#233; sexuelle en d&#233;non&#231;ant des pratiques jug&#233;es &#8220;&lt;i&gt;abominables&lt;/i&gt;&#8221;. De Lancre va s'acharner &#224; d&#233;montrer qu'en &#231;a, ces femmes sont des sorci&#232;res et il condamnera beaucoup d'entre elles &#224; &#234;tre br&#251;l&#233;es vives. Dans l'histoire des Pyr&#233;n&#233;es, ce comportement f&#233;minin &#8220;lib&#233;r&#233;&#8221; suscitait l'indignation des nobles venus de soci&#233;t&#233;s patriarcales. Pour Louis de Froidour &lt;i&gt;[nomm&#233; Grand-ma&#238;tre des for&#234;ts par Colbert en 1662]&lt;/i&gt;, &#8220;&lt;i&gt;les Bigourdanes sont des grandes putains&lt;/i&gt;&#8221;. Il reproche &#233;galement aux B&#233;arnais &#8220;&lt;i&gt;l'exc&#232;s de libert&#233; sexuelle qu'ils laissent &#224; la jeunesse&lt;/i&gt;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la structure sociale pr&#233;-chr&#233;tienne des Pyr&#233;n&#233;es vasconnes a-t-elle eu des cons&#233;quences sur la sexualit&#233; des femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tardive latinisation des Pyr&#233;n&#233;es a fait que le vieux fonds coutumier a longtemps perdur&#233;. Dans les Pyr&#233;n&#233;es vasconnes, il y a persistance obstin&#233;e d'un rapport au monde et aux individus qui est pr&#233;chr&#233;tien. Par exemple, une soci&#233;t&#233; de type monarchique pratiquera une religion pyramidale autour d'un dieu ou d'un panth&#233;on cr&#233;ateur. &#192; l'inverse, &#224; l'image du syst&#232;me politique vascon, non patriarcal et sans &#201;tat, la mythologie montre l'absence de concept de cr&#233;ation et m&#234;me de sommet. Le ciel n'existe pas dans un monde limit&#233; &#224; la terre, organe omnicontenant : la majorit&#233; des divinit&#233;s &#233;voqu&#233;es par mes informateurs se retirent ou vivent sous terre. Les &lt;i&gt;hadas&lt;/i&gt; (version gasconne des &#8220;&lt;i&gt;laminak&lt;/i&gt;&#8221; basques), ces &#234;tres mentionn&#233;s dans les r&#233;cits mythologiques, sont unanimement f&#233;minins et b&#233;n&#233;fiques. Il faut replacer dans ce contexte &#8220;l'apparition&#8221; de la Vierge &#224; Bernadette &#224; Lourdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une incompatibilit&#233; totale entre la position sociale des femmes vasconnes et les dogmes essentiels du christianisme. Le principe chr&#233;tien de la sup&#233;riorit&#233; masculine s'oppose au principe vascon de l'&#233;galit&#233; des genres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, entre autres param&#232;tres de la diff&#233;rence entre les regards pr&#233;chr&#233;tien et chr&#233;tien, celui de la virginit&#233; avant le mariage est r&#233;v&#233;lateur. Le document oral en effet ne montre aucune attache &#224; cette virginit&#233; obligatoire dans la culture traditionnelle vall&#233;enne. Idem concernant l'usage de la robe de mari&#233;e blanche, c'est &#224; dire le blanc virginal, qui est d'introduction tardive (1920). Une de mes informatrices, Lucie Antras, n&#233;e en 1912, r&#233;pondait &#224; ma question sur la virginit&#233; pr&#233;nuptiale avec un grand &#233;clat de rire : &#8220;&lt;i&gt;Vierge le jour de se marier, &#231;a ne comptait pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! C'&#233;tait plut&#244;t le contraire&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; Vers les ann&#233;es 1930, la morale chr&#233;tienne finira cependant par imposer l'image d'une &#233;pouse qui doit arriver &#8220;pure&#8221; et soumise au mariage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant cela, sexualit&#233; et mariage restaient donc deux notions distinctes dans les soci&#233;t&#233;s vasconnes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mariage, libert&#233; sexuelle et amour rel&#232;vent de domaines bien distincts. &#8220;&lt;i&gt;Pour les mariages, les parents s'arrangeaient mais nous, on faisait ce que l'on voulait&lt;/i&gt;&#8221;, me raconta avec un petit sourire une vieille informatrice. Il y avait un clivage net entre, d'une part, le mariage &#8220;&lt;i&gt;arrang&#233;&lt;/i&gt;&#8221; v&#233;cu comme une r&#232;gle sociale &#224; laquelle on se conforme, et d'autre part une vie sexuelle pr&#233;nuptiale dans laquelle on garde son autonomie. Dans mes entretiens, il appara&#238;t que les relations sexuelles pr&#233;nuptiales ont &#233;t&#233; relativement fr&#233;quentes, si l'on en juge par les r&#233;cits d'informateurs n&#233;s vers 1890 ou 1900. D'autres travaux ont montr&#233; qu'environ 30 % des conceptions &#233;taient pr&#233;nuptiales au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel environnement &#233;tait possible cette sexualit&#233; avant le mariage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y avait des dates rituellement permissives. Les t&#233;moignages &#233;voquent le jeu des &lt;i&gt;Cuate cantons&lt;/i&gt; (&#8220;&lt;i&gt;quatre coins&lt;/i&gt;&#8221;), pratiqu&#233; par gar&#231;ons et filles c&#233;libataires, o&#249; &#224; l'&#233;cart de la place du village, des couples disparaissaient derri&#232;re les buis. Certains jours &#233;taient pr&#233;f&#233;r&#233;s pour ces jeux : le soir de P&#226;ques par exemple, pour une raison &#233;minemment fonctionnelle car le lendemain, lundi de P&#226;ques on travaillait peu ou moins que d'habitude. Mais dans certains villages, la pratique du jeu &#233;tait hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#234;te de la Saint-Jean est r&#233;v&#233;latrice de la libert&#233; sexuelle de la jeunesse. Cette f&#234;te pr&#233;chr&#233;tienne est rest&#233;e longtemps un moment privil&#233;gi&#233; de la c&#233;l&#233;bration de la f&#233;condit&#233; et de la vie. &#8220;&lt;i&gt;Apr&#232;s le feu, il y avait plus de baisers que de pri&#232;res&lt;/i&gt;&#8221;, s'amusait par exemple une de mes informatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les activit&#233;s ludico-sexuelles semblent avoir &#233;t&#233; parfois accompagn&#233;es, dans la communaut&#233; f&#233;minine, d'une pratique sans doute assez rare en Europe. Il s'agit de la &#8220;capture&#8221;, par un groupe de femmes dont des c&#233;libataires, d'un homme se d&#233;pla&#231;ant seul et ceci &#224; des fins d'utilisation sexuelles par l'une d'entre elles. J'ai pu recueillir plusieurs t&#233;moignages de cette coutume subsistant au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. L'agression se faisait au b&#233;n&#233;fice d'une cadette c&#233;libataire, d'&#226;ge d&#233;j&#224; m&#251;r (30-35 ans) et qui, vraisemblablement, ne se marierait pas. Le lien entre domaine &#233;conomico-social et le domaine sexuel est ici mis en &#233;vidence : non seulement la communaut&#233; f&#233;minine poss&#232;de une organisation interne, autonome, ind&#233;pendante de la communaut&#233; masculine, mais encore cette organisation tend &#224; r&#233;tablir un &#233;quilibre physiologique, d&#233;truit par une in&#233;galit&#233; sociale qui faisait que seules les a&#238;n&#233;es &#233;taient s&#251;res de se marier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trouble dans le slip</title>
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&lt;p&gt;La question est complexe, n'annulant en rien de rien des si&#232;cles d'oppression masculine. Mais le mod&#232;le viriliste qui impr&#232;gne nos soci&#233;t&#233;s a aussi des cons&#233;quences n&#233;gatives sur les habitants de la plan&#232;te zob. Et sur leur sexualit&#233;. Oh qu'ils sont nuls. On les a tous et toutes vus pleurer la &#171; mort de la virilit&#233; &#187; sur les plateaux t&#233;l&#233;s et les r&#233;seaux sociaux. S'&#233;gosiller qu'il n'y avait plus de drague possible, plus de &#171; galanterie &#224; la fran&#231;aise &#187;, plus rien de rien. Les Zemmour, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question est complexe, n'annulant en rien de rien des si&#232;cles d'oppression masculine. Mais le mod&#232;le viriliste qui impr&#232;gne nos soci&#233;t&#233;s a aussi des cons&#233;quences n&#233;gatives sur les habitants de la plan&#232;te zob. Et sur leur sexualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH419/-1586-4f37d.jpg?1782643834' width='400' height='419' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oh qu'ils sont nuls. On les a tous et toutes vus pleurer la &#171; &lt;i&gt;mort de la virilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; sur les plateaux t&#233;l&#233;s et les r&#233;seaux sociaux. S'&#233;gosiller qu'il n'y avait plus de drague possible, plus de &#171; &lt;i&gt;galanterie &#224; la fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;, plus rien de rien. Les Zemmour, les Soral, les adeptes du &lt;i&gt;c'&#233;tait mieux avant quand on troussait nos domestiques&lt;/i&gt;, et tous les bataillons des frustr&#233;s d'Internet qui voient &#171; la &#187; femme comme une conqu&#234;te de la Pologne. Ils sont l'arm&#233;e d'une d&#233;faite phallocrate qui ne peut que r&#233;jouir. Reste que leur d&#233;sespoir, aux larmes savoureuses, rappelle un constat pertinent si on l'aborde avec tous les guillemets n&#233;cessaires : la culture de la virilit&#233;, versant mec, c'est pas forc&#233;ment de la tarte &#8211; aujourd'hui comme hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce hiatus que d&#233;crypte Oli&#8202;via Gazal&#233; dans le tr&#232;s recommand&#233; &lt;i&gt;Le Mythe de la virilit&#233; &#8211; un pi&#232;ge pour les deux sexes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;d. Robert Laffont, 2017.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Construction d'une oppression&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage fouill&#233; d'Olivia Gazal&#233; est &#224; la fois enthousiasmant et d&#233;primant. Enthousiasmant parce qu'elle d&#233;crit avec optimisme les &#233;volutions r&#233;centes et&lt;i&gt; progressistes&lt;/i&gt; de la &#171; masculinit&#233; &#187; &#8211; tout ce qui fait enrager ces cr&#233;tins de masculinistes &#171; &lt;i&gt;qui d&#233;noncent une d&#233;virilisation pr&#233;tendument in&#233;dite dans l'Histoire&lt;/i&gt; &#187; sans avoir saisi &#171; &lt;i&gt;qu'il s'agit l&#224; d'une tr&#232;s ancienne rengaine, reprise de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;primant parce qu'il retrace plusieurs mill&#233;naires de connerie diligent&#233;e par le genre auquel j'appartiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chercheuse r&#233;sume ainsi sa th&#232;se en d&#233;but d'ouvrage : &#171; &lt;i&gt;Le malaise masculin est r&#233;el&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;mais ne r&#233;sulte pas tant de la r&#233;cente r&#233;volution f&#233;ministe (processus loin d'&#234;tre achev&#233;) que du pi&#232;ge que l'homme s'est tendu &#224; lui-m&#234;me, il y a pr&#232;s de trois mill&#233;naires, en accomplissant la r&#233;volution viriarcale qui fit de lui le ma&#238;tre absolu de la femme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grosso modo, cela se serait pass&#233; ainsi : jusqu'il y a quelques milliers d'ann&#233;es aurait r&#233;gn&#233; sur la plan&#232;te une &#171; &lt;i&gt;meilleure r&#233;partition des pouvoirs entre hommes et femmes&lt;/i&gt; [qui] &lt;i&gt;aurait pr&#233;c&#233;d&#233; la culture patriarcale&lt;/i&gt; &#187;. Puis sur des &#233;chelles de temps diff&#233;rentes selon les civilisations et les religions, la femme, qui jusqu'ici &#233;tait plus admir&#233;e que crainte, notamment pour son r&#244;le central dans la reproduction, s'est vu attribuer les stigmates de l'&#234;tre inf&#233;rieur, fourbe et dangereux. Et bim, en quelques si&#232;cles : &#171; &lt;i&gt;Le monde&lt;/i&gt; [bascule] &lt;i&gt;dans une nouvelle &#232;re absolument et radicalement androcentr&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t tous &#200;ve et sa pomme maudite, mais des Grecs aux Romains en passant par le Moyen-Orient musulman ou les br&#251;leurs de sorci&#232;res du Moyen-&#194;ge, l'histoire a toujours &#233;t&#233; la m&#234;me : d&#233;valoriser la femme, l'avilir, la planquer et la frustrer de toute libert&#233; (sexuelle en premier lieu). Le fond du probl&#232;me, d'une b&#234;tise &#224; chialer : la peur de son sexe, de ses d&#233;sirs, de ce sang &#171; &lt;i&gt;impur&lt;/i&gt; &#187; qu'elle rejette &#224; intervalles r&#233;guliers, etc. Sous la plume d'Hippocrate : &#171; &lt;i&gt;La femme est tout enti&#232;re dans son ut&#233;rus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en s'appuyant sur cette d&#233;valorisation de la femme &#8211; jug&#233;e plus faible, moins &#224; m&#234;me de se ma&#238;triser &#8211; que le &lt;i&gt;mythe de la virilit&#233;&lt;/i&gt; s'est progressivement construit, en n&#233;gatif, posant des standards de comportement &#233;cartant toute d&#233;viance &#224; la norme. Dans un entretien accord&#233; au super podcast de Victoire Tuaillon &#171; Les Couilles sur la table &#187;, reproduit dans l'ouvrage du m&#234;me nom&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Binge &#233;ditions, 2019.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, elle qui a d&#251; &#233;loigner son d&#233;go&#251;t avant d'aborder le sujet : &#171; &lt;i&gt;Le th&#232;me de &#8220;l'homme victime&#8221; m'aga&#231;ait, parce qu'il est en g&#233;n&#233;ral utilis&#233; par les masculinistes pour dire que l'homme est victime des femmes, mais mon regard a chang&#233;. Je pense que les hommes sont victimes, effectivement, mais ils sont d'abord victimes d'eux-m&#234;mes, et d'une certaine image de 1a virilit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;, Olivia Gazal&#233; r&#233;sume ainsi les ru&#8202;di&#8202;ments de l'&#233;ducation des gar&#231;ons depuis des si&#232;cles : &#171; &lt;i&gt;Un homme, un vrai, c'est quelqu'un qui encaisse les coups, qui m&#233;prise la souffrance et cela n'a rien de naturel&#8230; C'est forc&#233;ment quelque chose qui s'acquiert par ce que j'ai appel&#233; le dressage des corps masculins.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant, tout s'encha&#238;ne : le vrai homme ne pleure pas. Le vrai mec sait se battre. Le vrai m&#226;le meurt pour la patrie en souriant. Le vrai gonze n'a rien d'une &lt;i&gt;fiotte&lt;/i&gt;. Et aussi : le vrai bonhomme n'a pas d'incertitudes sexuelles, de doutes, d'impuissances &#8211; tout cela est r&#233;serv&#233; &#224; la femme. Il bande dur, il bande fort, il bande longtemps. La performance, encore et toujours. Et la tendresse, bordel ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;50 nuances de performance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand l'id&#233;e de faire un papier sur ce sujet a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e, il &#233;tait question que je parle uniquement de mon propre cas &#8211; de ce que l'omnipr&#233;sente injonction &#224; la virilit&#233; a op&#233;r&#233; sur ma sexualit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, j'ai dit. Alors qu'en fait, et c'est int&#233;ressant : j'ai beaucoup de mal &#224; le faire. Sans doute parce que &#231;a brasse tr&#232;s large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;lude &#224; ce questionnement sp&#233;cifique, il y a ce nivellement par la raillerie dans lequel a all&#233;grement baign&#233; mon adolescence. En l'occurrence, cette musique de fond d&#233;plaisante d&#233;ploy&#233;e au coll&#232;ge : &#171; &lt;i&gt;Crevette&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Corps de victime&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;T'as peur des coups ou quoi, la tafiole&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d&#233;construire ce rejet et ses soubassements culturels me semble en apparence fort simple, &lt;i&gt;&#233;vident&lt;/i&gt;, d'autant que je baigne dans un mi&#8202;lieu &lt;i&gt;privil&#233;gi&#233;&lt;/i&gt; qui encourage ce renverse&#8202;ment du regard sur l'identit&#233; masculine, et si en tant que mec &#171; h&#233;t&#233;ro &#187;, cis et blanc je n'ai pas eu &#224; endurer le rejet souvent violent v&#233;cu par les personnes gays ou trans bousculant bien davantage les normes, cela ne veut pas dire que tout cela ne m'a pas fa&#231;onn&#233; de mani&#232;re malais&#233;e et ne continue pas &#224; le faire. Reste que j'en parle facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour le cul, sur lequel j'ai toujours &#233;t&#233; habit&#233; d'une certaine pudeur : c'est plus complexe. Comme si dans ce domaine, les vieux sch&#233;mas &#233;taient plus difficilement d&#233;boulonnables. Comme si j'avais honte, en fait, de ne pas correspondre en tous points au &#171; mod&#232;le &#187; attendu. Comme si revenait ce souvenir de moi ado &#224; la piscine observant mes pairs &#224; la d&#233;rob&#233;e dans mon moule-burnes humiliant : &#171; &lt;i&gt;Je suis normal ou pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'entrechoquent deux regards. D'un c&#244;t&#233; la conscience objective, impr&#233;gn&#233;e d'un regard politique se voulant le plus ouvert possible, qui dit que &lt;i&gt;tout va bien, mec&lt;/i&gt;. De l'autre la persistance du refoul&#233; social, de l'inconscient culturel, qui se formule ainsi dans les moments de doute concernant mon rapport au sexe (lequel a souvent &#233;t&#233; tangent, parfois heureux et d&#233;brid&#233;, parfois angoiss&#233;) : la peur de ne pas &#234;tre conforme, pas comme il faut, pas habile, pas &lt;i&gt;&#224; la hauteur&lt;/i&gt;. La &lt;i&gt;hauteur&lt;/i&gt; ici &#233;tant difficile &#224; quantifier, mais renvoyant &#224; des images mentales brouillonnes m&#234;lant imaginaire du porno &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; (25 cm et pilonnage forcen&#233;), rapport au corps pas top-top et &#233;ducation sexuelle globalement pas tr&#232;s ouverte dans mon enfance/adolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, une certaine exp&#233;rience en la mati&#232;re et l'&#233;coute des ami.es m'ont depuis longtemps inculqu&#233; cette v&#233;rit&#233; : la sexualit&#233; n'est pas affaire de normes. Selon les relations, les moments, les envies r&#233;ciproques, les peaux en contact, je peux &#234;tre un jour &lt;i&gt;maestro&lt;/i&gt; du sexe et l'autre le mec &#224; c&#244;t&#233; de ses pompes et des d&#233;sirs de l'autre. Des galopades mirifiques et des fiascos &#8211; ou bien un peu des deux. Logique. Un peu comme pour les meufs (m&#234;me si la comparaison a sans doute ses limites) &#8211; &#171; &lt;i&gt;Il y a autant de fa&#231;ons de r&#234;ver, de fantasmer et de jouir qu'il y a de femmes&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Olivia Gazal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est extr&#234;mement banal, mais finalement tr&#232;s peu discut&#233; entre &lt;i&gt;couilles&lt;/i&gt;. Et c'est peut-&#234;tre &#231;a qui est le plus signifiant : hormis les fiers-&#224;-bras d&#233;goisant sur leur m&#233;gavirilit&#233;, tout individu masculin, quelle que soit son orientation sexuelle, a forc&#233;ment &#233;t&#233; confront&#233; &#224; ces questions, tant la pression sociale en ce domaine est prononc&#233;e, &#233;galement dans les milieux militants. La r&#232;gle en g&#233;n&#233;ral entre mecs serait plut&#244;t &lt;i&gt;on fanfaronne&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;on fait des blagues&lt;/i&gt; mais rarement : &lt;i&gt;on s'interroge sur cette injonction &#224; toujours &#234;tre au top de mani&#232;re st&#233;r&#233;otyp&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien ce que fait le livre d'Olivia Gazal&#233;. Elle &lt;i&gt;interroge&lt;/i&gt;. Creuse les racines. Ouvre des pistes. Permet de d&#233;celer le virus du viril conformiste planqu&#233; en chacun de nous. Et m&#234;me, youpi, il ouvre des horizons &#233;mancipateurs qui a&#232;rent le constat : &#171; &lt;i&gt;La &#8220;r&#233;invention de l'homme&#8221; ne constitue pas un d&#233;clin &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;mais une chance pour l'humanit&#233;&lt;/i&gt; [...]&lt;i&gt; : celle d'annoncer, non pas la d&#233;solante &#8220;fin des hommes&#8221;, mais l'enthousiasmante naissance de nouvelles masculinit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hal Moon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;d. Robert Laffont, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Binge &#233;ditions, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chez les zapatistes, un monde de femmes en lutte</title>
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&lt;p&gt;La deuxi&#232;me &#171; Rencontre internationale des femmes qui luttent &#187; s'est tenue fin d&#233;cembre dans une communaut&#233; zapatiste du sud-est du Mexique, pays d&#233;tenant le triste record mondial des f&#233;minicides. Pour d&#233;noncer les violences machistes et imaginer des r&#233;sistances, des femmes venues de plusieurs continents se sont r&#233;unies en non-mixit&#233;. Portfolio. D&#233;j&#224;, en mars 2018, lors de la premi&#232;re &#171; Rencontre internationale des femmes qui luttent &#187;, l'invitation zapatiste d&#233;signait clairement les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marianne-Wasowska" rel="tag"&gt;Marianne Wasowska&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marianne-Wasowska-1857" rel="tag"&gt;Marianne Wasowska&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Photo-Marianne" rel="tag"&gt;Photo Marianne&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Wasowska" rel="tag"&gt;Wasowska&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La deuxi&#232;me &#171; Rencontre internationale des femmes qui luttent &#187; s'est tenue fin d&#233;cembre dans une communaut&#233; zapatiste du sud-est du Mexique, pays d&#233;tenant le triste record mondial des f&#233;minicides. Pour d&#233;noncer les violences machistes et imaginer des r&#233;sistances, des femmes venues de plusieurs continents se sont r&#233;unies en non-mixit&#233;. Portfolio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1562-ab559.jpg?1782769855' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Atelier d'autod&#233;fense / Photo Marianne Wasowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, en mars 2018, lors de la premi&#232;re &#171; Rencontre internationale des femmes qui luttent &#187;, l'invitation zapatiste d&#233;signait clairement les sources du probl&#232;me : le capitalisme et le patriarcat. &#171; &lt;i&gt;Non seulement ce mauvais syst&#232;me nous exploite, nous r&#233;prime, nous vole et nous m&#233;prise en tant qu'&#234;tres humains, mais il nous exploite, nous r&#233;prime, nous vole et nous m&#233;prise aussi en tant que femmes.&lt;/i&gt; &#187; Cette fois-l&#224;, au c&#339;ur des montagnes du Chiapas, plus de 6 000 femmes avaient r&#233;pondu &#224; la convocation. Pour beaucoup, l'exp&#233;rience est marquante et lorsque les zapatistes proposent une deuxi&#232;me rencontre, du 27 au 29 d&#233;cembre 2019, des femmes accourent des quatre coins de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, un seul th&#232;me, br&#251;lant, est au programme : celui des violences faites aux femmes. Une rencontre pour d&#233;noncer les viols, assassinats, disparitions et harc&#232;lements que subissent les femmes, partout. Avec un temps pour penser l'action, s'organiser ensemble afin que cela cesse. &#171; &lt;i&gt;Ya basta&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &#199;a suffit ! &#187;), comme disent les zapatistes !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1563-229de.jpg?1782769855' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Entr&#233;e interdite aux hommes / Photo Marianne Wasowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1994, la question de la place des femmes a &#233;t&#233; centrale dans la construction de l'autonomie zapatiste. Lors du soul&#232;vement du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; janvier, les &lt;i&gt;comandantas&lt;/i&gt; &#233;taient partie prenante de l'EZLN (Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale). La proclamation de la &lt;i&gt;Loi r&#233;volutionnaire des femmes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte en dix points promouvant l'&#233;galit&#233; et les droits des femmes, adopt&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; les fit entrer sur la sc&#232;ne mondiale. La &lt;i&gt;comandanta &lt;/i&gt;Ramona, petite femme indig&#232;ne, en devint la figure la plus visible. Sous son passe-montagne, elle repr&#233;sentait les pauvres, les &#171; peuples originaires &#187;, mais aussi toutes les humili&#233;es, les femmes bafou&#233;es depuis la nuit des temps. Sa mort, en 2006, fut un traumatisme pour les communaut&#233;s zapatistes. En hommage, elles ont donn&#233; son nom &#224; un lieu-dit du &lt;i&gt;caracol &lt;/i&gt;de Morelia&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les caracoles sont des zones d'autonomie zapatistes.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les rencontres des femmes en lutte ne pouvaient se d&#233;rouler qu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 d&#233;cembre 2019, les femmes zapatistes attendent les femmes du monde. Plus de 4 000 sont venues cette fois, repr&#233;sentant 49 pays. Vingt-et-un mois apr&#232;s la premi&#232;re rencontre, le constat est toujours aussi implacable. Les violences faites aux femmes n'ont pas diminu&#233;. Pire, elles ont m&#234;me augment&#233;. Au Mexique, les chiffres sont affolants : pr&#232;s de 3 000 assassin&#233;es en 2019 et seulement 726 enqu&#234;tes ouvertes pour f&#233;minicide. Et ailleurs ? Une jeune femme venue d'Inde t&#233;moigne : dans son pays, &#171; &lt;i&gt;il y a vingt viols par jour&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3377 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1564-579c6.jpg?1782769855' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Marianne Wasowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces rencontres sont l&#224; pour rappeler que, dans ce monde capitaliste et patriarcal, &#234;tre une femme, c'est s'exposer &#224; encore plus de dangers. Il s'agit d'une guerre qui ne dit pas son nom. Mais les femmes du monde ont d&#233;cid&#233; de ne plus se taire. La guerre &#224; la guerre est d&#233;clar&#233;e. Les mots prononc&#233;s par la &lt;i&gt;comandanta&lt;/i&gt; Amada r&#233;sonnent de mille &#233;chos : &#171; &lt;i&gt;Nous devons nous prot&#233;ger et nous d&#233;fendre avec tout ce que nous avons. Et si nous n'avons rien, alors ce sera avec des b&#226;tons et des pierres. Et s'il n'y a pas de b&#226;ton ou de pierre alors &#231;a sera avec notre corps. Se d&#233;fendre bec et ongles, arracher chaque espace de libert&#233; avec les dents.&lt;/i&gt; &#187; Sans triomphalisme, Amada pr&#233;cisera que sur le territoire zapatiste, il n'y a ni f&#233;minicides ni disparitions de femmes. Preuve que l'organisation peut &#234;tre un rempart &#224; l'ignominie. Il y a des rencontres qui deviennent des &#233;vidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vient le temps des d&#233;nonciations. Un v&#233;ritable raz-de-mar&#233;e d'horreurs, de viols, d'abus infantiles. L'ampleur en est quasi insupportable. Plusieurs femmes livrent leur r&#233;cit en public pour la toute premi&#232;re fois. Ici, &#224; l'abri du regard des hommes, huit femmes sur dix t&#233;moignent d'une histoire de violence. Le &lt;i&gt;caracol&lt;/i&gt; devient une bulle de douleur. Un oc&#233;an de souffrance. Mais la sororit&#233; agit comme un baume apaisant. Il y aura aussi les histoires de luttes collectives, comme cette jeune femme du Kurdistan, qui sera longuement applaudie non pas pour elle seule, mais pour toutes les combattantes qui r&#233;sistent dans le lointain Rojava. Des Guat&#233;malt&#232;ques de l'ethnie Ixil, victimes d'un g&#233;nocide atroce dans les ann&#233;es 1980, viendront t&#233;moigner de leur force pour se reconstruire ensemble. Partout, les femmes r&#233;sistent. &#192; l'avant-garde d'un monde en effervescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce sera le temps de l'organisation, du partage d'exp&#233;riences. Dans ce petit coin du monde, les femmes se rencontrent, se connectent, cr&#233;ent leurs propres r&#233;seaux de solidarit&#233;. C'est bouillonnant, passionnel et respectueux &#224; la fois. L'unanimit&#233; se fait autour d'une id&#233;e claire : ne plus se laisser faire. B&#233;mol : l'assembl&#233;e est peut-&#234;tre plus divis&#233;e sur les moyens pour y arriver.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1565-2cd5c.jpg?1782769855' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Marianne Wasowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3380 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1567-fd96b.jpg?1782769855' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Marianne Wasowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de repartir chez soi, dig&#233;rer toutes ces &#233;motions, charg&#233;e d'une &#233;nergie nouvelle. Une nouvelle date est pos&#233;e, celle du 8 mars 2020. Le signe de ralliement, un brassard noir pour toutes les mortes, les disparues. Reprendre la rue, hausser le ton, faire en sorte que la peur change de camp. Donner encore un coup de pied &#224; ce vieux monde patriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Morelia, pendant trois jours, les femmes du monde ont cri&#233;, chant&#233;, pleur&#233;, ri, dans&#233;. Certaines ont tap&#233; dans un ballon. D'autres ont salu&#233; le soleil. Des rencontres pour d&#233;battre, inventer, apprendre &#224; se d&#233;fendre. Pour soi. Pour oublier la laideur du monde. Ne serait-ce que le temps d'un air d'accord&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte : V&#233;ro Traba / Photos : Marianne Wasowska&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3379 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH326/-1566-8da52.jpg?1782769855' width='500' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Marianne Wasowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La col&#232;re des mexicaines contre l'impunit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 2020, l'horreur continue. En moins d'une semaine, Ingrid Escamilla, 25 ans et F&#225;tima, 7 ans, ont &#233;t&#233; sauvagement assassin&#233;es. Des photos du corps d&#233;pec&#233; d'Ingrid ont &#233;t&#233; publi&#233;es &#224; la une de plusieurs tablo&#239;ds. Quant &#224; la petite F&#225;tima, son corps pr&#233;sentait des traces de violences sexuelles. Les Mexicaines sont sous le choc, mais bien d&#233;cid&#233;es &#224; ne plus se laisser faire&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la mobilisation des Mexicaines contre les f&#233;minicides, lire &#171; La rue et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Sous le slogan &#171; &lt;i&gt;Il pleut du sang&lt;/i&gt; &#187;, des dizaines de milliers d'entre elles ont manifest&#233; devant le palais pr&#233;sidentiel. Lors d'une conf&#233;rence de presse, le pr&#233;sident Andr&#233;s Manuel L&#243;pez Obrador a d&#251; r&#233;pondre aux questions aff&#251;t&#233;es d'une activiste sur l'impunit&#233; qui encourage les f&#233;minicides. D'autres ont exig&#233; des excuses du quotidien&lt;i&gt; La Prensa&lt;/i&gt;. Devant son refus arrogant, une camionnette du journal a &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Texte en dix points promouvant l'&#233;galit&#233; et les droits des femmes, adopt&#233; fin 1993 par l'EZLN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les&lt;i&gt; caracoles&lt;/i&gt; sont des zones d'autonomie zapatistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur la mobilisation des Mexicaines contre les f&#233;minicides, lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-rue-et-la-nuit-nous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La rue et la nuit nous appartiennent aussi !&lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;178, juillet-ao&#251;t 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les meufs ripostent</title>
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		<dc:date>2020-02-20T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Meriem Bioud, Nadia Slimani, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Alice Bien</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
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		<dc:subject>Millepied</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;thode Riposte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apprendre &#224; r&#233;agir face &#224; une agression, prendre conscience de sa puissance, d&#233;tricoter les mythes sur la vuln&#233;rabilit&#233; : c'est l'id&#233;e de l'autod&#233;fense f&#233;ministe n&#233;e dans les ann&#233;es 1970 de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. Orange m&#233;canique, de Stanley Kubrick. Dixi&#232;me minute. Alex DeLarge et sa bande de d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s s'introduisent chez un couple, tabassent l'homme et s'appr&#234;tent &#224; violer la femme. Face &#224; ce d&#233;cha&#238;nement de violence, elle ose timidement quelques cris stridents puis reste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alice-Bien" rel="tag"&gt;Alice Bien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/methode-Riposte" rel="tag"&gt;m&#233;thode Riposte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apprendre &#224; r&#233;agir face &#224; une agression, prendre conscience de sa puissance, d&#233;tricoter les mythes sur la vuln&#233;rabilit&#233; : c'est l'id&#233;e de l'autod&#233;fense f&#233;ministe n&#233;e dans les ann&#233;es 1970 de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-1460-3451d.jpg?1782645771' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cette planche BD d'Alice Bien est disponible en PDF au bas de cette page.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;&lt;i&gt;range m&#233;canique&lt;/i&gt;, de Stanley Kubrick. Dixi&#232;me minute. Alex DeLarge et sa bande de d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s s'introduisent chez un couple, tabassent l'homme et s'appr&#234;tent &#224; violer la femme. Face &#224; ce d&#233;cha&#238;nement de violence, elle ose timidement quelques cris stridents puis reste finalement impassible &#224; regarder pleuvoir les coups en attendant que son tour vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sc&#232;ne d'agression comme le cin&#233;ma en produit &#224; la pelle. Film apr&#232;s film, les &#233;l&#233;ments sont les m&#234;mes : une femme agress&#233;e qui pense que rien ne sert de lutter, comme si tout &#233;tait jou&#233; d'avance. C'est entre autres pour battre en br&#232;che cet imaginaire collectif aussi d&#233;faitiste que fermement arrim&#233; qu'ont d&#233;barqu&#233; en France les stages d'autod&#233;fense f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un processus d'empowerment&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En tant que femme on peut avoir des peurs ; des choses socialement int&#233;gr&#233;es qui nous font penser qu'on ne peut rien faire. Avec Riposte, au contraire, on va essayer de se concentrer sur ce qu'on peut faire en cas d'agression.&lt;/i&gt; &#187; C'est ce qu'explique Julie, formatrice depuis un an &#224; Marseille et sp&#233;cialiste de la m&#233;thode d'autod&#233;fense f&#233;ministe Riposte. L'id&#233;e ? Permettre aux femmes de prendre conscience de leur force, leur donner des techniques pour r&#233;agir verbalement ou physiquement &#224; une agression ou encore r&#233;affirmer leur l&#233;gitimit&#233; &#224; s'opposer frontalement au harc&#232;lement de rue et &#224; la violence conjugale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autod&#233;fense f&#233;ministe ne se r&#233;duit pas &#224; une pratique corporelle ou &#224; une technique de combat. Comme l'explique sur son site l'association d'Autod&#233;fense et de ressources pour le choix et l'autonomie des femmes (Arca-F), il s'agit d'abord et avant tout de &#171; &lt;i&gt;placer les femmes au centre de la pr&#233;vention et de la lutte contre les violences faites aux femmes&lt;/i&gt; &#187; en leur permettant entre autres de s'extraire &#171; &lt;i&gt;du seul r&#244;le de victime auquel elles sont souvent cantonn&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Un v&#233;ritable acte d'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, comme le r&#233;sume la sociologue Anne-Charlotte Millepied : &#171; &lt;i&gt;En apprenant &#224; se d&#233;fendre, les femmes rompent le script de la f&#233;minit&#233; traditionnellement associ&#233;e &#224; la douceur, la passivit&#233; et la non-violence&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pouvoir des mots et des corps &#8211; L'autod&#233;fense f&#233;ministe, lieu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un terrain glissant ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une question reste en suspens : n'y a-t-il pas un risque que l'autod&#233;fense f&#233;ministe d&#233;rive vers une culpabilisation de la victime qui n'aurait pas su adopter la bonne strat&#233;gie ? Pour Julie, on en est loin : &#171; &lt;i&gt;La victime n'est pas responsable. Pour supprimer les agressions, il faut que les agresseurs n'agressent pas. On ne donne pas de r&#232;gle &#224; suivre dans les stages, car on sait qu'on ne peut pas toujours les mettre en &#339;uvre.&lt;/i&gt; &#187; D'apr&#232;s la formatrice, la pratique vient en compl&#233;ment d'autres formes de lutte contre les violences sexistes : &#171; &lt;i&gt;L'autod&#233;fense ne va pas tout r&#233;soudre &#224; elle seule, ce n'est pas le seul levier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#234;tre une solution miracle, elle a tout de m&#234;me d&#233;j&#224; largement fait ses preuves, comme le rappelle Anne-Charlotte Millepied en se r&#233;f&#233;rant &#224; une &#233;tude men&#233;e aux &#201;tats-Unis&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par les sociologues am&#233;ricaines Pauline Bart et Patricia O'Brien.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en 1985 : &#171; &lt;i&gt;Dans 80&lt;/i&gt; &lt;i&gt;% des cas, riposter verbalement &#8211; en parlant ou en criant &#8211; suffit &#224; mettre fin &#224; une agression.&lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;C'est quand les techniques verbales se sont av&#233;r&#233;es insuffisantes que les techniques de riposte physique entrent en jeu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;En France, une arriv&#233;e tardive&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Impuls&#233;es par les mouvements f&#233;ministes, ces pratiques d'autod&#233;fense ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1970 au Qu&#233;bec avec l'utilisation du &lt;i&gt;Fem Do Chi &lt;/i&gt;et du &lt;i&gt;Wendo&lt;/i&gt;, puis en Autriche avec le Seito Boei. &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e &#233;tait d'adapter les techniques des arts martiaux et de la self-d&#233;fense traditionnelle au v&#233;cu sp&#233;cifique des femmes&lt;/i&gt; &#187;, explique la sociologue Anne-Charlotte Millepied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver jusqu'&#224; l'Hexagone, ces m&#233;thodes ont pris leur temps. Il a fallu attendre les ann&#233;es 2000 pour que les premiers stages pratiques soient organis&#233;s par des associations. Quant &#224; la m&#233;thode Riposte, qui a pris racine au Centre de pr&#233;vention des agressions de Montr&#233;al dans les ann&#233;es 1980, elle n'a &#233;t&#233; import&#233;e en France qu'en 2008 par une militante form&#233;e sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce retard ? D'apr&#232;s Anne-Charlotte Millepied, l'explication est &#224; trouver dans le fait que &#171; &lt;i&gt;les mouvements f&#233;ministes fran&#231;ais r&#233;cusent historiquement l'usage de la violence, consid&#233;r&#233;e comme un attribut du patriarcat, &#224; cause de l'objectif initial de faire avant tout la lumi&#232;re sur la violence que les femmes subissent&lt;/i&gt; &#187;. Une donne qui est en train de changer : &#171; &lt;i&gt;On peut consid&#233;rer que l'ampleur que commence &#224; prendre l'autod&#233;fense f&#233;ministe t&#233;moigne d'une l&#233;gitimation de l'usage de la violence par les femmes pour se d&#233;fendre, ainsi que d'un positionnement plus affirm&#233; du corps comme outil de lutte, et non plus seulement comme enjeu de lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;. Il &#233;tait temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Meriem Bioud &amp; Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Lorsqu'elle est apprivois&#233;e, la peur est une force &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juin dernier, Nadia, 28 ans, a particip&#233; &#224; un atelier d'autod&#233;fense de deux jours. Bas&#233; sur la m&#233;thode Riposte, ce stage &#233;tait organis&#233; par le Centre de pr&#233;vention des agressions de Marseille. T&#233;moignage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendez-vous au Planning familial dans une tenue confortable, pour passer deux dimanches que je n'oublierai pas. Nous sommes une vingtaine &#224; &#234;tre venues &#224; ce stage en non-mixit&#233;, ouvert &#224; toutes les personnes qui s'identifient comme femme et dont les tarifs sont adapt&#233;s aux moyens de chacune. Le moment des pr&#233;sentations a &#233;t&#233; charg&#233; d'&#233;motion. Dans chaque h&#233;sitation, chaque voix tremblante ou assur&#233;e, chaque regard humide, il y avait l'histoire d'une femme qui a v&#233;cu des situations de harc&#232;lement qui l'ont parfois mise en danger. Faire la d&#233;marche de venir &#233;tait d&#233;j&#224; une &#233;preuve pour certaines, car cela voulait dire aborder des exp&#233;riences douloureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julia et Siham, les organisatrices, nous ont ensuite appris plusieurs techniques verbales et physiques pour se sortir d'une mauvaise situation. Nous les avons ensuite mises en pratique. On a &#233;galement pass&#233; en revue le cadre l&#233;gal, les d&#233;marches &#224; entreprendre en cas d'agression ou les choses &#224; faire pour aider une victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rencontres ont aussi &#233;t&#233; l'occasion de d&#233;construire des mythes qui alimentent la peur comme celui de l'agresseur qui surgit de nulle part dans une ruelle sombre. Si ces cas existent, la majorit&#233; des agressions sont commises par des personnes de l'entourage des femmes. De plus, dans les repr&#233;sentations, la femme agress&#233;e se tait, se crispe ou crie avec une voix aigu&#235;. On a au contraire appris &#224; hurler d'une voix grave et &#224; r&#233;aliser que la peur est une force lorsqu'elle est apprivois&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant du stage, j'ai ressenti une grande fiert&#233;. Depuis, je me suis mise &#224; la boxe pour me reconnecter &#224; mon corps et continuer ce travail de reprise de confiance. J'apprends aussi &#224; oser dire non, dans une soci&#233;t&#233; o&#249;, en tant que femmes, on nous a souvent demand&#233; d'&#234;tre au service des autres, polies, calmes, discr&#232;tes et complaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nadia Slimani&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3248 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-18.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 315.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783456042' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;T&#233;l&#233;charger la planche BD &#034;Riposte&#034; d'Alice Bien en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/itineraires/3818&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le pouvoir des mots et des corps &#8211; L'autod&#233;fense f&#233;ministe, lieu de production de scripts sexuels alternatifs&lt;/a&gt; &#187;, revue&lt;i&gt; Itin&#233;raires&lt;/i&gt; (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par les sociologues am&#233;ricaines Pauline Bart et Patricia O'Brien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes de m&#233;nage : &#171; Le capitalisme fait des corps racis&#233;s des sources d'exploitation jusqu'&#224; leur &#233;puisement &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Femmes-de-menage-Le-capitalisme</link>
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		<dc:date>2019-12-21T05:29:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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		<dc:subject>racis&#233;es</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves se sont succ&#233;d&#233; dans le secteur du nettoyage. Si les contrats pr&#233;caires et les cadences infernales commencent &#224; &#234;tre m&#233;diatis&#233;s, pas un mot en revanche sur la sant&#233; des agent&#8226;es de nettoyage, menac&#233;e par l'usage r&#233;p&#233;t&#233; de produits chimiques toxiques. Pour Fran&#231;oise Verg&#232;s, auteure du livre Un f&#233;minisme d&#233;colonial, ce silence se comprend &#224; la lumi&#232;re de l'histoire de la profession, intimement li&#233;e au pass&#233; colonial de la France. Entretien. Elles se l&#232;vent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail-propre" rel="tag"&gt;travail propre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/racisees" rel="tag"&gt;racis&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves se sont succ&#233;d&#233; dans le secteur du nettoyage. Si les contrats pr&#233;caires et les cadences infernales commencent &#224; &#234;tre m&#233;diatis&#233;s, pas un mot en revanche sur la sant&#233; des agent&#8226;es de nettoyage, menac&#233;e par l'usage r&#233;p&#233;t&#233; de produits chimiques toxiques. Pour Fran&#231;oise Verg&#232;s, auteure du livre &lt;i&gt;Un f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt;, ce silence se comprend &#224; la lumi&#232;re de l'histoire de la profession, intimement li&#233;e au pass&#233; colonial de la France. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L140xH214/-1394-360d4.jpg?1782641148' width='140' height='214' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;lles se l&#232;vent aux aurores pour lessiver les sols des gares, d&#233;tartrer la fa&#239;ence des toilettes publiques ou nettoyer les vitres des h&#244;tels de luxe. Elles, ce sont les salari&#233;es du secteur du nettoyage. Dans beaucoup de grosses bo&#238;tes sp&#233;cialis&#233;es dans la propret&#233;, les contrats, souvent d&#233;croch&#233;s par des femmes racis&#233;es, ont des allures de billet aller pour la pr&#233;carit&#233;. Les conditions de travail sont r&#233;guli&#232;rement d&#233;nonc&#233;es par les employ&#233;&#8226;es. En t&#233;moignent le combat des salari&#233;.es d'Onet &#224; Paris en 2017 ou celui, plus r&#233;cent, des femmes de chambre de l'H&#244;tel Ibis Clichy-Batignolles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces luttes ont permis un v&#233;ritable coup de projecteur sur une profession sous pression, une zone d'ombre persiste : dans les m&#233;dias, rien ou presque&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Femmes de m&#233;nage : un m&#233;tier &#224; hauts risques toxiques oubli&#233; par l'&#233;cologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sur l'utilisation quotidienne de produits m&#233;nagers et les risques chimiques associ&#233;s qui planent sur une partie des 500 000 personnes&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les statistiques de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de la propret&#233;.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; embauch&#233;es par le secteur. Un danger pourtant bien connu de l'Institut national de recherche et de s&#233;curit&#233; pour la pr&#233;vention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), comme l'explique notre article &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Femmes-de-menage-un-travail-qui' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Femmes de m&#233;nage : un travail qui empoisonne &lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;180, octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que ce risque soit &#224; ce point ignor&#233; ? Nous avons pos&#233; la question &#224; Fran&#231;oise Verg&#232;s, politologue, militante et auteure du livre un &lt;i&gt;f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt; (La Fabrique, 2019), dans lequel elle interroge, entre autres, la place que la soci&#233;t&#233; r&#233;serve &#224; &#171; &lt;i&gt;celles et ceux qui nettoient le monde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le secteur de la propret&#233; est massivement investi par les femmes, &#224; fortiori par les femmes racis&#233;es. Comment expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut revenir &#224; l'esclavage colonial o&#249; les femmes noires esclavagis&#233;es accomplissaient le travail de soin et de nettoyage des &#8220;blanches et blancs&#8221; et de leurs enfants. Elles les habillaient, les coiffaient, leur donnaient le bain, les soignaient, s'occupaient des enfants qu'elles allaitaient, nourrissaient. Souvent forc&#233;es de dormir au pied des lits soit des femmes, soit des enfants, elles devaient &#234;tre &#224; leur disposition jour et nuit. De tr&#232;s jeunes filles pouvaient &#234;tre mises &#224; ces postes. Les r&#233;cits de maltraitance et de violence &#8220;gratuite&#8221; abondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nettoyer et prendre soin &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant naturellement le travail de subalternes. Une bourgeoise, une propri&#233;taire d'esclaves, ne s'abaissait pas &#224; faire ces travaux. Ce travail, qui exigeait d'exprimer de l'affection, impliquait que la femme blanche accepte une proximit&#233; avec une femme racis&#233;e donc m&#233;pris&#233;e, et que la femme noire accepte cette m&#234;me proximit&#233; avec une femme qui avait tous les droits sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime colonial, ce sont encore des femmes racis&#233;es qui ont accompli ces travaux. Pendant qu'en France, les domestiques &#233;taient des femmes de la campagne ou de familles d&#233;sargent&#233;es, dans les colonies, ce furent des femmes racis&#233;es qui accomplissaient ces travaux, et les accomplissent toujours pour les &#171; expats &#187; fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960, alors que la classe moyenne fran&#231;aise se d&#233;veloppe, que les &#8220;bonnes&#8221; espagnoles ou portugaises se font plus rares et que les gouvernements fran&#231;ais ont peur de la jeunesse des &#8220;outre-mer&#8221; dans le contexte de la premi&#232;re d&#233;colonisation, ils organisent la migration de jeunes femmes des Antilles, de La R&#233;union et de la Guyane, qui sont amen&#233;es en France par milliers soit pour devenir domestiques dans les maisons bourgeoises, soit pour occuper les postes subalternes dans les services publics, notamment pour les travaux de soin et de nettoyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie du nettoyage dans les ann&#233;es 1990-2000 recrute en majorit&#233; des femmes racis&#233;es migrantes, pr&#233;caris&#233;es, sous-pay&#233;es, dans un monde du travail connu pour l'existence de harc&#232;lement et de violence sexuelle. En r&#233;sum&#233;, la racialisation et f&#233;minisation du travail de soin et de nettoyage est ancienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet h&#233;ritage expliquerait donc en partie le peu d'int&#233;r&#234;t port&#233; aux conditions de travail des professionnel&#8226;les du nettoyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la th&#233;orie &#233;conomique lib&#233;rale ou pour l'id&#233;ologie patriarcale, c'est un travail qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme mineur, comme n'exigeant aucune comp&#233;tence. Les f&#233;ministes mat&#233;rialistes ont mis en lumi&#232;re cette r&#233;alit&#233; mais leurs grilles de lecture n'int&#232;grent pas la dimension racialis&#233;e, centrale dans l'histoire du travail de soin et de nettoyage. La demande du f&#233;minisme bourgeois que les femmes entrent dans le monde du travail a intensifi&#233; la racialisation du travail de soin et de nettoyage consid&#233;r&#233; comme n'ayant aucune &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt;. C'est un travail m&#233;pris&#233; dont on devrait m&#234;me avoir honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de l'&#233;galit&#233; de genre est raciale quand elle ne consid&#232;re pas comment la notion de genre n'est pas neutre et universelle, ni qu'elle int&#232;gre classe et race. Le racisme est structurel, c'est-&#224;-dire qu'il ne vient pas &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt;, il fait partie de la structure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un &lt;i&gt;f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt;, vous parlez d'&#171; &lt;i&gt;&#233;conomie de l'usure des corps racialis&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire une &#233;conomie &#171; &lt;i&gt;dans laquelle des individus sont d&#233;sign&#233;s par le capital et l'&#201;tat comme &#233;tant propres &#224; &#234;tre us&#233;s, &#224; &#234;tre victimes de maladies, de d&#233;bilitations et handicaps&lt;/i&gt; &#187;. Est-ce que le d&#233;sint&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral au sujet de l'exposition des agent&#8226;es de nettoyage &#224; des agents chimiques toxiques fait &#233;cho &#224; cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#224; fait. Je commencerai par dire que ce que j'appelle &#8220;l'&#233;conomie de l'&#233;puisement&#8221; est au c&#339;ur de l'&#233;conomie capitaliste, du capitalisme racial qui fait de la nature et des corps racis&#233;s, des sources d'exploitation jusqu'&#224; leur &#233;puisement. Ensuite, je dirai que le but d'une analyse d&#233;coloniale est de tirer tous les fils afin de mettre en lumi&#232;re tout ce qui fait &#8220;exploitation racis&#233;e&#8221; : ici, migrations, genre, race, vuln&#233;rabilisation, pr&#233;carisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de nettoyage industriel (h&#244;tels, grands magasins, &#233;coles, universit&#233;s, h&#244;pitaux, bureaux...) est un travail d'&lt;i&gt;usure&lt;/i&gt; des corps qui entra&#238;ne des probl&#232;mes tr&#232;s graves de sant&#233; &#8211; comme des douleurs articulaires, des maux de t&#234;te, des probl&#232;mes urinaires. Ainsi, dans certains h&#244;tels, les directions interdisent aux femmes de m&#233;nage d'utiliser les salles de bain qu'elles nettoient pour se soulager ; elles doivent donc se retenir pendant des heures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'ils officient dans les gares t&#244;t le matin ou dans les bureaux tard le soir, celles et ceux qui &#171; nettoient le monde &#187; semblent invisibles. Est-ce que le fait qu'on soit rarement confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; du nettoyage permet en partie d'expliquer le peu d'int&#233;r&#234;t port&#233; aux conditions dans lesquelles il est effectu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certes, invisibiliser ce travail garantit aux usagers de ne pas &#234;tre confront&#233;s &#224; sa r&#233;alit&#233;, mais je pense qu'une des raisons principales de son invisibilisation est la volont&#233; de pr&#233;server son aspect mineur, sa non-qualification, sa f&#233;minisation, sa racialisation. L'invisibilisation est structurelle ; tout travail fait par des subalternes, d'autant plus si ce sont des femmes, doit &#234;tre invibilis&#233;, minor&#233;. Le &#8220;vrai&#8221; travail serait alors celui accompli dans un endroit &#8220;propre&#8221;, le bureau, cet espace qui d&#233;finit le cadre, comme l'a d&#233;crit [le sociologue] Luc Boltanski dans &lt;i&gt;Le nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt; (2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait un &#8220;travail propre&#8221; et un &#8220;travail sale&#8221;. Dans les grands magasins, o&#249; travaillent une majorit&#233; de femmes et dont la client&#232;le est elle aussi majoritairement f&#233;minine, la hi&#233;rarchie est tr&#232;s prononc&#233;e. Les vendeuses font un travail propre, autour de &#8220;l'embellissement de la femme&#8221;, elles doivent &#234;tre visibles, appr&#234;t&#233;es selon les normes de la f&#233;minit&#233; bourgeoise. Quant aux femmes qui nettoient ces magasins et sans qui le magasin ne pourrait pas &#8220;servir la beaut&#233; de la femme&#8221;, elles ne doivent pas &#234;tre visibles. Leur invisibilit&#233; a &#224; voir avec la division bourgeoise entre propre et sale, beaut&#233; et laideur, blanc et non blanc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous tentez de &#171; &lt;i&gt;comprendre la relation entre le capitalisme comme producteur de d&#233;chets mat&#233;riels et toxiques et sa fabrication d'&#234;tres humains comme jetables&lt;/i&gt; &#187;. Quel est le lien entre ce postulat et le manque de prise en compte des risques qui p&#232;sent sur la sant&#233; des professionnel&#8226;les du nettoyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ne s'int&#233;ressant pas &#224; la dangerosit&#233; des conditions de travail des agent&#8226;es du nettoyage, on continue &#224; nier que le capitalisme est une production de d&#233;chets, que l'hyperconsommation est bas&#233;e sur une hyperproduction qui est in&#233;vitablement destin&#233;e &#224; ne pas &#234;tre consomm&#233;e. Les femmes et hommes qui produisent ces marchandises-d&#233;chets sont associ&#233;&#8226;es &#224; la &#8220;nature&#8221; de ces objets : jetables, &#224; la vie courte. L'hyperproduction n'a pas d'autre but que le profit, que de faire marcher la machine, l'hyperconsommation aussi. Toutes deux sont toxiques au sens o&#249; elles d&#233;truisent l'environnement et les conditions qui permettent aux humains de vivre : elles transforment la vie d'une grande majorit&#233; en survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, prendre en compte la dangerosit&#233; des conditions de travail des agent&#8226;es du nettoyage signifierait faire une analyse de leur travail qui ne se contente pas d'en d&#233;noncer les conditions &lt;i&gt;visibles&lt;/i&gt; mais aussi tout un environnement &#8211; harc&#232;lement, violence sexuelle, toxicit&#233; &#8211; qui met &#224; jour la multiplicit&#233; et le croisement des aspects discriminants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me th&#232;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Notre article&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Femmes-de-menage-un-travail-qui' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Femmes de m&#233;nage : un travail qui empoisonne &lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;180, octobre 2019).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Menace-chimique-pour-les-salarie-e&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Femmes de m&#233;nage : un m&#233;tier &#224; hauts risques toxiques oubli&#233; par l'&#233;cologie&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Bastamag &lt;/i&gt;(4/03/2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon &lt;a href=&#034;https://www.monde-proprete.com/chiffres-cles-du-secteur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les statistiques&lt;/a&gt; de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de la propret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes sans enfant : le choix de passer son tour</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Femmes-sans-enfant-le-choix-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Femmes-sans-enfant-le-choix-de</guid>
		<dc:date>2019-12-14T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Feasson</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Nadia Berz</dc:subject>
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		<dc:subject>faire</dc:subject>
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		<dc:subject>femme</dc:subject>
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		<dc:subject>charge</dc:subject>
		<dc:subject>Sempiternelle question</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est un des nombreux aspects du contr&#244;le patriarcal sur le ventre des femmes : leur assignation au travail invisible et gratuit de la reproduction. R&#233;sistant &#224; une pression sociale persistante, certaines disent non. T&#233;moignages. Pass&#233; la trentaine, on n'y &#233;chappe pas : &#171; Et toi tu veux des enfants ? &#187; Sempiternelle question dont le sous-entendu implicite &#8211; &#171; Quand est-ce que tu t'y mets ? &#187; &#8211; ne laisse pas vraiment la possibilit&#233; de r&#233;pondre par la n&#233;gative. En 2019 en France, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sempiternelle-question" rel="tag"&gt;Sempiternelle question&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un des nombreux aspects du contr&#244;le patriarcal sur le ventre des femmes : leur assignation au travail invisible et gratuit de la reproduction. R&#233;sistant &#224; une pression sociale persistante, certaines disent non. T&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH674/-1382-1fc66.jpg?1782651098' width='400' height='674' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nadia Berz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;ass&#233; la trentaine, on n'y &#233;chappe pas : &#171; &lt;i&gt;Et toi tu veux des enfants ?&lt;/i&gt; &#187; Sempiternelle question dont le sous-entendu implicite &#8211; &#171; &lt;i&gt;Quand est-ce que tu t'y mets ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; ne laisse pas vraiment la possibilit&#233; de r&#233;pondre par la n&#233;gative. En 2019 en France, la maternit&#233; demeure un passage oblig&#233;, et seule une extr&#234;me minorit&#233; de la population hexagonale d&#233;clare ne pas avoir d'enfant par choix&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;5 % de la population (hommes et femmes confondus), selon une enqu&#234;te de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#233;m&#234;ler ce qui nous appartient pleinement dans un &#233;ventuel d&#233;sir de maternit&#233; et ce qui rel&#232;ve des injonctions de la soci&#233;t&#233;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons au passage que l'institution familiale est encore aujourd'hui un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ? Afin de questionner le fameux instinct maternel, la soi-disant &#233;vidence de devenir m&#232;re, la r&#233;duction essentialisante de la femme &#224; son appareil reproductif, la pr&#233;tendue horloge biologique... j'ai interview&#233; des femmes de mon entourage assumant et revendiquant leur statut de nullipare&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nullipare : n'ayant jamais accouch&#233;. La retranscription de ces &#233;changes a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. De quoi contrer la doxa selon laquelle &#171; &lt;i&gt;une femme sans enfant est avant tout &#233;go&#239;ste, a forc&#233;ment rat&#233; sa vie et doit &#234;tre compl&#232;tement frustr&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Comme si elle ne pouvait pas s'&#233;panouir par ailleurs, et juste pour elle-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La libert&#233; de l'impr&#233;vu&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'aussi loin qu'elles se souviennent, certaines ont toujours eu le d&#233;sir de ne pas en avoir. Pour d'autres, les enjeux ont &#233;volu&#233; avec le temps. Mais comme la plupart vivent des histoires de couple plut&#244;t longues et stables, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce ne serait juste pas &#171; le bon partenaire &#187; se r&#233;v&#232;le peu probable ; la peur de s'engager avec son compagnon sur la dur&#233;e non plus. Quant &#224; celles qui sont c&#233;libataires, peut-&#234;tre subjectivent-elles plus la situation comme un &#233;tat de fait, dont elles ne ma&#238;trisent pas toujours les param&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi ne pas faire d'enfant ? La priorit&#233; donn&#233;e &#224; la libert&#233;, le refus du compromis et l'allergie aux contraintes sont les raisons invoqu&#233;es le plus souvent. &#201;merge aussi ce qu'on pourrait nommer une &#171; revendication de la pr&#233;carit&#233; &#187;, o&#249; instabilit&#233; rime avec mobilit&#233; &#233;mancipatrice. C'est un peu ce que dit Lou : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e d'un CDI m'angoisse, j'aurais l'impression d'&#234;tre encha&#238;n&#233;e. Ce serait s&#251;rement plus rassurant de r&#233;pondre &#224; la norme, mais la libert&#233; ne peut aller sans son lot d'incertitudes.&lt;/i&gt; &#187; Lucile va encore plus loin dans le parall&#232;le : &#171; &lt;i&gt;Je consid&#232;re la maternit&#233; comme un vrai travail, je refuse de porter la responsabilit&#233; de cet investissement &#224; vie.&lt;/i&gt; &#187; M&#233;fiance envers l'aspect irr&#233;versible de la chose et volont&#233; de privil&#233;gier un autre mode de vie o&#249;, par comparaison, tout est encore possible facilement et &#224; l'improviste : partir quelques jours ou plus sans &#234;tre coinc&#233;e par l'obligation de l'&#233;cole, sortir le soir, avoir du temps pour soi, passer ses week-ends sur des salons du livre engag&#233;, etc. Certaines d&#233;noncent clairement le contr&#244;le social limitant qu'incarnent les liens familiaux. Leila : &#171; &lt;i&gt;Je veux pouvoir &#234;tre disponible pour les rassemblements de derni&#232;re minute, les manifs, les r&#233;unions de militants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Choisir sa famille&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Leurs r&#233;ticences vis-&#224;-vis du huis clos fusionnel de la cellule familiale nucl&#233;aire &#233;tant nombreuses, elles sont plusieurs &#224; &#233;voquer d'autres alternatives plus collectives : l'habitat partag&#233;, la colocation ou, avec un demi-sourire, le fantasme de la garde altern&#233;e &#8211; cette id&#233;e d'&#233;lever &#171; un enfant &#224; quatre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &#171; famille choisie &#187; fait son chemin, et certaines pensent &#224; des r&#233;seaux de solidarit&#233;s pour leurs vieux jours. Inspir&#233;es par le mod&#232;le des Babayagas de Montreuil, elles imaginent une maison de retraite libertaire et alternative. De toute fa&#231;on, comme le dit tr&#232;s justement Lucia : &#171; &lt;i&gt;Tu ne vas pas faire des gosses pour qu'ils te torchent le cul &#224; 80 ans. &#187;&lt;/i&gt; La question des possibles regrets ult&#233;rieurs ? Idem : &#171; &lt;i&gt;Faire quelque chose dont tu n'as pas envie maintenant afin d'anticiper d'&#233;ventuels regrets plus tard... &#231;a para&#238;t absurde, non ?&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; la perspective de laisser ou non des traces de son passage sur Terre, Lou tranche : &#171; &lt;i&gt;Avoir des enfants cr&#233;e une sorte de tampon, de d&#233;rivatif, qui permet de contourner les questionnements m&#233;taphysiques existentiels. C'est rassurant puisque &#231;a l&#233;gitime, &#231;a justifie ton existence, alors que nous, on doit trouver du sens dans nos vies par nous-m&#234;mes. &#187;&lt;/i&gt; Dans cette vision fantasm&#233;e et manich&#233;enne de la psych&#233; des parents, il y a certainement un fond de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est matraqu&#233;es dans ce but-l&#224;... &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En &#233;coutant ces femmes, on per&#231;oit assez vite le poids de la norme procr&#233;ative. Rosa s'en &#233;nerve : &#171; &lt;i&gt;Si vraiment, pour devenir une femme accomplie, il faut avoir des enfants, alors qu'est-ce qu'on fait de celles qui ne peuvent pas en avoir ? T'es quoi si t'es pas une femme ?&lt;/i&gt; &#187; L'entourage proche met souvent la pression, m&#234;me de mani&#232;re diffuse et t&#233;nue. &#171; &lt;i&gt;T'as l'impression d'&#234;tre la paum&#233;e qui a pas pu faire de choix, &lt;/i&gt;confie Julie. &lt;i&gt;Tu d&#233;ranges, en tant que femme seule et ind&#233;pendante, voire m&#234;me tu apparais comme une rivale mena&#231;ante. Bonjour la sororit&#233;...&lt;/i&gt; &#187; Elle pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Cela dit, l'injonction est surtout int&#233;rioris&#233;e, t'as pas franchement besoin de piq&#251;res de rappels, tu le sais... On est conditionn&#233;es, matraqu&#233;es, programm&#233;es dans ce but-l&#224;. Et puis, le fait de ne pas en avoir &#224; soi ne signifie pas pour autant que tu n'entretiens pas des liens tr&#232;s profonds avec les enfants de tes potes.&lt;/i&gt; &#187; Plusieurs de nos interview&#233;es insistent aussi sur la n&#233;cessit&#233; et l'envie d'incarner un autre mod&#232;le, hors des r&#233;f&#233;rents parentaux, celui d' &#187; &lt;i&gt;une sorte de marraine, avec qui il est possible de transgresser les r&#232;gles&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on questionne na&#239;vement l'&#233;ventuelle potentialit&#233; d'ascension sociale ou du moins l'implication plus forte dans un champ d'investissement b&#233;n&#233;vole que permettrait le fait de ne pas avoir d'enfant, certaines s'agacent : &#171; &lt;i&gt;En fait t'es pardonn&#233;e de ne pas avoir d'enfant si tu cr&#233;es. Y a pas d'alternative... tu ponds un livre ou tu ponds un gosse ! Mais j'ai le droit d'exister tout simplement ?&lt;/i&gt; &#187; Quoi qu'elles fassent, leurs faits et gestes seront toujours per&#231;us &#224; travers le prisme de leur non-maternit&#233;, comme une &#171; compensation &#187;. Ou bien l'on consid&#232;re que l'absence d'enfant est la preuve de leur &#171; incapacit&#233; &#187; &#224; assumer la double journ&#233;e&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les femmes, outre leur activit&#233; salari&#233;e, assurent les deux tiers des t&#226;ches (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Cela &#233;tant, si l'id&#233;e qu'une artiste cr&#233;e par n&#233;cessit&#233; et non par besoin de &#171; combler un manque &#187; est commun&#233;ment partag&#233;e, il est aussi &#233;vident que le faible pourcentage de femmes artistes, &#233;crivaines ou scientifiques est une cons&#233;quence directe, entre autres, de l'aspect chronophage de la maternit&#233;. Dans son essai &lt;i&gt;Sorci&#232;res&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; La puissance invaincue des femmes, &#233;d. Zones, 2018.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, Mona Chollet illustre bien les in&#233;galit&#233;s de l'assignation genr&#233;e, notamment en termes de charge mentale et domestique.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une charge &#233;ducative mal r&#233;partie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour une partie de nos interview&#233;es, l'in&#233;galit&#233; genr&#233;e dans la prise en charge &#233;ducative est un &#233;l&#233;ment dissuasif compl&#233;mentaire, m&#234;me si elles auraient plut&#244;t confiance dans la r&#233;partition des t&#226;ches avec leur partenaire si jamais elles changeaient d'avis. D'autres, au contraire, y voient un vrai obstacle. Leila : &#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression qu'on est forc&#233;ment prises au pi&#232;ge en tant que femme, la charge mentale est plus lourde, la maternit&#233; nous assigne &#224; notre r&#244;le genr&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Lucile rejoint cette analyse : &#187; &lt;i&gt;La maternit&#233; ne m'a jamais fait r&#234;ver, peut-&#234;tre parce que j'ai toujours su que le prix &#224; payer &#233;tait hyper &#233;lev&#233; ; j'ai vu des m&#232;res manifester trop de d&#233;sarroi et d'inqui&#233;tude par rapport &#224; l'&#233;ducation de leur enfant.&lt;/i&gt; &#187; Sans parler des cas de s&#233;paration o&#249; les m&#232;res c&#233;libataires se retrouvent souvent seules &#224; g&#233;rer leur m&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de Fran&#231;oise H&#233;ritier, Christine Delphy et Silvia Federici l'ont clairement d&#233;montr&#233; : la domination masculine repose en grande partie sur le contr&#244;le des capacit&#233;s reproductrices des femmes. Si l'on d&#233;sirait vraiment l'&#233;galit&#233; entre les deux sexes, on ferait en sorte que la prise en charge de la maternit&#233; n'incombe plus exclusivement aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Claire Feasson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;5 % de la population (hommes et femmes confondus), selon une enqu&#234;te de l'Ined et de l'Inserm cit&#233;e dans &#171; Rester sans enfant : un choix de vie &#224; contre-courant &#187;, &lt;i&gt;Population et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notons au passage que l'institution familiale est encore aujourd'hui un des moyens les plus efficaces de maintenir le patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nullipare : n'ayant jamais accouch&#233;. La retranscription de ces &#233;changes a donn&#233; lieu &#224; un premier article paru dans la revue &lt;i&gt;Panth&#232;re Premi&#232;re&lt;/i&gt; (n&#176; 4, &#233;t&#233; 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les femmes, outre leur activit&#233; salari&#233;e, assurent les deux tiers des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res (enqu&#234;te Insee, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &lt;i&gt;La puissance invaincue des femmes&lt;/i&gt;, &#233;d. Zones, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Leurs corps, leurs choix</title>
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		<dc:date>2019-11-25T09:19:54Z</dc:date>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; Un enfant, si je veux, quand je veux &#187;, scandaient les f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, mettant au centre du combat la libert&#233; de disposer de son corps. C'est dans cet h&#233;ritage que s'inscrit l'excellent documentaire Si je veux, quand je veux. Une dizaine de femmes y t&#233;moignent de leur parcours d'IVG. En couple ou c&#233;libataire, avec ou sans contraception, Sarah, Sigrid, Elsa ou encore Lola ont connu un avortement, comme une femme sur trois en France. Elles en t&#233;moignent, face cam&#233;ra, dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole-Ka" rel="tag"&gt;Pole Ka&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un enfant, si je veux, quand je veux&lt;/i&gt; &#187;, scandaient les f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, mettant au centre du combat la libert&#233; de disposer de son corps. C'est dans cet h&#233;ritage que s'inscrit l'excellent documentaire &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt;. Une dizaine de femmes y t&#233;moignent de leur parcours d'IVG.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH479/-1364-c6bb8.jpg?1782640067' width='400' height='479' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n couple ou c&#233;libataire, avec ou sans contraception, Sarah, Sigrid, Elsa ou encore Lola ont connu un avortement, comme une femme sur trois en France. Elles en t&#233;moignent, face cam&#233;ra, dans des squares, des jardins. Un cadre rassurant, agr&#233;able, mais surtout public. Car &#224; travers ce film, il s'agit bien de lib&#233;rer une parole trop souvent honteuse et caricatur&#233;e : l'avortement est encore consid&#233;r&#233; comme une abomination, qui g&#233;n&#232;re un traumatisme irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre concr&#232;tement comment se passe un avortement, y compris techniquement, dire les douleurs et les questionnements qu'il peut engendrer : voil&#224; l'enjeu des 72 minutes de &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt;, documentaire de Susana Arbizu, Nicolas Drouet, Henri Belin et Micka&#235;l Foucault (sorti en salles au mois de mars). Un film qui permet de sortir des fantasmes et de les confronter &#224; la r&#233;alit&#233; pour d&#233;fendre ce droit qui pourrait, un jour, ne plus en &#234;tre un.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le test est positif&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans jamais taire les doutes, la violence d'un avortement surm&#233;dicalis&#233;, la culpabilit&#233; ou la douleur physique li&#233;es &#224; une IVG, ces femmes t&#233;moignent sans regret et assument leur d&#233;cision : ces grossesses &#233;taient accidentelles, le choix d'avorter &#233;tait clair. Certaines n'&#233;taient simplement pas pr&#234;tes &#224; avoir un enfant : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais jeune et pas pr&#234;te du tout &#224; bouleverser ma vie. J'ai d&#233;cid&#233; d'avorter toute seule, alors que j'&#233;tais en couple. Personne ne peut m'imposer une telle d&#233;cision&lt;/i&gt; &#187;, explique une de ces femmes. Une autre est tomb&#233;e enceinte malgr&#233; son st&#233;rilet, d'autres encore ont avort&#233; plusieurs fois. L'une est si fertile que le moindre &#233;cart signifiait une f&#233;condation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand la grossesse n'est pas d&#233;sir&#233;e, la d&#233;cision d'avorter peut rester difficile &#224; prendre, surtout quand le corps m&#233;dical rajoute une couche de culpabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma gyn&#233;cologue tentait de me faire reculer par rapport &#224; mon choix d'avorter, &lt;/i&gt;se souvient l'une des t&#233;moins.&lt;i&gt; Je me suis alors tourn&#233;e vers le Planning familial.&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi la pression sociale : &#171; &lt;i&gt;Je me disais que j'avais merd&#233; et certaines de mes copines me conseillaient de ne pas avorter parce qu'&#224; mon &#226;ge, &#231;a ne se reproduirait peut-&#234;tre plus. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui ressort surtout, c'est le manque d'information : &#171; &lt;i&gt;On m'a donn&#233; un rendez-vous apr&#232;s la date limite pour avorter,&lt;/i&gt; explique une autre intervenante. &lt;i&gt;J'avais pris deux semaines pour r&#233;fl&#233;chir et on ne m'avait absolument pas pr&#233;venue que les d&#233;lais &#233;taient si serr&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Lorsqu'on d&#233;sire interrompre sa grossesse, comprendre la marche &#224; suivre n'est pas si ais&#233;. Elsa raconte qu'on ne lui a m&#234;me pas expliqu&#233; qu'il existait diff&#233;rentes techniques pour avorter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus de centres d'IVG ferment, si bien qu'il faut parfois attendre plusieurs semaines pour un rendez-vous &#224; l'h&#244;pital &#8211; d&#233;lai interminable lorsqu'on ne veut clairement pas d'une grossesse. De m&#234;me, les Plannings familiaux sont trop peu nombreux et cantonn&#233;s aux grandes villes. Bref, avorter, m&#234;me quand la d&#233;cision est prise et assum&#233;e, est souvent un parcours du combattant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mettre des mots&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avorter, c'est d'abord rentrer dans un univers m&#233;dicalis&#233;, o&#249; le discours des professionnels peut se r&#233;v&#233;ler extr&#234;mement maladroit. Lors de son &#233;chographie, le m&#233;decin de Lola lui a balanc&#233; : &#171; &lt;i&gt;Dites donc, c'est un beau d&#233;but de grossesse. &#187;&lt;/i&gt; Il savait pertinemment qu'elle &#233;tait l&#224; pour avorter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, une femme t&#233;moigne de l'accueil bienveillant d'un m&#233;decin parisien : &#171; &lt;i&gt;Il m'a expliqu&#233; en d&#233;tail la proc&#233;dure. Comme j'avais un st&#233;rilet, je ne pouvais pas prendre les m&#233;dicaments, je devais passer par l'aspiration. &#187;&lt;/i&gt; On lui a laiss&#233; le choix de l'anesth&#233;sie, locale ou g&#233;n&#233;rale : &#171; &lt;i&gt;En local, on anesth&#233;sie le col avec quatre piq&#251;res, et on aspire l'embryon. L'ut&#233;rus a alors le r&#233;flexe de se contracter. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'on ressent une forte contraction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mots clairs, nets et pr&#233;cis qui permettent de comprendre ce qui va se passer ; c'est aussi ce qui a rassur&#233; cette autre femme lors de son avortement m&#233;dicamenteux : &#171; &lt;i&gt;Le m&#233;decin a choisi des mots neutres pour m'expliquer la proc&#233;dure. &#199;a m'a fait du bien : la premi&#232;re pilule sera pour stopper la nutrition, la deuxi&#232;me sera celle v&#233;ritablement abortive. Il m'a ensuite parl&#233; de la douleur, sans la nier, la comparant &#224; des r&#232;gles tr&#232;s douloureuses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le corps m&#233;dical peut aussi commettre de lourdes fautes. Une des intervenantes se rappelle son op&#233;ration en anesth&#233;sie locale : &#171; &lt;i&gt;Mon avortement se passe plut&#244;t bien. Mais au bout de quelques jours, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui ne s'est pas pass&#233;. Je refais une &#233;chographie &#224; mes frais. Effectivement, il en restait... J'ai d&#251; subir un second avortement deux semaines apr&#232;s le premier.&lt;/i&gt; &#187; Lola, elle, relate son s&#233;jour &#224; l'h&#244;pital : &#171; &lt;i&gt;Je prends les cachets et on me donne une couche pour r&#233;ceptionner &#8220;l'&#339;uf&#8221;, comme ils ont dit. Au bout de deux heures, je commence &#224; me sentir tr&#232;s mal et je comprends que &#231;a va &#234;tre beaucoup plus sale que ce qu'on m'a expliqu&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Elle raconte avoir perdu beaucoup de sang, puis poursuit : &#171; &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, on expulse pas mal de muqueuse. Le petit nid qui s'est form&#233; est beaucoup plus cons&#233;quent que ce que j'imaginais. C'est de la chair, c'est pas romantique. Il faut le dire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IVG peut &#234;tre v&#233;cue de mille mani&#232;res. Apr&#232;s coup, Sarah a ressenti un profond soulagement. D'autres ont ressenti ce moment comme une simple op&#233;ration. Mais un avortement, m&#234;me bien encaiss&#233;, reste &#233;prouvant : &#171; &lt;i&gt;J'avais pas envie de rentrer chez moi. J'ai err&#233; dans un Bricorama pendant une heure... &#187;&lt;/i&gt;, se souvient une intervenante. Pour Lola, le contrecoup a &#233;t&#233; plus tardif : &#171; &lt;i&gt;Le mois d'apr&#232;s, &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;j'arr&#234;tais pas de pleurer. Il se passait quelque chose d'absurde dans mon corps. Je n'arrivais m&#234;me plus &#224; me doucher.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chasser la honte&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les t&#233;moignages de ces femmes, ce documentaire d&#233;mystifie l'avortement &#8211; parce qu'il en parle. Simplement et intimement. Avec des d&#233;tails, du tangible, du concret. De quoi chasser le sentiment de honte qui accompagne encore l'IVG : &#171; &lt;i&gt;C'est pas quelque chose qu'on peut assumer, alors que &#231;a concerne les trois quarts des filles,&lt;/i&gt; remarque Sarah. &lt;i&gt;Au boulot, une coll&#232;gue pr&#233;f&#233;rera dire, si elle est souffrante, qu'elle a des r&#232;gles douloureuses, plut&#244;t que de dire qu'elle vient de se faire avorter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une des s&#233;quences d'archives qui ponctuent le documentaire, une militante f&#233;ministe rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'IVG est bien souvent un d&#233;bat d'hommes&lt;/i&gt; &#187;, alors qu'il devrait &#234;tre port&#233; par les premi&#232;res concern&#233;es, celles qui le vivent dans leur chair. Ces voix de femmes, ces images des manifestations massives conduites par le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF) dans les ann&#233;es 1970 viennent aussi rappeler que l'avortement surm&#233;dicalis&#233; maintient les femmes dans une certaine ali&#233;nation. Pour certaines de ces militantes, la loi l&#233;galisant l'avortement a eu des effets pervers : &#171; &lt;i&gt;Je vois pas bien ce qu'on a gagn&#233; quand je vois cette femme en habit d'h&#244;pital, sur un fauteuil roulant, attendre, seule, de se faire avorter.&lt;/i&gt; &#187; En somme, il y a eu perte d'une certaine autonomie : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on continue &#224; le pratiquer en dehors de l'h&#244;pital.&lt;/i&gt; &#187; Au moment de sa l&#233;galisation, l'IVG a &#233;t&#233; pens&#233;e comme une mesure de sant&#233; publique n&#233;cessaire face au nombre important de femmes qui d&#233;c&#233;daient des suites d'avortements clandestins. En contrepartie, les femmes ont d&#251; accepter la m&#233;dicalisation de l'acte. Si elle a sauv&#233; de nombreuses vies, la loi Veil a aussi mis un terme &#224; toute une dynamique de transmission d'un savoir m&#233;dical populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que le nerf de la guerre pour d&#233;fendre ce droit &#224; l'IVG, c'est bien de raconter, de poser des mots, d'informer. &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt; en est la parfaite illustration. &#171; &lt;i&gt;Ce droit, on risque de le perdre &#224; l'or&#233;e d'une crise sociale importante ou d'un repli sur des valeurs nationalistes, &lt;/i&gt;rappelle une des protagonistes. [...] &lt;i&gt;On doit le d&#233;fendre comme quelque chose qui peut &#234;tre v&#233;cu par n'importe quelle femme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voile, prostitution : pi&#232;ge &#224; cons</title>
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		<dc:date>2019-10-18T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Marie Hermann</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le voile et la prostitution ont supplant&#233; depuis longtemps, parmi les f&#233;ministes fran&#231;aises, les fameux &#171; religion et politique &#187; interdits pendant les repas de famille pour &#233;viter les bastons. On les contourne, y &#233;chappe, les repousse : et l'auteure de cette chronique sait bien quel amour du risque n&#233;vrotique l'am&#232;ne &#224; en parler ici. Il existe pourtant un angle rarement abord&#233; qui gagnerait &#224; l'&#234;tre plus souvent &#8211; &#233;tant entendu d'embl&#233;e que nous ne parlerons ici de voile et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queen-Kong-Kronik" rel="tag"&gt;Queen Kong Kronik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sarah-Fisthole" rel="tag"&gt;Sarah Fisthole&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/imposes" rel="tag"&gt;impos&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-elles-fournissent" rel="tag"&gt;qu'elles fournissent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le voile et la prostitution ont supplant&#233; depuis longtemps, parmi les f&#233;ministes fran&#231;aises, les fameux &#171; religion et politique &#187; interdits pendant les repas de famille pour &#233;viter les bastons. On les contourne, y &#233;chappe, les repousse : et l'auteure de cette chronique sait bien quel amour du risque n&#233;vrotique l'am&#232;ne &#224; en parler ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/-1291-04d4e.jpg?1782640067' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l existe pourtant un angle rarement abord&#233; qui gagnerait &#224; l'&#234;tre plus souvent &#8211; &#233;tant entendu d'embl&#233;e que nous ne parlerons ici de voile et de prostitution que dans le cas o&#249; l'un et l'autre ne sont pas impos&#233;s par un tiers. Pourquoi les femmes concern&#233;es par ces cat&#233;gories sont-elles les seules femmes de classe populaire qui &#233;meuvent la bourgeoisie&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Question qui traverse en filigrane l'excellent &#233;pisode d'un podcast &#224; soi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ? Pourquoi ne s'indigne-t-on pas tout aussi bruyamment du sort fait aux assistantes maternelles et aux aides &#224; domicile, de la sant&#233; d&#233;truite des caissi&#232;res, des horaires inhumains des femmes de m&#233;nage, de la violence abyssale que vivent dans la rue les femmes sans domicile fixe ? Pourquoi ne cherche-t-on pas &#224; lib&#233;rer avec la m&#234;me urgence et la m&#234;me d&#233;termination les m&#232;res isol&#233;es condamn&#233;es &#224; un temps partiel pr&#233;caire et en proie &#224; tous les harc&#232;lements, sans recours possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un cas comme dans l'autre, &lt;/strong&gt;on le sait, ce qui s'engouffre dans ces d&#233;bats d&#233;passe largement la domination masculine et le patriarcat : bien plus que de souffrance insupportable et de veille sur la la&#239;cit&#233;, il s'agit ici de morale et de racisme institutionnalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ces figures arch&#233;typales,&lt;/strong&gt; caricaturales et r&#233;ductrices, reproduites partout jusqu'&#224; la naus&#233;e, de la prostitu&#233;e et de la femme voil&#233;e domin&#233;es, immatures, priv&#233;es de libre arbitre, ne sont-elles pas avant tout des repoussoirs utiles &#224; maintenir le syst&#232;me en place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines prostitu&#233;es&lt;/strong&gt; disent qu'en les faisant payer, elles ont l'impression d'&#233;tablir un rapport plus &#233;quilibr&#233; avec les hommes que dans un lien de s&#233;duction classique &#8211; voire qu'elles se sentent ainsi mieux trait&#233;es par eux, que l'absence de gentillesse, d'empathie, de douceur, les blesse moins quand ce qu'elles fournissent en retour n'est pas de surcro&#238;t gratuit. D'autres disent qu'elles pr&#233;f&#232;rent se prostituer que de travailler chez McDo. Beaucoup avancent que ce qui rend leur vie difficile est bien moins le m&#233;tier en lui-m&#234;me que l'opprobre social et l'ins&#233;curit&#233; (&#233;conomique, corporelle) soigneusement orchestr&#233;e par les pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la prostitution n'&#233;tait pas si mal consid&#233;r&#233;e,&lt;/strong&gt; est-ce que dans ce monde-l&#224; &#8211; tr&#232;s violemment patriarcal et n&#233;olib&#233;ral &#8211;, il n'y aurait pas beaucoup plus de femmes qui voudraient l'exercer ? Est-ce qu'elles ne seraient pas bien plus nombreuses &#224; choisir d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;es pour ce qu'elles fournissent d&#233;j&#224; gratuitement et parfois sans joie, et &#224; consid&#233;rer rationnellement que ce m&#233;tier n'est pas pire que beaucoup d'autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La prostitution est aussi tr&#232;s utile&lt;/strong&gt; pour asseoir la domination &#233;conomique exerc&#233;e sur l'ensemble des femmes. L'&#233;cart salarial moyen entre hommes et femmes en France est actuellement de 24 %, &#224; quoi s'ajoutent les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s au ch&#244;mage et &#224; la retraite dues aux p&#233;riodes non travaill&#233;es pour s'occuper des enfants, les temps partiels impos&#233;s par des modes de garde d&#233;faillants, les carri&#232;res ralenties ou bloqu&#233;es. &#192; quoi s'ajoute aussi le fait qu'&#234;tre une femme co&#251;te bien plus cher que d'&#234;tre un homme, depuis les frais incompressibles (sous peine, une fois encore, d'opprobre social) concernant l'apparence physique jusqu'&#224; ceux de sant&#233; et d'hygi&#232;ne, en passant par ceux impos&#233;s par la s&#233;curit&#233; (comme un retour en taxi la nuit par peur d'&#234;tre agress&#233;e dans la rue, si tant est qu'on puisse se le permettre). Au bout de la cha&#238;ne de cette oppression, il y a la prostitution, qui agit comme une menace agit&#233;e devant toutes les femmes : &#171; Si tu n'acceptes pas les r&#232;gles du jeu, tu sais ce qui t'attend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le voile joue sur les m&#234;mes ressorts&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;rien de plus efficace, pour faire oublier la violence tranquille, quotidienne, unanimement tol&#233;r&#233;e, des hommes blancs, que de ne montrer que celle, pr&#233;tendument culturelle, des hommes noirs et arabes, dont seraient victimes les femmes voil&#233;es. D&#233;signer le voile comme une obligation vestimentaire dont il faudrait se lib&#233;rer de toute urgence est aussi utile &#224; faire oublier le contr&#244;le du corps auquel sont soumises les femmes qui ne sont pas voil&#233;es, de l'&#233;pilation &#224; la longueur de jupe en passant par la minceur, le maquillage et plus largement la s&#233;duction. Car c'est bien ce que le voile (entre autres) signale : le refus de s&#233;duire selon les crit&#232;res impos&#233;s par cette soci&#233;t&#233;. La fin d'une communication, de l'acceptation d'une r&#232;gle du jeu, d'une tentative de se faire aimer &#8211; y compris par ceux qui orchestrent et participent &#224; une haine raciste. Sans oublier le fait de se donner &#224; voir alors m&#234;me que son existence &#233;tait ni&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin,&lt;/strong&gt; la mise en avant constante de ces deux figures sert bien &#233;videmment &#224; rendre invisible la question de la classe, pourtant indissociable du f&#233;minisme, en mettant l'accent sur des questions de diversit&#233; et de communaut&#233;s, et &#224; d&#233;politiser ces questions, &#224; cacher les responsabilit&#233;s institutionnelles comme les mobilisations collectives, pour faire croire que ces choix ne sont qu'individuels et doivent uniquement &#234;tre trait&#233;s comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure,&lt;/strong&gt; ces quelques lignes de &lt;i&gt;L'Hymne des femmes&lt;/i&gt; ne devraient pas nous faire de mal : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont divis&#233;es, les femmes / Et de nos s&#339;urs s&#233;par&#233;es. / Le temps de la col&#232;re, les femmes / Notre temps est arriv&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marie Hermann&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Question qui traverse en filigrane l'excellent &#233;pisode d'un &lt;i&gt;podcast &#224; soi&lt;/i&gt; (Arte Radio) que Charlotte Bienaim&#233; a consacr&#233; &#224; la prostitution, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.arteradio.com/son/61660960/le_prix_du_sexe_15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le prix du sexe. Prostitution, quel est le probl&#232;me ?&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Gilettes au charbon</title>
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		<dc:creator>Serge Andr&#233;</dc:creator>


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&lt;p&gt;D&#232;s novembre 2018, les femmes ont &#233;t&#233; nombreuses &#224; investir le soul&#232;vement fluo. Expos&#233;es &#224; une plus grande pr&#233;carit&#233;, elles ont trouv&#233; l&#224; le moyen d'exprimer leur col&#232;re et leur volont&#233; de changer l'ordre social. Rencontre avec une poign&#233;e de r&#233;volt&#233;es en gilet jaune. Pour un symbole phallique, c'en &#233;tait un. Imaginez l'engin : une &#233;rection titanesque de 22 m&#232;tres de long pesant 35 tonnes. En d&#233;boulant de l'autoroute par le p&#233;age nord de Perpignan, on ne voyait que lui : le cadran solaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s novembre 2018, les femmes ont &#233;t&#233; nombreuses &#224; investir le soul&#232;vement fluo. Expos&#233;es &#224; une plus grande pr&#233;carit&#233;, elles ont trouv&#233; l&#224; le moyen d'exprimer leur col&#232;re et leur volont&#233; de changer l'ordre social. Rencontre avec une poign&#233;e de r&#233;volt&#233;es en gilet jaune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1289-8f567.jpg?1782641228' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris, acte IV (Photo Julien Brygo)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our un symbole phallique, c'en &#233;tait un. Imaginez l'engin : une &#233;rection titanesque de 22 m&#232;tres de long pesant 35 tonnes. En d&#233;boulant de l'autoroute par le p&#233;age nord de Perpignan, on ne voyait que lui : le cadran solaire pondu par l'artiste MA2F. Un braquemart d'acier plant&#233; au c&#339;ur d'un rond-point qui, depuis le 17 novembre, sert de QG aux Gilets jaunes. Que s'est-il pass&#233; dans la nuit du 18 janvier ? Des faits, nous ne savons que cela : un obscur commando a fait une pyramide de pneus au pied de la tringle &#224; 300 000 &#8364; et allum&#233; le brasero. Mena&#231;ant de s'effondrer, le cadran a d&#251; &#234;tre d&#233;mont&#233; pour &#234;tre expertis&#233; et r&#233;par&#233;. La Commune a eu sa colonne Vend&#244;me d&#233;boulonn&#233;e&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monument comm&#233;morant les victoires napol&#233;oniennes, la colonne Vend&#244;me fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les Gilets leur cadran carbonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; quelques m&#232;tres du fameux rond-point d&#233;membr&#233; que nous avons rendez-vous avec un quarteron de Gilettes. &#192; part le ciel, pas l'ombre d'un bleu. Les bagnoles klaxonnent et le poste pos&#233; sur la grande tabl&#233;e diffuse un morceau de Dire Straits. Ce n'&#233;tait la guerre sociale, on pourrait croire &#224; un repas de famille. &#192; celles et ceux qui se demandent pourquoi le soul&#232;vement des Gilets jaunes a &#233;t&#233; autant investi par les femmes, l'affaire a &#233;t&#233; rondement expliqu&#233;e par une de ses actrices d&#233;nomm&#233;e Francie : &#171; &lt;i&gt;80 % des travailleurs pauvres sont des femmes. 82 % des familles monoparentales sont constitu&#233;es d'une m&#232;re avec ses enfants. Les femmes touchent en salaire 25 % de moins que les hommes, donc forc&#233;ment les retraites sont aussi bien moindres. 82 % des temps partiels sont occup&#233;s par des femmes.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Francie, femme Gilet jaune : &#8220;80% des travailleurs pauvres sont des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les poubelles de Marie Blach&#232;re&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On demande aux copines ce qui les a fait entrer dans la fronde. Yeux clairs et verbe tranchant, Alison explique pourquoi elle pr&#233;f&#232;re les mois impairs : &#187; &lt;i&gt;Je suis aide &#224; domicile et j'aimerais me reconvertir, mais c'est tr&#232;s compliqu&#233;. Je touche le ch&#244;mage, l'ARE&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allocation d'aide au retour &#224; l'emploi.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &#224; un taux de 17,35 &#8364; par jour. Soit 537 &#8364; les mois en 31 jours. Ce qui ne me permet ni de vivre, ni de payer un loyer.&lt;/i&gt; &#187; Quand ses finances sont &#224; sec, Alison va faire bombance aux Restos du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa voix m&#233;lancolique, Nadine raconte comment elle a atterri au ch&#244;mage apr&#232;s vingt-huit ans de bons et loyaux services dans une entreprise familiale : &#187; &lt;i&gt;On m'a licenci&#233;e pour le chiffre d'affaires. Je faisais trop dans l'humain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regard per&#231;ant et nez aquilin, Isabelle est secr&#233;taire. Le gilet, elle l'a d'abord enfil&#233; pour ses deux gamins. L'un souffre d'un trouble r&#233;pertori&#233; en &#171; dys&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Troubles des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, l'autre d'une leuc&#233;mie. &#201;coutons-la : &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; confront&#233;e au probl&#232;me du handicap qui est tr&#232;s peu pris en compte par les politiques alors que la pr&#233;valence des handicap&#233;s est en augmentation. Dans la classe de mon dernier, la moiti&#233; des enfants va chez l'orthophoniste ou a un suivi m&#233;dical. Tous ces suivis ne sont pas forc&#233;ment reconnus ou rembours&#233;s. Le handicap co&#251;te tr&#232;s cher en France. Je connais des familles oblig&#233;es de se monter en association pour soigner leurs enfants. Certaines vont en Espagne. 8 000 &#8364; les deux semaines.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; l'expression de ces gal&#232;res personnelles, les dol&#233;ances s'&#233;largissent rapidement &#224; une critique virulente de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce monde de merde avec ses in&#233;galit&#233;s criantes et ses rapports humains en jach&#232;re, ce monde qu'on supportait &#224; peine et qu'on commentait auparavant avec fatalisme et r&#233;signation, ce monde il fallait soudain le virer et en construire un meilleur. Aussi simple que de virer l'obsc&#232;ne cadran d'&#224; c&#244;t&#233;. Maryse porte une casquette jaune et tient &#224; causer sous pseudo, elle balance : &#171; &lt;i&gt;C'est inadmissible tous les privil&#232;ges qu'il y a en haut et tellement de mis&#232;re et de pr&#233;carit&#233; en bas. Je veux un monde meilleur, un autre syst&#232;me pour mes enfants, mes petits-enfants, les travailleurs, les retrait&#233;s, les enfants handicap&#233;s. Y en a marre de tous ces privil&#232;ges.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est l&#226;ch&#233;, ainsi que la r&#233;f&#233;rence &#224; 1789. Deux cent trente ans apr&#232;s, on est l&#224; pour finir le boulot des culott&#233;es sans-culottes. Maryse pointe les anciens pr&#233;sidents qui continuent &#224; toucher leurs &#171; &lt;i&gt;royalties&lt;/i&gt; &#187; &#8211; r&#233;surgence monarchique jusque dans l'&#233;tymologie &#8211; pendant que des vieux se cantonnent &#224; un repas par jour. Elle finit tout &#233;mue, col&#232;re rentr&#233;e et sanglots contenus. Isabelle rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Je ne con&#231;ois pas qu'apr&#232;s avoir travaill&#233; toute leur vie, ils doivent choisir entre se chauffer ou manger.&lt;/i&gt; &#187; &#192; sept heures du matin, Nadine les voit, ces papis et ces mamies, faire les poubelles de la boulangerie Marie Blach&#232;re. Alors qu'avant elles assistaient impuissantes &#224; ces clich&#233;s de mis&#232;re, elles exigent maintenant une vie d&#233;cente pour les retrait&#233;s. Et pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup, &#234;tre femme dans un mouvement accus&#233; de tous les maux dont celui de sexisme, ce n'est pas trop duraille ? Maryse, ferme : &#171; &lt;i&gt;Il y a eu quelques clashs. Mais on a &#233;t&#233; assez fortes pour se faire entendre. On a des choses &#224; dire et c'est pas les hommes qui vont nous dire de la fermer. Je me consid&#232;re l'&#233;gale de l'homme.&lt;/i&gt; &#187; Alison est plus perplexe : &#187; &lt;i&gt;Je ne me souviens pas de la moindre altercation avec un macho sur un quelconque point de blocage. D'ailleurs je n'ai jamais entendu de propos misogynes.&lt;/i&gt; &#187; Isabelle temp&#232;re : on lui a rapport&#233; des tensions entre hommes et femmes, notamment lors des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. M&#234;me si elle n'y a jamais assist&#233;. Alison d&#233;crypte : l'embrouille venait des manifs f&#233;ministes organis&#233;es le dimanche par les femmes Gilets jaunes. Leurs initiatrices ont &#233;t&#233; accus&#233;es de diviser et donc d'affaiblir le mouvement. Isabelle : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes des Gilets jaunes, pas &#8220;les femmes de&#8221;. Le but de ces manifs &#233;tait de nous montrer, de faire du bruit autour de nos revendications sp&#233;cifiques. On a dans&#233; aussi.&lt;/i&gt; &#187; Elle rit. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait bon enfant m&#234;me si on n'&#233;tait pas nombreuses. Des hommes venaient faire le service d'ordre au cas o&#249;. Certains se pointaient en jupe, d&#233;guis&#233;s en nana.&lt;/i&gt; &#187; Qui l'e&#251;t cru : des Gilets jaunes qui d&#233;construisent le genre. Et pourquoi pas un rond-point carr&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La femme au rond-point, l'homme &#224; la maison&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des souvenirs affluent. Il fait nuit, il caille, il fait peur. C'est l'&#233;poque des blocages. Durs. Des meufs surgissent de l'ombre et imposent leur corps menu face &#224; des 38 tonnes. Les routiers obtemp&#232;rent. M&#233;dus&#233;s ou blas&#233;s. Une gamine de 15 ans v&#234;tue d'un pyjama en peluche immobilise sa ribambelle de poids lourds. On lui demande ce qu'elle fiche dehors &#224; une heure pareille, si sa m&#232;re sait qu'elle est l&#224;. &#171; &lt;i&gt;Ma m&#232;re, elle est plus haut dans la file, elle gare les camions.&lt;/i&gt; &#187; Faisons ce constat sommaire : les Gilets en action se foutent du genre. Ils et elles sont une force collective. Tout pareillement que le m&#226;le, la femme monte au charbon. Occupe. R&#233;siste. Caillasse. Alison explique l'extraordinaire pugnacit&#233; f&#233;minine par le fait que les nanas, dans la vie de tous les jours, doivent s'acquitter autant de leurs obligations professionnelles que familiales. Tenir sur tous les fronts, ici sont peut-&#234;tre &#224; chercher les racines de la d&#233;termination des guerri&#232;res des ronds-points. &#171; &lt;i&gt;Du coup, on y va, on fonce. On ne n&#233;gocie pas. L'histoire des luttes sociales nous enseigne que quand les femmes sont au premier plan, c'est que l'urgence sociale est grave. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flics l'ont bien compris, qui n'ont pas fait de distinguo genr&#233; quand il s'est agi de tabasser, gazer et embastiller du fluo. Nadine r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Quand les forces de l'ordre attrapaient des femmes, ils les tapaient comme si c'&#233;taient des hommes.&lt;/i&gt; &#187; Et au fait, comment se g&#232;rent les mobilisations du samedi pour les familles ? La femme enr&#233;giment&#233;e au rond-point, l'homme est-il de corv&#233;e au foyer ? Isabelle : &#171; &lt;i&gt;Je suis mari&#233;e avec deux enfants donc oui, le samedi mon mari garde les enfants. Il le sait, il conna&#238;t mon c&#244;t&#233; revendicatrice.&lt;/i&gt; &#187; Tremble-t-il pour sa moiti&#233;, l'assign&#233; au domicile conjugal ? Isabelle h&#233;site, avant de r&#233;pondre : &#187; &lt;i&gt;Au d&#233;but non. Mais maintenant oui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Monument comm&#233;morant les victoires napol&#233;oniennes, la colonne Vend&#244;me fut d&#233;truite par la Commune de Paris en 1871, puis reconstruite sous la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Francie-femme-gilet-jaune-80-des-travailleurs-pauvres-sont-des-femmes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Francie, femme Gilet jaune : &#8220;80% des travailleurs pauvres sont des femmes&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;R&#233;volution permanente&lt;/i&gt; (25/02/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Allocation d'aide au retour &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Troubles des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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