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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le New Age c'est la religion de notre temps &#187;</title>
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		<dc:date>2026-07-11T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>Jeremy Boulard Le Fur</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du yoga kundalini au n&#233;ochamanisme, le New Age a quitt&#233; les marges pour devenir le creuset religieux du capitalisme contemporain. Le philosophe Rapha&#235;l Liogier d&#233;crypte cette religion aux &#201;glises multiples, capable d'habiller aussi bien l'&#233;mancipation que la r&#233;action. Au d&#233;but du si&#232;cle dernier, &#201;mile Durkheim &#233;crivait : &#171; Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d'autres ne sont pas n&#233;s. &#187; Au XXIe si&#232;cle, tout porte &#224; croire que les nouveaux sont arriv&#233;s ! Ils viennent de partout : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no254-juillet-aout-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;254 (juillet-ao&#251;t 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jeremy-Boulard-Le-Fur" rel="tag"&gt;Jeremy Boulard Le Fur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_5_-11-73ae4.png?1784023712' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du yoga kundalini au n&#233;ochamanisme, le New Age a quitt&#233; les marges pour devenir le creuset religieux du capitalisme contemporain. Le philosophe Rapha&#235;l Liogier d&#233;crypte cette religion aux &#201;glises multiples, capable d'habiller aussi bien l'&#233;mancipation que la r&#233;action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_newage_jblf.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH442/cqfd_newage_jblf-a4a11.jpg?1783729805' width='500' height='442' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du si&#232;cle dernier, &#201;mile Durkheim &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d'autres ne sont pas n&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse, 1912.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Au XXIe si&#232;cle, tout porte &#224; croire que les nouveaux sont arriv&#233;s ! Ils viennent de partout : d'Inde, du Japon, d'Amazonie, du Gabon, du Tibet&#8230; Et se m&#234;lent joyeusement dans un grand &lt;i&gt;melting pot&lt;/i&gt; religieux : le New Age. Cette culture hippie que l'on croyait coinc&#233;e dans le vortex psych&#233;d&#233;lique des ann&#233;es 1970 semble avoir quitt&#233; les communaut&#233;s alternatives et les chemins initiatiques de l'Orient pour int&#233;grer notre quotidien. Elle se retrouve d&#233;sormais sur ce paquet de riz ou cette bouteille de jus de fruits que vous croisez dans les rayons des supermarch&#233;s et dont l'&#233;tiquette promet &#171; &lt;i&gt;de vous purifier de l'int&#233;rieur, presque de vous laver de vos souillures morales, d'entrer en contact avec la nature, si ce n'est m&#234;me de sauver la plan&#232;te&lt;/i&gt; &#187;. C'est le constat dress&#233; par le sociologue et philosophe des religions Rapha&#235;l Liogier dans &lt;i&gt;Souci de soi, conscience du monde&lt;/i&gt; (Armand Colin, 2012). Est-ce &#224; dire que les nouveaux dieux ont balay&#233; les anciens ? Le packaging est nouveau mais le produit reste le m&#234;me, nous a r&#233;pondu le philosophe. On l'a rencontr&#233; un jour de juin br&#251;lant, aux abords de la plage des Catalans. Il nous a expliqu&#233; comment le New Age a impr&#233;gn&#233; l'ordre n&#233;olib&#233;ral, et comment il est devenu la religiosit&#233; de notre temps. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle diff&#233;rence faites-vous entre spiritualit&#233; et religion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La spiritualit&#233; est souvent comprise comme un rejet des institutions pr&#233;tendant encadrer le rapport au sacr&#233;. Ceux qui s'en r&#233;clament puisent g&#233;n&#233;ralement dans des traditions lointaines, suppos&#233;ment plus authentiques. Le bouddhisme, par exemple, s&#233;duit par son image de sagesse sans dogme et sa pratique tourn&#233;e vers l'exp&#233;rience directe.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je consid&#232;re que la distinction entre religion institu&#233;e et spiritualit&#233; libre est pi&#233;geuse &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si toutes les enqu&#234;tes que j'ai pu mener sur les monast&#232;res tib&#233;tains montrent que ces principes cohabitent tr&#232;s bien avec des formes d'autorit&#233;, parfois m&#234;me fortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je consid&#232;re que cette distinction entre religion institu&#233;e et spiritualit&#233; libre est pi&#233;geuse. D'abord parce que les courants qui se disent spirituels ont aussi leurs institutions ! Le mouvement de Maharishi Mahesh Yogi&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gourou indien.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, par exemple, s'est fait conna&#238;tre pour ses s&#233;ances de &#8220;m&#233;ditation transcendantale&#8221;. Aujourd'hui, la marque est d&#233;pos&#233;e &#224; l'INPI et elle s'est constitu&#233;e en un vaste r&#233;seau de centres de m&#233;decine ayurv&#233;dique&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decine traditionnelle originaire d'Inde.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et d'&#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les grandes narrations religieuses ne restent jamais confin&#233;es aux institutions qui les portent officiellement. Une &#201;glise qui n'aurait aucun &#233;cho dans son &#233;poque risquerait de se marginaliser. Aussi, les religions travaillent toujours l'imaginaire collectif bien au-del&#224; des communaut&#233;s de fid&#232;les, des lieux de culte et des textes sacr&#233;s. Elles se marchandisent, se psychologisent&#8230; On ne manque pas d'exemples de produits culturels inspir&#233;s des th&#232;mes spirituels ! Et depuis les ann&#233;es 1990, on a m&#234;me vu se multiplier les salons consacr&#233;s au bien-&#234;tre et &#224; la spiritualit&#233; en Europe et en Am&#233;rique du Nord &lt;i&gt;[voir encadr&#233;]&lt;/i&gt;. Ces vastes foires promeuvent toute une camelote du bonheur, allant du simple gri-gri au stage de bien-&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toutefois, dans les grands monoth&#233;ismes, les fid&#232;les s'engagent dans un culte unique et leur foi est exclusive. &#192; l'inverse, les pratiques spirituelles sont multiples et chacun semble pouvoir y faire son march&#233;. N'est-ce pas l&#224; une v&#233;ritable incompatibilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On parle effectivement de religion &#8220;&#224; la carte&#8221; pour d&#233;signer cette mani&#232;re contemporaine de composer librement son univers de croyances et de pratiques. Un nomadisme religieux, spirituel, culturel qui est l'un des traits caract&#233;ristiques du New Age. Ce mouvement repose sur l'id&#233;e qu'une v&#233;rit&#233; universelle traverserait l'ensemble des soci&#233;t&#233;s humaines et que chaque culture, chaque religion, chaque sagesse historique en aurait conserv&#233; une trace. Dans cette vision, il n'y a donc pas d'oppositions irr&#233;ductibles entre les diff&#233;rentes traditions, puisqu'aucune d'entre elles ne d&#233;tient, &#224; elle seule, la totalit&#233; de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; En r&#233;alit&#233;, le religieux se transforme, se reformule dans une langue nouvelle. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi d&#233;fini, on sent bien le fond commun entre le New Age et les religions monoth&#233;istes. Il s'agit toujours de postuler l'existence d'une v&#233;rit&#233; sup&#233;rieure qui donnerait sens au monde et &#224; l'existence humaine. Mais l&#224; o&#249; les monoth&#233;ismes pr&#233;tendent entretenir un rapport privil&#233;gi&#233; avec cette v&#233;rit&#233;, le New Age, lui, affirme que celle-ci se trouve dans chaque tradition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;sente parfois les croyances New Age comme le dernier soubresaut du religieux avant son effondrement d&#233;finitif. Ou au contraire, comme la marque de son retour triomphal. Mais &#224; mon sens, ce qui se joue-l&#224; rel&#232;ve moins d'une extinction ou d'une r&#233;surgence que d'une recomposition : en r&#233;alit&#233;, le religieux se transforme, se reformule dans une langue nouvelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce sens vous affirmez que le New Age est particuli&#232;rement en phase avec notre &#233;poque. Qu'est-ce qui, en lui, r&#233;pond si pr&#233;cis&#233;ment aux sensibilit&#233;s et aux attentes d'aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le New Age &#233;tait initialement port&#233; par des communaut&#233;s marginales qui pr&#244;naient un retour &#224; la nature contre la soci&#233;t&#233; industrielle et consum&#233;riste. Mais cette marginalit&#233; tenait davantage &#224; un mode de vie qu'&#224; une position sociale : beaucoup de ceux qui la composaient &#233;taient issus des classes favoris&#233;es du Nord et &#233;taient pass&#233;s par les meilleures universit&#233;s. Dans les ann&#233;es 1980-1990, cette g&#233;n&#233;ration est arriv&#233;e &#224; maturit&#233; professionnelle et a donc r&#233;int&#233;gr&#233; le monde social. Elle est naturellement all&#233;e vers les milieux culturels et politiques, mais aussi au c&#339;ur de la machine &#233;conomique, dans la nouvelle &#233;conomie cr&#233;ative &#8211; informatique, internet, m&#233;dias, publicit&#233;. La Silicon Valley est devenue un des foyers majeurs du passage de la spiritualit&#233; visant la &#8220;cr&#233;ation de soi&#8221;, propre &#224; la contre-culture boh&#233;mienne de la baie de San Francisco, &#224; la &#8220;cr&#233;ativit&#233; entrepreneuriale&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;pousant toutes les aspirations fondamentales de la modernit&#233; &#8211; la figure du soi voyageur, toujours en mouvement, en qu&#234;te d'exp&#233;riences nouvelles, d'autonomie, de cr&#233;ativit&#233;, de performance et d'&#233;panouissement personnel &#8211;, le New Age est ainsi devenu la religion de notre temps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, sur quels types de croyances repose-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut faire remonter la premi&#232;re matrice &#224; l'Europe des Lumi&#232;res, au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. C'est l&#224; que l'on commence &#224; concevoir l'autonomie du sujet et l'universalit&#233; de l'humanit&#233;. Puis, le mouvement romantique du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a fait &#233;merger trois grands motifs : une nature magnifi&#233;e, investie d'une profondeur presque sacr&#233;e ; une science exalt&#233;e, porteuse de promesses illimit&#233;es ; et, une tradition id&#233;alis&#233;e, con&#231;ue comme la d&#233;positaire d'une sagesse ancienne, oubli&#233;e de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces th&#232;mes forment le d&#233;cor intellectuel et symbolique dans lequel s'est d&#233;velopp&#233; le New Age des ann&#233;es 1970 &#224; aujourd'hui. On peut par exemple citer le mouvement ra&#235;lien, pour qui le progr&#232;s scientifique repr&#233;sente l'une des voies principales du salut de l'humanit&#233; en permettant, gr&#226;ce au clonage, d'acc&#233;der &#224; la vie &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le spiritualisme est le d&#233;cor symbolique dans lequel peuvent se d&#233;ployer des projets aussi bien &#233;mancipateurs que r&#233;actionnaires &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les traditions anciennes sont, quant &#224; elles, r&#233;interpr&#233;t&#233;es &#224; travers des cat&#233;gories comme celle de &#8220;n&#233;ochamanisme&#8221;, un concept si vaste qu'il englobe aujourd'hui toutes formes de religiosit&#233; per&#231;ues comme &#8220;premi&#232;res&#8221;. Enfin, la nature occupe une place centrale dans certaines pratiques alimentaires ou m&#233;dicinales. Le reiki, m&#233;thode de soin d'origine japonaise, pr&#233;tend ainsi soulager les souffrances et favoriser l'apaisement mental en agissant sur le &#8220;souffle vital&#8221; qui circulerait dans la nature, mais aussi dans nos corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence de ces trois th&#232;mes impr&#232;gne toute la culture des soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es. Il suffit d'observer la mani&#232;re dont les publicit&#233;s mettent en sc&#232;ne des produits &#224; la crois&#233;e de la science, qui garantit son efficacit&#233; ; de la nature, qui rassure sur son innocuit&#233; ; et de la tradition, qui lui conf&#232;re l'autorit&#233; d'un savoir &#233;prouv&#233; par le temps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On remarque un attrait particulier pour les sagesses orientales. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;loignement constitue sans doute l'un des ressorts essentiels de la fascination exerc&#233;e par les sagesses orientales. Les traditions les plus proches de nous, celles dans lesquelles nous avons grandi, on ne les supporte plus. &#192; l'inverse, plus une tradition para&#238;t lointaine, plus elle semble extraordinaire. Cette distance favorise &#233;galement une grande libert&#233; d'interpr&#233;tation ! Lorsqu'une tradition demeure mal connue, chacun peut plus ais&#233;ment y projeter ses propres attentes et ses repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la popularit&#233; de ces sagesses repose aussi sur le fait qu'on les suppose enfouies dans un pass&#233; imm&#233;morial. Les religions dites &#8220;premi&#232;res&#8221; sont ainsi per&#231;ues comme plus proches des origines de l'humanit&#233;. C'est ce qui explique la fascination contemporaine pour le chamanisme, auquel est associ&#233;e l'image d'une religion plus authentique, oppos&#233;e &#224; la rigidit&#233; des grands monoth&#233;ismes. On pr&#234;te &#224; cette tradition un caract&#232;re polyth&#233;iste en raison de la multiplicit&#233; des esprits ; une dimension &#233;cologique, li&#233;e aux animaux, aux &#233;l&#233;ments et aux forces naturelles ; une conception immanente du sacr&#233;, enracin&#233;e dans la terre et le vivant ; enfin, une forte dimension corporelle, puisque l'exp&#233;rience spirituelle passe par la transe et l'extase. Ainsi, le chamanisme cesse d'&#234;tre rapport&#233; &#224; des contextes culturels pr&#233;cis &#8211; la Sib&#233;rie et la Mongolie en l'occurrence &#8211;, et devient une cat&#233;gorie appliqu&#233;e &#224; des traditions extr&#234;mement diverses. On parle de chamanisme aborig&#232;ne, sioux, navajo ou encore celte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fascination qui vire souvent &#224; l'exotisation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#224; fait. Je parle d'ailleurs d'une &#8220;hypertrophie&#8221; de l'autre, le pr&#233;fixe &#8220;hyper&#8221; signifiant en grec &#8220;plus que&#8221;. L'autre n'est plus per&#231;u pour ce qu'il est, mais pour davantage que ce qu'il est : il est une figure id&#233;ale, charg&#233;e de tous les myst&#232;res ou les vertus que l'on souhaite lui attribuer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pour b&#233;n&#233;ficier des revenus li&#233;s au tourisme, les communaut&#233;s en viennent &#224; s'auto-exotiser, &#224; produire elles-m&#234;mes l'image folkloris&#233;e que l'on se fait d'elles &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On le contraint, de ce fait, &#224; exc&#233;der sa propre identit&#233; pour correspondre &#224; l'image que l'on projette sur lui. Et s'il ne se conforme pas, on le soup&#231;onne d'&#234;tre inauthentique, de ne pas &#234;tre suffisamment fid&#232;le &#224; sa culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypertrophie de l'autre n'est pas sans cons&#233;quences ! Dans la mesure o&#249; les voyageurs d&#233;tiennent les ressources &#233;conomiques, ils disposent aussi d'un pouvoir consid&#233;rable sur les populations qu'ils rencontrent. Pour b&#233;n&#233;ficier des revenus li&#233;s au tourisme, les communaut&#233;s en viennent &#224; s'auto-exotiser, c'est-&#224;-dire &#224; produire elles-m&#234;mes l'image folkloris&#233;e que l'on se fait d'elles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc le New Age, c'est un truc de riches blancs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dirais qu'il y a une division mondiale du travail religieux. D'abord, il y a le spiritualisme, qui est le syst&#232;me de croyances h&#233;g&#233;monique. Il concerne surtout les individus fortement dot&#233;s en capital &#233;conomique et symbolique, qui privil&#233;gient des pratiques individualis&#233;es de bien-&#234;tre et de transformation de soi : r&#233;gimes alimentaires, yoga, m&#233;ditation, d&#233;veloppement personnel, etc. Ce mod&#232;le se rencontre principalement dans les soci&#233;t&#233;s du Nord, mais aussi parmi les classes ais&#233;es du Sud. Dans les pays musulmans, par exemple, il peut prendre la forme d'un n&#233;osoufisme&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le soufisme est un courant mystique de l'Islam. Le n&#233;osoufisme d&#233;tache (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres polarit&#233;s se d&#233;finissent par rapport au spiritualisme. La premi&#232;re, que l'on peut qualifier de &#8220;charismatique&#8221;, regroupe les mouvements pentec&#244;tiste ou &#233;vang&#233;lique, particuli&#232;rement pr&#233;sents au sein des populations modestes du Nord et dans les pays du Sud. Faute de pouvoir acc&#233;der pleinement au mod&#232;le individualis&#233; du bien-&#234;tre, les fid&#232;les trouvent dans l'intensit&#233; &#233;motionnelle de la communion avec le groupe une autre forme d'accomplissement. La seconde polarit&#233; se d&#233;veloppe parmi des groupes qui se sentent d&#233;poss&#233;d&#233;s, insuffisamment reconnus ou marqu&#233;s par des traumatismes historiques, comme la colonisation. Typiquement, le fondamentalisme constitue une r&#233;ponse identitaire &#224; un ordre dominant auquel on ne parvient pas &#224; s'int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces deux polarit&#233;s tendent elles aussi &#224; se &#8220;New Agiser&#8221; ! Puisque le spiritualisme est largement port&#233; par des Blancs occidentaux, qui occupent une position dominante dans l'ordre &#233;conomique et symbolique mondial, il finit par &#8220;travailler&#8221; toutes les autres croyances. Le mouvement charismatique, par exemple, accorde une importance aux gu&#233;risons, aux &#233;motions et &#224; l'exp&#233;rience mystique. M&#234;me certains groupes fondamentalistes comme Daech reprennent des motifs New Age : valorisation d'une alimentation pure, critique de la soci&#233;t&#233; industrielle et consum&#233;riste, exaltation d'un mode de vie suppos&#233;ment authentique, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous l'avez dit, dans les ann&#233;es 1970, le New Age sonne d'abord comme une promesse de rupture avec l'ordre &#233;tabli. Pourtant, il a depuis &#233;t&#233; largement absorb&#233; par le capitalisme et, plus troublant encore, certains de ses courants semblent &#234;tre franchement r&#233;actionnaires. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le spiritualisme est le d&#233;cor symbolique dans lequel peuvent se d&#233;ployer des projets aussi bien &#233;mancipateurs que r&#233;actionnaires. Le &#8220;f&#233;minin sacr&#233;&#8221;, par exemple : en associant les femmes &#224; l'intuition, au soin, au lien au corps, &#224; la nature et aux cycles, ce courant semble vouloir r&#233;habiliter des qualit&#233;s longtemps d&#233;valoris&#233;es. Mais c'est en r&#233;alit&#233; une vision essentialiste des r&#244;les de genre dans laquelle les femmes sont moins lib&#233;r&#233;es qu'assign&#233;es, reconduites &#224; une nature suppos&#233;e &#233;ternelle. De m&#234;me, la c&#233;l&#233;bration de la nature peut nourrir des projets &#233;mancipateurs comme des id&#233;ologies autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le New Age n'est pas un programme politique, c'est un d&#233;cor &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans l'Allemagne nazie, le slogan &#8220;&lt;i&gt;Blut und Boden&lt;/i&gt;&#8221; (&#8220;sang et sol&#8221;) rattachait le peuple allemand suppos&#233; &#8220;aryen&#8221; &#224; une terre, &#224; la paysannerie et &#224; un ordre naturel pr&#233;sent&#233; comme sain. La soci&#233;t&#233; &#233;tait alors pens&#233;e comme un organisme qu'il fallait prot&#233;ger contre des &#233;l&#233;ments jug&#233;s &#233;trangers ou &#8220;d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut para&#238;tre surprenant qu'une culture valorisant la nature, l'&#233;cologie ou le bien-&#234;tre, puisse glisser &#224; ce point &#224; droite. Mais c'est l&#224; tout l'enjeu : le New Age n'est pas un programme politique, c'est un d&#233;cor, un r&#233;pertoire de th&#232;mes spirituels, esth&#233;tiques et culturels, une sc&#232;ne. Et sur cette sc&#232;ne peuvent se jouer des sc&#233;narios tr&#232;s diff&#233;rents : &#233;mancipateurs ou r&#233;actionnaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;March&#233; aux miracles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au printemps dernier, les murs de Marseille se sont recouverts d'affiches annon&#231;ant l'organisation d'un Salon du bien-&#234;tre et des arts divinatoires. Avec un dossier sur le New Age dans les tuyaux, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ne pouvait d&#233;cemment pas laisser passer une occasion aussi providentielle ! Aller &lt;i&gt;zou&lt;/i&gt; : on pose ce livre de Bakounine, on ouvre grand ses chakras et on part, le c&#339;ur pur, d&#233;couvrir ce que la prometteuse expression &#171; arts divinatoires &#187; peut bien signifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, le bric-&#224;-brac insolite qui s'entasse sur les &#233;tals des exposants nous tourne un peu la t&#234;te. Sans grande conviction, on s'approche d'un stand de talismans protecteurs et tripote quelques pierres sacr&#233;es. Comme dans n'importe quel march&#233;, les exposants harponnent les passants et proposent des d&#233;monstrations gratuites. Les pendules partent &#224; 15 euros l'unit&#233; et les jeux de tarot &#224; 25 euros. Dans l'all&#233;e des m&#233;diums, on se laisse tirer les cartes comme on go&#251;terait &#224; une tapenade d'olive verte : &#171; &lt;i&gt;Votre journal coulera&lt;/i&gt;, augure une diseuse de bonaventure &#224; qui on a demand&#233; de lire l'avenir de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Mais pas avant cinq ou six ans !&lt;/i&gt; &#187; Foutue Cassandre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;vie vers un espace am&#233;nag&#233; pour accueillir des mini conf&#233;rences. Au programme, des ateliers aux intitul&#233;s baroques : &#171; Bob Lazar et les soucoupes volantes &#187;, &#171; La vie apr&#232;s la vie : s&#233;ance contact d&#233;funts &#187;, &#171; Booster sa vie personnelle ou professionnelle par les cinq &#233;l&#233;ments de la m&#233;decine traditionnelle chinoise &#187;&#8230; Un homme tente d'expliquer &#224; un auditoire distrait comment d&#233;barrasser son habitat des mauvaises ondes : &#171; &lt;i&gt;On ne vous dira pas &#231;a ici, mais la sauge, &#231;a ne sert &#224; rien !&lt;/i&gt; &#187; assure-t-il, expert. On lui demande s'il intervient chez les professionnels. &#171; &lt;i&gt;Tout &#224; fait, j'ai d&#233;j&#224; fait une boucherie par exemple. Le plus incroyable, c'est qu'ensuite, elle a doubl&#233; son chiffre d'affaires !&lt;/i&gt; &#187; Exactement ce qu'il faut &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ! L'enthousiasme retombe toutefois lorsqu'il annonce 500 euros pour &#171; &lt;i&gt;nettoyer&lt;/i&gt; &#187; nos locaux &#171; &lt;i&gt;sur photo&lt;/i&gt; &#187;. Les &#233;nergies voyageraient-elles en pi&#232;ce jointe ? On est moyennement convaincus. D'autant que quand on se confie sur la sant&#233; &#233;conomique du journal, il nous gratifie d'un conseil douteux : &#171; &lt;i&gt;Vous avez pens&#233; &#224; mettre de la pub ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence &#224; saturer, mais la conf&#233;rence suivante vient de d&#233;marrer. Un homme enturbann&#233; d&#233;bite &#224; vitesse grand V : &#171; &lt;i&gt;Ne pas avoir peur, ne pas se mentir, croire en soi et avoir la foi ! Demandez &#224; l'univers et vous recevrez ! D&#233;barrassez-vous de vos blocages ! &lt;/i&gt; &#187; On h&#233;site : c'est peut-&#234;tre une parodie ? &#171; &lt;i&gt;Vous, madame, que voulez-vous ? &lt;/i&gt; &#187; lance-t-il en pointant du doigt une spectatrice intimid&#233;e. Elle bredouille qu'elle essaie d'avoir un enfant depuis quatre ans. Le proph&#232;te se redresse, triomphant : &#171; &lt;i&gt;Elle veut des enfants, mais &#231;a fait quatre ans qu'elle n'y arrive pas ? Elle nous ment, on ne met pas quatre ans &#224; avoir des enfants si on demande assez fort &#224; l'univers !&lt;/i&gt; &#187; Aller, c'en est trop pour nous. L'univers comprendra qu'on a eu quelques blocages. Dans le m&#233;tro du retour, on reprend notre lecture anarchiste : &#171; &lt;i&gt;Si Dieu existait, il faudrait l'abolir.&lt;/i&gt; &#187; Bakounine est notre proph&#232;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse&lt;/i&gt;, 1912.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gourou indien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;M&#233;decine traditionnelle originaire d'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le soufisme est un courant mystique de l'Islam. Le n&#233;osoufisme d&#233;tache certaines pratiques de leur contexte islamique pour les associer &#224; d'autres traditions spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'Italie danse toujours</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-Italie-danse-toujours</link>
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		<dc:date>2026-06-20T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Simon Ecary</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s des Alpes, la culture underground est cibl&#233;e par la r&#233;pression d'&#201;tat. Avec quatre ans d'avance, les Italiens ont exp&#233;riment&#233; ce que les forces conservatrices pr&#233;voient chez nous pour le mouvement free party : saisies syst&#233;matiques du mat&#233;riel, amendes sal&#233;es, peines de prison et violences d'&#201;tat d&#233;brid&#233;es. &#171; L'histoire de la free party est enracin&#233;e dans le conflit &#187;, analyse Ana Situ dans son livre IncognitaK (Agenzia X, 2025). L'autrice y propose un r&#233;cit sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no253-juin-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;253 (juin 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Simon-Ecary" rel="tag"&gt;Simon Ecary&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s des Alpes, la culture underground est cibl&#233;e par la r&#233;pression d'&#201;tat. Avec quatre ans d'avance, les Italiens ont exp&#233;riment&#233; ce que les forces conservatrices pr&#233;voient chez nous pour le mouvement &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; : saisies syst&#233;matiques du mat&#233;riel, amendes sal&#233;es, peines de prison et violences d'&#201;tat d&#233;brid&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/simon_ecaryre_pression_raves.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH514/simon_ecaryre_pression_raves-ed090.jpg?1782637831' width='500' height='514' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'histoire de la &lt;/i&gt;free party&lt;i&gt; est enracin&#233;e dans le conflit &lt;/i&gt; &#187;, analyse Ana Situ dans son livre &lt;i&gt;IncognitaK (&lt;/i&gt;Agenzia X, 2025&lt;i&gt;). &lt;/i&gt;L'autrice y propose un r&#233;cit sur l'&#233;volution de la&lt;i&gt; &lt;/i&gt;teuf&lt;i&gt; &lt;/i&gt;en Italie depuis sa d&#233;couverte du milieu &#224; la fin de la pand&#233;mie, en passant par la rupture brutale du &#171; &lt;i&gt;decretto anti-rave &lt;/i&gt; &#187;. En 2022, le gouvernement Meloni fra&#238;chement &#233;lu inaugure son mandat dans un &#233;lan r&#233;pressif contre le mouvement &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;. Un mois apr&#232;s l'&#233;lection l&#233;gislative portant l'extr&#234;me droite italienne au pouvoir, un d&#233;cret-loi&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Italie le &#171; d&#233;cret-loi &#187; correspond &#224; un projet de loi en France. Il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; est propos&#233; pour durcir la r&#233;pression contre la f&#234;te libre. Il sera vot&#233; et ent&#233;rin&#233; le 30 d&#233;cembre 2022. Sans aucun doute, le coup port&#233; par cette loi a eu l'effet d'une massue dans le milieu de la teuf italienne. Mais fort de sa longue exp&#233;rience de la r&#233;pression d'&#201;tat, rompu au jeu du chat et de la souris avec les autorit&#233;s, il ne semble pas pour autant avoir dit son dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cocktail de fantasmes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les d&#233;buts du mouvement &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;, la sc&#232;ne italienne est au c&#339;ur de l'&#233;dification d'une nouvelle culture underground bizarro&#239;de. Les &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; d&#233;barqu&#233;es d'Angleterre &#224; la suite d'une loi criminalisant la musique techno en 1994 transportent avec eux l'&#233;nergie d'une contre-culture florissante. Ils atterrissent majoritairement en France et en Italie, et d&#233;clenchent une vague d'adh&#233;sion &#224; la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement : la f&#234;te libre. Ces premi&#232;res communaut&#233;s de &lt;i&gt;travellers&lt;/i&gt; soud&#233;es autour du &lt;i&gt;sound system&lt;/i&gt; essaiment. On retrouve propuls&#233;es dans ces milieux festifs des questions telles que l'autogestion, le rapport de force avec l'&#201;tat et les enjeux des luttes anti-r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais 30 ans plus tard, en Italie, l'&#233;tau se resserre. Le d&#233;cret-loi &#171; anti-rave &#187; &#171; &lt;i&gt;puni d'une peine d'emprisonnement de trois &#224; six ans et d'une amende de 1 000 &#224; 10 000 euros&lt;/i&gt; &#187; les organisateurs de &lt;i&gt;free party.&lt;/i&gt; &#192; cette r&#233;pression p&#233;nale s'ajoute la confiscation syst&#233;matique de biens priv&#233;s : mat&#233;riel de sonorisation, camions servant &#224; la fois de transport et de lieu de vie, ou encore effets personnels sans lien direct avec la f&#234;te, que leurs propri&#233;taires ne peuvent esp&#233;rer r&#233;cup&#233;rer qu'en s'acquittant de frais de garde.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La loi est bien accueillie malgr&#233; une timide contestation de la gauche institutionnelle italienne&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Quelques semaines auparavant, une gigantesque teuf avait eu lieu dans un hangar &#224; Mod&#232;ne, au nord de l'Italie, et la culture &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; s'&#233;tait retrouv&#233;e au coeur de la temp&#234;te. Presse et gouvernement s'&#233;taient empar&#233;s de l'affaire pour dresser &#224; gros traits le portrait de f&#234;tes dangereuses pour les participants, pour la tranquillit&#233; et l'ordre. Un cocktail de fantasmes bien ficel&#233;s pour unir la population italienne autour du projet r&#233;pressif du gouvernement Meloni. L'op&#233;ration fonctionne : la loi est bien accueillie malgr&#233; une timide contestation de la gauche institutionnelle italienne, craignant que les dispositions de la loi ne d&#233;bordent sur d'autres domaines que la f&#234;te libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus tard, de valeureux f&#234;tards italiens remettront le couvert pour un Witchtek 2 &#224; Mod&#232;ne, le 31 octobre 2025, dans une ancienne usine de la marque automobile de luxe Bugatti. Bruyants, fiers et politiques, les&lt;i&gt; &lt;/i&gt;teufeurs voyaient dans ce&lt;i&gt; remake&lt;/i&gt; le moyen de marquer le coup et de montrer que ce fourmillement d'&#233;nergies pr&#234;t &#224; tout pour sortir la f&#234;te de ses coordonn&#233;es marchandes &#233;tait toujours vivant. Dans le contexte de la contestation grandissante contre l'&#201;tat colonisateur et g&#233;nocidaire isra&#233;lien, cette soir&#233;e avait &#233;galement &#233;t&#233; mont&#233;e en solidarit&#233; avec le peuple palestinien : la totalit&#233; des b&#233;n&#233;fices devait &#234;tre revers&#233;e &#224; des collectifs contre le blocus naval isra&#233;lien autour de Gaza. Mais la f&#234;te finit mal : la police encercle, charge et gaze les derniers pr&#233;sents sur le site pendant plus de dix heures dans la confusion la plus totale, le mat&#233;riel est saisi et neuf personnes sont arr&#234;t&#233;es. Plus t&#244;t cette ann&#233;e-l&#224;, la r&#233;pression avait d&#233;j&#224; frapp&#233;, jusqu'&#224; r&#233;ussir &#224; arr&#234;ter une teuf&lt;i&gt; &lt;/i&gt;bien install&#233;e en mai 2025 &#224; Trentin, dans les Alpes italiennes, dans un d&#233;luge de violences polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La f&#234;te sous vos fen&#234;tres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ils ont voulu &#233;craser un mouvement entier, mais ils n'ont fait qu'ajouter de l'huile sur le feu. Face au fascisme rampant, il faut tout essayer, avec pr&#233;caution, m&#233;thode et un peu de folie &#233;videmment&lt;/i&gt; &#187;, analyse Ana. Depuis le d&#233;cret anti-rave, renforc&#233; en f&#233;vrier 2026 par un nouveau d&#233;cret-loi, (le &lt;i&gt;decretto sicurezza&lt;/i&gt;), des choses se sont pass&#233;es. Un choc de politisation au sein du mouvement &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; italien, produisant une prise de conscience collective de l'enjeu et des risques pris par les organisateurs. Un r&#233;seau national s'est mont&#233;, Smash repression, f&#233;d&#233;rant les diff&#233;rents acteurs de la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;, en Italie et ailleurs : &#171; &lt;i&gt;Une grande banni&#232;re sous laquelle rassembler une s&#233;rie de revendications h&#233;t&#233;rog&#232;nes, unies par les charges polici&#232;res, les d&#233;crets et la r&#233;pression &lt;/i&gt; &#187;, selon Incognita3, un t&#233;moin anonyme cit&#233; dans le livre d'Ana. Dans une assembl&#233;e r&#233;unie &#224; Naples par le r&#233;seau en f&#233;vrier 2023, les acteurs de la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; avaient d&#233;j&#224; pos&#233; les bases d'une riposte collective : formations juridiques avec des avocats sur les aspects l&#233;gaux de la culture anti-r&#233;pressive, mais aussi luttes antisexistes en teuf ou r&#233;duction des risques (RDR)... Face &#224; l'&#233;tau policier et judiciaire, il ne s'agit plus seulement de se d&#233;fendre, mais de construire &#171; &lt;i&gt;un imaginaire r&#233;sistant pour repenser les outils et pratiques capables de produire une narration propre au mouvement&lt;/i&gt; &#187;, poursuit Incognita3. En plus d'une plateforme de discussion, Smash Repression s'est illustr&#233; par la r&#233;appropriation d'un mode de contestation un peu oubli&#233; : la &#171; mani'festive &#187; ou &#171; &lt;i&gt;street parade&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Si vous nous interdisez de faire la f&#234;te, alors nous viendrons la monter sous vos fen&#234;tres&lt;/i&gt; &#187;, explique un autre teufeur dans &lt;i&gt;IncognitaK&lt;/i&gt;. Des mois durant, les grandes villes italiennes ont ainsi vu d&#233;filer d'immenses sonos, habituellement rel&#233;gu&#233;es aux marges des villes et campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;On n'arr&#234;te pas un peuple qui danse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme en Italie, la r&#233;pression contre les &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt; va aussi bon train en France. Face au durcissement des sanctions pr&#233;vu par les r&#233;centes lois RIPOST et PPL1133, des structures comme Tekno AntiRep se sont mont&#233;es en soutien au mouvement, contre les saisies de mat&#233;riel et la stigmatisation de la culture &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;. La pratique de la mani'festive est aussi revenue. Mais attention, avertit un teufeur dans &lt;i&gt;IncognitaK&lt;/i&gt;, car en Italie &#171; &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;street parade&lt;i&gt; a &#233;t&#233; mal comprise&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;[Elle] n'a pas r&#233;ussi &#224; converger avec d'autres luttes, et elle s'est vid&#233;e de son contenu politique. De simples promenades autor&#233;f&#233;rentielles tol&#233;r&#233;es par les autorit&#233;s, pendant que les &lt;/i&gt;free party&lt;i&gt; restaient rares, petites et fortement r&#233;prim&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public italien s'est &#233;galement resserr&#233; : moins de teufs, moins de monde, moins longtemps, l'esprit plus alerte sur le surgissement possible de l'en-dehors (les keufs). Une teufeuse fran&#231;aise t&#233;moigne de ce changement : depuis les lois r&#233;pressives du gouvernement Meloni, les f&#234;tes de l'autre c&#244;t&#233; des Alpes auxquelles elle a particip&#233; ne rassemblaient que quelques centaines de personnes tout au plus. Des &#233;v&#233;nements, plus discrets, permettant encore de passer sous les radars policiers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pour chaque voix r&#233;duite au silence et chaque personne incarc&#233;r&#233;e, il y aura mille autres TAZ pr&#234;tes &#224; se soulever, &#224; occuper, &#224; lib&#233;rer et &#224; cr&#233;er le conflit &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions critiques de sp&#233;cialistes du droit p&#233;nal et de constitutionnalistes italiens auront au moins permis d'all&#233;ger la charge p&#233;nale qu'encourent les simples participants &#224; la f&#234;te. Une victoire fragile, mais pas anodine, qui laisse aux teufeurs une voie encore ouverte : celle du recours juridique. Le&lt;i&gt; decretto sicurezza&lt;/i&gt; est ainsi aujourd'hui la cible de nouvelles critiques des magistrats. S'il n'y a pas d'&#233;vidence sur la marche &#224; suivre pour &#233;chapper &#224; cette pouss&#233;e r&#233;pressive, Ana nous invite toutefois &#224; l'optimisme : &#171; &lt;i&gt;Cr&#233;ons des alliances internationales, conscientes et combatives. Pour chaque voix r&#233;duite au silence et chaque personne incarc&#233;r&#233;e, il y aura mille autres TAZ [&lt;/i&gt;Temporary autonomous zone&lt;i&gt;, ou Zone autonome temporaire en fran&#231;ais, ndlr] pr&#234;tes &#224; se soulever, &#224; occuper, &#224; lib&#233;rer et &#224; cr&#233;er le conflit. Depuis plus de 30 ans, le mouvement a affront&#233; la r&#233;pression. Nous ne nous sommes jamais laiss&#233;s dompter par l'Histoire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;ADN23&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Italie le &#171; d&#233;cret-loi &#187; correspond &#224; un projet de loi en France. Il est propos&#233; par le gouvernement avant d'&#234;tre vot&#233; par le pouvoir l&#233;gislatif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La culture free ne th&#233;orise pas une id&#233;ologie libertaire : elle la fait vivre &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-culture-free-ne-theorise-pas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-culture-free-ne-theorise-pas</guid>
		<dc:date>2026-06-13T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Triton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rave party, free party, teknival : dans les m&#233;dias comme chez les politiques, &#231;a cafouille s&#233;v&#232;re. Mais une chose est claire : quel que soit le nom, ils sont contre. Dans Free party : une histoire, des histoires (Le mot et le reste, 2024), le musicologue et ancien teufeur Guillaume Kosmicki, revient sur l'histoire de cette f&#234;te libre, d&#233;but&#233;e dans les ann&#233;es 1990, et toujours pas termin&#233;e. Entretien. Avant d'entrer dans le sujet, est-ce qu'on peut remettre un peu d'ordre dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no253-juin-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;253 (juin 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Triton" rel="tag"&gt;Triton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rave party, free party&lt;/i&gt;, teknival : dans les m&#233;dias comme chez les politiques, &#231;a cafouille s&#233;v&#232;re. Mais une chose est claire : quel que soit le nom, ils sont contre. Dans &lt;i&gt;Free party : une histoire, des histoires&lt;/i&gt; (Le mot et le reste, 2024), le musicologue et ancien teufeur Guillaume Kosmicki, revient sur l'histoire de cette f&#234;te libre, d&#233;but&#233;e dans les ann&#233;es 1990, et toujours pas termin&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/triton_techno_tchatcher_jospin_rvb.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH374/triton_techno_tchatcher_jospin_rvb-a3d7d.jpg?1782637831' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant d'entrer dans le sujet, est-ce qu'on peut remettre un peu d'ordre dans les d&#233;finitions : c'est quoi la diff&#233;rence entre &lt;i&gt;rave party, free party&lt;/i&gt; et teknival ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'origine, les &lt;i&gt;raves parties &lt;/i&gt;d&#233;signent des f&#234;tes clandestines organis&#233;es autour des musiques &#233;lectroniques apparues dans l'Angleterre de la fin des ann&#233;es 1980. &#192; l'&#233;poque les clubs fermaient &#224; 2 heures du matin, laissant sur le carreau toute une jeunesse compl&#232;tement &#233;lectris&#233;e. La &lt;i&gt;rave&lt;/i&gt; venait combler une soif de prolonger la nuit. Le mot en lui-m&#234;me signifie &#8220;battre la campagne&#8221;, mais renvoie aussi &#224; l'id&#233;e de d&#233;blat&#233;rer, d&#233;lirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, toujours au Royaume-Uni, &#233;mergent les &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt;. Leur moteur : le nomadisme, l'id&#233;e d'une f&#234;te qui se d&#233;place. Issues de la culture squat, elles portent un id&#233;al plus libertaire o&#249; l'esprit communautaire prime sur la logique marchande. Peu &#224; peu, le mouvement revendique son ancrage &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; et rompt avec les &lt;i&gt;raves&lt;/i&gt;, jug&#233;es trop commerciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le teknival est, en quelque sorte, un festival de &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt; : il rassemble plusieurs &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; et s'&#233;tire sur plusieurs jours. Le premier &#233;v&#232;nement qui porte ce nom est organis&#233; en juillet 1993 &#224; Beauvais, m&#234;me si &#231;a avait d&#233;j&#224; eu lieu au Royaume-Uni. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, le mouvement traverse la Manche et essaime en Europe. C'est en France que &#231;a prend le plus fort. Pourquoi s'exporte-t-il et qu'a-t-il trouv&#233; de si propice en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Angleterre vit sous la chape de plomb des ann&#233;es Thatcher. Une premi&#232;re grande offensive contre les f&#234;tes technos vient avec une loi de 1994 visant les &#8220;&lt;i&gt;rassemblements non autoris&#233;s sur fond de musique r&#233;p&#233;titive&lt;/i&gt;&#8221;. Sous pression, certains collectifs cherchent &#224; s'exiler. La France s'impose alors comme la destination id&#233;ale : elle est proche g&#233;ographiquement, et les premiers &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; du mouvement, comme Spiral Tribe, ont des contacts &#224; Paris. Sur place, ils trouvent des friches industrielles, des grands espaces naturels sans voisins, de nombreuses possibilit&#233;s de squat&#8230; Un paradis. Le contexte fran&#231;ais fait le reste. Politiquement, le mitterrandisme est en fin de course et les choses ont tourn&#233; vinaigre. Musicalement, le rock alternatif s'essouffle. Une partie de la jeunesse est qu&#234;te d'autre chose. Et puis surtout, en France, la police n'a pas encore identifi&#233; le ph&#233;nom&#232;ne : les groupes n'ont qu'&#224; s'installer et brancher le son. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez que &#171; la f&#234;te libre repose sur une musique libre &#187;. En quoi la techno incarne cette id&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une musique pens&#233;e pour &#234;tre mix&#233;e, c'est-&#224;-dire fondue dans un flux sonore continu. Cette logique existait d&#233;j&#224; dans le disco, mais elle devient ici centrale : le morceau n'est plus construit comme une chanson avec son intro, son d&#233;veloppement et son dernier accord qui ferme le r&#233;cit. La techno repose sur des &#233;l&#233;ments qui apparaissent et disparaissent, se superposent, sans qu'aucun ne domine. Dans cette architecture, le &lt;i&gt;beat&lt;/i&gt;, seul &#233;l&#233;ment omnipr&#233;sent, ne se comporte pas non plus en soliste.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il est question de libert&#233;, dans ce qu'elle a de plus concret &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand un producteur grave un morceau sur disque, il l'offre en quelque sorte &#224; la communaut&#233; : il accepte qu'il soit manipul&#233;, m&#233;lang&#233; et combin&#233; &#224; d'autres sons. Un DJ peut venir le sublimer &#8211; ou le massacrer. De toute fa&#231;on, &#224; l'origine m&#234;me du morceau, il y a souvent d&#233;j&#224; un &lt;i&gt;sample&lt;/i&gt;. C'est une autre mani&#232;re de penser la musique : non plus comme une &#339;uvre close, sign&#233;e, prot&#233;g&#233;e, mais comme une mati&#232;re commune et mouvante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous soulignez aussi que le mouvement repose sur &#171; peu de valeurs communes &#187;, qu'il n'a pas de textes fondateurs, si ce n'est quelques flyers qui diffusent des messages succincts. Comment comprendre cette culture sans manifeste ? Que recouvre ce &#171; peu de valeurs communes &#187; qui semble malgr&#233; tout faire tenir la communaut&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s le d&#233;part, le mouvement est tr&#232;s disparate. Certains, domin&#233;s par un nihilisme assum&#233;, disaient qu'ils dansaient &#8220;&lt;i&gt;sur les ruines de l'Occident&lt;/i&gt;&#8221;. Pour d'autres, la &lt;i&gt;free&lt;/i&gt; &#233;tait au contraire porteuse d'une promesse : celle d'inventer d'autres formes de sociabilit&#233;s, de construire les fondations d'un nouveau monde. Pour d'autres encore, c'&#233;tait une respiration dans une vie de boulot. Mais m&#234;me dans cette dimension de loisir, faire la f&#234;te dans un espace clandestin, mobile, autog&#233;r&#233; est difficilement neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; l'argent circule bien s&#251;r, mais l'&#233;v&#232;nement n'est pas pens&#233; comme une entreprise lucrative. Il y est surtout question de libert&#233;, dans ce qu'elle a de plus concret. Pas en th&#233;orisant une id&#233;ologie libertaire, mais en la faisant vivre : en occupant temporairement un lieu, en circulant librement, en remettant en cause la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Tout cela se fait dans une grande horizontalit&#233; : chacun peut monter un stand, faire &#224; manger, aider &#224; installer, r&#233;parer, accueillir, transmettre. Un &#8220;&lt;i&gt;do it yourself&lt;/i&gt;&#8221; g&#233;n&#233;ralis&#233; qui s'inscrit dans la fa&#231;on m&#234;me de faire de la musique : dans les ann&#233;es 1990, par exemple, les teufeurs bricolent de vieux Atari, ces ordinateurs embl&#233;matiques de la fin des ann&#233;es 1980, pour piloter des s&#233;quenceurs, des bo&#238;tes &#224; rythmes ou des synth&#233;tiseurs. Et si le rapport &#224; la machine, au &lt;i&gt;sound system&lt;/i&gt;, est &#233;videmment central, le rapport aux espaces travers&#233;s l'est tout autant. Friches, for&#234;ts, champs, carri&#232;res, montagnes, l'id&#233;e est de dispara&#238;tre comme on est apparu, sans laisser de trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a l'exp&#233;rience m&#234;me. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les rituels d'entr&#233;e dans l'&#226;ge adulte n'existent pratiquement plus (on peut parler du vote ou du permis de conduire, mais ces marqueurs sont trop faibles pour faire basculer une existence), ces f&#234;tes ont invent&#233; leurs propres seuils : partir, se perdre, danser, aider, &#233;prouver la transe, se d&#233;passer, se confronter aux &#233;l&#233;ments et revenir transform&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la &lt;i&gt;free&lt;/i&gt; ne s'est pas d'embl&#233;e pens&#233;e comme &#171; politique &#187;, aujourd'hui les choses semblent changer : banderoles antifas en teknival, &#233;v&#232;nements organis&#233;s en soutien &#224; Gaza...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France, il y avait d&#233;j&#224; eu un tournant en 2001, avec le premier texte r&#233;pressif visant directement les &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt; adopt&#233; sous le gouvernement Jospin. Le mouvement se retrouve forc&#233; &#224; sortir de l'ombre. Les &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; doivent s'organiser, d&#233;signer des interlocuteurs pour r&#233;pondre aux m&#233;dias, aller discuter avec les minist&#232;res. Bref : faire tout ce qu'ils ne savaient pas faire et qu'ils n'avaient jamais voulu faire. J'&#233;tais &#224; Marseille &#224; ce moment-l&#224;, on a cherch&#233; &#224; se rapprocher d'autres milieux, comme les anarchistes de la Plaine. On a organis&#233; des manifs et on a m&#234;l&#233; nos sonos &#224; celles des autres. On a fait du lien. La r&#233;pression a produit ce paradoxe qu'elle a oblig&#233; une sc&#232;ne qui se pensait largement hors du champ politique &#224; se politiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, &#224; partir des ann&#233;es 2010, la &lt;i&gt;free &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; rattrap&#233;e par les questions de genre et de rapports de domination. &#192; l'origine, le milieu &#233;tait tr&#232;s masculin, parfois franchement macho. Les nouvelles g&#233;n&#233;rations ont commenc&#233; &#224; interroger les pratiques, les ambiances, les places assign&#233;es &#224; chacun. Aujourd'hui, la f&#234;te s'est compl&#232;tement empar&#233;e de ces sujets. C'est bon signe : &#231;a veut dire qu'elle n'est pas reste fig&#233;e dans les ann&#233;es 1990 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous terminez votre livre en disant que t&#244;t ou tard, les acteurs du milieu tombent dans &#171; une sorte de gueule de bois, un sentiment d'&#233;chec, de d&#233;sillusion ou m&#234;me de trahison &#187;. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour aller en &lt;i&gt;free&lt;/i&gt;, il faut donner de sa personne. Rien n'y est simple ni garanti. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment cette part d'effort, de risque et d'inconfort qui donne &#224; ces f&#234;tes leur intensit&#233;. Mais &#224; l'&#233;chelle individuelle, &#231;a a un co&#251;t. Les &lt;i&gt;sounds system&lt;/i&gt; tiennent rarement plus de cinq ou dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Teknival-les-caissons-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il y a cet univers parall&#232;le, plus libre, plus vivant, qu'on a construit avec l'espoir qu'il d&#233;borde&lt;/a&gt;, au moins un peu, sur le r&#233;el. Alors, quand on comprend que le monde n'a pas vraiment chang&#233;, qu'il a m&#234;me continu&#233; &#224; tourner sans nous, la d&#233;sillusion peut &#234;tre brutale. Mais beaucoup prolongent l'exp&#233;rience autrement, chacun &#224; sa mani&#232;re : en vivant des vies atypiques, en se professionnalisant dans l'&#233;v&#233;nementiel, la technique, le monde de la nuit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a s&#251;rement l&#224; quelque chose de propre &#224; tout id&#233;al. Mais une chose demeure frappante : celui des &lt;i&gt;free&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; assez puissant pour faire tenir le mouvement plus de 30 ans. Pour une culture n&#233;e comme un mouvement de jeunesse, traverser ainsi les g&#233;n&#233;rations, se r&#233;inventer sans dispara&#238;tre, c'est vraiment pas mal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Teknival : les caissons de la r&#233;sistance</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Teknival-les-caissons-de-la</link>
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		<dc:date>2026-06-06T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lily la Fronde</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que le gouvernement durcit son arsenal l&#233;gislatif contre les free parties, des dizaines de milliers de teufeurs se sont retrouv&#233;s au Teknival 2026. Reportage au c&#339;ur d'une f&#234;te devenue espace de r&#233;sistance, entre revendications politiques, solidarit&#233; et volont&#233; farouche de rester libre. Il est 4 heures du matin ce vendredi 1er mai 2026, les grenouilles coassent et les rossignols chantent. Le premier convoi p&#233;n&#232;tre sur le champ de tir militaire, et la lune, encore pleine, veille sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no253-juin-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;253 (juin 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH149/illustration_teknival_dro_le_v2_rvb-7a317.png?1782637832' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le gouvernement durcit son arsenal l&#233;gislatif contre les &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt;, des dizaines de milliers de teufeurs se sont retrouv&#233;s au Teknival 2026. Reportage au c&#339;ur d'une f&#234;te devenue espace de r&#233;sistance, entre revendications politiques, solidarit&#233; et volont&#233; farouche de rester libre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/chenille_teknival-cmjn.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH407/chenille_teknival-cmjn-1914b.jpg?1782637832' width='500' height='407' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est 4 heures du matin ce vendredi 1er mai 2026, les grenouilles coassent et les rossignols chantent. Le premier convoi p&#233;n&#232;tre sur le champ de tir militaire, et la lune, encore pleine, veille sur le Polygone de Bourges, en passe de devenir pour quelques jours une &#171; Zone autonome temporaire &#187;. Une &#171; TAZ &#187; comme on dit en anglais, un concept verbalis&#233; dans les ann&#233;es 1980 par Hakim Bey, dans un ouvrage &#233;ponyme publi&#233; en douze langues. L'&#233;crivain-po&#232;te et &#171; anarchiste ontologiste &#187; autoproclam&#233; pensait-il devenir une r&#233;f&#233;rence internationale dans le milieu de la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En camion, camping-car, en voiture ou &#224; pied, les teufeurs se rassemblent pour c&#233;l&#233;brer leur grand-messe annuelle : le Teknival. La libert&#233; en &#233;tendard, ils viennent de tout le pays, et au-del&#224;, par dizaines de milliers, pour construire en quelques heures une microsoci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e, qui porte en son sein les valeurs de partage, de bienveillance, de solidarit&#233; et de sinc&#233;rit&#233;. Ici, l'entr&#233;e est gratuite, la donation est libre, et il n'y a pas de physio pour dire : &#171; &lt;i&gt; Toi, tu rentres, toi tu rentres pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Refuser que la f&#234;te soit une marchandise, c'est dans l'ADN de la free&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les teufeurs, des bisounours ? Pas loin. Des pacifistes, en tout cas. Et qui ramassent leurs d&#233;chets, en plus. &#192; mille lieues du clich&#233; stigmatisant qu'aiment &#224; propager les m&#233;dias mainstream.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un Teknival politique sous haute tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, on c&#233;l&#232;bre la 33e &#233;dition du &#171; FrenchTek &#187; &#224; Cornusse, un village de 226 habitants pr&#232;s de Bourges. La proximit&#233; avec la pr&#233;fecture du Cher n'est pas un hasard. La ville sera capitale europ&#233;enne de la culture en 2028. Culture qui inclut la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;, par la r&#233;cente inscription des musiques &#233;lectroniques au Patrimoine culturel immat&#233;riel fran&#231;ais de l'Unesco. Au m&#234;me titre que la haute couture fran&#231;aise, la tapisserie d'Aubusson, ou le fest-noz breton. Bourges est aussi un clin d'&#339;il au ministre de l'Int&#233;rieur Laurent Nu&#241;ez, natif du coin.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Le terrain, lui, appartient &#224; la Direction g&#233;n&#233;rale de l'armement (DGA). Un symbole antimilitariste fort dans le contexte g&#233;opolitique actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; &lt;i&gt;rassemblement exclusivement festif &#224; caract&#232;re musical&lt;/i&gt; &#187;, c'est comme &#231;a qu'est d&#233;finie la &lt;i&gt;free party &lt;/i&gt;dans la loi 1133 adopt&#233;e en premi&#232;re lecture le 9 avril par l'Assembl&#233;e nationale. Sur une proposition de la d&#233;put&#233;e Horizon La&#235;titia Saint-Paul, le Palais Bourbon entend durcir les sanctions relatives &#224; ces f&#234;tes libres et gratuites se d&#233;roulant le temps d'une nuit ou de quelques jours dans un b&#226;timent d&#233;saffect&#233;, un champ, une clairi&#232;re, un terrain militaire&#8230; D'apr&#232;s le rapport Dumont de 2008, si elles sont consid&#233;r&#233;es comme &#171; non d&#233;clar&#233;es &#187;, donc &#171; ill&#233;gales &#187;, c'est parce que leurs demandes sont syst&#233;matiquement suivies d'un refus.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est dans les petites free parties que naissent les sound systems qui en grandissant deviendront organisateurs des Teknivals de demain. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'amendement Mariani &#224; la loi sur la s&#233;curit&#233; quotidienne post attentats du 11 septembre 2001 avait fait basculer le monde de la &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; dans l'ill&#233;galit&#233; &#224; partir de 500 personnes, la PPL 1133 abaisse la jauge &#224; 250 personnes, pr&#233;voit six mois de prison et 30 000 euros d'amende pour les organisateurs, 1 500 pour les participants &#8211; contre 135 actuellement. Dissuasif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route, mon copilote s'inqui&#232;te : &#171; &lt;i&gt;C'est dans les petites &lt;/i&gt;free parties&lt;i&gt; que naissent les &lt;/i&gt;sound systems&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si le terme de sound system d&#233;signe avant tout le mat&#233;riel de sonorisation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;qui, en grandissant, deviendront organisateurs des Teknivals de demain. Dans un grand rassemblement comme celui-ci, on est assez nombreux pour que les forces de l'ordre soient d&#233;bord&#233;es, alors que dans une petite &lt;/i&gt;free&lt;i&gt; r&#233;unissant 300 personnes, c'est facile de verbaliser tout le monde. Si ces petits &#233;v&#233;nements meurent, c'est la fin de notre culture.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me la cr&#232;me de la sc&#232;ne l&#233;gale des musiques &#233;lectroniques s'inqui&#232;te du passage de cette loi dans une tribune&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D&#233;put&#233;&#183;es, ne criminalisez pas les free parties &#187;, Lib&#233;ration (27/03/2026).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marque d'un acharnement liberticide, le projet de loi RIPOST de Laurent Nu&#241;ez &#171; &lt;i&gt;visant &#224; offrir des r&#233;ponses imm&#233;diates aux ph&#233;nom&#232;nes troublant l'ordre public, la s&#233;curit&#233; et la tranquillit&#233; des citoyens&lt;/i&gt; &#187;, et qui met dans le m&#234;me panier &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt;, rod&#233;os sauvages, consommation de protoxyde d'azote, narcotrafic et violences dans les stades, est encore plus s&#233;v&#232;re. Dans ce contexte, le Teknival 2026 go&#251;te fort la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/illu_camping-car_teknival-jpeg-rvb.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/illu_camping-car_teknival-jpeg-rvb-17a44.jpg?1782637832' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;De la route, des keuf et du &#171; Do it yourself &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le trajet nocturne a &#233;t&#233; long. Mais teufeur rime avec d&#233;termination. En d&#233;coulent des sc&#232;nes improbables comme celle d'une personne en fauteuil roulant, bard&#233; de matos de camping, se faisant tirer par une moto sur une d&#233;partementale, au beau milieu d'une file interminable de camions. La TAZ commence ici. Comme lors de tout Teknival, le lieu a &#233;t&#233; tenu secret le plus longtemps possible, et le trajet rythm&#233; par un jeu du chat et de la souris perdu d'avance pour les forces de l'ordre. Car &#171; &lt;i&gt;rien n'arr&#234;te un peuple qui danse&lt;/i&gt; &#187;, selon le mot d'ordre des teufeurs. Surtout quand il rassemble entre 20 000 et 40 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet d'une immensit&#233; de verdure berrichonne baign&#233;e par les premi&#232;res lueurs du jour, personne ne ch&#244;me. &#192; peine descendue des camions, l'orga est sur le pont. Les structures s'&#233;l&#232;vent, les d&#233;cors prennent forme, les poids lourds continuent d'affluer et les chapiteaux se dressent au doux son des marteaux-piqueurs. &#171; &lt;i&gt;Les punks ne sont pas morts&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire sur la fa&#231;ade d'un &lt;i&gt;sound system&lt;/i&gt; mont&#233; par des organisateurs d'&#224; peine 25 ans. Impossible d'en douter. Car la &lt;i&gt;free&lt;/i&gt;, c'est aussi l'univers de la d&#233;brouille, l'incarnation du &#171; &lt;i&gt;do it yourself &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Beaucoup d'entre nous ont commenc&#233; &#224; tra&#238;ner en &lt;/i&gt;free&lt;i&gt; dans une p&#233;riode de recherche d'identit&#233;, et c'est dans ce milieu qu'on a appris les bases de l'&#233;lectricit&#233;, du son, de la lumi&#232;re, de la menuiserie. On fabrique de toutes pi&#232;ces nos d&#233;cors et nos murs de son&lt;/i&gt; &#187;, nous confie un organisateur. Des comp&#233;tences, des savoir-faire, une expertise, acquis en &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;, qui ont permis &#224; des jeunes de trouver du travail dans le spectacle vivant ou l'&#233;v&#233;nementiel. Pourtant, ils continuent toute l'ann&#233;e de consacrer leur temps libre &#224; l'organisation de &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt;, pour l'unique plaisir de faire danser les gens. Et &#224; leurs frais. Des &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; passionn&#233;s, et non r&#233;mun&#233;r&#233;s, qui savent qu'&#224; la sortie, tout leur mat&#233;riel sera saisi. Refuser que la f&#234;te soit une marchandise, c'est dans l'ADN de la &lt;i&gt;free&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'installation, la journ&#233;e d&#233;file doucement pour le public. Le flux d'arriv&#233;es victorieuses est incessant. &#192; dix dans une Clio, ou huit sur une palette tir&#233;e par un tracteur tondeuse. La moyenne d'&#226;ge est basse, les tenues aussi classiques qu'improbables, les accents chantent. Un village g&#233;ant prend forme, avec ses rues et ses croisements. Certains font la sieste, d'autres prom&#232;nent leur chien, jouent aux cartes ou aux fl&#233;chettes &#224; l'arri&#232;re d'un camion mieux &#233;quip&#233; qu'un studio parisien, remplissent des grilles de mots crois&#233;s et font connaissance avec leurs voisins. &#171; &lt;i&gt;On a du th&#233; et du caf&#233; si vous voulez. Et on a install&#233; des toilettes s&#232;ches. N'h&#233;sitez pas &#224; les utiliser&lt;/i&gt; &#187;, par-ci. &#171; &lt;i&gt;Eh, les voisins, vous n'auriez pas une carotte pour les lasagnes ? &lt;/i&gt; &#187; par-l&#224;. Cal&#233; en mode camping &#224; l'arri&#232;re d'un&lt;i&gt; sound system&lt;/i&gt;, on cherche encore les criminels qui font tant trembler la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de journ&#233;e, vient le moment que tout le monde attend. Les basses se mettent en branle et leurs vibrations commencent &#224; faire trembler le sol. C'est parti pour une nuit de son r&#233;p&#233;titif dont la fr&#233;quence rappelle, selon les musicologues, les battements du c&#339;ur d'une m&#232;re qui berce son enfant encore &#224; l'&#233;tat de f&#339;tus.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entre la f&#234;te au petit vin blanc et la manifestation radicale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Teknival n'est ni plus ni moins que la version moderne d'une immense f&#234;te de village, avec ses treize murs de son, son cin&#233;ma sauvage, ses guinguettes, ses &lt;i&gt;foodtrucks&lt;/i&gt;, ses attractions. Un espace d'expression artistique rare, o&#249; il y a &#224; boire, et &#224; manger : cr&#234;pes, frites, pizza, hot-dogs, salades de fruits... En g&#233;n&#233;ral, du fait maison et le tout en circuit court : la gn&#244;le de pays, le cidre breton, la bi&#232;re artisanale. &#171; &lt;i&gt;La &lt;/i&gt;free party&lt;i&gt;, c'est la r&#233;appropriation de notre terroir et de nos savoir-faire. La &lt;/i&gt;free&lt;i&gt;, c'est la France. On ne peut pas laisser &#231;a aux mains de l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt; &#187;, clame Charka, bob sur la t&#234;te, assis sur sa chaise de camping. Hiss&#233;s haut un peu partout, des pavillons pirates et antifascistes flottent dans le ciel bleu. Un camion surmont&#233; d'un lance-flamme crache des bulles de savon. On d&#233;ambule comme sur un march&#233; estival. Sur les stands improvis&#233;s, beaucoup de choses sont &#224; prix libre ; des plants de tomate, des Nokia 3310, et m&#234;me des pav&#233;s pour contrer la PPL 1133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi, de 14 heures &#224; 16 heures, les &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; coupent le son. Un moment de repos et de nettoyage, utile et n&#233;cessaire. On s'enfile un plateau d'hu&#238;tres Marennes-Ol&#233;ron, un verre de vin blanc et on se pose sous le chapiteau de la radio libre qui &#233;met en bonne pirate sur tout le secteur. Le public &#233;change sur ce qui peut &#234;tre am&#233;lior&#233; : la gestion des d&#233;chets, de l'hygi&#232;ne, le bien-&#234;tre des chiens, la relation avec les m&#233;dias, les violences polici&#232;res ou comment restaurer un dialogue avec l'&#201;tat. Le collectif Techno plus intervient sur la r&#233;duction des risques (RDR) li&#233;s &#224; la consommation de drogues.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le fonctionnaire de mairie qui sniffe discr&#232;tement son rail avant d'entrer en r&#233;union n'a pas &#224; se cacher en free party : on ne juge pas les consommateurs&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les violences sexistes et sexuelles (VSS) sont aussi abord&#233;es ; les victimes sont syst&#233;matiquement prises en charge (ce qui n'est pas toujours le cas en discoth&#232;que). Oui, il y a des dysfonctionnements en Teknival, comme dans toute micro-soci&#233;t&#233; de 40 000 personnes. Mais toutes les bonnes volont&#233;s se rejoignent pour les r&#233;gler. C'est &#231;a, l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;me r&#233;current : l'avenir du mouvement. &#171; &lt;i&gt;Ce teknival est une manifestation radicale. Et ce terrain, il vaut mieux y danser que le bombarder !&lt;/i&gt; &#187; lance un intervenant. Le public acquiesce. Le collectif Tekno AntiRep, n&#233; en 2022 en r&#233;action &#224; la r&#233;pression du mouvement &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; en Italie, porte une parole militante : &#171; &lt;i&gt;Notre volont&#233; est de redonner de la voix aux&lt;/i&gt; sounds&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Les m&#233;diateurs font tourner des petits papiers, les participants y inscrivent leurs dol&#233;ances. Sylvain, ancien organisateur, insiste : &#171; &lt;i&gt; Avant, il n'y avait pas de r&#233;pression comme aujourd'hui. Il va falloir s'organiser, mais ce ne sera jamais la mort de la teuf.&lt;/i&gt; &#187; Entre deux averses, des strat&#233;gies se profilent pour organiser une forme de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/illu-chienne-teknival-_v4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/illu-chienne-teknival-_v4-ed57b.jpg?1782637832' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et pendant ce temps, dans les m&#233;dias...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des cha&#238;nes d'info en continu aux colonnes de la presse quotidienne r&#233;gionale, on s'insurge. Le pr&#233;fet du Cher d&#233;plore l'arriv&#233;e des teknivaliers sur un terrain militaire jug&#233; &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s dangereux&lt;/i&gt; &#187; par la pr&#233;sence d'&#233;ventuelles munitions non explos&#233;es. On viendrait m&#234;me d'y d&#233;couvrir un obus ! Les barri&#232;res du Polygone sont pourtant ouvertes jour et nuit. Ici, pas de fils barbel&#233;s, et &#224; en juger par la hauteur de l'herbe, les lieux sont entretenus par des v&#233;hicules agricoles. Sur Cnews, on d&#233;nonce &#171; &lt;i&gt;trois jours de chaos&lt;/i&gt; &#187;. Pascal Praud r&#233;clame l'ouverture de prisons pour y enfermer les teufeurs. Pas sa pire id&#233;e : enfin un lieu l&#233;gal pour se rassembler et s'organiser. On accuse le Teknival de perturber la faune locale avec de la musique, elle qui vit le reste de l'ann&#233;e au rythme d'essais de tirs militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question sanitaire : la teuf, ce repaire de drogu&#233;s, une image &#224; la dent dure. Oui, de la drogue circule au Teknival. Comme dans le reste de la soci&#233;t&#233;. Mais le fonctionnaire de mairie qui sniffe discr&#232;tement son rail avant d'entrer en r&#233;union n'a pas &#224; se cacher en &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;. On ne juge pas les consommateurs. Ils sont m&#234;me aid&#233;s par les 150 b&#233;n&#233;voles des onze collectifs RDR pr&#233;sents sur le site. &#171; &lt;i&gt;Beaucoup de personnes ont d&#233;croch&#233; gr&#226;ce &#224; la &lt;/i&gt;free&lt;i&gt; en trouvant un accompagnement dans ce milieu, qu'ils n'ont pas trouv&#233; &#224; l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187;, raconte un habitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants des environs, eux, ne se plaignent pas. &#171; &lt;i&gt;On n'a jamais d'animation chez nous ! Si &#231;a peut recommencer, &#231;a me d&#233;range pas ! Qu'ils reviennent, ils seront les bienvenus !&lt;/i&gt; &#187; lance Simone, 92 ans, &#224; la cam&#233;ra de RMC. Interrog&#233; par &lt;i&gt;Le Berry r&#233;publicain&lt;/i&gt;, Marc Trompat, &#233;picier &#224; Bengy-sur-Craon depuis 34 ans, a vu ses ventes exploser, et se dit &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s content d'avoir vu autant de participants&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La free party, un mouvement lib&#233;rateur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aux clich&#233;s des m&#233;dias de masse, on pr&#233;f&#233;rera ceux, plus esth&#233;tiques, de la photographe militante Talesofrave, venue poser son expo malgr&#233; la m&#233;t&#233;o capricieuse. Teufeuse depuis 12 ans, la jeune femme immortalise et documente la r&#233;alit&#233; de la &lt;i&gt;free party, &lt;/i&gt;souhaitant &#171; &lt;i&gt; laisser des traces face &#224; l'effacement institutionnel &lt;/i&gt; &#187;. R&#233;guli&#232;rement t&#233;moin de la violence des forces de l'ordre envers les participants, elle d&#233;nonce une &#171; &lt;i&gt;impunit&#233; insupportable&lt;/i&gt; &#187;, notamment en 2021 lors de la r&#233;pression du Teknival de Redon en Bretagne, organis&#233; en hommage &#224; Steve Maia Cani&#231;o, d&#233;c&#233;d&#233; le soir de la F&#234;te de la musique 2019 &#224; Nantes, suite &#224; la charge violente de CRS l'ayant propuls&#233; dans la Loire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#192; la base, je viens d'un milieu de droite hyper catho et c'est en teuf que j'ai pu me politiser et sortir de sch&#233;mas qui ne me correspondaient pas &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; son instar, Kamilla, cheffe de projet et membre de Tekno AntiRep, l'affirme : &#171; &lt;i&gt;La teuf a sauv&#233; ma vie.&lt;/i&gt; &#187; D'un ap&#233;ro rap &#224; La Villette un samedi apr&#232;s-midi, elle a atterri &#224; 21 ans en &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt;, et y a trouv&#233; une famille. &#171; &lt;i&gt;En mode b&#233;b&#233; teufeuse, je n'avais rien pr&#233;vu. Tout le monde s'est occup&#233; de moi, m'a donn&#233; de l'eau, &#224; manger, des pulls, laiss&#233; dormir dans une tente. &#192; partir de cette soir&#233;e, c'est devenu mon monde, &#231;a a combl&#233; le vide qu'il y avait dans ma vie. Je me suis toujours sentie en marge. &#192; la base, je viens d'un milieu de droite hyper catho et c'est en teuf que j'ai pu me politiser et sortir de sch&#233;mas qui ne me correspondaient pas. &lt;/i&gt; &#187; Antoine, ing&#233;nieur, est venu d'Avignon : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de criminel ici, juste des gens qui veulent se rassembler et danser. C'est potentiellement le dernier Teknival, aussi gros, aussi beau, avec autant de personnes. On n'a pas de thune, mais on est pr&#234;t &#224; claquer nos &#233;conomies et &#224; faire six heures de route pour venir ici, car c'est le seul moment de l'ann&#233;e o&#249; on peut se retrouver avec des gens qui nous rendent heureux, o&#249; personne ne va nous juger. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des bals populaires interdits sous le r&#233;gime de Vichy aux &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt;, le pouvoir ne cesse de r&#233;primer le rassemblement des corps, se parant d'un drap moralisateur obsc&#232;ne. Ah, qu'il &#233;tait bon, le temps du confinement, quand seule la bourgeoisie pouvait s'octroyer le droit d'&#244;ter le masque lors de soir&#233;es mondaines au Palais Vivienne &#224; 400 euros le d&#238;ner, en toute impunit&#233;, caviar et champagne &#224; la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rideau sur le Cher, redescente s&#233;v&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 3 mai au soir, un camion grappin entasse dans sa benne les d&#233;chets rassembl&#233;s au croisement des all&#233;es, les &lt;i&gt;sound systems&lt;/i&gt; r&#233;sonnent encore et tiendront la but&#233;e le temps des n&#233;gociations entre pr&#233;fecture et m&#233;diateurs. 600 gendarmes attendent les participants sur quatorze points de contr&#244;le. On est arriv&#233; avec &#171; &lt;i&gt; l'angoisse de jouer la derni&#232;re danse&lt;/i&gt; &#187;, comme dirait le Dj Equinoxe, &#339;uvrant dans le &#171; l&#233;gal &#187;, mais venu mixer en signe de protestation pour rendre &#224; la &lt;i&gt;free&lt;/i&gt; ce qu'elle lui a donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'issue du Teknival, la totalit&#233; du mat&#233;riel de son sera saisie. Les participants rest&#233;s sur le site pour faire place nette seront d&#233;gag&#233;s par les autorit&#233;s. Mais on dira des teufeurs dans les m&#233;dias qu'ils sont sales. Les chiffres de la pr&#233;fecture b&#233;gaieront. 63 armes saisies. Probablement des Opinels destin&#233;s au p&#226;t&#233; et au saucisson. Les t&#233;moignages d'abus de pouvoir des autorit&#233;s se multiplieront. Les collectifs de RDR seront d&#233;nigr&#233;s une &#233;ni&#232;me fois par les pouvoirs publics, et certains de leurs b&#233;n&#233;voles verbalis&#233;s alors qu'ils b&#233;n&#233;ficient d'une immunit&#233; l&#233;gale pour leur action d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Pourtant, selon le collectif Tekno AntiRep, les chiffres prouvent, comme d'habitude, que le bilan sanitaire du Teknival ne se situe pas en marge de la moyenne nationale de celui des gros festivals. En grande partie gr&#226;ce aux &#171; RDR &#187;. Selon la F&#233;d&#233;ration addiction, la r&#233;pression ne fera que rendre plus clandestins ces &#233;v&#233;nements, &#171; &lt;i&gt;compliquant l'acc&#232;s des secours et des professionnels de sant&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/illustration_teknival_dro_le_v2_rvb.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH497/illustration_teknival_dro_le_v2_rvb-4ecfa.png?1782637832' width='500' height='497' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chaque week-end du mois de mai verra ensuite fleurir les d&#233;monstrations de force de l'&#201;tat afin d'emp&#234;cher plusieurs &lt;i&gt;free parties &lt;/i&gt; ; en Loz&#232;re, dans le Morbihan, en Ile-et-Vilaine... Dans un communiqu&#233;, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) d&#233;nonce &#171; &lt;i&gt;l'augmentation de la r&#233;pression des rassemblements festifs&lt;/i&gt; &#187;, et annonce saisir la D&#233;fenseure des droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adopt&#233;e sans surprise par le S&#233;nat le 26 mai, la loi RIPOST est un &#171; &lt;i&gt;choc d'autorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; selon Laurent Nu&#241;ez. Ce ne sont plus six mois, mais deux ans de taule que risquent les poseurs de son, barmen de guinguette et m&#234;me l'agriculteur pr&#234;tant de bon c&#339;ur son terrain pour que jeunesse se passe. Six mois de prison et 7 500 euros d'amende pour les participants. Les tribunaux d&#233;j&#224; engorg&#233;s appr&#233;cieront. Laurent Nu&#241;ez sugg&#232;re m&#234;me de &#171; &lt;i&gt;mettre &#224; la charge des organisateurs le co&#251;t des forces de l'ordre&lt;/i&gt; &#187;. La s&#233;natrice Muriel Jourda (LR) l'appuie : &#171; &lt;i&gt;L'aspect financier est majeur, &#224; la fois punitif et pr&#233;ventif&lt;/i&gt; &#187;, arguant que tout organisateur saura qu'il &#171; &lt;i&gt; risque d'&#234;tre endett&#233; jusqu'&#224; la fin de ses jours&lt;/i&gt; &#187;. Bonjour &#224; toi, racket &#233;tatique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur communiqu&#233; post Teknival, les organisateurs mettent pourtant en avant leur &#171; &lt;i&gt;volont&#233; claire d'instaurer un dialogue&lt;/i&gt; &#187;. Et concluent par ces mots : &#171; &lt;i&gt;Cela fait plus de trente ans que la &lt;/i&gt;free party&lt;i&gt; existe malgr&#233; les innombrables attaques dont elle a fait l'objet. Elle n'a jamais pli&#233;. &lt;/i&gt; &#187; Rendez-vous est ainsi donn&#233; l'ann&#233;e prochaine, entre deux tours d'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lily La Fronde&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Si le terme de &lt;i&gt;sound system&lt;/i&gt; d&#233;signe avant tout le mat&#233;riel de sonorisation, il est aussi employ&#233; pour d&#233;signer les organisateurs qui mettent &#224; disposition ce mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; D&#233;put&#233;&#183;es, ne criminalisez pas les free parties &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;(27/03/2026).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mauvaises &#233;nergies</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mauvaises-energies</link>
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		<dc:date>2026-05-30T14:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lias</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sept litres sept, sept litres huit, sept litres neuf, hop, huit litres. On secoue bien les derni&#232;res gouttes dans le r&#233;servoir. Presque vingt balles. Pour faire une heure de bagnole, &#231;a tend. Et, quand dans ledit engin se met &#224; ronronner la voix du Cornu pour annoncer qu'il n'y aura pas de blocage des prix d'un p&#233;trole dont le cours fait des bonds de cabri au rythme de l'ouverture et de la fermeture du d&#233;troit d'Ormuz, &#231;a craque. Coup de frein &#224; main, on s'arr&#234;te sur le bas-c&#244;t&#233;, on touche (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no252-mai-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;252 (mai 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elias-18275" rel="tag"&gt;&#201;lias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH144/elias_3-8ebf4.jpg?1782646013' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='144' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6550 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/elias_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH480/elias_3-3ffca.jpg?1782646013' width='500' height='480' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sept litres sept, sept litres huit, sept litres neuf, hop, huit litres. On secoue bien les derni&#232;res gouttes dans le r&#233;servoir. Presque vingt balles. Pour faire une heure de bagnole, &#231;a tend. Et, quand dans ledit engin se met &#224; ronronner la voix du Cornu pour annoncer qu'il n'y aura pas de blocage des prix d'un p&#233;trole dont le cours fait des bonds de cabri au rythme de l'ouverture et de la fermeture du d&#233;troit d'Ormuz, &#231;a craque. Coup de frein &#224; main, on s'arr&#234;te sur le bas-c&#244;t&#233;, on touche un peu d'herbe. Une grande inspiration, on rel&#226;che l'air par les narines : &#171; &lt;i&gt;Faire un dossier, faire un dossier, faire un dossier.&lt;/i&gt; &#187; Mais par o&#249; prendre la chose ? Au loin, les collines des Corbi&#232;res, que des champs de panneaux photovolta&#239;ques ont transform&#233;es en dos de pangolin g&#233;ant, nous donnent un d&#233;but de piste : le renouvelable. Alors, on remonte le sentier jusque dans le Parc naturel r&#233;gional du Haut-Languedoc, qui, gr&#226;ce &#224; son &#233;olien, produit autant d'&#233;nergie qu'il n'en consomme. Enfin, &#224; condition d'exclure toutes les importations du calcul. Un territoire souverain &#233;nerg&#233;tiquement gr&#226;ce &#224; des techniques qui &#233;mettent relativement peu de carbone dans l'atmosph&#232;re et qui pourraient nous &#233;viter de toutes et tous crever dans d'atroces souffrances sur une plan&#232;te incandescente, ne serait-il pas l&#224;, le monde de demain ? La question m&#233;ritait d'&#234;tre pos&#233;e, alors &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Energie-verte-et-Montagne-noire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;nous sommes all&#233;&#183;es causer avec les habitants et habitantes du Haut-Languedoc&lt;/a&gt;, histoire de voir comment que &#231;a vit dans cette poule aux &#339;ufs verts de l'Occitanie. Franchement pas jouasses, les autochtones se sont plaint&#183;es &#224; nous d'&#234;tre envahi&#183;es par des centrales &#233;lectriques qui affectent la biodiversit&#233; et les paysages du parc naturel. &#199;a nous a mis un petit coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;gayer le tableau, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Actualites-d-une-lutte-passee-en' class=&#034;spip_in&#034;&gt;des copain&#183;es de Bure, haut lieu des antinucl&#233;aires d'Europe, sont &#224; leur tour venu&#183;es nous secouer les puces&lt;/a&gt; : dites, depuis combien de temps vous n'avez pas parl&#233; du scandale de l'enfouissement des d&#233;chets radioactifs dans notre coin de Meuse, &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ? Notre cher ancien coll&#232;gue &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Malvesi-monstre-toxique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;S&#233;bastien Navarro, lui, en a rajout&#233; une couche en nous racontant comment, sur les hauteurs de Narbonne, une raffinerie d'uranium &#224; centrales nucl&#233;aires a rendu radioactif un canal du coin&lt;/a&gt; et malades les travailleur&#183;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ce bourbier et l'urgence de ralentir s&#233;rieusement le r&#233;chauffement climatique, on s'est dit : bon, y a plus qu'&#224; sortir du capitalisme. Sauf qu'on est tomb&#233;&#183;es sur un os. Cet os, il s'appelle Jean-Baptiste Fressoz. &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Une-energie-n-en-remplace-jamais' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Il nous a rappel&#233; que m&#234;me &#231;a, &#231;a ne serait pas forc&#233;ment suffisant&lt;/a&gt;, qu'il y a des pans entiers de notre civilisation d'acier, de b&#233;ton et de plastique qu'on ne sait toujours pas d&#233;carboner, en en profitant au passage pour foutre un taquet au mythe de la transition &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on vous laisse lire tout &#231;a, et vous faire votre avis. Qui sait, peut-&#234;tre allez-vous vous rendre compte que vous aviez jug&#233; trop vite la douce lueur des chandelles que ch&#233;rissent tant les Amish de Pennsylvanie ou de l'Indiana ? On rigole, mais &#224; moiti&#233; seulement et pas beaucoup plus que cela, parce qu'il est certain qu'un d&#233;but de solution r&#233;side dans l'&#233;viction des besoins artificiels et la d&#233;finition collective de ce qui doit &#234;tre produit ou non. Et qu'on y mette toute notre &#233;nergie !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Actualit&#233;s d'une lutte pass&#233;e en cours contre un futur sans avenir</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Actualites-d-une-lutte-passee-en</link>
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		<dc:date>2026-05-16T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Colloghan</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 23 mars, la justice autorisait l'emploi de la force pour expulser &#171; La Gare &#187;, pr&#232;s de Bure, lieu historique de la lutte antinucl&#233;aire, dans le cadre de l'avanc&#233;e du projet d'enfouissement des d&#233;chets radioactifs, dit &#171; Cig&#233;o &#187;. Sur place, les militant&#183;es s'organisent pour r&#233;sister. Tribune. Voil&#224; pr&#232;s de cinq ans que CQFD ne s'&#233;tait int&#233;ress&#233; &#224; notre humble territoire de Bure. Il s'y est pourtant d&#233;roul&#233; un certain nombre de choses depuis 2021 et le proc&#232;s des malfaiteur&#183;ices : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no252-mai-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;252 (mai 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Colloghan" rel="tag"&gt;Colloghan&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_4_-9-dc504.png?1782671443' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 23 mars, la justice autorisait l'emploi de la force pour expulser &#171; La Gare &#187;, pr&#232;s de Bure, lieu historique de la lutte antinucl&#233;aire, dans le cadre de l'avanc&#233;e du projet d'enfouissement des d&#233;chets radioactifs, dit &#171; Cig&#233;o &#187;. Sur place, les militant&#183;es s'organisent pour r&#233;sister. Tribune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/colloghan_cqfd_mai26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH700/colloghan_cqfd_mai26-2391e.jpg?1782671443' width='500' height='700' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pr&#232;s de cinq ans que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ne s'&#233;tait int&#233;ress&#233; &#224; notre humble territoire de Bure. Il s'y est pourtant d&#233;roul&#233; un certain nombre de choses depuis 2021 et le proc&#232;s des malfaiteur&#183;ices&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Bure, &#8220;qui sont les malfaiteurs ? &#8221; &#187; CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t).&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : l'inexorable avanc&#233;e du projet d'enfouissement des d&#233;chets nucl&#233;aires, la d&#233;claration d'utilit&#233; publique qui permet &#224; l'&#201;tat de s'approprier les derniers terrains pour construire ce centre, les 600 expropriations, les nombreux &#233;v&#233;nements militants, l'&#233;volution des lieux collectifs, les innombrables exp&#233;rimentations sociales, politiques et d'autonomie&#8230; Et alors m&#234;me qu'un lieu collectif occup&#233; depuis pr&#232;s de 20 ans, v&#233;ritable symbole de la lutte antinucl&#233;aire, est sur le point de se faire expulser, la plupart des m&#233;dias pr&#233;f&#232;rent se pr&#233;occuper de la r&#233;&#233;valuation du budget du projet d'enfouissement : un v&#233;ritable non-&#233;v&#233;nement qui nous co&#251;te rien que de le mentionner. On laissera donc aux journalistes de bas &#233;tage le soin de se demander ce qui constitue une &#171; actualit&#233; &#187; et ce qui fait qu'il se passe quelque chose ou non. Car le probl&#232;me avec l'actualit&#233;, c'est que &#231;a ne s'arr&#234;te jamais. &#199;a court &#224; toute allure, et au moment o&#249; vous lirez ces lignes la situation aura probablement consid&#233;rablement &#233;volu&#233;. Alors voici quelques &#233;l&#233;ments de contextualisation du pass&#233; lointain, des nouvelles de votre pass&#233; proche et des perspectives pour notre futur commun.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Retour vers le no futur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fin des ann&#233;es 1980. L'&#201;tat fran&#231;ais doit faire face aux cons&#233;quences du d&#233;veloppement de son industrie nucl&#233;aire : l'accumulation des d&#233;chets radioactifs. Leur rejet dans l'oc&#233;an n'est plus une technique &#224; la mode et il s'agit de trouver une solution durable, s&#251;re et acceptable, afin de continuer de profiter des merveilleux dons de la f&#233;e &#233;lectricit&#233;. Et de fabriquer des bombes. Plusieurs pistes sont envisag&#233;es : le tr&#232;s hypoth&#233;tique processus de transmutation, dont l'objectif serait notamment de r&#233;duire la &#171; dur&#233;e de vie &#187; des d&#233;chets, l'entreposage de longue dur&#233;e et l'enfouissement dans diff&#233;rentes formations g&#233;ologiques profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2026. Les nucl&#233;ocrates ont, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, concentr&#233; tous leurs efforts pr&#232;s du village de Bure dans le sud de la Meuse, et poussent pour la r&#233;alisation du projet Cig&#233;o : gigantesque poubelle nucl&#233;aire souterraine et derni&#232;re b&#233;quille d'une industrie mortif&#232;re en qu&#234;te de respectabilit&#233;. L'ancienne gare de Lum&#233;ville-en-Ornois, achet&#233;e en 2007 par des opposant&#183;es car situ&#233;e sur le trac&#233; de la future voie de chemin de fer qui devrait acheminer les d&#233;chets radioactifs jusqu'au monstre, est menac&#233;e. Expropri&#233;e de force par l'&#201;tat et occup&#233;e ill&#233;galement depuis octobre 2025, &#171; La Gare &#187; lan&#231;ait une ultime semaine de r&#233;sistance et de festivit&#233;s du 13 au 19 avril, avec une manifestation le dimanche pour la cl&#244;turer en beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car apr&#232;s des ann&#233;es de lutte, d'inestimables souvenirs et rencontres, des dizaines d'&#233;v&#233;nements organis&#233;s &#224; La Gare et des milliers de personnes accueillies, ce haut lieu de l'autonomie et du mouvement antinucl&#233;aire vit probablement ses derniers instants. Mais ses habitant&#183;es, soutenu&#183;es par des militant&#183;es des quatre coins de la France, d'Allemagne et d'ailleurs, ont d&#233;cid&#233; de prendre leur destin en main. Il n'est pas question d'attendre sagement la pr&#233;fecture et ses cohortes arm&#233;es, dans l'incertitude et la peur d'une intervention qui pourrait survenir &#224; n'importe quel moment. L'heure est &#224; l'initiative et cette semaine pour faire &#171; d&#233;railler l'expulsion &#187; est un v&#233;ritable pied de nez &#224; la face des nucl&#233;ocrates et de leurs milices, qui, pouss&#233;s dans leurs retranchements, n'auront d'autre choix que de r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gare &#224; la revanche !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque vous tiendrez le journal entre vos mains, La Gare aura peut-&#234;tre disparu, ras&#233;e par des bulldozers. &#192; moins qu'elle n'ait r&#233;sist&#233; &#224; ses assaillants et &#233;tendu ses barricades dans tout le sud-Meuse, inaugurant ainsi un vaste territoire autonome, devenu symbole mondial de la r&#233;sistance anti-industrielle. Qui sait ?&lt;poesie&gt;Quoi qu'il advienne de La Gare, l'opposition au nucl&#233;aire ne faiblira pas en Meuse&lt;/poesie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme dans l'autre, il sera toujours temps de se rendre pr&#232;s de Bure, pour rejoindre ou soutenir la lutte qui n'est encore qu'&#224; ses d&#233;buts. Le gouvernement, qui esp&#232;re signer le d&#233;cret d'autorisation de cr&#233;ation du projet Cig&#233;o avant les &#233;lections de 2027, vient de soudainement acc&#233;l&#233;rer son calendrier en avan&#231;ant au mois de mai l'enqu&#234;te publique qui devait initialement se tenir &#224; la fin de l'ann&#233;e 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il advienne de La Gare, l'opposition au nucl&#233;aire ne faiblira pas en Meuse et d'autres lieux collectifs, comme La Maison de R&#233;sistance &#224; Bure ou l'Augustine &#224; Mandres-en-Barrois, continueront d'incarner la volont&#233; de ses occupant&#183;es de faire advenir un monde meilleur et &#224; accueillir toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans leur amour de la libert&#233;. N'h&#233;sitez pas &#224; y faire un tour ou &#224; les soutenir par un don si vous le pouvez !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des chouettes de La Gare&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &#192; Bure, &#8220;qui sont les malfaiteurs ? &#8221; &#187; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;200 (juillet-ao&#251;t).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Une &#233;nergie n'en remplace jamais une autre, elles croissent en symbiose &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-energie-n-en-remplace-jamais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Une-energie-n-en-remplace-jamais</guid>
		<dc:date>2026-05-09T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos, Niel Kadereit</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lias</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le livre Sans transition : une nouvelle histoire de l'&#233;nergie (Seuil, 2024), Jean-Baptiste Fressoz, historien des techniques, s'attaque au mythe de la transition &#233;nerg&#233;tique, d&#233;nu&#233; de fondement historique. Entretien. Il date de quand ce concept de transition &#233;nerg&#233;tique ? &#171; Au d&#233;part, les inventeurs du terme sont des ing&#233;nieurs qui ont particip&#233; au projet Manhattan, &#224; l'origine de la bombe atomique. Ils se sentent coupables et veulent montrer que le nucl&#233;aire n'est pas seulement (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no252-mai-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;252 (mai 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elias-18275" rel="tag"&gt;&#201;lias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L105xH150/elias_1-6647b.jpg?1782671443' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le livre &lt;i&gt;Sans transition : une nouvelle histoire de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; (Seuil, 2024), Jean-Baptiste Fressoz, historien des techniques, s'attaque au mythe de la transition &#233;nerg&#233;tique, d&#233;nu&#233; de fondement historique. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/elias_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH718/elias_1-06f31.jpg?1782671443' width='500' height='718' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il date de quand ce concept de transition &#233;nerg&#233;tique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, les inventeurs du terme sont des ing&#233;nieurs qui ont particip&#233; au projet Manhattan, &#224; l'origine de la bombe atomique. Ils se sentent coupables et veulent montrer que le nucl&#233;aire n'est pas seulement destructeur, qu'il peut aussi &#234;tre la cl&#233; de la survie de l'humanit&#233; &#224; long terme. Il y a un aspect tr&#232;s messianique &#224; &#231;a : gr&#226;ce au surg&#233;n&#233;rateur nucl&#233;aire, l'humanit&#233; obtiendrait une source d'&#233;nergie in&#233;puisable et pourrait se lib&#233;rer des &#233;nergies fossiles qui, elles, n'existent qu'en quantit&#233; limit&#233;e. Au d&#233;but, la transition &#233;nerg&#233;tique est donc un argument de promotion du nucl&#233;aire civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les chocs p&#233;troliers de 1973 et 1979, l'expression devient tr&#232;s courante parce que le prix du p&#233;trole grimpe en fl&#232;che et que la d&#233;pendance des &#201;tats-Unis au Moyen-Orient pose probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Au d&#233;but, la transition &#233;nerg&#233;tique est un argument de promotion du nucl&#233;aire civil &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, le terme d&#233;signe toutes les solutions qui permettent d'augmenter la part du nucl&#233;aire ou du charbon face &#224; la part du p&#233;trole moyen-oriental pour accro&#238;tre la souverainet&#233; &#233;nerg&#233;tique des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, avec l'&#233;mergence de la question &#233;cologique, le concept glisse de la crise &#233;nerg&#233;tique &#224; la crise climatique. Les m&#234;mes experts, des &#233;conomistes parfois employ&#233;s par les industries fossiles, qui travaillaient sur la question de la souverainet&#233; &#233;nerg&#233;tique, vont se recycler en sp&#233;cialistes de la transition &#233;nerg&#233;tique au nom du climat.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Apr&#232;s deux si&#232;cles de &#8220;transitions&#8221;, l'humanit&#233; n'a jamais br&#251;l&#233; autant de p&#233;trole et de gaz, autant de charbon et m&#234;me autant de bois ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce que le terme rev&#234;t depuis les ann&#233;es 2000 dans l'espace public fran&#231;ais : pour continuer &#224; vivre sur une plan&#232;te habitable, il faut substituer l'&#233;lectricit&#233; &#8211; produite par du nucl&#233;aire ou du renouvelable &#8211; aux &#233;nergies fossiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce genre de transition a d&#233;j&#224; exist&#233; dans l'histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, bien que l'historiographie des techniques tende tr&#232;s largement &#224; raconter un r&#233;cit &#8220;phasiste&#8221; du pass&#233;. La plupart des livres sur l'histoire de l'&#233;nergie sont construits comme ceci : les premiers chapitres traitent de la force musculaire, du bois et de l'hydraulique &#224; l'&#233;poque pr&#233;industrielle. Les pages centrales parlent d'une phase du charbon et de la vapeur au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, s'ensuivent des chapitres sur l'&#226;ge du p&#233;trole, du nucl&#233;aire et de l'&#233;lectricit&#233; et enfin des propos conclusifs sur la transition en cours ou &#224; venir. Mais c'est une fable absolue ! Dans l'histoire, jamais une &#233;nergie n'en a remplac&#233; une autre, au contraire elles se sont toujours additionn&#233;es. La r&#233;volution industrielle comme transition &#233;nerg&#233;tique, c'est du baratin. Apr&#232;s deux si&#232;cles de &#8220;transitions&#8221;, l'humanit&#233; n'a jamais br&#251;l&#233; autant de p&#233;trole et de gaz, autant de charbon et m&#234;me autant de bois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chiffres pour en prendre la mesure : les &#201;tats-Unis br&#251;lent aujourd'hui deux fois plus de bois qu'en 1960 et l'Europe, trois fois plus qu'au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. L'Angleterre, au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, consomme plus de bois pour extraire du charbon qu'elle n'en br&#251;lait au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Sur le charbon : l'&#233;crasante majorit&#233; a &#233;t&#233; sortie de terre apr&#232;s 1900 (95 %) et la moiti&#233; depuis l'an 2000 ! Des puissances asiatiques moyennes comme l'Indon&#233;sie en extraient actuellement deux fois plus que les vieux centres occidentaux des ann&#233;es 1900. Et si l'on prend en compte le charbon incorpor&#233; dans les importations, la Grande-Bretagne en consomme presque autant qu'&#224; la veille des ann&#233;es 1980. De m&#234;me, par ses importations, la France en consomme probablement une quantit&#233; proche de son maximum d'extraction des ann&#233;es 1960. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re raison, bien connue depuis les travaux de l'&#233;conomiste William Stanley Jevons, est l'effet rebond : lorsqu'une technique devient plus efficace, on l'emploie davantage. Le meilleur exemple de cela est le moteur &#233;lectrique : on en ajoute un milliard chaque ann&#233;e sur le march&#233;. L'effet rebond au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a &#233;t&#233; principalement caus&#233; par l'&#233;lectricit&#233;. Et il est li&#233; au capitalisme : au lieu d'utiliser les gains technologiques pour consommer moins, on invente de nouveaux usages, comme les brosses &#224; dents &#233;lectriques ou l'intelligence artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison sur laquelle mon livre se concentre, c'est que les sources d'&#233;nergie entrent en symbiose autant qu'en comp&#233;tition. Voil&#224; pourquoi, au cours des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles les &#233;nergies primaires ont eu tendance &#224; s'additionner plut&#244;t qu'&#224; se substituer. Prenons quelques exemples : en Norv&#232;ge, c'est une &#233;lectricit&#233; produite &#224; partir de l'&#233;nergie hydraulique qui sert &#224; faire fonctionner les plateformes p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res en mer du Nord. On a donc des &#233;nergies renouvelables qui sont utilis&#233;es pour extraire des &#233;nergies fossiles. Au Texas c'est pareil : il y a &#233;norm&#233;ment d'&#233;oliennes et elles servent en partie &#224; l'extraction du p&#233;trole et du gaz. En fait, on ne comprend pas grand-chose &#224; l'histoire d'une ressource si l'on ne s'int&#233;resse pas &#224; celles qui permettent de l'extraire. De m&#234;me, l'ascension du p&#233;trole au XXe si&#232;cle est inexplicable sans le charbon qui sert &#224; fabriquer le ciment et l'acier indispensable &#224; l'industrie du p&#233;trole. Tout le discours sur la transition &#233;nerg&#233;tique repose sur la confusion entre les dynamiques technologiques et les dynamiques mat&#233;rielles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/elias_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH639/elias_4-a0cab.jpg?1782671443' width='500' height='639' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; travers l'histoire, il y a bien des transitions technologiques, c'est-&#224;-dire qu'il y a des technologies qui deviennent obsol&#232;tes et qui sont remplac&#233;es par de nouvelles. Mais ce n'est pas le cas de la mati&#232;re. L'exemple amusant c'est le cas des lampes &#224; p&#233;trole. Dans les ann&#233;es 1900, en dehors des bourgeois des villes, la plupart des gens s'&#233;clairent avec des lampes &#224; p&#233;trole. Durant l'entre-deux-guerres, l'&#233;lectrification gagne petit &#224; petit les campagnes jusqu'&#224; ce qu'il n'y ait plus du tout de lampe &#224; p&#233;trole. Une ampoule &#233;lectrique c'est quand m&#234;me rudement plus pratique ! Donc l&#224;, nous avons une technique qui en remplace une autre. Sauf que la mati&#232;re, elle, n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233;e : on utilise aujourd'hui plus de p&#233;trole pour s'&#233;clairer que dans les ann&#233;es 1900. Pourquoi ? Tout simplement &#224; cause des phares des voitures, qui sont aliment&#233;s gr&#226;ce &#224; une batterie charg&#233;e par un moteur qui tourne au p&#233;trole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les exemples dans votre livre sont nombreux et montrent bien l'inconsistance historique du concept de transition &#233;nerg&#233;tique. Comment expliquez-vous qu'il se soit malgr&#233; tout impos&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a plusieurs niveaux de r&#233;ponses &#224; cette question. D'un point de vue acad&#233;mique, c'est parce que l'histoire de l'&#233;nergie s'est construite sur une confusion entre technique et innovation. Alors qu'elle pr&#233;tend d&#233;crire les techniques qui permettent de se nourrir, de se loger, de manger, de vivre &#224; un moment donn&#233;, elle n'observe que la derni&#232;re nouveaut&#233; un peu excitante. Typiquement, les historiens vont dire que le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est celui de la machine &#224; vapeur. Est-ce que la machine &#224; vapeur est si importante en 1850 ? Pas vraiment, il y en a tr&#232;s peu dans le monde &#224; cette &#233;poque ! Par contre, ce qu'il y a beaucoup ce sont les chevaux, les b&#339;ufs et les muscles humains. L'autre probl&#232;me de l'histoire de l'&#233;nergie est qu'elle est &#233;crite en relatif. Les historiens ont racont&#233; l'&#233;volution de la part du charbon ou du p&#233;trole dans l'ensemble des &#233;nergies consomm&#233;es, pas de leur consommation en valeur absolue. Or c'est cette grandeur qui compte pour le climat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis l'autre niveau de r&#233;ponse est politique. Si le concept de transition &#233;nerg&#233;tique a trouv&#233; une telle caisse de r&#233;sonance, c'est qu'il permet de ne pas questionner ce que l'on produit ni ce que l'on consomme. Selon cette notion, le changement climatique appellerait &#224; un changement de technologie et non de civilisation. Il fournit une r&#233;ponse porteuse d'espoir &#224; la crise climatique et donne l'impression que l'on peut continuer comme avant avec un syst&#232;me &#233;conomique relativement similaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les deux mondes, acad&#233;mique et politique, interagissent. Par exemple, dans les ann&#233;es 2000, appara&#238;t dans le champ acad&#233;mique un domaine d'&#233;tude : les &lt;i&gt;transition studie&lt;/i&gt; (&#233;tudes de la transition). Du fait de leur tonalit&#233; optimiste, bien financ&#233;es par les instances europ&#233;ennes, elles ont acquis un poids sans commune mesure avec leur apport empirique. Dans son rapport datant de mars 2022, le groupe III du GIEC&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat (GIEC) est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; s'appuie sur cette litt&#233;rature pour affirmer que &#8220;&lt;i&gt;les transitions &#233;nerg&#233;tiques pourraient avoir lieu bien plus rapidement que par le pass&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Il faut comprendre que l'id&#233;e de transition &#233;nerg&#233;tique a nourri toute une bulle d'expertise qui fait l'hypoth&#232;se que le progr&#232;s technologique et l'innovation nous permettront de r&#233;soudre la catastrophe climatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous n'y croyez pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Absolument pas. Tout d'abord il suffit de lire les rapports de l'Agence internationale de l'&#233;nergie. Leurs prospectives &#224; 2050 ne pr&#233;voient aucune transition, au mieux une diminution du charbon gr&#226;ce aux renouvelables. Mais c'est tout. Et puis il y a l'exp&#233;rience historique. &#192; travers l'histoire, il y a d&#233;j&#224; eu des r&#233;volutions technologiques majeures qui ont permis de diminuer fortement l'intensit&#233; carbone de l'&#233;conomie, c'est-&#224;-dire la quantit&#233; de carbone &#233;mise pour la production d'un m&#234;me bien. C'est le cas de l'&#233;lectricit&#233;. Dans les ann&#233;es 1920 par exemple, lorsque les industriels se d&#233;barrassent des machines &#224; vapeur et les remplacent par des moteurs &#233;lectriques, &#231;a divise par dix l'intensit&#233; carbone de la production industrielle dans les usines. Pourtant depuis 1920 les &#233;missions de CO&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; ont explos&#233;. Cela renvoie &#224; l'effet rebond mentionn&#233; plus haut. Entre 1980 et aujourd'hui, on &#233;met deux fois moins de carbone pour produire un dollar de Produit national brut (PNB) mais les &#233;missions ont presque doubl&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/elias_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/elias_5-8ff52.jpg?1782671443' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du coup, vous portez un regard critique sur les &#233;nergies renouvelables ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ni critique ni enthousiaste. Elles permettent de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre du secteur &#233;lectrique &#224; consommation constante, ni plus ni moins. Si vous avez une centrale &#224; gaz pour faire l'&#233;lectricit&#233; et que vous la remplacez par des &#233;oliennes ou des panneaux photovolta&#239;ques, vous divisez par dix l'intensit&#233; carbone de l'&#233;lectricit&#233;. C'est un progr&#232;s ind&#233;niable. Mais ce qu'il faut prendre en compte si l'on veut vraiment parler de transition &#233;nerg&#233;tique, c'est l'enti&#232;ret&#233; de la cha&#238;ne &#233;conomique. S'int&#233;resser uniquement &#224; la production d'&#233;lectricit&#233; n'a pas beaucoup de sens. Et l&#224;, les nouvelles sont moins bonnes. Une voiture &#233;lectrique divise l'intensit&#233; carbone par deux ou trois, c'est pas mal, mais tr&#232;s insuffisant par rapport aux objectifs de neutralit&#233; carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoutent les importations. La France par exemple est un pays qui s'est beaucoup d&#233;sindustrialis&#233;, donc la moiti&#233; de nos &#233;missions proviennent des biens que l'on importe. Et puis, il y a tout un tas de secteurs qui ne peuvent pas vraiment &#234;tre d&#233;carbon&#233;s : le transport maritime, l'agriculture, l'acier, le ciment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On n'imagine pas ce que ralentir s&#233;rieusement le d&#233;r&#232;glement climatique implique de mettre en place &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Cela fait tout de suite relativiser l'enthousiasme autour des renouvelables. La question qui doit &#234;tre pos&#233;e c'est : produire de l'&#233;lectricit&#233; relativement propre, ok, mais pour quoi faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut donc avoir l'impression que la sortie du mod&#232;le de croissance capitaliste appara&#238;t comme la solution &#224; la catastrophe climatique. Pourtant vous &#233;crivez dans votre livre que : &#171; Sortir du carbone sera autrement plus difficile que sortir du capitalisme, une condition aussi n&#233;cessaire qu'insuffisante. &#187; Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je tiens d'abord &#224; insister sur l'aspect n&#233;cessaire de la chose. Il est &#233;videmment illusoire d'imaginer que les entreprises p&#233;troli&#232;res vont d'elles-m&#234;mes fermer les puits de p&#233;trole. Pour autant, je trouve qu'il y a une grande na&#239;vet&#233; &#224; penser que sortir du capitalisme suffira &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me. Le carbone est structurel dans nos modes de vie : dans l'agriculture, dans la production de mat&#233;riaux dont d&#233;pendent les infrastructures et la logistique contemporaine. Dans une autre organisation socio-&#233;conomique, on aura besoin de carbone. Ce n'est pas comme si d'un seul coup, on allait pouvoir nourrir la population mondiale sans engrais azot&#233; ou qu'on n'aurait plus besoin d'acier ou de ciment parce que l'on serait dans un monde communiste. On pourrait mieux g&#233;rer notre demande pour l'orienter vers des besoins essentiels, des choses vitales, mais ce ne sera pas z&#233;ro carbone. Je pense qu'on n'imagine pas ce que ralentir s&#233;rieusement le d&#233;r&#232;glement climatique implique de mettre en place. Et je pense aussi que l'on n'a pas envie de l'imaginer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pourtant pr&#233;cis&#233;ment ma question, qu'est-ce que cela impliquerait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce serait une civilisation diff&#233;rente, sans globalisation &#233;conomique &#8211; les navires sont tr&#232;s difficiles &#224; d&#233;carboner et l'acier qui les fait aussi &#8211; sans avion, probablement presque sans engrais azot&#233;s et donc avec nettement moins de nourriture, et surtout nettement moins de viande. Plus d'&#233;levage intensif, plus de nouvelles infrastructures en b&#233;ton, plus de voitures individuelles, etc. Comme c'est assez illusoire, l'enjeu politique r&#233;el c'est de d&#233;cider de ce que l'on produit en fonction de son utilit&#233;. Le ciment par exemple, lorsqu'on l'utilise pour fa&#231;onner des r&#233;seaux d'eau dans les pays qui en sont faiblement &#233;quip&#233;s, on voit l'utilit&#233;. Mais construire une &#233;ni&#232;me route dans le monde riche, beaucoup moins. Le changement climatique est inexorable, on peut en revanche essayer de le ralentir en se posant la question de qui a besoin de quoi. Et c'est exactement le genre de r&#233;flexions qui ne sont pas pos&#233;es quand on agite le concept de transition &#233;nerg&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ga&#235;lle Desnos et Niel Kadereit&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat (GIEC) est divis&#233; en trois groupes de travail dont le troisi&#232;me &#233;tudie l'att&#233;nuation du changement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;nergie verte et Montagne noire</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Energie-verte-et-Montagne-noire</link>
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		<dc:date>2026-05-09T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Niel Kadereit</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Parc naturel r&#233;gional du Haut-Languedoc est l'un des plus gros fournisseurs d'&#233;nergies renouvelables d'Occitanie. Et &#224; l'heure de la r&#233;&#233;valuation de sa charte, l'&#201;tat pousse pour poursuivre son industrialisation. Transition &#233;nerg&#233;tique oblige. Au-dessus du village d'Arfons, dans le Tarn, quelque chose manque au d&#233;cor depuis plusieurs semaines. Onze m&#226;ts d'&#233;oliennes ont laiss&#233; place &#224; des trous b&#233;ants dans le sol de la Montagne noire. Les machines, us&#233;es par une dizaine d'ann&#233;es de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Parc naturel r&#233;gional du Haut-Languedoc est l'un des plus gros fournisseurs d'&#233;nergies renouvelables d'Occitanie. Et &#224; l'heure de la r&#233;&#233;valuation de sa charte, l'&#201;tat pousse pour poursuivre son industrialisation. Transition &#233;nerg&#233;tique oblige.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au-dessus du village d'Arfons, dans le Tarn, quelque chose manque au d&#233;cor depuis plusieurs semaines. Onze m&#226;ts d'&#233;oliennes ont laiss&#233; place &#224; des trous b&#233;ants dans le sol de la Montagne noire. Les machines, us&#233;es par une dizaine d'ann&#233;es de service, sont en train d'&#234;tre remplac&#233;es par de nouvelles, plus performantes. Le proc&#233;d&#233; a un nom, anglais parce que sinon ce ne serait pas s&#233;rieux : le &lt;i&gt;repowering&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt; Le niveau d'acceptabilit&#233; est optimal puisqu'on parle d'un site d&#233;j&#224; existant. Avec un minimum d'impact suppl&#233;mentaire, on va pouvoir maximiser la production &lt;/i&gt; &#187;, assure Robin Albriet au journaliste de France Inter qui s'est fendu d'un reportage sur place. Si ce chef de projets de Valorem, la soci&#233;t&#233; qui exploite le site, semble marcher sur des &#339;ufs, c'est que, dans le coin, les &#233;oliennes sont un sujet sensible pour une bonne partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#199;a fait huit ans que je suis install&#233; ici. Et quand je vois toutes ces coupes de for&#234;t, que ce soit pour installer des &#233;oliennes, des panneaux photovolta&#239;ques ou exporter du bois, je me dis que ce parc naturel, il est quand m&#234;me de moins en moins naturel. Je ne vois pas trop le c&#244;t&#233; &#233;cologique du truc, sachant qu'on n'a pas sp&#233;cialement besoin de produire plus d'&#233;lectricit&#233; que ce que l'on a d&#233;j&#224;.&lt;/i&gt; &#187; S&#233;bastien Gaubiac fait partie de celles et ceux qui, au village, voient d'un mauvais &#339;il la multiplication des projets de centrales &#233;nerg&#233;tiques dans le Parc naturel r&#233;gional du Haut-Languedoc. &#201;lu au conseil municipal d'Arfons en mars dernier, il compte porter cette voix &#224; l'occasion du renouvellement de la charte du parc. En cours d'&#233;laboration, le document fixera notamment les r&#232;gles d'installation d'&#233;nergies renouvelables et de protection du territoire jusqu'en 2043. Et l'&#201;tat de pousser vers une plus forte artificialisation de ces paysages.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#199;a souffle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans un courrier adress&#233; au pr&#233;sident du Parc naturel r&#233;gional du Haut-Languedoc le 5 mars 2025, les pr&#233;fets de l'H&#233;rault et du Tarn jugeaient &#171; &lt;i&gt;inadmissible &lt;/i&gt; &#187; de ne pas augmenter la taille des m&#226;ts d'&#233;oliennes et &#171; &lt;i&gt; discutable &lt;/i&gt; &#187; de ne pas en augmenter le nombre. Le 25 mars 2026, le Conseil national de la protection de la nature, un organe rattach&#233; au minist&#232;re de la Transition &#233;cologique, observait en r&#233;ponse que les prescriptions des pr&#233;fets &#233;taient &#171; &lt;i&gt;en tous points semblables &#224; celles pr&#233;vues [&#8230;] hors des aires prot&#233;g&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Trois cent &#233;oliennes sont d&#233;j&#224; implant&#233;es ou en cours d'implantation sur ce petit territoire qui produit plus d'un tiers de l'&#233;lectricit&#233; &#233;olienne de toute la r&#233;gion Occitanie. Selon le Conseil national de la protection de la nature, cette dynamique pourrait les conduire &#224; terme &#224; s'interroger sur le maintien du classement du Haut-Languedoc en parc naturel, pourtant l'un des plus anciens de France.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Niel Kadereit&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Malv&#233;si, monstre toxique</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Malvesi-monstre-toxique</link>
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		<dc:date>2026-05-02T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;a Guili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Malv&#233;si est un site de traitement de l'uranium qui s&#233;vit depuis sept d&#233;cennies, &#224; deux pas de Narbonne. Une bombe toxique auquel le journaliste S&#233;bastien Navarro, plume occasionnelle de CQFD, a consacr&#233; un ouvrage tout juste publi&#233;, Malv&#233;si. Entretien. 26 f&#233;vrier 1960 : de Gaulle pavoise &#224; Narbonne. Il est l&#224; pour vanter sa politique &#233;nerg&#233;tique en mati&#232;re nucl&#233;aire, notamment dans le Languedoc. Au c&#339;ur de son discours, le tout frais site de Malv&#233;si, &#224; trois kilom&#232;tres de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no252-mai-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;252 (mai 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Dea-Guili" rel="tag"&gt;D&#233;a Guili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH126/malvesi-41a9e.png?1782663872' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Malv&#233;si est un site de traitement de l'uranium qui s&#233;vit depuis sept d&#233;cennies, &#224; deux pas de Narbonne. Une bombe toxique auquel le journaliste S&#233;bastien Navarro, plume occasionnelle de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, a consacr&#233; un ouvrage tout juste publi&#233;, &lt;i&gt;Malv&#233;si&lt;/i&gt;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6497 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/malvesi.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH419/malvesi-36631.png?1782663872' width='500' height='419' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;26 f&#233;vrier 1960 : de Gaulle pavoise &#224; Narbonne. Il est l&#224; pour vanter sa politique &#233;nerg&#233;tique en mati&#232;re nucl&#233;aire, notamment dans le Languedoc. Au c&#339;ur de son discours, le tout frais site de Malv&#233;si, &#224; trois kilom&#232;tres de la sous-pr&#233;fecture de l'Aude, site dont l'activit&#233; n'a depuis jamais cess&#233;. Des myriades de bassins y traitent &#224; grands coups de substances chimiques des quantit&#233;s invraisemblables d'uranium. C'est &#224; ce monstre toxique &#171; &lt;i&gt;aux sept d&#233;cennies de rejets d&#233;gueulasses&lt;/i&gt; &#187; que s'attaque &lt;i&gt;Malv&#233;si &lt;/i&gt;(&#201;ditions du bout de la ville, 2025), de S&#233;bastien Navarro. Il y donne notamment la parole &#224; des militants engag&#233;s dans une lutte isol&#233;e contre les nuisances de ce complexe par o&#249; transite &#171; &lt;i&gt;un quart de la production mondiale d'uranium&lt;/i&gt; &#187;, tout en interrogeant la d&#233;liquescence des luttes antinucl&#233;aires. Un sujet complexe qu'il aborde d'une plume tremp&#233;e dans l'acide, enrobant son enqu&#234;te d'une atmosph&#232;re de polar &#233;cologique. Dissection d'une course vers le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'histoire de Malv&#233;si est-elle si m&#233;connue alors que le site tourne depuis 1959 et brasse des quantit&#233;s d'uranium impressionnantes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'usine s'installe dans le coin &#224; la fin des ann&#233;es 1950, Narbonne est un bled c&#244;tier de 30 000 &#226;mes dont le dynamisme &#233;conomique est port&#233; par la viticulture.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Depuis des d&#233;cennies, Malv&#233;si purifie peinard de l'uranium venu des quatre coins du globe &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Le tourisme de masse n'existe pas encore. L'implantation de l'usine est soutenue par Georges Guille (1909-1985), conseiller g&#233;n&#233;ral SFIO et &#233;ph&#233;m&#232;re secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233; de l'&#233;nergie atomique. L'usine est construite sur le site d'une ancienne mine de soufre, comme si une industrie en rempla&#231;ait une autre. Tout se passe dans une certaine discr&#233;tion. Surtout, l'&#233;nergie nucl&#233;aire est vendue comme vectrice de progr&#232;s et cr&#233;atrice d'emplois. On conna&#238;t la rengaine qui perdure aujourd'hui. C'est ainsi que pendant des d&#233;cennies, Malv&#233;si purifie peinard de l'uranium venu des quatre coins du globe. La population locale sait vaguement ce qui s'y passe mais tant qu'il n'y a pas de p&#233;pin s&#233;rieux, le business uranif&#232;re ronronne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; le 20 mars 2004 ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pr&#233;cisons d'abord que le processus de purification de l'uranium, un truc bien d&#233;gueulasse consommant des quantit&#233;s ph&#233;nom&#233;nales d'acides nitrique et fluorhydrique, g&#233;n&#232;re des d&#233;chets qui, &#224; l'instar de toute la fili&#232;re du nucl&#233;aire, sont impossibles &#224; traiter. Depuis 1959, tout est donc conserv&#233; sur place dans d'immenses bassins : 350 000 m&#232;tres cubes d'effluents liquides radioactifs. Inutile de pr&#233;ciser qu'au d&#233;part, les d&#233;chets &#233;taient stock&#233;s sans aucune s&#233;curit&#233; ni aucuns travaux d'&#233;tanch&#233;it&#233;, sachant que le coin est farci de canaux qui traversent ensuite Narbonne et que sous l'usine se trouve une nappe phr&#233;atique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2004, suite &#224; de fortes pluies, la digue d'un bassin de r&#233;tention c&#232;de et lib&#232;re dans la nature de fortes quantit&#233;s de boue. Des riverains ont l'id&#233;e d'en pr&#233;lever un &#233;chantillon et de les faire analyser par la Commission de recherche et d'information ind&#233;pendantes sur la radioactivit&#233; (Criirad). Stupeur, on y d&#233;couvre des trucs bien craignos du type am&#233;ricium et plutonium, qui n'auraient jamais d&#251; se trouver l&#224;, puisque l'usine &#233;tait cens&#233;e traiter uniquement de l'uranium naturel. De fait, Areva admet avoir trait&#233; en douce, pendant une vingtaine d'ann&#233;es, 17 500 tonnes d'uranium appauvri issu de combustibles retrait&#233;s. Un genre d'activit&#233; secondaire totalement opaque et autrement plus dangereuse. On touche l&#224; un des c&#339;urs de l'empire nucl&#233;aire : sa capacit&#233; industrielle &#224; produire du mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'accident de 2004, l'usine appara&#238;t pour la premi&#232;re fois aux yeux du public. Quelques m&#233;dias nationaux s'emparent du sujet. La revue &lt;i&gt;XXI&lt;/i&gt; publie une longue enqu&#234;te critique sous la plume de la journaliste Viviane Thivent. Mais tout cela finit par retomber et l'usine retrouve son rythme de croisi&#232;re. Il faut attendre 2017 et le projet Traitement des nitrates, sorte de m&#233;gafour cens&#233; traiter les d&#233;chets accumul&#233;s, pour que le peuple narbonnais descende et gueule dans la rue. Il faut dire que ce projet pr&#233;voit la construction d'une &#233;norme chemin&#233;e et l'envol des fum&#233;es de calcination directement sur Narbonne. D'o&#249; l'&#233;moi bien compr&#233;hensible de la population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'un de tes personnages d&#233;crit les Narbonnais comme des &#171; cobayes &#187; de l'industrie nucl&#233;aire. Tu partages cette vision des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est marrant que tu cites ce qualificatif de &#8220; cobayes &#8221; car je l'ai utilis&#233; en mars 2018 pour un article de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur les mobilisations contre le projet TDN&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D&#233;chets nucl&#233;aires pr&#232;s de Narbonne : les cobayes de Malv&#233;si &#187;, CQFD n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ! Dans le bouquin, je rencontre entre autres Michel Leclerc, ancien sous-traitant de l'usine, r&#233;compens&#233; de son dur labeur par une leuc&#233;mie. Michel est une force de la nature et il a bataill&#233; pendant des ann&#233;es contre Areva, pour que lui soient allou&#233;s des d&#233;dommagements honorables. Sachant que rien ne peut r&#233;parer une vie bousill&#233;e. Les victimes de l'usine, s'il y a quelques situations document&#233;es, sont un vrai angle mort. Aucune enqu&#234;te sanitaire s&#233;rieuse n'a &#233;t&#233; diligent&#233;e alors que Narbonne enregistre une incidence des cancers du poumon sup&#233;rieure &#224; toutes les villes d'Occitanie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as visit&#233; les installations de Malv&#233;si. Qu'en as-tu retir&#233; ? La propagande est efficace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui elle l'est. Aujourd'hui et plus que jamais, l'industrie nucl&#233;aire joue la carte de sa normalisation et de son importance strat&#233;gique dans le fameux mix &#233;nerg&#233;tique. Certains &#8220; &#233;colos &#8221; voient m&#234;me l'atome comme une solution d'avenir pour d&#233;carboner l'&#233;conomie. Un type comme Jean-Marc Jancovici participe &#224; cette sombre banalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite de Malv&#233;si n'&#233;tait pas pr&#233;vue au programme, l'id&#233;e &#233;tant plut&#244;t que je tourne autour en la maudissant. Puis l'occas' s'est pr&#233;sent&#233;e et je n'en dirai pas plus pour ne pas d&#233;voiler cet &#233;pisode croustillant si ce n'est qu'Orano&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entreprise d&#233;tenue par l'&#201;tat et charg&#233;e de la gestion de Malv&#233;si, qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, l'industriel qui exploite le site, sait la jouer fine : il se pr&#233;sente avant tout comme complexe chimique traitant de l'uranium naturel. Une vaste blague car des panneaux indiquant &#8220; site nucl&#233;aire &#8221; &#233;taient toujours pr&#233;sents au moment de mon enqu&#234;te en 2022. Et les volumes d'uranium trait&#233;s sont tels que, naturel ou non, n'importe quel compteur Geiger&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Appareil qui sert &#224; mesurer la radioactivit&#233;.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; flambe quand on passe le long du site. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi si peu de mobilisations contre les retomb&#233;es toxiques d'une usine situ&#233;e &#224; trois bornes de Narbonne ? Est-ce li&#233; &#224; l'efficacit&#233; de la communication d'Orano ? &#192; une sorte de zone grise o&#249; l'on ne sait plus ce qui est chimique ou nucl&#233;aire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un peu tout &#231;a. Plus le fait qu'&#224; Narbonne comme ailleurs, la pieuvre atomique sait &#234;tre g&#233;n&#233;reuse avec les collectivit&#233;s territoriales abritant ses infrastructures. Sans oublier la sacro-sainte question des emplois. Dans une r&#233;gion &#233;conomiquement tendue comme l'Aude, on fait d'autant plus gaffe &#224; l'outil industriel qu'il est fort rare. Autre &#233;l&#233;ment &#224; prendre en compte : l'acculturation au risque industriel. Les citoyens ont peur ? Pas de souci, on va leur apprendre &#224; cohabiter avec cette industrie de la mort et &#224; adopter les bons gestes. Comme reconna&#238;tre les sir&#232;nes d'alerte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte antinucl&#233;aire a longtemps &#233;t&#233; l'une des composantes majeures des mobilisations &#233;cologiques. Elle semble devenue de plus en plus marginale, surtout chez les jeunes g&#233;n&#233;rations&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, apr&#232;s les temps forts des ann&#233;es 1970 et 1980, la lutte antinucl&#233;aire est totalement pass&#233;e de mode. Les centrales sont l&#224;, les gens vivent avec et, aucune n'ayant p&#233;t&#233; depuis le lancement du plan Messmer en 1974, l'id&#233;e s'est r&#233;pandue que nous avions l&#224; une &#233;nergie pas pire que les autres. Tchernobyl et Fukushima ont eu beau provoquer de douloureux rappels &#224; l'ordre, &#231;a n'a pas suffi &#224; r&#233;veiller et armer les esprits. &#192; cette tragique indiff&#233;rence se rajoute le besoin d'&#233;lectricit&#233; pour nourrir la fringale des centres de donn&#233;es et des bagnoles &#233;lectriques. Pour sortir de cette nasse intellectuelle, il n'y a pas 36 chemins : il faut un d&#233;crochage radical avec le dogme &#233;nergivore de la soci&#233;t&#233; industrielle. Sinon, si ce n'est pas une centrale qui nous p&#233;tera &#224; la gueule, ce sera le mur &#233;cologique. Et l&#224;, aucune sir&#232;ne d'alerte ne nous sauvera. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; D&#233;chets nucl&#233;aires pr&#232;s de Narbonne : les cobayes de Malv&#233;si &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 163 (mars 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entreprise d&#233;tenue par l'&#201;tat et charg&#233;e de la gestion de Malv&#233;si, qui a remplac&#233; Areva en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Appareil qui sert &#224; mesurer la radioactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maternit&#233; : &#034;un renoncement heureux et possible&#034;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Maternite-un-renoncement-heureux</link>
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		<dc:date>2026-04-18T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonas Schnyder</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ana&#239;s Shenk&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la BD Apr&#232;s, ce sera trop tard, Ana&#239;s Schenk&#233; nous raconte ses r&#233;flexions face &#224; une question devenue pressante &#224; l'approche de ses 35 ans : veut-elle &#234;tre m&#232;re, avant qu'il ne soit trop tard ? &#192; travers un r&#233;cit personnel et politique, elle rend palpables les multiples pressions qui p&#232;sent sur les femmes, et esquisse d'autres voies possibles. J'ai l'impression d'&#234;tre soudainement sur la derni&#232;re ligne droite. Et le sentiment qu'il n'y a aucune des deux options qui m'attire plus que (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no251-avril-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;251 (avril 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Anais-Shenke" rel="tag"&gt;Ana&#239;s Shenk&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L109xH150/anaisschenke-e2f2f.jpg?1782652117' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la BD Apr&#232;s, ce sera trop tard, Ana&#239;s Schenk&#233; nous raconte ses r&#233;flexions face &#224; une question devenue pressante &#224; l'approche de ses 35 ans : veut-elle &#234;tre m&#232;re, avant qu'il ne soit trop tard ? &#192; travers un r&#233;cit personnel et politique, elle rend palpables les multiples pressions qui p&#232;sent sur les femmes, et esquisse d'autres voies possibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/anaisschenke.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH689/anaisschenke-d2d4f.jpg?1782652117' width='500' height='689' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai l'impression d'&#234;tre soudainement sur la derni&#232;re ligne droite. Et le sentiment qu'il n'y a aucune des deux options qui m'attire plus que l'autre&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond le personnage d'Ana&#239;s quand son amie lui demande si elle veut des enfants &#224; bient&#244;t 35 ans. Congeler ses ovocytes ? Faire une PMA ? Ne pas &#234;tre parent vu l'&#233;tat du monde ? Vivre pour soi ? Autant de questionnements auxquels se confronte l'autrice marseillaise Ana&#239;s Schenk&#233; et qu'elle nous raconte dans sa BD &lt;i&gt;Apr&#232;s, ce sera trop tard. Et si je n'&#233;tais jamais m&#232;re ?&lt;/i&gt; (Les Insolentes, 2025). Et si, face &#224; l'immense pression de devoir savoir ce qu'on veut, il &#233;tait possible de ne pas c&#233;der aux sir&#232;nes de l'urgence en se d&#233;finissant autrement que par la pr&#233;sence ou l'absence d'enfant ? Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; est n&#233; ce projet de BD sur la question de la maternit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a commenc&#233; avec quelques &lt;i&gt;strips&lt;/i&gt; sur Insta&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir son profil sur Instagram : @anaislesfleurs&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; pour partager mes questionnements sur la pr&#233;servation des ovocytes. J'allais avoir 35 ans, j'&#233;tais c&#233;libataire et c'&#233;tait un sujet qui devenait de plus en plus pr&#233;sent dans les &#233;changes que j'avais avec des copines dans la m&#234;me situation que moi. La d&#233;marche ayant un &#226;ge limite pour s'y inscrire, cela venait raviver la pression et le sentiment d'urgence que l'on peut avoir en tant que femme (bien qu'on puisse a priori toujours avoir des enfants autour de la quarantaine&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'Insee, l'&#226;ge moyen du premier enfant augmente contin&#251;ment depuis les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;). J'ai commenc&#233; &#224; creuser le sujet et j'ai rapidement eu beaucoup de retours de lectrices qui se posaient les m&#234;mes questions. C'&#233;tait apaisant de ne pas &#234;tre seule. Je me suis rendue compte que j'avais besoin qu'on me dise que ce n'&#233;tait pas grave de ne pas savoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par le biais de ton personnage, on passe &#224; travers les multiples injonctions qui p&#232;sent sur les femmes pour faire de la maternit&#233; une &#233;vidence. Comment &#231;a s'est manifest&#233; pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon entourage n'est pas trop port&#233; sur la parentalit&#233; et je n'avais pas l'impression d'&#234;tre pressuris&#233;e par ces injonctions, mais je me suis rendue compte que c'&#233;tait l&#224; malgr&#233; tout, et depuis longtemps : en r&#233;alit&#233; je me suis toujours pens&#233;e comme m&#232;re. Depuis mon enfance, j'avais en t&#234;te les pr&#233;noms de mes futurs enfants et imaginais d&#233;j&#224; comment je les &#233;l&#232;verais. On nous inculque le fait de ne pas pouvoir se penser en dehors de la maternit&#233; et &#231;a devient rapidement une lourde responsabilit&#233; : quand t'es adolescente, avec l'apparition des premi&#232;res r&#232;gles, ton corps d'enfant devient un corps qui peut procr&#233;er ; par la suite, tu sais qu'une fois sur le march&#233; du travail, le projet de maternit&#233; va peser et te discr&#233;diter par rapport &#224; un homme &#8211; alors que lui aussi peut &#234;tre parent !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les parcours PMA sont loin d'&#234;tre &#8220;faciles&#8221;, ils ne sont pas anodins et encore tr&#232;s mal accompagn&#233;s sur le plan humain &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tu es constamment la cible d'injonctions contradictoires qui te font sentir que si tu n'es pas m&#232;re, tu es pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de quelque chose, mais que si tu es m&#232;re, cela va peser sur ta vie professionnelle et amoureuse, tes cercles sociaux et ta vie quotidienne. Si t'as des enfants en &#233;tant jeune, c'est bizarre, si t'es plus &#226;g&#233;e, t'es trop vieille, si t'en as plein, t'es une cassos, et si t'en as qu'un, &#231;a va &#234;tre un enfant-roi&#8230; La dissonance est permanente. Quels que soient nos choix, il n'y a jamais de bonne mani&#232;re d'&#234;tre une femme. Quand ce n'est pas Macron qui t'&#233;crit personnellement pour te dire de faire un enfant pour la patrie, dans une grossi&#232;re instrumentalisation de nos corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la BD, face &#224; toutes les options possibles, le personnage se penche sur les parcours &#171; alternatifs &#187;, en particulier sur la cong&#233;lation des ovocytes qui permet de remettre le choix &#224; plus tard. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont des avanc&#233;es sociales importantes qui ne sont pas &#224; remettre en question. Mais pour la cong&#233;lation des ovocytes, je ne pouvais pas m'emp&#234;cher d'y voir une &#8220;solution de facilit&#233;&#8221;. Non pas pour les personnes concern&#233;es, mais pour les institutions qui la proposent : vous avez 35 ans, pas de taf, pas de situation stable, vous &#234;tes dans des apparts pourris, c'est compliqu&#233; de rencontrer des gens qui veulent s'engager ? Bah ! pr&#233;servez vos ovocytes et on verra &#224; vos 41 ans. Une mani&#232;re de remettre le choix &#224; plus tard tout en maintenant la pression sur les corps. En r&#233;alit&#233;, les parcours PMA sont loin d'&#234;tre &#8220;faciles&#8221;, ils ne sont pas anodins et encore tr&#232;s mal accompagn&#233;s sur le plan humain. Ils peuvent &#234;tre douloureux et violents pour le corps et le mental, avoir des r&#233;percussions importantes sur le quotidien, la vie sociale et amoureuse. Et il n'y a pas de garantie que &#231;a fonctionne ! Dans la BD, je me permets d'envisager que c'est une fausse solution dans un contexte o&#249; le syst&#232;me de sant&#233; se casse la gueule, o&#249; il n'y a pas de places en cr&#232;che et o&#249; les familles monoparentales sont les plus pr&#233;caires. La priorit&#233; serait plut&#244;t de cr&#233;er un contexte qui donne envie aux gens de faire famille, non ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est-ce que ces diff&#233;rents sc&#233;narios sont venus questionner ton d&#233;sir initial de maternit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis rendue compte que je parlais surtout de &#8220;d&#233;sir&#8221; d'enfant et de parentalit&#233;, et que je ne pouvais pas faire abstraction du fait que nos d&#233;sirs &#233;taient calibr&#233;s par nos exp&#233;riences, nos environnements et nos entourages. On est coinc&#233;&#183;es entre une envie souvent fantasm&#233;e d'&#234;tre parents et la r&#233;alit&#233; du contexte politique, social et environnemental. Pour moi, un des enjeux a &#233;t&#233; de corr&#233;ler mon d&#233;sir &#224; la r&#233;alit&#233;, d'observer la contradiction entre ce que je souhaite et ce qui est possible, et d'accepter qu'aucun choix n'est parfait. J'avais besoin de pouvoir rebattre les cartes autour de ce regret, de cette condamnation &#224; la tristesse perp&#233;tuelle qu'on te pr&#233;dit si tu ne fais pas ce que le syst&#232;me consid&#232;re comme &#8220;les bons choix&#8221; dans ta vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/pages_de_pdf_apre_sceseratroptard.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH230/pages_de_pdf_apre_sceseratroptard-7dca0.jpg?1782652117' width='500' height='230' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; cette pression, tu parles d'un manque de sc&#233;narios positifs, d&#233;sirables, de ce que peut &#234;tre la vie de femme sans &#234;tre m&#232;re. On manque de mod&#232;les qui se fondent sur autre chose que la pr&#233;sence ou l'absence d'enfants ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai commenc&#233; les premi&#232;res planches, je m'attendais &#224; avoir une r&#233;ponse &#233;vidente, et au fond de moi j'esp&#233;rais que soit oui, parce que &#231;a me faisait peur d'imaginer ne pas avoir d'enfants. Puis j'ai beaucoup parl&#233; avec des femmes qui n'ont pas voulu ou pas pu &#234;tre m&#232;re. Au fil de l'eau tout est devenu beaucoup moins effrayant et surtout, tout simplement palpable. Les contours d'une vie &#224; 50 ou 60 ans sans enfants commen&#231;aient &#224; pouvoir &#234;tre envisageables, voire d&#233;sirables ! En fait, &#233;changer avec ces femmes m'a permis de r&#233;aliser qu'un renoncement heureux &#233;tait possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a m'a aussi fait r&#233;aliser les pr&#233;jug&#233;s que j'avais int&#233;rioris&#233;s depuis longtemps envers les femmes seules : ces projections n&#233;gatives dans lesquelles ces femmes le sont par d&#233;faut, qu'elles ont des animaux par compensation et qu'elles sont irr&#233;m&#233;diablement tristes, car comment ne pas l'&#234;tre quand on vit sans enfants, ou pire sans enfants et hors du couple ? Je crois et j'esp&#232;re que ces jugements auront &#233;volu&#233; d'ici les prochaines ann&#233;es. Beaucoup de femmes (et pas que d'ailleurs) de ma g&#233;n&#233;ration (et des suivantes) n'auront pas d'enfants ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avoir des enfants peut aussi &#234;tre, sans que ce soit forc&#233;ment assum&#233;, une mani&#232;re de r&#233;pondre &#224; l'appr&#233;hension de la solitude, du vieillissement et de la mort. Est-ce que tu as ressenti cette forme de chantage sur nos angoisses existentielles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas parce que t'as des enfants qu'ils vont s'occuper de toi et que tu ne finiras pas tout seul &#224; l'Ehpad ! Faire des enfants pour ne pas vieillir seul&#183;e est un mauvais calcul : mieux vaut commencer &#224; se renseigner sur les activit&#233;s sociales entre seniors. Il y a quelque mois, une amie d'une soixantaine d'ann&#233;es a lu la BD et m'a laiss&#233; une petite note vraiment touchante o&#249; elle dit : &#8220;&lt;i&gt;j'ai 63 ans, je n'ai pas d'enfants, mais j'ai un peu des petits bouts d'enfants partout, &#231;a ne m'a jamais emp&#234;ch&#233;e de me sentir bien et &#233;panouie, et j'adore ma vie !&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, si tu n'as pas d'enfant, tu peux d&#233;ployer plein de choses diff&#233;rentes pour cr&#233;er un sentiment de communaut&#233; ou de famille choisie, que ce soit en t'occupant d'enfants qui ne sont pas les tiens, en b&#233;n&#233;volant dans des assos ou en ayant des activit&#233;s collectives. Il y a plein de mani&#232;res de ne pas &#234;tre seul&#183;e, m&#234;me si c'est &#233;vident qu'on n'est pas &#224; &#233;galit&#233; en fonction de nos parcours de vie. Reste qu'il y a des espaces &#224; investir ou &#224; cr&#233;er pour ne pas &#234;tre seul&#183;e. Et je pense qu'on est une g&#233;n&#233;ration qui va beaucoup miser l&#224;-dessus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;voir son profil sur Instagram : @anaislesfleurs&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon l'Insee, l'&#226;ge moyen du premier enfant augmente contin&#251;ment depuis les ann&#233;es 1970 en France, pour &#234;tre &#224; 31 ans en 2023, et 10 % des m&#232;res ont 36 ans ou plus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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