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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>S&#233;vice des &#233;trangers</title>
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		<dc:creator>Najate Zouggari</dc:creator>


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&lt;p&gt;La France qui se l&#232;ve t&#244;t n'a pas de carte nationale d'identit&#233; : c'est le constat qui s'impose quand on arrive &#224; la pr&#233;fecture de Bobigny, un jeudi &#224; sept heures du matin. Pour la centaine de personnes qui ont d&#233;j&#224; pris place dans les deux files &#171; &#233;trangers &#187;, la journ&#233;e commence bien, entre attente, indiff&#233;rence et petites mesquineries. Reportage. SI LES BUREAUX de la pr&#233;fecture de Bobigny (Seine-Saint- Denis) ouvrent &#224; neuf heures, la plupart des usagers par R&#233;mi(d&#233;tenteurs d'un titre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Denis" rel="tag"&gt;Denis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La France qui se l&#232;ve t&#244;t n'a pas de carte nationale d'identit&#233; : c'est le constat qui s'impose quand on arrive &#224; la pr&#233;fecture de Bobigny, un jeudi &#224; sept heures du matin. Pour la centaine de personnes qui ont d&#233;j&#224; pris place dans les deux files &#171; &#233;trangers &#187;, la journ&#233;e commence bien, entre attente, indiff&#233;rence et petites mesquineries. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_289 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L120xH790/82_remi_prefecture1-a384d.png?1782647667' width='120' height='790' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;SI LES BUREAUX de la pr&#233;fecture de Bobigny (Seine-Saint- Denis) ouvrent &#224; neuf heures, la plupart des usagers par R&#233;mi(d&#233;tenteurs d'un titre de s&#233;jour provisoire) arrivent avant six heures du matin, voire campent depuis la veille pour s'assurer du traitement de leur dossier, de l'obtention d'un r&#233;c&#233;piss&#233;, ou de l'enregistrement d'un changement d'adresse. C'est le cas d'une femme d'environ trente ans qui explique qu'elle n'avait pas d'autre choix : &lt;i&gt;&#171; Comme j'ai d&#233;m&#233;nag&#233;, j'ai t&#233;l&#233;phon&#233; pour pr&#233;venir la pr&#233;fecture et propos&#233; de transmettre par courrier une copie de ma nouvelle attestation de domicile ; ils ont refus&#233;. Je devais me pr&#233;senter en personne. &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s quatre heures d'attente et l'incertitude d'avoir un ticket avant l'apr&#232;s-midi, elle l&#226;che visiblement exc&#233;d&#233;e : &lt;i&gt;&#171; Franchement, on bosse comme tout le monde, on participe &#224; la vie de la communaut&#233;&#8230; Pourquoi on est trait&#233;s comme de vulgaires clandos ?! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre &#224; cinq heures d'attente donnent acc&#232;s &#8211; au seuil seulement &#8211; de la porte 2 qui, &#224; son tour, donne acc&#232;s &#224; la salle d'attente informelle qui donnera ensuite acc&#232;s, apr&#232;s une &#224; trois heures d'attente, au guichet qui permettra &#233;ventuellement d'obtenir une r&#233;ponse &#224; sa requ&#234;te ou un num&#233;ro pour s'asseoir dans la &#171; vraie &#187; salle d'attente, celle d'o&#249; on sera enfin appel&#233;. Le parcours est aussi al&#233;atoire que celui de ces livres dont vous &#234;tes le h&#233;ros mais cette histoire-l&#224; est &#233;crite par plusieurs ann&#233;es de lois dites &#171; d'immigration &#187; o&#249; l'&#233;tranger en France est toujours per&#231;u, d&#233;crit et trait&#233; comme un h&#244;te dangereux dans le corps de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le stress est palpable &#8211; &lt;i&gt;&#171; On sait quand on rentre ici mais on ne sait jamais quand on sort &#187;&lt;/i&gt; &#8211; l'ambiance reste bon enfant. Cela n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas. Une femme raconte que, malgr&#233; la pr&#233;sence de deux repr&#233;sentants des forces de l'ordre en matraques et chemisettes, il arrive que les gens p&#232;tent un plomb et que des bagarres &#233;clatent. Souvent, la police se contente de regarder. &lt;i&gt;&#171; Pourquoi intervenir ? Ils pensent qu'il faut laisser les sauvages r&#233;gler leurs comptes entre eux &#187;&lt;/i&gt;, explique sobrement la femme. Un homme aux cheveux grisonnants lance &#224; la cantonade : &lt;i&gt;&#171; On n'est pas s&#251;rs de passer aujourd'hui ! &#187;&lt;/i&gt; Soupirs et murmures dans la file qui est devenue une esp&#232;ce de masse compacte o&#249; chacun sait cependant tr&#232;s exactement qui le suit et qui le pr&#233;c&#232;de. Une Alg&#233;rienne d&#233;crit la situation en des termes plus pr&#233;cis : &lt;i&gt;&#171; C'est bient&#244;t la pause-d&#233;jeuner, ils vont fermer un guichet sur deux, et l&#224;, c'est s&#251;r qu'on n'aura pas de num&#233;ro avant au moins 14 h, sans compter ceux qui passent par la deuxi&#232;me porte et grillent la queue. &#187; &lt;/i&gt; Arriv&#233;e par le premier m&#233;tro, elle hausse les &#233;paules et esquisse un sourire fatigu&#233; avant d'&#233;changer des banalit&#233;s de base avec un quinquag&#233;naire portugais plut&#244;t bal&#232;ze. Tout y passe : la r&#233;forme antisociale des retraites, les conditions de travail, ces Roms qui, quand m&#234;me, &lt;i&gt;&#171; balaient les c&#226;bles et les vieux frigos sur leur passage &#187;&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;&#171; magouilles &#187;&lt;/i&gt; et le pays natal. Une jeune femme noire aux cheveux tress&#233;s, venue avec son enfant dans une poussette, commente en apart&#233; les observations lusitaniennes sur les Roms : &lt;i&gt;&#171; N'importe quoi, quel connard celui-l&#224; ! &#187;&lt;/i&gt; Elle reprend ensuite une conversation en italien avec son mari. Cette famille doit souffrir &#224; la fois l'administration fran&#231;aise et l'administration italienne, en guise de double peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la file, les policiers, &#224; pr&#233;sent gant&#233;s de cuir noir, ouvrent et ferment un portillon pendant que deux fonc- tionnaires de la pr&#233;fecture, visiblement d&#233;pass&#233;es par le nombre d'usagers, circulent dans les rangs, indiff&#233;rentes aux questions qui leur sont pos&#233;es. On a de la chance pourtant : le jeudi est une journ&#233;e dite &#171; calme &#187;. La magouille mentionn&#233;e plus haut fait allusion au (petit) march&#233; parall&#232;le o&#249; les tickets se bradent entre 10 et 50 euros pour &#233;conomiser quelques heures d'attente. Il y a aussi une vente de caf&#233;s et de g&#226;teaux &#224; la sauvette, trois heures avant l'ouverture des bureaux. Le Portugais poursuit : &lt;i&gt;&#171; Les magouilles, c'est &#224; tous les niveaux. Il n'en fait pas, des magouilles, l'autre nain ? &#187;&lt;/i&gt; Les gens se marrent, m&#234;me la chic dame des &lt;i&gt;&#171; vulgaires clandos &#187;&lt;/i&gt;. Un Colombien vient pour changer un rendez-vous, une Marocaine pour une convocation qu'elle n'a pas re&#231;ue, un Malien pour donner des pi&#232;ces justificatives et au fur et &#224; mesure que les heures passent, les langues se d&#233;lient, les gens s'assoient ou s'accroupissent par terre un moment, puis se rel&#232;vent, l'un gardant la place de l'autre quand il faut se rendre aux toilettes (d&#233;go&#251;tantes) ou faire des photocopies (&#224; 20 centimes la page). Les gens finissent surtout par s'exhorter mutuellement &#224; la patience. Le Livre noir de quarante-quatre pages publi&#233; par des associations de Seine-Saint-Denis
&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire sur http://www.gisti.org/publication_pr....&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; brosse donc un tableau tr&#232;s r&#233;aliste des conditions d'accueil d&#233;plorables de la pr&#233;fecture de Bobigny. La derni&#232;re parole entendue, c'est l'aimable conseil d'une femme qui, depuis 5 h 30 du matin, tra&#238;ne derri&#232;re elle une petite valise rouge &#224; roulettes parce qu'elle doit prendre un train pour retourner au travail : &lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas partir maintenant. Sinon, tout le temps o&#249; vous avez attendu n'aura servi &#224; rien. &#187;&lt;/i&gt; Elle sait exactement de quoi elle parle : &#224; cause du retard dans l'&#233;dition de titres de s&#233;jour d'un an, elle re&#231;oit depuis 2009 des titres provisoires qu'elle doit venir renouveler tous les trois mois. En sursis permanent, la condition de cette femme &#224; la valise rouge et des centaines d'autres usagers n'est pas prise en compte dans le paragraphe qui d&#233;crit la pr&#233;fecture sur le site officiel de la ville de Bobigny.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_290 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L329xH85/82_remi_prefecture2-f8a4c.png?1782700584' width='329' height='85' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire sur &lt;a href=&#034;http://www.gisti.org/publication_pres.php?id_article=2051&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.gisti.org/publication_pr...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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