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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Travailleurs migrants en Italie : &#171; L'impression d'&#234;tre de la marchandise &#187;</title>
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		<dc:creator>Aboubakar Soumahoro</dc:creator>


		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
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		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>jour</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ivoirien arriv&#233; en Italie &#224; l'&#226;ge de 19 ans pour travailler comme bracciante, ces travailleurs agricoles journaliers du sud du pays, Aboubakar Soumahoro est aujourd'hui devenu un syndicaliste de premier plan et une voix qui compte en Italie. En 2019, il y publiait Umanit&#224; in rivolta, r&#233;cit de son parcours individuel et r&#233;flexion sur le sort des travailleurs migrants et leurs aspirations &#224; l'&#233;mancipation. Un livre traduit en fran&#231;ais par Marie Causse et publi&#233; le 28 janvier aux &#233;ditions Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rond-point" rel="tag"&gt;rond-point&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ivoirien arriv&#233; en Italie &#224; l'&#226;ge de 19 ans pour travailler comme &lt;i&gt;bracciante&lt;/i&gt;, ces travailleurs agricoles journaliers du sud du pays, Aboubakar Soumahoro est aujourd'hui devenu un syndicaliste de premier plan et une voix qui compte en Italie. En 2019, il y publiait &lt;i&gt;Umanit&#224; in rivolta&lt;/i&gt;, r&#233;cit de son parcours individuel et r&#233;flexion sur le sort des travailleurs migrants et leurs aspirations &#224; l'&#233;mancipation. Un livre traduit en fran&#231;ais par Marie Causse et publi&#233; le 28 janvier aux &#233;ditions Les &#201;taques sous le titre &lt;i&gt;L'Humanit&#233; en r&#233;volte &#8211; Notre lutte pour le travail et le droit au bonheur&lt;/i&gt;. Extrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bonnesfeuilles_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH670/1200bonnesfeuilles_resultat-2-a52ae.jpg?1768731388' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Albert Foolmoon (d&#233;tail de la couverture)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J'&lt;/span&gt;ai d'abord fait &#233;tape &#224; Aversa, une petite ville &#224; mi-chemin entre Naples et Caserte, &#224; quelques kilom&#232;tres de Villa Literno. C'est une ville dens&#233;ment peupl&#233;e en grande banlieue de Naples. C'est
l&#224; que, dans un premier temps, je devais &#234;tre h&#233;berg&#233; par un lointain parent. Mais en arrivant dans l'appartement, j'ai d&#233;couvert que nous &#233;tions quinze. Je suis entr&#233;, j'ai essay&#233; d'allumer, mais il n'y avait
pas d'&#233;lectricit&#233;. Pas mal, comme entr&#233;e en mati&#232;re ! Jamais je n'aurais imagin&#233; trouver une habitation sans
&#233;lectricit&#233; dans un des pays les plus riches du monde. Le lendemain, quand j'ai d&#233;cid&#233; d'aller chercher du travail, j'ai fait de nouvelles d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; aux bras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les intertitres sont de CQFD&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai su par ceux avec qui je partageais mon logement qu'il fallait se lever &#224; cinq heures chaque matin pour se rendre sur le rond-point de Melito, dans l'arri&#232;re-pays de Naples. On y arrive &#224; pied ou &#224; v&#233;lo et on attend que quelqu'un passe &#224; la recherche de bras, pour travailler comme d&#233;m&#233;nageur, ma&#231;on ou ouvrier agricole. Voil&#224; comment &#231;a fonctionne : celui qui a du boulot &#224; proposer s'arr&#234;te, il jette un &#339;il aux hommes pr&#233;sents et fait son choix, sans d&#233;finir ni horaires, ni paye, ni lieu de travail. On a la sensation d'&#234;tre de la marchandise expos&#233;e au march&#233; aux bras, d&#233;pouill&#233;e de toute humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que je suis arriv&#233; au rond-point, il y avait des Asiatiques et des migrants de toute l'Afrique en train d'attendre. La sc&#232;ne &#233;tait irr&#233;elle : des centaines de personnes &#233;taient l&#224;, pr&#234;tes &#224; accepter n'importe quel job, &#224; n'importe quelles conditions. Quand on ne trouvait pas de travail, il n'y avait d'autre choix que de rester debout pendant des heures &#224; attendre, apr&#232;s s'&#234;tre lev&#233; &#224; l'aube, avant de finalement rentrer chez soi le ventre vide et sans un sou en poche.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Patrons racistes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on subit la pr&#233;carit&#233; de petits boulots occasionnels, on vit au jour le jour, impossible de faire le moindre projet. Quand j'entends des discours sur la paresse des migrants, qui voudraient vivre aux crochets des Italiens sans rien faire, je pense &#224; tous ces gens qui chaque matin se l&#232;vent &#224; cinq heures pour se rendre au rond-point de Melito, dans l'espoir de d&#233;crocher pour une journ&#233;e au moins un travail harassant pour un salaire de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand j'entends des discours sur la paresse des migrants, qui voudraient vivre aux crochets des Italiens sans rien faire, je pense &#224; tous ces gens qui chaque matin se l&#232;vent &#224; cinq heures pour se rendre au rond-point de Melito, dans l'espoir de d&#233;crocher pour une journ&#233;e au moins un travail harassant pour un salaire de mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bien vite, j'ai moi aussi commenc&#233; &#224; travailler sans rel&#226;che. Je passais d'un travail &#224; un autre : la pr&#233;carit&#233; m'interdisait de refuser la moindre proposition. Je pla&#231;ais tous mes espoirs dans l'employeur du moment, ou peut-&#234;tre serait-il plus juste de l'appeler &#171; patron &#187;, bien que le mot aujourd'hui ne semble plus &#224; la mode&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En italien, le mot &#171; padrone &#187; pr&#233;sente un sens plus fort qu'en fran&#231;ais, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour beaucoup, parler d'exploitation signifie glisser vers un discours id&#233;ologique. Au contraire, je crains qu'il ne soit &#171; id&#233;ologique &#187; de refuser de voir les formes d'organisations sociales et du march&#233; qui permettent &#224; une poign&#233;e de gens de disposer de la vie des autres. Souvent, je me demande combien d'hommes qui exploitent en priv&#233; les personnes migrantes affirment en public que &#171; &lt;i&gt;les Noirs doivent partir d'ici&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Horreur ordinaire...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mes conditions de vie difficiles, j'avais l'espoir que quelque chose changerait, et que t&#244;t ou tard je parviendrais &#224; revenir au centre du ring. Je me souviens de ce jour o&#249; un vieil homme s'est arr&#234;t&#233; au feu rouge et m'a &#171; choisi &#187;. C'&#233;tait un mardi, jour de march&#233; &#224; Palma Campania, une petite ville &#224; une trentaine de kilom&#232;tres d'Aversa. Les journ&#233;es de travail y &#233;taient &#233;reintantes, &#224; charger et d&#233;charger la marchandise d'un fourgon. Je ne sais pour quelle raison il avait d&#233;cid&#233; de m'appeler Davide, peut-&#234;tre qu'Aboubakar c'&#233;tait trop compliqu&#233;. &#192; la fin de la journ&#233;e, le &#171; patron &#187; &#233;tait content de moi et de mon travail, alors sur le chemin du retour, je lui ai demand&#233; de me payer. Il m'a r&#233;pondu qu'il &#233;tait tr&#232;s satisfait et que d&#232;s le lendemain je travaillerais pour lui, pour toujours. Puis il a ajout&#233; en dialecte napolitain que je ne devais pas m'inqui&#233;ter pour le salaire du jour, qu'il r&#233;glerait tout en m&#234;me temps. Cette journ&#233;e avait &#233;t&#233; une sorte d'essai, pour tout le reste, m'a-t-il assur&#233;, toujours en dialecte, &#171; &lt;i&gt;m' 'o vvech' je&lt;/i&gt; &#187; : je m'occupe de tout. Puis il a conclu par ces mots : &#171; &lt;i&gt;Ne t'inqui&#232;te pas, on se retrouve ici demain &#224; la m&#234;me heure.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en revenais pas, j'&#233;tais fou de joie. De retour chez moi, j'ai dit &#224; mes amis qu'on venait de m'embaucher et j'ai offert une tourn&#233;e de pizza. Le lendemain, je me suis r&#233;veill&#233; &#224; l'aube, je ne voulais pas arriver en retard &#224; mon rendez-vous. J'ai enfourch&#233; mon v&#233;lo et j'ai p&#233;dal&#233; de bon c&#339;ur. Je suis arriv&#233; sur place avant six heures, j'&#233;tais parmi les premiers. J'ai attendu jusqu'&#224; sept heures, rien. Huit heures, neuf heures, dix heures, toujours rien. Je refusais de croire que &#171; le patron &#187; s'&#233;tait moqu&#233; de moi, sans me payer ma journ&#233;e et en me faisant miroiter un travail. Pour quelle raison aurait-il fait cela ? &#201;conomiser si peu d'argent ne risquait pas de le rendre plus riche. Et pourtant il n'est plus jamais revenu, ni ce jour-l&#224;, ni un autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;... Et absurde normalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses ann&#233;es ont pass&#233; depuis cet &#233;pisode, mais le rond-point de Melito est aujourd'hui encore un
endroit o&#249; on attend une chance de d&#233;crocher un travail, ou plut&#244;t, &#171; &lt;i&gt;a fatica&lt;/i&gt; &#187;, comme on dit en napolitain. Tous ces hommes qui attendent, tous ces bras pleins d'espoir, sont devenus une pr&#233;sence &#224; laquelle tout le monde est habitu&#233;, une partie int&#233;grante du paysage. Tout comme, &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, le long des routes qui m&#232;nent d'Aversa &#224; Caserte ou &#224; Lago Patria, des dizaines de femmes migrantes attendent des hommes qui les paieront pour se servir de leur corps. Je me suis toujours demand&#233; quel &#233;tait le prix de cette absurde normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de rapport de travail formel et de protection syndicale est une pratique tr&#232;s r&#233;pandue, surtout dans les secteurs du b&#226;timent, de l'agriculture, de la logistique et du travail domestique. L'exp&#233;rience syndicale m'a fait conna&#238;tre des contextes de production vari&#233;s et des dynamiques plus complexes par rapport au mod&#232;le d'exploitation qui se perp&#233;tue dans certaines zones. Ce mod&#232;le semble d&#233;couler d'un principe qui est devenu la norme : les immigr&#233;s ne sont que des bras, le moindre de leurs droits est subordonn&#233; &#224; leur capacit&#233; de travail et &#224; la loi du march&#233;. Voil&#224; l'engrenage qui broie les vies des personnes. Un travailleur, du simple fait qu'il est migrant, per&#231;oit g&#233;n&#233;ralement pour la m&#234;me t&#226;che un salaire inf&#233;rieur &#224; son coll&#232;gue italien. En plus de cette in&#233;galit&#233; salariale, le travailleur &#233;tranger est plus expos&#233; aux licenciements et soumis &#224; un ensemble de pressions. Si cette diff&#233;rence de traitement &#233;chappe &#224; notre attention, tout discours sur les droits des migrants devient un solidarisme st&#233;rile n'ayant d'autre but que le tourisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Par Aboubakar Soumahoro (extrait de &lt;i&gt;L'Humanit&#233; en r&#233;volte&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;Traduit de l'italien par Marie Causse&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L333xH500/9782490205127-475x500-1-b6231.jpg?1768713746' width='333' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les intertitres sont de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En italien, le mot &#171; padrone &#187; pr&#233;sente un sens plus fort qu'en fran&#231;ais, car c'est le m&#234;me mot que l'on utilise pour le propri&#233;taire d'un animal. Dans le langage courant, on lui pr&#233;f&#232;re donc souvent celui d'&#171; employeur &#187;. [&lt;i&gt;Ndlt.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Sans les papiers, la rage</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Sans-les-papiers-la-rage</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Oum Ziad</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res manifestations post-confinement en France. Le 30 mai dernier, plus d'une dizaine de milliers de personnes sans-papiers brisent l'interdiction de manifester &#224; Paris. Dans plusieurs autres villes comme &#224; Marseille, des mobilisations similaires revendiquent la fin des violences polici&#232;res, la r&#233;gularisation et la fermeture des centres de r&#233;tention. Depuis, le mouvement prend de l'ampleur et des gr&#232;ves de la faim ont &#233;t&#233; lanc&#233;es dans plusieurs centres de r&#233;tention. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Collectif-sans-papiers" rel="tag"&gt;Collectif sans-papiers&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Solidarites" rel="tag"&gt;Solidarit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/foyers" rel="tag"&gt;foyers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res manifestations post-confinement en France. Le 30 mai dernier, plus d'une dizaine de milliers de personnes sans-papiers brisent l'interdiction de manifester &#224; Paris. Dans plusieurs autres villes comme &#224; Marseille, des mobilisations similaires revendiquent la fin des violences polici&#232;res, la r&#233;gularisation et la fermeture des centres de r&#233;tention. Depuis, le mouvement prend de l'ampleur et des gr&#232;ves de la faim ont &#233;t&#233; lanc&#233;es dans plusieurs centres de r&#233;tention. T&#233;moignages et analyse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1617-2c184.jpg?1768731390' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;30 mai 2020, dans les rues de Paris. Pouss&#233;es &#224; bout par la d&#233;t&#233;rioration brutale de leurs conditions de vie caus&#233;e par le confinement, plusieurs milliers de personnes, dont une majorit&#233; de sans-papiers, d&#233;fient l'interdiction de manifester du pr&#233;fet Lallement. Pendant pr&#232;s de deux heures, ils d&#233;filent sans banderole et sous les gaz, lanc&#233;s en vain par les escadrons de CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation,&lt;/i&gt; explique Mody, Malien sans-papiers r&#233;sidant &#224; Montreuil, au foyer Rochebrune. &lt;i&gt;Pendant le confinement, c'&#233;tait risqu&#233; d'aller sur mon chantier de nettoyage. Il y avait beaucoup de contr&#244;les dans les transports et je n'avais pas les moyens de me payer un ticket. Et puis il y a eu l'arr&#234;t total du chantier.&lt;/i&gt; &#187; Quand l'appel &#224; manifester de la Marche des Solidarit&#233;s &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateforme cr&#233;&#233;e en mars 2018 sous l'impulsion des CSP (Coordination des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a commenc&#233; &#224; circuler, Mody s'est organis&#233; avec d'autres habitants des foyers de travailleurs immigr&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Le confinement a entrav&#233; la solidarit&#233; habituelle des foyers, avec notamment les fermetures des cantines des femmes. Il y avait aussi moins d'argent pour payer les chambres aux titulaires&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les travailleurs r&#233;guliers officiellement h&#233;berg&#233;s qui sous-louent aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ou &#224; envoyer aux familles. Alors on a pris la d&#233;cision d'y aller. On &#233;tait plus de 1 000&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de Montreuil &#224; essayer de rejoindre&lt;/i&gt; [la place de la] &lt;i&gt;R&#233;publique. Mais notre groupe a &#233;t&#233; gaz&#233; et bloqu&#233; par la police. En revenant au foyer, on a cr&#233;&#233; le Collectif sans-papiers de Montreuil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Zina aussi, le confinement a agi comme un d&#233;tonateur. Cette auxiliaire de vie raconte l'impossibilit&#233; de se rendre &#224; son travail, &#224; cause des interdits : &#171; &lt;i&gt;J'ai demand&#233; &#224; ma patronne une attestation d&#233;rogatoire de d&#233;placement, qu'elle n'a pas voulu faire au pr&#233;texte que j'&#233;tais sans-papiers. Elle a &#233;galement refus&#233; de m'accorder le ch&#244;mage partiel.&lt;/i&gt; &#187; La jeune Alg&#233;rienne, qui vit &#224; Paris depuis sept ans, a d&#233;j&#224; connu le traumatisme de recevoir une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sign&#233;e de la pr&#233;fecture. Elle d&#233;cide de se mobiliser. D'abord en lan&#231;ant un &#171; live &#187; sur Facebook aux premiers jours du confinement, puis en cr&#233;ant un groupe virtuel, &#171; Ensemble pour la r&#233;gularisation &#187;, qui rassemble d&#233;sormais 44 000 adh&#233;rents. Zina se rapproche aussi de la Marche des Solidarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galvanis&#233;s par le succ&#232;s du 30 mai, les organisateurs de cette plateforme d&#233;cident d'organiser un acte II. Le 7 juin, Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination 75 des sans-papiers et cofondateur de la Marche des Solidarit&#233;s, lance sur les r&#233;seaux sociaux : &#171; &lt;i&gt;Sans-papiers, o&#249; que vous soyez, organisez-vous en collectifs de sans-papiers&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'acte II se d&#233;roule le 20 juin ; il est suivi dans 25 grandes villes de France. La Marche des Solidarit&#233;s se pose alors comme un nouvel espace de coordination des collectifs sans-papiers et des luttes syndicales comme celle des Frichti &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suite au licenciement de 200 livreurs sans-papiers en juin, les salari&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ou des travailleurs sans-papiers de Chronospost &#224; Alfortville (Val-de-Marne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'acte III, rendez-vous est donn&#233; le 17 octobre sur les Champs-&#201;lys&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre les violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;lan n'est pas &#233;tranger &#224; ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. En mai dernier, plus de deux mois apr&#232;s le d&#233;but du confinement fran&#231;ais, le meurtre de George Floyd par un policier blanc aux &#201;tats-Unis fait &#233;cho aux violences polici&#232;res que connaissent les communaut&#233;s sans-papiers, sur les campements ou dans les centres de r&#233;tention. &#171; &lt;i&gt;Quand nous sortons, nous exprimons aussi notre col&#232;re contre les violences polici&#232;res. Lamine Dieng&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;c&#233;d&#233; le 17 juin 2007 des suites de son interpellation.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#233;tait sans-papiers&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Mody, avant d'&#233;voquer le rapprochement strat&#233;gique avec le Comit&#233; Adama, devenu fer de lance de cette lutte : &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;unions organis&#233;es par la Marche des Solidarit&#233;s ont permis ces connexions : maintenant on se d&#233;place ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de surprenant pour Anzoumane Sissoko, qui a connu l'enfermement &#224; son arriv&#233;e en France, il y a plus de vingt ans : &#171; &lt;i&gt;La lutte contre les violences polici&#232;res a toujours fait partie des revendications pour lesquelles se sont organis&#233;s nos collectifs depuis 2000, avec celle pour la r&#233;gularisation et celle, plus sp&#233;cifique, des foyers de travailleurs immigr&#233;s. En cela, les coordinations de sans-papiers sont un mod&#232;le d'organisation pour f&#233;d&#233;rer les luttes. Y compris les luttes syndicales comme celles des Frichti ou celle contre les fronti&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis la cr&#233;ation de 48 ollectifs de sans-papiers &#224; la suite de l'occupation de l'&#233;glise Saint-Bernard, &#224; Paris en 1996, les tentatives de coordination, comme l'Union nationale des sans-papiers, se sont heurt&#233;es aux divisions. &#201;galement en cause, la reprise en main des foyers par l'&#201;tat, alors que ces lieux ont longtemps &#233;t&#233; des bases d'organisation essentielles &#224; Paris. &#171; &lt;i&gt;Avant dans les foyers, il y avait tout un syst&#232;me de solidarit&#233; qui permettait cette f&#233;d&#233;ration et que le gouvernement veut casser,&lt;/i&gt; analyse Anzoumane Sissoko. &lt;i&gt;&#199;a allait de la cantine &#224; la salle de r&#233;union, r&#233;unissant les diff&#233;rentes nationalit&#233;s, les anciens et les primo-arrivants. Maintenant, ceux qui viennent d'arriver en France dorment &#224; la rue, &#224; Calais comme &#224; Paris.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Montreuil, le foyer de Rochebrune o&#249; vit Mody est ainsi dans le viseur des pouvoirs publics : il fait partie des d&#233;molitions prioritaires voulues par l'&#201;tat et son gestionnaire Coallia, sous pr&#233;texte de surpopulation (1 000 r&#233;sidents pour une capacit&#233; de 400) et d'&#171; &lt;i&gt;activit&#233;s commerciales non autoris&#233;es&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette menace pour l'organisation de la lutte des sans-papiers (&#171; &lt;i&gt;une r&#233;union dans un foyer, c'est un tribun et 300 personnes pr&#234;tes &#224; sse mobiliser&lt;/i&gt; &#187; confie un militant), les animateurs de la Marche des Soli&#8202;darit&#233;s militent pour la mise en lien des foyers parisiens. Des critiques pointent toutefois son mod&#232;le d'organisation, parfois jug&#233; trop vertical. Au sein des m&#234;mes foyers, d'autres mod&#232;les coexistent : ainsi des Gilets noirs, qui se r&#233;unissent en collectifs autonomes dans les foyers de Vitry et Ivry et sur des r&#233;pertoires d'action souvent similaires, comme l'occupation spectaculaire du Panth&#233;on en 2019. Bien qu'acteurs de la manifestation du 30 mai, ils expliquent leur absence aux r&#233;unions de coordination : &#171; &lt;i&gt;Nous les Gilets noirs on s'organise pour nous-m&#234;mes. Chez nous il n'y a pas de dirigeant, de patron ou de chef : on d&#233;cide ensemble et on s'organise avec tout le monde.&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; du 3 juin.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; un positionnement qui para&#238;t irr&#233;aliste &#224; certains. &#171; &lt;i&gt;Comment peut-on demander la r&#233;gularisation des sans-papiers tout en appelant &#224; br&#251;ler les pr&#233;fectures&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, interroge Anzoumane Sissoko, qui souligne ainsi des divergences dans le rapport aux autorit&#233;s. Si beaucoup estiment qu'il faut composer avec l'&#201;tat pour obtenir des r&#233;gularisations, les Gilets noirs revendiquent une approche plus radicale : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons pas seulement des papiers, mais casser le syst&#232;me qui cr&#233;e des sans-papiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au bord de la M&#233;diterran&#233;e, se saisissant de l'appel parisien, plusieurs membres de l'Association des usagers de la Pada &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateforme d'accueil pour les demandeurs d'asile.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, la nouvelle organisation d'autod&#233;fense des demandeurs d'asile &#224; Marseille, ont &#233;galement os&#233; braver l'interdiction de manifester le 30 mai. Comme &#224; Paris, le d&#233;c&#232;s de George Floyd a &#233;t&#233; un des vecteurs de la mobilisation &#8211; en t&#233;moignaient les d&#233;nonciations du racisme d'&#201;tat, griffonn&#233;es sur les pancartes en carton et greff&#233;es aux appels &#224; la r&#233;gularisation. Plusieurs jours avant les mobilisations derri&#232;re la banni&#232;re Black Lives Matter, les manifestants ont d&#233;nonc&#233; d'embl&#233;e la &lt;i&gt;hogra&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme arabe renvoyant &#224; l'humiliation et &#224; l'injustice.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; polici&#232;re et le racisme qui suinte du traitement politique r&#233;serv&#233; aux &#233;trangers de seconde classe, demandeurs d'asile ou non. &#171; &lt;i&gt;Lorsque j'ai vu la vid&#233;o &lt;/i&gt;[de la mort George Floyd]&lt;i&gt;, j'ai pleur&#233;&lt;/i&gt; &#187;, confiait Amadou de l'Association des usagers de la Pada, alors que ses pas rejoignaient f&#233;brilement ceux de ses fr&#232;res sur le haut de la Canebi&#232;re, le 30 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'acte II de la Marche des solidarit&#233;s du 20 juin, plus de 1 000 Marseillais sans-papiers sortent manifester et s'agenouillent &#224; quelques m&#232;tres du commissariat central, poing lev&#233;. Parmi eux, Naceira, m&#232;re de quatre filles, qui n'a plus cess&#233; de lever le sien depuis l'appel Facebook de Zina la Parisienne. Le 30 mai, elle avait &#233;t&#233; verbalis&#233;e par la police sur le Vieux-Port, pour deux banderoles en tissu qui avaient rameut&#233; un peu plus de dix personnes : &#171; &lt;i&gt;Quand c'est interdit, c'est encore mieux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Au moins, on nous entend&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, sourit celle qui a quitt&#233; l'Alg&#233;rie pour prot&#233;ger ses filles. &#171; &lt;i&gt;Je suis divorc&#233;e&lt;/i&gt; khula &lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Divorce islamique parfois accord&#233; &#224; l'&#233;pouse, mais &#224; son d&#233;savantage.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;i&gt;suite aux violences de mon mari, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; accept&#233; par ma famille. Je me bats pour mes filles, qui sont sans-papiers en France, pour qu'elles puissent travailler, &#234;tre ind&#233;pendantes et qu'elles n'aient pas &#224; se marier.&lt;/i&gt; &#187; Naceira est l'une des &#233;nergies du nouveau Collectif sans-papiers 13 et travaille &#224; la mobilisation des Alg&#233;riens dans ce mouvement : &#171; &lt;i&gt;Les Alg&#233;riens sont d'une communaut&#233; sans-papiers qui &#233;tait jusque-l&#224; divis&#233;e, malgr&#233; la gal&#232;re et l'histoire commune avec la France. Quand les autorit&#233;s vont-elles comprendre que la France est notre deuxi&#232;me pays&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;s autonomes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille aussi, le confinement a &#233;t&#233; tr&#232;s durement v&#233;cu. Certains allocataires de l'Ada (allocation pour demandeur d'asile) ont vu leurs droits suspendus en plein confinement tandis que, comme ailleurs, le syst&#232;me D s'effondrait avec les interdictions de d&#233;placement et la fermeture des chantiers et des march&#233;s. Face &#224; la situation, le Collectif Dahdah, form&#233; par des Sierra-L&#233;onais mobilis&#233;s contre l'expulsion de leur squat l'hiver pr&#233;c&#233;dent, commencent par d&#233;noncer la bombe sanitaire et sociale qui menace les communaut&#233;s immigr&#233;es les plus pr&#233;caires. Il est vite rejoint par d'autres demandeurs d'asile d'Afrique subsaharienne ou d'Europe centrale. Ensemble, ils coorganisent un r&#233;seau de distribution alimentaire, le March&#233; rouge, avec diff&#233;rents militants autonomes marseillais, dont le collectif anti-fronti&#232;re Al Manba. &#192; Marseille, cette solidarit&#233; faite de collectes, distributions et maraudes a pouss&#233; sur le champ laiss&#233; libre par les pros du caritatif et n'a pas c&#233;d&#233; aux coups de chauffe de la police qui a tent&#233; de lui mettre des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences in&#233;dites d'organisation autogestionnaire n&#233;es pendant le confinement ont rallum&#233; les braises de la mobilisation, dans un contexte o&#249; les expulsions de logements, comme celle de la maison occup&#233;e de Saint-Just &lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grand squat marseillais ouvert en d&#233;cembre 2018, qui a h&#233;berg&#233; des centaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, ont repris de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des fronti&#232;res ferm&#233;es, sauf aux expulsions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Portugal et l'Italie annon&#231;aient durant le confinement la r&#233;gularisation opportune de milliers de travailleurs et travailleuses sans-papiers, en premi&#232;re ligne des sales boulots (dans les secteurs &#233;conomiques prioritaires : l'alimentation, le nettoyage, les soins), l'&#201;tat fran&#231;ais fermait les guichets de ses pr&#233;fectures et poursuivait les expulsions, tant que le passages aux fronti&#232;res le permettaient. D'autres sans-papiers sont rest&#233;s enferm&#233;s pendant pr&#232;s de 90 jours (le maximum l&#233;gal) en centre de r&#233;tention administrative (CRA), alors m&#234;me que tout le monde savait que leur expulsion serait impossible, la plupart des vols internationaux &#233;tant annul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur des CRA, des enferm&#233;s se sont mutin&#233;s pour protester contre les risques de contamination, la fermeture des parloirs (qui signifie moins d'argent pour cantiner&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acheter quelque chose dans le magasin interne d'un centre de r&#233;tention ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;) et l'enfermement de nouveaux retenus qui ajoutait &#224; la surpopulation. D&#232;s l'annonce du 16 mars, les prisonniers des CRA de Lille-Lesquin (Nord) et du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) sont entr&#233;s en gr&#232;ve de la faim. &#171; &lt;i&gt;On a entendu &#224; la t&#233;l&#233; que c'est la guerre. Mais ici, il n'y a rien. Aucune pr&#233;caution. Tout est sale. On n'est pas des animaux quand m&#234;me ! On a peur&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignait un homme au CRA de Oissel, pr&#232;s de Rouen (Seine-Maritime), relay&#233; par le blog &#171; &#192; bas les CRA &#187;. Mais le gouvernement n'a jamais eu l'intention de fermer les centres de r&#233;tention. Et ce sont les juges qui ont lib&#233;r&#233; des retenus au compte-goutte, n'&#233;tant pas toujours press&#233;s de tenir compte de l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Dans le m&#234;me temps, l'&#201;tat a transf&#233;r&#233; en CRA d'autres d&#233;tenus extraits de prison, afin qu'ils soient expuls&#233;s au titre de la double peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette fin ao&#251;t, comme &#224; Rennes et au Mesnil-Amelot, les retenus du CRA de Marseille, qui tourne &#224; nouveau &#224; plein r&#233;gime, ont d&#233;clar&#233; dans un communiqu&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; disponible dans un article intitul&#233; &#171; Soutien aux gr&#233;vistes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; qu'ils reprenaient leur gr&#232;ve de la faim, face au retour annonc&#233; de la pand&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;On se remet en gr&#232;ve de la faim d&#232;s le 22-23 ao&#251;t &#224; cause de la situation qui ne change pas : les fronti&#232;res sont ferm&#233;es et pourtant on nous maintient 60 jours ou plus en centre de r&#233;tention. Dans le m&#234;me temps, les arrestations continuent puisqu'il y a toujours des gens qui arrivent dans le CRA. Les risques de contamination augmentent. Il y a au moins quatre cas confirm&#233;s de coronavirus au sein de la police aux fronti&#232;res qui garde le centre. Et pourtant rien n'est fait pour nous prot&#233;ger, on ne nous donne pas de masques. Dans la police, &#231;a se met en arr&#234;t maladie pour &#233;viter de venir au CRA.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des retenus des CRA est soutenu par un appel national &#224; manifester le 5 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plateforme cr&#233;&#233;e en mars 2018 sous l'impulsion des CSP (Coordination des sans-papiers) historiques de Paris et Vitry, soutenue par plusieurs comit&#233;s &#171; V&#233;rit&#233; et Justice &#187;, le NPA et certains syndicats comme Solidaires et la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les travailleurs r&#233;guliers officiellement h&#233;berg&#233;s qui sous-louent aux primo-arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Suite au licenciement de 200 livreurs sans-papiers en juin, les salari&#233;s de cette soci&#233;t&#233; de livraison de repas &#224; domicile se sont mis en gr&#232;ve pendant plus d'un mois. Fin juillet, la direction et la pr&#233;fecture ont conc&#233;d&#233; &#224; la moiti&#233; d'entre eux le droit de d&#233;poser une demande de r&#233;gularisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;c&#233;d&#233; le 17 juin 2007 des suites de son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communiqu&#233; du 3 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plateforme d'accueil pour les demandeurs d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terme arabe renvoyant &#224; l'humiliation et &#224; l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Divorce islamique parfois accord&#233; &#224; l'&#233;pouse, mais &#224; son d&#233;savantage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Grand squat marseillais ouvert en d&#233;cembre 2018, qui a h&#233;berg&#233; des centaines de familles et mineurs isol&#233;s, jusqu'&#224; son expulsion en juin 2020, apr&#232;s un incendie possiblement criminel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acheter quelque chose dans le magasin interne d'un centre de r&#233;tention ou d'une prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communiqu&#233; disponible dans un article intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://mars-infos.org/soutien-aux-grevistes-de-la-faim-5256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soutien aux gr&#233;vistes de la faim du CRA de Marseille&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mars-infos.org&lt;/i&gt; (24/08/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un arc-en-ciel &#224; Sarajevo</title>
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		<dc:date>2020-07-16T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jeanne Frank</dc:creator>


		<dc:subject>droits</dc:subject>
		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>Nera Me&#353;inovi&#263;</dc:subject>
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		<dc:subject>Gay Pride</dc:subject>
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		<dc:subject>Me&#353;inovi&#263;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re marche des fiert&#233;s de l'histoire de Bosnie-Herz&#233;govine s'est d&#233;roul&#233;e d&#233;but septembre 2019. La veille, des contre-manifestants avaient d&#233;fil&#233; pour la d&#233;fense de la famille traditionnelle&#8230; Sarajevo, ses 340 000 habitants (dont 80 % de musulmans) et&#8230; sa Marche des fiert&#233;s. Ce 8 septembre 2019, la Bosnie-Herz&#233;govine organise dans sa capitale sa premi&#232;re Gay Pride : elle &#233;tait le dernier pays d'ex-Yougoslavie &#224; ne pas l'avoir fait. En raison des violences qui avaient &#233;clat&#233; lors (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/droits" rel="tag"&gt;droits&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nera-Mesinovic" rel="tag"&gt;Nera Me&#353;inovi&#263;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/LGBT" rel="tag"&gt;LGBT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gay-Pride" rel="tag"&gt;Gay Pride&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bosnie" rel="tag"&gt;Bosnie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nera" rel="tag"&gt;Nera&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Republique-serbe" rel="tag"&gt;R&#233;publique serbe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-une-marche" rel="tag"&gt;qu'une marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mesinovic" rel="tag"&gt;Me&#353;inovi&#263;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re marche des fiert&#233;s de l'histoire de Bosnie-Herz&#233;govine s'est d&#233;roul&#233;e d&#233;but septembre 2019. La veille, des contre-manifestants avaient d&#233;fil&#233; pour la d&#233;fense de la famille traditionnelle&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH367/-1493-34ffb.jpg?1768731391' width='500' height='367' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Jeanne Frank
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;arajevo, ses 340 000 habitants (dont 80 % de musulmans) et&#8230; sa Marche des fiert&#233;s. Ce 8 septembre 2019, la Bosnie-Herz&#233;govine organise dans sa capitale sa premi&#232;re Gay Pride : elle &#233;tait le dernier pays d'ex-Yougoslavie &#224; ne pas l'avoir fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison des violences qui avaient &#233;clat&#233; lors de pr&#233;c&#233;dentes tentatives, la ville est en &#233;tat d'alerte. Afin d'assurer la s&#233;curit&#233; des marcheurs, plus de 1 100 policiers ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s, dont des membres des forces anti-&#233;meute et des tireurs d'&#233;lite post&#233;s sur les toits des immeubles. Un dispositif tr&#232;s strict, dont se plaignent certains manifestants sur les r&#233;seaux sociaux : &#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes pas en 1992&lt;/i&gt; &#187;, lancent-ils en r&#233;f&#233;rence au d&#233;but de la guerre (1992-1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, des opposants &#224; la Gay Pride ont d&#233;fil&#233; au nom de la d&#233;fense de la &#171; famille traditionnelle &#187;. &#199;a fait sourire Nera Me&#353;inovi&#263;, militante LGBT et co-organisatrice de la marche : &#171; &lt;i&gt;S&#233;rieusement&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Ces gens sont si na&#239;fs. Nous sommes un pays d'apr&#232;s-guerre. Qui a encore ses deux parents&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? 30&lt;/i&gt; &lt;i&gt;% ont grandi avec leurs grands-parents ou leur beau-p&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Plus qu'une marche, une r&#233;volte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce 8 septembre, entre 2 000 et 3 000 personnes manifestent donc pour le renforcement des droits des personnes LGBT. Elles veulent sensibiliser contre les violences et rendre enfin visibles ces personnes que la soci&#233;t&#233;, patriarcale, tente d'ignorer. &#171; &lt;i&gt;C'est une r&#233;volte, plus qu'une marche. Il n'y a rien &#224; c&#233;l&#233;brer, mais c'est aussi un combat contre le fascisme et toute forme de violence&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Nera Me&#353;inovi&#263;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nera a 28 ans et cela fait cinq ann&#233;es qu'elle a fait son &#171; coming out &#187;. La jeune militante a eu &#171; &lt;i&gt;la chance d'&#234;tre soutenue&lt;/i&gt; &#187; par sa famille. Mais elle et son amie ne sont pas &#233;pargn&#233;es par les insultes et autres attaques homophobes quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine-l&#224;, les responsables politiques ne sont pas en reste. Apr&#232;s l'annonce de la tenue de la Marche, Samra &#268;o&#353;ovi&#263;-Hajdarevi&#263;, &#233;lue locale &#224; Sarajevo et membre du Parti de l'action d&#233;mocratique (SDA, formation nationaliste bosniaque et conservatrice musulmane), avait recommand&#233; sur les r&#233;seaux sociaux &#171; &lt;i&gt;que des gens pareils soient isol&#233;s et mis le plus loin possible de nos enfants et de notre soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par peur d'&#233;ventuelles repr&#233;sailles, les plaintes d&#233;pos&#233;es par les personnes LGBT restent peu nombreuses. Et g&#233;n&#233;ralement, la police traite les crimes contre les minorit&#233;s sexuelles comme des d&#233;lits mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;criminalisation tardive&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du temps de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rative socialiste de Yougoslavie (1945-1992), les questions li&#233;es aux sexualit&#233;s alternatives &#233;taient taboues. Comme le raconte l'historien et militant LGBT croate Franko Dota, l'homosexualit&#233; &#233;tait alors associ&#233;e &#224; la bourgeoisie d&#233;cadente et au capitalisme insatiable, qui &#171; &lt;i&gt;ab&#238;me la jeunesse socialiste ouvri&#232;re en bonne sant&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, la guerre a eu raison de l'unit&#233; yougoslave. En 1995, les accords de Dayton ont mis fin au conflit et la Bosnie a h&#233;rit&#233; du syst&#232;me politique le plus complexe d'Europe. Elle se compose de trois entit&#233;s : la F&#233;d&#233;ration de Bosnie-Herz&#233;govine, la R&#233;publique serbe de Bosnie et le District de Br&#269;ko. L'homosexualit&#233; y a &#233;t&#233; d&#233;criminalis&#233;e respectivement en 1998 (F&#233;d&#233;ration de Bosnie- Herz&#233;govine), 2000 (R&#233;publique serbe) et 2001 (District de Br&#269;ko). Mais les personnes LGBT et leurs droits restent en marge des pr&#233;occupations politiques, institutionnelles et sociales. Le traumatisme de la guerre et la mont&#233;e du nationalisme au sein des trois communaut&#233;s (bosniaque, serbe et croate) n'ont pas aid&#233; &#224; d&#233;tendre la soci&#233;t&#233; sur les questions de m&#339;urs. Au final, c'est presque comme si aucun &#233;cart &#224; la &#171; norme &#187; n'&#233;tait tol&#233;r&#233;. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes dans un pays d'apr&#232;s-guerre : fasciste et violent, &lt;/i&gt;analyse Nera Me&#353;inovi&#263;.&lt;i&gt; H&#233;t&#233;rosexuels ou gays, on se d&#233;teste tous sans raison. On se sent &#233;touff&#233;s. Cette marche est une bouff&#233;e d'air frais, mais nous avons besoin d'un vrai changement, d'une th&#233;rapie et de personnes engag&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;De la loi &#224; la r&#233;alit&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res formes de militantisme LGBT en Bosnie-Herz&#233;govine remontent au d&#233;but des ann&#233;es 2000. L'Association Q (Udru&#382;enje Q) a &#233;t&#233; la premi&#232;re ONG &#224; d&#233;fendre et promouvoir les droits des personnes concern&#233;es. En 2008, elle a organis&#233; le Queer Festival de Sarajevo mais les militants ont &#233;t&#233; violemment attaqu&#233;s par des islamistes radicaux et des hooligans. En 2014, le festival du film &lt;i&gt;queer &lt;/i&gt;Merlinka a &#233;galement &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de violences homophobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les personnes transgenres, la situation est encore plus compliqu&#233;e. Certes, la discrimination &#224; leur &#233;gard est interdite depuis 2009 et la loi permet en principe &#224; celles qui ont chang&#233; de sexe de modifier leur &#233;tat civil (genre, nom et num&#233;ro d'identification personnel)&#8230; mais la r&#233;alit&#233; est tout autre. L'identit&#233; transgenre figure encore sur la liste des maladies mentales, sous le nom de &#171; dysphorie de genre &#187;. Quant aux op&#233;rations chirurgicales de changement de sexe, elles ne sont pas pratiqu&#233;es dans le pays &#8211; du reste, le personnel m&#233;dical n'y est pas form&#233;. Les personnes transgenres n'ont donc d'autre choix que d'effectuer leur changement de sexe &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a fait Elena, 65 ans, qui est peut-&#234;tre la seule transgenre publiquement visible en Bosnie. &#171; &lt;i&gt;Toute ma vie, je me suis sentie femme&lt;/i&gt; &#187;, confie-t-elle, avant de raconter que ce n'est qu'il y a cinq ans qu'elle a d&#233;couvert qu'on pouvait se faire op&#233;rer pour changer de sexe : &#171; &lt;i&gt;La Bosnie manque cruellement d'informations pour les droits des personnes transgenres.&lt;/i&gt; &#187; Elena a d&#251; demander la citoyennet&#233; serbe afin de pouvoir &#234;tre op&#233;r&#233;e &#224; Belgrade. &#171; &lt;i&gt;Je suis tr&#232;s pauvre. Je touche le minimum d'aide en Bosnie. Quand je suis all&#233;e en Serbie pour commencer ma transition, je dormais dans des parcs afin d'&#233;conomiser de l'argent pour mon op&#233;ration.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sireuse de rejoindre l'Union europ&#233;enne, la Bosnie-Herz&#233;govine a adapt&#233; sa l&#233;gislation afin que les droits des personnes LGBT y figurent, se conformant ainsi aux standards minimums requis. Mais il reste un long chemin &#224; parcourir avant que ces textes soient r&#233;ellement mis en application.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeanne Frank&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Antiracisme : &#171; Surtout, nous avons pris la parole &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Antiracisme-Surtout-nous-avons</link>
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		<dc:date>2020-01-31T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
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		<dc:subject>tu&#233; Yassin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s le dossier &#171; Racisme et violences polici&#232;res &#187; du CQFD n&#176;153, tr&#232;s ax&#233; sur Paris et ses banlieues, nous voulions revenir sur le sujet sous une autre latitude, &#224; Marseille, avec les mots vifs d'Hanifa Taguelmint, participante active de la Marche pour l'&#233;galit&#233; de 1983 et proche de deux victimes de meurtres racistes. &#171; Quand, dans la nuit du 13 au 14 f&#233;vrier 2013, un flic ivre a tu&#233; Yassin, le demi-fr&#232;re de mon neveu, avec son arme de service , le pire, pour nous, a &#233;t&#233; de voir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lutte" rel="tag"&gt;lutte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-ils" rel="tag"&gt;qu'ils&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tue-Yassin" rel="tag"&gt;tu&#233; Yassin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s le dossier &#171; Racisme et violences polici&#232;res &#187; du &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;153, tr&#232;s ax&#233; sur Paris et ses banlieues, nous voulions revenir sur le sujet sous une autre latitude, &#224; Marseille, avec les mots vifs d'Hanifa Taguelmint, participante active de la Marche pour l'&#233;galit&#233; de 1983 et proche de deux victimes de meurtres racistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH410/-1442-a5243.jpg?1768652295' width='400' height='410' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;uand, dans la nuit du 13 au 14 f&#233;vrier 2013, un flic ivre a tu&#233; Yassin, le demi-fr&#232;re de mon neveu, avec son arme de service&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le policier a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; douze ans de r&#233;clusion criminelle en d&#233;cembre 2016.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le pire, pour nous, a &#233;t&#233; de voir l'histoire se r&#233;p&#233;ter. Mon fr&#232;re et son fils, &#224; trente-deux ans d'intervalle, ont tous les deux perdu un frangin. En effet, le 21 f&#233;vrier 1981, notre fr&#232;re Zahir fut assassin&#233; dans des circonstances b&#234;tes et m&#233;chantes &#8211; abattu par ce qu'on appelait un tonton-flingueur, qui a fait un carton avec son 22-long rifle sur des minots au pied d'un immeuble de notre cit&#233; de La Busserine. Trois mois avant, le 18 octobre 1980, Lahouari Mohamed, 17 ans, &#233;tait assassin&#233; &#224; quelques m&#232;tres de l&#224; par le CRS Taillefer de deux balles dans la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais toute jeune et cette injustice m'a marqu&#233;e &#224; vie. On avait grandi dans l'ombre de la guerre d'Alg&#233;rie, mais nos parents ne nous avaient jamais racont&#233; ce qu'ils avaient v&#233;cu. Leur silence n'&#233;tait pas honteux, mais terrible pour nous. Les vrais traumatis&#233;s ne parlent pas, je l'ai compris plus tard. &#192; la mort de mon fr&#232;re, c'est comme si une bombe avait explos&#233; chez nous. D'un coup, pour toi c'est la guerre, alors que les autres autour de toi sont en paix. Ma m&#232;re est morte de chagrin six mois apr&#232;s. Toute une vie de r&#234;ves et de projets s'effondre, il n'y a pas de mots pour dire cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, on s'accroche &#224; la lutte, on rencontre des militants, des syndicalistes&#8230; Et toutes ces exp&#233;riences ont fait ce que je suis : une femme qui a envie de se battre plut&#244;t que se r&#233;signer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Est-on pr&#233;par&#233; &#224; une telle guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H.T. : &lt;/strong&gt;&#171; Par force, ma conscience politique, n&#233;e dans les manifs lyc&#233;ennes, s'est aiguis&#233;e. De plus, j'&#233;tais menac&#233;e d'expulsion &#224; ma majorit&#233;, puisque je n'&#233;tais pas fran&#231;aise &#8211; expuls&#233;e, &#231;a voulait dire arrach&#233;e &#224; ma famille et envoy&#233;e dans un pays que je connaissais &#224; peine. S'y ajoutaient les probl&#232;mes li&#233;s &#224; la condition des femmes. J'ai grandi dans une famille qui m'a laiss&#233; &#233;tudier, mais je voyais mes copines arr&#234;ter, puis fuguer parfois, pour &#233;chapper au mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a a &#233;veill&#233; en moi une conscience de ce qui touchait les miens &#8211; et quand on pense &#8220;les miens&#8221;, &#231;a veut dire qu'il y a &#8220;les autres&#8221;. Pourtant, je ne voulais pas &#234;tre une immigr&#233;e &#8211; je suis n&#233;e en Alg&#233;rie, je suis une vraie immigr&#233;e ! Je me disais, dans cette &#233;poque pas tr&#232;s normale, que j'allais m'en sortir par les &#233;tudes. Quand mon fr&#232;re est mort, j'&#233;tais en terminale, on &#233;tait six Arabes dans tout le lyc&#233;e. J'aimais l'&#233;cole, qui m'a aid&#233;e &#224; me structurer aussi en dehors. On &#233;tait nombreux &#224; la maison, mais on avait &#224; manger, on n'avait pas froid, des parents aimants. Je ne me sentais pas une &#8220;pas comme les autres&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait deux vies, pourtant, si on regarde bien, avec une esp&#232;ce d'identit&#233; schizophr&#232;ne. &#192; l'&#233;cole, on &#233;tait comme les Blancs mais, d&#232;s qu'on descendait du bus 33, on redevenait &#8220;de la cit&#233;&#8221;, avec des codes diff&#233;rents. On se demande : pourquoi on n'est que six au lyc&#233;e ? O&#249; sont pass&#233;s les autres ? Les gar&#231;ons &#233;taient orient&#233;s vers la chaudronnerie et les filles &#224; la maison. On regarde alors la soci&#233;t&#233; diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1981, on a fond&#233; des associations d'Arabes alg&#233;riens, tunisiens, marocains, palestiniens, libanais&#8230; On prenait notre place aux manifs du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;-Mai, o&#249; on se m&#234;lait au monde ouvrier &#8211; auquel on appartenait, m&#234;me si on ne nous l'avait jamais dit, m&#234;me si on nous voyait d'abord comme des immigr&#233;s. On d&#233;couvre la notion de lutte des classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlez-nous de la marche de 1983...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette marche n'&#233;tait rien d'autre qu'une protestation contre des crimes racistes. Rien d'autre qu'une jeunesse qui disait stop, il faut arr&#234;ter de nous tirer dessus. Elle a grandi avec ce fameux slogan de merde, &#8220;Premi&#232;re, deuxi&#232;me, troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, nous sommes tous des enfants d'immigr&#233;s&#8221;, qui oubliait un peu vite qu'on n'&#233;tait pas tous de la m&#234;me religion, ni int&#233;grables de la m&#234;me mani&#232;re. Cette marche, c'&#233;tait comme une photo tr&#232;s floue qu'on aurait recoloris&#233;e. Elle a rendu visible quelque chose qui &#233;tait l&#224; depuis toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, surtout, nous avons pris la parole. Parce que nous &#233;tions des sans-parole. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, beaucoup de gens parlaient &#224; notre place. L&#224; aussi, schizophr&#233;nie : j'&#233;tais &#224; la fois actrice de la marche et repr&#233;sentante d'une famille de victimes. &#192; la fois sujet et acteur. Et je n'&#233;tais pas la seule. C'est difficile de passer du r&#244;le de victime (r&#233;elle, pas suppos&#233;e !) &#224; acteur de son propre destin. Il faut prendre sur soi. Le danger, c'&#233;tait de finir par d&#233;tester le Blanc. C'est tellement simple, &#231;a aurait r&#233;gl&#233; nos douleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des luttes, c'&#233;tait de se dire non, ils ne sont pas tous comme &#231;a, on ne peut pas vivre en bloc, entre nous. La marche, au-del&#224; de rendre visible une jeunesse meurtrie, disait aux Blancs de nous rejoindre. On &#233;tait dans une lutte anti-communautariste. Je me sens plus proche de ma voisine Mich&#232;le que d'une princesse saoudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, c'&#233;tait un moment o&#249; l'on d&#233;couvrait le monde arabe, dont on ignorait tout. Si on connaissait un ou deux chanteurs alg&#233;riens, c'&#233;tait le bout du monde. On ne connaissait rien &#224; la litt&#233;rature, ni aux combats du monde arabe. Il y a eu un vrai foisonnement culturel et politique, ces ann&#233;es-l&#224;. J'ai fait partie des fondateurs de Radio Gazelle. Nos parents, Berb&#232;res analphab&#232;tes, n'avaient pas pu transmettre. Tout cela te renforce de l'int&#233;rieur, te forge. Tu te dis : je suis aussi &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous v&#233;cu la marche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La marche a &#233;t&#233; un moment joyeux, on chantait Fairouz, on lisait Kateb Yacine&#8230; C'&#233;tait un moment de partage dont on a trop peu parl&#233;. Attention, je ne suis pas une marcheuse. J'ai march&#233; par &#233;pisodes, &#224; Marseille, &#224; Salon, &#224; Lyon et &#224; Paris. Mais si j'&#233;tais partie quarante jours, je n'aurais pas pu revenir chez moi ! Voil&#224; pourquoi il y avait plus de gar&#231;ons que de filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monter &#224; Lyon ou &#224; Paris pour deux ou trois jours, c'&#233;tait d&#233;j&#224; une lutte en interne, en tant que femme. Il fallait faire de la p&#233;dagogie avec nos p&#232;res et nos fr&#232;res, leur dire que c'&#233;tait important et qu'eux-m&#234;mes devaient participer. Celles qui n'ont pas &#233;t&#233; autoris&#233;es &#224; faire la marche en entier ont boss&#233; dur pour que l'arriv&#233;e &#224; Paris soit un triomphe. Les marcheurs &#233;taient la torche qu'il fallait suivre, mais &#224; c&#244;t&#233;, on assurait la communication, avec les m&#233;dias qui voulaient bien en parler : &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, radio Gazelle, le journal &lt;i&gt;Sans-Fronti&#232;res&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait trouver les moyens, en quarante jours, de se payer des cars, pour faire monter un maximum de gens. On a &#233;t&#233; soutenus par des centres sociaux, des &#233;lus PCF, des assos de travailleurs alg&#233;riens, tunisiens, le Mouvement des travailleurs arabes, des commer&#231;ants, ceux d'entre nous qui travaillaient. Quand j'entends des sociologues dire qu'il n'y avait que des gamins d&#233;scolaris&#233;s, j'hallucine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose d'important s'est pass&#233; au moment de la marche. Les Marseillais ont rencontr&#233; des Lyonnais, des Parisiens&#8230; Et on a pu se rendre compte qu'on &#233;tait int&#233;gr&#233;s sans le savoir ! On n'avait pas le m&#234;me accent. C'est un Arabe comme moi et il n'utilise pas le m&#234;me argot que moi ! On a d&#233;couvert qu'on &#233;tait partout, qu'on partageait le m&#234;me combat, mais qu'on &#233;tait diff&#233;rents. Les Lyonnais &#233;taient beaucoup plus ouverts avec leurs s&#339;urs que les Marseillais, par exemple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis vint la r&#233;cup&#233;ration&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La marche passe. Mitterrand nous fait l'aum&#244;ne de la carte de s&#233;jour de dix ans. Puis, on nous vole la parole dans un rapt historique que la gauche paye encore &#8211; et il faut qu'elle le paye ! Plut&#244;t que nous laisser la parole &#8211; on &#233;tait dans l'apaisement, on avait pass&#233; du temps &#224; calmer les jeunes dans les cit&#233;s &#8211;, ils ont lanc&#233; SOS-Racisme, qui est une perversion politique monstrueuse. Le gouvernement leur a donn&#233; tout le pognon destin&#233; aux quartiers pour nous faire des concerts de Bruel sur la place du Trocad&#233;ro, &#224; Paris. Voir aujourd'hui les Julien Dray nous faire la morale, apr&#232;s avoir fait carri&#232;re et &#8220;s'&#234;tre lav&#233; entre eux&#8221; plusieurs fois, ou Attali et sa Plan&#232;te-finance qui aide soi-disant les jeunes &#224; cr&#233;er leur entreprise, &#231;a me fait bien rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perversion de ces gens, &#231;a a &#233;t&#233; de voir les quartiers se mobiliser, se f&#233;d&#233;rer et de s'&#234;tre dit &#8220;Vite, vite, il faut leur couper l'herbe sous le pied&#8221;. Aucun d'entre nous n'a fait carri&#232;re dans la politique, mais on a choisi &#8211; ou on a &#233;t&#233; choisis par &#8211; des m&#233;tiers dans le social. Animateurs, &#233;ducateurs, profs&#8230; Quand je voyais un jeune de quartier avec leur pin's de merde, &#8220;Touche pas &#224; mon pote&#8221;, je lui disais : &#8220;Mais le pote, c'est toi ! Tu ne vois pas qu'ils ferment ta gueule, qu'ils te cantonnent dans ton r&#244;le de victime ? Tu ne peux pas te d&#233;fendre tout seul ? Il faut encore que les Blancs parlent &#224; ta place ?&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel a &#233;t&#233; votre parcours depuis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis rest&#233;e alg&#233;rienne jusqu'en 1991. Je n'avais pas &#233;prouv&#233; le besoin de faire la demande, jusqu'&#224; ce que je rate une belle opportunit&#233; de boulot. N&#233;e fran&#231;aise en f&#233;vrier 1962, j'&#233;tais devenue alg&#233;rienne en juillet, &#224; cinq mois&#8230; L&#224;, il fallait que je me r&#233;int&#232;gre ! &#199;a a &#233;t&#233; un choc : radios, interrogatoire, m&#233;decin l&#233;giste&#8230; Vous cherchez quoi dans mes poumons ? La tuberculose. Vous cherchez quoi avec la prise de sang ? La syphilis. Encore r&#233;gie par le code Napol&#233;on, la proc&#233;dure cherchait des maladies qui n'existent plus ici ! Et il fallait le payer, cet examen, en liquide ! Un flic m'a convoqu&#233;e &#224; l'&#201;v&#234;ch&#233; : &lt;i&gt;&#8220;J'ai &#233;tudi&#233; votre dossier toute la nuit.&#8221;&lt;/i&gt; Pression. J'ai dit : &#8220;&lt;i&gt;Je reconnais tout. J'ai manifest&#233; pour les Canaques, pour la Palestine, contre l'apartheid&#8230; J'ai m&#234;me manifest&#233; contre l'Alg&#233;rie quand elle a tir&#233; sur son peuple en 1988.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, j'ai mis le nez dans la politique de la ville, avec ses milliards dans les mains des &#233;lus, des pr&#233;fets&#8230; J'ai &#233;t&#233; chef de projet, je voulais voir de l'int&#233;rieur. On donne des millions aux boulistes, aux anciens combattants et aux seniors parce qu'ils votent. Et rien aux assos qui font de l'alphab&#233;tisation, des miettes aux centres sociaux&#8230; Avant, il y avait des classes vertes, ce qui fait qu'aujourd'hui des gamins de la Busserine sont devenus bergers ou artisans dans les Alpes. Mais il n'y a plus d'argent pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'int&#233;gration par la ville, notamment &#224; Marseille, est acquise. Ici, pas un jeune ne vous dira qu'il n'est pas marseillais. Par contre, l'int&#233;gration &#224; l'&#233;chelle du pays n'est pas faite. Ils n'y arrivent pas. Et je n'y arrive pas. Comment transmettre la culture du combat aux jeunes ? Quand j'interviens dans les coll&#232;ges, je leur dis de ne pas jouer les victimes. Je leur raconte le bidonville Picon, avant la construction des cit&#233;s. C'est un fait, nous n'appartenons pas au roman national, notre histoire est cach&#233;e. Mais &#231;a me fatigue de les voir sans espoir. On a tu&#233; leurs r&#234;ves. Moi, j'avais des r&#234;ves. Eux, ils gal&#232;rent pour trouver un stage en entreprise. Ils se disent : &#8220;S'ils ne veulent m&#234;me pas me faire travailler gratuitement, qu'est-ce que &#231;a sera quand je demanderai un salaire ?&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous le combat antiraciste aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu la r&#233;volte sans voix de 2005. AC le feu ! a trop &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;, trop personnifi&#233;, &#231;a a cr&#233;&#233; de la m&#233;fiance. On nous a enferm&#233;s dans des communaut&#233;s. J'en veux aux copains arm&#233;niens qui ne nous invitent pas &#224; leur comm&#233;moration &#8211; &#231;a vous amuse de pleurer entre vous ? Pareil pour les Noirs, les Comoriens&#8230; Quand on viole Th&#233;o, je m'en fous de la couleur de sa peau, on a agress&#233; un fr&#232;re. La lutte antiraciste est multiforme. Elle est individuelle, puis elle est politique. L&#224;, on voit appara&#238;tre une autre lutte, contre l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant, il fallait montrer patte blanche, aujourd'hui, il faudrait quasiment montrer &#8220;&#226;me blanche&#8221;. D&#233;sormais, on n'est plus consid&#233;r&#233;s comme des Arabes, on est assign&#233;s &#224; la religion. Croyant ou ath&#233;e, pratiquant ou non, sunnite ou chiite, soufi ou wahhabite, vous &#234;tes musulmans avant tout et donc consid&#233;r&#233;s comme un danger potentiel. Nous n'&#233;tions pas vus en tant que &#8220;musulmans&#8221; dans les ann&#233;es 1980. On l'&#233;tait par la culture, la croyance &#8211; certains, dont moi, faisaient la pri&#232;re et le ramadan &#8211;, mais on n'&#233;tait pas &#231;a d'abord. Dans les cars qui montaient &#224; Paris pour la Marche, la moiti&#233; d'entre nous mangeaient du porc et personne ne se faisait de reproches, on s'en foutait ! Aujourd'hui, &#231;a serait impossible. La lutte contre l'islamophobie se fait par bribes, parce qu'il y a un d&#233;saccord. Pour les militants la&#239;ques, c'est compliqu&#233; de lutter aux c&#244;t&#233;s du courant &#8220;islamophile&#8221;. &#199;a provoque des conflits jusque dans les familles. La lutte contre l'islamophobie n'a pas encore trouv&#233; son mode d'expression collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire de plus de cette histoire qui aurait pu &#234;tre belle et qui s'est tach&#233;e de sang ? Les jeunes des quartiers n'iront pas voter, ils savent que &#231;a ne change rien, que c'est la finance qui gouverne. Ils disent : que Marine vienne, on a des armes, on mettra le feu une bonne fois pour toutes. Aux derni&#232;res municipales, le PS a offert les 150 000 habitants des 13 et 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements au FN. Je m'&#233;tais laiss&#233;e convaincre de figurer sur leur liste pour m'opposer au Front, mais quand j'ai vu que le candidat se maintenait au second tour alors qu'il &#233;tait troisi&#232;me, j'en ai fait une maladie. Quand Ravier [le candidat FN, ndlr] est pass&#233;, je suis tomb&#233;e dans les pommes. Mon p&#232;re et mon fr&#232;re vivent encore l&#224;-bas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vous avez dit communautarisme ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; L&lt;/petitelettrine&gt;e regard port&#233; sur nous est un regard postcolonial. Pourquoi ne remplace-t-on pas les instits absents dans les &#233;coles des quartiers Nord ? Pourquoi les centres sociaux ferment-ils faute de subventions ? Pourquoi les permanences de la CAF ne sont-elles pas assur&#233;es dans nos cit&#233;s ? Pourquoi n'y a-t-il pas de navettes pour amener les gamins aux plages ? On les oblige &#224; y aller &#224; pied, alors ils chahutent, ils se font remarquer. Et le minot, la premi&#232;re vision qu'il a en arrivant &#224; la plage, c'est douze contr&#244;leurs de bus et vingt flics qui l'attendent au cas o&#249; il aurait pris le bus &#224; l'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En revanche&lt;/strong&gt;, quand il y a un &lt;i&gt;Piano &#224; la mer &lt;/i&gt;&#224; Corbi&#232;res &#8211; j'en veux aux bobos de l'Estaque ! &#8211;, la police vient prot&#233;ger le public. Les flics patrouillent sur la plage pour v&#233;rifier que ce public n'est pas emmerd&#233; par les gamins des quartiers. &#199;a veut dire qu'ils ont organis&#233; leur &#233;v&#233;nement pas en partage avec la population, mais en se prot&#233;geant d'elle. Ces bobos vivent entre eux &#8211; de vrais communautaristes ! &#8211;, ils ont des financements, parce qu'ils ont l'oreille bienveillante des &#233;lus, chose que n'ont pas les autres populations, et je trouve &#231;a un peu d&#233;gueulasse. Ils obtiennent ce qu'ils veulent pour eux, par eux. Mais un jour ou l'autre, il y aura confrontation. Ce n'est pas possible qu'on privatise une plage comme &#231;a. Surtout &#224; Corbi&#232;res, la seule plage accessible pour les quartiers Nord !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qu'ils font avec un Piano &#224; la mer&lt;/strong&gt;. Quand j'y suis all&#233;e, j'ai refus&#233; de payer. C'est pas pour les cinq euros, c'est pour le principe : je ne paye pas pour aller &#224; la plage, j'habite ici. J'&#233;tais choqu&#233;e. Il fallait voir : pas un Arabe, pas un Noir, en plein quartiers Nord ! Il y avait la musique, leurs gamins &#224; poil qui couraient partout, ils &#233;taient bien. Eux, ils peuvent allumer un joint, &#231;a pose probl&#232;me &#224; personne. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais &#231;a, c'est un rapt, une appropriation de lieu public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pareil pour leur centre a&#233;r&#233;&lt;/strong&gt;. Ils arrivent &#224; faire ouvrir une &#233;cole maternelle en plein &#233;t&#233; pour leurs enfants. Ma fille qui habite &#224; Saint-Henri n'a pas de centre a&#233;r&#233; au mois d'ao&#251;t. Eux, ils l'ont pendant deux mois. Qu'est-ce que je fais ? Soit je joue leur jeu, je me fais copine avec eux afin d'obtenir une place pour mon petit-fils &#8211; et je ferme ma gueule en me disant que les autres, je m'en fous&#8230; Soit je dis non, je hurle, je dis que c'est injuste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hanifa Taguelmint&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Morceau vol&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; C&lt;/petitelettrine&gt;ommunautarisme &lt;i&gt;est ainsi, de bout en bout, un discours de la &lt;/i&gt;m&#233;sentente&lt;i&gt;, un discours du pouvoir qui ne peut et surtout ne veut pas entendre la parole de certains groupes en tant que discours politique et voix l&#233;gitime. D'o&#249; leur disqualification comme &#8220;infra-politique ou ante-politique&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Taguieff P.-A., La R&#233;publique enlis&#233;e. Pluralisme, &#171; communautarisme &#187; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Le discours du &lt;/i&gt;communautarisme &lt;i&gt;utilise donc les id&#233;aux communs non pour les promouvoir, mais pour faire barrage et d&#233;l&#233;gitimer certaines voix. Il joue ainsi objectivement contre ces id&#233;aux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Dhume-Sonzogni&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Communautarisme &#8211; Enqu&#234;te sur une chim&#232;re du nationalisme fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Demopolis, 2017.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le policier a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; douze ans de r&#233;clusion criminelle en d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Taguieff P.-A., &lt;i&gt;La R&#233;publique enlis&#233;e. Pluralisme, &#171; communautarisme &#187; et citoyennet&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions des Syrtes, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Euromed 2 : la ville est morte, ville la ville !</title>
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		<dc:date>2020-01-07T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charly, Oum Ziad</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes. &#171; Parce que la vie fait la ville &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yohanne-Lamoulere-56" rel="tag"&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rue" rel="tag"&gt;rue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Euromed" rel="tag"&gt;Euromed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/panneaux-publicitaires" rel="tag"&gt;panneaux publicitaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logements" rel="tag"&gt;logements&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Euromed" rel="tag"&gt;d'Euromed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Crottes" rel="tag"&gt;Crottes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etape" rel="tag"&gt;&#201;tape&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1402-ba122.jpg?1768649747' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parce que la vie fait la ville&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les habitants des Crottes&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, quartier-village de Marseille situ&#233; entre le m&#233;tro Bougainville et les docks, l'&#233;tablissement public d'am&#233;nagement pr&#233;tend construire sur des friches, dans des lieux &#171; &lt;i&gt;d&#233;grad&#233;s&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;enclav&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. C'est vite oublier qu'il am&#233;nage un quartier non pas d&#233;c&#233;d&#233; de mort naturelle, mais tu&#233; par plusieurs d&#233;cennies de d&#233;litement programm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 1 : r&#233;duisez le prolo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des maisons ouvri&#232;res poussent autour des fonderies et usines d'alumine. Face aux docks, les Crottes s'activent dans la r&#233;paration navale et l'agroalimentaire. Des marins au long cours, du S&#233;n&#233;gal, des Comores et du Maghreb grossissent les rangs des dockers d'apr&#232;s-guerre. Le quartier devient l'arri&#232;re-cour des activit&#233;s portuaires de Marseille, propice aux marchandages et &#224; l'embauche, prolongeant la sociabilit&#233; &#224; la sortie du travail sur le zinc des comptoirs ouvriers de la rue de Lyon. Dans les ann&#233;es 1970, l'agonie du port laisse place &#224; l'essence et &#224; la ferraille des Volkswagen, Ford et Peugeot. Et leur lot de casses automobiles et de restaurants ouvriers, o&#249; les manutentionnaires africains et nord-africains investissent les cuisines et les circuits courts de la vente informelle. Une nouvelle &#233;poque se dessine, avec la mont&#233;e du ch&#244;mage, la bidouille et les taudis qui se d&#233;gradent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, le reflux des industries du littoral laisse &#224; d&#233;couvert des friches qui attisent la convoitise des promoteurs : Nexity, Constructa et autres Bouygues. L'op&#233;ration urbaine Euromed 2, sur le p&#233;rim&#232;tre des Crottes, est annonc&#233;e en 2007, dans le prolongement d'Euromed 1, poursuivant la conversion des docks en zone tertiaire et r&#233;sidentielle de haut standing. Sous les bulldozers d'Eiffage, les huit vieilles chemin&#233;es de la centrale &#233;lectrique du Cap Pin&#232;de sont remplac&#233;es par l'&#238;lot d&#233;monstrateur d'Euromed appel&#233; Smartseille, &#233;co-cit&#233; labellis&#233;e de 4 000 logements et 58 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed lorgne aussi sur le foncier de la raffinerie de sucre d&#233;clinante Saint Louis, qui avait accus&#233; la suppression de 80 emplois en 2015. Les syndicats vocif&#232;rent contre cette sp&#233;culation par l'immobilier du tertiaire, qui s'accommode tr&#232;s bien du d&#233;clin forc&#233; des activit&#233;s ouvri&#232;res : ce ne sont s&#251;rement pas les 20 000 emplois &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; annonc&#233;s qui r&#233;sorberont les 34 % de taux de ch&#244;mage chez les habitant&#8226;es du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, avec le d&#233;part de la client&#232;le ouvri&#232;re et la relocalisation contrainte des concessionnaires automobiles vers la zone commerciale sud (La Valentine), les caf&#233;s, salons de coiffure et autres petits commerces disparaissent &#224; leur tour. Puis la d&#233;claration d'utilit&#233; publique (DUP) de 2017 fournit &#224; Euromed l'arsenal juridique pour achever les derni&#232;res &#233;choppes : les indemnisations d'&#233;viction sont index&#233;es sur le chiffre d'affaires des deux derni&#232;res ann&#233;es, r&#233;duites &#224; peau de chagrin, quitte &#224; imposer une retraite anticip&#233;e aux tenanciers : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a plus de clients depuis que les bo&#238;tes ont ferm&#233;. Mon chiffre d'affaires a &#233;t&#233; divis&#233; par deux. Avec ce qu'ils me donnent, je ne pourrai jamais repartir ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne le propri&#233;taire d'un snack historique de la rue de Lyon. Comme un dernier coup de massue &#224; la survie des Crottes, la construction du centre social est avort&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 2 : blanchissez les Puces&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mardi 22 octobre 2019, un violent orage s'abat sur Marseille et propage le feu dans le march&#233; aux Puces, le c&#339;ur battant des Crottes. 200 forain&#8226;es sont &#233;vacu&#233;&#8226;es de ce lieu hors normes, informel et foisonnant, o&#249; le Marseille populaire se presse &#224; la recherche de bonnes affaires. On a fr&#244;l&#233; le coup de gr&#226;ce, alors que l'existence du march&#233; est remise en cause par un chantier attenant de Bouygues &#8211; 14 hectares d'&#233;quipements, logements et bureaux neufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#233;es spontan&#233;ment dans les ann&#233;es 1970 sur les espaces p&#233;riportuaires, les Puces n'en sont pas &#224; leur premi&#232;re correction disciplinaire. En 1989, elles ont &#233;t&#233; la cible du maire Robert Vigouroux, qui a tent&#233; de les canaliser sur la friche de l'usine Alsthom&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Brocanteurs, brocanteuses et antiquaires, escort&#233;&#8226;es dans l'enceinte du nouveau site, sont tri&#233;s entre bon grain et ivraie. Les forain&#8226;es r&#233;fractaires &#224; la structuration du march&#233; alimentaire par le MIN (March&#233; d'int&#233;r&#234;t national) des Arnavaux doivent &#234;tre mis&#8226;es au ban. Malgr&#233; les 300 policiers qui d&#233;m&#233;nagent &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; les &#233;talages, l'offensive est d&#233;jou&#233;e : la gr&#232;ve des l&#233;gumiers-l&#233;gumi&#232;res et des marchand&#8226;es ambulant&#8226;es, l'&#233;nergie de survie de la population, tributaire du syst&#232;me D, et la fluidit&#233; des circuits d'approvisionnement m&#233;diterran&#233;ens des commer&#231;ant&#8226;es immigr&#233;&#8226;es d&#233;bordent le programme officiel&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On estime la fr&#233;quentation actuelle &#224; 100 000 visiteurs et visiteuses par semaine pour 600 forain&#8226;es et plus de 1 000 emplois. Sans compter le &#171; off &#187;, boulevard du Capitaine-G&#232;ze : des &#233;tals &#224; m&#234;me le sol, qui s'allongent au gr&#233; des interdits de vente &#224; la sauvette dans le centre-ville et de la pr&#233;carisation des conditions d'accueil des nouveaux migrant&#8226;es : &#171; &lt;i&gt;Je vends des p&#226;tisseries maison pour faire vivre ma famille&lt;/i&gt; &#187;, confie Amal *, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;e d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bijoux de pacotille, hard-discount hallal et outillage professionnel c&#244;toient sapes de seconde main et cagettes de l&#233;gumes vendues en cul de camion. La mosqu&#233;e Al Isl&#226;h, la salle des f&#234;tes et les caf&#233;s renforcent la centralit&#233; de ce Marseille &#233;loign&#233; des cartes postales. Mais cette zone de marginalit&#233; est bel et bien dans le collimateur des am&#233;nageurs d'Euromed 2. Les forain&#8226;es craignent que la restructuration du march&#233; officiel hausse le co&#251;t de location et exclut ceux qui d&#233;pendent d'une vente &#224; bon march&#233;. Quant aux vendeurs et vendeuses &#224; la sauvette, ils sont de plus en plus stigmatis&#233;s par les &#233;diles locaux, qui accentuent harc&#232;lement policier et d&#233;nigrement m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH413/-1403-a81bf.jpg?1768651635' width='400' height='413' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 3 : hachez proprios et locataires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour rue de Lyon, o&#249; Euromed met les petits proprios &#224; la d&#233;coupe : &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie d'ouvrier &#224; me battre pour acheter cet appartement, je me suis endett&#233; sur vingt ans, j'ai termin&#233; de rembourser mon pr&#234;t il y a deux ans et ils me virent pour une bouch&#233;e de pain&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'indigne Bernard. Les propri&#233;taires occupant&#8226;es sont indemnis&#233;&#8226;es au prix du march&#233;, point. Mais qui accepterait sans sourciller le prix mis&#233;rable d'un march&#233; immobilier asphyxi&#233; par quinze ans de politique de pr&#233;emption pour un foyer qui repr&#233;sente les &#233;conomies d'une vie ? &#171; &lt;i&gt;On ne peut rien acheter, on a essay&#233; de louer mais on s'est fait refuser parce que nos retraites sont trop petite&lt;/i&gt;s &#187; : Bernard et Jeanne, octog&#233;naires, indemnis&#233;s 1 000 &#8364; le m&#232;tre carr&#233;, peinent &#224; retrouver un logement &#233;quivalent dans le quartier. Ils s'en sont sortis un temps gr&#226;ce &#224; un voisin qui leur louait un studio. Las : ce dernier s'est vu &#224; son tour expropri&#233;, ce qui a oblig&#233; le couple &#224; refaire ses valises. Deux nouvelles portes mur&#233;es sont donc venues s'ajouter &#224; la collection d&#233;j&#224; bien fournie du quartier : depuis 2003, toute cession immobili&#232;re y fait syst&#233;matiquement l'objet d'un rachat contraint par Euromed et d'une &#171; &lt;i&gt;mise en s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; qui consiste &#224; murer et &#224; d&#233;vitaliser les logements &#8211; cuisines et salles de bains sont d&#233;molies &#224; coups de massue. Petit &#224; petit, le quartier se vide : &#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre avec des fant&#244;mes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare une habitante, d&#233;signant de la t&#234;te les deux portes mur&#233;es de son palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les promesses de la DUP&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, les propositions de relogement re&#231;ues par les locataires des logements rachet&#233;s sont bien &#233;loign&#233;es des constructions flambant neuves. &#201;tonnant qu'un &#233;tablissement qui a vendu des milliers de m&#232;tres carr&#233;s de ville &#224; des promoteurs priv&#233;s ne parvienne pas &#224; n&#233;gocier, dans les milliers de nouveaux logements qu'il fait sortir de terre, une cinquantaine de places pour les locataires qu'il d&#233;loge. Face &#224; la p&#233;nurie de logements sociaux &#224; Marseille, Euromed, par courrier, invite m&#234;me certains d&#233;log&#233;s &#224; &#171; &lt;i&gt;effectuer des recherches de&lt;/i&gt; [leur] &lt;i&gt;c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; dans le priv&#233;. La lettre ajoute que depuis &#171; &lt;i&gt;le drame de la rue d'Aubagne en novembre dernier, la Ville de Marseille est confront&#233;e &#224; une crise du logement sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; &#187;. &#192; sa r&#233;ception, Ali s'exclame &#224; bout de nerfs : &#171; &lt;i&gt;Ils construisent 30 000 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;logements et ils sont pas foutus de nous en trouver un ? Avec ce que je gagne, je vais me retrouver dans un immeuble qui s'effondre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Depuis sa fen&#234;tre, on aper&#231;oit Smartseille, o&#249; on vient de lui refuser une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mars 2018, Euromed y organise une r&#233;union de concertation. Le collectif de la rue de Lyon &#171; On se laisse pas faire &#187; s'y invite. Face aux habitant&#8226;es d&#233;log&#233;.es qui expriment leur col&#232;re au sujet de la d&#233;gradation du quartier, des expropriations &#224; bas prix et de l'avenir du march&#233; aux Puces, le communicant d&#233;roule imperturbablement son PowerPoint : devant les images de synth&#232;se des toits-terrasses avec vue sur mer, construits sur les ruines de leurs logements, une habitante se r&#233;volte : &#171; &lt;i&gt;On me vire de chez moi, pourquoi je ne pourrais pas aller l&#224;-bas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 4 : Les yeux dans le bouillon des squatteurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Restent quelques tranches de vie dans un quartier balay&#233; par la brutalit&#233; sp&#233;culative : les squatteurs et les squatteuses. Encore une fois, Euromed est tout &#233;quip&#233; pour d&#233;blayer le terrain : gardiennage syst&#233;matique des portes, prestataire de s&#233;curit&#233; priv&#233;e et encouragement des voisins &#224; la d&#233;lation. Depuis un an et demi, personne n'est parvenu &#224; se loger dans le b&#226;ti propri&#233;t&#233; d'Euromed. Quand il n'est pas encore en possession d'un b&#226;timent squatt&#233; mais aspire &#224; l'acqu&#233;rir, Euromed ne se prive pas de mettre la pression au propri&#233;taire pour que les occupant&#8226;es soient expuls&#233;&#8226;es avant rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre dernier, 400 exil&#233;&#8226;es sont ainsi d&#233;log&#233;&#8226;es de deux squats rue Magallon, o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge pendant leur proc&#233;dure d'asile. Lors de l'op&#233;ration de police, seuls vingt-huit d'entre eux, consid&#233;r&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s vuln&#233;rables&lt;/i&gt; &#187;, sont conduits dans des centres d'h&#233;bergement d'urgence. La plupart des autres se rabattent sur les appartements abandonn&#233;s de la cit&#233; Kalliste. D'autres s'installent &#224; quelques dizaines de m&#232;tres du squat, sous une passerelle de m&#233;tro d&#233;saffect&#233;e, entour&#233;e de b&#226;timents vides, de d&#233;charges et de friches. Mais, apparemment, ici aussi ils d&#233;rangent : quelques jours plus tard la police d&#233;molit les quelques cartons et pneus entass&#233;s pour abriter les affaires du vent, jetant effets personnels et papiers d'identit&#233; dans une benne. Face &#224; la double peine de la politique de gentrification coupl&#233;e au harc&#232;lement policier des exil&#233;&#8226;es, Ayola explose : &#171; &lt;i&gt;Mais ils veulent qu'on aille o&#249;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le squat &#233;tait pourri, sans eau, bond&#233;, bruyant et pas un endroit o&#249; s'allonger. Maintenant on se cache ici, dans la rue, y a personne, on d&#233;range personne. Et ils nous d&#233;gagent encore&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Qu'est-ce qu'ils veulent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Qu'on cr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quelques ann&#233;es et Euromed pourra affirmer apporter de nouvelles vies dans un quartier mort. Qu'il aura lui-m&#234;me tu&#233;. En attendant l'arriv&#233;e des bulldozers, il ne reste plus qu'&#224; tenir la fa&#231;ade de ces alignements de maisons fant&#244;mes et &#224; se pr&#233;munir contre les intrusions des squatteurs et squatteuses. Quoi de mieux que des cam&#233;ras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; &lt;i&gt;yeux dans le quartier&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre l'expression d'un bureaucrate d'Euromed. Des yeux, des vrais, et si possible port&#233;s par des visages qui offriront une belle vitrine aux investisseurs de demain : des yeux d'artistes, d'artisan&#8226;es &#233;co-responsables, de startuppers pleins de belles id&#233;es, enclins &#224; jeter un &#339;il sur le voisinage et qui, s&#251;rs de leur bon droit, d&#233;nonceront l'exil&#233;&#8226;e qui tentera de s'introduire ill&#233;galement dans le b&#226;timent vide d'&#224; c&#244;t&#233;. Pour cela, l'urbanisme temporaire offre une solution cl&#233; en main : fresques urbaines, festivals de musique, ateliers d'artistes, &#233;conomie sociale et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed n'a pas oubli&#233; les bonnes vieilles techniques : faire venir quelques bobos dans le quartier a toujours &#233;t&#233; le lubrifiant id&#233;al pour faire passer la pilule de la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 5 : Et maintenant, flambez !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charly &amp; Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard du Capitaine-G&#232;ze et la rue de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas du march&#233; aux Puces &#224; Marseille&lt;/i&gt;, Michel Peraldi et V&#233;ronique Manry, Laboratoire m&#233;diterran&#233;en de sociologie, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 logements sociaux dont certains seront r&#233;alis&#233;s avant les premi&#232;res d&#233;molitions pr&#233;vues sur la rue de Lyon.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'ordinateur dans la lutte des classes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-ordinateur-dans-la-lutte-des</link>
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		<dc:date>2019-10-22T03:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu Amiech</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Aupr&#232;s de certains, la critique de l'informatique passe pour une affaire d'esth&#232;tes : on veut bien en parler, mais&#8230; une fois la justice &#233;conomique &#233;tablie et les besoins de tous satisfaits. C'est oublier que la r&#233;volution num&#233;rique est au c&#339;ur de la dynamique capitaliste des quarante derni&#232;res ann&#233;es. D&#233;cryptage du r&#244;le des outils num&#233;riques dans le d&#233;s&#233;quilibre actuel entre capital et travail. Lors du mouvement social du printemps 2016 contre la loi El-Khomri, le probl&#232;me du contenu de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/marches" rel="tag"&gt;march&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aupr&#232;s de certains, la critique de l'informatique passe pour une affaire d'esth&#232;tes : on veut bien en parler, mais&#8230; une fois la justice &#233;conomique &#233;tablie et les besoins de tous satisfaits. C'est oublier que la r&#233;volution num&#233;rique est au c&#339;ur de la dynamique capitaliste des quarante derni&#232;res ann&#233;es. D&#233;cryptage du r&#244;le des outils num&#233;riques dans le d&#233;s&#233;quilibre actuel entre capital et travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1323-b39ca.jpg?1768731397' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;ors du mouvement social du printemps 2016 contre la loi El-Khomri, le probl&#232;me du contenu de ce qui est produit par l'&#233;conomie &#224; notre &#233;poque et celui des outils de cette production semblent avoir &#233;t&#233; peu soulev&#233;s&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que rel&#232;ve le texte &#171; Il faut cracher dans la soupe. Notes sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les th&#232;mes de la pr&#233;carit&#233; et de la souffrance au travail ont &#233;t&#233; omnipr&#233;sents mais ils &#233;taient rarement mis en rapport avec les ressorts fondamentaux du capitalisme, qu'actionne chaque entreprise particuli&#232;re &#224; son &#233;chelle : la course &#224; la croissance, le changement constant des modes de production, la mise sous d&#233;pendance mat&#233;rielle et mentale des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la critique de l'informatique ne para&#238;t pas compl&#232;tement l&#233;gitime dans le champ du travail et des luttes sociales. Elle semble &#233;ventuellement pertinente quand il s'agit de d&#233;noncer le fichage, ou m&#234;me les ph&#233;nom&#232;nes d'addiction consum&#233;riste provoqu&#233;s par l'Internet et les t&#233;l&#233;phones mobiles. Mais sur le front des luttes salariales, agricoles, ou r&#233;cemment d'autoentrepreneurs, elle est en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale absente. Les b&#233;n&#233;fices que chacun a le sentiment d'en tirer dans sa vie personnelle, le plaisir de surfer, la fascination pour ces outils qui permettent de tout faire &#224; n'importe quel moment, font obstacle &#224; l'analyse. Or, comment esp&#233;rer r&#233;sister &#224; la casse sociale sans s'attaquer un tant soit peu &#224; ses racines mat&#233;rielles ? Sans doute le r&#244;le essentiel de l'ordinateur et des r&#233;seaux t&#233;l&#233;matiques/informatiques dans la mondialisation capitaliste, &#224; partir de 1970, est-il trop rarement per&#231;u. Presque personne ne souligne que ces innovations technologiques sont les leviers concrets qui ont permis de d&#233;s&#233;quilibrer franchement le rapport de forces entre capital et travail, apr&#232;s les d&#233;cennies de relatif compromis social (1945-75). Il faut donc revenir sur le lien entre l'informatique et deux aspects de cette mondialisation qui ont particip&#233; &#224; la d&#233;molition d'une bonne partie des &#171; acquis &#187; du mouvement ouvrier : la mondialisation de la finance et celle des cha&#238;nes de production.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'informatique, condition&lt;i&gt; sine qua non&lt;/i&gt; de la mondialisation financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;g&#226;ts sociaux et humains de la finance globalis&#233;e sont bien connus : imposition de politiques &#233;conomiques &#171; n&#233;o-lib&#233;rales &#187; aux Etats par les &#171; march&#233;s &#187; ; d&#233;membrement progressif de l'&#201;tat social dans le cadre des programmes d'aust&#233;rit&#233; ; prise de pouvoir des actionnaires dans les entreprises, avec des exigences de rentabilit&#233; intenables ; et en cons&#233;quence, licenciements boursiers, qui laissent des cohortes de prolos (et parfois de cadres) sur le carreau, dans des r&#233;gions qui voient leurs industries fermer les unes apr&#232;s les autres. La pr&#233;carisation des classes populaires et moyennes &#8211; recul des services publics et des d&#233;penses de redistribution, attaques contre le droit du travail, intensification du travail&#8230;) &#8211; est fr&#233;quemment mise en relation avec la mont&#233;e en puissance de ces &#171; march&#233;s &#187; et autres fonds de pension. Mais quelle est l'infrastructure mat&#233;rielle qui sous-tend cette mont&#233;e en puissance ? C'est la mise en r&#233;seau des places boursi&#232;res du monde entier, elles-m&#234;mes informatis&#233;es, qui a permis l'&#233;mergence d'un march&#233; plan&#233;taire unifi&#233; des capitaux, ouvert 24 h sur 24, et sur lequel les investisseurs peuvent d&#233;placer leurs fonds d'un simple clic, des centaines de fois par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'informatique a &#233;t&#233; une condition de l'explosion vertigineuse des transactions sur ce march&#233; financier mondial, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970. D'apr&#232;s Dominique Plihon, les sommes &#233;chang&#233;es sur le seul march&#233; des changes (celui o&#249; s'&#233;changent les monnaies nationales) &#233;taient deux fois sup&#233;rieures &#224; la valeur du commerce international de biens et services en 1973 ; puis, elles sont devenues dix fois plus importantes que le commerce mondial en 1980 ; 50 fois plus importantes au d&#233;but des ann&#233;es 1990 ; et elles sont aujourd'hui 100 fois plus importantes ! Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, il s'&#233;change chaque jour sur ce march&#233; 4 000 milliards de dollars, soit le double du Produit int&#233;rieur brut annuel de la France&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Dominique Plihon, Le Nouveau Capitalisme, Paris, La D&#233;couverte (Rep&#232;res).&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; la majorit&#233; de ces op&#233;rations de change ne relevant pas d'&#233;changes de marchandises, mais d'op&#233;rations de sp&#233;culation. La d&#233;connexion entre finance et &#233;conomie &#171; r&#233;elle &#187;, tant d&#233;plor&#233;e par la gauche &#171; antilib&#233;rale &#187;, n'est pas que le r&#233;sultat d'une offensive id&#233;ologique du patronat : elle est aussi une cons&#233;quence directe de la puissance de calcul et de transmission des ordinateurs, des r&#233;seaux et des logiciels dont ont &#233;t&#233; &#233;quip&#233;s les &#171; march&#233;s &#187;. Pourtant, ces outils sont en g&#233;n&#233;ral tenus &#224; l'abri de la critique et de l'indignation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Internet, fer de lance des d&#233;localisations&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me aspect essentiel de la mondialisation capitaliste, avec son cort&#232;ge de r&#233;gressions sociales : la r&#233;organisation des entreprises et de leurs cha&#238;nes de production &#224; l'&#233;chelle mondiale, gr&#226;ce aux bas co&#251;ts des transports et des communications. Le mot d'ordre de &#171; l'entreprise en r&#233;seau &#187;, &#224; partir de 1980, n'&#233;tait pas qu'une mode manag&#233;riale. Ce qui sous-tend les r&#233;organisations industrielles de grande ampleur qui ont fait exploser ch&#244;mage et pr&#233;carit&#233; en Europe et aux &#201;tats-Unis, c'est la possibilit&#233; concr&#232;te pour les patrons de d&#233;placer les diff&#233;rents segments de leur production &#224; l'endroit du monde o&#249; les co&#251;ts salariaux, ainsi que les niveaux de protection et de combativit&#233; sociales, sont optimaux pour eux. Le mouvement &#233;tait d&#233;j&#224; amorc&#233; avant l'existence d'Internet, mais la diffusion de celui-ci a radicalis&#233; les tendances des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes : le capital peut maintenant mettre en concurrence les travailleurs de (presque) partout, bien au-del&#224; des &#233;chelles de solidarit&#233; existantes (principalement nationales&#8230;). Les moyens de production, les produits interm&#233;diaires et les produits finis peuvent &#234;tre d&#233;plac&#233;s extr&#234;mement facilement &#8211; par air, par mer, par route, le tout coordonn&#233; par &#233;lectronique &#8211; ; les salari&#233;s, eux, ne peuvent pas suivre : les machines partent en Roumanie ou en Chine, mais bien s&#251;r les ouvriers lorrains ne peuvent ni aligner leur salaire sur les standards chinois ni migrer en Roumanie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, un m&#234;me groupe industriel peut avoir sa direction &#224; Londres, des centres de recherche &#224; Munich et Sophia-Antipolis, des usines affili&#233;es en Turquie ou en Tunisie, des pi&#232;ces de haute pr&#233;cision fabriqu&#233;es par des PME mises en concurrence entre elles dans le nord de l'Italie, l'agence de marketing &#224; Chicago, le centre d'appels pour la hotline &#224; Bombay et les fiches de paie &#233;dit&#233;es en Pologne. Plus besoin de ces grandes concentrations de main-d'&#339;uvre comme on en voyait fr&#233;quemment dans les ann&#233;es 1960-70, o&#249; la conscience et l'organisation des travailleurs avaient un temps effray&#233; les &#233;lites &#233;conomiques : aujourd'hui, l'informatique permet de g&#233;rer de mani&#232;re efficace une cha&#238;ne de production d&#233;centralis&#233;e, faite d'&#233;tablissements, de filiales ou de sous-traitants dispers&#233;s aux quatre coins du pays et du monde. En comparaison avec l'&#233;poque o&#249; Ford, Renault et Fiat employaient 40 000 personnes sur le m&#234;me site, les ordres de la direction circulent peut-&#234;tre mieux &#224; travers les r&#233;seaux, et la possibilit&#233; pour les milliers d'employ&#233;s dispers&#233;s de faire valoir leurs int&#233;r&#234;ts communs est nettement plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;TIC partout, justice nulle part&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est couramment admis que les Technologies de l'information et de la communication (TIC) sont d&#233;terminantes dans l'architecture actuelle des groupes capitalistes et la r&#233;partition des emplois, dans et entre les pays. Mais m&#234;me chez ceux qui disent contester le syst&#232;me &#233;conomique o&#249; nous sommes enferm&#233;s, la violence de ce syst&#232;me et les souffrances qu'il engendre sont rarement associ&#233;es &#224; ces technologies &#224; la mesure de leur r&#244;le structurant. C'est en bonne partie gr&#226;ce aux TIC que chaque &#233;tablissement des firmes en r&#233;seau (telle que celle imagin&#233;e ci-dessus) peut &#234;tre &#233;valu&#233; comme un centre de profit (&#224; d&#233;velopper) ou un centre de pertes (dont il faut vite se d&#233;barrasser). C'est gr&#226;ce aux TIC que les r&#233;sultats de nombreux salari&#233;s peuvent &#234;tre en permanence connus et examin&#233;s par leurs sup&#233;rieurs, du cadre commercial de haut niveau au camionneur sous-pay&#233;, tenus ainsi sous pression maximale. C'est enfin gr&#226;ce aux TIC que des sites comme les vastes zones commerciales en lisi&#232;re des villes, ou les plates-formes logistiques pr&#232;s des n&#339;uds autoroutiers, avec leur lot d'emplois pr&#233;caires et p&#233;nibles, ont pouss&#233; partout comme des champignons, car ils seraient ing&#233;rables sans informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore n'entrons-nous pas ici dans le d&#233;bat fondamental sur la contribution des TIC au ch&#244;mage de masse en Occident&#8230; C'est une des derni&#232;res certitudes qui r&#233;unit les &#233;conomistes de toutes tendances : le progr&#232;s technologique ne d&#233;truit pas d'emplois, ou si peu ! un rapport vient tout juste d'&#234;tre publi&#233;, qui soutient pour la &#233;ni&#232;me fois cette affirmation tellement contradictoire avec tout ce que nous voyons et entendons dans la vie de tous les jours&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport du Conseil d'orientation pour l'emploi, Automatisation, num&#233;risation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Au lendemain de cette publication, le journal &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, soulag&#233; que l'automatisation ne menace officiellement que 10% des emplois en France, donnait pour titre &#224; son &#233;ditorial : &#171; Avec les robots &#187;. Pour ce qui nous concerne, &#224; &#201;cran total, nous continuerons d'aller contre. La critique des ordinateurs et d'Internet n'est pas un suppl&#233;ment d'&#226;me de la question sociale : elle est une n&#233;cessit&#233; pour comprendre l'organisation mat&#233;rielle du monde capitaliste et pour y trouver des leviers r&#233;els de contestation, en vue d'un monde &#224; la fois plus libre et plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Matthieu Amiech&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est ce que rel&#232;ve le texte &#171; Il faut cracher dans la soupe. Notes sur la lutte des classes au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187;, &#233;crit &#224; la fin du mouvement, sign&#233; &#171; Quelques amis de la Sociale &#187; et &lt;a href=&#034;http://zad.nadir.org/IMG/pdf/il_faut_cracher_dans_la_soupe.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt; sur le site zad.nadir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. Dominique Plihon, &lt;i&gt;Le Nouveau Capitalisme&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte (Rep&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rapport du Conseil d'orientation pour l'emploi, &lt;i&gt;Automatisation, num&#233;risation et emploi&lt;/i&gt;, 12 janvier 2017 (&lt;a href=&#034;http://www.coe.gouv.fr/Detail-Nouveaute.html%3Fid_article=1347.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt; sur le site du dit COE). On gagnera du temps &#224; lire plut&#244;t la revue de presse et les r&#233;flexions du groupe Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre sur la suppression massive des postes de travail par les machines, dans leur texte de 2014, &#171; Quel &#233;l&#233;phant irr&#233;futable dans le magasin de porcelaine ? (Sur la gauche soci&#233;tale lib&#233;rale) &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Elephant.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt; sur leur site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le feu &#224; La Plaine</title>
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&lt;p&gt;Par deux fois, en d&#233;cembre (2016), les forains de La Plaine ont paralys&#233; une partie du centre de Marseille pour protester contre un projet de r&#233;novation de la place qui condamne le plus populaire des march&#233;s de la ville. La bataille, qui s'annonce rude, ne fait que commencer. &#171; Ils vont mettre 300 forains et leurs familles &#224; la rue, c'est comme un plan social ! &#187;, s'exclame Patricia, qui vend du pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin sur ce march&#233; depuis le si&#232;cle dernier. Le projet de r&#233;novation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patricia" rel="tag"&gt;Patricia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par deux fois, en d&#233;cembre (2016), les forains de La Plaine ont paralys&#233; une partie du centre de Marseille pour protester contre un projet de r&#233;novation de la place qui condamne le plus populaire des march&#233;s de la ville. La bataille, qui s'annonce rude, ne fait que commencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3066 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH503/-1300-fb10c.jpg?1768731355' width='500' height='503' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;ls vont mettre 300 forains et leurs familles &#224; la rue, c'est comme un plan social ! &#187;&lt;/i&gt;, s'exclame Patricia, qui vend du pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin sur ce march&#233; depuis le si&#232;cle dernier. Le projet de r&#233;novation de la place Jean-Jaur&#232;s (La Plaine pour les Marseillais) vient de tomber le masque. &lt;i&gt;La Provence &lt;/i&gt;a publi&#233; de jolies images de synth&#232;se o&#249; la place appara&#238;t lumineuse et d&#233;gag&#233;e, avec des arbres de Jud&#233;e en fleurs et des &#234;tres diaphanes flottant sur une esplanade toute lisse. Qui ne se r&#233;jouirait pas d'un espace enfin lib&#233;r&#233; de l'emprise automobile, ouvert aux &#233;bats des minots et &#224; la sereine consommation de boissons rafra&#238;chissantes en terrasse des bars ? Qui s'opposerait &#224; la disparition des grilles qui enserrent aujourd'hui jeux d'enfants et magnolias centenaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, ce songe d'air pur&lt;/strong&gt; et de paix civile cache quelques entourloupes. Rien n'a &#233;t&#233; propos&#233; aux forains ni aux commer&#231;ants s&#233;dentaires, pour assurer leur survie pendant un chantier qui va s'&#233;terniser (deux ans et demi minimum). Onze millions d'euros ont &#233;t&#233; budg&#233;tis&#233;s pour ce grand chambardement, alors qu'il n'y a pas d'argent pour les &#233;coles ou les installations sportives de proximit&#233; : pour quel profit ? Aucune alternative n'est pr&#233;vue pour les 250 places de stationnement supprim&#233;es. Les grandes terrasses des nouveaux &#233;tablissements que la mairie r&#234;ve d'attirer (les commerces actuels auront fait faillite au fil du chantier) privatiseront l'espace et provoqueront des conflits d'usage avec le march&#233; (lift&#233; et r&#233;duit de moiti&#233;), les jeux d'adolescents ou les &#171; usages d&#233;viants &#187; type carnaval, sardinade du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai ou repas de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les forains, &lt;/strong&gt;dans le collimateur d'une mairie qui veut expurger un march&#233; d'aubaines trop truculent et chaleureux &#224; son go&#251;t, ne d&#233;col&#232;rent pas. Ils ont fait entendre leurs voix et leurs klaxons jusque sous les fen&#234;tres du maire. Le jeudi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, une centaine de fourgons d&#233;cor&#233;s de pancartes (&#171; &lt;i&gt;Le march&#233;, c'est le coeur du quartier &#187;&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;Tout ce qui se fait sans nous se fait contre nous &#187;&lt;/i&gt;&#8230;) ont d&#233;boul&#233; sur la Canebi&#232;re pour aller bloquer le quai de la Mairie. Mme Lota, d&#233;l&#233;gu&#233;e aux emplacements, a re&#231;u trois forains et un avocat pour leur confirmer que rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour les sauver de la ruine, puis leur a claqu&#233; la porte au nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeudi 15, &lt;/strong&gt;la m&#234;me op&#233;ration escargot, accompagn&#233;e par des membres de l'assembl&#233;e de La Plaine, a cette fois parcouru un itin&#233;raire trois fois plus long, pour finir devant les locaux de la Soleam (organisme charg&#233; de la r&#233;habilitation du centre-ville) et bloquer la Canebi&#232;re pendant deux heures. Pas de discours, mais des cris de col&#232;re, des ch&#339;urs d&#233;tournant les chants du V&#233;lodrome et une grondante Marseillaise&#8230; La suite ? une journ&#233;e d'information pour rompre avec l'opacit&#233; des man&#339;uvres municipales (le pr&#233;sident de la Soleam, G&#233;rard Chenoz, a d&#233;clar&#233; qu'il ne parlait pas aux &#233;ternels m&#233;contents) ; pourquoi pas une conf&#233;rence associant sociologues et forains pour r&#233;affirmer la l&#233;gitimit&#233; et l'utilit&#233; sociale du march&#233; ; de possibles recours l&#233;gaux ; et bien s&#251;r d'autres manifs plus massives. Comme le souligne un journalier, &#171; &lt;i&gt;pour l'instant, seuls les forains abonn&#233;s ont manifest&#233;, mais le jour o&#249; les journaliers, qui craignent des repr&#233;sailles, se rendront compte qu'ils n'ont plus rien &#224; perdre, &#231;a va faire mal ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Arnaques &#224; l'&#233;lectricit&#233; verte</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>fournisseur d'&#233;lectricit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Moult fournisseurs d'&#233;lectricit&#233; proposent des offres &#171; vertes &#187;, laissant croire que leur jus provient de sources d'&#233;nergie renouvelable. Greenpeace a men&#233; son enqu&#234;te&#8230; et lev&#233; bien des li&#232;vres. La lib&#233;ralisation du march&#233; de l'&#233;lectricit&#233;, en 2007, aura au moins amen&#233; cela. D&#233;sormais, chaque foyer fran&#231;ais peut se passer des services (principalement atomiques) d'EDF, et choisir librement son fournisseur de courant. Argument marketing de choc pour les entreprises du secteur : la vertu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no173-fevrier-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;173 (f&#233;vrier 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Moult fournisseurs d'&#233;lectricit&#233; proposent des offres &#171; vertes &#187;, laissant croire que leur jus provient de sources d'&#233;nergie renouvelable. Greenpeace a men&#233; son enqu&#234;te&#8230; et lev&#233; bien des li&#232;vres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;a lib&#233;ralisation du march&#233; de l'&#233;lectricit&#233;, en 2007, aura au moins amen&#233; cela. D&#233;sormais, chaque foyer fran&#231;ais peut se passer des services (principalement atomiques) d'EDF, et choisir librement son fournisseur de courant. Argument marketing de choc pour les entreprises du secteur : la vertu &#233;cologique de la production. Elles multiplient donc les offres &#171; 100 % vertes &#187;. Ce qui n'a souvent rien &#224; voir avec la r&#233;alit&#233;, d&#233;nonce Greenpeace dans une &#233;difiante enqu&#234;te publi&#233;e en septembre dernier sur un site Internet d&#233;di&#233; : &lt;a href=&#034;https://www.guide-electricite-verte.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guide-electricite-verte.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi, par exemple, de Pl&#252;m &#233;nergie, qui se pr&#233;sente comme un &#171; &lt;i&gt;fournisseur d'&#233;lectricit&#233; 100 % renouvelable&lt;/i&gt; &#187;. Or, assure Greenpeace, cette entreprise ne produit pas de courant et &#171; &lt;i&gt;ach&#232;te la totalit&#233; de son &#233;lectricit&#233; sur le march&#233; de gros, qui est essentiellement d'origine non renouvelable &lt;/i&gt; &#187;. En France, en 2017, ann&#233;e de r&#233;f&#233;rence de l'enqu&#234;te de Greenpeace, ce march&#233; de gros &#233;tait abond&#233; &#224; 78 % par le nucl&#233;aire et &#224; 11 % par le charbon, le gaz naturel et le p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Trompeuses &#171; garanties &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le plus scandaleux, c'est que cette entourloupe est parfaitement l&#233;gale. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;glementation actuellement en vigueur n'oblige pas un fournisseur &#224; acheter ou produire de l'&#233;lectricit&#233; renouvelable pour pouvoir commercialiser des offres &#8220;vertes&#8221; d'&#233;lectricit&#233;&lt;/i&gt;, explique Greenpeace. &lt;i&gt;La seule obligation pour le fournisseur d'&#233;lectricit&#233; est de se procurer des certificats appel&#233;s &#8220;garanties d'origine&#8221; : ces petits bouts de papier sont la preuve qu'une quantit&#233; d'&#233;lectricit&#233; &#233;quivalente &#224; celle consomm&#233;e a bien &#233;t&#233; produite dans une installation renouvelable et inject&#233;e dans le r&#233;seau &#233;lectrique, quelque part en Europe. &lt;/i&gt; &#187; Mais attention, cela ne signifie aucunement que l'&#233;lectricit&#233; effectivement vendue au consommateur provient de ces installations renouvelables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite pr&#233;cision : &#171; &lt;i&gt;une garantie d'origine co&#251;te actuellement en moyenne moins d'un euro par MWh, soit g&#233;n&#233;ralement moins de 2 % du co&#251;t de l'&#233;lectricit&#233; produite&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Ce qui veut dire qu'en payant 100 &#8364; d'&#233;lectricit&#233; pr&#233;tendument verte, le consommateur aura contribu&#233; &#224; hauteur d'&#224; peine 2 &#8364; au strict financement du renouvelable &#8211; les 98 &#8364; restants auront abond&#233; le march&#233; de gros, essentiellement nucl&#233;aire ou fossile.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les g&#233;ants &#171; vraiment mauvais &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur les 19 fournisseurs auscult&#233;s par Greenpeace, Pl&#252;m &#233;nergie se situe dans le troisi&#232;me groupe, &#171; &lt;i&gt;&#224; la tra&#238;ne &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour sa d&#233;fense, on notera que Pl&#252;m &#233;nergie affirme se fournir en garanties (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il y a pis. Dans ce quatri&#232;me groupe, &#171; &lt;i&gt;vraiment mauvais &lt;/i&gt; &#187;, on retrouve notamment les gros &#8211; Total, Engie et EDF &#8211; qui investissent certes dans le renouvelable mais balancent encore un fric monstre dans le fossile et le nucl&#233;aire. Le deuxi&#232;me groupe, &#171; &lt;i&gt;en bonne voie &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;unit des entreprises dont seule une minorit&#233; de l'&#233;lectricit&#233; vendue est issue du renouvelable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier groupe, celui des &#171; &lt;i&gt;vraiment verts &lt;/i&gt; &#187;, ne figurent que trois fournisseurs : &#201;nergie d'ici, Enercoop et Ilek. Leur &#233;lectricit&#233; est compl&#232;tement (ou presque) issue du renouvelable. Ouf, &#231;a existe !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour sa d&#233;fense, on notera que Pl&#252;m &#233;nergie affirme se fournir en garanties d'origine aupr&#232;s de petits producteurs d'hydro&#233;lectricit&#233; hexagonaux et qu'elle a mis en place un m&#233;canisme d'incitation financi&#232;re pour les foyers qui r&#233;duisent leur consommation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Priv&#233;s de cri&#233;e</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Prives-de-criee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Prives-de-criee</guid>
		<dc:date>2019-03-15T01:33:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#199;a chauffe pour les m&#233;dias pas pareils. &#192; Lille, le journal La Brique se voit interdit de cri&#233;e, tandis qu'&#224; Grenoble, c'est Le Postillon qu'on tente de b&#226;illonner. Et Robert Bichet dans tout &#231;a ? Qui se souvient du vieux Bob ? De ce doubiste n&#233; au d&#233;but du si&#232;cle dernier, r&#233;sistant gaulliste pendant la Seconde Guerre mondiale. Comment ? C'est quoi un doubiste ? Un habitant du Doubs, pardi. Bichet, apr&#232;s-guerre, est propuls&#233; sous-secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la pr&#233;sidence du Conseil et &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#199;a chauffe pour les m&#233;dias pas pareils. &#192; Lille, le journal &lt;i&gt;La Brique &lt;/i&gt;se voit interdit de cri&#233;e, tandis qu'&#224; Grenoble, c'est &lt;i&gt;Le Postillon &lt;/i&gt;qu'on tente de b&#226;illonner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;t Robert Bichet dans tout &#231;a ? Qui se souvient du vieux Bob ? De ce doubiste n&#233; au d&#233;but du si&#232;cle dernier, r&#233;sistant gaulliste pendant la Seconde Guerre mondiale. Comment ? C'est quoi un doubiste ? Un habitant du Doubs, pardi. Bichet, apr&#232;s-guerre, est propuls&#233; sous-secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la pr&#233;sidence du Conseil et &#224; l'Information. En avril 1947, il donne son imprimatur &#224; la fameuse loi qui porte son nom et traite de la distribution des journaux et publications p&#233;riodiques. Article premier : &lt;i&gt;&#171; La diffusion de la presse imprim&#233;e est libre. Toute entreprise de presse est libre d'assurer elle-m&#234;me la distribution de ses propres journaux et publications p&#233;riodiques par les moyens qu'elle jugera les plus convenables &#224; cet effet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Et &lt;i&gt;La Brique &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;dans tout &#231;a ? Souvenez-vous, on vous avait caus&#233; de cet irr&#233;v&#233;rencieux canard septentrional&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. CQFD n&#176;107 &#8211; janvier 2013.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un mois apr&#232;s le massacre &#224; &lt;i&gt;Charlie-Hebdo &lt;/i&gt;de janvier 2015, ils sont quelques briqueux &#224; s'&#233;poumoner au march&#233; de Wazemmes de Lille pour &#233;couler leur canard sans pub ni sub. Tandis que la nation continue d'essorer son linceul sur &#171; la libert&#233; de la presse assassin&#233;e &#187;, la poulaille lilloise verbalise les crieurs au pr&#233;texte que toute propagande politique serait proscrite sur le march&#233;. Habitu&#233;s aux averses perfides de la mairie PS, les &#171; militants &#187; brandissent le parapluie l&#233;gal fourbi par Bob Bichet, soixante ans plus t&#244;t. Rien n'y fait. Pr&#233;sent sur les lieux, Xavier Bonnet, en charge des march&#233;s de plein air &#224; la mairie, tricote dans l'urgence un argument &#224; mourir de rire ou de honte (c'est selon) : autoriser les cri&#233;es sur le march&#233;, c'est ouvrir la porte aux propagandistes du FN. &lt;i&gt;&#171; On est dans une situation un peu ubuesque : &#231;a fait partie du canard de faire des cri&#233;es dans les march&#233;s. C'est l&#224; o&#249; on rencontre nos lecteurs et o&#249; on fait une grosse partie de nos ventes &#187;, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Julien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2007 d&#233;j&#224;, &lt;/strong&gt;les crieurs de &lt;i&gt;La Brique &lt;/i&gt;s'&#233;taient fait alpaguer par les cogneurs de la Bac. Faut dire qu'ils avaient gueul&#233; leurs slogans sous les fen&#234;tres du quotidien r&#233;gional &lt;i&gt;La Voix du Nord. &lt;/i&gt;En mal d'assise l&#233;gale, les bleus avaient d&#233;cr&#233;t&#233; alors que la cri&#233;e &#233;tait assimil&#233;e &#224; la vente &#224; la sauvette. Quel toupet ces poulets : la presse ind&#233;pendante associ&#233;e &#224; un vulgaire bonneteau ! Si l'affaire s'&#233;tait conclue &#224; l'&#233;poque par un flop des plus minables, ce coup-ci les autorit&#233;s judiciaires d&#233;cidaient de frapper fort et ferme. Le 27 janvier 2016, une ordonnance p&#233;nale enjoignait le journal de s'acquitter d'une amende de&#8230; 61 euros. Mauvais payeur, le directeur de publication &#233;tait dans la foul&#233;e convoqu&#233; devant le juge de proximit&#233;, le 4 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; la loi Bichet, &lt;/strong&gt;elles sont quelques municipalit&#233;s &#224; avoir pris des d&#233;crets bannissant la vente &#224; la cri&#233;e de certains lieux publics. Des d&#233;crets tout &#224; fait ill&#233;gaux, puisque la hi&#233;rarchie des normes impose encore aux maires de se conformer &#224; la loi. Hasard du calendrier, c'est une autre mairie PS qui vient de filer une d&#233;culott&#233;e &#224; nos cousins is&#233;rois. Le 26 septembre, &lt;i&gt;Le Postillon, &lt;/i&gt;journal de Grenoble et sa cuvette, sous-titr&#233; &#171; Amour, glaire et beaut&#233; &#187;, &#233;tait reconnu coupable d'injures et diffamation &#224; l'endroit du maire de Pont-de-Claix (et accessoirement pr&#233;sident de Grenoble-Alpes M&#233;tropole) et de sa directrice de cabinet. L'affaire faisait suite &#224; un article o&#249; &#233;taient d&#233;nonc&#233;es les pratiques d'un &#233;dile m&#233;galo. Entre amendes et dommages-int&#233;r&#234;ts, l'ardoise fr&#244;le les 7 000 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une histoire&lt;/strong&gt; qui n'est pas sans pr&#233;c&#233;dent, puisqu'en 2011, un postillonneur en pleine cri&#233;e au march&#233; d'&#201;chirolles, banlieue grenobloise, s'&#233;tait fait clore le bec par un agent municipal au motif d'un croquignol arr&#234;t&#233; municipal stipulant que &lt;i&gt;&#171; les marchands &#224; pied (journaux, glaces, gadgets, cireurs&#8230;) ne disposant pas d'un banc de vente autoris&#233; sont interdits dans l'enceinte des march&#233;s, ainsi que les jeux de hasard et d'argent. &#187; &lt;/i&gt;Le coup du bonneteau, d&#233;j&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet acharnement&lt;/strong&gt; &#224; la petite semaine contre des canards engag&#233;s qui n'h&#233;sitent pas &#224; aiguillonner le flanc des potentats locaux ne masque pas la man&#339;uvre : b&#226;illonner ces voix dissidentes toujours g&#234;nantes en p&#233;riode de mobilisation sociale. &#192; Lille, Julien met en garde : &lt;i&gt;&#171; Ils nous pr&#234;tent un pouvoir de nuisance. C'est tout &#224; notre honneur. On est un des rares m&#233;dias &#224; produire de l'info alternative de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re. La cri&#233;e, c'est le moment o&#249; on discute avec les gens, o&#249; on se fait attaquer, o&#249; on se d&#233;fend. O&#249; le canard vit en dehors de la salle de r&#233;dac. Notre id&#233;e c'est de vendre &#224; l'ancienne. C'est pas une amende qui va nous arr&#234;ter, mais faut pas venir nous faire chier l&#224;-dessus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;107 &#8211; janvier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Marseille, un automne sous les gaz</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Marseille-un-automne-sous-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/A-Marseille-un-automne-sous-les</guid>
		<dc:date>2019-03-02T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Kaba</dc:creator>


		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>Tomagnetik</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>Plaine</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cembre</dc:subject>
		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>manifestants</dc:subject>
		<dc:subject>flics</dc:subject>
		<dc:subject>col&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice. Zineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tomagnetik" rel="tag"&gt;Tomagnetik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plaine" rel="tag"&gt;Plaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decembre" rel="tag"&gt;d&#233;cembre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/flics" rel="tag"&gt;flics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-943-bd922.jpg?1768731400' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Z&lt;/span&gt;ineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les logements indignes, elle s'&#233;tait pris une grenade lacrymog&#232;ne (ou l'un de ses plots) en pleine poire, alors qu'elle fermait les volets de son quatri&#232;me &#233;tage. Ce drame fut en un sens le paroxysme d'une mont&#233;e de violence qui s'est maintenue tout l'automne &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La col&#232;re qui monte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re a commenc&#233; avec les travaux de requalification de la place de la Plaine&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d&#233;but&#233;s le 11 octobre sous bonne garde polici&#232;re, malgr&#233; pr&#232;s de trois ans de luttes contre ce projet municipal loin de faire l'unanimit&#233;. Dans les jours qui suivent, des habitants du quartier s'encha&#238;nent aux arbres, mais ils sont ma&#238;tris&#233;s, gaz&#233;s, re-gaz&#233;s et frapp&#233;s par les &#171; forces de l'ordre &#187;. Apr&#232;s une semaine de mobilisation, une manifestation rassemble le samedi 20 octobre plusieurs milliers de personnes. La marche finit en mode festif sur la Plaine. On chante, on danse, des &#233;l&#233;ments de bois sont amen&#233;s puis mont&#233;s : c'est une cabane, magnifique, d&#233;plac&#233;e depuis Notre-Dame-des-Landes. Le &lt;i&gt;Gourbi 8&lt;/i&gt;, c'est son nom, reste l&#224; le temps d'un week-end, comme un petit monument sous lequel on se retrouve, comme la premi&#232;re pierre d'un espoir, d'une autre Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on s'est bien dit que &#231;a n'allait pas durer&#8230; Dans la nuit du lundi au mardi, &lt;i&gt;bingo&lt;/i&gt; ! Op&#233;ration de police entre 3 h et 4 h du mat'. &#192; la tron&#231;onneuse, la cabane est d&#233;fonc&#233;e en moins de vingt minutes. Ils envoient un militant &#224; l'h&#244;pital en le blessant &#224; la hanche en le descendant d'un hamac. Et puis une semaine plus tard, c'est l'hallucination collective. Un mur&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, comme &#224; Berlin ou &#224; Alep, enfin, toutes proportions gard&#233;es&#8230; mais quand m&#234;me ! Personne ne veut y croire au d&#233;but, qu'ils aient os&#233; faire &#231;a pour &#171; prot&#233;ger &#187; leurs travaux. Suivent la marche fun&#232;bre pour la Plaine, les sabotages, les moments d'excitation o&#249; tombent des bouts de mur, qui se reconstituent le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis c'est l'effondrement rue d'Aubagne, le 5 novembre, de deux immeubles. &#192; Noailles, le quartier voisin de la Plaine. Drame, horreur, incompr&#233;hension... 8 morts. Le Collectif du 5 novembre se monte, tout le quartier et les environs y vont de leur solidarit&#233;. Le lien est recr&#233;&#233; sur la col&#232;re partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une col&#232;re, noire, face aux d&#233;clarations d'un maire qui a le culot d'invoquer la pluie quand on lui parle de ses responsabilit&#233;s. Un maire, Jean-Claude Gaudin (LR), qui ne s'excuse pas, qui a tellement l'air de s'en cogner que c'en est surr&#233;aliste. G&#233;rard Chenoz, son adjoint, pr&#233;sident de la Soleam (la soci&#233;t&#233; publique d'urbanisme de la m&#233;tropole marseillaise) aura le culot de condamner sur Twitter l'attaque de la vitrine de l'organisme le 8 d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;Tol&#233;rance z&#233;ro pour les casseurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit celui qui vient d'investir pr&#232;s de 400 000 balles dans un mur en b&#233;ton pour emp&#234;cher les &lt;i&gt;g&#244;chistes&lt;/i&gt; de s'en prendre &#224; sa belle gentrification de la Plaine alors qu'il &#233;tait de son devoir de pallier &#224; l'urgence pos&#233;e par ces immeubles de la rue d'Aubagne qu'on savait dangereux&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la marche blanche (10 novembre), la marche de la Col&#232;re (14 novembre) finira vite par un gazage en r&#232;gle, apr&#232;s qu'une barri&#232;re prot&#233;geant la mairie a &#233;t&#233; &#224; peine secou&#233;e par des personnes du cort&#232;ge de t&#234;te. C'est &#224; partir de l&#224; que la col&#232;re a pu &#234;tre distill&#233;e en tension, au point que flics et pouvoirs publics mouill&#233;s jusqu'&#224; l'os arrivent &#224; renverser la situation en pr&#233;sentant les militant.es comme sources de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Strat&#233;gie(s) de la tension&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un tel niveau de violence &lt;/i&gt;[en France]&lt;i&gt;, &#231;a me rappelle d'ailleurs beaucoup mes reportages sur l'&#201;gypte, sauf qu'on y tirait sur les manifestants avec de vraies balles. C'est le degr&#233; d'intensit&#233; de la violence qui varie, mais l'objectif est le m&#234;me. &#187; &lt;/i&gt;Rabha Attaf, grand reporter, sp&#233;cialiste du Moyen-Orient et par ailleurs pr&#233;sidente de l'association de d&#233;fense des droits humains Confluences, a constat&#233;, &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, l'utilisation de certaines tactiques pour provoquer la col&#232;re des manifestants et ainsi, justifier leur r&#233;pression :&lt;i&gt; &#171; Ce type de dispositif a &#233;t&#233; test&#233; dans les banlieues lors des &#233;meutes de 2005 : on utilise des grenades dispersantes, qui gazent tous le monde. Il y avait peu de CRS, dont c'est pourtant la charge de g&#233;rer les foules. Les forces de l'ordre &#233;taient surtout compos&#233;es de policiers et de la Bac&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brigade anti-criminalit&#233;.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#233;quip&#233;s de protections et plus nerveux. Je ne suis pas une complotiste, mais je sais par exp&#233;rience que les manifestations sont infiltr&#233;es. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'ai vu un agent de la Bac provoquer un jeune manifestant avec un Taser, en face de la mairie, peu avant le lancer des gaz.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-942-88d52.jpg?1768731400' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'&#233;tais aussi dans la manifestation, comme beaucoup d'amis, et nous avons tous vu la m&#234;me chose : deux ou trois fumig&#232;nes, trois p&#233;tards lanc&#233;s vers les flics, rien de plus. Ni cocktails Molotov, ni bouteilles, ni m&#234;me la moindre canette. Les flics se mettent imm&#233;diatement en tortue, et gazent, devant, mais aussi derri&#232;re, en lan&#231;ant des grenades dispersantes qui gravitent en cloche, puis se s&#233;parent en une multitude de disques, comme une bombe &#224; fragmentation. Rien de mieux pour faire d&#233;g&#233;n&#233;rer la situation : contrairement &#224; un gazage &#171; classique &#187; par l'avant qui cr&#233;e un mouvement de foule vers l'arri&#232;re, l&#224; les nuages sortant de partout, on ne sait pas o&#249; aller. Sans exactement savoir pourquoi, je me retrouve sur les rues adjacentes, puis vers le bas du Vieux-Port, en face de l'&#233;glise Saint-Ferr&#233;ol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des flics qui tiennent la foule en joue au flash-ball, un flic communicant qui essaye de discuter, c'est le bordel. Des sapins de No&#235;l commencent &#224; br&#251;ler. Une femme en gilet jaune crie : &#171; &lt;i&gt;Mais je leur dis depuis tout &#224; l'heure d'arr&#234;ter les mecs qui mettent le feu au sapin, ils ne font rien.&lt;/i&gt; &#187; Effectivement, alors qu'&#224; ma droite un mec essaie p&#233;niblement d'allumer un sapin au briquet, les flics, distants de moins de dix m&#232;tres, se tournent beno&#238;tement de l'autre c&#244;t&#233;. Le feu, qui a eu d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; prendre, sera ensuite &#233;teint par les pompiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les charges polici&#232;res s'encha&#238;nent, semant le trouble absolu dans la manif. Un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es rencontr&#233; furtivement dans les mouvements de foule affirme qu'il a d&#251; vider son stock de s&#233;rum physiologique pour aider une gamine de 6 ans. Comme l'observe Rabha Attaf : &#171; &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, heureusement que les manifestants ne sont pas si mal intentionn&#233;s, car les flics sont entour&#233;s de chaque c&#244;t&#233; par des groupes de manifestants ; s'ils avaient voulu encercler et lyncher les flics, &#231;a aurait &#233;t&#233; facile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 20 heures, une pluie incroyable de lacrymos s'abat sur tout le monde. Elles sont lanc&#233;es en cloche, dans toutes les directions. &#192; cet instant, je suis de l'autre c&#244;t&#233; de l'ombri&#232;re du Vieux-Port, c&#244;t&#233; place D'Estienne d'Orves. Je vois distinctement les grenades parcourir pr&#232;s ou plus de 200 m&#232;tres, en passant au-dessus de l'ombri&#232;re pour se s&#233;parer en disques multiples qui tombent en &#233;toile, au-dessus de nous. Le gaz s'&#233;chappe de tous les c&#244;t&#233;s. Une femme panique, elle a perdu sa petite fille dans la cohue. On la lui ram&#232;ne, parcourue de quintes de toux. C'est vers ce moment que Zineb Redouane est touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la version des flics est que les tirs de grenade ne se font qu'en cloche. Pourtant, le 8 d&#233;cembre, &#224; une autre manif rassemblant la Marche pour le climat, la marche contre l'habitat pr&#233;caire et les Gilets jaunes, dans laquelle je d&#233;couvre les blind&#233;s pour la premi&#232;re fois, je suis t&#233;moin direct de ce qu'ils disent impossible : alors que des jeunes commencent &#224; piller la boutique de l'OM sur la Canebi&#232;re, une bombe lacrymog&#232;ne en tir tendu rebondit sur la fen&#234;tre du premier &#233;tage, et les disques tombent directement sur les jeunes en train de d&#233;foncer la vitrine. L'effet est plut&#244;t radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la tension semble m&#233;thodique et ob&#233;it &#224; un protocole bien en place : un premier gazage en r&#232;gle et aveugle, puis on laisse br&#251;ler quelques poubelles, d&#233;truire un peu de mobilier urbain, probablement pour avoir de belles images, et on en finit avec les manifestants. C'est aussi ce qui s'est pass&#233; &#224; Toulouse &#224; la manif du 15 d&#233;cembre : du canon &#224; eau, des lacrymog&#232;nes et les grenades assourdissantes utilis&#233;es contre des Gilets jaunes qui attendaient simplement assis, nass&#233;s, de trouver une issue. Une demi-heure plus tard, quand tout le monde aura &#233;t&#233; rabattu vers les all&#233;es Jean-Jaur&#232;s, des dizaines de CRS assisteront tranquillement au d&#233;zinguage d'un chantier, &#224; la construction de barricades et &#224; leur mise en flammes avant de lancer la derni&#232;re charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute l'acharnement syst&#233;matique envers ceux qui filment les violences. G&#233;rard, vid&#233;aste bas&#233; &#224; Marseille, est pr&#233;sent &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre et filme les violences. Ce sexag&#233;naire est un vieux routard des affaires marseillaises et un fin connaisseur des techniques de flics : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, mon p&#232;re &#233;tait au Sac&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. C'&#233;tait un militaire &#224; la retraite, il y &#233;tait rentr&#233; pour &#233;ponger ses dettes de jeu, j'ai pass&#233; mon enfance &#224; entendre des r&#233;unions parlant de ratonnades dans la cuisine.&lt;/i&gt; &#187; Il t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Le jour de la manif, j'&#233;tais sous un porche, il n'y avait que mon bras, avec la cam&#233;ra, qui d&#233;passait. Je voyais les flics en &#233;quipe de deux, avec un qui pointait du doigt, l'autre qui tirait au flash-ball &#224; hauteur de torse. Alors que je me tourne vers le c&#244;t&#233; oppos&#233; aux flics, je prends un tir de flash-ball, qui ne me cause pas beaucoup de d&#233;g&#226;ts car mon manteau est solide. Quand je viens leur demander pourquoi ils ont fait &#231;a, en les insultant un peu, je crois, un flic dont je me rappelle, avec son regard plein de haine sous ses lunettes, me vide int&#233;gralement une bombe lacrymog&#232;ne sur le visage, et son coll&#232;gue m'en vide une seconde. Apr&#232;s &#231;a, un autre flic me dit de d&#233;gager. Je lui dis que je ne peux pas, vu que je n'arrive m&#234;me pas ouvrir les yeux. Il revient &#224; moi avec du s&#233;rum phy' et me dit&lt;/i&gt; &#034;Ah, vous voyez, les flics ne sont pas si m&#233;chants !&#034; &lt;i&gt;Je lui ai r&#233;pondu que &#231;a n'allait pas vraiment rattraper les deux bombes que je venais de me faire vider dans la figure. Ensuite, j'ai eu du mal &#224; dormir pendant quinze jours, d'abord parce que mes yeux restaient br&#251;lants, ensuite parce que j'ai une fibromyalgie&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et que l'apr&#232;s-midi de violences a d&#233;clench&#233; une nouvelle pouss&#233;e. La lacrymo' a tellement d&#233;cap&#233; mes lunettes qu'elles sont pass&#233;es du bleu turquoise au bleu marine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-945-0246d.jpg?1768731400' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La technique du point&#233;-chop&#233;, quoiqu'on puisse dire de son efficacit&#233;, est aussi l'opportunit&#233;, pour les flics, de se l&#226;cher sur des personnes d&#233;sign&#233;es en toute tranquillit&#233;. Par exemple, Pascal, vid&#233;aste install&#233; de G&#234;nes, a &#233;t&#233; choqu&#233; par la g&#233;n&#233;ralisation de cette m&#233;thode dans la manif marseillaise du 15 d&#233;cembre : &#171; &lt;i&gt;La Bac se concentrait sur les jeunes, j'ai bien vu faire l'un des groupes en particulier. La cheffe du groupe pointait des petits groupes de jeunes et ses coll&#232;gues les chopaient. Ce qui m'a vraiment choqu&#233;, c'est quand je l'ai vue pointer un groupe de deux jeunes &#8211; je ne suis pas s&#251;r qu'ils n'avaient pas pr&#233;par&#233; des cailloux mais en tous cas je suis s&#251;r qu'ils n'&#233;taient pas en train de les lancer. Ses deux coll&#232;gues en ont plaqu&#233; un &#224; terre avec la chaussure dans le dos et elle lui a align&#233; quatre ou cinq coups de poings &#224; terre, de mani&#232;re compl&#232;tement gratuite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Punir les militants et leurs quartiers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette logique r&#233;pressive s'est instaur&#233;e dans un contexte local marseillais qui s'est combin&#233; avec la lutte nationale des Gilets jaunes. Elle ne peut pas ne pas avoir &#233;t&#233; organis&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat. Il y a un objectif &#233;vident de manipulation m&#233;diatique : il faut bien qu'il y ait de la violence pour pouvoir r&#233;primer aux blind&#233;s l&#233;gers et en m&#234;me temps, il faut la garder sous contr&#244;le. Mais au-del&#224; de &#231;a, il y a &#233;galement un objectif punitif pur, de d&#233;moralisation des militants, de d&#233;foulement pour les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du gazage de quartiers entiers ? Violaine a vu le bar dans lequel elle travaille se faire enti&#232;rement gazer. &#171; &lt;i&gt;Le soir de la marche de la Col&#232;re, je suis rentr&#233;e vers 18 heures pour ouvrir le bar. Il y avait de nombreuses &#233;chauffour&#233;es du c&#244;t&#233; de la Plaine et &#224; partir de 20 heures, des personnes sont arriv&#233;es au bar avec les yeux en pleurs, en toussant. Nous leur avons offert du soutien, des solidarit&#233;s se sont cr&#233;&#233;es entre employ&#233;s, clients et manifestants tout au long de la soir&#233;e. Autour de 23 heures 30, j'ai remarqu&#233; que le bar d'en face &#233;tait ferm&#233; et j'ai commenc&#233; &#224; vouloir fermer les volets mais &#224; ce moment les CRS chargeaient en pleine rue. Puis ils ont lanc&#233; des lacrymos en direction du bar. Tout l'int&#233;rieur du bistrot s'est trouv&#233; surcharg&#233; de gaz, les clients ont d'abord cherch&#233; refuge au fond du bar, sans succ&#232;s, puis j'ai r&#233;ussi &#224; les &#233;vacuer par la sortie de secours. Ensuite, quand ils sont sortis, une seconde charge a eu lieu et nous avons &#233;t&#233; re-gaz&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces charges en pleine rue passante et ne visant visiblement pas que les manifestants n'ont pas &#233;t&#233; faites au hasard. Elles visent &#224; punir l'ensemble d'un quartier pour sa solidarit&#233; envers le mouvement s'opposant au projet de la Plaine et &#224; celui r&#233;clamant la justice pour les victimes de Noailles. Certes, tout le monde &#224; la Plaine n'est pas contre le projet de requalification, mais la solidarit&#233; avec les sinistr&#233;s de Noailles fait quasiment l'unanimit&#233; et dans le quartier, plusieurs bars sont connus pour leur client&#232;le plut&#244;t militante. Par ailleurs, face &#224; la police, les habitants de la place Jean-Jaur&#232;s font souvent bloc tout en subissant eux aussi et de mani&#232;re indiscrimin&#233;e la r&#233;pression. Qa&#239;s, qui habite juste sur la place, d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le d&#233;but et pendant une dizaine de jours, le gaz rentrait au minimum dans toute la cage d'escalier et se r&#233;pandait souvent jusque chez nous bien qu'on soit au quatri&#232;me &#233;tage. &#199;a passait par les fen&#234;tres. Les grenades balanc&#233;es en l'air atterrissent sur les toits, sur les balcons. Nos voisins ont eu les m&#234;mes probl&#232;mes. Qu'on soit pour ou contre le projet, tout le monde &#233;tait sur les balcons, la plupart du temps pour interpeller les policiers, et leur dire que ce n'&#233;tait pas normal ce qui se passait. Je n'ai vu qu'une personne qui &#233;tait contre les manifestants et qui avait balanc&#233; un seau d'eau sur eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension de la r&#233;pression au quartier entier, combin&#233;e avec l'ensemble de la mont&#233;e en tension calcul&#233;e sur des fronts multiples, montre qu'on a l&#226;ch&#233; la bride. On l'a l&#226;ch&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat, et pas seulement en ce qui concerne la r&#233;pression polici&#232;re, mais aussi et surtout dans le discours id&#233;ologique.
Car en apparence, quel rapport entre Macron, les Gilets jaunes et les luttes locales marseillaise ? C'est l'expression lib&#233;r&#233;e du m&#233;pris des pauvres. Ce qui permet &#224; Gaudin et &#224; Chenoz d'afficher un tel cynisme tout en r&#233;primant &#224; toute berzingue, c'est un &#171; racisme de classe &#187; d&#233;complex&#233;, qui n'a plus &#224; se cacher le moins du monde, d&#233;j&#224; qu'il le faisait bien peu &#224; Marseille. C'est ce qui rend possible de r&#233;pondre &#171; &lt;i&gt;Tiens, prends ces lacrymos dans ta gueule&lt;/i&gt; &#187; quand les habitants de quartiers populaires demandent&#8230; &#224; ne pas craindre que leurs domiciles s'effondrent sur eux, ou d'&#234;tre relog&#233;s s'ils sont &#233;vacu&#233;s ! De tuer une innocente au passage. Et de s'en tirer tranquille. Cr&#232;me. Circulez, y a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On gaze les quartiers populaires, &#171; &lt;i&gt;mais ce n'est pas l&#233;tal, hein, faut pas exag&#233;rer&lt;/i&gt; &#187;, comme disait le m&#233;decin l&#233;giste &#224; G&#233;rard, le vid&#233;aste, alors qu'il faisait constater son &#233;tat pour appuyer sa plainte. Pas l&#233;tal, en g&#233;n&#233;ral. Sauf pour Zineb.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Kaba, anthropologue, habitu&#233; de la Plaine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170, novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;171, d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Brigade anti-criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le m&#234;me sens : &#171; &lt;i&gt;Au fur et &#224; mesure, les gens s'en vont. La Bac provoque sous les arcades, puis fait des raids pour extraire des manifestants, &#224; grand renfort de gazeuses et de matraques t&#233;lescopiques. Ils sortent de partout, et en particulier des rangs des manifestants. Sans brassard, les capuches rabattues sur des foulards qui cachent leur visage. On comprend alors que plusieurs d'entre eux se sont gliss&#233;s dans le cort&#232;ge...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis proches du pouvoir gaulliste, actif dans les ann&#233;es 1960 et 1970, finalement dissous en 1982 apr&#232;s la &#171; tuerie d'Auriol &#187; (six morts).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une fatigue chronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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