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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>Puta's fever</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Second volet de notre entretien avec le sociologue Alain Tarrius : apr&#232;s le trabendo des Afghans, il s'est int&#233;ress&#233; aux transmigrantes d'Europe de l'Est peuplant les lupanars de La Jonquera, village espagnol situ&#233; &#224; quelques encablures de la fronti&#232;re fran&#231;aise. R&#201;GULI&#200;REMENT, c'est l'&#233;moi dans la presse espagnole. L'impression que le pays est devenu le bordel de l'Europe. Le 4 juin 2010, le quotidien El Pa&#237;s annon&#231;ait un chiffre d'affaires de 18 milliards d'euros en 2008 pour les 2 500 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sofia" rel="tag"&gt;Sofia&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Second volet de notre entretien avec le sociologue Alain Tarrius : apr&#232;s &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Afghan-connection'&gt;le trabendo des Afghans&lt;/a&gt;, il s'est int&#233;ress&#233; aux transmigrantes d'Europe de l'Est peuplant les lupanars de La Jonquera, village espagnol situ&#233; &#224; quelques encablures de la fronti&#232;re fran&#231;aise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#201;GULI&#200;REMENT, c'est l'&#233;moi dans la presse espagnole. L'impression que le pays est devenu le bordel de l'Europe. Le 4 juin 2010, le quotidien &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; annon&#231;ait un chiffre d'affaires de 18 milliards d'euros en 2008 pour les 2 500 maisons closes recens&#233;es dans le pays. Voil&#224; un business qui ne semble pas souffrir de la crise. En Catalogne espagnole, la Generalitat (le gouvernement r&#233;gional) autorise les maisons closes en contrepartie de normes sanitaires et d'un suivi m&#233;dical des filles : les &lt;i&gt;puticlubs&lt;/i&gt;, comme on les appelle &#233;l&#233;gamment, se voient alors accorder une licence d'exploita- tion. Dans le village de La Jonquera, on en compte une vingtaine. Gr&#226;ce &#224; son travail d'enqu&#234;te&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Tarrius, Migrants internationaux et nouveaux r&#233;seaux criminels, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Alain Tarrius nous aide &#224; comprendre comment ces filles, venues de Bulgarie, Roumanie ou Moldavie, atterrissent dans les clubs du Levant espagnol : &lt;i&gt;&#171; Elles ne sortent pas d'HEC ou d'un truc comme &#231;a. Au d&#233;part, ce sont des filles un peu paum&#233;es&#8230; Un exemple : &#224; Sofia, par l'interm&#233;diaire de proprios de chambres d'&#233;tudiantes ou de petites bo&#238;tes, elles rentrent en contact avec des gars qui savent qu'en Espagne, ils peuvent tirer 3 000 &#224; 4 000 euros en fourguant une fille pas mal, jeune, &#224; un bordel. Ces gars-l&#224; ont acc&#232;s aux r&#233;seaux, ce ne sont plus les rabatteurs professionnels d'autrefois. De l&#224;, elles transitent par l'Italie avant d'arriver en Espagne. Quand elles sont pr&#233;sent&#233;es au patron d'un club, elles sont &#233;valu&#233;es : &#8220;Non, celle-l&#224;, elle louche, celle-l&#224; n'a couch&#233; que deux fois avec un mec, et on va avoir des histoires avec les flics pour une raison ou une autre&#8221;. Dans ces clubs, des types sont l&#224; pour discuter avec les filles, des G&#233;orgiens, des Ukrainiens, des Moldaves&#8230; Ils les font parler et se prononcent sur le niveau de dangerosit&#233; qu'il y a &#224; les garder. En gros : est-ce qu'elles vont &#234;tre recherch&#233;es par Interpol ? Puis, ils les font travailler. Mais d'abord en ext&#233;rieur, derri&#232;re des bosquets le long des routes, o&#249; certains flics pourris des mossos d'esquadras, la police catalane qui bosse dans les zones dites criminog&#232;nes, vont empocher leurs commissions. Au bout d'un mois, la fille a &#233;t&#233; r&#233;&#233;valu&#233;e pour d&#233;finir ce qu'elle rapporte. Ambiance&#8230;&lt;/i&gt; Le sociologue poursuit : &lt;i&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; que s'organisent les ench&#232;res lors desquelles la fille va devoir &#171; hame&#231;onner &#187; &#8211; c'est le terme employ&#233;. Voil&#224; comment cela deux ans dans le club, est exhib&#233;e et les notables peuvent miser de 5 000 &#224; 10 000 euros &#8211; la somme varie d'une fille &#224; l'autre. Ce placement peut leur garantir 20 % de revenus, soit beaucoup plus que les livrets d'&#233;pargne ! Les macs arr&#234;tent les ench&#232;res entre 200 000 et 300 000 euros pour une fille. Ce pognon sert &#224; investir dans de nouvelles recrues, ainsi que dans la dope que les filles vont vendre, et sur laquelle elles vont encore ramener 40 %. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mauvais esprits diront que &#231;a rappelle les antiques foires aux esclaves o&#249; les captifs &#233;taient t&#226;t&#233;s et leurs ratiches exhib&#233;es. Le prox&#233;n&#232;te-investisseur, lui, &lt;i&gt;&#171; essaye &#187;&lt;/i&gt; sa gagneuse histoire de se voir confirmer ses multiples talents. Tout est permis, ou presque, et il est dans l'int&#233;r&#234;t de la fille de se soumettre. Car c'est en fonction du fric &lt;i&gt;&#171; hame&#231;onn&#233; &#187;&lt;/i&gt; que sera d&#233;termin&#233;e sa valeur. Et Tarrius de citer cet exemple :&lt;i&gt; &#171; Les deux Mac&#233;doniennes que j'ai rencontr&#233;es, Irina et Sofia, avaient hame&#231;onn&#233; dans les 200 000 euros ! Les placements &#233;taient mont&#233;s &#224; 20 000 euros avec des rendements &#224; 18 %. Ce qui est un cas exceptionnel. L'argent permet de faire rester les filles. Irina et Sofia ont e&#231;u 10 000 euros chacune plus un salaire mensuel de 5 000 euros par mois, nourries, log&#233;es, soins corporels et m&#233;dicaux compris. L'info circule, et tous les clubs espagnols, de Catalogne jusqu'&#224; Cadix, savent que telle bo&#238;te de La Jonquera a fait entrer deux Mac&#233;doniennes pour deux ans. Si par hasard l'une d'elles d&#233;cide de se tailler avec un con qui lui fait des promesses, elle se fera rapidement ratatiner. Mais ce n'est pas ce qui est arriv&#233; aux s&#339;urs mac&#233;doniennes : elles sont rentr&#233;es &#224; Skopje et ont repris un grand salon de coiffure ! &#187;&lt;/i&gt; Le souci, c'est quand la fille n'hame&#231;onne pas lourd. Elle est alors bazard&#233;e dans un &lt;i&gt;&#171; abattoir &#187;&lt;/i&gt;, ces bordels d'Andalousie fr&#233;quent&#233;s notamment par des travailleurs agricoles maghr&#233;bins, o&#249; elles abattent des journ&#233;es de taf de 8 &#224; 10 heures au rythme de deux clients par heure. &lt;i&gt;&#171; Ces bordels sont g&#233;r&#233;s diff&#233;remment, les clients ne s'assoient pas au comptoir, il n'y a pas de conversation. Les gars sont l&#224; pour tirer un coup, ils savent que &#231;a co&#251;te tant et que &#231;a dure un quart d'heure. Ils montent avec la fille qui est disponible. Le paradoxe, conclut notre sociologue, c'est que des jeunes filles pr&#233;f&#232;rent les abat- toirs aux clubs car elles n'y subissent pas le m&#234;me type de pressions ou de menaces. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alain Tarrius, &lt;i&gt;Migrants internationaux et nouveaux r&#233;seaux criminels&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Trabucaire, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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