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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les damn&#233;s de la ville</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet, Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le discours consensuel, l&#233;nifiant et b&#234;tifiant de la sociologie officielle, la ville serait le lieu par excellence du &#171; vivre ensemble &#187;. Avec l'apartheid urbain croissant, non reconnu comme tel mais bien r&#233;el, qui marque l'urbanisation contemporaine, elle n'est m&#234;me plus le lieu o&#249; les citadins pourraient vivre c&#244;te &#224; c&#244;te. Et elle pourrait bien devenir celui du face &#224; face. Jean-Pierre Garnier, sociologue dissident, nous en livre quelques facettes croyait encore que ce qui faisait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no85-janvier-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;85 (janvier 2011)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le discours consensuel, l&#233;nifiant et b&#234;tifiant de la sociologie officielle, la ville serait le lieu par excellence du &#171; vivre ensemble &#187;. Avec l'apartheid urbain croissant, non reconnu comme tel mais bien r&#233;el, qui marque l'urbanisation contemporaine, elle n'est m&#234;me plus le lieu o&#249; les citadins pourraient vivre c&#244;te &#224; c&#244;te. Et elle pourrait bien devenir celui du face &#224; face. Jean-Pierre Garnier, sociologue dissident, nous en livre quelques facettes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Garnier, Une violence &#233;minemment contemporaine Essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &#171; L'air de la ville rend libre &#187;, disait un proverbe m&#233;di&#233;val allemand. Qu'en est-il aujourd'hui ? Et &#233;tait-ce vraiment le cas par le pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Garnier :&lt;/strong&gt; L'air de la ville est de plus en plus asphyxiant. Pas seulement &#224; cause de la pollution de l'air, mais parce qu'il y existe un conditionnement massif, notamment par le biais de la publicit&#233;, sous ses diff&#233;rentes formes. Les gens sont v&#233;ritablement model&#233;s, format&#233;s par le matraquage que permettent les nouveaux moyens dits de communication.
D'un c&#244;t&#233;, le publicitaire fait que le citoyen-citadin se croit libre parce qu'il peut choisir entre diff&#233;rentes marchandises. Mais de l'autre, le s&#233;curitaire tous azimuts assure le contr&#244;le des individus. Je ne pense pas que l'air de la ville contemporaine rende libre. Au contraire, il rend les gens de plus en plus conformistes, soumis aussi bien au r&#232;gne de la marchandise qu'&#224; l'omnipr&#233;sence polici&#232;re. Dans les ann&#233;es 1960, Louis Chevalier&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Chevalier, historien et d&#233;mographe, &#233;tait sp&#233;cialiste du milieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; croyait encore que ce qui faisait l'identit&#233; de Paris &#233;tait la m&#233;fiance du petit peuple vis-&#224;-vis des autorit&#233;s, sa propension &#224; critiquer et &#224; moquer les pouvoirs en place, voire &#224; se soulever contre eux. Il pensait que, malgr&#233; les transformations subies par la capitale sous l'effet de l'urbanisme pompidolien, subsisterait cet esprit de r&#233;bellion. Vingt ans plus tard, ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus valable : une partie des couches populaires avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rejet&#233;e en p&#233;riph&#233;rie &#8211; &#224; l'&#233;poque, il ne s'agissait pas de &#171; r&#233;habilitation &#187; pour les bobos, mais de &#171; r&#233;novation urbaine &#187;, plus brutale encore, on l'appelait &#171; r&#233;novation bulldozer &#187; car on faisait carr&#233;ment table rase de l'habitat ancien et de ses habitants pour implanter des bureaux, des immeubles dits &#171; de standing &#187;, des &#233;quipements &#171; haut de gamme &#187;. Il y avait &#233;galement un autre ph&#233;nom&#232;ne, de dimension internationale : l'&#171; am&#233;ricanisation &#187; du mode de vie. De plus en plus, les nouvelles g&#233;n&#233;rations de Parisiens, influenc&#233;es par la radio, la t&#233;l&#233;, le cin&#233;ma, les disques, se tournaient vers l'&lt;i&gt;american way of life&lt;/i&gt;, sa musique, ses v&#234;tements&#8230; Or, ce qui faisait la sp&#233;cificit&#233; d'une ville comme Paris, c'&#233;taient les particularit&#233;s de chacun de ses quartiers h&#233;rit&#233;es de l'histoire. Peu &#224; peu, on a assist&#233; &#224; leur banalisation, leur normalisation. L'air de la ville rend libre ? Non. Sauf pour ces sociologues align&#233;s qui nous expliquent qu'aujourd'hui, il y a une d&#233;massification de la soci&#233;t&#233;, que les gens ne sont plus d&#233;termin&#233;s par leur groupe social, qu'ils deviennent des individus non r&#233;ductibles &#224; leurs appartenances de classe. Ils appartiendraient de mani&#232;re transitoire &#224; des &#171; tribus &#187; multiples et changeantes, comme le pr&#233;tend le sociologue branchouille Michel Maffesoli. D'autres discernent sans rire l'av&#232;nement d'une &#171; &lt;i&gt;m&#233;tropole des individus&lt;/i&gt; &#187;. Pour ces sociologues de march&#233;, le citadin serait plus libre que jamais. En fait, il est libre comme un client dans un libre-service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les gens &#233;chappaient au monde rural lors de l'industrialisation et de l'urbanisation au XIXe si&#232;cle explique le succ&#232;s de cette expression. On &#233;tait libre par rapport au poids de la religion, de la morale traditionnelle, des us et coutumes, du regard des voisins. Les gens arrivaient en ville, ils y &#233;taient inconnus. Ils &#233;taient devenus des individus, mais regroup&#233;s par classes sociales. Dans certains quartiers se formait alors une nouvelle identit&#233; qui &#233;tait, parall&#232;lement &#224; celles des bourgeois dans les &#171; beaux quartiers &#187;, celle de la classe ouvri&#232;re, avec ses valeurs, ses utopies, ses programmes, ses leaders, ses organisations. Organisations qui n'&#233;taient pas seulement politiques et syndicales, cela pouvait aussi &#234;tre des communaut&#233;s de toutes sortes, form&#233;es dans des clubs de jeux, les bals, lors des f&#234;tes&#8230; On se retrouvait dans les caf&#233;s, ces lieux de s&#233;dition comme disaient les ministres de la police. C'est en partie en r&#233;action &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne qu'&#233;mergea, &#224; la fin du xixe si&#232;cle, une politique du logement social : pour &#233;viter que les prolos &#171; tra&#238;nent dans la rue &#187;, se r&#233;unissent dans des &#171; mauvais lieux &#187;, discutent entre eux, complotent et s'organisent. Et, en incitant les ouvriers &#224; vivre en famille, &#224; se replier sur le logement, pour privatiser le mode de vie et effriter le sentiment de solidarit&#233; collective. N&#233;anmoins, jusque vers les ann&#233;es 1920-1930, l'identit&#233; ouvri&#232;re n'avait cess&#233; se s'affirmer comme identit&#233; de r&#233;sistance, voire de contre-offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vois-tu un lien entre cet affaiblissement de la &#171; libert&#233; des villes &#187; et l'arriv&#233;e massive d'urbains dans les campagnes, appel&#233;e aussi rurbanisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y vois surtout l'effet du march&#233; du logement. La concentration urbaine, qui va de pair avec la concentration du capital, fait que les classes dirigeantes ont besoin de plus en plus d'espaces bien situ&#233;s pour accueillir les si&#232;ges sociaux, les palais des congr&#232;s, les services li&#233;s aux activit&#233;s directionnelles (&#171; conseil &#187;, publicit&#233;&#8230;), les &#233;quipements de prestige, les r&#233;sidences pour cadres dirigeants, etc. Il y a une accumulation au centre des agglom&#233;rations de la force de travail qualifi&#233;e. C'est cette &#233;lite urbaine internationalis&#233;e qui pousse &#224; un &#233;talement urbain. La p&#233;riph&#233;rie s'&#233;tend sans fin. &#192; propos des banlieues, on disait &#171; sub-urbain &#187;. On parle maintenant de &#171; p&#233;ri-urbain &#187; ou m&#234;me de &#171; rurbain &#187;, car les zones rurales sont phagocyt&#233;es par des n&#233;o-citadins. Il faut distinguer deux cat&#233;gories. D'un c&#244;t&#233;, les exil&#233;s volontaires qui, appartenant aux couches ais&#233;es, vont habiter en maisons individuelles avec de l'espace et de la verdure pour les enfants. Dans ces banlieues dites r&#233;sidentielles, r&#233;sident aussi les jeunes cadres et techniciens qui veulent se mettre au large vu le prix des logements en ville. De l'autre c&#244;t&#233;, il y a les couches populaires, ouvri&#232;res et employ&#233;es, &#233;ject&#233;es des parties centrales des agglom&#233;rations par la sp&#233;culation, la gentrification et les politiques de &#171; renouvellement urbain &#187; qui visent &#224; r&#233;server les espaces &#171; requalifi&#233;s &#187; &#224; des gens &#171; de qualit&#233; &#187;. Mais on trouve aussi les franges inf&#233;rieures de la petite bourgeoisie intellectuelle (enseignants, travailleurs sociaux, infirmi&#232;res, artistes&#8230;), avec des jobs mal pay&#233;s et plus ou moins intermittents, qui ne peuvent s'offrir le centre des villes, devenu trop cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste donc &#224; un exode urbain des couches inf&#233;rieures et moyennes qui migrent vers la lointaine p&#233;riph&#233;rie. Certains vont s'&#233;tablir dans un habitat rural ou semi-rural d&#233;grad&#233; parce que d&#233;laiss&#233; par une population locale vieillissante. Mais ces nouveaux venus tirent le diable par la queue. Beaucoup n'ont pas trouv&#233; de travail car la ville est trop loin, &#224; vingt, trente voire quarante kilom&#232;tres. On peut parler d'une prol&#233;tarisation de ces n&#233;o-citadins exil&#233;s dans les zones rurales, tr&#232;s diff&#233;rents de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, les n&#233;o-ruraux &#171; babas &#187; des ann&#233;es 1970. Des &#233;tudes montrent d'ailleurs que la majeure partie des couches populaires ne vit pas dans les &#171; cit&#233;s &#187;. Il n'y a que 3,8 millions d'habitants dans les 750 &#171; zones urbaines sensibles &#187; qui d&#233;fraient la chronique m&#233;diatico-polici&#232;re, alors que les classes populaires repr&#233;sentent environ 54 % de la population ! La majorit&#233; vit soit dans le sub-urbain, soit dans le p&#233;ri-urbain ou les zones rurales. Au XIXe si&#232;cle, le clivage de classes se traduisait par une coexistence plus ou moins pacifique des couches populaires et des couches bourgeoises. Aujourd'hui, il prend la forme du s&#233;paratisme. Les bourgeois ne voient m&#234;me plus les prolos ! Et r&#233;ciproquement. L'expansion urbaine s'&#233;tend sur des territoires de plus en plus vastes. Pour parfaire le tout, si l'on peut dire, il n'y a pas de communication entre ce qui reste de la culture rurale et celle de ces nouveaux arrivants. Ces derniers sont isol&#233;s, sans contact, sinon exceptionnellement comme, par d'exemple, dans les &#171; march&#233;s bio &#187; et les foires &#224; la brocante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les classes dominantes ont-elles besoin de se r&#233;approprier les centres-villes ? N'aurait-il pas &#233;t&#233; plus &#233;conomique pour elles de s'installer autour, dans des friches, des zones d'activit&#233;s&#8230; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs types d'activit&#233;s. Effectivement, certaines, dites de pointe, peuvent &#234;tre d&#233;centralis&#233;es et d&#233;concentr&#233;es. Elles sont le support du d&#233;veloppement du capitalisme actuel : les laboratoires et centres de recherche, &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur. C'est pour &#231;a qu'on a fait des &#171; campus &#187; ou des &#171; technop&#244;les &#187;. Mais en ce qui concerne les activit&#233;s directionnelles et strat&#233;giques, la n&#233;cessit&#233; demeure, malgr&#233; les nouvelles techniques de communication, de ce que les patrons et les managers &#233;tasuniens appellent le&lt;i&gt; face to face contact&lt;/i&gt;. Et cela ne peut se faire n'importe o&#249;. Il faut des endroits tr&#232;s facilement accessibles, o&#249; l'on trouve sur place tout et tous ceux qui participent &#224; la prise de d&#233;cision. Par exemple, les salles de conf&#233;rences, bureaux d'avocats, les bo&#238;tes de publicit&#233;, les caf&#233;s et restaurants o&#249; l'on se retrouve. Il faut qu'il y ait un lieu central pour ces activit&#233;s, r&#233;unissant toutes ces conditions, financi&#232;res, juridiques, m&#233;diatiques, culturelles. On a m&#234;me cr&#233;&#233; des centres directionnels bis un peu p&#233;riph&#233;riques pour d&#233;sengorger les centres des m&#233;tropoles, comme La D&#233;fense &#224; Paris ou Canary Wharf &#224; Londres&#8230; Mais l'interconnexion des relations d'affaires et mondaines exige la concentration d'&#233;quipements qui concourt &#224; la reproduction de cette classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais quels sont alors aujourd'hui les projets des urbanistes ? Am&#233;nager les centres-villes pour les seuls int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la majeure partie des urbanistes, des architectes, des paysagistes qui travaillent pour le secteur priv&#233; ou pour les collectivit&#233;s territoriales se pr&#233;occupent tr&#232;s peu du sort des couches populaires. La mission impartie &#224; certains am&#233;nageurs urbains, c'est de contribuer &#224; &#233;viter les troubles &#8211; les pr&#233;tendues violences urbaines &#8211; engendr&#233;s par la rel&#233;gation des classes domin&#233;es dans un habitat d&#233;grad&#233; et d&#233;gradant. Autrement dit, rendre la s&#233;gr&#233;gation sociospatiale supportable par ceux qui la subissent. Mais, l'essentiel, pour les responsables politiques, &#233;lus locaux en t&#234;te, est de donner la priorit&#233; aux r&#233;alisations qui attirent les &#171; d&#233;cideurs &#187;, banquiers et patrons de firmes, ainsi que leurs servants : ing&#233;nieurs, chercheurs, universitaires de haut rang, la &#171; mati&#232;re grise &#187;, comme ils disent. Il faut donc aussi des b&#226;timents embl&#233;matiques, monumentaux, images de marque de la &#171; m&#233;tropole &#187;, comme la tour de la CMA-CGM &#224; Marseille&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette tour torsad&#233;e, situ&#233;e dans le quartier d'affaires Eurom&#233;diterran&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. C'est un urbanisme qui a, sur le plan politique, pour projet et pour but de d&#233;poss&#233;der les couches populaires du droit &#224; la ville, du droit &#224; la centralit&#233; urbaine pour laisser la place aux &#233;lites. On peut r&#233;sumer les principes de cet urbanisme exclusif et excluant par les cinq H : haute technologie en ce qui concerne les activit&#233;s &#233;conomiques, hautes qualifications pour les cerveaux, hauts revenus, &#233;quipements haut de gamme et haute qualit&#233; environnementale. Ce sont les cinq piliers de la sagesse urbanistique d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, aux classes populaires parqu&#233;es dans les &#171; cit&#233;s &#187;, on r&#233;serve l'architecture dite de pr&#233;vention situationnelle ou &lt;i&gt;defensible space&lt;/i&gt;. Import&#233;e des &#201;tats-Unis, l'id&#233;e est d'&#171; am&#233;nager les lieux afin de pr&#233;venir le crime &#187;. Avec un double objectif : que les configurations spatiales soient dissuasives pour des fauteurs de troubles potentiels, mais facilitent aussi la r&#233;pression. On supprimera ainsi les toits-terrasses, les culs-de-sac, les recoins, les halls traversants, les auvents. On encouragera la &#171; r&#233;sidentialisation &#187; des HLM en transformant une partie de l'espace public au pied des immeubles en jardinets semi-privatifs avec des cl&#244;tures et des haies pour les prot&#233;ger des intrus, o&#249; l'on pourra introduire des barbel&#233;s ou des plantes v&#233;n&#233;neuses. Tout cela est officiel. Ce qui ne l'est pas, ce sont tous les dispositifs pr&#233;ventifs ou plut&#244;t pr&#233;paratifs militaropoliciers de &#171; guerre civile de basse intensit&#233; &#187;, dont traite le sociologue Mathieu Rigouste, pour &#233;craser les r&#233;voltes des damn&#233;s de la ville dans l'avenir&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu Rigouste, L'Ennemi int&#233;rieur, La D&#233;couverte, 2009.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Pierre Garnier, &lt;a href=&#034;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Une violence &#233;minemment contemporaine Essais sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des couches populaires&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Agone, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Louis Chevalier, historien et d&#233;mographe, &#233;tait sp&#233;cialiste du milieu parisien. Il a notamment publi&#233; : &lt;a href=&#034;http://www.editions-perrin.fr/fiche.php?F_ean13=9782262027148&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Classes laborieuses et classes dangereuses &#224; Paris pendant la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;ditions Perrin, 1958, r&#233;&#233;dition Plon, 2002, et &lt;i&gt;Les Parisiens&lt;/i&gt;, Hachette, 1967, r&#233;&#233;d. Hachette, Coll. Pluriel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette tour torsad&#233;e, situ&#233;e dans le quartier d'affaires Eurom&#233;diterran&#233;e, est la plus haute de Marseille. Elle abrite le si&#232;ge social de la compagnie de transport maritime CMA-CGM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mathieu Rigouste, &lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_ennemi_interieur-9782707153968.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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