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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Pas de bancs, pas de paix &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;ric Dourel</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quel est le meilleur moyen de d&#233;shumaniser la place principale d'un quartier populaire ? Commencer par virer les bancs. C'est tout con, mais rudement efficace. La mairie de Toulouse l'a tr&#232;s bien compris en s'attaquant &#224; ceux qui ornent la place du quartier Arnaud-Bernard. ON NE DIRAIT PAS COMME &#199;A, mais un banc, c'est gratuit, un banc, &#231;a permet de faire des rencontres, de discuter, de comploter. Un banc, c'est fait pour se pr&#233;lasser, pour l&#233;zarder et glander dans toutes les largeurs, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel est le meilleur moyen de d&#233;shumaniser la place principale d'un quartier populaire ? Commencer par virer les bancs. C'est tout con, mais rudement efficace. La mairie de Toulouse l'a tr&#232;s bien compris en s'attaquant &#224; ceux qui ornent la place du quartier Arnaud-Bernard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;ON NE DIRAIT PAS COMME &#199;A, mais un banc, c'est gratuit, un banc, &#231;a permet de faire des rencontres, de discuter, de comploter. Un banc, c'est fait pour se pr&#233;lasser, pour l&#233;zarder et glander dans toutes les largeurs, avec une canette ou un bouquin. Un banc, c'est le droit de s'asseoir dans l'espace public sans forc&#233;ment consommer. En somme, un banc, c'est un bras d'honneur permanent &#224; l'espace marchand. Dans le quartier Arnaud-Bernard, dernier espace populaire et cosmopolite du centre-ville de Toulouse, il y a une place centrale, entour&#233;e d'habitations et bien s&#251;r de commerces. Jusqu'&#224; l'ann&#233;e derni&#232;re, il y avait huit bancs sur cette &#233;tendue de bitum .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chibanis (vieux migrants retrait&#233;s), zonards, &#233;tudiants, gamins, ils &#233;taient nombreux &#224; les user quotidiennement. Mais voil&#224;, en ao&#251;t 2009, une poign&#233;e de commer&#231;ants du quartier monte au cr&#233;neau et se r&#233;pand dans le journal local, La D&#233;p&#234;che du Midi, pour d&#233;noncer le fait qu'Arnaud-Bernard est devenu le coin le plus malfam&#233; de la ville rose. En moins d'un mois, six articles sont consacr&#233;s &#224; ce sujet : &#171; Ins&#233;curit&#233; &#187;, &#171; zone de non-droit &#187;, &#171; ghetto &#187;. Dans le viseur, les dealers de cigarettes, les vendeurs pr&#233;caires du dimanche matin et leurs &lt;i&gt;&#171; objets vol&#233;s revendus &#224; bas prix &#187;&lt;/i&gt; mais aussi les bancs &lt;i&gt;&#171; assises de tous les deals &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Cohen, maire PS de la ville, qui n'a pas envie de se faire coincer d'ici &#224; la fin de son mandat sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233;, coiffe son plus beau&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_291 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L471xH246/82_ll_de_mars_toulouse-58d2d.png?1779603941' width='471' height='246' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;k&#233;pi : &lt;i&gt;&#171; Il est inadmissible de laisser Arnaud-Bernard dans cet &#233;tat, j'en fais ma priorit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : un commissariat de police municipale (&#224; bord d'un minibus) prend position sur le quartier. Les contr&#244;les de la police nationale deviennent incessants. Les vendeurs de clopes et surtout les sans-papiers (souvent les m&#234;mes) sont rafl&#233;s quotidiennement. Mieux, plusieurs dimanches d'affil&#233;e, le quartier rev&#234;t des allures de QHS pour endiguer les vendeurs &#224; la sauvette : flics nationaux, municipaux, robocops, douanes, chiens renifleurs&#8230; La totale. Les commer&#231;ants sont aux anges. Quant aux associations culturelles du coin, et notamment la bande &#224; Claude Sicre, fondateur des repas de quartiers, ex-membre des Fabulous Trobadors, personne ne moufte. Pas m&#234;me un coup de tambourin. De leur c&#244;t&#233;, les commer&#231;ants veulent que la mairie insiste et r&#233;clament l'enl&#232;vement imm&#233;diat des bancs. Ils menacent de le faire eux-m&#234;mes. Ils n'en auront pas besoin. Fin octobre 2009, Cohen d&#233;cide de virer les huit bancs qui si&#232;gent sur la place. Mais au bout du troisi&#232;me, les agents se confrontent &#224; une opposition de plusieurs habitants du quartier qui, pour les emp&#234;cher de d&#233;boulonner, mettent des banderoles et r&#233;clament une rencontre avec la mairie &lt;i&gt;&#171; pour discuter de l'avenir de ce quartier qui nous para&#238;t d&#233;j&#224; tout trac&#233;. Sauf que nous, on y habite, on ne fait pas qu'y commercer et on ne va laisser personne d&#233;cider &#224; notre place. D&#233;boulonner les bancs sans un projet solide et concert&#233; de r&#233;am&#233;nagement de ce quartier avec tous les habitants de la place, c'est hors de question. Pas de bancs, pas de paix &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crivent-ils dans un tract diffus&#233; le jour m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mairie recule, range sa bo&#238;te &#224; outils, et promet une grande messe pour parler des probl&#232;mes. Fin novembre, Cohen s'invite donc dans le quartier et livre son diagnostic. Outre le fait qu'il reprend les arguments des commer&#231;ants sur l'ins&#233;curit&#233;, il promet, au nom de la sacro-sainte d&#233;mocratie locale, une concertation sur le r&#233;am&#233;nagement de la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe. Rien ne bouge. Jusqu'&#224; la semaine derni&#232;re o&#249; sous pr&#233;texte de menus travaux de r&#233;fection, la mairie a retir&#233; deux bancs de plus. Toujours sans la moindre concertation (sauf avec les commer&#231;ants) et sans aucun projet global de r&#233;am&#233;nagement. Des riverains se sont de nouveau &#233;nerv&#233;s et sont all&#233;s voir les adjoints au maire pour leur tirer les bretelles. Une autre r&#233;union est programm&#233;e dans quelques jours. N'emp&#234;che qu'il ne reste plus que trois bancs sur la place Arnaud-Bernard. D&#233;sormais, les gens passent mais n'y stationnent plus. De toute fa&#231;on les rondes de flics sont l&#224; pour les d&#233;courager de rester. Sans compter que la place pourrait prochainement se doter d'un arsenal de vid&#233;osurveillance. S'ils voulaient en faire un grand centre commercial &#224; ciel ouvert, s&#251;r qu'ils ne s'y prendraient pas autrement&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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