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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La parole est &#224; la d&#233;fonce</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; CQFD, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/duras_picole1-b45d8.jpg?1768772720' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres nous para&#238;t bien hypocrite. Place aux mots des premi&#232;res et premiers concern&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me croyais plus forte que tout &#187; / (&lt;i&gt;P&#233;n&#233;lope, ex-consommatrice d'h&#233;ro&#239;ne et de crack&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; par prendre de l'h&#233;ro &#224; 16 ans, le jour o&#249; une copine qui avait essay&#233; m'a dit : &#8220;C'est trop g&#233;nial, je connais le dealer, viens, je te le pr&#233;sente !&#8221; J'&#233;tais dans un coll&#232;ge de bourges dans le Marais &#224; Paris, ann&#233;es 1980, o&#249; d&#233;j&#224; on sniffait de la colle. Quand je voyais les punks aux Halles, je voulais tra&#238;ner avec eux, leur ressembler. Alors je suis vite tomb&#233;e dans l'h&#233;ro. J'avais un rituel : un gros trait avant le caf&#233; du matin, &#231;a lan&#231;ait la journ&#233;e. Je me croyais plus forte que tout : j'&#233;tais belle, jeune, j'allais conqu&#233;rir le monde. Et puis le monde des gens normaux ne m'int&#233;ressait pas, tandis que la drogue m'en ouvrait un autre, avec la musique &#8211; en t&#234;te The Stranglers &#8211;, l'art&#8230; Dans le m&#234;me temps, je tra&#238;nais souvent dans un milieu un peu snob, et l'h&#233;ro &#231;a avait un c&#244;t&#233; politique, &#231;a me mettait ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces dix ans de consommation, il y a eu &#233;videmment des drames, notamment avec ma famille. Mais il y a eu autant de d&#233;couvertes, avec des lieux et des gens un peu fous, en bien comme en mal. &#199;a cr&#233;ait des situations. Tu connais les queues de renard ? C'est quand t'as pris de l'h&#233;ro, que t'as la gerbe et que t'as pas le temps d'arriver jusqu'aux chiottes du bar o&#249; tu es &#8211; &#231;a fait un vomi en forme de queue de renard. Ceci dit, l'h&#233;ro, surtout quand tu te l'injectes pas, &#231;a peut rester relativement g&#233;rable. C'est aussi plus subtil que d'autres drogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai d&#233;couvert le crack. Je pensais na&#239;vement que &#231;a me ferait arr&#234;ter l'h&#233;ro. R&#233;sultat : &#224; 24 ans je me suis retrouv&#233;e accro aux deux. Je vivais &#224; Paris, &#224; Stalingrad, avec mon mec de l'&#233;poque, et je pense dans le fond que j'ai pris du crack pour le d&#233;go&#251;ter, parce qu'il ne voulait pas me quitter. Niveau plaisir, c'est le seul truc qui peut d&#233;passer l'h&#233;ro. Par contre, tu bascules vite. T'es d&#233;gueulasse, tu fais des trucs d&#233;gueulasses. J'ai consomm&#233; &#231;a pendant environ deux ans. J'&#233;tais de plus en plus grill&#233;e dans le quartier, sans thunes, avec plein d'embrouilles craignos. Un dealer gentil dont j'&#233;tais proche m'a dit un jour : &#8220;Il y a trop de contrats sur ta t&#234;te, tu dois te casser.&#8221; Il m'a fil&#233; un billet de train pour Londres et pas mal de dope pour &#233;viter le manque &#8211; j'ai tout pris dans le train. Et c'est &#224; partir de Londres que je me suis &#233;loign&#233;e de tout &#231;a. J'ai &#233;t&#233; en cure de d&#233;sintox', j'ai repris le contr&#244;le &#8211; depuis, je me suis refait une sant&#233; et une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai souffert, mais la drogue m'a aussi port&#233;e. J'ai toujours gard&#233; un optimisme. Et je voyais l'addiction comme une forme de subversion. &#192; chaque fois que je me sentais pas en ad&#233;quation, j'utilisais la drogue, avec un c&#244;t&#233; fuck you ! &#8211; sauf que c'est moi que je d&#233;truisais... Ensuite c'est quelque chose qui te constitue, que tu gardes en toi. &lt;i&gt;Once an addict, always an addict.&lt;/i&gt; Malgr&#233; tout, je me rappellerai toujours des kifs et du c&#244;t&#233; lumineux de tout &#231;a. Les probl&#232;mes ne sont pas termin&#233;s, maintenant c'est l'alcool, mais je me soigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Comme une potion magique &#187; / (&lt;i&gt;Greg, consommateur outrancier d'alcool depuis quinze ans&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi j'ai bu et je bois ? Pas facile &#224; r&#233;sumer. Je crois que &#231;a me renvoie d'abord &#224; la sensation ressentie quand j'ai d&#233;couvert, au lyc&#233;e, qu'il existait ce produit capable de me sortir temporairement d'une angoisse sociale carabin&#233;e qui me pourrissait la vie. J'&#233;tais pas bien dans mon corps, tout me stressait, et voil&#224; qu'ing&#233;rer ce liquide rose, rouge ou blanc (j'ai commenc&#233; au vin) rendait l'existence plus facile, plus fluide. Le ticket d'or ! Comme une potion magique qui aidait &#224; repousser ce qui me raidissait, tout en envoyant bouler les convenances pour peu qu'on pousse un chou&#239;a le bouchon &#8211; &#224; la punk. D'autant que je m'abreuvais dans le m&#234;me temps d'une contre-culture assoiff&#233;e, de Bukowski aux Sex Pistols, et que &#231;a donnait une aura &#224; la d&#233;glingue, presque une mystique. Pendant des ann&#233;es, ma sociabilit&#233; sous quasiment toutes ses formes, qu'il s'agisse d'amiti&#233;, de concerts, de manifs, de r&#233;seau pro ou d'amour, a donc &#233;t&#233; forc&#233;ment li&#233;e &#224; l'horizon du boire &#8211; des petits verres ou de grandes bouteilles, selon l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; une r&#233;ussite, entre r&#233;veils en cellule de d&#233;grisement et trous noirs &#224; r&#233;p&#233;tition, mais &#231;a a aussi cr&#233;&#233; pas mal d'envol&#233;es chouettes, de moments gris&#233;s, d'&#233;lans po&#233;tiques &#8211; une mani&#232;re de flouter le monde pour mieux l'enchanter. Et puis, c'est parfois agr&#233;able de s'effacer, de s'oublier dans la lourde ivresse &#8211; enfin dans mon cas. Sachant aussi que je ne me suis jamais r&#233;v&#233;l&#233; violent ou agressif dans mes ivresses, seulement con et balbutiant &#8211; &#231;a aide. Le probl&#232;me c'est qu'au fil du temps, l'aspect magique dispara&#238;t. Que les r&#233;veils sont toujours plus durs. Que les marques physiques commencent &#224; poindre sur le visage (et le foie ?). Et que j'en arrive souvent &#224; boire pour boire, sans cr&#233;ation, sans magie. Chez soi, les jours d'angoisse, &#231;a donne parfois des strat&#233;gies sous forme d'arithm&#233;tique bien triste &#8211; combien de verres avant de sortir de l'appart' ? Et en soci&#233;t&#233;, une r&#233;currence du boire trop vite qui efface tout le c&#244;t&#233; chaleureux et festif de la picole, tout en te propulsant dans la honte au r&#233;veil. C'est pour &#231;a qu'&#224; un moment j'ai essay&#233; de creuser, via une d&#233;marche psy, ce qu'ainsi j'essayais d'effacer, d'anesth&#233;sier. Sauf que j'ai jamais mis le doigt sur une cause &#233;vidente. C'est sans doute un tas de trucs amalgam&#233;s. En tout cas, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir fait le tour de ce que l'alcool pouvait m'apporter et j'ai en t&#234;te d&#233;sormais d'&#234;tre plus malin dans mon rapport &#224; lui, tout en trouvant d'autres b&#233;quilles &#8211; que &#231;a ne finisse pas par me d&#233;finir comme individu, ou par m'envoyer dans la tombe. Quinze ans pour tirer ce constat, c'est pas glorieux, je sais, mais on fait comme on peut&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sortir de soi et y retourner tr&#232;s vite &#187; / (&lt;i&gt;Louise, consommatrice de coca&#239;ne et d'amph&#233;tamines&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premi&#232;res fois o&#249; je rencontre vraiment la drogue, les produits chelous bien dos&#233;s de l'internet mondial, c'est avec mon amoureux de l'&#233;poque. J'ai la vingtaine, je suis coinc&#233;e, un peu prude, assez timide et, du haut de mon m&#232;tre quatre-vingts, assez impressionn&#233;e par les grandes personnes. Alors je sniffe, je gobe. Un peu, beaucoup. Puis &#231;a devient syst&#233;matique dans l'intimit&#233; que je partage avec cet homme. C'est l'explosion : je sors de ce corps qui me fait d&#233;faut, je me sens plus int&#233;ressante, plus curieuse, plus cultiv&#233;e, plus d&#233;sirable. Mes blocages sexuels volent en &#233;clat, mes complexes s'&#233;vanouissent. Alors je continue, je m'ab&#238;me, je me d&#233;fonce, je fais des trucs que j'ai pas forc&#233;ment envie de faire. La drogue devient l'&#233;quation de ma sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ma consommation se fait plus solitaire, moins intense dans le champ de bataille de ma sexualit&#233;, voire parfois bien glauque. Je me mets &#224; la 3-MMC, une mol&#233;cule de synth&#232;se de la famille des cathinones, bien d&#233;gueu, bien addictive. Je me coupe de moi, de mes &#233;motions, de mes sensations. En r&#233;alit&#233;, je tombe dans une grosse d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est la coca&#239;ne qui m'accompagne dans mes journ&#233;es solitaires. Caf&#233;-trace le matin, le petit-d&#233;j' des championnes : je vais la bouffer, cette journ&#233;e ! Un rendez-vous avec un pote ? Hop, une petite trace ! Un mail &#224; &#233;crire ? Allez, une autre ! La vaisselle &#224; faire ? Bon OK, une derni&#232;re. Mais la motivation dispara&#238;t toujours au bout de la deuxi&#232;me. D'une drogue sociale j'ai fait une drogue solitaire, une d&#233;fonce qui me permet de m'affronter, moi et mes d&#233;mons, sans les diluer dans une pseudo-sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'envisagerai toujours ma vie avec des trucs &#224; sniffer pas loin. Parce que j'y cherche toujours ce d&#233;calage, ce &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; l&#226;cher-prise, ce moment o&#249; ton corps et ta t&#234;te d&#233;cident ensemble de te foutre un peu la paix. En fait, une d&#233;fonce r&#233;ussie, c'est comme l'orgasme, on sait qu'il existe mais on l'attend toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me fous la paix &#187; / (&lt;i&gt;Edith, consommatrice d'antid&#233;presseurs&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;cemment, apr&#232;s un &#233;pisode d&#233;pressif plus s&#233;v&#232;re que d'habitude, je me suis retrouv&#233;e &#224; amorcer un traitement d'ISRS&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la dose minimum : 20 mg. J'ai toujours eu un temp&#233;rament triste mais je n'avais jamais vraiment envisag&#233; la prise d'antid&#233;presseurs. J'avais l'impression que c'&#233;tait pas pour moi, mais pour ceux qui &#233;taient plus gravement touch&#233;s. Moi j'avais appris &#224; vivre avec, et m&#234;me &#224; en faire un trait central de mon identit&#233; : je faisais rire de mon manque d'entrain. Bien s&#251;r j'avais suivi un nombre cons&#233;quent de th&#233;rapies en tous genres depuis mon adolescence. Mais il est sacr&#233;ment long, le chemin de la r&#233;paration et de l'acceptation de son pass&#233;. Et puis le Covid m'a bien mise dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours du traitement, j'ai la sensation, &#224; juste titre, d'&#234;tre en descente de drogue. En mode zombie, affal&#233;e sur mon canap&#233;, je suis trop mal. Mais &#224; la fin de la semaine, je pars prendre des vacances avec des amies. J'&#233;tais r&#233;solue &#224; ne pas boire d'alcool, et je m'y suis tenue &#8211; cela devait faire dix ans que je n'avais pas fait de cure de plus de dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, coup de baguette chimique, &#231;a marche vraiment, j'ai l'impression d'&#234;tre non stop en mont&#233;e de MDMA. Le pied. Exit les angoisses permanentes et le stress g&#233;n&#233;r&#233; par le moindre truc. Je me fous la paix. Et surtout, je vois les diff&#233;rents aspects de ma vie sous un angle positif. &#199;a me perturbe, surtout au d&#233;but. Je ne me reconnais pas, et les autres non plus. Mon amoureux me dit m&#233;tamorphos&#233;e. Euphorique. Je me sens l&#233;g&#232;re, rien ne m'atteint assez pour que je me prenne la t&#234;te comme je faisais avant. Ma m&#233;moire op&#232;re un tri drastique, je ne retiens plus qu'un dixi&#232;me de ce que les gens me racontent. Je d&#233;limite mieux, en termes d'affects, ce qui est de mon ressort et ce qui ne m'appartient pas. Je m'extirpe de noeuds dans lesquels j'&#233;tais bloqu&#233;e, pour certains depuis des ann&#233;es. L'impression d'&#234;tre sur un petit nuage, que tout glisse sur moi. C'est fluide, quoiqu'un peu dans le brouillard. Je me sens bien, &#224; ma place, l&#233;gitime. Mue par la toute-puissance que conf&#232;re la drogue, en somme. Les sentiments n&#233;gatifs de g&#234;ne sociale, de culpabilit&#233; &#233;ternelle, de honte ultime n'ont plus droit de cit&#233;. Les choses sont &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un truc me chiffonne cependant : depuis le d&#233;but du traitement, je n'atteins plus l'orgasme. Ma libido est plus ou moins intacte mais je reste neutralis&#233;e, maintenue &#224; un seuil maximum d'excitation. Je p&#232;se rapidement le pour et le contre, et j'en conclus que le reste en vaut la peine, tant pis pour la jouissance. Enfin, &#224; moyen terme. Faut pas d&#233;conner. &#199;a renforce quand m&#234;me mon d&#233;sir de ne pas poursuivre ind&#233;finiment les antid&#233;p'. &#199;a, et puis le reste : la fatigue, d'abord. Mais aussi le fait que la m&#233;moire imm&#233;diate soit consid&#233;rablement amoch&#233;e. Et puis toujours cette impression de planer, d'avoir deux de tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens parfois cette sensation fugace d'&#234;tre comme anesth&#233;si&#233;e. Et je ne sais plus quoi penser de ce lien de causalit&#233; qui revient &#224; se faire aider par la chimie. Je crois que je ne veux plus me sentir autant d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233;, si agr&#233;able que ce soit. Je suis ravie d'avoir atteint un tel degr&#233; de d&#233;tachement et de confiance en moi, mais j'en per&#231;ois les limites. Au bout de trois mois, je commence &#224; r&#233;duire de moiti&#233; les doses. Je redescends rapidement de mon petit nuage, &#224; regret il faut l'avouer. Mais j'ai en t&#234;te que cette b&#233;quille existe. Et je sais d&#233;sormais intimement &#224; quoi peut ressembler la vie quand on est bien, avec la ferme intention de garder &#231;a pr&#233;cieusement au fond de moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Percuter son rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; / (&lt;i&gt;Simon, un temps consommateur de k&#233;tamine&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tir&#233; mes premi&#232;res lignes de k&#233;tamine dans un environnement festif. C'&#233;tait agr&#233;able, d&#233;sinhibant et &#231;a faisait voyager. C'est le propre de ce produit qui entra&#238;ne une forte euphorie, une modification de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue, des hallucinations visuelles, une perte de contr&#244;le sur son corps ou, &#224; plus forte dose, une anesth&#233;sie compl&#232;te. J'ai vite appr&#233;ci&#233; les sensations que &#231;a m'apportait, ces moments de pause... Et j'ai aussi tellement ri avec des potes que quand &#231;a se pr&#233;sentait, je sautais sur l'occasion. Puis la consommation s'est banalis&#233;e. De plus en plus. Jusqu'au tous les jours, et trop. Ce que je cherchais ? Creuser toujours plus profond dans les m&#233;andres de ma conscience. J'ai aussi v&#233;cu plein d'exp&#233;riences intrigantes dans ces univers d'ailleurs. Par exemple, sous l'emprise de la k&#233;ta, j'avais l'impression d'&#234;tre en contact avec l'histoire des objets qui m'entouraient. Si je jouais du piano, je m'imaginais comment on avait invent&#233; cet instrument, et je me sentais en connexion avec son histoire et celle des gens qui l'avaient utilis&#233; avant moi. Les effets visuels sont assez sympas aussi. Au piano encore, selon les gammes et l'ambiance de ce que je jouais, j'ai d&#233;j&#224; vu les touches se colorer, tout en g&#233;om&#233;trie, comme en harmonie avec la couleur de la musique jou&#233;e. La curiosit&#233; m'a pouss&#233; &#224; vouloir en permanence mettre ce filtre pour voir l'autre face du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche de soi, compr&#233;hension des autres, appr&#233;hension du monde... Je trouvais des raisons pour justifier ma consommation, qui en cachaient finalement d'autres. Je prenais de la k&#233;ta parce qu'elle m'envoyait loin des soucis du quotidien, chassait l'angoisse, adoucissait le pr&#233;sent. Je profitais pleinement de l'instant, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; &#233;tait une montagne de trucs gal&#232;res &#224; g&#233;rer. Sous l'effet, j'ai pu d&#233;lirer des heures sur de la musique, une peinture, des plantes&#8230; Les imp&#233;ratifs &#8211; r&#233;pondre aux messages, faire le m&#233;nage, payer mes factures ou passer ce coup de fil urgent &#8211; perdaient toute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris de la k&#233;tamine parce qu'elle me faisait du bien. Je sais pourquoi je n'en prends plus. Un ami m'a dit un jour : &#8220;Si Jules Verne a d&#233;crit le tour du monde en 80 jours, vous, vous faites le tour du jour en 80 mondes.&#8221; Et c'&#233;tait vrai. Je crois qu'aucun ancrage n'est possible lorsque l'on percute autant son rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Pour moi, au final, la k&#233;tamine est une fausse amie des passionn&#233;s de psych&#233;d&#233;liques. Tous ses effets r&#233;pondent &#224; premi&#232;re vue &#224; ce qu'on attend d'un psych&#233;d&#233;lique comme, par exemple, le LSD : modifications visuelles et sensorielles, changement de point de vue... Et aussi : pas de descente, pas de contrecoup direct. Mais ce n'est qu'une impression : &#224; faible dose, elle est en fait un puissant anxiolytique, ce qui change tout. Finalement, ce sont ces effets que je recherchais, car j'&#233;tais dans une p&#233;riode assez compliqu&#233;e et dark apr&#232;s une douloureuse s&#233;paration, et &#224; un moment o&#249; je ne savais pas du tout quelle &#233;tait ma direction. Or cette famille de m&#233;dicaments (dont la pharmacop&#233;e moderne raffole) ne cible pas les causes du mal-&#234;tre, mais ses sympt&#244;mes. Quand on en abuse, ils emp&#234;chent le cerveau et l'esprit de r&#233;tablir un fonctionnement sain par un travail de fond. De mon exp&#233;rience d'amateur de substances en tout genre, la k&#233;tamine devrait garder sa place d'anesth&#233;siant : j'en ai en t&#234;te des sc&#232;nes o&#249; j'aurais voulu r&#233;agir vivement, affirmer ma position, tenter de d&#233;nouer une situation, me concentrer sur ce qui me semblait important, et qui se sont d&#233;roul&#233;es sous mes yeux sans que les mots ne me viennent o&#249; que j'aie l'&#233;nergie d'intervenir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi que l'usage r&#233;cr&#233;atif de plus en plus r&#233;pandu de la k&#233;tamine risque de nuire grandement &#224; la sc&#232;ne alternative. On en trouve partout ! Dans les lieux autog&#233;r&#233;s, les f&#234;tes, les milieux militants. Et &#231;a reste quelque chose qui ralentit. On r&#233;agit moins, on pense diff&#233;remment, et les r&#233;flexes sont&#8230; anesth&#233;si&#233;s. Pour une contre-culture, qui voudrait construire d'autres bases que le monde de merde qui nous entoure, et r&#233;agir avec les dents quand l'oppresseur opprime trop, la k&#233;ta n'est s&#251;rement pas la meilleure arme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire durer l'enfance &#187; / (&lt;i&gt;Pablo, longtemps consommateur d'h&#233;ro&#239;ne&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu l'h&#233;ro&#239;ne peu apr&#232;s &#234;tre parti de chez mes parents pour m'installer dans un quartier populaire de Marseille. J'&#233;tais tr&#232;s jeune, 17 ans, et la drogue &#233;tait partout dans la ville. Il y avait les suites de la French Connection, les d&#233;buts du punk, une ville alors sinistr&#233;e &#8211; tout &#233;tait r&#233;uni pour que les jeunes consomment, si bien qu'autour de moi, &#231;a tournait beaucoup. J'ai tout de suite aim&#233; les effets de l'h&#233;ro, mais j'adorais aussi les drogues psych&#233;d&#233;liques, notamment les acides. Et je crois que je prenais de l'h&#233;ro&#239;ne dans la m&#234;me optique que les produits plus &#8220;psych&#233;&#8221; : m'ouvrir au monde, sortir de mes blocages. Je d&#233;couvrais le Velvet Underground et Lou Reed, le cin&#233;ma de John Cassavetes, des univers autres, tr&#232;s tentants. C'&#233;tait une &#233;poque d'effervescence ; j'avais l'impression de faire durer l'enfance, de go&#251;ter au fruit d&#233;fendu. Et je me souviens m&#234;me d'une forme de d&#233;ception apr&#232;s ma premi&#232;re exp&#233;rience d'h&#233;ro : &#231;a n'allait pas assez loin, &#231;a manquait de visions. &#192; l'&#233;poque on prenait tout, on sniffait aussi de l'&#233;ther, de l'eau &#233;carlate, du trichlo &#8211; on n'&#233;tait pas regardants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment accro, question de chance. Parce qu'autour de moi, beaucoup de gens sont morts, d'overdose ou du sida. Mais quelque chose m'a emp&#234;ch&#233; de tomber totalement dedans, m&#234;me s'il m'est arriv&#233; de me shooter tous les jours pendant une semaine. Le simple fait de voir une shooteuse me donnait directement ce go&#251;t de m&#233;tal si caract&#233;ristique dans la bouche&#8230; Je me rappelle de cette fois o&#249; un ami m'a rembours&#233; une dette en me filant dix grammes d'h&#233;ro pure. Ce jour-l&#224;, on s'est regard&#233;s avec ma copine et on s'est dit que si on gardait tout pour nous, on n'en sortirait jamais. Alors on a voulu la revendre, mais &#231;a a &#233;t&#233; un fiasco, on l'a mal coup&#233;e&#8230; Reste que &#231;a a sans doute &#233;vit&#233; qu'on devienne des junkies. Tout &#231;a, c'est des coups de chance. Ou l'instinct de survie. Comme cette fois o&#249; la soeur de ma copine, morte peu apr&#232;s du sida dont elle &#233;tait infect&#233;e sans le savoir, m'a propos&#233; de me faire un shoot avec sa seringue : j'en avais tr&#232;s envie, mais j'ai d&#233;clin&#233;. Je me souviens aussi de Frenzy, un copain rockeur de cit&#233; que j'adorais, beau comme un dieu, qui un jour m'a secou&#233; par le colbac en pleine rue en m'engueulant : &#8220;On m'a dit que tu tombais dans l'h&#233;ro&#239;ne, t'as pas de figure !&#8221; Lui aussi est mort du sida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, ce qui m'a sauv&#233;, c'est de partir. La curiosit&#233; que j'avais pour la drogue, je l'ai appliqu&#233;e aux voyages. Je suis parti en Angleterre, au Mexique, en Andalousie, une bonne quinzaine d'ann&#233;es en tout. Loin de Marseille, du travail en int&#233;rim et des gens qui tombaient comme des mouches &#8211; morts, en HP, en d&#233;tention... J'ai continu&#233; &#224; prendre des drogues, &#224; exp&#233;rimenter, notamment le peyotl au Mexique, qui m'a vraiment marqu&#233; &#8211; ceci dit, ce n'est pas une drogue ! &#8211; et &#224; boire beaucoup d'alcool, par p&#233;riodes. Mais &#231;a n'a jamais pris le pas sur ma vie. Il n'emp&#234;che qu'encore aujourd'hui, je peux &#234;tre tent&#233; par des exp&#233;riences de ce genre. Je me suis rendu compte par exemple qu'en cas de mal de dos ou de coup de stress, j'adorais le tramadol et ses effets. Et r&#233;cemment, je me suis d&#233;fonc&#233; avec une amie en phase terminale d'un cancer, qui avait lou&#233; un appart' en bord de mer. On s'est pay&#233; un bel hommage &#224; la vie : hu&#238;tres, petits g&#226;teaux arabes, th&#233; au gingembre et&#8230; de la morphine de synth&#232;se. C'&#233;tait un beau moment, une mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e de se dire au revoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Parce que Dieu n'existe pas &#187; / (&lt;i&gt;Marguerite, six litres de rouge par jour&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/duras_picole.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH478/duras_picole-df417.jpg?1768772720' width='500' height='478' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faites entrer le t&#233;moin</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Photographe engag&#233;, Georges Azenstarck est d&#233;c&#233;d&#233; le 2 septembre dernier &#224; l'&#226;ge de 86 ans. Il avait pass&#233; sa vie &#224; documenter les gr&#232;ves et les manifestations, notamment celle du 17 octobre 1961, qui tourna au massacre. CQFD l'avait rencontr&#233; il y a trois ans. Nous republions ci-dessous l'article que nous lui avions consacr&#233; &#224; l'&#233;poque. Certaines vies sont comme des livres d'histoire. &#192; l'image de celle de Georges Azenstarck, qui fut photographe &#224; L'Humanit&#233; et &#224; La Vie ouvri&#232;re, journal (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no161-janvier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;161 (janvier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Georges-Azenstarck" rel="tag"&gt;Georges Azenstarck&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-Huma" rel="tag"&gt;L'Huma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Georges-Marchais" rel="tag"&gt;Georges Marchais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Photographe engag&#233;, Georges Azenstarck est d&#233;c&#233;d&#233; le 2 septembre dernier &#224; l'&#226;ge de 86 ans. Il avait pass&#233; sa vie &#224; documenter les gr&#232;ves et les manifestations, notamment celle du 17 octobre 1961, qui tourna au massacre. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'avait rencontr&#233; il y a trois ans. Nous republions ci-dessous l'article que nous lui avions consacr&#233; &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH316/-731-464e3.jpg?1768652756' width='400' height='316' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Georges Azenstarck.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines vies sont comme des livres d'histoire. &#192; l'image de celle de Georges Azenstarck, qui fut photographe &#224; &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, journal de la CGT, dans les ann&#233;es 1960. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'a rencontr&#233; chez lui, au milieu d'une montagne de photographies de manifs et de gr&#232;ves.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me souviens de deux flics qui lavaient le sang sur la chauss&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ce soir-l&#224;, Georges Azenstarck est en train de tirer ses photos dans les locaux de &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt; quand il entend des tirs. Il se rue alors sur un balcon de cet immeuble du 6 boulevard Poissonni&#232;re, dans le 9e arrondissement de Paris. Il s'y tient en compagnie du photographe Serge Gautier et de deux journalistes, observant toutes lumi&#232;res &#233;teintes pour ne pas &#234;tre rep&#233;r&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Plus t&#244;t dans la journ&#233;e, lors de la manif, les flics avaient utilis&#233; leurs machines &#224; effacer les sourires, les b&#226;tons. Il y avait des femmes et des enfants en tenue du dimanche. J'ai vu l'horreur&#8230; Des flics tirant &#224; balles r&#233;elles, des Alg&#233;riens touch&#233;s, d'autres les mains sur la t&#234;te, et puis les corps entass&#233;s comme des sacs de patates. Une fois les flics partis, on est descendus. Mais deux camions de police faisaient barrage, qui ont ensuite embarqu&#233; les cadavres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#8211; dirig&#233; par l'ancien r&#233;sistant d'Astier de la Vigerie&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce Lib&#233;ration premi&#232;re mouture a exist&#233; de 1941 &#224; 1964.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#8211; sont les seuls journaux &#224; protester contre la r&#233;pression. Mais aucune photo ne sera publi&#233;e. Peur d'&#234;tre saisi en ce lendemain du 17 octobre 1961 ? &#171; &lt;i&gt;Autocensure&lt;/i&gt;, r&#233;pond Georges. &lt;i&gt;Une vraie chape de plomb est tomb&#233;e sur ces &#233;v&#233;nements. Mais dans les bidonvilles alg&#233;riens de Nanterre, les fr&#232;res et les maris avaient bien disparu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa canne, sa moustache en guidon de v&#233;lo et sa casquette, Georges, 83 ans, se souvient particuli&#232;rement bien de cette manifestation, lui qui en a tant couvertes. Ce jour-l&#224;, le FLN pousse les travailleurs alg&#233;riens &#224; manifester malgr&#233; l'interdiction et le couvre-feu. Maurice Papon est alors le chef d'une police parisienne qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;pur&#233;e apr&#232;s la Lib&#233;ration. La suite est connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Azenstarck a racont&#233; quelquefois cette histoire. Ce jour de novembre 2017, dans son appartement de la Canebi&#232;re &#224; Marseille, il commente les photos qui retracent des ann&#233;es de travail &#8211; qui ont &#233;t&#233; rassembl&#233;es dans un livre&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Rudiments du monde, Georges Azenstarck, G&#233;rard Mordillat, Eden, 2002.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Des clich&#233;s r&#233;alis&#233;s pour &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt; de 1956 &#224; 1968, puis pour &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et la presse syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces deux titres, Georges a notamment couvert les bidonvilles de Champigny ou de Seine-Saint-Denis, o&#249; survivent les travailleurs portugais ou d'Afrique du Nord. Malgr&#233; la boue et les cabanes, il y a toujours des sourires d'enfants. Une de ses photos les plus connues montre une femme brune dont on voit &#224; peine qu'elle porte un b&#233;b&#233; dans un ch&#226;le. La sc&#232;ne se passe dans un bidonville portugais de Champigny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mille fois, le photographe militant aux 300 000 clich&#233;s a captur&#233; avec son Foca les images noires de notre temps. Comme ce 2 f&#233;vrier 1965, lors de la catastrophe mini&#232;re de la fosse 7 d'Avion dans le Pas-de-Calais : &#171; &lt;i&gt;Cinq heures du matin dans le brouillard. Je m'attendais &#224; une remont&#233;e de bless&#233;s, mais c'&#233;taient des morts. J'&#233;tais tellement choqu&#233;...&lt;/i&gt; &#187; On comptera 21 victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; est illustr&#233;e par le travail des femmes : un central t&#233;l&#233;phonique rempli d'employ&#233;es, des laini&#232;res de Roubaix qui tractent, une ouvri&#232;re Thomson &#224; Angers, une chauffeuse de taxi qui travaille la nuit, une garde-barri&#232;re en Bretagne... Tout ce quotidien dont G&#233;rard Mordillat dit qu'il est cach&#233; : &#171; &lt;i&gt;Corps interdit. Le monde du travail est un monde sans images.&lt;/i&gt; &#187; Sauf chez Georges qui trace entre bidonvilles, usines et massacres, les lieux de d&#233;p&#244;t de la mis&#232;re du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre photographe au journal du Parti l'am&#232;ne aussi &#224; croiser les c&#233;l&#233;brit&#233;s. Pour illustration, cette magnifique photo en 1960 de Che Guevara en compagnie du futur maire de P&#233;kin. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; trois semaines avec le Che. Il n'&#233;tait pas encore connu. On buvait ensemble. J'&#233;tais parti pour un mois et demi &#224; Cuba, mais faute d'avion j'y suis finalement rest&#233; trois mois.&lt;/i&gt; &#187; Lui reviennent aussi des souvenirs d'Adamo, le chanteur vedette de l'&#233;poque : &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait de gauche, lecteur de L'Huma. On est rest&#233;s copains.&lt;/i&gt; &#187; Et puis Signoret, Montand, Georges Marchais &#171; &lt;i&gt;antipathique&lt;/i&gt; &#187;, et Henri Krasucki &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s sympa&lt;/i&gt; &#187;. Ce dernier est, comme Georges, d'origine juive polonaise, et ancien r&#233;sistant au sein des FTP-MOI : &#171; &lt;i&gt;Il m'a montr&#233; l'h&#244;tel Lutetia, devenu le si&#232;ge de l'Abwehr et de la police secr&#232;te militaire allemande en 1941, o&#249; il avait &#233;t&#233; interrog&#233; durant la guerre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH393/-732-53c1e.jpg?1768725128' width='500' height='393' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Georges Azenstarck.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le moment pour Georges de revenir sur le parcours de sa famille : &#171; &lt;i&gt;Ma m&#232;re est arriv&#233;e en 1911 de Varsovie &#224; la suite de ses fr&#232;res, immigr&#233;s &#233;conomiques qui n'en pouvaient plus de ces pays antis&#233;mites. Mon p&#232;re, russe et r&#233;volutionnaire, avait particip&#233; &#224; la r&#233;volution de 1905. Il a &#233;t&#233; d&#233;port&#233; en Sib&#233;rie, puis s'est exil&#233; en France. Nous parlions le yiddish &#224; la maison&lt;/i&gt;. &#187; En 1939, la famille fuit &#224; Lyon puis en Savoie jusqu'en 1945, dans un village o&#249; tout le monde ignore qu'ils sont juifs. &#192; Lyon o&#249; elle est rest&#233;e, la s&#339;ur de Georges est arr&#234;t&#233;e alors qu'elle transporte des courriers pour la R&#233;sistance. Emprisonn&#233;e &#224; Montluc, elle est envoy&#233;e &#224; Drancy puis d&#233;port&#233;e &#224; Auschwitz. Elle survivra. L'une des seules : sur les 28 membres d&#233;port&#233;s de la famille de Georges, 22 ne reviendront pas des camps. Quant &#224; son grand fr&#232;re, Maurice, qui avait francis&#233; son nom en Leferfort, il &#233;tait pilote d'avion. Il s'est tir&#233; avec son avion &#224; Londres, o&#249; De Gaulle a form&#233; deux escadrilles rapidement d&#233;cim&#233;es. Envoy&#233; &#224; Stalingrad, il est sorti de la guerre avec le grade de colonel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Georges d&#233;couvre la photo apr&#232;s-guerre : &#171; &lt;i&gt;Je devais avoir 15 ans quand j'ai gagn&#233; mon premier appareil et 20 francs de films n&#233;gatifs, lors d'un camp de vacances.&lt;/i&gt; &#187; Les appareils &#233;voluent &#8211; Georges poss&#233;dera bient&#244;t un Rolleicord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce mois de novembre, je rends une seconde fois visite &#224; Georges. Partout, des coffrets de photos. Ici, Mai-68 et ses voitures renvers&#233;es. L&#224;, des images de travailleuses en usine. L&#224; encore, la Chine, la Syrie, des n&#233;gatifs de manif en veux-tu en voil&#224;. Et m&#234;me des diapos pour les magazines de la RDA !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore des photos. En 1968, chez Renault, on joue au tennis dans l'usine arr&#234;t&#233;e. Chez Citro&#235;n, ouvriers en cravate et &#233;tudiants prenant des notes se c&#244;toient difficilement. Et chez Sud Aviation, la bo&#238;te est &#224; l'arr&#234;t &#8211; les hommes en bleu, assis, ne travaillent plus. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait la premi&#232;re usine occup&#233;e en 1968, mais Krasucki m'a dit : &#8220;Ce sont des gauchistes, on ne publie pas.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt; publiera les clich&#233;s du 17 octobre 1961 quarante ans plus tard. Pas tous, n&#233;anmoins : certaines photos documentant des sc&#232;nes de massacre, les plus compromettantes pour les policiers, n'ont pas &#233;t&#233; retrouv&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Elles ont disparu, je ne sais pas pourquoi...&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignait Georges dans le documentaire &lt;i&gt;50 ans apr&#232;s, je suis l&#224;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Film d'Ariane Tillenon, sorti en octobre 2017.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Un jour peut-&#234;tre ressurgiront-elles de ce pass&#233; qui ne passe pas&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; premi&#232;re mouture a exist&#233; de 1941 &#224; 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Rudiments du monde&lt;/i&gt;, Georges Azenstarck, G&#233;rard Mordillat, Eden, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Film d'Ariane Tillenon, sorti en octobre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Paris dans sa bulle</title>
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		<dc:date>2019-11-13T11:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1768655986' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fr&#233;hel, la derni&#232;re m&#244;me</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;1950, Paris. Giraud et M&#233;rindol tra&#238;nent leurs gu&#234;tres du c&#244;t&#233; de la Mouff' et de la Maub' . Pour joindre les deux bouts, ils encha&#238;nent les petits boulots plus ou moins avouables et font un peu de brocante, &#233;cumant le quartier avec leur voiture &#224; bras. &#192; peine de quoi se payer la bouffe et le gros rouge dans la multitude de rades du quartier qu'ils fr&#233;quentent assid&#251;ment. Ils finissent par d&#233;goter un ancien bal-musette et monte un biz avec le patron. La salle est rest&#233;e dans son jus 1900 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/scene-Frehel" rel="tag"&gt;sc&#232;ne Fr&#233;hel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3069 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1303.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH774/-1303-7f361.jpg?1768731553' width='500' height='774' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;1&lt;/span&gt;950, Paris. Giraud et M&#233;rindol&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Giraud, bistrologue patent&#233;, docteur &#232;s argot. Pierre M&#233;rindol, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; tra&#238;nent leurs gu&#234;tres du c&#244;t&#233; de la Mouff' et de la Maub'&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comprendre la rue Mouffetard et la place Maubert.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour joindre les deux bouts, ils encha&#238;nent les petits boulots plus ou moins avouables et font un peu de brocante, &#233;cumant le quartier avec leur voiture &#224; bras. &#192; peine de quoi se payer la bouffe et le gros rouge dans la multitude de rades du quartier qu'ils fr&#233;quentent assid&#251;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils finissent par d&#233;goter un &lt;/strong&gt;ancien bal-musette et monte un biz avec le patron. La salle est rest&#233;e dans son jus 1900 : les tables sont peintes en rouge, le mobilier est fix&#233; au sol en cas de baston. L'id&#233;e, c'est de faire remonter sur sc&#232;ne Fr&#233;hel la Grande qui, en l'occurrence, est plut&#244;t au bout du rouleau. Voil&#224; donc la M&#232;re Fr&#233;hel qui d&#233;barque au bal des Escarpes, parfois avec L&#233;on La Lune, une cloche du quartier qui &#171; musique &#187; de l'harmonica. Elle avait surv&#233;cu &#224; tant de choses, laiss&#233; glisser toutes les modes et elle &#233;tait toujours l&#224;, apr&#232;s plus de cinquante ans de chansons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'il &#233;tait loin le temps o&#249; la M&#244;me Fr&#233;hel&lt;/strong&gt; avait commenc&#233; toute loupiote, poussant la goualante sur les tables des caf&#233;s du haut de ses cinq ans. N&#233;e Marguerite Boulc'h en 1891, fille d'une bonne et d'un marin devenu cheminot, la M&#244;me quitte tr&#232;s jeune le foyer qui la d&#233;laisse et o&#249; elle ne r&#233;colte que des baffes. La voici donc courant les salles de spectacles, &#233;changeant son tour de chant contre des croissants et des caf&#233;s au lait, couchant sur une banquette &#224; la fermeture des lieux. La petite Boulc'h devient la M&#244;me Pervenche et s'entiche des chansons de Mont&#233;hus&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chansonnier r&#233;volutionnaire qui virera patriote avec la Premi&#232;re Grande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce temps-l&#224;, &lt;/strong&gt;le Paris &#171; Belle &#187; &#201;poque regorge de sc&#232;nes o&#249; noceurs fortun&#233;s et t&#234;tes couronn&#233;es se m&#233;langent au populo. Outre les chanteurs et les musiciens, on applaudit jongleurs et mimes, danseurs, transformistes et ventriloques, imitateurs d'animaux et d'instruments, diseuses et ph&#233;nom&#232;nes divers. Pervenche, devenue Fr&#233;hel &#8211; rapport &#224; ses origines bretonnes &#8211; a fait son trou dans cette jungle et encha&#238;ne les engagements. Elles s'est constitu&#233; un r&#233;pertoire alternant des chansons dites r&#233;alistes &#8211; contant les amours perdues, les affres de la mistoufle, la vie du petit peuple&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au long de sa carri&#232;re, on retiendra notamment Comme un moineau, Chanson (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&#8211; et les rengaines&lt;i&gt; &lt;/i&gt;franchement comiques&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La M&#244;me Catch-Catch, Tel qu'il est, Oh&#233; ! Les copains&#8230;&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;hel tire son &#233;pingle &lt;/strong&gt;par son interpr&#233;tation d&#233;nu&#233;e d'aff&#233;terie, sinc&#232;re et abrupte. Elle a gard&#233; ses mani&#232;res de gosse des rues et rembarre les poseurs et les duchesses avec un aplomb confondant. La jeune effront&#233;e d&#233;veloppe accessoirement une addiction &#224; diverses drogues &#8211; &#233;ther, coca&#239;ne, alcool. Le succ&#232;s est l&#224;, mais la M&#244;me a besoin de prendre l'air&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;hel conna&#238;t alors les fastes &lt;/strong&gt;de Saint-P&#233;tersbourg au seuil de la guerre de 14, o&#249; l'aristocratie m&#232;ne une bamboche de tous les diables avant que les bolcheviks n'emportent les plats. Puis elle part en Roumanie o&#249; elle vit la gloire puis la d&#233;bine et s'&#233;choue &#224; Constantinople cinq ann&#233;es, durant o&#249; elle m&#232;ne une bringue insens&#233;e. Elle est rapatri&#233;e, compl&#232;tement lessiv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une dizaine d'ann&#233;es &lt;/strong&gt;ont pass&#233; et Fr&#233;hel retrouve Paris, aur&#233;ol&#233;e du myst&#232;re de son long voyage. Physiquement m&#233;connaissable, consid&#233;rablement emp&#226;t&#233;e, sa voix n'a pourtant pas chang&#233; d'un iota. Elle remonte sur les planches et &#233;toffe son r&#233;pertoire. &#192; cette &#233;poque, on la voit aussi au cin&#233;ma dans &lt;i&gt;Pepe le Moko &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;Coeur des Lilas, &lt;/i&gt;entre autres. Mais surtout, elle chante, partout, tout le temps, dans les dancings, cabarets, restaurants, cirques, cin&#233;mas, et jusqu'au tr&#233;teaux de la Foire du Tr&#244;ne ou au coin d'une rue, tout bonnement. Avec orchestre, ou un seul accord&#233;oniste, peu importe : Fr&#233;hel met autant de g&#233;n&#233;rosit&#233; dans son interpr&#233;tation. Puis les contrats se rar&#233;fient, la d&#232;che revient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais revenons donc au bal des Escarpes&lt;/strong&gt; et laissons-nous guider par Giraud&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Giraud, Le Vin des rues, Stock, 2009. Pour en savoir plus, on lira (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Entre ses deux &#233;poques de musette elle avait eu le temps de bouffer toute sa braise, quand elle vint chez nous elle &#233;tait &#224; la cote, et avait l'impression de se retrouver subito &#224; la t&#234;te d'une nouvelle carri&#232;re. &#199;a lui plaisait. Pierre allait la cueillir chaque soir sur les pentes de Montmartre o&#249; elle cr&#233;chait pour la ramener dans une invraisemblable voiture : un ch&#226;ssis et deux si&#232;ges. Sur la route les gens la reconnaissaient et criaient son nom, elle saluait de la main et passait comme une reine m&#232;re. Elle portait bien son &#226;ge qu'elle ne voulait avouer. Son corps us&#233;, meurtri par trop de tentatives de suicides, &#233;tait intouchable, il fallait faire tr&#232;s attention pour lui serrer la main. En pantoufles sur des socquettes de laine rouge, en jupe noire pliss&#233;e de fille des Halles, poings sur les hanches, dans un coin de la piste elle regardait la salle puis se tournait vers l'accord&#233;oniste. &#8211;Vas-y, minet vert&#8230; Les conversations s'arr&#234;taient, tous les visages n'avaient plus qu'un objectif, celui de la chanteuse, les cigarettes br&#251;laient passives au bout des doigts pour &#234;tre brusquement abandonn&#233;es lorsque, &#224; la fin de la chanson, Fr&#233;hel stoppait la musique. &#8211; Pour moi toute seule la derni&#232;re note&#8230; Elle l'envoyait, sa derni&#232;re note, sous les applaudissements sans arri&#232;re-pens&#233;es de l'auditoire souffl&#233;. &#8211; Elle a toujours sa voix de vingt berges, y a pas d'histoire, pas une qui lui arrive &#224; la cheville. Son tour termin&#233;, Fr&#233;hel regagnait la table qui lui &#233;tait r&#233;serv&#233;e. Elle s'affalait sur la banquette et selon le jour commandait du champagne ou de la limonade. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve sur Internet un enregistrement &#233;mouvant de Fr&#233;hel au micro de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'affaire p&#233;riclita vite &lt;/strong&gt;et Fr&#233;hel s'&#233;teindra quelque temps plus tard dans un h&#244;tel de passe minable de la rue Pigalle. Une page d'histoire se tournait. Et &#224; la Mouff' et &#224; la Maub', les bourges et les touristes ont d&#233;sormais pris possession des lieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Robert Giraud, bistrologue patent&#233;, docteur &#232;s argot. Pierre M&#233;rindol, journaliste et &#233;crivain, auteur de &lt;i&gt;Fausse route, &lt;/i&gt;Le Dilettante, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comprendre la rue Mouffetard et la place Maubert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chansonnier r&#233;volutionnaire qui virera patriote avec la Premi&#232;re Grande Boucherie, auteur de &#171; La Gr&#232;ve des M&#232;res &#187;, &#171; Gloire au 17 e &#187;, &#171; La Butte rouge &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au long de sa carri&#232;re, on retiendra notamment &lt;i&gt;Comme un moineau, Chanson tendre, O&#249; est-il donc ?, La d&#233;rive&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La M&#244;me Catch-Catch, Tel qu'il est, Oh&#233; ! Les copains&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Robert Giraud, &lt;i&gt;Le Vin des rues, &lt;/i&gt;Stock, 2009. Pour en savoir plus, on lira avec avantage la biographie d'Olivier Bailly, &lt;i&gt;Monsieur Bob, &lt;/i&gt;Stock, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On trouve sur Internet un enregistrement &#233;mouvant de Fr&#233;hel au micro de Radio-Lausanne &#224; l'&#233;poque de ses derniers concerts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Alors vous &#234;tes Black block ? &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Alors-vous-etes-Black-block</link>
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		<dc:date>2019-10-05T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<dc:subject>tapait</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas</dc:subject>
		<dc:subject>salle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lundi 23 septembre, ambiance hall de gare au tribunal de Paris. Le proc&#232;s du Mediator ? Deuxi&#232;me &#233;tage. Au sixi&#232;me, tout au fond &#224; gauche, une dizaine de manifestants passent en comparution imm&#233;diate. Arr&#234;t&#233;s l'avant-veille, lors de la marche pour le climat (s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;e) qui co&#239;ncidait avec le 45e acte des Gilets jaunes, ils vont faire face &#224; une justice exp&#233;ditive et m&#233;prisante. Floril&#232;ge. &#171; Profession : capitaine de police &#187;. C&#244;t&#233; public, chacun se tr&#233;mousse sur son banc. &#192; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lundi 23 septembre, ambiance hall de gare au tribunal de Paris. Le proc&#232;s du Mediator ? Deuxi&#232;me &#233;tage. Au sixi&#232;me, tout au fond &#224; gauche, une dizaine de manifestants passent en comparution imm&#233;diate. Arr&#234;t&#233;s l'avant-veille, lors de la marche pour le climat (s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;e) qui co&#239;ncidait avec le 45&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; acte des Gilets jaunes, ils vont faire face &#224; une justice exp&#233;ditive et m&#233;prisante. Floril&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1345-b7b6f.jpg?1768772722' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris, 21 septembre 2019 / Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; P&lt;/span&gt;&lt;i&gt;rofession&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : capitaine de police&lt;/i&gt; &#187;. C&#244;t&#233; public, chacun se tr&#233;mousse sur son banc. &#192; la barre, Nicolas, la cinquantaine poivre et sel, chemisette claire, se tient tr&#232;s droit. La juge : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes accus&#233; d'outrage et r&#233;bellion.&lt;/i&gt; &#187; Ricanements dans la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48 heures auparavant, celui qui travaille au sein d'un service technique du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur se trouvait sur les Champs-&#201;lys&#233;es, ambiance 45&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; samedi jaune. Ce 21 septembre, Nicolas ne travaille pas. Et voil&#224; qu'il se met &#224; insulter ses coll&#232;gues : &#171; &lt;i&gt;Vous n'&#234;tes que des connards, des p&#233;dales&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! De mon temps, la police, ce n'&#233;tait pas &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, leur aurait-il finement balanc&#233;. Au tribunal, le fonctionnaire demande le renvoi de son proc&#232;s (soupirs dans l'auditoire) et l'obtient sans mesure de contr&#244;le judiciaire. Commentaire dans la salle : &#171; &lt;i&gt;Ouais, pour lui, aucun contr&#244;le.&lt;/i&gt; &#187; Il est environ 17 h, &#231;a fait bien trois heures que les comparutions s'encha&#238;nent. Et les autres cas pr&#234;tent moins &#224; sourire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Six mois ferme pour une canette&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; David, tourneur-fraiseur. En plus de la d&#233;sormais traditionnelle &#171; &lt;i&gt;participation &#224; un groupement, form&#233; de fa&#231;on temporaire, en vue de la pr&#233;paration de violences volontaires&lt;/i&gt; &#187;, il est accus&#233; d'avoir jet&#233; une bouteille sur un policier. Son profil int&#233;resse les magistrats. &#171; &lt;i&gt;Je suis antifa mais pas black bloc.&lt;/i&gt; &#187; La juge : &#171; &lt;i&gt;Alors vous &#234;tes black bloc&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; David : &#171; &lt;i&gt;Bah non.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des images, glan&#233;es sur le net, sont exhum&#233;es de son portable. La pr&#233;sidente lit : &#171; &lt;i&gt;ACAB&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Police, CRS, gendarmerie : assassins du peuple&lt;/i&gt; &#187;. Puis elle &#233;voque une conversation num&#233;rique nomm&#233;e &#171; Br&#251;ler Paris &#187;, o&#249; le pr&#233;venu aurait &#233;crit vouloir &#171; &lt;i&gt;faire un barbecue de flics&lt;/i&gt; &#187;. Plus tard : &#171; &lt;i&gt;Vous avez quelque chose &#224; dire&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Non. &#171; &lt;i&gt;Vous &#233;tiez plus d&#233;contract&#233; &#224; la manif.&lt;/i&gt; &#187; Bon. &#171; &lt;i&gt;Donc aujourd'hui, vous venez manifester pour le climat, mais vous n'&#234;tes surtout pas black bloc ou gilet jaune, c'est plus &#224; la mode.&lt;/i&gt; &#187; Lui : &#171; &lt;i&gt;Je regrette, j'ai re&#231;u une lacrymo sur le pied, &#231;a m'a &#233;nerv&#233;, j'avais bu une bi&#232;re, j'irai plus manifester.&lt;/i&gt; &#187; La magistrate : &#171; &lt;i&gt;C'est pas interdit de manifester.&lt;/i&gt; &#187; On est sauv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place au procureur : &#171; &lt;i&gt;Pour moi il est venu en d&#233;coudre. La violence, elle est ancr&#233;e en lui. Le vivre-ensemble, il ne conna&#238;t pas ; le contrat social, il ne conna&#238;t pas. Ces choses se sont &#233;vapor&#233;es de lui et elles ne reviendront jamais.&lt;/i&gt; &#187; Puis, s'adressant &#224; la pr&#233;sidente : &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez pas lu tous les textos.&lt;/i&gt; &#187; Enfin : &#171; &lt;i&gt;Nous avons le devoir de le neutraliser.&lt;/i&gt; &#187; Dans la salle, on grince des dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, l'avocat rappelle les faits : un jet de canette b&#233;nin, puisqu'il n'a entra&#238;n&#233; aucune ITT (interruption totale de travail). Aucun PV de police. &#171; &lt;i&gt;C'est quoi le proc&#232;s aujourd'hui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Un proc&#232;s d'id&#233;es&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Effectivement, Monsieur est anarchiste. Il a le droit de l'&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187; Mais voil&#224;, Monsieur a un casier : plusieurs mentions dont des faits de violence, un pass&#233; de d&#233;pendances aux drogues. Le tout remonte &#224; plusieurs ann&#233;es. R&#233;sultat : six mois ferme avec mandat de d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bannis de Paris&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre canette, autre ambiance. Sylvie, 51 ans, femme de m&#233;nage en province, en mi-temps th&#233;rapeutique pour cause de d&#233;pression. &#192; la fin de la manifestation, boulevard Port-Royal, un coup de matraque fait tomber sa bi&#232;re. Elle raconte qu'&#233;nerv&#233;e, elle a jet&#233; son gobelet par-dessus son &#233;paule. Manque de pot, il atterrit dans le dos d'un policier&#8230; qui porte plainte pour &#171; &lt;i&gt;jet de pierre&lt;/i&gt; &#187;. Un t&#233;moin brigadier racontera &#171; &lt;i&gt;l'hyst&#233;rie de la dame&lt;/i&gt; &#187;. L'examen psychiatrique ne donnera rien. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait un geste d'&#233;nervement que je regrette beaucoup aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvie s'indigne de la violence de son arrestation : une balafre rouge traverse son front et en d&#233;borde. Sans trop s'appesantir sur la chose, la pr&#233;sidente encha&#238;ne sur la vie de la pr&#233;venue : ses enfants, sa profession, les causes de sa d&#233;pression. &#171; &lt;i&gt;Quelles sont vos perspectives&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; R&#233;ponse timide : &#171; &lt;i&gt;Bah... partir &#224; la retraite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvie est d&#233;clar&#233;e coupable, mais elle ne s'en sort pas si mal. Ni prison ni amende, mais quand m&#234;me une interdiction de s&#233;journer &#224; Paris pendant un an &#8211; peine distribu&#233;e &#224; presque toute la dizaine de manifestants jug&#233;s ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH416/-1346-c2093.jpg?1768690411' width='400' height='416' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris, 21 septembre 2019 / Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On me tapait, on me tapait&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le genre blessures bien voyantes, bien flippantes, voici Robert. Imposant h&#233;matome violac&#233; au thorax qu'il d&#233;couvre en levant son tee-shirt, marques rouges sur tout le visage, cet artisan m&#233;tallier de 59 ans (&#171; &lt;i&gt;Vous gagnez combien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Presque 0 euro &#224; l'ann&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;) n'a pas de casier judiciaire. Il est accus&#233; d'avoir caus&#233; trois jours d'ITT &#224; un policier en le mordant au doigt, et d'avoir port&#233; un b&#226;ton m&#233;tallique. Lui ne se souvient de rien, ou de tr&#232;s peu. Il parle d'un b&#226;ton en bois, pour l'aider &#224; marcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai couru dans un hall d'immeuble, puis j'ai pris tellement de coups&#8230; J'ai cru que j'allais mourir, on me tapait, on me tapait, j'ai cri&#233;, on m'a mis la main sur la bouche. Je ne savais pas que c'&#233;taient des policiers, je pensais qu'on me volait. J'ai cru que j'allais mourir. Et vous savez : la vie, on y tient.&lt;/i&gt; &#187; Il conc&#232;de qu'il a pu mordre ce fameux doigt, mais il ne s'en souvient pas. &#171; &lt;i&gt;Si je l'ai fait, franchement, je suis d&#233;sol&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert &#233;tait venu voir sa fille &#224; Paris, avait entendu parler de la manif climat, il s'y &#233;tait point&#233;. L'avocate de la partie civile se dit &#171; &lt;i&gt;toujours assez &#233;tonn&#233;e par les personnes qui viennent sur leur temps libre pour casser du flic&lt;/i&gt; &#187;. Comme plusieurs autres, Robert s'est confi&#233; &#224; son avocat : il n'ira plus en manifestation. &#171; &lt;i&gt;Je pensais pas qu'un jour, je serais en garde &#224; vue&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il &#224; la barre, encore sonn&#233;. Jugement : cinq mois avec sursis, un an d'interdiction de Paris, cinq de porter une arme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il y a encore quelques mois, il n'aurait m&#234;me pas &#233;t&#233; interpell&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est pas l'affaire du si&#232;cle.&lt;/i&gt; &#187; Sur ce point, le procureur n'a pas tout &#224; fait tort. Christophe, chauffeur poids-lourd, est venu de l'Essonne pour manifester avec trois amis et... des p&#233;tards cach&#233;s dans le coffre, dont une partie dans un d&#233;codeur Canal +. Classe. Les flics les ont trouv&#233;s, &#224; 10 h du mat'. Les amis n'&#233;taient pas au courant. Faut dire que, d'apr&#232;s Christophe, c'est un oubli, les p&#233;tards (&#171; &lt;i&gt;Je suis chasseur, &#231;a sert pour effaroucher le gibier&lt;/i&gt; &#187;). Sa femme n'en veut pas, alors il les cache. Son avocat ne comprend pas bien ce qu'il fait l&#224;, penaud, devant les juges. &#171; &lt;i&gt;Il y a encore quelques mois, il n'aurait m&#234;me pas &#233;t&#233; interpell&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Christophe s'en sortira avec 1 500 &#8364; d'amende avec sursis et un an d'interdiction d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En huit heures et en d&#233;sordre, on aura encore eu droit &#224; trois renvois (dont un avec d&#233;tention provisoire), deux mois ferme (avec mandat de d&#233;p&#244;t), quatre mois et 1500 &#8364; d'amende avec sursis. Par-dessus tout, restera l'impression d'un d&#233;fil&#233; absurde. Jug&#233;s pour un jet de bouteille, un comportement hostile, une griffure sur flic. Et quand le dossier est vide, on cherche. Tiens, tiens, des textos. Tiens, tiens, un K-way noir. En parlant d'un pr&#233;venu, le procureur l&#226;chera : &#171; &lt;i&gt;Mais qu'allait-il faire dans cette gal&#232;re&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Dont il est, dans sa robe noire, l'un des capitaines.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cindy, je t'&#233;cris de Commercy</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Cindy-je-t-ecris-de-Commercy</link>
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		<dc:date>2019-08-17T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Souchon</dc:creator>


		<dc:subject>Olivier Saint-Hilaire</dc:subject>
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		<dc:subject>Commercy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les 26 et 27 janvier derniers, plus de 300 Gilets jaunes venus de toute la France se sont r&#233;unis &#224; Commercy (Meuse) pour une &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187;. De nombreux groupes locaux avaient envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s participer &#224; cette tentative de coordonner le mouvement de mani&#232;re d&#233;mocratique, &#224; la mode communaliste, depuis la base. L'aminche Pierre Souchon y &#233;tait. Mais contrairement &#224; pas mal de camarades, il n'en est pas revenu convaincu. Paroles, paroles, paroles ? &#171; All&#244; Pierre ? Oui, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Olivier-Saint-Hilaire-269" rel="tag"&gt;Olivier Saint-Hilaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Parce" rel="tag"&gt;Parce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cindy" rel="tag"&gt;Cindy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Commercy" rel="tag"&gt;Commercy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 26 et 27 janvier derniers, plus de 300 Gilets jaunes venus de toute la France se sont r&#233;unis &#224; Commercy (Meuse) pour une &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187;. De nombreux groupes locaux avaient envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s participer &#224; cette tentative de coordonner le mouvement de mani&#232;re d&#233;mocratique, &#224; la mode communaliste, &lt;i&gt;depuis la base&lt;/i&gt;. L'aminche Pierre Souchon y &#233;tait. Mais contrairement &#224; pas mal de camarades, il n'en est pas revenu convaincu. Paroles, paroles, paroles ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-1213-08152.jpg?1768772723' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Olivier Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; A&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ll&#244; Pierre ? Oui, c'est juste pour te dire qu'on est en train de bloquer un entrep&#244;t, on commencera la manif en d&#233;but d'apr&#232;m&#8230; T'en es o&#249;, toi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Je suis dans la bagnole pour Commercy, je vais &#224; l'AG des AG des Gilets jaunes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Jamais entendu parler. Ils font quoi ? une grosse manif ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Ah non, c'est un rendez-vous pour parler de l'organisation du mouvement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Hein ? un samedi ? En plein acte XI, ils font une r&#233;union ? T'es s&#251;r que c'est des Gilets jaunes ? Bon, tu nous raconteras ! Bisous ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cindy raccroche. Pilier du mouvement en Ard&#232;che depuis le 17 novembre, ses ardoises colossales &#224; la sup&#233;rette et ses gamins qu'elle ne voit presque plus, toute sa vie en jaune, elle n'a jamais entendu parler de Commercy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que je te raconte, ma Cindy : je suis arriv&#233; t&#244;t. Il y avait plusieurs centaines de personnes. J'ai v&#233;rifi&#233;, c'&#233;taient bien des Gilets jaunes : ils en portaient. &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas pr&#233;tendre repr&#233;senter tous les Gilets jaunes de France, on n'est pas assez nombreux, donc on ne peut pas prendre de d&#233;cisions. On repr&#233;sente plut&#244;t une id&#233;e, un mode de fonctionnement. C'est un processus. &#187;&lt;/i&gt; C'est par ces mots que l'assembl&#233;e a &#233;t&#233; ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toi, parce que je fais toujours ce que tu me demandes, j'ai relev&#233; des prises de parole chronom&#233;tr&#233;es illustrant ce &#171; &lt;i&gt;processus &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on s'adresse aux gens norm&#233;s, ceux qui vont bosser, qui rentrent chez eux dormir le soir, et qui ne r&#233;fl&#233;chissent pas. Il faut qu'on leur explique ce que c'est les Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Nous, on est de r&#233;gion parisienne, comme plus de dix groupes ici sur soixante-dix. On fait des AG, mais pas d'occupations. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Nous sommes antiracistes, antisexistes, antihomophobes et solidaires, et on refuse que la capitale soit r&#233;serv&#233;e aux bobos. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Je suis hyper content d'&#234;tre ici, parce que j'entends parler d'antiracisme, d'antihomophobie, et &#231;a sort enfin du confusionnisme des Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'envoyais tout &#231;a par texto en direct. Tu ne r&#233;pondais pas. Je pensais donc solitairement aux simples d'esprit qui mangent et qui dorment, aux Gilets jaunes qui ne font rien d'autre que des AG, aux appels &#224; d&#233;gager les bobos en rappelant les valeurs que les bobos partagent, et au confusionnisme des Gilets jaunes d&#233;nonc&#233; par des Gilets jaunes. C'est exactement ce moment que David, ton copain, a choisi pour enfin me r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;Bombard&#233;s gaz&#233;s truc de malade ils tapent comme des FFFOUS &#187;&lt;/i&gt;, et puis plus rien. Cela dit, vous l'aviez bien cherch&#233;. Moi j'&#233;tais peinard, dans ma salle polyvalente, et elle &#233;tait chauff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un jardinier d'Orl&#233;ans a parl&#233; du RIC et d'&#201;tienne Chouard. On lui a arrach&#233; le micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#224; c&#244;t&#233; de moi, celles et ceux qui s'occupaient de la sono ont vu sur leurs t&#233;l&#233;phones s'afficher en direct le visage de J&#233;r&#244;me Rodrigues, d&#233;figur&#233; place de la Bastille. Ils ont pens&#233; annoncer la nouvelle. Puis ils ont tranch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Non, c'est un mec de la bande &#224; Drouet, on va pas leur faire de la pub. &#187;&lt;/i&gt;
L'AG antipublicitaire poursuivait son cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis barr&#233; pour la cabane des Gilets jaunes de Commercy.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La cabane au fond du rond-point&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il faisait beaucoup moins chaud que dans la salle polyvalente. Cela dit, il y avait un brasero, des gens autour, des trucs &#224; boire et &#224; bouffer, comme en Ard&#232;che, et comme partout. En plus, quand on &#233;tait contents, on applaudissait en gueulant comme des &#226;nes, alors que dans la salle polyvalente les gens secouaient les mains au-dessus de la t&#234;te. Le truc bizarre, aussi, c'est que les gens venus de toute la France s'arr&#234;taient seulement pour demander o&#249; se tenait &#171; &lt;i&gt;l'AG &#187;&lt;/i&gt;. Et que les piliers de la cabane ne s'y trouvaient pas, pr&#233;f&#233;-rant la jouer carte Michelin : &#171; &lt;i&gt;Alors au bout de la rue vous prenez &#224; gauche, puis &#224; deux kilom&#232;tres l&#233;g&#232;rement sur votre droite &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel a d&#233;barqu&#233;. Lui bosse dans une usine de salades. Sacr&#233; taf, qu'il a d&#233;taill&#233;. Il nous a ensuite racont&#233; qu'il avait &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;sond&#233; &#187;&lt;/i&gt; par des &#171; &lt;i&gt;&#233;tudiants sociologues &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ils sont &#224; fond avec les Gilets jaunes, ils me l'ont dit, &#224; fond ! Mais ils ne le portent pas, ils m'ont expliqu&#233;, parce qu'ils sont l&#224; pour la science. &#187;&lt;/i&gt; Je t'ai envoy&#233; cette information par texto, aussi, Cindy. Tu n'as pas r&#233;pondu non plus. Je t'ai soup&#231;onn&#233;e d'&#234;tre en garde &#224; vue, car tu aimes bien te faire remarquer. &#192; 19 heures, on a &#233;teint le feu, on a bouff&#233; plein de madeleines de Commercy parce qu'on avait la dalle, et on est mont&#233;s &#224; la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai continu&#233; &#224; t'&#233;crire, ma Cindy, ce que me disaient tout bas les gens de la cabane face au &#171; processus &#187;, car celui-ci &#233;tait encore fortement en cours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; &#171; Mais on est 300, l&#224;, pourquoi on n'en profite pas pour aller faire une action ? Y a plein d'usines &#224; bloquer dans le coin ! Oh ! Action-r&#233;action, non ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; &#171; C'est quoi ces gens ? Ils sont pas comme nous. Ils parlent, ils parlent, et ils font rien. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un jeune de la cabane, qui avait picol&#233;, s'est mis &#224; chanter bien fort &#171; &lt;i&gt;Macron, la sens-tu, la quenelle, dans ton cul&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Sept ou huit personnes se sont jet&#233;es sur lui, au sens propre, et un barbu lui a plaqu&#233; la main sur la bouche pour le faire taire. Il ne comprenait pas du tout pourquoi. Du coup, le m&#234;me barbu s'est fait p&#233;dagogue : &#171; &lt;i&gt;C'est un chant fasciste. Tu chantes pas &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; Stup&#233;fait, le m&#244;me est sorti fumer une clope avec ses potes cabaneux. Il valait mieux aller en bo&#238;te, &#224; leur sens. J'ai pas pu les emmener parce que j'avais pas assez de places dans ma bagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils sortent le canon &#224; eau putain ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pas toi, ce texto, ma Cindy, mais une copine Gilet jaune en direct de Paris, qui &#233;tait sous les Flash-Balls et les grenades place de la R&#233;publique. Le &#171; &lt;i&gt;processus &#187;&lt;/i&gt; de la &#171; &lt;i&gt;Nuit jaune &#187;&lt;/i&gt;, annonc&#233;e ce soir-l&#224;, avait tenu une heure et demie avant l'invasion bleue : son &#171; &lt;i&gt;mode de fonctionnement &#187;&lt;/i&gt; aurait peut-&#234;tre gagn&#233; &#224; &#234;tre renforc&#233; par quelques centaines de personnes. &#171; &lt;i&gt;On fonce &#224; Paris, faut aller &#224; R&#233;pu ! &#187;&lt;/i&gt;, gueulait un de mes potes. Je pr&#233;f&#233;rais assister &#224; la repr&#233;sentation des id&#233;es, parce que c'&#233;tait tr&#232;s beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne r&#233;pondais toujours pas, ma Cindy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni toi, mon David.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;unionnite partout&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin du retour, dans la nuit, je t'ai &#233;crit que beaucoup de gens, &#224; l'AG, partageaient mon sentiment. M&#234;me ceux qui prenaient la parole longuement se plaignaient en marmonnant de la lenteur, de l'impression de tourner en rond, temp&#234;taient qu'ils en avaient marre. Mais aucun ne le disait au micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'ai dit aussi, et mon clavier fatiguait, que cette manie du groupe de paroles &#233;tait d&#233;sormais une maladie r&#233;pandue. Nuit Debout, certes. Occupy Wall Street, sans doute. &#192; la CGT, aussi : je ne compte plus les r&#233;unions auxquelles j'ai assist&#233;, des dizaines, des centaines, &#224; lister les malheurs, &#224; palabrer, sans r&#233;sultats concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais aussi qu'on discute du municipalisme libertaire, mis en avant &#224; Commercy, mais j'&#233;tais claqu&#233;. Te raconter mes camarades du PKK, qui m'expliquent comment il s'agit d'une adaptation tactique &#224; un contexte particulier, et non d'une utopie qui leur aurait plu et qu'ils appliqueraient b&#233;atement au Rojava. J'aurais voulu qu'on parle du conseillisme, des soviets et de la Commune, de toutes les formes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qui se sont toujours adapt&#233;es au contexte, changeant de mode de fonctionnement jour apr&#232;s jour, quelquefois d'une heure &#224; l'autre &#8211; toujours au service de l'action, jamais fig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toi et David, vous aviez paum&#233; vos t&#233;l&#233;phones, tu me l'as dit, toi sur un pont quand les flics t'ont ramen&#233;e dans la nasse en hurlant &#171; &lt;i&gt;Va te faire gazer, salope &#187;&lt;/i&gt;, et David en te rejoignant sous une pluie de matraques. Deux jours plus tard, vous avez fait une AG, vous aussi. Rapide, hebdomadaire, avec des mandat&#233;s. R&#233;partissant les t&#226;ches, d&#233;cidant des actions &#224; mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez demand&#233; r&#233;cemment de rendre visite aux Gilets jaunes de la r&#233;gion parisienne qui pour l'acte XIII, le samedi 9 f&#233;vrier, avaient pr&#233;vu dans leur tract &#171; &lt;i&gt;d'organiser une premi&#232;re prise de rond-point symbolique place Paul-L&#233;autaud &#187;&lt;/i&gt;. En pr&#233;cisant : &#171; &lt;i&gt;Leur premier rond-point trois mois apr&#232;s le d&#233;but ? Et symbolique, en plus ? Vas-y, tu nous diras si c'est des Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout vous dire, je vous ai trouv&#233;s un peu confusionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas mal complotistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ressaisissez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bisous !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Souchon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Note du webmaster : Une deuxi&#232;me &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187; s'est tenue &#224; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) du 5 au 7 avril. Nous avons publi&#233; en mai &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Saint-Nazaire-l-assemblee-en-herbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un r&#233;cit&lt;/a&gt; bien plus enthousiaste.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rap : ma nuit avec You Tube</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu K.</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La petite est couch&#233;e et le soleil s'enfonce doucement &#224; l'horizon, comme une grande cuill&#232;re en bois dans un aligot m&#339;lleux. Nous sommes en Aveyron. Tenant Babylone en respect, nich&#233;.es &#224; quelques un.es dans une de ces fermes o&#249; l'on essaie de vivre (diff&#233;remment). Ce soir c'est repos : un peu de weed, une tisane et YouTube. Je range mon corps sur le porte-manteau et convoque mon cerveau pour un entretien en t&#234;te-&#224;-t&#234;te : c'est (re)parti pour une &#171; soir&#233;e rap fran&#231;ais &#187; sur l'Internet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no176-mai-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;176 (mai 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Manoiiii" rel="tag"&gt;Mano&#239;&#239;&#239;&#239;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rap-francais" rel="tag"&gt;rap fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Booba" rel="tag"&gt;Booba&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rappeurs" rel="tag"&gt;rappeurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La petite est couch&#233;e et le soleil s'enfonce doucement &#224; l'horizon, comme une grande cuill&#232;re en bois dans un aligot m&#339;lleux. Nous sommes en Aveyron. Tenant Babylone en respect, nich&#233;.es &#224; quelques un.es dans une de ces fermes o&#249; l'on essaie de vivre (diff&#233;remment). Ce soir c'est repos : un peu de&lt;i&gt; weed&lt;/i&gt;, une tisane et YouTube. Je range mon corps sur le porte-manteau et convoque mon cerveau pour un entretien en t&#234;te-&#224;-t&#234;te : c'est (re)parti pour une &#171; soir&#233;e rap fran&#231;ais &#187; sur l'Internet mondial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1220-9995c.jpg?1768675656' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mano&#239;&#239;&#239;&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;nspiration. Expiration. Les neurones alanguis, YouTube et ses algorithmes roublards me mettent&lt;i&gt; direct&lt;/i&gt; face &#224; la retentissante v&#233;rit&#233; : PNL a sorti un nouveau clip. Le doigt tremblant, je clique. Le missile est arm&#233;. 3, 2, 1. Touch&#233;. Je prends ma dose de m&#233;galomanie m&#233;lancolique : les mots flottent sur des volutes de fum&#233;e, &#224; la crois&#233;e de la mont&#233;e et de la descente, &#233;gar&#233;s dans une perche sans fin. Le foyer incandescent d'un joint en guise de lampe torche, les deux fr&#232;res de PNL auscultent leur succ&#232;s pr&#233;sent, plomb&#233; par le pass&#233; et ses disques ray&#233;s. Coinc&#233;s entre avant et maintenant, ils implorent le dieu Auto-Tune &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Logiciel qui permet de modifier la voix.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de fixer une bonne fois pour toutes leurs reflets dans le miroir. Et quand je regarde autour de moi, cette grande ferme et cette petite fille, les yeux riv&#233;s sur mon &#233;cran, je fais tout pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rap il est venu puis il est reparti, puis il est revenu. D'abord, ado, il s'est agi de s'opposer aux guitares &lt;i&gt;seventies&lt;/i&gt; du daron et de s'&#233;manciper en se mettant dans la roue de Difool et de sa bande. Puis les guitares ont gagn&#233;, les cheveux longs aussi. Mais le rap n'avait pas dit son dernier mot : alors que lunettes de vue et bedaine s'imposaient comme signes ext&#233;rieurs de la trentaine, il a d&#233;finitivement gagn&#233; la bataille. &#192; chaque fois que la vie exige de moi une mue, j'ai besoin de cette cohorte de MCs &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement Master of Ceremony : d&#233;signe les rappeurs et rappeuses.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; accroch&#233;s &#224; leurs micros comme des marins au m&#226;t dans une temp&#234;te plus forte que pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cramer les &lt;i&gt;wagos&lt;/i&gt; &#224; Booba&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la colonne de droite, YouTube me propose le dernier single de Booba. Vas-y, envoie Internet, je suis chaud. B2Oba &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prononcer &#171; B, deux O, B, A &#187;.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : ses villas, ses bagnoles et ses &lt;i&gt;punchlines&lt;/i&gt; d&#233;vastatrices. Quand je suis au volant de mon Espace II de 1996, la thune de Booba me fait du bien. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. D'autant qu'elle ne me fait pas r&#234;ver pour autant. En r&#233;alit&#233;, &#171; d&#233;cro&#238;tre &#187; gaiement avec mes petits camarades me va tr&#232;s bien. Mais quand je flippe en ouvrant un courrier de la Caf &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caisse des allocations familiales.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, la casquette de Booba &#8211; qui cache pourtant mal son regard vorace d'entrepreneur capitaliste lambda &#8211; me rend plus fort. N&#233;cessaire contrepoint &#224; une pr&#233;carit&#233; choisie mais parfois pesante, le rap &lt;i&gt;bling-bling&lt;/i&gt; c'est mon &#233;vacuation du trop-plein de simplicit&#233; volontaire, l'arri&#232;re-salle o&#249; vivre OKLM &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au calme.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; des versions d&#233;vitalis&#233;es des fantasmes mat&#233;riels les plus absurdes. Pire encore : l'&#233;trange pendant du plaisir &#224; voir ces m&#234;mes symboles de richesses br&#251;ler lors d'un meeting autonome &lt;i&gt;downtown&lt;/i&gt;. Mais n'emp&#234;che : alors que Booba finit son morceau et que moi je le salue en dabbant &lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ex&#233;cuter un dab (mouvement chor&#233;graphique).&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; seul face &#224; mon &#233;cran, je me dis que &#231;a a l'air &lt;i&gt;chanm&#233;&lt;/i&gt; de conduire une grosse bagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rouler un autre. Remettre de l'eau sur la tisane. Et accueillir SCH et son &#171; rap de gangster &#187;. Fascin&#233;, je le regarde me raconter des histoires d'&#233;change de petites coupures sur des parkings mal &#233;clair&#233;s et autres spleens de braqueurs hagards au petit matin. Le deal, les &lt;i&gt;braquos &lt;/i&gt;et l'ill&#233;galit&#233; comme in&#233;vitable rapport au monde, voil&#224; un motif qui irrigue une bonne partie du rap fran&#231;ais actuel. Est-ce r&#233;jouissant ? Pas forc&#233;ment. Et alors ? On ne demande &#224; personne de se justifier au sortir d'une projection du &lt;i&gt;Parrain&lt;/i&gt;. Moi, j'ai besoin de m&#233;chants pour avancer. De grands braqueurs et de petits voleurs. Ceux avec lesquels je ris sous cagoule invisible quand je passe &#224; la caisse de la Biocoop charg&#233; comme une mule. Ceux dont l'imaginaire et les actes d&#233;fient l'&#201;tat, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le Smic. Tierc&#233; gagnant. Et puis en attendant que le CNC &lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre national du cin&#233;ma et de l'image anim&#233;e.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et autres tamponneurs d'expression l&#233;gitime consentent &#224; financer des films ambitieux r&#233;alis&#233;s depuis certaines marges de la soci&#233;t&#233;, il fait bon se construire des fictions puissantes en utilisant ce rap de bandit comme un lexique. Des d&#233;cors, des situations, des d&#233;tails quant aux &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt;, des sensations et surtout : des &#233;motions. De celles qu'on imagine glan&#233;es aupr&#232;s des premiers concern&#233;s, dans une pr&#233;cision quasi documentaire. Ne reste qu'&#224; mettre tout cela en sc&#232;ne dans sa t&#234;te, avec le plaisir immense de voir d&#233;filer un film unique renouvel&#233; &#224; chaque &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;On dirait que &#231;a te g&#234;ne de marcher dans la boue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui se passe pour que chaque soir, devant mon &#233;cran, je frissonne devant des mecs qui font des roues arri&#232;re en quad alors que par ma fen&#234;tre la cambrousse s'&#233;tend &#224; perte de vue ? De la m&#234;me mani&#232;re que j'ai toujours un peu l'impression de me battre contre le CPE (Contrat premi&#232;re embauche), je crois que je n'ai jamais vraiment oubli&#233; les &#233;meutes de 2005 (et celles depuis). L'impression de r&#233;aliser que le &#171; sujet r&#233;volutionnaire &#187;, c'&#233;tait pas nous, depuis notre classe moyenne ti&#232;de, et qu'&#224; l'inverse le traitement que la France r&#233;servait &#224; ses &#171; quartiers populaires &#187; en disait long sur la clef de vo&#251;te post-coloniale. Je crois que j'avale mes kilos de rap fran&#231;ais quotidien anim&#233; par un m&#233;lange de col&#232;re, de tristesse et d'impuissance concernant ces &#171; quartiers &#187;, enjoints &#224; grand renfort de tonfas &#224; honorer le dieu&lt;i&gt; Charlie&lt;/i&gt; et sa r&#233;publique tout en &#233;tant chaque ann&#233;e un peu plus trahis et m&#233;pris&#233;s par &#171; la gauche &#187; et une la&#239;cit&#233; qui a bon dos. &#192; d&#233;faut de savoir quoi faire de &#231;a, je vibre &#224; distance par la lorgnette de cette &#233;pop&#233;e musicale, qui est un grand et fier majeur dress&#233; face &#224; ceux qui verraient bien les ghettos s'autod&#233;truire. Et un peu &#233;mu, j'y pense devant mon ordi, alors que Sofiane me dit que &#171; &lt;i&gt;Tout l'monde s'en fout&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. M&#234;me pas vrai. Le clip est cool, et &#234;tre un des 81 millions de personnes qui s'en sentent proches en en &#233;tant aussi loin m'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quoi, je me d&#233;foule &#224; peu de frais en &#233;coutant des gens que je ne c&#244;toie pas me raconter des trucs que je ne vis pas ? N'y a-t-il pas un peu d'appropriation culturelle sous ma planche de surf alors que je &lt;i&gt;ride&lt;/i&gt; l'Internet mondial de clip en clip et de &lt;i&gt;ter-ter en ter-ter&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Territoires, quartiers.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; ? Et puis pourquoi je passe &#224; des bonhommes &lt;i&gt;rebeus&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;renois&lt;/i&gt; certains exc&#232;s violents et autres nivellements par le bas que je n'excuse pas chez Lomepal et Vald quand ils tendent un miroir peu reluisant &#224; ma blanche trentaine de branleur cynique ? Et puis en termes d'imaginaire, une cit&#233; r&#233;duite &#224; Kalashland et 30 millions de pitbulls, pass&#233; le frisson facile d'un ailleurs dangereux, est-ce vraiment une bonne op&#233;ration pour les &#171; quartiers populaires &#187; ? En v&#233;rit&#233;, j'aime le rap fran&#231;ais car il me met dans une situation d'inconfort politique stimulante et fertile. Je me lance &lt;i&gt;Roi des sauvages&lt;/i&gt; de Kalash Criminel pour f&#234;ter &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1221-49a53.jpg?1768675656' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mano&#239;&#239;&#239;&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il s'est rien pass&#233; depuis La Rumeur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me fais chier quand j'&#233;coute un certain rap dit &#171; conscient &#187; o&#249; les perles politiques s'enfilent sur un collier un peu ringard, avec dans le d&#233;sordre prison, flics et capital qui ronronnent dans une ambiance ampoul&#233;e, le tout sur des 16 &lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seize lignes de textes correspondant &#224; la taille habituelle d'un couplet.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; pas toujours tr&#232;s cal&#233;s ni novateurs. En r&#233;alit&#233;, on vit une &#233;poque &#233;trange : des musiciens de g&#233;nie produisent des disques majeurs, le rap est l'une des plus grandes industries culturelles au monde mais dans le m&#234;me temps beaucoup ne le reconnaissent plus (ou ne l'ont jamais reconnu). Parce qu'il ne d&#233;nonce pas assez, ou pas comme avant. Parce que le rouleau compresseur &lt;i&gt;trap&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courant musical venant du sud des &#201;tats-Unis, &#224; la rythmique tr&#232;s lente, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; a tout chang&#233;, et que les vieux jeunes sont perdus. C'est ainsi qu'on d&#233;nie au rap le droit d'&#234;tre simplement une musique. Et non pas l'officielle tribune des quartiers pour se pr&#233;senter comme il faut. Qui plus est, n'attendre que le verbe pour reconna&#238;tre la subversion, c'est passer &#224; c&#244;t&#233; de tout le reste : la d&#233;merde, l'autonomie, le culte du &#171; monter son label &#187;, l'entraide (&lt;i&gt;QLF&lt;/i&gt; !&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la famille est un morceau du groupe PNL.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;), le nihilisme revanchard, la recherche artistique et l'audace qui caract&#233;risent certains pans du rap fran&#231;ais actuel et le fait qu'il soit encore et toujours un cri de ralliement et un outil d'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#233;nonc&#233; depuis des zones de rel&#233;gation urbaines... Si on accepte de se d&#233;centrer deux secondes du besoin d'une d&#233;nonciation qui nous brosse dans le sens des pr&#233;con&#231;us de la r&#233;volte, il y a l&#224; un ind&#233;niable c&#244;t&#233; punk. Eh oui : on peut danser (mal), les yeux riv&#233;s sur des rappeurs p&#233;t&#233;s de thune et tatou&#233;s jusque sous le slibard, tout en y mettant une &#233;nergie politique. Il n'y a qu'&#224; voir les banderoles renforc&#233;es qui animent gaiement les cort&#232;ges ces derni&#232;res ann&#233;es. &lt;i&gt;Le monde ou rien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre morceau de PNL.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;. Si si.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toutes, sauf ma m&#232;re et ma s&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, il y a une ombre au tableau. De taille. Avec laquelle je gal&#232;re. Entendre mes rappeurs favoris avilir leurs ennemis et plus g&#233;n&#233;ralement les femmes &#224; grand renfort de &#171; cassages de cul &#187; n'est pas vraiment ma tasse de th&#233;. Une industrie d'hommes, taill&#233; pour des hommes par des hommes o&#249; la violence sexiste est massive et in&#233;vitable. Face &#224; tout &#231;a, j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de me positionner, tant minorer l'&#233;cueil aurait fris&#233; la malhonn&#234;tet&#233;. Au vrai, je suis en pleine contradiction quand j'&#233;coute certains de mes rappeurs pr&#233;f&#233;r&#233;s. Et pourtant, &#231;a fait sens malgr&#233; tout. Notamment dans l'espace que &#231;a a ouvert avec mes copines fans de rap, quand il s'est agi de poser des mots sur l'id&#233;e d'un imaginaire sexiste, antichambre du sexisme tout court. &lt;i&gt;Ouep&lt;/i&gt;, je ne suis pas vraiment fier d'&#234;tre un homme et tente quotidiennement de d&#233;construire ce qui doit l'&#234;tre. Or, certains rappeurs me permettent de faire la vidange d'une &#233;nergie masculine toxique qui, m&#234;me si elle n'a pas de place dans le r&#233;el que je tente de changer, ne dispara&#238;t pas pour autant d'un coup de baguette magique. Damso dans la voiture, avec ma fille qui &#233;coute derri&#232;re avec moi, c'est une question en mouvement, un conflit avec quatre roues. Et pour aller plus loin dans l'inconfort : il est des rappeurs &#171; qui font du sale &#187; et qui pourtant ne le font pas gratuitement ou en valorisant simplement la crasse sexiste. Des mecs qui auscultent leurs bassesses avec la pr&#233;cision d'un chirurgien et qui, en creux, m'aident &#224; faire de m&#234;me. Le probl&#232;me est alors que ce soit eux, et leur point de vue d'oppresseur, qui ait massivement acc&#232;s &#224; l'espace de parole en pr&#233;sence. Qu'est-ce qui se vend ? Pourquoi ? Et &#224; qui ? Et force est de constater que le f&#233;minisme ou la lutte contre les violences faites aux femmes n'est ni la priorit&#233; du rap fran&#231;ais ni celle de l'industrie qui le sous-tend. Un peu penaud, je botte en touche quant &#224; mes (d&#233;)go&#251;ts, me r&#233;fugiant derri&#232;re le fait que chaque &#233;poque a ses Gainsbourg. Des connards par moments pertinents, des zones d'ombre bip&#232;des. Sauf que ceux du rap fran&#231;ais, avec leur couleur de peau, sont souvent somm&#233;s d'incarner &#171; toute la violence &#187; faites aux femmes. Des &#171; sauvages &#187; paratonnerres, qui &#233;vitent au joyeux monde de la culture couleur blanc l&#233;gitime l'examen de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 h du mat'. Je me suis perdu. Il commence &#224; y avoir des vid&#233;os d'Alain Soral dans la colonne de droite de YouTube. Au dodo, les algorithmes. Finir sur une bonne note, sur une note simple. Et retrouver les rappeurs avec lesquels je peux mettre le cerveau sur pause, ou bien plut&#244;t l'agiter sans danger. Parce que politiquement, je suis &#224; la maison, sans que les choses tournent en rond pour autant. Parce qu'en termes de sexisme, je suis face &#224; des hommes (et des femmes) qu'ont pas besoin d'&#234;tre des connards pour exister publiquement. Et parce qu'avant toute chose, cette musique et ses r&#233;volutions me font du bien quand elles me font simplement bouger la t&#234;te de mani&#232;re saccad&#233;e au rythme de mots qui transportent &#171; du corps &#187;. Celui des MCs et le mien. Mon d&#233;volu se jettera donc sur Arm. Du rap &#233;l&#233;gant, qu'on ne verra jamais l&#226;cher ses fondements. Des mots qu'on peut tour &#224; tour susurrer &#224; l'oreille d'un amoureux ou d'une amoureuse et gueuler dans l'&#233;meute. Des mots qui donnent foi dans le fait que, quelles que que soient ses m&#233;tamorphoses, le rap reste in&#233;branlable dans sa capacit&#233; &#224; permettre &#224; ceux qui le font et &#224; ceux qui l'&#233;coutent de tenir droit dans leurs godasses. Et c'est d&#233;j&#224; pas mal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Logiciel qui permet de modifier la voix.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement &lt;i&gt;Master of Ceremony&lt;/i&gt; : d&#233;signe les rappeurs et rappeuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Prononcer &#171; B, deux O, B, A &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Caisse des allocations familiales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au calme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ex&#233;cuter un dab (mouvement chor&#233;graphique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centre national du cin&#233;ma et de l'image anim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Territoires, quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Seize lignes de textes correspondant &#224; la taille habituelle d'un couplet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Courant musical venant du sud des &#201;tats-Unis, &#224; la rythmique tr&#232;s lente, parfois inqui&#233;tante, et aux sonorit&#233;s charleston. Lire aussi p. VII. de ce dossier, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Du-blues-au-rap-mepris-en-boucle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du blues au rap, m&#233;pris en boucle&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176, mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Que la famille&lt;/i&gt; est un morceau du groupe PNL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autre morceau de PNL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Michel, trimardeur d'infortune : &#171; J'ai tout fait, tout connu &#187;</title>
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		<dc:date>2019-05-15T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes. Michel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &#171; J'ai commenc&#233; &#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre &#187;, me raconte-t-il au bar du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulots" rel="tag"&gt;boulots&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH286/-1150-6569f.jpg?1768654785' width='200' height='286' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;147 de CQFD, illustr&#233;e par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ichel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai commenc&#233; &lt;/strong&gt;&#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre {{}}&lt;/i&gt; &#187;, me raconte-t-il au bar du Peuple o&#249; il commande son troisi&#232;me demi. Il est 8h30 ce matin. &#171; &lt;i&gt;Comme tout le monde, j'ai fait les vendanges dans le Beaujolais. Dos cass&#233;, vin &#224; volont&#233;. &lt;/i&gt; &#187; C'est le lot des ch&#244;meurs et des alcooliques que de s'engager dans des vendanges &#224; la dure. &#171; &lt;i&gt;Des fois, les patrons sont pas vaches. Tu dors en dortoir. Y'a moyen de trouver une petite parfois. Cela dit, on &#233;tait tellement crev&#233; ou bourr&#233;... &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est l'int&#233;rim hivernal &lt;/strong&gt;en ville. &#171; &lt;i&gt;&#192; Lyon, je me suis inscrit dans ces bo&#238;tes qui fleurissaient &#224; l'&#233;poque. D&#233;m&#233;nageur un jour, tu trimballais un piano sur quatre &#233;tages dans un couloir fait pour passer un harmonica. &lt;/i&gt; &#187; L'usine aussi, quand il flotte. &#171; &lt;i&gt;Un jour l'agence m'a envoy&#233; dans une petite usine o&#249; je devais appuyer sur deux boutons en simultan&#233; toutes les secondes. &lt;/i&gt; &#187; Le contrema&#238;tre passe le voir une fois, puis deux pour l'engueuler. &#199;a ne va pas assez vite. Michel se tire au bout d'une heure. Il n'a pas la carri&#232;re dans le sang. &#171; &lt;i&gt;J'ai aussi mont&#233; des &#233;chafaudages pour avions, des stands avec toute une bande de trimards, genre salon du cuir, ou de la bouffe chinoise, avec des moquettes rouges &#224; bande. Je te dis : j'ai tout fait, tout connu. &lt;/i&gt; &#187; Il y aura pire plus tard. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a c'est de la gnognotte par rapport &#224; ce que j'ai connu apr&#232;s. Quand la bo&#238;te m'a fait confiance, il m'ont envoy&#233; sur des tafs plus s&#251;rs : le nucl&#233;aire. Je suis descendu de Lyon pour Tricastin. Pas tricastel. &lt;/i&gt; &#187; Les primes et la paye sont bonnes, tr&#232;s bonnes, m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me paraissait louche mais quitte &#224; crever, autant avoir des mains d'or. Ce fut l&#224; mon erreur. Le fric tu le perds apr&#232;s, &#224; te faire soigner. &lt;/i&gt; &#187; Les maux de t&#234;te arrivent vite. En quelques ann&#233;es, Michel attrape tout ce qui passe comme maladie. Son terrain immunitaire d&#233;gringole sec. Il va conna&#238;tre l'h&#244;pital, comme client cette fois.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &lt;/strong&gt;il en sort. Repart au taf vu qu'h&#233;riter dans sa famille, &#231;a serait plut&#244;t des emmerdes. Alors le voil&#224; monteur de stores dans des hangars en Sa&#244;ne-et- Loire : &#171; &lt;i&gt;C'est un pote qui m'a tra&#238;n&#233; l&#224;-bas. Je me coin&#231;ais tout le temps les doigts dans ces saloperies. Parfois, je r&#234;vais de faire des &#233;tudes comme des potes qui avaient compris qu'il fallait pondre des m&#233;moires sur le cercle ou les pendentifs pr&#233;colombiens pour se faire une place au soleil. &lt;/i&gt; &#187; Pour Michel, c'est un peu tard et il est grave malade. Au bar, la peau trou&#233;e par des marques disgracieuses, et un tremblement de la jambe gauche, Michel fait peine. Quand il sourit, c'est le trou noir. &#171; &lt;i&gt;Elles sont toutes tomb&#233;es. Rapport &#224; mon taf de nettoyeur &#224; Tricastin. Si j'avais pas bu mes &#233;moluments, j'aurais pu me faire remplacer mes ratiches. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, tout change &lt;/strong&gt;et Michel trouve une place chez une comtesse comme jardinier. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait par piti&#233; qu'elle m'avait embauch&#233;. Je devais couper quelques roses, arroser ici et l&#224;, passer le r&#226;teau. &lt;/i&gt; &#187; Tout se passe bien pendant quelques ann&#233;es, mais un jour la vieille dame calanche et son neveu reprend le petit ch&#226;teau. &#171; &lt;i&gt;C'est devenu Bagdad et Guantanamo pour moi . Il me bombardait d'insultes et m'interdisait de sorties, il a arr&#234;t&#233; de me payer, me demandait de bosser comme un n&#232;gre, je m'&#233;crasais &#8211; et plus je m'&#233;crasais, plus il cognait. &lt;/i&gt; &#187; un matin, c'est le drame. &#171; &lt;i&gt;Je lui envoie le r&#226;teau dans les dents comme &#224; la t&#233;l&#233; dans Charlot. Il saigne du nez et il me renvoie enfin. &#199;a me redonne de l'&#233;lan pour me tirer parce que vois-tu, fils, j'&#233;tais plus capable de d&#233;coincer de cette planque. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel se retrouve &lt;/strong&gt;en foyer pendant quatre ans. La descente aux enfers. Pas vraiment du boulot mais des chantiers d'assist&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Je me retrouvais avec tous les damn&#233;s de la terre. Gratter des pierres, monter des murets, se rouler une tige, s'envoyer deux blagues et attendre le week-end. &lt;/i&gt; &#187; Michel aimerait bien faire un &lt;i&gt;bore-out &lt;/i&gt;comme on diagnostique aujourd'hui dans les universit&#233;s. Qu'importe, il a &#233;t&#233; veilleur de nuit dans un centre pour mineurs. &#171; &lt;i&gt;C'est cool, au d&#233;but puis apr&#232;s tu te fais pote avec les gamins et puis ils te chouravent tout, te piquent tes clopes, foutent le bronx. &#192; la fin, tu te fais virer parce que t'&#233;tais sympa. &lt;/i&gt; &#187; Michel a &#233;t&#233; d&#233;moli par son exp&#233;rience chez les d&#233;linquants. &#171; &lt;i&gt;Je leur ressemblais, &#224; ses m&#244;mes ; parents disparus quand j'&#233;tais moutard, premi&#232;re clope &#224; douze ans, l'alcool qui te prend la tronche trop vite, les vols de caisse, puis les injections : je me suis m&#234;me inject&#233; du Ricard, des m&#233;docs &#224; plus en finir pour avoir des sensations. &lt;/i&gt; &#187; Alors, quand on lui propose des essais th&#233;rapeutiques pour la tachycardie, il saute sur l'occasion de se refaire un peu. un week-end de cobaye, allong&#233; avec une perfusion, peut &#234;tre tr&#232;s bien pay&#233;. Et tr&#232;s co&#251;teux pour la sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma sant&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; flageolante. Ils n'auraient m&#234;me pas d&#251; me prendre. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &lt;/strong&gt;Michel est sous tutelle et touche une allocation adulte handicap&#233;. Fini les petits boulots. Il vit &#224; Roquevaire (Bouches-du- Rh&#244;ne) et tire sa carcasse parfois dans Marseille. L&#224;, il se tra&#238;ne dans de longues errances, grattant une pi&#232;ce ici ou l&#224;. Le travail m&#232;ne &#224; tout&#8230; mais surtout &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Portrait &#224; la barbe fleurie</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Portrait-a-la-barbe-fleurie</link>
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		<dc:date>2019-04-09T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Julien Lo&#239;s</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
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		<dc:subject>J&#233;r&#244;me</dc:subject>
		<dc:subject>Amap</dc:subject>
		<dc:subject>J&#233;r&#244;me Laplane</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me est parpagnas. Install&#233; &#171; pour voir &#187;, en 1991, sur une petite surface l&#233;gu&#233;e par son p&#232;re, il y a pris go&#251;t. Produisant des l&#233;gumes de qualit&#233;. &#201;cumant dans un premier temps les march&#233;s. Puis participant au lancement des premi&#232;res Amap locales. Entre n&#233;cessit&#233; de gagner sa vie et envie d'exp&#233;rimenter, rencontre avec un paysan pas fatigu&#233;. J&#233;r&#244;me Laplane a grandi dans la vall&#233;e de l'Huveaune, ce fleuve mince comme un ruisseau qui finit sa course sur la plage du Prado, &#224; Marseille. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Amap-4764" rel="tag"&gt;Amap&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome-Laplane" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me Laplane&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me est &lt;i&gt;parpagnas&lt;/i&gt;. Install&#233; &#171; pour voir &#187;, en 1991, sur une petite surface l&#233;gu&#233;e par son p&#232;re, il y a pris go&#251;t. Produisant des l&#233;gumes de qualit&#233;. &#201;cumant dans un premier temps les march&#233;s. Puis participant au lancement des premi&#232;res Amap locales. Entre n&#233;cessit&#233; de gagner sa vie et envie d'exp&#233;rimenter, rencontre avec un paysan pas fatigu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH521/-1067-0c0eb.jpg?1768652016' width='400' height='521' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Lo&#239;s
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;&#233;r&#244;me Laplane a grandi dans la vall&#233;e de l'Huveaune, ce fleuve mince comme un ruisseau qui finit sa course sur la plage du Prado, &#224; Marseille. Plus connue pour son pass&#233; industriel, gris et rouge, cette coul&#233;e verte &#224; l'est des Bouches-du-Rh&#244;ne conserve n&#233;anmoins la m&#233;moire d'une longue histoire agricole. Entre Pont-de-l'&#201;toile et Roquevaire, on cultivait autrefois les c&#226;pres. &#171; &lt;i&gt;On le sait, parce qu'en 1860, lors de la construction de la voie ferr&#233;e Aubagne-Gardanne, les cultures ont &#233;t&#233; r&#233;pertori&#233;es sur les plans cadastraux avant les expropriations.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mercredi, on est sur le march&#233; paysan du cours Julien, dans le centre de Marseille. J&#233;r&#244;me a pris le temps d'un caf&#233; pour r&#233;pondre aux questions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Et pour conter son parcours. &#171; &lt;i&gt;Mes parents &#233;taient paysans. J'ai fait un BTS en lyc&#233;e agricole, mais pas pour devenir agriculteur. Je me voyais technicien &#224; l'Inra&lt;/i&gt; [Institut national de la recherche agronomique, NDLR]&lt;i&gt;, sans doute pour &#233;viter les pesanteurs de l'enracinement&#8230; Mais bon, technicien, ce n'est pas tr&#232;s... glorieux, disons. Du coup, je suis rest&#233; sur les terres familiales.&lt;/i&gt; &#187; On confirme : J&#233;r&#244;me a le corps rond et musculeux de quelqu'un qui a gard&#233; les pieds sur terre. &#171; &lt;i&gt;J'ai boss&#233; sept ans avec mon p&#232;re, puis j'ai repris la ferme. Avec l'id&#233;e que j'allais r&#233;ussir &#224; m'en sortir, puisque Marseille est tout proche. Il n'y a pas si longtemps, la plaine d'Aubagne &#233;tait le centre nourricier, la ceinture verte de cette ville. Mais en cinquante ans, on a beaucoup perdu en auto-suffisance. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vendre, c'&#233;tait la gal&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, je travaillais seul avec mes parents. J'ai fait un march&#233;, puis deux, jusqu'&#224; cinq, dans une course &#224; la tr&#233;sorerie. Mais c'&#233;tait usant : quand tu reviens des march&#233;s, tu n'es plus tr&#232;s vaillant, c'est dur d'encha&#238;ner sur le travail &#224; la ferme et tu entres dans une mauvaise spirale&#8230; J'ai donc embauch&#233; quelqu'un pour m'aider, d'abord deux ou trois jours par semaine, puis &#224; temps complet.&lt;/i&gt; &#187; Vient alors la participation &#224; une premi&#232;re Amap, n&#233;e en octobre 2001. &#192; l'&#233;poque, les adh&#233;rents voulaient d'abord des produits locaux, puis ils ont r&#233;clam&#233; du bio. J&#233;r&#244;me a suivi : &#171; &lt;i&gt;La reconversion des sols prend bien plus de temps que la reconversion sur le papier. Il faut remettre les &#233;quilibres en place, &#231;a ne se fait pas en claquant des doigts.&lt;/i&gt; &#187; Le ton est jovial, l'accent du coin. &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, les Amap fleurissent, elles surfent sur une vague.&lt;/i&gt; &#187; Parfois, les effets de mode ont du bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si le succ&#232;s est au rendez-vous, le but n'est pas de &#171; &lt;i&gt; grossir jusqu'&#224; exploser&lt;/i&gt; &#187;. Plut&#244;t de se donner les moyens de recevoir des jeunes d&#233;sireux de se lancer. En dix ans, une dizaine de personnes se sont install&#233;es &#224; la suite d'un stage sur la ferme. Pas le choix de carri&#232;re le plus &#233;vident : &#171; &lt;i&gt;Pour les jeunes, ce n'est pas facile.&lt;/i&gt; &#187; Beaucoup vivent de peu, dorment en caravane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, un agriculteur sur trois touchait moins de 350 &#8364; par mois, selon les chiffres de la MSA, la S&#233;cu agricole. De quoi longuement r&#233;fl&#233;chir : &#171; &lt;i&gt;Mon fils travaille avec nous pour l'instant, mais il n'est pas s&#251;r de vouloir reprendre la ferme. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Amap se multiplient, se divisent quand elles grandissent (&#171; &lt;i&gt;Comme les amibes ! &lt;/i&gt; &#187;) et facilitent l'installation de nouveaux jeunes. Avance sur tr&#233;sorerie, partage de points de vue, accompagnement&#8230; &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, nous alimentons trois Amap. Une &#224; la ferme, la plus ancienne. Une autre &#224; Bonneveine, au sud de Marseille. Et une derni&#232;re sur Aubagne, avec un panier plus petit pour des gens ayant moins de moyens ou qui ne travaillent pas. Il s'agit d'un public moins &#8220;stabilis&#233;&#8221; que celui qui fr&#233;quente habituellement les Amap. C'est int&#233;ressant, parce que &#231;a fait boule de neige et que &#231;a cr&#233;e une dynamique dans les quartiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Produire pour qui ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne &#224; une question &#233;pineuse : est-on condamn&#233; &#224; choisir entre mourir empoisonn&#233; par les pesticides en fr&#233;quentant le populeux march&#233; de Noailles et crever d'ennui chez les bobos du cours Julien pour acheter des produits de qualit&#233; ? J&#233;r&#244;me &#233;clate de rire. Formul&#233; autrement : le paysan bio est-il condamn&#233; &#224; vendre aux classes moyennes ? &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas faire endosser aux paysans la d&#233;tresse sociale qui existe en France. Mais nous devons en tenir compte, et nous efforcer de proposer des produits accessibles. En Amap, je distribue des l&#233;gumes bio au m&#234;me prix, ou pas loin, que des l&#233;gumes conventionnels. Je produis en quantit&#233; suffisante pour absorber le surco&#251;t de la production bio. Mais cela implique forc&#233;ment des contraintes pour les adh&#233;rents : en hiver, il n'y a jamais de tomates ; et en &#233;t&#233;, les amapiens en mangent matin, midi et soir !&lt;/i&gt; &#187; Le prix &#224; payer pour que des l&#233;gumes produits de fa&#231;on respectueuse soient accessibles au plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion a cours dans certaines structures, pas toutes. Elle ne se limite d'ailleurs pas au r&#233;seau des Amap : le magasin Solid'Arles, dans la ville du m&#234;me nom, a ainsi sign&#233; des partenariats avec la S&#233;cu et la Caf pour proposer des l&#233;gumes de qualit&#233; &#224; prix r&#233;duit. Avant de lancer une carte &#171; aveugle &#187; permettant d'adapter la facture aux revenus des clients. &#171; &lt;i&gt;Dans ce cas pr&#233;cis, la soci&#233;t&#233; prend en charge l'&#233;cart de prix ; ce ne sont pas les paysans qui portent tout sur leurs &#233;paules. Ici, sur le march&#233;, la solidarit&#233; se joue de mani&#232;re informelle : les gens modestes passent &#224; la derni&#232;re heure, on s'arrange&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fois b&#233;tonn&#233;, c'est fini&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Membre de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, J&#233;r&#244;me est aussi impliqu&#233; dans la sauvegarde des terres arables : &#171; &lt;i&gt;On a fait des manifs dans les environs &#8211; &#224; Saint-Martin-de-Crau ou &#224; G&#233;menos. Un collectif d'Aubagne se charge de la veille fonci&#232;re, mettant la pression sur les municipalit&#233;s pour que les terrains restent agricoles. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas cultiv&#233;s aujourd'hui qu'on n'en aura pas besoin demain. Tandis qu'une fois b&#233;tonn&#233;, c'est fini : plus de retour en arri&#232;re possible.&lt;/i&gt; &#187; Objectif, peser face &#224; l'&#233;norme pression immobili&#232;re qui s'exerce sur la p&#233;riph&#233;rie de Marseille. Avec parfois le soutien des municipalit&#233;s : la commune de Gardanne pr&#233;empte ainsi des terrains pour les proposer en location &#224; des jeunes paysans qui s'installent. Mais cela co&#251;te cher, il faut une vraie volont&#233; politique. &#171; &lt;i&gt;La Conf' sert souvent d'&#233;tincelle, elle lance le mouvement. C'est d&#233;sormais plus facile qu'il y a quinze ans. On a fait du chemin et les mentalit&#233;s ont &#233;volu&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour la soif : sorbet et internationalisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me a aussi tiss&#233; des liens avec des paysans de brousse au Cameroun. &#171; &lt;i&gt;Je participe &#224; une association qui creuse des puits d'eau potable dans des villages d&#233;laiss&#233;s par l'&#201;tat. On soutient aussi l'ouverture d'un centre de formation agricole, qui fait de l'alphab&#233;tisation et sensibilise &#224; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server les cultures vivri&#232;res. La monoculture a fait des ravages, les gens se disaient&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : &#8220;&lt;/i&gt;Je gagne ma vie avec le cacao, puis j'ach&#232;te ce dont j'ai besoin avec les b&#233;n&#233;fices.&lt;i&gt;&#8221; &lt;/i&gt; &#187; Jusqu'&#224; ce que le cours international du cacao s'effondre&#8230; L&#224;-bas aussi, la culture de l'auto-alimentation avec son propre jardin conna&#238;t un regain. &#171; &lt;i&gt;J'ai rencontr&#233; un gars qui bossait pour la ville de Yaound&#233; comme conducteur d'engin, mais qui subissait de longues p&#233;riodes de ch&#244;mage technique. Il est retourn&#233; &#224; la terre et affirme que lui et sa famille sont d&#233;sormais bien plus heureux dans leur vie retrouv&#233;e de paysans. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais en panne d'id&#233;e, J&#233;r&#244;me s'est aussi lanc&#233; dans la production de glaces artisanales, des sorbets fabriqu&#233;s avec ses propres fruits. &#171; &lt;i&gt;Fraise, framboise, melon, et puis des choses plus surprenantes, comme le fenouil, le thym, la fleur de lavande sauvage.&lt;/i&gt; &#187; Une fa&#231;on d'ouvrir d'autres champs d'activit&#233; &#224; son fils. &#171; &lt;i&gt;J'ai longtemps d&#233;pendu des choix de mon p&#232;re, je ne veux pas que mon enfant subisse la m&#234;me chose. J'ai envie de le laisser exp&#233;rimenter, qu'il fasse ses choix en conscience.&lt;/i&gt; &#187; Mais ce n'est pas la seule raison : &#171; &lt;i&gt;Tu me connais, je suis gourmand...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;dition n'est pas un d&#238;ner de gala</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-edition-n-est-pas-un-diner-de</link>
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		<dc:date>2019-03-15T01:37:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Dugrand, Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Avec des tirages et un lectorat souvent limit&#233;s, l'&#233;dition critique de gauche a une longue histoire derri&#232;re elle, parsem&#233;e de querelles de chapelles, de liens troubles avec les grands groupes ou les partis, et de belles d&#233;couvertes. Certains auteurs, et donc certaines id&#233;es, ont su n&#233;anmoins arriver jusqu'&#224; nous gr&#226;ce au combat de ces &#233;diteurs &#171; marginaux &#187;. Nicolas Norrito, en charge des &#233;ditions Libertalia avec Charlotte Dugrand et Bruno Bartkowiak, nous fait une petite visite guid&#233;e et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/editions" rel="tag"&gt;&#233;ditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/librairie" rel="tag"&gt;librairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marcel-Hasfeld" rel="tag"&gt;Marcel Hasfeld&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maurice-Nadeau" rel="tag"&gt;Maurice Nadeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Victor-Serge" rel="tag"&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maspero" rel="tag"&gt;Maspero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marcel-Martinet" rel="tag"&gt;Marcel Martinet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maison-d-edition" rel="tag"&gt;maison d'&#233;dition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec des tirages et un lectorat souvent limit&#233;s, l'&#233;dition critique de gauche a une longue histoire derri&#232;re elle, parsem&#233;e de querelles de chapelles, de liens troubles avec les grands groupes ou les partis, et de belles d&#233;couvertes. Certains auteurs, et donc certaines id&#233;es, ont su n&#233;anmoins arriver jusqu'&#224; nous gr&#226;ce au combat de ces &#233;diteurs &#171; marginaux &#187;. Nicolas Norrito, en charge des &#233;ditions Libertalia avec Charlotte Dugrand et Bruno Bartkowiak, nous fait une petite visite guid&#233;e et subjective de cette histoire de la pens&#233;e critique et r&#233;volutionnaire en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH315/-1072-30f68.jpg?1768650334' width='200' height='315' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ux origines de l'&#233;dition critique, s'il fallait ne citer qu'un personnage, on &#233;voquerait Maurice Lach&#226;tre (1814-1900), aristocrate rouge et banquier, &#233;diteur des &lt;i&gt;Myst&#232;res du peuple&lt;/i&gt; d'Eug&#232;ne Sue, anticl&#233;rical proche des milieux libertaires et premier &#233;diteur en fran&#231;ais du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx. On parlerait ensuite de Charles P&#233;guy, de ses c&#233;l&#232;bres &lt;i&gt;Cahiers de la Quinzaine&lt;/i&gt;, de son &#233;dition des &lt;i&gt;Cahiers rouges&lt;/i&gt;, les souvenirs communards de Maxime Vuillaume, d&#232;s 1908. On s'arr&#234;terait enfin sur Marcel Hasfeld (1889-1984), qui anime la Librairie du Travail (LT) de 1917 &#224; 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord biblioth&#232;que de pr&#234;t, puis librairie ouvri&#232;re, et enfin maison d'&#233;dition de livres et de brochures, la LT occupe initialement les locaux de La Vie ouvri&#232;re, ce qui la place d'embl&#233;e sous le patronage des syndicalistes r&#233;volutionnaires qui refusaient l'Union sacr&#233;e durant la Grande Guerre. Ne croyant gu&#232;re &#224; la liaison organique parti-syndicat, estimant le second bien sup&#233;rieur au premier, Hasfeld a &#233;t&#233; n&#233;anmoins enthousiasm&#233; par la r&#233;volution russe et a durablement cru au grand soir. Sa maison d'&#233;dition, structur&#233;e en coop&#233;rative, se veut propagandiste. Parmi les actionnaires, on note la pr&#233;sence de Simone Weil, Victor Serge, Alfred Rosmer et Marcel Martinet.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une existence de chien&#8230; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ayant &#233;dit&#233; quelque 150 livres et publi&#233; de nombreuses brochures diffus&#233;es &#224; des dizaines de milliers d'exemplaires, la LT n'a jamais atteint la visibilit&#233; esp&#233;r&#233;e. L&#226;ch&#233; par la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re (SFIO, anc&#234;tre du Parti socialiste) parce que trop radical, puis par le Parti communiste parce qu'antistalinien, boud&#233; par les librairies &#171; bourgeoises &#187;, peu soutenu au sein des syndicats, Hasfeld aura pass&#233; l'essentiel de son temps &#224; faire survivre sa structure. Se rem&#233;morant l'histoire de la LT quarante ann&#233;es plus tard, il d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Ce fut une existence de chien, mais qui fut la plus belle &#233;poque de ma vie.&lt;/i&gt; &#187; En 1939, le fonds est vendu aux ench&#232;res pour une bouch&#233;e de pain. Gibert le rach&#232;te en partie. Un fonds prestigieux : &lt;i&gt;L'An I de la r&#233;volution russe&lt;/i&gt;, de Victor Serge, &lt;i&gt;Les Temps maudits&lt;/i&gt; de Marcel Martinet, &lt;i&gt;La Peste brune&lt;/i&gt;, de Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;L'Histoire de la Commune de 1871&lt;/i&gt; de Prosper-Olivier Lissagaray, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Joie de lire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH313/-1073-24c60.jpg?1768658662' width='200' height='313' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faisons une ellipse de vingt ans et &#233;voquons un autre libraire-&#233;diteur : Fran&#231;ois Maspero (1932-2015), dont l'activit&#233; se d&#233;ploie de 1959 &#224; 1982. Celui-ci a rendu hommage &#224; Marcel Hasfeld en organisant une exposition sur la Librairie du Travail en mars 1971, puis en publiant une &#233;tude de Marie-Christine Bardouillet d&#233;di&#233;e &#224; celle-ci, en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de son pr&#233;d&#233;cesseur, dont il r&#233;&#233;dite une notable partie des titres (entre autres ceux de Daniel Gu&#233;rin et Victor Serge), Maspero ne d&#233;pend d'aucun parti (bien qu'il ait temporairement milit&#233; &#224; la Ligue communiste) et n'appartient &#224; aucun groupe cot&#233; en bourse. N&#233; dans une famille d'&#233;rudits, durablement marqu&#233; par l'Occupation (son p&#232;re est mort en camp de concentration, son fr&#232;re fusill&#233; par les nazis), Maspero est un &#233;diteur essentiel qui a v&#233;ritablement fait &#339;uvre de passeur. Sa librairie La Joie de lire &#8211; sise rue Saint-S&#233;verin &#224; Paris &#8211; a &#233;t&#233; l'universit&#233; populaire de deux g&#233;n&#233;rations : celle qui est entr&#233;e en politique &#224; la faveur des luttes anticoloniales, puis celle qui a rejoint les groupes d'extr&#234;me gauche et libertaires fleurissant dans l'apr&#232;s-68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maspero, c'est du lourd : 1 350 livres en &#224; peine plus de vingt ans, 30 collections (Textes &#224; l'appui, Les Cahiers libres, PCM, Voix, Actes et m&#233;moire du peuple), dix revues (&lt;i&gt;Partisans&lt;/i&gt;), et des tirages initiaux en poche &#224; 7 000 ou 10 000 exemplaires. Sociologie, textes d'intervention, histoire, th&#233;orie, litt&#233;rature, p&#233;dagogie, t&#233;moignages militants : le panel est large et &#233;clectique. Ayant compris que l'un des maillons essentiels de la cha&#238;ne du livre est la diffusion-distribution, Maspero monte sa propre structure. Jusqu'en 1975, quatre repr&#233;sentants sillonnent les librairies militantes et g&#233;n&#233;ralistes, proposent les nouveaut&#233;s de la maison, et celles d'&#233;diteurs amis (Anthropos, EDI, PJ Oswald).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, ce ne sont ni l'&#201;tat (plusieurs interdictions de publication) ni les fascistes (plasticages de l'OAS) qui mettent fin aux &#233;ditions et &#224; la librairie, mais les propres militants d'extr&#234;me gauche, toutes chapelles confondues. Voler chez Maspero et revendre les ouvrages sur le campus de Vincennes semble pour certains un acte de r&#233;appropriation r&#233;volutionnaire. Ceci conduit dans un premier temps &#224; la fermeture de la librairie parisienne, puis &#224; un lent d&#233;tachement et &#224; une sourde d&#233;pression du principal artisan de cette aventure. En 1982, non sans amertume, l'&#233;diteur vend le fonds &#224; Fran&#231;ois G&#232;ze, animateur de la collection La D&#233;couverte, puis revient &#224; ses passions : la traduction et l'&#233;criture litt&#233;raires (lire prioritairement &lt;i&gt;Les Abeilles et la Gu&#234;pe&lt;/i&gt;, Seuil, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de mecs ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH287/-1075-37c1b.jpg?1768658662' width='200' height='287' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit partiel et partial franco-fran&#231;ais ne saurait passer sous silence l'existence de nombreuses autres maisons d'&#233;dition, aux catalogues originaux : Rieder dans les ann&#233;es 1930 ; Spartacus et Champ Libre au long des ann&#233;es 1970-1980, puis Ludd et L'Encyclop&#233;die des nuisances. Un premier constat accablant s'impose n&#233;anmoins : l'&#233;dition, c'est d'abord une histoire de mecs. Peu nombreuses sont les femmes &#224; acc&#233;der aux postes les plus importants, en particulier dans le secteur des sciences sociales. &#192; l'exception des &#201;ditions des femmes (voir encadr&#233;), les seuls noms f&#233;minins pass&#233;s et actuels nous venant imm&#233;diatement en t&#234;te &#8211; tous secteurs confondus &#8211; sont ceux de Fran&#231;oise Verny (1928-2004), Marion Mazauric (n&#233;e en 1960), Fran&#231;oise Nyssen (patronne d'Actes Sud, n&#233;e en 1951, fille du fondateur). Deuxi&#232;me constat : il fut un temps o&#249; existaient des structures &#233;ditoriales li&#233;es aux institutions partidaires et/ou religieuses, donc non ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH308/-1074-21e9c.jpg?1768658662' width='200' height='308' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cas le plus embl&#233;matique est &#233;videmment celui du livre communiste (notamment les &#201;ditions sociales), empire &#233;ditorial g&#233;r&#233; de mani&#232;re d&#233;sastreuse, boud&#233; par ses principaux auteurs (Aragon publiait chez Gallimard), mais qui s'appuyait sur un fort r&#233;seau de librairies (le groupe La Renaissance en compta jusqu'&#224; 50). Tout ceci a disparu avec l'URSS. De la splendeur d'antan, il reste quelques miettes dispers&#233;es au sein de petites entit&#233;s : Le Temps des Cerises, Rue du monde, La Dispute. Troisi&#232;me constat : certains &#233;diteurs parmi les plus innovants ont &#339;uvr&#233; pour de &#171; grandes &#187; maisons, &#224; l'instar de Miguel Abensour, animateur de la collection Critique de la politique chez Payot ; de Kostas Axelos (collection Arguments chez Minuit) ou de Maurice Nadeau (voir encadr&#233;). Enfin, certaines maisons d'&#233;dition ont su en leur temps cr&#233;er des collections opportun&#233;ment commerciales et critiques, &#224; l'image de la collection Combat chez Seuil, confi&#233;e &#224; Claude Durand (1938-2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui,&lt;/strong&gt; le paysage de l'&#233;dition critique est marqu&#233; par une prolif&#233;ration de microstructures qui peinent souvent &#224; &#233;quilibrer leurs comptes tout en proposant des publications audacieuses renouvelant le genre des sciences sociales. Les premi&#232;res ont vu le jour au cours des ann&#233;es 1980 (L'&#201;clat, Syllepse, ACL), d'autres &#224; l'or&#233;e des mouvements sociaux de 1995-1998 (L'Insomniaque, Agone, La Fabrique), au d&#233;but des ann&#233;es 2000 dans le sillage des &#233;tudes anglo-saxonnes sur le genre et le postcolonial (Amsterdam, Les Prairies ordinaires), ou encore &#224; la faveur du renouveau libertaire et d&#233;croissant (Nada, L'&#201;chapp&#233;e, Le Passager clandestin).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le combat des &#233;ditions de Minuit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; nos compatriotes de juger, en leur &#226;me et conscience&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit J&#233;r&#244;me Lindon, directeur des &#233;ditions de Minuit, dans la pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition du &lt;i&gt;D&#233;serteur&lt;/i&gt; de Maurienne, alias Jean-Louis Hurst, &#233;dit&#233; en 1960. Son &lt;i&gt;leitmotiv &lt;/i&gt;d'&#233;diteur : r&#233;veiller les consciences, mobiliser les opinions publiques fran&#231;aise et internationale sur la torture en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1957 et 1962, Minuit s'&#233;loigne, par la force des &#233;v&#233;nements, de la litt&#233;rature, et notamment du Nouveau Roman, pour publier 23 livres sur la guerre d'Alg&#233;rie : des t&#233;moignages, des enqu&#234;tes contredisant les th&#232;ses officielles, des essais&#8230; En d&#233;coulent des saisies pour atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat et complicit&#233;, proc&#232;s, faillite, attentats, etc. Un combat que la maison d'&#233;dition m&#232;ne contre l'&#201;tat, la justice, l'arm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Lindon ne cache pas que les ennuis judiciaires ont aid&#233; la cause et les livres qu'il d&#233;fendait. Cela leur a permis d'avoir un &#233;cho m&#233;diatique et de nombreux soutiens parmi les intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre &#8211; avec le texte &#171; Une victoire &#187; publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; en mars 1958, qui aura un grand retentissement au moment de la sortie de &lt;i&gt;La Question &lt;/i&gt;&#8211; ou le Manifeste des 121, publi&#233; en septembre 1960.
Parmi les titres publi&#233;s, on retient &#233;videmment &lt;i&gt;Pour Djamila Bouhired&lt;/i&gt;, de Georges Arnaud et Jacques Verg&#232;s (1957) ; &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt; d'Henri Alleg (1958), puis &lt;i&gt;La Gangr&#232;ne&lt;/i&gt; (1959) ; &lt;i&gt;Le D&#233;serteur&lt;/i&gt; de Maurienne (1960) ; &lt;i&gt;Notre guerre&lt;/i&gt; de Francis Jeanson (1960) ou &lt;i&gt;Le D&#233;sert &#224; l'aube&lt;/i&gt; de No&#235;l Favreli&#232;re (1960).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charlotte Dugrand&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Maurice Nadeau, le franc-tireur&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH336/-1076-d6296.jpg?1768658662' width='200' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1911 dans un milieu modeste, d&#233;c&#233;d&#233; en 2013, couvert de lauriers dont il ne voulait gu&#232;re, se plaisant &#224; citer Flaubert (&#171; &lt;i&gt;Les honneurs d&#233;shonorent&lt;/i&gt; &#187;), Maurice Nadeau affiche un parcours qui donne le vertige. Jeune militant du Parti communiste, il rencontre Pierre Naville en 1932 et embrasse les th&#232;ses trotskistes. S'il s'&#233;loigne du militantisme actif assez rapidement, il n'a cess&#233;, au cours de sa longue existence, de faire office de passeur et d'&#339;uvrer, &#224; l'instar des surr&#233;alistes (dont il se fit l'historien avis&#233; d&#232;s 1945), pour changer la vie et transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste litt&#233;raire &#224; &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, puis animateur des revues &lt;i&gt;Les Lettres nouvelles&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt;, il est avant tout celui qui a d&#233;couvert Witold Gombrowicz, Malcom Lowry (le premier tirage d'&lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; mit dix ans &#224; s'&#233;couler), Georges P&#233;rec (notamment &lt;i&gt;Les Choses&lt;/i&gt;) et qui a publi&#233; &lt;i&gt;Les Jours de notre mort&lt;/i&gt; de David Rousset (sur l'univers concentrationnaire nazi) et les &lt;i&gt;R&#233;cits de la Kolyma&lt;/i&gt; de Varlam Chalamov (d&#233;nonciation du goulag). &#201;galement &#233;diteur de la trilogie de son ami Henry Miller (&lt;i&gt;Sexus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Plexus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Nexus&lt;/i&gt;), des auteurs de la Beat Generation, de presque toute l'&#339;uvre de Trotski (chez Minuit ou Julliard), de Mika Etcheb&#233;h&#232;re et de Claire Etcherelli (dans sa collection Les Lettres nouvelles, chez Deno&#235;l, filiale Gallimard), il est enfin celui qui a publi&#233; le premier r&#233;cit de Houellebecq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Nadeau avait &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233; par la justice fran&#231;aise en 1960, pour avoir largement diffus&#233; le Manifeste des 121, fameux texte anticolonialiste sur le droit &#224; l'insoumission.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;N. N.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#201;ditions des femmes&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH266/-1077-0f41e.jpg?1768658662' width='200' height='266' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;D&lt;/petitelettrine&gt;ans la foul&#233;e de Mai-68 se cr&#233;e le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF), compos&#233; de multiples tendances, joyeuses et plein d'initiatives. Les femmes ne veulent pas laisser le monopole de la contestation aux &#233;tudiants virils qui occupent les rues. En 1973, les &#201;ditions des femmes voient le jour, &#224; l'initiative de plusieurs militantes f&#233;ministes et du groupe Psychanalyse et politique, anim&#233; par Antoinette Fouque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est de publier des livres choisis par des femmes, &#233;crits par des femmes, dans une structure tenue par des femmes. &#192; une &#233;poque o&#249; le milieu &#233;ditorial est essentiellement masculin, que ce soit sur le plan des &#233;diteurs ou des auteurs, constituer un catalogue exclusivement f&#233;minin est un acte militant et intellectuel important. Litt&#233;rature, philosophie, sociologie, psychanalyse, histoire, tous les champs des sciences humaines s'ouvrent aux plumes f&#233;minines et &#224; l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement Antoinette Fouque devient tr&#232;s vite la seule figure embl&#233;matique des &#233;ditions et se voit reprocher un certain autoritarisme. Elle ira jusqu'&#224; d&#233;poser en pr&#233;fecture le sigle MLF, pour en faire un usage politique et commercial, et se pr&#233;sentera m&#234;me sur une liste &#233;lectorale au c&#244;t&#233; de Bernard Tapie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ch. D.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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