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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Une gr&#232;ve passag&#232;re</title>
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		<dc:date>2011-02-09T07:08:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


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&lt;p&gt;Voler sera dor&#233;navant le destin de la France d'en bas. Les gens de bien pr&#233;f&#233;reront s'offrir un sourire d'h&#244;tesse en premi&#232;re classe TGV ou un peu d'espace pour &#233;tirer les jambes dans un autocar pullman. Gr&#226;ce aux compagnies a&#233;riennes &#224; bas co&#251;t, voyager est devenu l'acte le plus vulgaire &#8211; et pr&#233;caire &#8211; au monde. Si la neige et la gr&#232;ve s'en m&#234;lent, c'est le grand sauve-qui-peut ! Y a-t-il encore un pilote dans cette gal&#232;re ? Les portails d&#233;tecteurs de m&#233;tal sont au bord de l'implosion, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voler sera dor&#233;navant le destin de la France d'en bas. Les gens de bien pr&#233;f&#233;reront s'offrir un sourire d'h&#244;tesse en premi&#232;re classe TGV ou un peu d'espace pour &#233;tirer les jambes dans un autocar pullman. Gr&#226;ce aux compagnies a&#233;riennes &#224; bas co&#251;t, voyager est devenu l'acte le plus vulgaire &#8211; et pr&#233;caire &#8211; au monde. Si la neige et la gr&#232;ve s'en m&#234;lent, c'est le grand sauve-qui-peut ! Y a-t-il encore un pilote dans cette gal&#232;re ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_52 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH409/nono-2-e885a.png?1782645713' width='400' height='409' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les portails d&#233;tecteurs de m&#233;tal sont au bord de l'implosion, les voyants rouges et verts s'affolent : stop ! go ! stop ! go ! stop ! La foule en mutinerie traverse la fronti&#232;re dans un va-et-vient incessant, d&#233;clenchant une alarme stridente qui vrille les tympans. Sur les marches menant au hall d'embarquement, un freluquet, arm&#233; d'un m&#233;gaphone et encadr&#233; par des flics, n&#233;gocie le retrait des passagers, mais n'ayant rien &#224; offrir, il se fait insulter. Il y a l&#224; des familles enti&#232;res dont le vol vient de d&#233;coller &#224; vide.&lt;i&gt; &#171; J'en ai pour 2 000 euros, moi ! &#187;&lt;/i&gt;, gueule un p&#232;re avec son b&#233;b&#233; dans les bras. Le freluquet dispara&#238;t et les esprits s'&#233;chauffent. Debout sur les tapis &#224; bagages, des jeunes haranguent la foule : &lt;i&gt;&#171; On ne bouge pas d'ici tant qu'on n'a pas de solution ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nord, c'&#233;tait la neige. Ici, c'est la gr&#232;ve. Le 21 d&#233;cembre au matin, notre envoy&#233; sp&#233;cial au casse-pipe du low cost se voit m&#234;l&#233; &#224; une r&#233;volte de passagers dans le terminal MP2 de Marignane (Bouches-du-Rh&#244;ne). Banan&#233;e par un mauvais protocole de fin de conflit, l'intersyndicale des services de s&#233;curit&#233; &#8211; sous-traitance priv&#233;e &#8211; vient d'appeler au d&#233;brayage. R&#233;quisitionn&#233;s, certains gr&#233;vistes ont filtr&#233; les voyageurs du vol de Tanger, mais pas assez vite pour emp&#234;cher l'avion de d&#233;coller sans eux. Fous de rage, ceux-ci bloquent l'acc&#232;s. Les passagers des vols suivants s'agglutinent sans comprendre. Zen, deux mamies voil&#233;es expliquent : &lt;i&gt;&#171; On nous a vol&#233; notre avion, alors on fait chier le monde. &#187;&lt;/i&gt; En face, personne pour informer, encore moins offrir des alternatives. Le profit &#224; tout prix peine &#224; faire face &#224; sa propre logique. Ryanair, sur le point de retirer ses billes sous la pression du droit du travail indig&#232;ne, est aux abonn&#233;s absents. MP2, idem. Petit peuple migrateur, d&#233;merde-toi ! Vous allez &#224; Tanger ? &lt;i&gt;&#171; Non,&lt;/i&gt; r&#233;pond un gars &#224; l'allure paysanne,&lt;i&gt; moi je suis portugais. &#187;&lt;/i&gt; Vous allez &#224; Tanger ? &lt;i&gt;&#171; Non,&lt;/i&gt; r&#233;pond un barbu au front marqu&#233; par la pri&#232;re, &lt;i&gt;moi je vais &#224; D&#252;sseldorf. &#187; &lt;/i&gt; Pas un responsable en vue, juste des flics harnach&#233;s fa&#231;on Star Wars.&lt;i&gt; &#171; Si on sort d'ici, on a tout perdu !, &lt;/i&gt; clame un meneur, patron de bo&#238;te d'int&#233;rim. &lt;i&gt;On n'est pas au bled, ici ! On a des droits, faut les faire respecter ! &#187;&lt;/i&gt; De groupe en groupe, un Anglais veut persuader les bloqueurs de d&#233;gager l'entr&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Nique ta m&#232;re, on ne bouge pas d'ici ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un clone de Christine Lagarde, &#233;missaire de la chambre de commerce, se fait huer et promet, avant de dispara&#238;tre elle aussi : &lt;i&gt;&#171; Je reviendrai vers vous avant 15h. &#187;&lt;/i&gt; Auparavant, elle a encourag&#233; les gens &#224; rentrer chez eux et &#224; remplir un formulaire de r&#233;clamations&#8230; En vain. Un costaud lance &#224; la cantonade : &lt;i&gt;&#171; Si je trouve trois ou quatre personnes pour partager les frais d'essence, je pars en bagnole, je dois &#234;tre &#224; Tanger demain. &#187;&lt;/i&gt; L'&#233;quip&#233;e s'improvise : &lt;i&gt;&#171; Viens avec nous &#187;&lt;/i&gt;, encourage-t-on l'erroriste de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, qui h&#233;site. Mal lui en prend, vingt minutes plus tard, son vol d&#233;colle &#224; vide. Les annulations tombent en cascade : S&#233;ville, Porto, Brest, Eindhoven, Nantes, D&#252;sseldorf, Paris Beauvais, Agadir&#8230; 3 000 voyageurs &#233;chou&#233;s l&#224;, &#224; l'or&#233;e des vacances de fin d'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;charpe tricolore de guingois, le pr&#233;fet fait une apparition, histoire de donner un peu de cr&#233;dibilit&#233; &#224; une autorit&#233; en plein d&#233;litement. Mais les ingr&#233;dients sont l&#224; pour que l'&#233;chauffour&#233;e d&#233;g&#233;n&#232;re. Un intermittent du spectacle s'acoquine avec un homme d'affaires pour vitup&#233;rer les gr&#233;vistes. &lt;i&gt;&#171; Si je vais au cin&#233;ma et que la caissi&#232;re est en gr&#232;ve, j'entre et je vois le film gratis ! Il faut faire gr&#232;ve contre la gr&#232;ve ! &#187;&lt;/i&gt; Attrapant la balle au bond, l'erroriste demande &#224; un Hollandais effar&#233; : &lt;i&gt;&#171; Vous ne seriez pas pilote, par hasard ? On pourrait d&#233;tourner un avion ! &#187;&lt;/i&gt; &#192; bout de nerfs, l'assistance s'esclaffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Pr&#233;fet est en proie au doute. Main visible de l'&#201;tat se substituant &#224; la main invisible du march&#233;, il est d&#233;bord&#233;. &#192; ses c&#244;t&#233;s, une fliquette s'accroche au m&#233;gaphone comme &#224; une bou&#233;e et tente de calmer le jeu. En vain. L'&#233;charpe tricolore dispara&#238;t &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;nacit&#233; a-t-elle port&#233; ses fruits ? Les passagers pour Monastir seront transf&#233;r&#233;s en bus jusqu'&#224; l'a&#233;roport de Montpellier. Ceux de Tanger et d'Agadir montent des brigades volantes pour traquer la dame de la CCI qui, oreille coll&#233;e au portable, flotte et s'&#233;vapore d'un terminal &#224; l'autre. Rembourser ? Pas question. Un sous-fifre distribue des bouteilles d'eau. Chaque maillon agit sans y croire, &#224; contrec&#339;ur, et m&#234;me les flics ne sont pas loin de fraterniser avec la masse passag&#232;re. Un jeune con crie :&lt;i&gt; &#171; D&#233;gagez-les, j'ai un avion &#224; prendre, moi ! &#187;&lt;/i&gt; Mais la plupart des naufrag&#233;s savent bien que le seul espoir est de rester soud&#233;s. Au bout de quatre heures de chaos, les flics d&#233;gagent mollement la zone et un gamin en pleurs s'enfuit en se tenant le bras. &lt;i&gt;&#171; Vous n'avez pas honte de frapper un minot ? &#187; &lt;/i&gt; Le coupable baisse les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un couple de retrait&#233;s qui montait voir le fiston en Hollande :&lt;i&gt; &#171; &#192; force de faire du dumping social, voil&#224; ce qui arrive ! &#187;&lt;/i&gt; Une jeune Franco-Portugaise allaitant son b&#233;b&#233; : &lt;i&gt;&#171; Ils nous prennent pour du b&#233;tail ! &#187;&lt;/i&gt; Et de partager leurs points de vue sur l'absurdit&#233; de ces voyages sans saveur, sans autre surprise que ce genre d'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, derri&#232;re le vaste d&#233;cor d'un monde en perp&#233;tuel mouvement, si bien &#233;quip&#233; qu'habituellement il fascine et en impose, personne n'assumait plus rien. Et dans ce vide inattendu se glissaient p&#234;le-m&#234;le un sentiment de grande fragilit&#233;, la nature r&#233;versible de la frustration et du d&#233;pit, une tchatche lib&#233;r&#233;e, la l&#233;gitimit&#233; de la col&#232;re et de la solidarit&#233;, le sens de l'humour et du d&#233;risoire &#8230; Et si finalement plus personne n'y croyait ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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