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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le pharmacien malgr&#233; lui</title>
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		<dc:date>2011-03-07T06:32:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Lorsqu'on s'int&#233;resse sur une longue p&#233;riode au noble m&#233;tier de pr&#233;parateur et vendeur de rem&#232;des, on est forc&#233;ment frapp&#233; par l'esprit mercantile qui l'a presque toujours anim&#233;. Certes, l'origine grecque de la pharmacie (pharmakon) nous entra&#238;ne plut&#244;t du c&#244;t&#233; des empoisonneurs professionnels, mais l'origine latine (apothecarius) a install&#233;, d&#232;s le Moyen &#194;ge, le sp&#233;cialiste en potions roboratives derri&#232;re l'&#233;tal de sa boutique, &#233;l&#233;ment essentiel distinguant le commer&#231;ant s&#233;rieux du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsqu'on s'int&#233;resse sur une longue p&#233;riode&lt;/strong&gt; au noble m&#233;tier de pr&#233;parateur et vendeur de rem&#232;des, on est forc&#233;ment frapp&#233; par l'esprit mercantile qui l'a presque toujours anim&#233;. Certes, l'origine grecque de la pharmacie (pharmakon) nous entra&#238;ne plut&#244;t du c&#244;t&#233; des empoisonneurs professionnels, mais l'origine latine (apothecarius) a install&#233;, d&#232;s le Moyen &#194;ge, le sp&#233;cialiste en potions roboratives derri&#232;re l'&#233;tal de sa boutique, &#233;l&#233;ment essentiel distinguant le commer&#231;ant s&#233;rieux du charlatan de passage. Tandis que l'alchimiste&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire les tribulations de Z&#233;non Ligre, philosophe, m&#233;decin et alchimiste en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; poursuivait sa qu&#234;te de la pierre philosophale (et tombait par hasard, tel Paracelse, sur de vraies m&#233;dications &#224; base de m&#233;taux lourds), l'apothicaire rejoignait la corporation des &#233;piciers faisant commerce des &#171; esp&#232;ces &#187; tant aromatiques que m&#233;dicinales. Parall&#232;lement, les monast&#232;res avaient constitu&#233; des apothicaireries qui vendaient sur les march&#233;s des pr&#233;parations &#224; base de plantes et d'eau b&#233;nite. Mais le Magnum Opus, le Grand &#339;uvre ou panac&#233;e des panac&#233;es, derri&#232;re lequel couraient tous les apprentis, &#233;tait la formule de la th&#233;riaque. Ce contrepoison, &#224; l'origine, &#233;tait compos&#233; de plusieurs dizaines d'ingr&#233;dients (de la poudre de vip&#232;re au bitume de Jud&#233;e) pour plus d'une centaine d'indications th&#233;rapeutiques, dont les morsures de chiens enrag&#233;s et les id&#233;es d&#233;moniaques (&#224; condition de l'agr&#233;menter d'un petit vin de Malaga). Du fait de nombreuses fraudes et contrefa&#231;ons, la pr&#233;paration de la th&#233;riaque se fit en public &#224; partir du milieu du XVIIe si&#232;cle. Mais il fallut attendre la cr&#233;ation du Coll&#232;ge de pharmacie de Paris, &#224; l'aube de la R&#233;volution, pour que le commerce de l'&#233;picerie soit officiellement s&#233;par&#233; de l'exercice de la pharmacie et que les pommades potentialisatrices de l'&#233;rection p&#233;nienne concoct&#233;es par l'abb&#233; Machin soient r&#233;serv&#233;es &#224; un usage strictement monastique. Cela &#233;tant, l'activit&#233; d'apothicaire resta &#224; un stade artisanal pendant encore quelques d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du XIXe si&#232;cle, l'affaire se mondialisa en m&#234;me temps que se d&#233;veloppaient les grandes multinationales europ&#233;ennes et am&#233;ricaines de l'industrie chimique. En France, exception culturelle oblige, les laboratoires pharmaceutiques sont longtemps rest&#233;s ind&#233;pendants et de taille modeste (comme Fabre ou le d&#233;sormais fameux Servier). Ils ont pu, toutefois, b&#233;n&#233;ficier du soutien sans faille d'un homme cl&#233; : Louis Vidal. Ni m&#233;decin ni pharmacien mais infatigable VRP des laboratoires du m&#233;dicament, il a pos&#233;, avant 1914, le cadre de l'information pharmaceutique aupr&#232;s des m&#233;decins, lequel sera &#224; l'origine des d&#233;rives actuelles. Avec la fondation de l'Office de vulgarisation pharmaceutique en 1927, il diffusa abondamment son fameux dictionnaire des sp&#233;cialit&#233;s pharmaceutiques, le Vidal, plac&#233; chez tous les toubibs par une arm&#233;e de visiteurs m&#233;dicaux, eux-m&#234;mes stipendi&#233;s par les principales firmes du m&#233;doc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne serait pas si grave si les autorit&#233;s de r&#233;gulation faisaient passer les int&#233;r&#234;ts de sant&#233; publique avant les int&#233;r&#234;ts industriels. On a vu, avec le r&#233;cent scandale du M&#233;diator et les nombreux conflits d'int&#233;r&#234;ts agitant l'Afssaps et le minist&#232;re de la Sant&#233;, que c'&#233;tait loin d'&#234;tre le cas. Mais ce n'est rien compar&#233; avec ce que nous pr&#233;pare l'Agence europ&#233;enne du m&#233;dicament (EMA), appel&#233;e &#224; devenir la seule instance de contr&#244;le pour tous les pays membres de l'UE. Dans l'imbroglio technocratique bruxellois, l'EMA est directement rattach&#233;e &#224; la direction g&#233;n&#233;rale &#171; entreprise et industrie &#187; de la Commission europ&#233;enne. On pourrait penser qu'il serait plus sage qu'elle d&#233;pende de celle s'occupant de la sant&#233; des consommateurs. Cependant, au vu des propositions qu'elle formule, on comprend mieux : moins d'exigences dans la &#171; gestion du risque &#187; avant la commercialisation d'un m&#233;dicament afin de permettre un &#171; retour sur investissement &#187; plus rapide, l&#233;galisation de la vente de m&#233;dicaments sans efficacit&#233;, suivi du m&#233;dicament confi&#233; aux seules soci&#233;t&#233;s pharmaceutiques. Pharmacie, du grec pharmakon, rem&#232;de ou poison...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire les tribulations de Z&#233;non Ligre, philosophe, m&#233;decin et alchimiste en proie &#224; l'Inquisition, dans &lt;i&gt;L'&#338;uvre au noir&lt;/i&gt;, passionnant roman historique de Marguerite Yourcenar.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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