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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Bon courage ! &#187;</title>
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		<dc:date>2010-07-02T19:38:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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&lt;p&gt;Certaines expressions fleurent bon l'esprit des temps. Sympt&#244;me de la duret&#233; actuelle de ceux-ci, la formule &#171; bon courage &#187; vient en r&#233;ponse &#224; toutes sortes de propos, y compris les plus anodins. Au d&#233;part, &#171; avoir du c&#339;ur &#187; ou &#171; faire contre mauvaise fortune, bon c&#339;ur &#187; s'appliquaient au chevalier en qu&#234;te de Graal, face &#224; tous les obstacles et dangers qu'il aurait &#224; surmonter (lapin tueur, pucelles du ch&#226;teau d'Anthrax, Tim l'Enchanteur&#8230;). D&#233;sormais le simple fait de sortir de chez soi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bon-courage-16883" rel="tag"&gt;bon courage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/courage" rel="tag"&gt;courage&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Certaines expressions fleurent bon l'esprit des temps. Sympt&#244;me de la duret&#233; actuelle de ceux-ci, la formule &lt;i&gt;&#171; bon courage &#187;&lt;/i&gt; vient en r&#233;ponse &#224; toutes sortes de propos, y compris les plus anodins. Au d&#233;part, &lt;i&gt;&#171; avoir du c&#339;ur &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; faire contre mauvaise fortune, bon c&#339;ur &#187;&lt;/i&gt; s'appliquaient au chevalier en qu&#234;te de Graal, face &#224; tous les obstacles et dangers qu'il aurait &#224; surmonter (lapin tueur, pucelles du ch&#226;teau d'Anthrax, Tim l'Enchanteur&#8230;). D&#233;sormais le simple fait de sortir de chez soi, d'aller faire trois courses ou de rechercher les bienfaits d'un bain de mer semblent s'apparenter, pour votre interlocuteur de rencontre, &#224; un p&#233;rilleux parcours du combattant sur lequel, pauvre h&#232;re accabl&#233; par les vicissitudes de la vie moderne, vous seriez amen&#233; &#224; ramper d'un trou d'obus &#224; l'autre. &#192; moins qu'il ne s'agisse des derniers risques de contagion grippale. Le pire &#233;tant l'expression r&#233;duite &#224; son composant essentiel &#8211; &lt;i&gt;&#171; courage ! &#187;&lt;/i&gt; &#8211; qui d&#233;note de la plus visqueuse des compassions vis-&#224;-vis d'une victime pour qui les secondes sont compt&#233;es (juste avant de passer l'oral du bac fran&#231;ais&#8230;). En cette &#233;poque de crise et de moral des m&#233;nages au fond des pantoufles, sans parler de celui des cadres, le langage de la vie quotidienne s'adapte &#224; l'imminence de la catastrophe qui nous pend au nez. Le&lt;i&gt; &#171; &#231;a va ou bien ? &#187;&lt;/i&gt; laisse planer l'&#233;ventualit&#233; que non. Au portable, le &lt;i&gt;&#171; je ne te d&#233;range pas ? &#187;&lt;/i&gt;, &#233;vocation &#224; peine euph&#233;mis&#233;e d'un harc&#232;lement pluriquotidien, a remplac&#233; le &lt;i&gt;&#171; t'es o&#249; ? &#187;&lt;/i&gt;, encore impr&#233;gn&#233; du sentiment d'ubiquit&#233; li&#233; &#224; la g&#233;n&#233;ralisation f&#233;erique de la communication instantan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il para&#238;t loin l'&#226;ge d'or des sondages qui nous ass&#233;naient un brejn&#233;vien 85 % de Fran&#231;ais heureux (en novembre 2009), encore plus loin le bon temps des reportages transformant notre belle Gaule en un pays de cocagne, joie de vivre &#224; tous les &#233;tages, vers lequel nos voisins europ&#233;ens r&#234;vaient de converger une fois leur fortune faite (le cirque de Gavarnie, le vignoble bordelais, les tailleurs de pipe de Saint-Claude chez Pernaud tous les jours &#224; 13 heures). On l'aura bien compris tout cela est affaire de mode et, aujourd'hui, la mode est &#224; la d&#233;pression. En f&#233;vrier dernier, le tr&#232;s respectable m&#233;diateur de la R&#233;publique, Jean-Paul Delevoye, lan&#231;ait son petit cri d'alarme &#224; lui : &lt;i&gt;&#171; Cette soci&#233;t&#233; est en grande tension nerveuse, comme si elle &#233;tait fatigu&#233;e psychiquement. &#187;&lt;/i&gt; Son poste &#233;tant restructur&#233; par la prochaine r&#233;forme du d&#233;fenseur des droits, il va pouvoir sereinement m&#233;diter sur son diagnostic. Mais il n'est pas le seul &#224; vouloir coucher la France sur son divan. Dernier en date, le sociologue Alain Ehrenberg&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Soci&#233;t&#233; du malaise, Odile Jacob, 2010.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; dresse le portrait clinique de l'Hexagone en ce d&#233;but de troisi&#232;me mill&#233;naire. Pour cet analyste de la mont&#233;e de l'individualisme sur fond de culte de la performance, l'effacement de l'&#201;tat dominateur mais protecteur aurait laiss&#233; le quidam un peu tout nu face &#224; l'injonction d'&#234;tre pleinement lui-m&#234;me. Ou comme le beuglait un chanteur des ann&#233;es 80 pass&#233; depuis aux drogues dures, &lt;i&gt;&#171; &#234;tre une femme lib&#233;r&#233;e, c'est pas si facile &#187;&lt;/i&gt;. Plus s&#233;rieusement, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; sa libert&#233; de choix est totale, l'humain contemporain a la trouille de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur de toutes les potentialit&#233;s qu'on lui vend &#224; longueur de spots publicitaires. Et quand on sait que les Fran&#231;ais sont les plus nombreux parmi les Europ&#233;ens &#224; voir le travail comme le principal moyen d'&#233;panouissement personnel, on comprend mieux qu'ils se fracassent contre une r&#233;alit&#233; manag&#233;riale essentiellement &#224; base de pr&#233;carisation tout azimut. Suicide collectif ou guerre civile ? Bon courage !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du malaise&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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