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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>De quoi rendre ch&#232;vre</title>
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		<dc:date>2010-06-19T20:02:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Claude Leyraud</dc:creator>


		<dc:subject>Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans le massacre annuel de 1,46 milliard d'animaux dans les abattoirs fran&#231;ais contr&#244;l&#233;s, la part de l'&#233;levage de ch&#232;vres est tr&#232;s minoritaire. L'histoire du chevreau est donc moins connue que celle du poulet en batterie, du porc, de la vache et de son veau. Parlons-en. LES CHEVRIERS b&#233;n&#233;ficient d'une bonne image : ils sont volontiers &#233;colos et, pendant que monsieur conduit le troupeau par monts et par vaux, madame fabrique des fromages et va les vendre sur les march&#233;s. Bien s&#251;r, il y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no78-mai-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;78 (mai 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Du-cote-de-chez-les-rustiques" rel="tag"&gt;Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fromage" rel="tag"&gt;fromage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le massacre annuel de 1,46 milliard d'animaux dans les abattoirs fran&#231;ais contr&#244;l&#233;s&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Bidoche de Fabrice Nicolino, &#233;ditions Les Liens qui lib&#232;rent, 2009.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la part de l'&#233;levage de ch&#232;vres est tr&#232;s minoritaire. L'histoire du chevreau est donc moins connue que celle du poulet en batterie, du porc, de la vache et de son veau. Parlons-en.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LES CHEVRIERS b&#233;n&#233;ficient d'une bonne image : ils sont volontiers &#233;colos et, pendant que monsieur conduit le troupeau par monts et par vaux, madame fabrique des fromages et va les vendre sur les march&#233;s. Bien s&#251;r, il y a parmi eux de vilains industriels qui clo&#238;trent leurs b&#234;tes &#224; vie &#8212; l'espace carc&#233;ral r&#233;glementaire est de 1,50 m&#178;, &#231;a fait pas beaucoup pour un animal de taille comparable &#224; la n&#244;tre. Mais, globalement, la vie est belle chez les chevriers ! Sauf que la plupart sont soumis &#224; la grande division du travail qui r&#233;gente le monde. C'est-&#224;-dire qu'ils sont sp&#233;cialis&#233;s dans la transformation du lait en fromage. Et cet &#233;levage-l&#224; a un sous-produit, la viande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'une ch&#232;vre soit en lactation, elle doit &#234;tre engross&#233;e par un bouc, passer par une gestation de cinq mois au bout de laquelle elle a son chevreau et le lait pour le nourrir. Un troupeau de 30 ch&#232;vres donne environ 50 chevreaux par an, &#231;a fait vite du monde. Se pose alors le probl&#232;me de la concurrence pour le lait : va-t-on le laisser aux m&#232;res pour nourrir les petits, ou va-t-on en faire du fromage ? Dans les premi&#232;res heures apr&#232;s la naissance,le lait appel&#233; colostrum est indispensable aux chevreaux pour acqu&#233;rir les d&#233;fenses immunitaires de la m&#232;re.Ce lait est d'ailleurs interdit de commercialisation. Mais au bout de huit jours, le chevrier devra faire un choix, qui d&#233;pend de sa sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord celui qui ne raisonne pas plus loin que la diff&#233;rence entre la valeur d'un litre de lait &#224; 0,45 euro, destin&#233; &#224; nourrir les chevreaux, et celle du m&#234;me litre transform&#233; en fromage, jusqu'&#224; 3 euros. Il s'en remettra &#224; l'engraisseur, qui le d&#233;barrassera des chevreaux. Empil&#233;s sur un camion dans de minuscules caisses, ils se pisseront dessus de trouille, puis seront &#233;lev&#233;s &#224; trois dans 1m2 et n'en ressortiront qu'au bout de 5 &#224; 6 semaines pour &#234;tre abattus. Cette chair dite de chevreau de lait est bourr&#233;e de toxines, tant pis pour les consommateurs imp&#233;nitents. Les m&#232;res, elles, poussent des cris d&#233;chirants pendant plusieurs jours, mais qu'importe, la production de fromage est assur&#233;e pour 9 &#224; 10 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite le chevrier qui n'a pas trop bonne conscience et d&#233;cide de couper la poire en deux : une partie des chevreaux est supprim&#233;e &#224; la&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH270/samson78-d32be.jpg?1779603518' width='400' height='270' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Samson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;naissance ou part &#224; l'engraisseur, une autre est engraiss&#233;e sur place au lait en poudre, ou m&#234;me &#233;lev&#233;e &#171; sous la m&#232;re &#187; : c'est mieux, les m&#232;res &#233;duquent les petits et la culture du troupeau se transmet. Nous voil&#224; enfin face &#224; celui qui d&#233;cide d'&#233;lever tous ses chevreaux sous la m&#232;re, m&#234;me s'il doit perdre de l'argent (ce mode d'&#233;levage &#171; anti-&#233;conomique &#187; lui co&#251;tera environ 5000 euros pour un troupeau de 30 bestioles), en &#171; sacrifiant &#187; une part de lait pendant quelques semaines. Le v&#233;t&#233;rinaire ne manquera pas de le mettre en garde contre les risques sanitaires que g&#233;n&#232;rent de telles promiscuit&#233;s.Par exemple le CAEV, un r&#233;trovirus qui se transmet par la salive, le sang, le sperme. Sans nier ces risques, on sait que rares sont les troupeaux non touch&#233;s par cette maladie, la situation ne d&#233;g&#233;n&#233;rant pas pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! Une fois les chevreaux engraiss&#233;s &#224; la ferme, il faudra les conduire &#224; l'abattoir &#8212; ou les abattre soi-m&#234;me, mais c'est interdit. On comprend que celui qui en est l&#224; est assez boulevers&#233; par ce syst&#232;me pour se mettre &#224; l'&#233;coute de ceux qui ont cherch&#233; des solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60, un pr&#233;curseur, Jean Pain, a d&#233;montr&#233; qu'il &#233;tait possible de diminuer la fr&#233;quence de gestation et d'allonger d'autant la dur&#233;e de lactation. Quelques chevriers ont emprunt&#233; cette voie. Ainsi Catherine, install&#233;e dans les Alpes-de-Haute-Provence avec son troupeau de 60 ch&#232;vres. Au milieu des ann&#233;es 70, sans ressources et avec une poign&#233;e d'enfants &#224; &#233;lever, elle se fait berg&#232;re &#8212; c'est bucolique &#8212;, et fromag&#232;re &#8212; c'est ce qui demande le moins d'investissement en mat&#233;riel et en terres. Mais tr&#232;s vite elle est confront&#233;e &lt;i&gt;&#171; au lait en poudre d&#233;gueulasse &#187;&lt;/i&gt;, choisit alors d'&#233;lever sous la m&#232;re et&lt;i&gt; &#171; tombe dans une autre gal&#232;re, fourguer sa viande dans le r&#233;seau des bio-coops &#187;&lt;/i&gt;. Sachant ce qu'elle ne veut plus, elle deviendra &lt;i&gt;&#171; pointue au niveau technique et &#224; la recherche d'une alternative &#187;&lt;/i&gt;. Sa solution, exp&#233;riment&#233;e depuis les ann&#233;es 90, consiste &#224; confier au bouc, au printemps, &#224; peine une dizaine de jeunes filles pour renouveler le cheptel, plus quelques ch&#232;vres qui ont peu de lait. Les autres ch&#232;vres subissent un effet d'entra&#238;nement qui les maintient en lactation continue pendant plusieurs ann&#233;es, jusqu'&#224; cinq ans. Certes, il y a bien une baisse cons&#233;quente de la production en hiver, mais elle est compens&#233;e en partie par une plus grande concentration en mati&#232;re prot&#233;ique. Il semblerait que &#231;a ne puisse marcher qu'avec de bonnes laiti&#232;res et en effectuant deux traites par jour toute l'ann&#233;e (adieu les sports d'hiver !). Du coup, il y aura tout au plus une douzaine de petits boucs abattus au lieu d'une centaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'&#233;cris cela, c'est pour rendre hommage &#224; Catherine,qui se qualifie d'id&#233;aliste pragmatique et a gard&#233; le sens de la libert&#233; et de la dignit&#233; humaine, et pas tant pour stigmatiser des chevriers qui se sont rendus aux raisons de ce monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &lt;a href=&#034;http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bidoche&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Fabrice Nicolino, &#233;ditions Les Liens qui lib&#232;rent, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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