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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Lettre &#224; mes amours p&#233;d&#233;s cisgenres</title>
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		<dc:creator>Mario</dc:creator>


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&lt;p&gt;Mario est un homme trans, assign&#233; au genre f&#233;minin &#224; sa naissance. Sa sexualit&#233; de mec qui aime les hommes est marqu&#233;e par un corps diff&#233;rent. Dans cette lettre qui parle d'amour, de solitude et de violences, Mario aborde son rapport au cruising, l'art de la drague entre hommes dans les lieux publics. Un r&#233;cit intime des bouleversements qui le traversent et de ses questions rest&#233;es pour l'instant sans r&#233;ponse. De toute fa&#231;on, mon rapport &#224; la sexualit&#233; a toujours &#233;t&#233; compliqu&#233;. De toute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/desir" rel="tag"&gt;d&#233;sir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mario est un homme trans, assign&#233; au genre f&#233;minin &#224; sa naissance. Sa sexualit&#233; de mec qui aime les hommes est marqu&#233;e par un corps diff&#233;rent. Dans cette lettre qui parle d'amour, de solitude et de violences, Mario aborde son rapport au cruising, l'art de la drague entre hommes dans les lieux publics. Un r&#233;cit intime des bouleversements qui le traversent et de ses questions rest&#233;es pour l'instant sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L486xH400/-1590-6ac12.jpg?1782651098' width='486' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De toute fa&#231;on, mon rapport &#224; la sexualit&#233; a toujours &#233;t&#233; compliqu&#233;. De toute fa&#231;on mon corps est marqu&#233; par le temps, les transitions. De toute fa&#231;on il a v&#233;cu les violences et la coercition. Alors dis-moi, comment on baise&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui baise quoi, qui baise qui et &#231;a change quoi ? Depuis que je prends de la testost&#233;rone, que mon corps habill&#233; est identifi&#233; dans les espaces publics comme masculin et que mes regards me placent du c&#244;t&#233; des p&#233;d&#233;s, je ne cesse de me poser cette question : comment on baise ? Je me mets o&#249; et tu fais quoi ? Car si tout change, rien ne bouge. Comme toujours, mon d&#233;sir va vers les hommes et, pris au pi&#232;ge entre diverses repr&#233;sentations de ce que c'est que de faire du sexe entre mecs, d'&#234;tre un &#171; vrai p&#233;d&#233; &#187;, mon pass&#233; et les angoisses dont mon corps porte encore les stigmates, je ne sais parfois plus vers o&#249; me tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je te mate dans la rue et que tu me regardes en retour, nous pensons tous les deux &#224; la queue que je n'ai pas. Moi parce que j'ai peur d'&#234;tre d&#233;couvert et toi parce que tu la d&#233;sires. Alors il reste les cages d'escalier et le noir complet. Les soir&#233;es o&#249; bourr&#233;, si tu m'interpelles, je te suivrai sur la pointe des pieds. D'une certaine fa&#231;on le fait de&lt;i&gt; cruiser&lt;/i&gt;, m&#234;me si je ne vais souvent pas plus loin que du flirt, me permet de garder la t&#234;te haute et me fait me sentir moins seul. On se croise et lorsque tu me regardes, je suis homme. Je me sens beau. Je me sens faire partie d'une communaut&#233; secr&#232;te dont nous seuls connaissons les codes. Petit sourire en coin, yeux qui p&#233;tillent. Il est tard et on tra&#238;ne dehors. On tourne dans les rues, on se cherche et j'aime la tension qui s'en d&#233;gage ; le sentiment d'appartenance communautaire et notre d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne me baise pas, ou si peu &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; toi, inconnu de la rue, je ne te dirai pas que je suis trans&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Personne dont le genre ressenti diverge de celui assign&#233; &#224; la naissance.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, tu ne le sauras pas, je d&#233;vierai tes mains, je les emp&#234;cherai de savoir, je te ceinturerai pour que tu ne t'aventures pas sur des territoires dangereux. Parce que j'en ai trop entendu. J'ai trop compris. Face &#224; moi, le d&#233;sir est complexe : on doit apprendre &#224; faire avec ma chatte. Cela n&#233;cessite du temps. Je suis d'ailleurs toujours oblig&#233; de le r&#233;p&#233;ter : si tu veux qu'on ait des rapports sexuels chouettes, orgasmiques, consentis, il te faudra prendre le temps et me laisser l'espace d'&#234;tre qui je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce temps comme cet espace sont des luxes qui ne me sont que rarement accord&#233;s et je suis trop souvent rel&#233;gu&#233; dans les limbes de l'ambigu&#239;t&#233; ou du platonique. En r&#233;alit&#233; on m'embrasse, on me touche, on se frotte, on dort avec moi, on me c&#226;line comme un joujou mais on ne me baise pas, ou si peu. On me le dit aussi : non, on n'ira pas plus loin. On m'explique. Et on se raisonne, car il est difficile d'&#234;tre p&#233;tri de d&#233;sir pour moi. Je suis le petit fr&#232;re, le gar&#231;on &#224; qui on tient la main, l'&#233;paule disponible, celui que tu vois comme un adolescent alors m&#234;me que je suis plus vieux que toi, et l'ami toujours pr&#233;sent. Mais on ne me retourne pas. Par contre on me serre fort, pour ne pas voir ma douleur et masquer sa g&#234;ne. Et aujourd'hui, je sais, ils veulent ma chaleur mais pas le feu. Alors je cours les rues et cherche des &#233;tincelles dans les regards.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Alors c'est &#231;a aussi d'&#234;tre p&#233;d&#233; ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je te suis, tu me suis, on s'embrasse, je te touche, tu m'entra&#238;nes, je te dis non, tu n'entends pas, tu me pousses, je te d&#233;sire quand m&#234;me, tu ouvres la porte et on entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la porte se ferme cette fois, voil&#224; que je ne sais plus. Alors je me jette sur ta queue, parce que c'est plus simple de m'agenouiller que de r&#233;fl&#233;chir &#224; mon propre d&#233;sir et mes peurs. Et quand je te retourne contre le mur pour te bouffer le cul et que tu g&#233;mis, je me sens puissant, je suis un homme. Mais quand c'est toi qui me jettes, me plaques et m'encules de force sans capote alors que je dis non, je panique. Qu'est-ce que je fais l&#224; ? Est-ce que tu as vu que je n'avais pas de bite ? Comment est-ce que je me sens ? Voil&#224; que tu ouvres la porte. Il est une heure du matin, tu plantes un baiser humide sur ma joue puis traces ta route dans la nuit tandis que je reste seul avec du sperme d&#233;goulinant de mon short. Je sais ce qu'il faut que je fasse : aller &#224; l'h&#244;pital, prendre un traitement post-exposition&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traitement qui r&#233;duit le risque de contamination par le VIH apr&#232;s une prise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dire ce qu'il s'est pass&#233;. Mais raconter quoi et comment ? Est-ce que c'est une agression ? Et qui s'est fait agresser ? Un jeune mec p&#233;d&#233;, une fille biscornue ou tout simplement un mec trans ? Comment en parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors c'est aussi &#231;a d'&#234;tre p&#233;d&#233; ? &#199;a existe chez vous aussi ? Mais pourquoi personne n'a rien &#224; en dire ? Et lorsque j'en parle &#224; mes copains les p&#233;dales n&#233;s du bon c&#244;t&#233; du genre, pourquoi me regardent-ils comme si c'&#233;tait une partie de l'apprentissage ? Mais apprentissage de quoi ? De la honte ? Mais nous la connaissons tous d&#233;j&#224;. Finalement mon corps, ses d&#233;sirs, et la vie que nous avons men&#233;e ont-ils leur place quelque part ? Existe-t-il un moyen de vivre ma sexualit&#233; comme je l'entends sans craindre ni rejet, ni f&#233;tichisation, ni agression ? Tant de questions qui restent pour l'instant sans r&#233;ponse, tant et si bien que lorsque je n'y prends pas garde, je m'enferme dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est dans le m&#234;me radeau &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors pour &#233;viter cette mort silencieuse, je voudrais pouvoir vous dire que je vous aime. Vous &#234;tes mes fr&#232;res de gal&#232;re, de sexe, d'amour, d'amiti&#233;, d'affection aussi. Vous m'apportez des choses que je ne pensais pas possibles lorsque j'&#233;tais coinc&#233; dans cette vie h&#233;t&#233;rosexuelle monogame mortif&#232;re qui n'a jamais &#233;t&#233; la mienne. J'ai essay&#233; de toutes mes forces d'&#234;tre la bonne meuf, de celles qui font la bouffe, qui r&#233;confortent leur petit mari et rendent les parents fiers, mais ce n'est pas qui je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais ce qu'il en co&#251;te de sortir du placard. Je sais ce qu'il en co&#251;te de ne pas &#234;tre la norme et de savoir que quoi que tu fasses, le moule ne te correspondra pas car il est carr&#233; et tu es rond. Je sais ce que nos vies de&lt;i&gt; queers &lt;/i&gt;nous co&#251;tent, comme je sais qu'elles nous pressurisent jusqu'&#224; nous laisser exsangues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je sais aussi que je ne supporte plus le silence autour de mes diff&#233;rences. Je suis p&#233;d&#233; et trans. Nous sommes sur le m&#234;me radeau, mais on n'y est pas arriv&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on. J'ai nag&#233; plus longtemps, dans des eaux plus sombres et contre des courants plus forts et j'aimerais qu'on en parle. Qu'on parvienne &#224; trouver des ponts, des liens entre nous tous qui avons grandi avec ce sentiment de d&#233;viance et de monstruosit&#233; que la soci&#233;t&#233; cis-h&#233;t&#233;ronormative nous fait ressentir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le patriarcat se retrouve dans les interstices de nos libert&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car moi et mon corps trans sommes fatigu&#233;s. Fatigu&#233;s de parler dans le vide, fatigu&#233;s de se faire rejeter, dominer, agresser et d'&#234;tre renvoy&#233;s aux limites de cette communaut&#233; de&lt;i&gt; freaks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Monstre humain &#187;. Anglicisme qui d&#233;signe des personnes qui rejettent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, d&#233;j&#224; marginale. Parfois j'ai l'impression qu'on reproduit la violence que nous nous sommes mang&#233;s et qu'on la vomit dans nos relations. Les douleurs qu'ont subies nos corps, inflig&#233;es par le regard cis-h&#233;t&#233;ro&#8202;sexuel et le patriarcat, se retrouvent dans les interstices de nos libert&#233;s et si nous voulons respirer il devient urgent de les d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on se penche sur nos blessures et qu'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; ne pas reproduire ces rapports de domination : ceux des mascs&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; masculin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; sur les fems&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; f&#233;minin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otyp&#233;s associ&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, des blanc.hes sur des racis&#233;. es, des cisgenres sur les transgenres, des s&#233;ronegs sur les s&#233;ropos&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; s&#233;ron&#233;gatifs &#187; et &#171; s&#233;ropositifs &#187;.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, des p&#233;n&#233;trant.es sur les p&#233;n&#233;tr&#233;.es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on en finisse avec la violence de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et l'autod&#233;testation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on soit heureux. Mais pour &#231;a il faudrait qu'on en parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors mes amours, on s'y met quand ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mario&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Personne dont le genre ressenti diverge de celui assign&#233; &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Traitement qui r&#233;duit le risque de contamination par le VIH apr&#232;s une prise de risque r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Monstre humain &#187;. Anglicisme qui d&#233;signe des personnes qui rejettent les normes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; masculin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s &#224; la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique et dominante (blanche, h&#233;t&#233;rosexuelle et cisgenre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; f&#233;minin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otyp&#233;s associ&#233;s &#224; la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; s&#233;ron&#233;gatifs &#187; et &#171; s&#233;ropositifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fabrique de la casse</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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		<dc:subject>Matthieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Aide sociale &#224; l'enfance (ASE) n'est pas une habitu&#233;e des projecteurs. Pourtant, certaines affaires en lien avec ce service de l'&#201;tat ont r&#233;cemment fait couler beaucoup d'encre. Du r&#233;cit de l'enfance chaotique des fr&#232;res Kouachi &#224; celui du musellement des &#233;ducateurs, les maux de l'ASE commencent &#224; faire du bruit. &#192; la rencontre de parents et de professionnels, petit tour d'horizon d'un syst&#232;me qui &#171; d&#233;conne &#224; plein tube &#187;. *** &#171; Julie* a &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; notre foyer par sept policiers et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Aide sociale &#224; l'enfance (ASE) n'est pas une habitu&#233;e des projecteurs. Pourtant, certaines affaires en lien avec ce service de l'&#201;tat ont r&#233;cemment fait couler beaucoup
d'encre. Du r&#233;cit de l'enfance chaotique des fr&#232;res Kouachi &#224; celui du musellement
des &#233;ducateurs, les maux de l'ASE commencent &#224; faire du bruit. &#192; la rencontre de parents et de professionnels, petit tour d'horizon d'un syst&#232;me qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;conne &#224; plein tube&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH426/0-bde34.jpg?1783149255' width='500' height='426' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Kalem
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Julie* a &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; notre foyer par sept policiers&lt;/strong&gt; et deux professionnelles de l'Aide sociale &#224; l'enfance&lt;/i&gt; &#187;, confie H&#233;l&#232;ne, maman de trois enfants. Elle est aussi &#233;ducatrice sp&#233;cialis&#233;e. En juin 2015, elle vient de souffler ses 40 bougies quand elle apprend que sa fille de 14 ans fait l'objet d'une Ordonnance de placement provisoire. Ce jour-l&#224;, c'est par la force &#8211; et en pr&#233;sence de ses deux autres enfants &#8211; qu'on a retir&#233; &#224; H&#233;l&#232;ne la garde de sa fille. &#171; &lt;i&gt;Dans chaque situation, le premier postulat est la mise en accusation du parent. Quoi que tu fasses ce sera per&#231;u comme &#231;a, &#224; tort ou &#224; raison. De toute fa&#231;on, c'est extr&#234;mement violent &lt;/i&gt; &#187;, explique Matthieu, ancien &#233;ducateur de jeunes enfants qui a boss&#233; plusieurs ann&#233;es dans ce qu'il appelle les foyers &#171; 4-9 &#187; &#8211; des foyers qui accueillent des enfants plac&#233;s &#226;g&#233;s de 4 &#224; 9 ans. Il a aussi tra&#238;n&#233; ses savates dans les couloirs d'un centre maternel de Bretagne. Matthieu ne remet pas en cause la n&#233;cessit&#233; de la plupart des placements. Mais son constat est sans appel en ce qui concerne la prise en charge de ces situations d&#233;licates : l'ASE ? &#8211; &#171; &lt;i&gt;c'est un syst&#232;me qui d&#233;conne &#224; plein tube.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Suppl&#233;ance supplice&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusque dans les ann&#233;es 1980&lt;/strong&gt;, la mission des services de l'Aide sociale &#224; l'enfance &#233;tait sans &#233;quivoque : la protection d'un enfant en danger passait par l'&#233;loignement pur et simple de son milieu familial. En 1984, un tournant s'op&#232;re. Au terme de &#171; substitution &#187; parentale, on pr&#233;f&#233;rera dor&#233;navant celui de &#171; suppl&#233;ance &#187;. Un revirement juridique et s&#233;mantique cens&#233; rendre aux parents le r&#244;le qui leur revient. Deux d&#233;cennies plus tard, le l&#233;gislateur entend bien r&#233;affirmer ce principe. Les lois du 2 janvier 2002 et du 5 mars 2007 d&#233;finissent plus pr&#233;cis&#233;ment les droits des parents. &#192; savoir, le droit d'&#234;tre inform&#233;, d'&#234;tre consult&#233; et d'&#234;tre accompagn&#233;. C'est donc bien l'enfant et sa famille qui sont au c&#339;ur du dispositif. Bizarrement, la r&#233;alit&#233; ne l'entend pas de cette oreille et semble prendre quelques libert&#233;s vis-&#224;-vis de ce que la loi stipule. &#171; &lt;i&gt;En d&#233;pit de l'h&#233;bergement de Julie dans une famille d'accueil puis en foyer, j'aurais voulu continuer &#224; exercer un maximum de responsabilit&#233;s et de gestes du quotidien&lt;/i&gt;, t&#233;moigne H&#233;l&#232;ne. &lt;i&gt;J'aurais par exemple appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre sollicit&#233;e pour subvenir &#224; ses besoins. J'aurais aim&#233; entretenir le linge de ma fille, avoir l'autorisation de porter des affaires au foyer. J'aurais aussi appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre avertie de son &#233;tat de sant&#233; ou de ses r&#233;sultats scolaires. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le cas d'H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt;, obtenir la moindre information a vite pris la tournure d'un v&#233;ritable parcours du combattant. Elle a finalement pu avoir acc&#232;s au bulletin scolaire de son enfant en sollicitant le juge. Mais elle n'a pas gagn&#233; toutes les batailles. Julie s'est vu prescrire des anxiolytiques sans que sa m&#232;re ne soit tenue au courant. Ce genre de situation, Matthieu les conna&#238;t par c&#339;ur. Pour l'ancien &#233;ducateur, les derni&#232;res lois sur la protection de l'enfance sont inop&#233;rantes. &#171; &lt;i&gt;On laisse le parent de c&#244;t&#233;. Il n'y a pas de dispositif concret de prise en charge. &#192; part le d&#233;responsabiliser et le culpabiliser, qu'est-ce qu'on fait ? Pas grand-chose. &lt;/i&gt; &#187; Une aide sociale &#224; l'enfance qui, au quotidien, est bien loin du triptyque consacr&#233; : information, consultation, accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carcan normatif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus de trente ans apr&#232;s la loi de 1984&lt;/strong&gt;, le foss&#233; se creuse encore entre l'institution et les usagers de l'ASE. Professionnels et parents se demandent aujourd'hui qui fournit la pelle. Christian a peut-&#234;tre une partie des r&#233;ponses. La soixantaine grisonnante, l'&#233;ducateur de rue a de la bouteille. Depuis 1974, il roule sa bosse au d&#233;tour des blocs qui forment les quartiers d'une petite ville des C&#244;tes-d'Armor. Christian tient &#224; le dire : &#171; &lt;i&gt;Je n'incrimine pas, j'interroge ! &lt;/i&gt; &#187; Ce qui n'emp&#234;che pas ses critiques de sentir aussi fort que l'essence d'un cocktail Molotov : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'on nous apprend a &#234;tre d&#233;tenteur de v&#233;rit&#233;, &lt;/i&gt;affirme-t-il. &lt;i&gt;Malgr&#233; la loi, l'usager est toujours jug&#233;. On n'a toujours pas compris que tout le monde a droit &#224; l'erreur. Le principal probl&#232;me est donc qu'on est dans le jugement de valeur. On veut tellement que tout soit parfait qu'on se plante. &lt;/i&gt; &#187; Si la machine s'enraye, ce serait donc une question de positionnement moral. Le d&#233;litement du syst&#232;me serait d&#251; au poids que p&#232;se la sacro- sainte norme. D'apr&#232;s Christian, &#171; &lt;i&gt;on se trouve dans une soci&#233;t&#233; dans laquelle on doit avoir une posture. On n'a pas le droit d'&#234;tre &#224; la marge &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Matthieu aussi&lt;/strong&gt; en est certain. Il se rem&#233;more l'histoire d'un p&#232;re qui &#233;l&#232;ve seul ses trois enfants, dans une vieille maison perdue en rase campagne. Lui gal&#232;re un peu. Les enfants dorment dans la m&#234;me chambre. La propret&#233; des lieux laisse franchement &#224; d&#233;sirer. Une situation pr&#233;occupante, mais loin d'&#234;tre alarmante d'apr&#232;s l'assistante sociale qui suit la famille. Pour &#233;viter que les conditions de vie ne se d&#233;gradent, elle a dans l'id&#233;e de proposer un relogement. Un appartement plus grand, moins cher, plus facile &#224; entretenir aussi. Le p&#232;re accepte. Une fois la famille install&#233;e dans son nouveau logement, tout ne se passe pas exactement comme pr&#233;vu. La situation se d&#233;t&#233;riore &#224; vitesse grand V. Au bout de trois mois, les services sociaux n'ont plus d'autre alternative que d'ordonner un placement. Pour Matthieu, l'explication est simple : &#171; &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; a priori &lt;i&gt;bienveillants de l'institution ignorent compl&#232;tement les fonctionnements et les sch&#233;mas familiaux. On calque des m&#233;canismes sans chercher &#224; comprendre quelle est la dynamique et la coh&#233;sion de la famille. Tout explose parce qu'on n'a pas compris que le roman familial et ce qui s'est construit autour fait que chacun a une place dans ce syst&#232;me-l&#224;. Bref, on applique un sch&#233;ma normatif. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est aussi&lt;/strong&gt; ce qu'Emmanuelle pointe du doigt. Ses trois enfants ont &#233;t&#233; plac&#233;s en 2016 &#224; la suite de sept ann&#233;es de suivi social. &#171; &lt;i&gt;D'embl&#233;e je me suis sentie jug&#233;e et condamn&#233;e par les services sociaux&lt;/i&gt;, raconte-t-elle. &lt;i&gt;Pourtant, je m&#232;ne une vie tout &#224; fait conventionnelle ; je n'ose imaginer ce qu'ils doivent dire de ceux qui se d&#233;marquent d'une fa&#231;on ou d'une autre d'un &#233;pisode de &lt;/i&gt;Petit Ours brun&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Selon elle, l'ASE s'&#233;carte de sa mission en fabriquant et en imposant &#171; &lt;i&gt;une r&#233;alit&#233; convenue &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Victimes collat&#233;rales&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH554/-1002-41089.jpg?1782648028' width='400' height='554' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;154 de CQFD, illustr&#233;e par C&#233;cile K.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour les professionnels comme pour la plupart des parents&lt;/strong&gt;, le constat est le m&#234;me : les familles ne sont pas les seules &#224; se prendre des baffes. D'apr&#232;s Matthieu, les travailleurs sociaux sont eux aussi les cibles de cette violence qu'il qualifie d'&#171; intra-institutionnelle &#187;. Une violence qui va &#224; l'encontre, non plus des usagers, mais des professionnels. Pour l'ancien &#233;ducateur, &#171; &lt;i&gt;elle existe &#224; tout point de vue. Elle s'exprime par exemple par l'injonction &#224; &#233;tablir des projets, de marquer dans le temps un accompagnement et de le justifier alors m&#234;me qu'on ne t'en donne pas les moyens. &#199;a, c'est violent. &lt;/i&gt; &#187; Cette pression qui p&#232;se sur les &#233;paules des pros, les parents la sentent aussi. Emmanuelle en est certaine : &#171; &lt;i&gt;Les travailleurs sociaux doivent avoir &#231;a continuellement en t&#234;te : montrer qu'ils sont de bons &#233;ducateurs. Pas aux parents, car notre appr&#233;ciation compte pour du beurre, mais &#224; leurs chefs, au juge, aux autorit&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parents&lt;/strong&gt;, enfants et travailleurs sociaux, sont donc les victimes collat&#233;rales d'une ASE qui marche sur la t&#234;te. Un syst&#232;me qui, &#224; chaque r&#233;forme, en demande davantage aux professionnels, sans pour autant que les moyens ne suivent. Un enchev&#234;trement de dysfonctionnements internes &#224; l'institution qui finissent par rejaillir avec perte et fracas sur les parents et leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chacune cherche sa chatte</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Chacune-cherche-sa-chatte</link>
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		<dc:date>2018-02-01T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Queen Kong</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>Queen Kong Kronik</dc:subject>
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		<dc:subject>f&#233;ministe</dc:subject>
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&lt;p&gt;M&#234;me (surtout ?) en tant que f&#233;ministe, il est forc&#233;ment des femmes dont on n'appr&#233;cie pas trop la mani&#232;re d'&#234;tre femme. Par exemple, on peut trouver que celles dont la voix est toujours douce, le vocabulaire jamais agressif et l'environnement enti&#232;rement rose bonbon seraient bien inspir&#233;es de s'endurcir un peu. Tout comme on peut s'irriter des mani&#233;r&#233;es, des minaudantes et des obs&#233;d&#233;es du cheveu. On peut d'autant plus le penser que soi-m&#234;me, on fait des tas d'efforts pour &#234;tre une femme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est-ce" rel="tag"&gt;n'est-ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/envie-d-etre" rel="tag"&gt;envie d'&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/domine" rel="tag"&gt;domin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/image" rel="tag"&gt;image&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me (surtout ?) en tant que f&#233;ministe, il est forc&#233;ment des femmes dont on n'appr&#233;cie pas trop la mani&#232;re d'&#234;tre femme. Par exemple, on peut trouver que celles dont la voix est toujours douce, le vocabulaire jamais agressif et l'environnement enti&#232;rement rose bonbon seraient bien inspir&#233;es de s'endurcir un peu. Tout comme on peut s'irriter des mani&#233;r&#233;es, des minaudantes et des obs&#233;d&#233;es du cheveu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'autant plus le penser que soi-m&#234;me, on fait des tas d'efforts pour &#234;tre une femme vraiment f&#233;ministe. Bannir d&#233;finitivement la cr&#232;me antirides, le rouge &#224; l&#232;vres rose et les talons de plus de 7&#8200;centim&#232;tres, ne jamais pleurer en public, toujours faire l'amour en amazone, conserver un ton neutre voire autoritaire en toutes circonstances et, surtout, condamner celles de nos cong&#233;n&#232;res qui &#171; donnent une mauvaise image des femmes &#187;, &#171; ne font pas honneur &#224; la condition f&#233;minine &#187;, voire &#171; trahissent l'h&#233;ritage de nos m&#232;res &#187;. Manque de bol, chez les vraies f&#233;ministes, il y en a toujours de plus pures que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2051 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH410/-331-66b6d.jpg?1782641397' width='400' height='410' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme dans le cas d'un homosexuel consid&#233;rant que la gaypride donne une image trop vulgaire des homosexuels, ou d'une noire trouvant que se d&#233;friser les cheveux revient &#224; pactiser avec l'ennemi, se distribuer les bons et les mauvais points entre femmes sur nos mani&#232;res d'&#234;tre femme me semble tout &#224; fait suicidaire. Certes, nous aimerions tous que notre rapport &#224; notre statut de domin&#233; soit en parfaite ad&#233;quation avec nos convictions. Mais tant que cette domination existe, n'est-ce pas l'affaire de chacune de ses victimes de la vivre comme elle l'entend, le peut, le veut ? N'est-ce pas &#224; chaque femme de d&#233;cider ce qu'elle garde et ce qu'elle jette parmi les attributs dits f&#233;minins, de d&#233;cider que certains seront des stigmates et d'autres des outils ou des armes, de remettre &#224; plus tard le d&#233;tricotage de certains sch&#233;mas, d'accepter de jouer certains jeux s'ils en valent la chandelle ? Se d&#233;cerner les uns aux autres le statut de bon ou de mauvais noir, de bonne ou de mauvaise f&#233;ministe, en se fondant sur le rapport que chacun entretient avec son statut de domin&#233;, n'est-ce pas couper les racines d'un mouvement &#233;mancipateur ? Dans la mesure o&#249; ce qu'un groupe domin&#233; revendique est pr&#233;cis&#233;ment de pouvoir &#234;tre ce qu'il a envie d'&#234;tre, comment exiger de lui qu'il donne une &#171; bonne &#187; image de lui-m&#234;me ? &#202;tre f&#233;ministe, n'est-ce pas accepter que toutes n'aient pas envie d'&#234;tre des guerri&#232;res et que certaines n'aient pas toujours la force de se battre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il est besoin de se bastonner entre nous, alors attaquons-nous sur nos id&#233;es, nos actes, sur ce que nous d&#233;fendons, faisons, disons. Sur ce que nous assumons et non sur nos fa&#231;ons de n&#233;gocier au quotidien avec notre domination. Il n'y a pas de mauvais domin&#233;s, il n'y a que des mauvaises id&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La maman et la pute Vierge</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-maman-et-la-pute-Vierge</link>
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		<dc:date>2016-07-11T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Tu parles d'une langue maternelle ! Une mar&#226;tre, oui. Avec son s&#233;paratisme draconien entre oralit&#233; et &#233;crit, le fran&#231;ais prend la t&#234;te d&#232;s l'&#233;cole. Pour les enfants, les patoisants, les &#233;trangers, son orthographe, sa grammaire, mais aussi la neutralisation des accents qui chantent, rel&#232;vent carr&#233;ment de la maltraitance. Une histoire d'amour/haine. &#171; Pute Vierge ! &#187;, c'est le juron pr&#233;f&#233;r&#233; de ma m&#232;re, celui des grandes occasions, quand elle se br&#251;le ou casse une assiette. Petit, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tu parles d'une langue maternelle ! Une mar&#226;tre, oui. Avec son s&#233;paratisme draconien entre oralit&#233; et &#233;crit, le fran&#231;ais prend la t&#234;te d&#232;s l'&#233;cole. Pour les enfants, les patoisants, les &#233;trangers, son orthographe, sa grammaire, mais aussi la neutralisation des accents qui chantent, rel&#232;vent carr&#233;ment de la maltraitance. Une histoire d'amour/haine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pute Vierge !&#8239;&lt;/i&gt; &#187;, c'est le juron pr&#233;f&#233;r&#233; de ma m&#232;re, celui des grandes occasions, quand elle se br&#251;le ou casse une assiette. Petit, j'imaginais que la cr&#233;ature invoqu&#233;e &#233;tait une sorte de Gorgone, une sorci&#232;re. Puis, inconscient de la majuscule, j'ai cru qu'on parlait d'une prostitu&#233;e encore vierge. Plus tard, j'ai compris qu'il s'agissait d'un blasph&#232;me, un gros mot d'esprit qui couve sous la langue avant de cogner l'air, l'ennemi, le destin. Des blasph&#232;mes, on n'en entend plus beaucoup, en France, vu que l'&#201;tat s'est pos&#233; en arbitre entre Dieu et les m&#233;cr&#233;ants. Il y a par contre des &#233;quivalents en Italie &#8211; &#171; &lt;i&gt;Porca Madonna !&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, ou en Espagne &#8211;&#8239;&#171; &lt;i&gt;&#161;Ostia puta, me cago en la Virgen !&lt;/i&gt; &#187;&#8230; En tout cas, cette Vierge d&#233;vergond&#233;e a berc&#233; mon enfance, tout comme les verbes hauts qu'on se balan&#231;ait &#224; la r&#233;cr&#233;. Le &#171; &lt;i&gt;nique tes morts&lt;/i&gt; &#187; des Arabes et des pieds-noirs, le &#171; &lt;i&gt;vafanculo&lt;/i&gt; &#187; des Italo-Marseillais, le &#171; &lt;i&gt;&#8239;chien des quais&#8239;&lt;/i&gt; &#187; de la faune portuaire, c'&#233;tait pour nous une seule et m&#234;me langue, la n&#244;tre. On malmenait all&#232;grement le fran&#231;ais, qui se faisait &lt;i&gt;escagasser, estramasser, ensuquer, aganter&lt;/i&gt; par les &lt;i&gt;alibofis&lt;/i&gt;. Et tout &#231;a sans malice aucune : nous &#233;tions chez nous, en place. &#192; la maison, on disait &#171; &lt;i&gt;passe-moi les cueill&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, pour mieux cueillir la soupe et s'&#233;viter du coup une minauderie d'&#233;cuy&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part &#231;a, ma relation avec le fran&#231;ais n'a pas &#233;t&#233; aussi blessante que pour la plupart des copains et copines. Gr&#226;ce &#224; mon p&#232;re, fils d'ouvriers immigr&#233;s (maman pi&#233;montaise, papa breton) devenu instituteur, et &#224; ma m&#232;re, qui posait des livres &#224; c&#244;t&#233; de mon lit pour que je la laisse tranquille le matin &#8211;&#8239;elle venait d'une famille o&#249; l'on croyait que la lecture &#233;tait un vice de feignant&#8239;&#8211; j'ai vite pris comme un jeu le d&#233;cryptage des mots et l'agencement de leur petite musique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH621/-40-7701c.jpg?1782639244' width='400' height='621' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le parler marseillais, alors qu'il est aujourd'hui en net reflux, fait encore ricaner certains. Rigolo, un peu vulgaire, trop macho&#8230; Dire quelque chose avec l'accent du Sud, c'est forc&#233;ment pas tr&#232;s fin, et on risque d'&#234;tre &#233;cout&#233; avec condescendance, comme un attard&#233; ou une b&#234;te de foire. On est un peu le cha&#238;non manquant entre l'indig&#232;ne et le citoyen de premi&#232;re&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est bien connu, les M&#233;ridionaux sont les &#171; N&#232;gres de l'Europe &#187; &#8211; selon&#8230; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quand Rastignac monte &#224; Paris, il camoufle son accent rocailleux pour briller en soci&#233;t&#233;. &#192; la radio, on tol&#232;re l'&#233;loquence m&#233;ridionale juste pour commenter le foot. Si Louis-Ferdinand C&#233;line a r&#233;ussi &#224; se forger un style litt&#233;raire en s'inspirant de la gouaille des faubourgs parisiens, une tentative similaire venant du Midi aurait &#233;t&#233; tax&#233;e de folklorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, la France m&#233;prise les patois et les accents parce qu'elle en a peur. La langue unique, bidouill&#233;e comme un monstre de Frankenstein &#224; partir du dialecte francilien, craint les parlers vivants, les langues minoris&#233;es, communautaris&#233;es, populaires. Faut dire qu'il est m&#233;chamment pataud, leur idiome officiel. Dans le Sud, de par l'h&#233;ritage culturel de la langue d'oc, on se sentirait plus proches du nonante-sept des Belges et des Suisses que du grotesque quatre-vingt-dix sept, ce casse-t&#234;te vig&#233;simal impos&#233; par des acad&#233;miciens naphtalin&#233;s, sans doute soucieux de rendre les comptes publics imbuvables pour la pl&#232;be. C'est comme si, apr&#232;s avoir compt&#233; sur leurs doigts, on obligeait les gens &#224; mettre leurs pieds sur la table pour additionner aussi leurs orteils !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette langue venue d'en haut est d&#233;lib&#233;r&#233;ment absconse, tarabiscot&#233;e, imperm&#233;able aux inventions de la rue. Et si elle a la r&#233;putation d'&#234;tre parfaite pour formuler des concepts, elle est bien trop c&#233;r&#233;brale, se croit bien trop capitale pour &#234;tre belle et sensuelle. &#171; &lt;i&gt;La crainte d'&#234;tre ridicule en anglais, c'est la crainte d'&#234;tre p&#233;dant. Il faut convenir que c'est souvent l'inverse en fran&#231;ais : on craint d'&#234;tre ridicule en utilisant un langage trop clair qui est compris par tout le monde. Plus on est abstrait, p&#233;dant, et donc plus on s'adresse &#224; une &#233;lite, plus on a de chances d'&#234;tre pris au s&#233;rieux.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Duneton, Parler croquant, Stock 1973.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; En Espagne, les adjectifs &lt;i&gt;afrancesado&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;amanerado&lt;/i&gt; &#8211;&#8239;&#171; francis&#233; &#187; et &#171; mani&#233;r&#233; &#187; &#8211; sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour paraphraser l'historien des migrations G&#233;rard Noiriel, l'universalisme fran&#231;ais est un provincialisme parisien. Celui qui s'est fait raboter l'esprit par ce chauvinisme &#224; vis&#233;es globales croit qu'il n'a ni accent, ni terroir. Et il en est fier, le pauvre : &#234;tre sans racines lui donne des ailes, il plane dans des limbes virtuelles, surplombant les bouseux qui parlent mal et sont attach&#233;s &#224; leur lieu de naissance. Ce chevalier &#224; la triste figure de l'&#226;ge post-moderne s'auto-d&#233;finit citoyen du monde. Il est en fait un imb&#233;cile heureux qui est n&#233; nulle part&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La palme de cette cagade existentielle revient &#224; l'anthropologue Jean-Loup (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, incapable de communiquer avec l'autre sur un pied d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bataill&#233; longtemps avec/contre cette langue insuffisante. J'ai pass&#233; des ann&#233;es &#224; noircir des petits carnets, griffonn&#233;s sur le coin d'une table de bar ou dans les cahots d'un bus, sans jamais les faire lire &#224; personne &#8211;&#8239;un compagnon de voyage m'a dit un jour que mes l&#232;vres fr&#233;missaient quand je prenais des notes, comme pour embrasser les mots. Il m'aura fallu partir loin, et aimer d'autres langues, pour faire cavaler la mienne. Ce n'est pas un hasard si mon premier bouquin publi&#233; a &#233;t&#233; une chronique mexicaine, depuis un pays o&#249; les gens du peuple, malgr&#233; le m&#233;pris et la violence, parlent des dizaines de langues indig&#232;nes &#8211;&#8239;langues qui v&#233;hiculent des cultures fortes, une m&#233;moire parall&#232;le, des musiques, des danses, des luttes sociales, des formes de d&#233;mocratie communautaires, et tout cela en dehors des filtres du pouvoir et de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le divorce du fran&#231;ais dit correct d'avec le parler populaire est une plaie. M&#234;me en anglais, j'ai eu moins de mal. Avec l'espagnol, j'ai appris une musicalit&#233; et des tournures proches de l'occitan, la langue perdue de mes grands-parents. Apprenti en tout et ma&#238;tre de rien&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aprendiz de mucho, maestro de nada, beau dicton andalou.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, j'ai savour&#233; le passage sans heurt ni douleur de l'oralit&#233; &#224; l'&#233;criture. La langue de la rue irrigue le style des &#233;crivains hispanophones, alors qu'en France, elle est toujours soup&#231;onn&#233;e d'ab&#226;tardir, d'appauvrir, d'enlaidir. L'espagnol m'a habit&#233; et j'ai pu l'habiter &#224; mon tour : c'est une langue hospitali&#232;re, pas bourgeoise pour un sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle est vivante, une langue vibre, tremble, invente, r&#233;siste. En France, on a honte de la faire chanter. L'accent tonique est atone, il met un point d'honneur &#224; toujours tomber &#224; plat sur la derni&#232;re syllabe, comme pour &#233;touffer un &#233;ventuel d&#233;part de feu. Le phras&#233; de nos anc&#234;tres nous a &#233;t&#233; vol&#233;. Et ce n'est pas la faute des grands-parents qui, en venant vivre en ville, ont abandonn&#233; le patois de l'arri&#232;re-pays. C'est &#224; cause de cette fieff&#233;e &#233;cole r&#233;publicaine qui, au nom de l'&#233;galit&#233; et de la fraternit&#233;, a colonis&#233; les marges de la m&#233;tropole &#8211;&#8239;majoritaires jusqu'&#224; la guerre de 14-18 &#8211;, puis l'outre-mer&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet J&#233;r&#233;my Piolat, Portrait du colonialiste, La D&#233;couverte 2011.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Ainsi tronqu&#233;es, les histoires familiales se r&#233;duisent &#224; peau de chagrin, perdent le fil qui les liait &#224; un territoire, des savoir-faire, une m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors les livres, j'ai d&#233;couvert la puissance des mots dans la bouche d'habitants des quartiers de Marseille, d'indig&#232;nes mexicains, de griots africains, d'ouvriers agricoles andalous&#8230; S'y m&#234;lent subjectivit&#233;, humour, l&#233;gendes et histoire populaire dans un m&#234;me r&#233;cit, exprimant une conscience commune que les livres d'&#233;cole ignorent. L'Acad&#233;mie est bien plus ignorante de l'histoire du monde que la somme des langues, contes, chansons, exp&#233;riences v&#233;cues et transmises de m&#232;re en fils, de grand-p&#232;re en petite-fille. La piraterie et le commerce transm&#233;diterran&#233;en avaient leur sabir, le marronnage des esclaves en fuite son langage cod&#233; et ses palabres, les Gitans le cal&#243;, les compagnons-artisans et les voyous leurs jargons, argots, verlan&#8230; Contre ce foisonnement, ces maquis de paroles d&#233;brid&#233;es, l'unicit&#233; du fran&#231;ais a fait le lit de la novlangue m&#233;diatique et du discours totalitaire de l'argent. D&#233;pit&#233;e par un tel r&#233;sultat, l'Acad&#233;mie &lt;i&gt;roum&#232;gue&lt;/i&gt; contre l'invasion de termes anglo-saxons. H&#233; oui, engonc&#233; dans ses r&#232;gles biscornues et son orthographe tortur&#233;e, le fran&#231;ais r&#233;siste moins bien que les langues proches de la rue, qui touillent et tripatouillent l'anglicisme jusqu'&#224; le faire fondre dans leur grande gamelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pute Vierge&lt;/i&gt; &#187;, c'est la langue verte de mon arri&#232;re-grand-p&#232;re, Z&#232;ne Vague, charretier du pays de Lambesc, qui jurait en occitan qu'il n'avait gu&#232;re besoin d'aller &#224; la messe ou &#224; confesse pour bavarder avec le bon Dieu, qu'il &#233;tait mieux en face, au caf&#233;, avec les coll&#232;gues. Il para&#238;t qu'il avait le verbe vif et le sang chaud, l'a&#239;eul &#8211;&#8239;un jour, on l'aurait vu mordre un mulet r&#233;tif &#224; l'encolure. Sur son lit de mort, il a tendu ses paluches vers moi en murmurant &#171; &lt;i&gt;Brouno !&lt;/i&gt; &#187;, et m&#234;me si sa belle-s&#339;ur, la bigote Jeanne Decanis, m'&#233;loigna des bras du moribond, j'aime croire que son dernier souffle, avec l'accent tonique sur la premi&#232;re syllabe, a &#233;t&#233; mon vrai bapt&#234;me. L'&#233;cho de ce &#171; &lt;i&gt;Brouno&lt;/i&gt; &#187;, je suis all&#233; le chercher au Mexique, &#224; Naples, en Andalousie. Aujourd'hui, je sais que cr&#233;oliser le fran&#231;ais, &lt;i&gt;boul&#232;guer&lt;/i&gt; cette langue de marquise, c'est encore la meilleure fa&#231;on de nous faire justice et puis, franchement, de finir par l'aimer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est bien connu, les M&#233;ridionaux sont les &#171; &lt;i&gt;N&#232;gres de l'Europe&lt;/i&gt; &#187; &#8211; selon&#8230; Adolf Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claude Duneton, &lt;i&gt;Parler croquant&lt;/i&gt;, Stock 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La palme de cette &lt;i&gt;cagade&lt;/i&gt; existentielle revient &#224; l'anthropologue Jean-Loup Amselle qui, dans un pamphlet o&#249; il s'acharne &#224; mettre dans le m&#234;me sac identitaires d'extr&#234;me droite, &#171; islamo-gauchistes &#187; et Indiens zapatistes du Chiapas, se d&#233;clare &#234;tre &#171; &lt;i&gt;un nomade sans racine aucune, que celle-ci soit originaire ou r&#233;implant&#233;e dans une r&#233;sidence secondaire proven&#231;ale, et qui n'a pour territoire que&lt;/i&gt; [le 9&#232;me arrondissement parisien].&lt;i&gt; Autant dire une identit&#233; oxymorique &#8211;&#8239;car que peut bien vouloir dire &#234;tre &#8220;originaire&#8221; de la capitale, c'est-&#224;-dire de nulle part, alors que tout un chacun s'emploie &#224; d&#233;cliner une identit&#233; bretonne, alsacienne, savoyarde, que sais-je encore ?&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Les Nouveaux rouges-bruns&lt;/i&gt;, Lignes 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Aprendiz de mucho, maestro de nada&lt;/i&gt;, beau dicton andalou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet J&#233;r&#233;my Piolat, &lt;i&gt;Portrait du colonialiste&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Honni soit qui m&#226;le y jouit</title>
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		<dc:creator>Queen Kong</dc:creator>


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		<dc:subject>simple d'&#234;tre</dc:subject>

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&lt;p&gt;Parfois, quand le d&#233;sespoir me gagne, quand un commentaire essuy&#233; dans la rue m'a particuli&#232;rement agress&#233;e ou quand j'ai mes r&#232;gles, je me demande si apr&#232;s tout, &#231;a ne serait pas plus simple d'&#234;tre un homme. Je r&#234;ve &#224; tous les avantages &#233;vidents qui me reviendraient &#8211; en r&#233;union ma voix grave imposerait le silence, je porterais des packs de bouteilles d'eau &#224; la force du petit doigt, il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne de me demander quand j'aurai enfin des enfants, je ferais pipi debout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parfois, quand le d&#233;sespoir me gagne, quand un commentaire essuy&#233; dans la rue m'a particuli&#232;rement agress&#233;e ou quand j'ai mes r&#232;gles, je me demande si apr&#232;s tout, &#231;a ne serait pas plus simple d'&#234;tre un homme. Je r&#234;ve &#224; tous les avantages &#233;vidents qui me reviendraient &#8211; en r&#233;union ma voix grave imposerait le silence, je porterais des packs de bouteilles d'eau &#224; la force du petit doigt, il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne de me demander quand j'aurai enfin des enfants, je ferais pipi debout dans la rue en toute d&#233;contraction &#8211; et tr&#232;s vite, j'en arrive &#224; un inconv&#233;nient notoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_902 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH448/p10-sury-honiquimale-f3470.jpg?1782641587' width='400' height='448' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Orgasme, j'&#233;cris ton nom !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la libert&#233; de jouir d&#232;s les premi&#232;res minutes d'un rapport sexuel sans que &#231;a n'entra&#238;ne le moindre incident diplomatique, pour la possibilit&#233; de jouir plusieurs fois au cours du m&#234;me rapport et par le biais d'au moins trois endroits diff&#233;rents, pour le droit commun&#233;ment reconnu de laisser alors son corps basculer dans les cris et les convulsions, je me dis souvent que c'est quand m&#234;me dr&#244;lement chouette d'&#234;tre une femme. Que c'est peut-&#234;tre notre seul vrai privil&#232;ge. Et que la jouissance f&#233;minine aurait largement de quoi rendre les hommes jaloux, violents, moralisateurs, tyranniques&#8230; &lt;i&gt;Oh ! Wait&lt;/i&gt;&#8230; De fait, s'il ne suffit &#233;videmment pas &#224; expliquer la domination masculine, l'orgasme f&#233;minin repr&#233;sente bien une distinction pour le moins chatouilleuse : en plus de d&#233;tenir la clef de l'enfantement, les femmes peuvent jouir plus et mieux que les hommes, entre autres gr&#226;ce &#224; un organe d&#233;di&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tir&#233;sias l'avait d&#233;j&#224; bien compris, qui, dans les M&#233;tamorphoses d'Ovide, se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Et sans m&#234;me parler d'excision, d'interdiction de la masturbation, de d&#233;pr&#233;ciation freudienne de l'orgasme &#171; clitoridien &#187; ou de salet&#233; suppos&#233;ment inh&#233;rente au corps des femmes&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sp&#233;ciale caced&#233;di au Dico des filles (D. A. Rouyer, M. Dupuy-Sauze, &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, les moyens mis en &#339;uvre pour emp&#234;cher, juguler ou alt&#233;rer notre jouissance sont aussi nombreux qu'efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y a du progr&#232;s. Et &#224; voir telles dames de la publicit&#233; grimper aux rideaux &#224; cause d'un cornet de glace ou d'un radiateur infrarouge, tels magazines dits &#171; f&#233;minins &#187; marteler &#224; longueur de couvertures que jouir est primordial, telle association f&#233;ministe instaurer une &#171; journ&#233;e de l'orgasme &#187;, on pourrait croire que sous ces cieux-l&#224; au moins, l'orgasme des femmes b&#233;n&#233;ficie d&#233;sormais d'une certaine tol&#233;rance. Surgissent alors deux nouveaux obstacles, autrement pernicieux : la jouissance obligatoire, et dans une seule acception. &#171; &lt;i&gt; L'orgasme, comment le reconna&#238;tre ? &lt;/i&gt; &#187;, titre r&#233;guli&#232;rement ladite presse &#171; f&#233;minine &#187;. &#171; &lt;i&gt;L'orgasme, c'est se tenir la bouche entrouverte, la t&#234;te renvers&#233;e et les yeux mi-clos&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;lent publicit&#233; et pornographie. &#171; &lt;i&gt;En g&#233;n&#233;ral quand on a un orgasme, on le sait&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond ici et l&#224; une docte connasse autoproclam&#233;e f&#233;ministe &#224; celles qui se demandent si elles en ont. Une fois acquis le droit de jouir, il faudra donc encore arracher non seulement le droit de ne pas le faire, mais aussi le droit de d&#233;cider ce que jouir veut dire. Et quand on y arrivera, une chose est s&#251;re : plus personne n'aura envie d'&#234;tre un homme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration de &lt;a href=&#034;http://carolinesury.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tir&#233;sias l'avait d&#233;j&#224; bien compris, qui, dans &lt;i&gt;les M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt; d'Ovide, se serait rendu compte &#224; la faveur d'un changement de sexe que la jouissance f&#233;minine &#233;tait au moins sept fois sup&#233;rieure &#224; la jouissance masculine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sp&#233;ciale caced&#233;di au &lt;i&gt;Dico des filles&lt;/i&gt; (D. A. Rouyer, M. Dupuy-Sauze, &#233;ditions Fleurus), un dictionnaire adress&#233; aux adolescentes de 12-16 ans dont la version 2014 frappe &#224; nouveau tr&#232;s fort : &#171; &lt;i&gt;Par respect pour le m&#233;decin et pour vous-m&#234;me, une toilette intime particuli&#232;rement soigneuse et du linge propre sont de rigueur ce jour-l&#224;&lt;/i&gt; [celui du rendez-vous chez le gyn&#233;cologue]&lt;i&gt;&#8230; plus encore que les autres jours !&lt;/i&gt; &#187; (p. 249).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;dito du 99</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Edito-du-99</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Edito-du-99</guid>
		<dc:date>2012-04-14T07:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;dito</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
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		<dc:subject>convoit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quel plaisir d'&#234;tre ainsi convoit&#233; par tous ces hommes et femmes politiques qui ne cessent de surench&#233;rir pour nous s&#233;duire. Habitu&#233;s &#224; &#234;tre oubli&#233;s ou m&#233;pris&#233;s, nous voil&#224;, pour quelques semaines, objets de toutes les minauderies et bouches en c&#339;ur, pendant que les pr&#233;tendants s'&#233;charpent pour passer ne serait-ce qu'une br&#232;ve nuit &#233;lectorale avec nous &#8211; fuck and run. Comment ne pas c&#233;der &#224; cette petite excitation ? Qu'elle se d&#233;cline dans les solennels d&#233;bats &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; le geste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-etre" rel="tag"&gt;d'&#234;tre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/convoite" rel="tag"&gt;convoit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel plaisir d'&#234;tre ainsi convoit&#233; par tous ces hommes et femmes politiques qui ne cessent de surench&#233;rir pour nous s&#233;duire. Habitu&#233;s &#224; &#234;tre oubli&#233;s ou m&#233;pris&#233;s, nous voil&#224;, pour quelques semaines, objets de toutes les minauderies et bouches en c&#339;ur, pendant que les pr&#233;tendants s'&#233;charpent pour passer ne serait-ce qu'une br&#232;ve nuit &#233;lectorale avec nous &#8211; fuck and run. Comment ne pas c&#233;der &#224; cette petite excitation ? Qu'elle se d&#233;cline dans les solennels d&#233;bats &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; le geste &#233;lectoral, ou dans la superficielle &#233;motion d'un instant, impossible d'&#233;chapper &#224; cette grande partie de bingo national. Qui sera la tronche de cake que l'on va se supporter pendant cinq ans ? Combien mesure-t-elle ? Qui l'imitera le mieux ? etc., sont s&#251;rement les quelques questions les plus fondamentales que sugg&#232;re cette kermesse. Finalement, que l'on fasse la fine bouche, que l'on prenne un petit air m&#233;prisant ou que l'on suive assid&#251;ment l'affaire, nous assistons &#224; un joli moment de divertissement sportif et populaire. L'arbitre &#8211; celui qui sera finalement &#233;lu &#8211;, pourra peut-&#234;tre am&#233;nager la r&#232;gle du jeu, mais il ne changera pas fondamentalement la taille du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant le jour o&#249; le public envahira enfin la pelouse&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;mocratie patronale</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Democratie-patronale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Democratie-patronale</guid>
		<dc:date>2009-06-15T09:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>C'est parce</dc:subject>
		<dc:subject>d'&#234;tre</dc:subject>
		<dc:subject>bo&#238;te</dc:subject>
		<dc:subject>Direction</dc:subject>
		<dc:subject>Direction g&#233;n&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>directeur</dc:subject>
		<dc:subject>c'est juste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J&#8216;sais pas comment vous dire. C'est au sujet des relations sociales dans ma bo&#238;te. Y a quelque chose qui a chang&#233; au cours des derniers mois. C'est pas pour dire que c'&#233;tait mieux avant, loin s'en faut, mais d&#233;sormais, c'est &#224; couteaux tir&#233;s. Les rapports sont houleux, presque violents et &#231;a n'&#233;tonne plus personne dans l'usine, toute cette s&#233;rie de s&#233;questrations et autres. Apr&#232;s avoir eu des patrons paternalistes, ou gestionnaires, l&#224; on a droit &#224; un directeur plut&#244;t patriarcal. Il semble (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/directeur" rel="tag"&gt;directeur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-juste" rel="tag"&gt;c'est juste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J&#8216;sais pas comment vous dire. C'est au sujet des relations sociales dans ma bo&#238;te. Y a quelque chose qui a chang&#233; au cours des derniers mois. C'est pas pour dire que c'&#233;tait mieux avant, loin s'en faut, mais d&#233;sormais, c'est &#224; couteaux tir&#233;s. Les rapports sont houleux, presque violents et &#231;a n'&#233;tonne plus personne dans l'usine, toute cette s&#233;rie de s&#233;questrations et autres. Apr&#232;s avoir eu des patrons paternalistes, ou gestionnaires, l&#224; on a droit &#224; un directeur plut&#244;t patriarcal. Il semble croire que lui seul d&#233;tient la v&#233;rit&#233; et que nous ne sommes que des boeufs. Le &#171; dialogue social &#187;, pour lui, c'est juste assener ses v&#233;rit&#233;s et que nous appliquions sans broncher. Une s&#233;ance de &#171; n&#233;gociations &#187; consiste &#224; ce qu'il entende les revendications et dise ensuite : &lt;i&gt;&#171; Bon, maintenant, voil&#224; ce que vous devrez dire aux salari&#233;s : c'est ma volont&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Et il n'y a aucune r&#233;ponse concr&#232;te, juste des infos pseudo-&#233;conomiques &#226;nonn&#233;es. On sait qu'au jeu des n&#233;gociations, on est toujours un peu perdant, mais l&#224;, c'est le bouquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un type &#171; droit dans ses bottes &#187; qui applique sans r&#233;fl&#233;chir les directives de la direction g&#233;n&#233;rale. Je ne sais pas si c'est comme &#231;a que sont form&#233;s les nouveaux directeurs dans les stages de management, si c'est parce que la DG veut nous casser (le site de Rouen &#233;tant plus revendicatif que les autres), ou si c'est une fa&#231;on d'&#234;tre naturelle chez Total, dont notre groupe est une fili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur, le doigt sur la couture du pantalon, applique sans se pr&#233;occuper du comment et du pourquoi, ni de comment nous, prolos, acceptons ou pas. &lt;i&gt;&#171; C'est comme &#231;a &#187;&lt;/i&gt;, semble &#234;tre sa philosophie. Il n'est plus qu'une bo&#238;te aux lettres qui n'a aucun pouvoir. &#201;videmment, pour un cadre de ce niveau, ne plus &#234;tre qu'un appliquant cr&#233;e des probl&#232;mes d'ordre psychologique qui le rendent encore plus rigide. Cette fa&#231;on d'&#234;tre s'est impos&#233;e petit &#224; petit, avec une direction g&#233;n&#233;rale parisienne particuli&#232;rement r&#233;ac. Le PDG disant quasiment &#224; chaque r&#233;union :&lt;i&gt; &#171; La d&#233;mocratie s'arr&#234;te aux bornes de l'entreprise &#187;&lt;/i&gt;, ce qui n'est pas une information, mais qui, &#224; force d'&#234;tre assen&#233;, donne une id&#233;e des gens qui nous dirigent. Les autres patrons la jouent un peu plus hypocrites et pousseraient des cris d'orfraie si on leur disait qu'ils ne sont pas d&#233;mocrates. L&#224;, au moins, les choses sont claires et &#231;a met dans l'ambiance. Du coup,le climat dans la bo&#238;te est &#224; la col&#232;re. Partout, dans tous les secteurs, &#231;a grogne et il y a quasi quotidiennement des mouvements sporadiques de gr&#232;ve ou de refus de travail. M&#234;me les cadres et les contrema&#238;tres s'en m&#234;lent et s'&#233;nervent face au directeur, sentant bien que &#231;a va devenir de plus en plus difficile de tenir les gars et de se faire respecter. &#199;a grogne d'autant plus que le dernier conflit de d&#233;cembre (voir les num&#233;ros de CQFD de d&#233;cembre et janvier dernier) a &#233;t&#233; mat&#233; durement et qu'aujourd'hui la direction se trouve avec trois proc&#232;s devant les prud'hommes sur le dos, ainsi qu'une plainte de l'inspection du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour essayer de calmer le jeu, le directeur a instaur&#233; une politique de primes octroy&#233;es suivant de tels crit&#232;res qu'elles aggravent encore davantage les choses.Il a voulu pousser au bout la logique du lib&#233;ralisme,mais,c'est b&#234;te pour lui, il s'est encore fourvoy&#233; et ce n'est pas tendance actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, vous passez dans n'importe quel secteur, bureau et atelier de l'usine et vous tombez sur des gens qui veulent faire la peau du dirlo.Il y en a qui parlent de coup de boule,d'autres qui sont plus radicaux. On parle aussi de goudron et de plumes.&lt;i&gt; &#171; Comment se d&#233;barrasser de son patron ? &#187;&lt;/i&gt; est devenu le questionnement r&#233;current. Reste &#224; franchir le pas. C'&#233;tait l'ambiance dans l'usine ce mois-ci.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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