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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sans les papiers, la rage</title>
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		<dc:creator>Oum Ziad</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res manifestations post-confinement en France. Le 30 mai dernier, plus d'une dizaine de milliers de personnes sans-papiers brisent l'interdiction de manifester &#224; Paris. Dans plusieurs autres villes comme &#224; Marseille, des mobilisations similaires revendiquent la fin des violences polici&#232;res, la r&#233;gularisation et la fermeture des centres de r&#233;tention. Depuis, le mouvement prend de l'ampleur et des gr&#232;ves de la faim ont &#233;t&#233; lanc&#233;es dans plusieurs centres de r&#233;tention. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res manifestations post-confinement en France. Le 30 mai dernier, plus d'une dizaine de milliers de personnes sans-papiers brisent l'interdiction de manifester &#224; Paris. Dans plusieurs autres villes comme &#224; Marseille, des mobilisations similaires revendiquent la fin des violences polici&#232;res, la r&#233;gularisation et la fermeture des centres de r&#233;tention. Depuis, le mouvement prend de l'ampleur et des gr&#232;ves de la faim ont &#233;t&#233; lanc&#233;es dans plusieurs centres de r&#233;tention. T&#233;moignages et analyse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1617-2c184.jpg?1782916386' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;30 mai 2020, dans les rues de Paris. Pouss&#233;es &#224; bout par la d&#233;t&#233;rioration brutale de leurs conditions de vie caus&#233;e par le confinement, plusieurs milliers de personnes, dont une majorit&#233; de sans-papiers, d&#233;fient l'interdiction de manifester du pr&#233;fet Lallement. Pendant pr&#232;s de deux heures, ils d&#233;filent sans banderole et sous les gaz, lanc&#233;s en vain par les escadrons de CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation,&lt;/i&gt; explique Mody, Malien sans-papiers r&#233;sidant &#224; Montreuil, au foyer Rochebrune. &lt;i&gt;Pendant le confinement, c'&#233;tait risqu&#233; d'aller sur mon chantier de nettoyage. Il y avait beaucoup de contr&#244;les dans les transports et je n'avais pas les moyens de me payer un ticket. Et puis il y a eu l'arr&#234;t total du chantier.&lt;/i&gt; &#187; Quand l'appel &#224; manifester de la Marche des Solidarit&#233;s &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateforme cr&#233;&#233;e en mars 2018 sous l'impulsion des CSP (Coordination des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a commenc&#233; &#224; circuler, Mody s'est organis&#233; avec d'autres habitants des foyers de travailleurs immigr&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Le confinement a entrav&#233; la solidarit&#233; habituelle des foyers, avec notamment les fermetures des cantines des femmes. Il y avait aussi moins d'argent pour payer les chambres aux titulaires&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les travailleurs r&#233;guliers officiellement h&#233;berg&#233;s qui sous-louent aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ou &#224; envoyer aux familles. Alors on a pris la d&#233;cision d'y aller. On &#233;tait plus de 1 000&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de Montreuil &#224; essayer de rejoindre&lt;/i&gt; [la place de la] &lt;i&gt;R&#233;publique. Mais notre groupe a &#233;t&#233; gaz&#233; et bloqu&#233; par la police. En revenant au foyer, on a cr&#233;&#233; le Collectif sans-papiers de Montreuil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Zina aussi, le confinement a agi comme un d&#233;tonateur. Cette auxiliaire de vie raconte l'impossibilit&#233; de se rendre &#224; son travail, &#224; cause des interdits : &#171; &lt;i&gt;J'ai demand&#233; &#224; ma patronne une attestation d&#233;rogatoire de d&#233;placement, qu'elle n'a pas voulu faire au pr&#233;texte que j'&#233;tais sans-papiers. Elle a &#233;galement refus&#233; de m'accorder le ch&#244;mage partiel.&lt;/i&gt; &#187; La jeune Alg&#233;rienne, qui vit &#224; Paris depuis sept ans, a d&#233;j&#224; connu le traumatisme de recevoir une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sign&#233;e de la pr&#233;fecture. Elle d&#233;cide de se mobiliser. D'abord en lan&#231;ant un &#171; live &#187; sur Facebook aux premiers jours du confinement, puis en cr&#233;ant un groupe virtuel, &#171; Ensemble pour la r&#233;gularisation &#187;, qui rassemble d&#233;sormais 44 000 adh&#233;rents. Zina se rapproche aussi de la Marche des Solidarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galvanis&#233;s par le succ&#232;s du 30 mai, les organisateurs de cette plateforme d&#233;cident d'organiser un acte II. Le 7 juin, Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination 75 des sans-papiers et cofondateur de la Marche des Solidarit&#233;s, lance sur les r&#233;seaux sociaux : &#171; &lt;i&gt;Sans-papiers, o&#249; que vous soyez, organisez-vous en collectifs de sans-papiers&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'acte II se d&#233;roule le 20 juin ; il est suivi dans 25 grandes villes de France. La Marche des Solidarit&#233;s se pose alors comme un nouvel espace de coordination des collectifs sans-papiers et des luttes syndicales comme celle des Frichti &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suite au licenciement de 200 livreurs sans-papiers en juin, les salari&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ou des travailleurs sans-papiers de Chronospost &#224; Alfortville (Val-de-Marne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'acte III, rendez-vous est donn&#233; le 17 octobre sur les Champs-&#201;lys&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre les violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;lan n'est pas &#233;tranger &#224; ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. En mai dernier, plus de deux mois apr&#232;s le d&#233;but du confinement fran&#231;ais, le meurtre de George Floyd par un policier blanc aux &#201;tats-Unis fait &#233;cho aux violences polici&#232;res que connaissent les communaut&#233;s sans-papiers, sur les campements ou dans les centres de r&#233;tention. &#171; &lt;i&gt;Quand nous sortons, nous exprimons aussi notre col&#232;re contre les violences polici&#232;res. Lamine Dieng&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;c&#233;d&#233; le 17 juin 2007 des suites de son interpellation.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#233;tait sans-papiers&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Mody, avant d'&#233;voquer le rapprochement strat&#233;gique avec le Comit&#233; Adama, devenu fer de lance de cette lutte : &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;unions organis&#233;es par la Marche des Solidarit&#233;s ont permis ces connexions : maintenant on se d&#233;place ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de surprenant pour Anzoumane Sissoko, qui a connu l'enfermement &#224; son arriv&#233;e en France, il y a plus de vingt ans : &#171; &lt;i&gt;La lutte contre les violences polici&#232;res a toujours fait partie des revendications pour lesquelles se sont organis&#233;s nos collectifs depuis 2000, avec celle pour la r&#233;gularisation et celle, plus sp&#233;cifique, des foyers de travailleurs immigr&#233;s. En cela, les coordinations de sans-papiers sont un mod&#232;le d'organisation pour f&#233;d&#233;rer les luttes. Y compris les luttes syndicales comme celles des Frichti ou celle contre les fronti&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis la cr&#233;ation de 48 ollectifs de sans-papiers &#224; la suite de l'occupation de l'&#233;glise Saint-Bernard, &#224; Paris en 1996, les tentatives de coordination, comme l'Union nationale des sans-papiers, se sont heurt&#233;es aux divisions. &#201;galement en cause, la reprise en main des foyers par l'&#201;tat, alors que ces lieux ont longtemps &#233;t&#233; des bases d'organisation essentielles &#224; Paris. &#171; &lt;i&gt;Avant dans les foyers, il y avait tout un syst&#232;me de solidarit&#233; qui permettait cette f&#233;d&#233;ration et que le gouvernement veut casser,&lt;/i&gt; analyse Anzoumane Sissoko. &lt;i&gt;&#199;a allait de la cantine &#224; la salle de r&#233;union, r&#233;unissant les diff&#233;rentes nationalit&#233;s, les anciens et les primo-arrivants. Maintenant, ceux qui viennent d'arriver en France dorment &#224; la rue, &#224; Calais comme &#224; Paris.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Montreuil, le foyer de Rochebrune o&#249; vit Mody est ainsi dans le viseur des pouvoirs publics : il fait partie des d&#233;molitions prioritaires voulues par l'&#201;tat et son gestionnaire Coallia, sous pr&#233;texte de surpopulation (1 000 r&#233;sidents pour une capacit&#233; de 400) et d'&#171; &lt;i&gt;activit&#233;s commerciales non autoris&#233;es&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette menace pour l'organisation de la lutte des sans-papiers (&#171; &lt;i&gt;une r&#233;union dans un foyer, c'est un tribun et 300 personnes pr&#234;tes &#224; sse mobiliser&lt;/i&gt; &#187; confie un militant), les animateurs de la Marche des Soli&#8202;darit&#233;s militent pour la mise en lien des foyers parisiens. Des critiques pointent toutefois son mod&#232;le d'organisation, parfois jug&#233; trop vertical. Au sein des m&#234;mes foyers, d'autres mod&#232;les coexistent : ainsi des Gilets noirs, qui se r&#233;unissent en collectifs autonomes dans les foyers de Vitry et Ivry et sur des r&#233;pertoires d'action souvent similaires, comme l'occupation spectaculaire du Panth&#233;on en 2019. Bien qu'acteurs de la manifestation du 30 mai, ils expliquent leur absence aux r&#233;unions de coordination : &#171; &lt;i&gt;Nous les Gilets noirs on s'organise pour nous-m&#234;mes. Chez nous il n'y a pas de dirigeant, de patron ou de chef : on d&#233;cide ensemble et on s'organise avec tout le monde.&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; du 3 juin.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; un positionnement qui para&#238;t irr&#233;aliste &#224; certains. &#171; &lt;i&gt;Comment peut-on demander la r&#233;gularisation des sans-papiers tout en appelant &#224; br&#251;ler les pr&#233;fectures&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, interroge Anzoumane Sissoko, qui souligne ainsi des divergences dans le rapport aux autorit&#233;s. Si beaucoup estiment qu'il faut composer avec l'&#201;tat pour obtenir des r&#233;gularisations, les Gilets noirs revendiquent une approche plus radicale : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons pas seulement des papiers, mais casser le syst&#232;me qui cr&#233;e des sans-papiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au bord de la M&#233;diterran&#233;e, se saisissant de l'appel parisien, plusieurs membres de l'Association des usagers de la Pada &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateforme d'accueil pour les demandeurs d'asile.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, la nouvelle organisation d'autod&#233;fense des demandeurs d'asile &#224; Marseille, ont &#233;galement os&#233; braver l'interdiction de manifester le 30 mai. Comme &#224; Paris, le d&#233;c&#232;s de George Floyd a &#233;t&#233; un des vecteurs de la mobilisation &#8211; en t&#233;moignaient les d&#233;nonciations du racisme d'&#201;tat, griffonn&#233;es sur les pancartes en carton et greff&#233;es aux appels &#224; la r&#233;gularisation. Plusieurs jours avant les mobilisations derri&#232;re la banni&#232;re Black Lives Matter, les manifestants ont d&#233;nonc&#233; d'embl&#233;e la &lt;i&gt;hogra&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme arabe renvoyant &#224; l'humiliation et &#224; l'injustice.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; polici&#232;re et le racisme qui suinte du traitement politique r&#233;serv&#233; aux &#233;trangers de seconde classe, demandeurs d'asile ou non. &#171; &lt;i&gt;Lorsque j'ai vu la vid&#233;o &lt;/i&gt;[de la mort George Floyd]&lt;i&gt;, j'ai pleur&#233;&lt;/i&gt; &#187;, confiait Amadou de l'Association des usagers de la Pada, alors que ses pas rejoignaient f&#233;brilement ceux de ses fr&#232;res sur le haut de la Canebi&#232;re, le 30 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'acte II de la Marche des solidarit&#233;s du 20 juin, plus de 1 000 Marseillais sans-papiers sortent manifester et s'agenouillent &#224; quelques m&#232;tres du commissariat central, poing lev&#233;. Parmi eux, Naceira, m&#232;re de quatre filles, qui n'a plus cess&#233; de lever le sien depuis l'appel Facebook de Zina la Parisienne. Le 30 mai, elle avait &#233;t&#233; verbalis&#233;e par la police sur le Vieux-Port, pour deux banderoles en tissu qui avaient rameut&#233; un peu plus de dix personnes : &#171; &lt;i&gt;Quand c'est interdit, c'est encore mieux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Au moins, on nous entend&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, sourit celle qui a quitt&#233; l'Alg&#233;rie pour prot&#233;ger ses filles. &#171; &lt;i&gt;Je suis divorc&#233;e&lt;/i&gt; khula &lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Divorce islamique parfois accord&#233; &#224; l'&#233;pouse, mais &#224; son d&#233;savantage.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;i&gt;suite aux violences de mon mari, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; accept&#233; par ma famille. Je me bats pour mes filles, qui sont sans-papiers en France, pour qu'elles puissent travailler, &#234;tre ind&#233;pendantes et qu'elles n'aient pas &#224; se marier.&lt;/i&gt; &#187; Naceira est l'une des &#233;nergies du nouveau Collectif sans-papiers 13 et travaille &#224; la mobilisation des Alg&#233;riens dans ce mouvement : &#171; &lt;i&gt;Les Alg&#233;riens sont d'une communaut&#233; sans-papiers qui &#233;tait jusque-l&#224; divis&#233;e, malgr&#233; la gal&#232;re et l'histoire commune avec la France. Quand les autorit&#233;s vont-elles comprendre que la France est notre deuxi&#232;me pays&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;s autonomes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille aussi, le confinement a &#233;t&#233; tr&#232;s durement v&#233;cu. Certains allocataires de l'Ada (allocation pour demandeur d'asile) ont vu leurs droits suspendus en plein confinement tandis que, comme ailleurs, le syst&#232;me D s'effondrait avec les interdictions de d&#233;placement et la fermeture des chantiers et des march&#233;s. Face &#224; la situation, le Collectif Dahdah, form&#233; par des Sierra-L&#233;onais mobilis&#233;s contre l'expulsion de leur squat l'hiver pr&#233;c&#233;dent, commencent par d&#233;noncer la bombe sanitaire et sociale qui menace les communaut&#233;s immigr&#233;es les plus pr&#233;caires. Il est vite rejoint par d'autres demandeurs d'asile d'Afrique subsaharienne ou d'Europe centrale. Ensemble, ils coorganisent un r&#233;seau de distribution alimentaire, le March&#233; rouge, avec diff&#233;rents militants autonomes marseillais, dont le collectif anti-fronti&#232;re Al Manba. &#192; Marseille, cette solidarit&#233; faite de collectes, distributions et maraudes a pouss&#233; sur le champ laiss&#233; libre par les pros du caritatif et n'a pas c&#233;d&#233; aux coups de chauffe de la police qui a tent&#233; de lui mettre des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences in&#233;dites d'organisation autogestionnaire n&#233;es pendant le confinement ont rallum&#233; les braises de la mobilisation, dans un contexte o&#249; les expulsions de logements, comme celle de la maison occup&#233;e de Saint-Just &lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grand squat marseillais ouvert en d&#233;cembre 2018, qui a h&#233;berg&#233; des centaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, ont repris de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des fronti&#232;res ferm&#233;es, sauf aux expulsions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Portugal et l'Italie annon&#231;aient durant le confinement la r&#233;gularisation opportune de milliers de travailleurs et travailleuses sans-papiers, en premi&#232;re ligne des sales boulots (dans les secteurs &#233;conomiques prioritaires : l'alimentation, le nettoyage, les soins), l'&#201;tat fran&#231;ais fermait les guichets de ses pr&#233;fectures et poursuivait les expulsions, tant que le passages aux fronti&#232;res le permettaient. D'autres sans-papiers sont rest&#233;s enferm&#233;s pendant pr&#232;s de 90 jours (le maximum l&#233;gal) en centre de r&#233;tention administrative (CRA), alors m&#234;me que tout le monde savait que leur expulsion serait impossible, la plupart des vols internationaux &#233;tant annul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur des CRA, des enferm&#233;s se sont mutin&#233;s pour protester contre les risques de contamination, la fermeture des parloirs (qui signifie moins d'argent pour cantiner&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acheter quelque chose dans le magasin interne d'un centre de r&#233;tention ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;) et l'enfermement de nouveaux retenus qui ajoutait &#224; la surpopulation. D&#232;s l'annonce du 16 mars, les prisonniers des CRA de Lille-Lesquin (Nord) et du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) sont entr&#233;s en gr&#232;ve de la faim. &#171; &lt;i&gt;On a entendu &#224; la t&#233;l&#233; que c'est la guerre. Mais ici, il n'y a rien. Aucune pr&#233;caution. Tout est sale. On n'est pas des animaux quand m&#234;me ! On a peur&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignait un homme au CRA de Oissel, pr&#232;s de Rouen (Seine-Maritime), relay&#233; par le blog &#171; &#192; bas les CRA &#187;. Mais le gouvernement n'a jamais eu l'intention de fermer les centres de r&#233;tention. Et ce sont les juges qui ont lib&#233;r&#233; des retenus au compte-goutte, n'&#233;tant pas toujours press&#233;s de tenir compte de l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Dans le m&#234;me temps, l'&#201;tat a transf&#233;r&#233; en CRA d'autres d&#233;tenus extraits de prison, afin qu'ils soient expuls&#233;s au titre de la double peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette fin ao&#251;t, comme &#224; Rennes et au Mesnil-Amelot, les retenus du CRA de Marseille, qui tourne &#224; nouveau &#224; plein r&#233;gime, ont d&#233;clar&#233; dans un communiqu&#233;&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; disponible dans un article intitul&#233; &#171; Soutien aux gr&#233;vistes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; qu'ils reprenaient leur gr&#232;ve de la faim, face au retour annonc&#233; de la pand&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;On se remet en gr&#232;ve de la faim d&#232;s le 22-23 ao&#251;t &#224; cause de la situation qui ne change pas : les fronti&#232;res sont ferm&#233;es et pourtant on nous maintient 60 jours ou plus en centre de r&#233;tention. Dans le m&#234;me temps, les arrestations continuent puisqu'il y a toujours des gens qui arrivent dans le CRA. Les risques de contamination augmentent. Il y a au moins quatre cas confirm&#233;s de coronavirus au sein de la police aux fronti&#232;res qui garde le centre. Et pourtant rien n'est fait pour nous prot&#233;ger, on ne nous donne pas de masques. Dans la police, &#231;a se met en arr&#234;t maladie pour &#233;viter de venir au CRA.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des retenus des CRA est soutenu par un appel national &#224; manifester le 5 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plateforme cr&#233;&#233;e en mars 2018 sous l'impulsion des CSP (Coordination des sans-papiers) historiques de Paris et Vitry, soutenue par plusieurs comit&#233;s &#171; V&#233;rit&#233; et Justice &#187;, le NPA et certains syndicats comme Solidaires et la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les travailleurs r&#233;guliers officiellement h&#233;berg&#233;s qui sous-louent aux primo-arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Suite au licenciement de 200 livreurs sans-papiers en juin, les salari&#233;s de cette soci&#233;t&#233; de livraison de repas &#224; domicile se sont mis en gr&#232;ve pendant plus d'un mois. Fin juillet, la direction et la pr&#233;fecture ont conc&#233;d&#233; &#224; la moiti&#233; d'entre eux le droit de d&#233;poser une demande de r&#233;gularisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;c&#233;d&#233; le 17 juin 2007 des suites de son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communiqu&#233; du 3 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plateforme d'accueil pour les demandeurs d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terme arabe renvoyant &#224; l'humiliation et &#224; l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Divorce islamique parfois accord&#233; &#224; l'&#233;pouse, mais &#224; son d&#233;savantage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Grand squat marseillais ouvert en d&#233;cembre 2018, qui a h&#233;berg&#233; des centaines de familles et mineurs isol&#233;s, jusqu'&#224; son expulsion en juin 2020, apr&#232;s un incendie possiblement criminel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acheter quelque chose dans le magasin interne d'un centre de r&#233;tention ou d'une prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communiqu&#233; disponible dans un article intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://mars-infos.org/soutien-aux-grevistes-de-la-faim-5256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soutien aux gr&#233;vistes de la faim du CRA de Marseille&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mars-infos.org&lt;/i&gt; (24/08/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Face au Covid-19 en prison : amnistie g&#233;n&#233;rale !</title>
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&lt;p&gt;Puisqu'on sait bien que les prisons sont un miroir de nos soci&#233;t&#233;s et qu'elles endurent actuellement une terrible crise sanitaire et sociale, CQFD a d&#233;cid&#233; de laisser carte blanche &#224; L'Envol&#233;e, journal anti-carc&#233;ral et abolitionniste, pour cette double page d'analyses et de t&#233;moignages. &#171; Avec le confinement, vous touchez du doigt &#8211; en plus roudoudou &#8211; ce que nous vivons au quotidien, nous les prisonniers : impossibilit&#233; d'aller et venir, privation de voir ses proches et soumission &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no186-avril-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;186 (avril 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CRA-c-est" rel="tag"&gt;CRA c'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Puisqu'on sait bien que les prisons sont un miroir de nos soci&#233;t&#233;s et qu'elles endurent actuellement une terrible crise sanitaire et sociale, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a d&#233;cid&#233; de laisser carte blanche &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, journal anti-carc&#233;ral et abolitionniste, pour cette double page d'analyses et de t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH564/-1506-11b66.jpg?1782652958' width='400' height='564' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Avec le confinement, vous touchez du doigt &#8211; en plus roudoudou &#8211; ce que nous vivons au quotidien, nous les prisonniers : impossibilit&#233; d'aller et venir, privation de voir ses proches et soumission &#224; l'arbitraire pour tout &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit un prisonnier &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, &#224; l'heure o&#249; le pays est confin&#233; et les prisonniers et prisonni&#232;res plus coup&#233;s du monde que jamais. Ajout&#233;e &#224; l'absence de soins, la surpopulation carc&#233;rale &#8211; ou plut&#244;t, le surenfermement de la population &#8211; fait des prisons des lieux hautement pathog&#232;nes. Tous les ans, des &#233;pid&#233;mies s'abattent sur les personnes incarc&#233;r&#233;es : tuberculose, gale&#8230; Le Covid-19, qui ne fera pas exception, r&#233;v&#232;le la criante indignit&#233; de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Suspendre les parloirs ne prot&#233;gera pas les prisonniers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#233;pid&#233;mie, Nicole Belloubet, la ministre des tribunaux et des prisons, a opt&#233; pour une mesure tr&#232;s brutale : la suppression des parloirs et de toutes les activit&#233;s. Faute de pouvoir isoler les prisonniers en attribuant une cellule &#224; chacun (70 651 prisonniers et prisonni&#232;res au 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; janvier pour 61 080 places dans des cellules le plus souvent collectives) ; faute de distribuer &#224; toutes et tous des masques de protection, des tests et des solutions hydroalcooliques ; faute de confiner les matons qui continuent de rejoindre leurs familles chaque soir&#8230; l'&#201;tat consid&#232;re d'office que les prisonniers, les prisonni&#232;res et leurs proches ne seraient pas capables d'appliquer les fameux &#171; gestes barri&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de shit, des possibilit&#233;s de cantines (achats de produits de la vie courante) restreintes, plus d'activit&#233;s, plus de parloirs, 22 heures sur 24 en cellule et d&#233;j&#224; des promenades r&#233;duites dans certaines prisons. Celles et ceux qui sont enferm&#233;s sont &#224; la fois en col&#232;re et inquiets : les rares mouvements et contacts qui rendent la d&#233;tention supportable disparaissent du jour au lendemain sans qu'ils et elles se sentent prot&#233;g&#233;&#8226;es pour autant. Ces mesures sont ressenties comme absurdes et m&#233;prisantes parce que le pr&#233;tendu &#171; confinement &#187; est totalement inapplicable &#224; l'int&#233;rieur des prisons. Et ce n'est pas la g&#233;n&#233;rosit&#233; de la ministre (t&#233;l&#233;vision gratuite, un maigre cr&#233;dit t&#233;l&#233;phonique et une aum&#244;ne de 40 &#8364; pour les indigents) qui va &#233;touffer les craintes &#8211; et le feu.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des r&#233;voltes contre ces mesures&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures n'emp&#234;cheront pas l'&#233;pid&#233;mie de se r&#233;pandre. Elles ne servent qu'&#224; donner des gages aux personnels de l'Administration p&#233;nitentiaire (AP), et notamment aux matons, en diminuant les mouvements &#224; l'int&#233;rieur et le nombre de fouilles &#224; effectuer ; et donc les contacts. Ils ont aussi peur du coronavirus que des mutineries : ils savent tr&#232;s bien que les prisons vont se transformer &#224; la fois en cluster (foyer d'infection) et en cocotte-minute pr&#234;te &#224; exploser. Leur syndicat majoritaire (Force ouvri&#232;re) a d&#233;j&#224; menac&#233; d'user du droit de retrait, agitant l'exemple de l'Italie o&#249;, depuis le 8 mars, des &#233;meutes ont &#233;clat&#233; dans des dizaines de prisons, causant la mort d'au moins 14 prisonniers et plusieurs &#233;vasions collectives. Sur les toits, les prisonniers crient &#171; &lt;i&gt;Libert&#224; ! &#187;&lt;/i&gt; et exigent l'&lt;i&gt;indulto &lt;/i&gt;&#8211; l'amnistie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze jours apr&#232;s, la r&#233;volte gronde dans toutes les prisons fran&#231;aises avec chaque jour des dizaines de mouvements collectifs : refus de remonter de promenade, mont&#233;es sur les toits, mutineries ; et d&#233;j&#224; des matons qui tirent, comme &#224; la maison d'arr&#234;t de Grasse (Alpes- Maritimes) et au centre de d&#233;tention d'Uzerche (Corr&#232;ze).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Il faut vider les prisons&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette ambiance que la Contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL), Adeline Hazan, se fonde sur la protection que l'&#201;tat doit aux gens qui sont sous sa garde pour demander, le 17 mars, de &#171; &lt;i&gt;r&#233;duire la population p&#233;nale &#224; un niveau qui ne soit pas sup&#233;rieur &#224; la capacit&#233; d'accueil des &#233;tablissements &#187;&lt;/i&gt;, de &#171; &lt;i&gt;favoriser les sorties de prison et limiter les entr&#233;es &#187;&lt;/i&gt; et de &#171; &lt;i&gt;proc&#233;der sans d&#233;lai &#224; la fermeture temporaire des centres et locaux de r&#233;tention administrative &#187;&lt;/i&gt;. Du jamais vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, un texte sign&#233; par des organisations qui vont de l'Observatoire international des prisons &#224; l'Association nationale des juges de l'application des peines en passant par le Syndicat des avocats de France demande de &#171; &lt;i&gt;r&#233;duire drastiquement le nombre de personnes d&#233;tenues &#187;&lt;/i&gt;. Il &#233;num&#232;re diff&#233;rentes mani&#232;res de limiter les entr&#233;es : pr&#233;f&#233;rence aux peines alternatives, placement sous contr&#244;le judiciaire plut&#244;t qu'en d&#233;tention provisoire, report de la mise &#224; ex&#233;cution des peines de prison et limitation des comparutions imm&#233;diates, &#171; &lt;i&gt;particuli&#232;rement pourvoyeuses d'incarc&#233;rations &#187;&lt;/i&gt;. Le texte demande &#233;galement de faire sortir un maximum de personnes (en lib&#233;rant les pr&#233;venus sous contr&#244;le judiciaire, en multipliant les am&#233;nagements de peine, en anticipant les lib&#233;rations en fin de peine et en suspendant des peines pour raison m&#233;dicale). Les signataires sugg&#232;rent aussi d'augmenter les r&#233;ductions de peine, voire de voter une loi d'amnistie. De m&#233;moire de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, on n'avait jamais vu &#231;a non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus fort reste &#224; venir. Le 20 mars, la CGT p&#233;nitentiaire demande &#171; &lt;i&gt;un recours massif &#224; la gr&#226;ce individuelle pour le maximum de personnes incarc&#233;r&#233;es, en fonction du reliquat de peine restant et de la nature des infractions concern&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. M&#234;me s'ils ne peuvent pas tout &#224; fait s'emp&#234;cher de jouer aux petits juges, ces surveillants envisagent la lib&#233;ration de presque 20 000 prisonniers condamn&#233;s &#224; des peines de moins d'un an !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tout le monde dehors !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bon, on se calme, on reprend. Pour ce qui est des centres de r&#233;tention, le CGLPL le dit : tout le monde dehors. Pour ce qui est des prisons, on prend la calculette : 18 000 courtes peines + 20 000 pr&#233;venus en attente de jugement + 1 404 personnes en semi-libert&#233; + 611 personnes en centre de peine am&#233;nag&#233;e + 20 000 prisonniers en centre de d&#233;tention (r&#233;gime soi-disant orient&#233; vers la r&#233;insertion, donc la sortie) + les malades (chiffres non fournis)&#8230; on arrive d&#233;j&#224; &#224; plus de 60 000 personnes &#224; rel&#226;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons simplement : les mineur&#183;es (804) + les plus de 60 ans et toutes les personnes qui ont d&#233;j&#224; effectu&#233; des longues peines en d&#233;passant les quinze ans d'enfermement&#8230; Bon an mal an, on y est : autant arrondir &#224; 70 000 ! Soit l'amnistie g&#233;n&#233;rale ! Les prisonniers et les prisonni&#232;res l'exigent depuis vingt ans dans les colonnes de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt;&#8211; avec un autre argumentaire, certes ; mais si l&#224;, tout le monde est d'accord, on ne va pas chipoter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et ne plus remplir les prisons !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que tous ces gens s'entendent pour d&#233;finir l'enfermement comme un risque sanitaire et fassent pression sur la ministre pour vider les prisons, m&#234;me provisoirement, c'est historique. Malheureusement, on sait que &#231;a ne suffira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me face au p&#233;ril sanitaire, l'imp&#233;ratif s&#233;curitaire reste le ma&#238;tre mot : la machine p&#233;nale est pens&#233;e pour remplir les prisons, pas pour les vider. Nicole Belloubet le confirme d&#232;s le 20 mars en s'engageant &#224; peine &#224; &#171; &lt;i&gt;travailler sur &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;les d&#233;tenus malades et sur les personnes &#224; qui il reste un mois de d&#233;tention &#187;&lt;/i&gt;. Elle finit par promettre 5 000 lib&#233;rations &#8211; tr&#232;s loin du compte &#8211; en pr&#233;cisant qu' &#187; &lt;i&gt;il n'y aura pas d'amnistie, car il faut pr&#233;server la s&#233;curit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Ben tiens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux quelques &#171; &lt;i&gt;mesures qui veillent &#224; ne pas faire entrer de personnes suppl&#233;mentaires en prison &#187;&lt;/i&gt;, elles sont contredites par un amendement &#8211; adopt&#233; par l'Assembl&#233;e nationale d&#232;s le 21 mars &#8211; qui fait du non-respect &#224; quatre reprises des r&#232;gles de confinement un d&#233;lit puni de six mois d'emprisonnement. Cherchez l'erreur ! Le m&#234;me jour, quatre hommes arr&#234;t&#233;s pour ce motif ont &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s &#224; la prison de Villepinte (Seine-Saint- Denis) en attente de jugement pour &#171; outrage et r&#233;bellion &#187; et &#171; mise en danger de la vie d'autrui &#187;&#8230; Qui met la vie de qui en danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit d&#233;j&#224; dans toute la soci&#233;t&#233; : la coercition de la politique s&#233;curitaire du gouvernement sera inversement proportionnelle &#224; sa scandaleuse gestion sanitaire. &#199;a se fera aussi sur le dos des prisonniers et prisonni&#232;res, &#224; moins qu'ils et elles trouvent des moyens d'imposer leur lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Force, courage et d&#233;contamination,
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Envol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;PS : le vendredi 27 mars, 21 prisonniers et 50 personnels p&#233;nitentiaires avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; test&#233;&#183;es positifs au coronavirus. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Messages et lettres de prison&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &#192; tous les fr&#233;rots en prison : &#224; partir du 19 mars, il faut qu'on bloque en promenade tous les jours jusqu'&#224; que l'&#201;tat accepte au minimum un parloir par semaine. Faut qu'on se fasse entendre bien plus haut que l'administration p&#233;nitentiaire : c'est l'&#201;tat qui dirige. Il faut faire du bruit. Ils nous disent que c'est pour quinze jours alors qu'ils savent tr&#232;s bien que c'est parti pour plusieurs mois. Ils nous privent de la seule libert&#233; qui nous reste : la visite de notre famille. Merci, et oubliez pas : l'union fait la force, ensemble on y arrivera. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Lenvolee.net&lt;/i&gt;, 18 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Lib&#233;rez un peu les prisons de la surpopulation carc&#233;rale ! On veut que les surveillants soient contr&#244;l&#233;s &#224; chaque entr&#233;e, parce que &#231;a nous fait peur ; au moins leur fi&#232;vre parce que c'est eux qui vont nous le refiler. Tous les gens qui rentrent en prison aussi, qu'ils soient contr&#244;l&#233;s &#224; l'entr&#233;e, avec un registre. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Lenvolee.net&lt;/i&gt;, 19 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Un message qui s'adresse &#224; l'&#201;tat et &#224; tous ceux qui r&#233;gulent les p&#233;nitenciers de France : nous voulons un d&#233;pistage au cas par cas pour chaque d&#233;tenu et membre de l'&#233;tablissement p&#233;nitentiaire. Nous voulons que les agents soient &#233;quip&#233;s de masques car c'est eux qui entrent et sortent de la prison donc c'est bien eux qui nous ram&#232;nent le coronavirus puisque nous n'avons plus de parloir. Nous voulons plus d'informations sur cette situation : cantines, parloirs, sacs de linge, activit&#233;s, car les seules informations qu'on a c'est &#224; la t&#233;l&#233;. Nous voulons du gel hydroalcoolique, des masques, du savon pour chaque d&#233;tenu. Tout ce qu'on a c'est du gel douche Tahiti. On nous offre la t&#233;l&#233; et 40 &#8364; pour les indigents, &lt;i&gt;waouh&lt;/i&gt;, quelles belles mesures par l'&#201;tat ! S'il peut faire mieux ce serait pas mal, sinon &#231;a va chauffer. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Centre p&#233;nitentiaire de B&#233;ziers (H&#233;rault), 23 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Nous voulons un D&#201;PISTAGE pour chaque d&#233;tenu ainsi que pour chaque membre de l'administration p&#233;nitentiaire. &#8211; Nous souhaitons que tous les agents p&#233;nitentiaires sans exception soient &#233;quip&#233;s de gants et de masques (ce sont eux les plus expos&#233;s au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l'&#233;tablissement). &#8211; Nous voulons &#234;tre inform&#233;s de l'&#233;volution de cette situation : quand les parloirs seront-ils r&#233;tablis ? Qu'en est-il des cantines ? Qu'en est-il des sacs de linge ? Qu'en est-il des soins m&#233;dicaux en cas de coronavirus ? &#8211; Et enfin, pour nous prot&#233;ger, nous aimerions que chaque d&#233;tenu ait du gel d&#233;sinfectant et un masque &#224; sa disposition (le minimum en mesures d'hygi&#232;ne actuellement). &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Revendications des prisonniers du centre de d&#233;tention d'Uzerche (Corr&#232;ze) lors de la mutinerie du 22 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Nos cantines n'arrivent pas, nos parloirs ont &#233;t&#233; suspendus. Personne ne se pr&#233;occupe de notre &#233;tat de sant&#233;. On avait un co-cellulaire qui est parti, avec le masque, on l'a sorti &#224; 8 heures du soir de la cellule. On ne sait pas pourquoi. &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;Aujourd'hui nous sommes deux personnes encore dans la cellule. Nous pr&#233;sentons des sympt&#244;mes de fi&#232;vre, le nez qui coule et la gorge qui pique. L'administration trouve une seule solution : &#8220;Vous vous &#233;touffez pas ? Y a pas de souci &#224; se faire !&#8221; &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;J'appelle tous les d&#233;tenus de la maison d'arr&#234;t de Seysses &#224; faire une r&#233;volution g&#233;n&#233;rale. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Maison d'arr&#234;t de Seysses (Haute-Garonne), &lt;i&gt;Iaata.info&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; On est 3 dans une cellule de 9 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;. &#199;a fait une semaine qu'on a plus de parloir, qu'ils nous autorisent plus les promenades, plus rien. On a peur qu'un jour la porte s'ouvre plus, qu'on nous laisse mourir dans la cellule&#8230; Y a beaucoup de psychose qui commence &#224; s'installer dans la prison. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Maison d'arr&#234;t de Seysses, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Non, les prisons pour &#233;trangers (et &#233;trang&#232;res) n'ont pas &#233;t&#233; vid&#233;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les centres de r&#233;tention administrative (CRA) sont des prisons o&#249; les personnes &#171; en situation irr&#233;guli&#232;re &#187; peuvent &#234;tre enferm&#233;es jusqu'&#224; 90 jours dans l'attente de leur expulsion. Le manque de soins y est structurel. Autant dire qu'avec l'arriv&#233;e du Covid-19 et la promiscuit&#233;, les occupant&#183;es des CRA se sont retrouv&#233;&#183;es en grand danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis que la propagation du virus a &#233;t&#233; reconnue comme une pand&#233;mie, les fronti&#232;res se sont ferm&#233;es entre pas mal de pays, de sorte qu'il n'y a plus d'avions. S'il ne peut plus y avoir d'expulsion, il n'y a plus de raison &#224; la r&#233;tention, qui devient donc ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes enferm&#233;es dans les CRA de Lille-Lesquin, Lyon, Metz, du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) et de Vincennes se sont donc r&#233;volt&#233;es d&#232;s le 15 mars. Leurs communiqu&#233;s (consultables sur &lt;i&gt;abaslescra.noblogs.org&lt;/i&gt;) exigent entre autres la lib&#233;ration de tou&#183;tes les prisonni&#232;res et prisonniers, la prise en charge de leurs soins et le r&#233;tablissement des parloirs. Le 16 mars, des prisonniers du CRA de Vincennes 1 se sont mis en gr&#232;ve de la faim. Si plusieurs dizaines de personnes ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es, il restait, &#224; l'heure o&#249; ces lignes &#233;taient &#233;crites, une cinquantaine de personnes enferm&#233;es. Lesquelles ont commenc&#233; une nouvelle gr&#232;ve de la faim dimanche 22 mars, rejointes le lendemain par une trentaine de prisonniers de l'autre b&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rel&#226;cher la pression, il y a finalement eu pas mal de lib&#233;rations, pr&#233;fectorales ou judiciaires. Mais le 27 mars, le Conseil d'&#201;tat a rejet&#233; une demande de fermeture totale des CRA, en assurant notamment que le risque de contamination &#233;tait d&#233;sormais moins &#233;lev&#233; du fait du nombre r&#233;duit de personnes enferm&#233;es : &#171; &lt;i&gt;152 personnes &#224; la date du 26 mars &#187;&lt;/i&gt; pour un total de 1 800 places.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, si quelques CRA semblent avoir ferm&#233;, l'&#201;tat continue d'y enfermer, principalement des &#233;trangers sortant de taule. La police a par exemple annonc&#233; la fermeture du CRA de Bordeaux le 17 mars avant de le rouvrir discr&#232;tement pour y enfermer des prisonniers venus de la maison d'arr&#234;t de Mont-de-Marsan et du CRA d'Hendaye. Idem &#224; Marseille : la police a annonc&#233; la fermeture du CRA avant de r&#233;v&#233;ler son intention d'y enfermer des personnes sortant de prisons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paroles des CRA&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; C'est simple, on demande la libert&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du c&#244;t&#233; de l'hygi&#232;ne il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour, c'est flippant. Les draps sont d&#233;gueulasses et pas chang&#233;s, les toilettes collectives, beaucoup sont ferm&#233;es, il en reste que 3 ou 4 et on est encore une vingtaine... Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l'OFII donc on peut rien acheter. Aussi la machine &#224; clopes elle accepte que les pi&#232;ces. &lt;i&gt;[...] &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis depuis pas mal de jours d&#233;j&#224; plus de visite, &#231;a c'est pas normal non ? C'est la d&#233;prime un peu quand m&#234;me... La bouffe c'est de la merde, le m&#234;me repas chaque jour... On a aussi un petit morceau de pain de genre 5 cm, c'est pas assez... Et il y en a qui mangent pas de porc, mais la police, ils veulent rien changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; il y a encore cinq &#224; six jours, il y en a qui ont &#233;t&#233; emmen&#233;s &#224; l'a&#233;roport. De retour au CRA, ils ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s. C'est arriv&#233; &#224; une dizaine de personnes &#224; peu pr&#232;s. Mais depuis plusieurs jours, il n'y a plus de lib&#233;rations, on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donn&#233; des dates de jugement &lt;i&gt;[pour d&#233;cider la prolongation de la r&#233;tention ou de la lib&#233;ration] &lt;/i&gt; : 28 mars, 30 mars&#8230; jusqu'au 7 avril pour certains, c'est pas possible ! &#192; part deux ou trois, on est toujours tous en gr&#232;ve de la faim ; c'est simple, on demande la libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;CRA de Vincennes (Val-de-Marne), 23 mars.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Ils ont endormi tout le monde en disant que le CRA &#233;tait ferm&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le CRA c'est le d&#233;sert, en ce moment : la Cimade &lt;i&gt;[association de soutien aux exil&#233;&#8226;es] &lt;/i&gt;est pas l&#224;, l'OFII &lt;i&gt;[Office fran&#231;ais de l'immigration et de l'int&#233;gration] &lt;/i&gt;non plus et l'&#233;quipe de nettoyage non plus. [...] Les chambres sont sales, les toilettes et les douches c'est pire. Ils ont endormi tout le monde en disant que le CRA &#233;tait ferm&#233;, et par derri&#232;re ils ont rempli ; c'est du foutage de gueule ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;CRA d'Hendaye (Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques), 20 mars.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Soit on nous renvoie, soit ils nous lib&#232;rent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'est plus que 8, 10 dans tous les b&#226;timents. &lt;i&gt;[...] &lt;/i&gt;Apparemment ils veulent me renvoyer au pays ; mais avec la maladie, y a plus de vols vers chez moi. Je sors de quatre ans pleins de prison, et au lieu de respirer, de souffler un peu, ils m'ont p&#233;t&#233; direct et ils m'ont ramen&#233; l&#224;. Les personnes qui restent, on demande tous la m&#234;me chose : soit on nous renvoie dans un pays, soit ils nous lib&#232;rent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;CRA de Marseille, 21 mars&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Olivier s'est envol&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En plein bouclage, on a re&#231;u la mauvaise nouvelle. Le crabe avait emport&#233; Olivier, membre du collectif &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'a rien &#224; voir avec le coronavirus, mais ce monde mortif&#232;re y est pour beaucoup : samedi 28 mars, vers 21 heures, Olivier s'est envol&#233;, il a quitt&#233; la soci&#233;t&#233; anonyme pour se natchave vers un autre monde, rejoignant ses vieux amis Daniel (le colonel), Hafed, Yann, Taleb, Somp, Cakes et tant d'autres. &#187;&lt;/i&gt; Chiennerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout connu comme &#171; Olivier de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &#187;&lt;/i&gt; (mais aussi Z&#233; Migro), Olive s'&#233;tait consacr&#233; sans compter au journal et &#224; l'&#233;mission de radio qui sert de portevoix des taulard.es depuis sa cr&#233;ation en 2001. &#192; la fin des ann&#233;es 1970, au lyc&#233;e de Fontenay-sous-Bois, il s'&#233;tait li&#233; &#224; son prof d'histoire, l'ex-situationniste Daniel Joubert, qui apprenait &#224; ses &#233;l&#232;ves les rudiments du foutage de bordel. Avec lui et quelques autres, ils fonderont la revue &lt;i&gt;L'Exag&#233;r&#233; &lt;/i&gt;(1987-1988) et participeront au d&#233;but de &lt;i&gt;Mordicus &lt;/i&gt;(1990). Olivier fut aussi l'un des initiateurs de la revue itin&#233;rante &lt;i&gt;TicTac &lt;/i&gt;(1994-1996). Plut&#244;t que suivre une voie de r&#233;ussite qui aurait pu s'offrir &#224; lui (il a &#233;t&#233; plus jeune normalien de France), il a pr&#233;f&#233;r&#233; entretenir des situations riches en potentiel rock'n'roll et subversif : comme organiser une f&#234;te de la musique sauvage &#224; deux pas de la prison de la Sant&#233;, ou des &#171; balades &#187; parisiennes durant le mouvement des ch&#244;meurs de 1997-1998, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut aussi un des moteurs dans la publication des &#233;crits in&#233;dits d'Alexandre Marius Jacob, le fameux cambrioleur anarchiste marseillais, aux &#233;ditions L'Insomniaque en 1996. Ainsi que de l'anthologie de textes anti-carc&#233;raux &lt;i&gt;Au pied du mur. 765 raisons d'en finir avec les prisons &lt;/i&gt;(L'Insomniaque, 2000), et le recueil des lettres de prison du regrett&#233; Hafed Benotman (&lt;i&gt;&#199;a valait pas la peine mais &#231;a valait le coup&lt;/i&gt;, &#233;ditions du bout de la ville, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce bon camarade, l'esprit de bande comptait avant tout... et &#224; toutes ces bandes-l&#224;, dissoutes ou reconstitu&#233;es, il va terriblement manquer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Envol&#233;e ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2001, &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, c'est une &#233;mission et un journal faits par d'anciens prisonniers, d'anciennes prisonni&#232;res et des proches. L'&#233;mission est diffus&#233;e le vendredi de 19 h &#224; 20 h 30 sur FPP (106.3 MHz en &#206;le-de-France), sur Lenvolee. net et les plateformes de podcast. Face &#224; la situation actuelle, nous produisons un bulletin d'information tous les jours &#224; 19 h. Analyses, infos, messages vocaux de prisonniers, prisonni&#232;res et proches re&#231;us au 07 52 40 22 48 ; &#224; Radio FPP &#8211; L'Envol&#233;e, 1 rue de la Solidarit&#233;, 75019 Paris ; sur Instagram, Twitter, Facebook et Snapchat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#199;a craint dans les CRA</title>
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		<dc:date>2019-10-17T03:14:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abbas El Kra, Dominique Lapaffe</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;C'est la derni&#232;re prison avant l'expulsion. Chaque ann&#233;e, des dizaines de milliers d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re sont embastill&#233;s dans un centre de r&#233;tention (CRA). Un univers anxiog&#232;ne et violent, o&#249; tentatives de suicide et gr&#232;ves de la faim sont devenues courantes. Ne cherchez pas le centre de r&#233;tention administrative (CRA) de Lyon en plein centre-ville. Pour s'y rendre, il faut conduire 30 minutes en voiture ou acheter un ticket de tramway &#224; 16,30 &#8364;. Dans un renfoncement, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no177-juin-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;177 (juin 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est la derni&#232;re prison avant l'expulsion. Chaque ann&#233;e, des dizaines de milliers d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re sont embastill&#233;s dans un centre de r&#233;tention (CRA). Un univers anxiog&#232;ne et violent, o&#249; tentatives de suicide et gr&#232;ves de la faim sont devenues courantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH414/-1274-04bbd.jpg?1782655446' width='400' height='414' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;N&lt;/span&gt;e cherchez pas le centre de r&#233;tention administrative (CRA) de Lyon en plein centre-ville. Pour s'y rendre, il faut conduire 30 minutes en voiture ou acheter un ticket de tramway &#224; 16,30 &#8364;. Dans un renfoncement, entour&#233;e par deux h&#244;tels, la taule est constamment hant&#233;e par le vacarme du trafic a&#233;rien de l'a&#233;roport Saint-Exup&#233;ry, situ&#233; &#224; quelques pas. Pour les &#233;trangers enferm&#233;s, chaque avion qui atterrit est une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s : red&#233;collera-t-il avec moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ext&#233;rieur de l'enceinte, on ne voit personne, sauf les policiers qui entrent et qui sortent. Les barbel&#233;s qui surmontent la haute grille, eux, semblent plastronner. Le 15 avril dernier, c'est en s'y accrochant qu'un d&#233;tenu a tent&#233; de se suicider. D'apr&#232;s un t&#233;moignage publi&#233; par plusieurs sites militants, ce sont ses camarades qui l'ont d&#233;croch&#233;. La pr&#233;fecture du Rh&#244;ne, elle, a pr&#233;f&#233;r&#233; parler d'une tentative d'&#233;vasion &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En attente d'expulsion &#224; Lyon Saint-Exup&#233;ry :&#8239;&#8220;On nous traite comme des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec une lame de rasoir, tu comprends ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2017, au centre de r&#233;tention de Marseille, un jeune Albanais s'est pendu. En septembre 2018, au sein du CRA de Cornebarrieu, pr&#232;s de Toulouse, c'est un trentenaire alg&#233;rien qui a mis fin &#224; ses jours. Dans les faits-divers des journaux, au fil des rapports administratifs, dans les t&#233;moignages des associatifs et des &#171; retenus &#187; eux-m&#234;mes, les r&#233;cits de tentatives de suicide abondent. Les cas d'automutilation aussi : &#171; &lt;i&gt;Il y en a qui se frappent &#224; la main avec le Gillette, avec une lame de rasoir, tu comprends&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Ils veulent mourir&lt;/i&gt; &#187;, nous confirme Hakim &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, depuis la ge&#244;le lyonnaise o&#249; il est enferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de la faim ne sont pas rares non plus. &#192; l'automne dernier, dans &lt;a href=&#034;https://www.lacimade.org/situation-explosive-dans-les-centres-de-retention/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un communiqu&#233;&lt;/a&gt; alertant sur la &#171; &lt;i&gt;situation explosive dans les centres de r&#233;tention&lt;/i&gt; &#187;, la Cimade &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de soutien aux &#233;trangers.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; relatait l'histoire d'un Tunisien breton &#171; &lt;i&gt;dont la fille handicap&#233;e r&#233;side en France&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;qui a cess&#233; de s'alimenter pendant 45 jours pour protester contre son expulsion&lt;/i&gt; &#187;. En janvier, une gr&#232;ve de la faim collective s'est d&#233;roul&#233;e dans quatre CRA diff&#233;rents : Vincennes (Val-de-Marne), Oissel (Seine-Maritime), S&#232;te (H&#233;rault) et Le Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). C'est de ce dernier centre qu'Abdallah a t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les b&#226;timents sont mal nettoy&#233;s, &#231;a pue, les toilettes sont bouch&#233;es tout le temps. Si tu r&#233;clames de la nourriture, tu es envoy&#233; &#224; l'isolement. On ne fait rien de nos journ&#233;es, il n'y a aucune activit&#233;. Ils nous disent : &#8220;Si vous n'&#234;tes pas contents, vous n'aviez qu'&#224; rester chez vous.&#8221; Ils nous traitent comme des animaux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;tention : des gr&#232;ves de la faim qui vont &#8220;participer &#224; une prise de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;
D&#233;but mai, &#224; Rennes, une mutinerie a &#233;clat&#233; lorsque la police est venue chercher en pleine nuit un jeune Marocain pour l'expulser par surprise, apr&#232;s 59 jours de r&#233;tention. Plusieurs de ses co-retenus ont mis le feu &#224; des matelas. Jug&#233;s en comparution imm&#233;diate, quatre d'entre eux ont &#233;cop&#233; d'un &#224; deux ans de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Trois mois &#224; l'ombre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre malheureux seraient-ils d'accord avec lui ? Un &#171; retenu &#187; lyonnais nous a soutenu que &#171; &lt;i&gt;le CRA, c'est pire que la prison&lt;/i&gt; &#187;. Comment &#231;a, pire ? Peut-&#234;tre &#224; cause de l'incertitude : en r&#233;tention, on se sait jamais quand, comment et vers o&#249; l'on sortira. En 1981, un s&#233;jour en CRA durait une semaine au plus. Avec les ann&#233;es, cette limite n'a cess&#233; d'&#234;tre repouss&#233;e. Au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier, elle a encore doubl&#233;, atteignant d&#233;sormais les 90 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois potentiels d'angoisse et d'enfermement, donc, pendant lesquels la pr&#233;fecture tente d'obtenir un laissez-passer consulaire du pays d'origine, indispensable pour renvoyer l'&#233;tranger d&#233;muni de passeport. Petit grain de sable dans la grande machine &#224; expulser, il arrive fr&#233;quemment qu'elle n'y parvienne pas : &lt;i&gt;primo&lt;/i&gt; parce que certains &#171; retenus &#187; r&#233;ussissent &#224; dissimuler leur v&#233;ritable identit&#233; ; &lt;i&gt;secundo&lt;/i&gt; parce que de nombreux pays rechignent &#224; d&#233;livrer ces laissez-passer &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#233;tat de fait si intol&#233;rable aux yeux de certains qu'en 2018, pendant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Dans les CRA circulent cependant des histoires de personnes renvoy&#233;es vers des pays ne correspondant pas &#224; leur nationalit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, le temps-limite de r&#233;tention est atteint sans que la pr&#233;fecture ait obtenu de laissez-passer. Dans d'autres cas, c'est le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention qui, auparavant, ordonne de rel&#226;cher le retenu. Mais la sortie du CRA ne signifie pas le retour &#224; une libert&#233; absolue, puisque les contr&#244;les au faci&#232;s permanents font peser une menace constante de nouvel enfermement. Plusieurs personnes nous ont confi&#233; avoir fait plusieurs passages en r&#233;tention, jusqu'&#224; six pour certaines. Autant de s&#233;jours dont elles gardent un souvenir cruel, mais aucune vid&#233;o : en r&#233;tention, tous les t&#233;l&#233;phones dot&#233;s d'appareils photos sont confisqu&#233;s. Compliqu&#233;, d&#232;s lors, de prouver les insultes, humiliations et violences exerc&#233;es, selon de multiples t&#233;moignages &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant le seul cas lyonnais, on peut en consulter de nombreux sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, par les policiers de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hakim ne dira pas le contraire : au CRA de Rennes, raconte-t-il, des policiers l'ont frapp&#233;, si bien qu'il a port&#233; plainte. Lib&#233;r&#233;, il s'est vite retrouv&#233; enferm&#233; de nouveau, &#224; Lyon-Saint-Exup&#233;ry. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me &#224; Rennes, c'est un peu mieux. Ici, il y a des grillages partout&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce-t-il. Avant de conclure : &#171; &lt;i&gt;Quand quelqu'un vient chez nous, qu'il soit fran&#231;ais, allemand ou anglais, on l'invite chez notre m&#232;re, il mange le couscous. Mais nous quand on vient ici, ils nous mettent dans une cage&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Il faut fermer ce centre. Cette terre est pour tout le monde ; il n'y a pas d'&#233;trangers sur cette terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dominique Lapaffe &amp; Abbas El Kra&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et surtout, la sant&#233; !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;D&lt;/petitelettrine&gt;ans &lt;a href=&#034;http://www.cglpl.fr/2019/avis-relatif-a-la-prise-en-charge-sanitaire-des-personnes-etrangeres-au-sein-des-centres-de-retention-administrative/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un avis&lt;/a&gt; publi&#233; fin f&#233;vrier, la Contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale des lieux de privation de libert&#233;, Adeline Hazan, le rappelait clairement : &#171; &lt;i&gt;Au regard de leur pr&#233;carit&#233; administrative, sociale et m&#233;dicale &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;et des troubles psychiques qui peuvent r&#233;sulter de l'enfermement et de l'imminence d'un &#233;loignement&lt;/i&gt; &#187;, les personnes enferm&#233;es en CRA &#171; n&#233;cessitent une prise en charge particuli&#232;re &#187;. C'est loin d'&#234;tre le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des centres visit&#233;s par les &#233;quipes de la contr&#244;leuse, ce sont les policiers qui s&#233;lectionnaient les demandes de consultations m&#233;dicales. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#171; &lt;i&gt;les effectifs et le temps de pr&#233;sence r&#233;elle des m&#233;decins&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;ne respectent pas toujours&lt;/i&gt; &#187; la r&#233;glementation. Et &#224; l'exception du Mesnil-Amelot, pas de psychiatre ou de psychologue. Il arrive par contre r&#233;guli&#232;rement que des personnes soient plac&#233;es &#224; l'isolement &#171; &lt;i&gt;au motif qu'elles souffrent de troubles psychologiques ou psychiatriques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, m&#234;me si beaucoup de soignants et de policiers d&#233;c&#232;lent bien la d&#233;pression, l'angoisse, le stress et l'insomnie chez les retenus, &#171; &lt;i&gt;il est fr&#233;quent&lt;/i&gt; &#187; qu'ils les minimisent, y voyant un &#171; &lt;i&gt;moyen de faire &#233;chec&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'expulsion (&#171; &lt;i&gt;Ils font cela pour ne pas prendre l'avion&lt;/i&gt; &#187;) : &#171; &lt;i&gt;Dans la mesure o&#249; elle peut conduire &#224; la lev&#233;e de la r&#233;tention pour raison de sant&#233;, la demande de soins psychiatriques se heurte &#224; un soup&#231;on d'instrumentalisation&lt;/i&gt; &#187;, explique le rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lyon-Saint-Exup&#233;ry, plusieurs t&#233;moins nous ont assur&#233; que les hospitalisations se font rares, alors que les blessures (violences polici&#232;res, entre d&#233;tenus, automutilations) sont tr&#232;s fr&#233;quentes. Un certain nombre de retenus seraient &#171; drogu&#233;s &#187; de fa&#231;on quasi permanente : alors que leur suivi m&#233;dical est presque inexistant, il leur est administr&#233; des pilules de pr&#233;gabaline (Lyrica), un m&#233;dicament indiqu&#233; contre les douleurs neuropathiques, l'&#233;pilepsie et le trouble anxieux g&#233;n&#233;ralis&#233;, dont les principaux effets secondaires sont la somnolence et les &#233;tourdissements. &#192; en croire plusieurs t&#233;moignages de retenus, ce produit leur est d&#233;livr&#233; &#224; posologie maximale, pour les maux les plus divers (douleur au ventre, &#224; la t&#234;te, stress ou blessure).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2019/05/01/en-attente-dexpulsion-a-lyon-saint-exupery%E2%80%AF%E2%80%AF%E2%80%AFon-nous-traite-comme-des-criminels%E2%80%AF%E2%80%AF/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En attente d'expulsion &#224; Lyon Saint-Exup&#233;ry :&#8239;&#8220;On nous traite comme des criminels !&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mediacit&#233;s&lt;/i&gt; (01/05/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de soutien aux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2019/01/17/retention-des-greves-de-la-faim-qui-vont-participer-a-une-prise-de-conscience_1703662&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;tention : des gr&#232;ves de la faim qui vont &#8220;participer &#224; une prise de conscience&#8221; &lt;/a&gt; &#187; (17/01/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un &#233;tat de fait si intol&#233;rable aux yeux de certains qu'en 2018, pendant l'examen de la loi Collomb, une vingtaine de d&#233;put&#233;s LR ont tent&#233; de faire passer un amendement conditionnant l'aide publique au d&#233;veloppement &#224; la pleine coop&#233;ration des pays d'origine en mati&#232;re de laissez-passer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Concernant le seul cas lyonnais, on peut en consulter de nombreux sur le site &lt;a href=&#034;https://crametoncralyon.noblogs.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Crametoncralyon.noblogs.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S&#232;te, ses joutes, ses plages, son CRA</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ancienne ville &#171; rouge &#187; portuaire, S&#232;te (H&#233;rault) ne cesse de subir am&#233;nagements et restructurations en vue de capter la manne touristique. &#192; l'ombre de ces liftings urbains, la ville abrite un centre de r&#233;tention administrative (CRA). Touriste et migrant, deux faces oppos&#233;es des nomadismes contemporains. *** Quai d'Alger. Qu'on se souvienne : c'est ici que devait se construire une marina pour yachts de luxe . Ce dimanche 17 juin, un bateau de croisi&#232;re floqu&#233; au blase de l'Azamara Club (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-ici" rel="tag"&gt;c'est ici&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ancienne ville &#171; rouge &#187; portuaire, S&#232;te (H&#233;rault) ne cesse de subir am&#233;nagements et restructurations en vue de capter la manne touristique. &#192; l'ombre de ces liftings urbains, la ville abrite un centre de r&#233;tention administrative (CRA). Touriste et migrant, deux faces oppos&#233;es des nomadismes contemporains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-1017-fe594.jpg?1782640442' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quai d'Alger. &lt;/strong&gt;Qu'on se souvienne : c'est ici que devait se construire une marina pour yachts de luxe &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; M&#233;ga-yachts, m&#233;ga-plantade &#187;, article publi&#233; dans le n&#176; 166 de CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce dimanche 17 juin, un bateau de croisi&#232;re floqu&#233; au blase de l'&lt;i&gt;Azamara Club Cruises&lt;/i&gt; et long de 200 m&#232;tres y est accost&#233;. 700 croisi&#233;ristes flottent dans ce cocon au gigantisme d&#233;primant. Les statistiques indiquent qu'un tiers d'entre eux vont risquer leur couenne en ville : arpenter les rues pentues et les quais labyrinthiques de S&#232;te et claquer l'&#233;quivalent d'un panier moyen de 90 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;40 000 porte-monnaie de croisi&#233;ristes&lt;/strong&gt; sont ainsi attendus cette ann&#233;e. Faites la multiplication. Pour une ville au ch&#244;mage insolent, le filon touristique prend des atours d'eldorado. Des pastilles incrust&#233;es dans les trottoirs indiquent le &lt;i&gt;City Center&lt;/i&gt; aux voyageurs. Le d&#233;fi est de pousser jusqu'&#224; la Grand'Rue-Mario-Roustan. C'est ici qu'officient les petites gens de l'office du tourisme. Sur la fa&#231;ade en verre, la pub annonce : &#171; S&#232;te, cit&#233; maritime de caract&#232;re&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;. &#192; l'int&#233;rieur, il y a la clim' et des citations de gloires locales. Paul Val&#233;ry : &#171; &lt;i&gt;La mer, la mer, toujours recommenc&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Brassens : &#171; &lt;i&gt;Il suffit de passer le pont.&lt;/i&gt; &#187; Sur un mur, des pavois et des lances de jouteurs. Plus bas, des canotiers et des pulls marini&#232;re. Plus clich&#233;, tu meurs. Derri&#232;re son comptoir, l'employ&#233;e r&#233;p&#232;te inlassablement le m&#234;me speech, la pointe de son stylo sur un plan : &#171; &lt;i&gt;L&#224; vous avez la vieille ville, ici le port, l&#224; le quartier de La Pointe Courte et le Quartier Haut &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pointe Courte est un quartier de p&#234;cheurs de l'&#233;tang de Thau. Et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Vous pouvez aussi vous promener aux Pierres Blanches en haut du mont Saint-Clair.&lt;/i&gt; &#187; Le plan de la ville co&#251;te un euro. On s'en passera.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Les joutes, notre soci&#233;t&#233; du spectacle &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quai de la R&#233;sistance&lt;/strong&gt;, on a install&#233; des gradins. Sur cette partie du canal appel&#233;e &#171; Cadre royal &#187;, l'Amicale des jouteurs Pointe Courte aligne ses mastards en blanc pour le championnat de ligue. Les jouteurs prennent place au sommet de leur perchoir. Ajustent leur pavois en bois tandis que hautbo&#239;stes et joueurs de tambour envoient la rengaine. Les rameurs s'activent, les barques s'&#233;lancent et se fr&#244;lent. Le temps pour les jouteurs d'ajuster leur lance sur le bouclier adverse. Choc ! Pouss&#233;e ! Suspens ! V'l&#224; les deux jouteurs qui tombent &#224; l'eau. Chauff&#233; &#224; blanc, le public applaudit. Enfin, ceux qui n'ont pas les doigts scotch&#233;s &#224; leur smartphone. Sur le pont de la Civette, des touristes &#224; l'accent &lt;i&gt;english&lt;/i&gt;, chaussettes &#224; mi-mollet et casquette sur l'os du cr&#226;ne, s'&#233;baudissent. Ils ont bien raison. Coutume vieille de plus de trois si&#232;cles, les joutes font d&#233;sormais partie du perp&#233;tuel show estival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Cam&#233;lio est pr&#233;sident du Cercle occitan s&#233;tois&lt;/strong&gt;. Vers 1900, son grand-p&#232;re, originaire de Ga&#232;te en Italie, a pos&#233; ses valoches &#224; S&#232;te. Ph&#233;nom&#232;ne r&#233;pandu chez quantit&#233; de d&#233;racin&#233;s : la culture d'origine a &#233;t&#233; &#233;touff&#233;e au profit d'une totale assimilation. &#171; &lt;i&gt; On est ce qu'on appelle des immigr&#233;s int&#233;gr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, rigole avec malice le vieux S&#233;tois. Cam&#233;lio a vu sa ville &#233;voluer sous le paradigme touristique. Le jugement est s&#233;v&#232;re sur les soci&#233;t&#233;s de joutes &#171; &lt;i&gt; largement financ&#233;es &lt;/i&gt; &#187; et accus&#233;es d'&#234;tre une pi&#232;ce parmi d'autres des animations d'&#233;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;Les joutes, c'est notre soci&#233;t&#233; du spectacle. Le message par lequel la mairie dit aux S&#233;tois : &lt;/i&gt;&#8220;Regardez, nous partageons notre vie de tous les jours&#8221; &#187;, ironise l'occitaniste. &#171; &lt;i&gt;Le tourisme &#224; S&#232;te, c'est simple : on vend le soleil et l' &#8220;authenticit&#233;&#8221;. L'esprit italien est surjou&#233; et survendu. Les restaurants servent des macaronades et des tielles&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Macaronade : plat de p&#226;tes au b&#339;uf et sauce tomate ; tielle : tourte garnie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Au besoin, on sort quelques mots de patois, parce que &#231;a fait couleur locale. Mais deux mots, pas plus. L'&#233;t&#233;, c'est la moisson des festivals avec tout un tas de troupes nationales. Tr&#232;s peu de S&#233;tois y vont. La conception de la culture se r&#233;sume en nombre de nuit&#233;es. Hormis l'&#233;t&#233;, il n'y a plus rien. Alors qu'une culture populaire doit se vivre tout au long de l'ann&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cam&#233;lio embraye sur ces deux figures locales&lt;/strong&gt; sur lesquelles mise un certain tourisme culturel : Brassens et Val&#233;ry. Avant d'&#234;tre une star hexagonale, Georges Brassens n'avait pas la cote aupr&#232;s des S&#233;tois. Cam&#233;lio se souvient : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait l'&#233;poque du brevet, je suis venu acheter le premier bouquin sorti sur Brassens &#224; la librairie rue Gambetta. La vendeuse m'a tanc&#233; :&lt;/i&gt; &#8220;Tu ferais mieux d'&#233;tudier pour le brevet que d'&#233;couter &#231;a.&#8221; &lt;i&gt;Brassens n'&#233;tait pas aim&#233;, les gens le trouvaient grossier. Aujourd'hui il est adul&#233; et chaque S&#233;tois se revendique comme son cousin ! Quant &#224; Paul Val&#233;ry, c'est simple, personne ne l'a lu. Sa m&#232;re &#233;tait italienne et son p&#232;re corse. Il a v&#233;cu une dizaine d'ann&#233;es &#224; S&#232;te avant de partir &#224; Montpellier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le couteau de Caserio&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 2001, la Ville est pilot&#233;e par le divers droite&lt;/strong&gt; Fran&#231;ois Commeinhes. Un gyn&#233;co qui a fait le buzz en 2012 en d&#233;clarant lors d'un point presse avoir &#171; &lt;i&gt; accouch&#233; des gays femelles&lt;/i&gt; &#187;. Mais le dada de l'&#233;dile reste le BTP. Pour que S&#232;te gagne en attractivit&#233; et comp&#233;titivit&#233;, Commeinhes d&#233;gaine les &#171; projets structurants &#187; &#224; tire-larigot. Lifting de la rue Gambetta, restructuration de la corniche de Neuburg, requalification de la promenade Marty, chantier du p&#244;le d'&#233;change multimodal de la gare, etc. Sans oublier les 500 000 &#8364; d&#233;bours&#233; pour l'acquisition de 35 cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance suppl&#233;mentaires. &#171; &lt;i&gt;&#192; S&#232;te, il y a une classe commer&#231;ante tr&#232;s &#224; droite qui appuie Commeinhes. Il est le maire b&#226;tisseur. Il b&#233;tonne dans le but d'attirer une client&#232;le ais&#233;e de l'ext&#233;rieur. Cons&#233;quence, l'immobilier grimpe et les jeunes sont oblig&#233;s d'aller vivre ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, analyse Alain Cam&#233;lio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'image d'une ville sexy&lt;/strong&gt; pour estivants en goguettes et retrait&#233;s en manque de soleil a subi un petit coup d'acc&#233;l&#233;rateur via un biais inattendu. En juin, un article du &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt; affirmait : &#171; &lt;i&gt;Un touriste sur cinq viendrait &#224; S&#232;te du fait de l'attrait exerc&#233; par les s&#233;ries.&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans &#171; S&#232;te : quand la ville joue les premiers r&#244;les au cin&#233;ma et &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; En ligne de mire : la daube polici&#232;re &lt;i&gt;Candice Renoir&lt;/i&gt; (France 2) et &lt;i&gt;Demain nous appartient&lt;/i&gt; (TF1), qui est &#224; S&#232;te ce que &lt;i&gt;Plus belle la vie&lt;/i&gt; est &#224; Marseille &#8211; un nanar t&#233;l&#233;visuel aussi faux qu'un sourire macronien. Cam&#233;lio souligne le grotesque de ces productions culturelles : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucun acteur de la r&#233;gion. Quand ils veulent un accent local, ils vont chercher quelqu'un &#224; la Pointe Courte. J'ai rencontr&#233; un p&#234;cheur tout content d'avoir &#233;t&#233; embauch&#233; pour parler avec l'accent : &lt;/i&gt;&#8220;On me paye pour faire le p&#234;cheur ! Et &#231;a marche !&#8221; &#187; Alain Cam&#233;lio rigole et rajoute : &#171; &lt;i&gt;De toute fa&#231;on, quand la t&#233;l&#233; vient, elle va au Marina, filme les deux grandes gueules du bar, souvent d'anciens jouteurs qui s'engueulent, et recycle l'&#233;ternelle imagerie locale. &lt;/i&gt; &#187; Sempiternelle pagnolade resservie &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On remonte par Gambetta&lt;/strong&gt;. C'est dans cette rue que l'anarchiste Santo Caserio a achet&#233; le surin avec lequel il a trucid&#233; le pr&#233;sident Sadi Carnot &#224; Lyon un jour de juin 1894. &#171; &lt;i&gt; Devant la soudaine renomm&#233;e de son geste, le coutelier a fabriqu&#233; une s&#233;rie de reproductions du couteau ayant tu&#233; le pr&#233;sident. Il en a vendu une dizaine !&lt;/i&gt; &#187;, rajoute Cam&#233;lio d'un rire canaille. V'l&#224; une anecdote pass&#233;e &#224; la trappe des guides de voyage. Dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au bout de la rue de la R&#233;volution&lt;/strong&gt;, le march&#233; aux puces. Un des derniers march&#233;s populaires de la ville o&#249; chineurs et chalands d&#233;sargent&#233;s viennent flairer la bonne affaire. On est loin des cohues d'estivants. Faut dire que le quartier ne cultive pas le glamour touristico-compatible. Raison pour laquelle la mairie essaie de d&#233;loger le march&#233; depuis un bail. Daniel est un pucier habitu&#233; du coin. Sur son tapis, quelques vieux vinyles &#224; 1 &#8364; pi&#232;ce. On fouille, il raconte. &#192; c&#244;t&#233; des puces municipales, un type a ouvert des puces priv&#233;es depuis peu. Excentr&#233;es vers le quai des Moulins et plus commodes d'acc&#232;s, elles attirent plus de monde. &#171; &lt;i&gt;Mais les vraies puces, celles qui repr&#233;sentent S&#232;te, sont ici,&lt;/i&gt; revendique Daniel&lt;i&gt;. Si on a moins de monde qu'avant, c'est une volont&#233; de la mairie. Il y a tr&#232;s peu de place pour se garer, alors les gens se font verbaliser. R&#233;guli&#232;rement, la police municipale vient nous mettre la pression pour qu'on d&#233;gage &#224; 13 heures, alors qu'on veut rester jusqu'&#224; 14 heures. Il faut d&#233;fendre les puces. C'est un lieu convivial, fr&#233;quent&#233; par les gens du quartier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un homme, une cha&#238;ne, un quai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie des Neiges tient le bar Le Carafon&lt;/strong&gt; qui jouxte le march&#233;. La tauli&#232;re fait aussi office de caviste. Sur un mur du troquet, des boutanches s'alignent. Du Picpoul de Pinet aux d&#233;licats ros&#233;s du domaine Guinand. Marie des Neiges a le blues de voir son march&#233; p&#233;ricliter. Soufflant le chaud et le froid, la strat&#233;gie de la mairie entretient un climat d'incertitude. Veut-elle sauver le march&#233; ? Le laisser crever ? Personne ne sait de quoi l'avenir sera fait. &#171; &lt;i&gt;On a discut&#233; avec tous les &#233;lus. On a form&#233; un comit&#233; de d&#233;fense, mais on ne veut pas partir en guerre. On veut juste sauver notre quartier. Les puces, c'est un moment important, le dimanche. Pour les gens, pour les commer&#231;ants. Si on enl&#232;ve le march&#233;, c'est fini&lt;/i&gt; &#187;, constate la dame. On fait remarquer que le quartier n'est pas raccord avec la modernisation citadine promue par Commeinhes and co. Marie des Neiges offre un sourire un peu las :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8211; Ici, c'est un quartier populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous g&#234;nez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je pense. On est les laiss&#233;s-pour-compte. Je vois ma ville mourir. D'ailleurs, ce n'est plus ma ville. S&#232;te subit trop de transformations. Elle &#233;tait beaucoup plus belle avant. Elle avait une &#226;me. Certains quartiers r&#233;sistent, comme la Pointe Courte et le n&#244;tre. Mais le Quartier Haut est, lui, en train de mourir. Parmi les nouveaux S&#233;tois qui arrivent, beaucoup sont des retrait&#233;s. La seule chose qu'ils veulent, c'est du calme. Des lieux comme chez nous o&#249; on fait du social, il n'y en a plus beaucoup. &#192; la place, ils cr&#233;ent des endroits aseptis&#233;s, avec tout ce bling-bling. Ils d&#233;truisent trop de choses. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parcourant les rues de la ville&lt;/strong&gt;, on ressent cette &#233;trange tension. Malgr&#233; les liftings urbanistiques et cette d&#233;bauche festivali&#232;re, S&#232;te a su entretenir sa propre nervosit&#233;. Comme si le port conservait intacts sa vieille ossature prolo, son parler fort tout en gouaille, ses vieilles solidarit&#233;s de p&#234;cheurs et marins qui savent aller au-del&#224; des mers. Sur une vitrine d&#233;saffect&#233;e, &#224; c&#244;t&#233; d'affiches annon&#231;ant la venue de Seun Kuti &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saxophoniste reconnu, il est le plus jeune fils de Fela Kuti.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; accompagn&#233; de l'Egypt 80 et une exposition du peintre n&#238;mois Joris Brantuas, un texte &#233;crit &#224; la main sur un papier couleur carton t&#233;moigne : &#171; Les policiers ont commenc&#233; par m'attacher les mains avec des menottes et les chevilles avec du ruban adh&#233;sif. Ils m'ont ensuite scotch&#233; les poignets aux chevilles. Farah, enferm&#233; au CRA Mesnil-Amelot, mars 2017 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quai Maillol&lt;/strong&gt;, &#224; quelques centaines de m&#232;tres de l'amarrage du paquebot de l'&lt;i&gt;Azamara Club Cruises&lt;/i&gt;, Tieri entame son sixi&#232;me jour de gr&#232;ve de la faim &lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tieri a cess&#233; sa gr&#232;ve de la faim le 24 juin, apr&#232;s deux semaines de je&#251;ne. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Rencogn&#233; &#224; l'ombre d'un bout de trottoir, l'homme porte une cha&#238;ne &#224; la cheville droite qui le relie &#224; un poteau. L'image &#8211; un homme, une cha&#238;ne, un quai &#8211; a quelque chose de saisissant qui renvoie &#224; ces vieux clich&#233;s de traite n&#233;gri&#232;re. Autour, deux parasols rouges, une tente, deux tables, des chaises et des soutiens qui se relaient. Un grand rectangle de tissu sur lequel est inscrit : &#171; Gr&#232;ve de la faim en solidarit&#233; avec les enferm&#233;s &#187;. Derri&#232;re, de l'autre c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture, le CRA (Centre de r&#233;tention administrative) de S&#232;te. Yann explique : &#171; &lt;i&gt; On est tr&#232;s surpris du nombre de S&#233;tois qui ignorent qu'il y a une prison pour &#233;trangers dans leur ville. Des gens passent sur ce trottoir tous les jours sans savoir ce qu'il y a derri&#232;re ces murs. On veut rendre visible ce qui est invisible. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;ExCRAdition g&#233;n&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tieri raconte le gen&#232;se de cette action&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt; Le 30 mars, on a organis&#233; un ap&#233;ro anti-CRA au march&#233; aux puces, lui aussi menac&#233;. L'id&#233;e &#233;tait de r&#233;fl&#233;chir &#224; des moyens d'action plus virulents contre le CRA. 35 personnes sont venues. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que diff&#233;rents ONG et collectifs se retrouvaient sur ce sujet-l&#224;. On a propos&#233; de faire une campagne d'affichage &#224; base de t&#233;moignages. On a organis&#233; un atelier d'affiches &#8211; chaque semaine, on en collait une quarantaine.&lt;/i&gt; &#187; Le dimanche 3 juin, une marche festive, organis&#233;e dans le cadre des &#201;tats g&#233;n&#233;raux des migrations &lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coordination de collectifs de soutien aux migrants visant &#224; &#171; obtenir un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, est all&#233;e du m&#244;le Saint-Louis jusqu'au CRA. Le centre de r&#233;tention a m&#234;me &#233;t&#233; placard&#233; d'affiches. &#171; &lt;i&gt; Ils ont essay&#233; de nous emp&#234;cher de coller, mais on y est finalement parvenus. Une petite victoire en soi, parce que tout le monde a un peu peur de cet endroit&lt;/i&gt; &#187;, explique Tieri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une semaine plus tard&lt;/strong&gt;, le collectif s'est &#224; nouveau r&#233;uni devant les murs du CRA. Des t&#233;moignages de deux enferm&#233;s ivoiriens, Moussa Kant&#233;, 30 ans, et Aly Sidib&#233;, 16 ans, sont lus. Tieri s'encha&#238;ne et d&#233;marre sa gr&#232;ve de la faim : &#171; &lt;i&gt;Dor&#233;navant, on fait les ateliers d'affiches ici, en plein jour, en d&#233;fiant les flics qui n'arr&#234;tent pas de passer. Ce 11 juin, d&#233;but de l'occupation, a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; premier jour du d&#233;mant&#232;lement des CRA en France. &lt;/i&gt; &#187; Ou mouvement d' &#171; exCRAdition g&#233;n&#233;rale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un type d&#233;barque&lt;/strong&gt;. Fatigu&#233;, un peu hagard. Il vient de Lyon, six heures de trajet. Son fr&#232;re est enferm&#233; dans la taule &#224; migrants. Apr&#232;s l'avoir fait poireauter une heure, les flics ne le laissent pas voir son frangin. Hier soir, la vingtaine de prisonniers a fait une gr&#232;ve des plateaux. Tieri commente : &#171; &lt;i&gt; Ils refusent de manger la bouffe de merde qu'on leur sert &#8211; ils expliquent qu'au bout de cinq jours, ils ont des boutons partout... &#192; l'int&#233;rieur, ils essaient de se rebeller, mais personne ne le sait. Ils m&#232;nent des gr&#232;ves de la faim, ils s'auto-mutilent, font des tentatives de suicide. On essaie de relayer tout &#231;a et de communiquer vers la presse.&lt;/i&gt; &#187; &#192; travers le recueil de t&#233;moignages des enferm&#233;s, les militants &#233;chafaudent un acte d'accusation de plus en plus lourd. Des migrants oblig&#233;s de d&#233;bourser 2 000 &#8364; pour se payer un avocat alors qu'ils ont droit &#224; un commis d'office. Des flics qui tournent au pastis le soir et n'h&#233;sitent pas &#224; se d&#233;fouler sur les migrants. &#171; &lt;i&gt; On commence &#224; avoir des billes. Puis sur la table, il y a des livres et des pinceaux. Ce sont nos armes. L'&#233;criture est notre principal atout. Il y a aussi des po&#232;mes de N&#226;zim Hikmet. Lui aussi a beaucoup fait de gr&#232;ves de la faim &lt;/i&gt; &#187;, conclut Tieri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On se souvient&lt;/strong&gt; de l'un de ces po&#232;mes, &lt;i&gt;Voyage &#224; Barcelone sur le bateau de Yousouf l'infortun&#233;&lt;/i&gt;. L'histoire se passe dans une ge&#244;le turque. Yousouf a dessin&#233; un bateau sur la margelle d'une fontaine. Plein d'espoir, le narrateur supplie alors Yousouf : &lt;i&gt;&#171; Prends-moi aussi Yousouf / Sur ton bateau. / Mon bagage n'est pas lourd : / Un livre, un cahier et une photo. / Allons-nous-en, fr&#232;re, allons-nous-en. / Le monde vaut la peine d'&#234;tre vu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_2739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-997-4cde7.jpg?1782640442' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;167 de CQFD, illustr&#233;e par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Cet article&lt;/strong&gt; est issu du dossier &#171; Tourisme : plus loin, plus vite, plus rien &#187;, publi&#233; dans le n&#176;167 de&lt;/i&gt; CQFD &lt;i&gt;en juillet-ao&#251;t 2018&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no167' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; M&#233;ga-yachts, m&#233;ga-plantade &#187;, article publi&#233; dans le n&#176; 166 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et disponible &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Mega-yachts-mega-plantade' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Pointe Courte est un quartier de p&#234;cheurs de l'&#233;tang de Thau. Et le Quartier Haut, celui des premiers migrants napolitains, o&#249; s'implantent d&#233;sormais de plus en plus d'ateliers d'artistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Macaronade : plat de p&#226;tes au b&#339;uf et sauce tomate ; tielle : tourte garnie de poulpes avec une sauce piment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &#171; &lt;a href=&#034;https://www.midilibre.fr/2018/06/04/sete-quand-la-ville-joue-les-premiers-roles-au-cinema-et-a-la-television,1681095.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;S&#232;te : quand la ville joue les premiers r&#244;les au cin&#233;ma et &#224; la t&#233;l&#233;vision&lt;/a&gt; &#187;, article mis en ligne le 4 juin sur le site du journal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Saxophoniste reconnu, il est le plus jeune fils de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fela_Kuti&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fela Kuti&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tieri a cess&#233; sa gr&#232;ve de la faim le 24 juin, apr&#232;s deux semaines de je&#251;ne. Des infos sur la suite du mouvement ici : &lt;a href=&#034;https://excraditiongeneral.wixsite.com/sete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://excraditiongeneral.wixsite.com/sete&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Coordination de collectifs de soutien aux migrants visant &#224; &#171; &lt;i&gt;obtenir un changement radical de la politique migratoire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karibu Maor&#233; ! (Bienvenue &#224; Mayotte !)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Karibu-Maore-Bienvenue-a-Mayotte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Karibu-Maore-Bienvenue-a-Mayotte</guid>
		<dc:date>2012-10-17T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lionel Jensac</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Camille</dc:subject>
		<dc:subject>CRA</dc:subject>
		<dc:subject>L'h&#244;pital</dc:subject>
		<dc:subject>Mayotte</dc:subject>
		<dc:subject>venu r&#233;glementer</dc:subject>
		<dc:subject>mani&#232;re drastique</dc:subject>
		<dc:subject>drastique l'acc&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>partie fran&#231;aise</dc:subject>
		<dc:subject>circul&#233; librement</dc:subject>
		<dc:subject>d'autre choix</dc:subject>
		<dc:subject>Petite Terre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;ger &#233;moi dans la presse fran&#231;aise : un nouveau-n&#233; &#171; clandestin &#187; est mort au centre de r&#233;tention de Mayotte. Sur ce rocher fran&#231;ais de l'oc&#233;an Indien, il est d'usage d'appeler &#171; clandestins &#187; toutes les personnes qui arrivent des &#238;les s&#339;urs, de l'archipel des Comores. Notamment d'Anjouan, que l'on aper&#231;oit &#224; l'horizon, &#224; 70 km de l&#224;. Depuis que le visa Balladur de 1995 est venu r&#233;glementer de mani&#232;re drastique l'acc&#232;s &#224; la partie fran&#231;aise de l'archipel, les Comoriens, qui ont toujours (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no103-septembre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;103 (septembre 2012)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camille" rel="tag"&gt;Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CRA" rel="tag"&gt;CRA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-hopital" rel="tag"&gt;L'h&#244;pital&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mayotte" rel="tag"&gt;Mayotte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/venu-reglementer" rel="tag"&gt;venu r&#233;glementer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maniere-drastique" rel="tag"&gt;mani&#232;re drastique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/drastique-l-acces" rel="tag"&gt;drastique l'acc&#232;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/partie-francaise" rel="tag"&gt;partie fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/circule-librement" rel="tag"&gt;circul&#233; librement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autre-choix" rel="tag"&gt;d'autre choix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Petite-Terre" rel="tag"&gt;Petite Terre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L&#233;ger &#233;moi dans la presse fran&#231;aise : un nouveau-n&#233; &#171; clandestin &#187; est mort au centre de r&#233;tention de Mayotte. Sur ce rocher fran&#231;ais de l'oc&#233;an Indien, il est d'usage d'appeler &#171; clandestins &#187; toutes les personnes qui arrivent des &#238;les s&#339;urs, de l'archipel des Comores. Notamment d'Anjouan, que l'on aper&#231;oit &#224; l'horizon, &#224; 70 km de l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH364/103camille-ef7e7.jpg?1782669178' width='400' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Camille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le visa Balladur de 1995 est venu r&#233;glementer de mani&#232;re drastique l'acc&#232;s &#224; la partie fran&#231;aise de l'archipel, les Comoriens, qui ont toujours circul&#233; librement entre les diff&#233;rentes terres, n'ont d'autre choix que de payer des fortunes aux passeurs, pour des travers&#233;es aussi nocturnes que p&#233;rilleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 15 ao&#251;t, un kwassa est intercept&#233; par la Marine nationale. &#224; bord de cette embarcation de fortune, vingt-six clandestins, hommes, femmes et enfants. Les passagers sont d&#233;barqu&#233;s &#224; Pamandzi, en Petite Terre, l&#224; o&#249; se trouve le Centre de r&#233;tention administrative (CRA). Sur le quai, une infirmi&#232;re de l'h&#244;pital r&#233;alise un diagnostic rapide. Certains sont bons pour les urgences, les autres iront directement au CRA, un hangar situ&#233; au bord d'une route passante de la petite &#238;le, entour&#233; de quelques barbel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, un nourrisson de deux mois est retrouv&#233; mort dans l'enceinte du centre. La jeune m&#232;re de dix-sept ans avait pourtant signal&#233;, d&#232;s l'arraisonnement du kwassa, le mauvais &#233;tat de sant&#233; de son b&#233;b&#233;, n&#233; pr&#233;matur&#233;ment &#224; Anjouan. &lt;i&gt;&#171; Il pesait un kilo et demi. On a essay&#233; de le soigner &#224; Anjouan mais &#231;a n'a pas march&#233;. C'est pour cette raison que j'ai d&#233;cid&#233; de venir &#224; Mayotte &#187;, a-t-elle d&#233;clar&#233;. &#171; On m'a dit qu'un enfant malade ne devait pas aller au CRA, mais &#224; l'h&#244;pital. L&#224;, j'ai compris qu'ils avaient consid&#233;r&#233; mon enfant comme un rat. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associations locales et collectifs se mobilisent : manifs, communiqu&#233;s de presse,&#8230; La rumeur du b&#233;b&#233; mort au CRA finit par sortir du lagon et gagne la m&#233;tropole. Obligation pour les autorit&#233;s locales de se justifier, d'autopsier, d'enqu&#234;ter,&#8230; Pour une fois, le statut de ces populations, proche du r&#233;gime de l'indig&#233;nat, est bouscul&#233;. Une histoire qui ne pourra pas se r&#233;gler selon la cuisine coloniale habituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce n'est pas la premi&#232;re fois que le CRA de Mayotte fait parler de lui outre-mer : en mai 2011, un homme y &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233;, officiellement d'une &#171; crise cardiaque &#187;. Le 25 janvier 2012, deux policiers sont condamn&#233;s pour avoir frapp&#233; une femme avec leurs tonfas, lui causant des h&#233;matomes de vingt centim&#232;tres de diam&#232;tre. Sans compter les images choc, sorties dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.liberation.fr/mayotte-re...,99752&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, en d&#233;cembre 2008, &#171; Mayotte, la R&#233;publique indigne &#187;, et &#171; Le centre de r&#233;tention de la honte &#187;, r&#233;cup&#233;r&#233;es clandestinement, par un agent de la Police aux fronti&#232;res, qui les avait confi&#233;es au journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame d'ao&#251;t, la jeune m&#232;re comorienne est l'objet de fermes pressions polici&#232;res : on l'incite &#224; dire que son b&#233;b&#233; &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233; pendant le trajet en mer. Interrog&#233; &#224; ce sujet, Thomas Degos, le pr&#233;fet de Mayotte, s'insurge et pr&#233;tend que de telles man&#339;uvres &lt;i&gt;&#171; n'ont pas cours dans les services de l'&#201;tat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la m&#233;tropole, les ministres de l'Int&#233;rieur et de l'Outre-Mer appuient la politique en place dans le 101e d&#233;partement fran&#231;ais :&lt;i&gt; &#171; Si aucune action de ma&#238;trise de ce ph&#233;nom&#232;ne (migratoire) n'&#233;tait recherch&#233;e, la population augmenterait d'environ 10 % chaque ann&#233;e, ce qui compromettrait tout d&#233;veloppement social et &#233;conomique. &#187;&lt;/i&gt; Et ils rappellent, refrain us&#233; jusqu'&#224; la corde, que les v&#233;ritables responsables de telles trag&#233;dies restent les &#171; passeurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, &#224; Mayotte, il faut prendre des mesures ; le procureur suspend l'infirmi&#232;re ! N&#233;gligeant un d&#233;tail : depuis trois mois, la pr&#233;fecture impose &#224; une infirmi&#232;re de l'h&#244;pital de formuler un diagnostic, alors que seuls les m&#233;decins sont normalement habilit&#233;s &#224; le faire. Le directeur de l'h&#244;pital et le pr&#233;fet, ne s'en tiendront pas &#224; ce seul arrangement ; ils pr&#233;voient de lancer quelques travaux de s&#233;curisation &#8211; un gros mur et des barbel&#233;s &#8211; afin d'avoir une v&#233;ritable annexe du CRA, dans l'enceinte m&#234;me de l'h&#244;pital ! Avec pr&#233;sence permanente des forces de police. Des locaux qui pourront accueillir le &#171; tri sanitaire &#187;, apr&#232;s interception des kwassas. Et de quoi d&#233;courager un peu plus les Comoriens malades de risquer la travers&#233;e pour aller chercher des soins &#224; l'h&#244;pital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en juillet 2012, une mission s&#233;natoriale pr&#233;conisait la r&#233;vision du visa Balladur et proposait d'ouvrir un espace de circulation &#224; l'int&#233;rieur des Comores, Mayotte comprise. Tout en encourageant la construction d'un nouveau centre de r&#233;tention pour 2014&#8230; Mais fin ao&#251;t, Valls envoie sur l'&#238;le son conseiller d'&#201;tat, Alain Christnatch, qui, lui, pr&#244;nera le maintien de la politique en place. Et la m&#234;me semaine, on apprend que la circulaire Valls du 6 juillet qui pr&#233;conise l'assignation &#224; r&#233;sidence des familles sans-papiers (avec enfants) et des mineurs &#8211; plut&#244;t que le placement en CRA &#8211; ne sera pas appliqu&#233;e &#224; Mayotte. Justification des sbires du successeur de Sarkozy, Hortefeux et Gu&#233;ant : avec 25 % de la population sans titre de s&#233;jour, &#171; la r&#233;alit&#233; de la situation locale rend inop&#233;rante l'assignation &#224; r&#233;sidence &#187; ! Mais, sans doute, le nouveau sinistre de l'Int&#233;rieur veut-il surtout conserver d'aussi providentiels contingents d'expulsions - six mille quatre cents mineurs en 2010, cinq mille trois cents en 2011 &#8211; quand il s'agira de relancer la politique du chiffre&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/mayotte-retention&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/mayotte-re...&lt;/a&gt;,99752&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La l&#233;gionelle saute sur le CRA</title>
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		<dc:date>2011-02-07T07:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
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		<dc:subject>JLD</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si une pr&#233;sence de l&#233;gionelle est suspect&#233;e dans un h&#244;tel, tous les occupants sont &#233;vacu&#233;s dans la minute. Imaginez la r&#233;putation si un client venait &#224; tomber malade&#8230; Au Centre de r&#233;tention administrative de Marseille, quand il s'av&#232;re que des l&#233;gionelles clapotent dans l'eau sanitaire, tous les retenus restent derri&#232;re les barreaux. Imaginez la r&#233;putation si l'on venait &#224; lib&#233;rer un sans-papier ! &#171; Le 3 d&#233;cembre, le juge a dit qu'il allait r&#233;agir comme si un membre de ma famille se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no85-janvier-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;85 (janvier 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/JLD" rel="tag"&gt;JLD&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si une pr&#233;sence de l&#233;gionelle est suspect&#233;e dans un h&#244;tel, tous les occupants sont &#233;vacu&#233;s dans la minute. Imaginez la r&#233;putation si un client venait &#224; tomber malade&#8230; Au Centre de r&#233;tention administrative de Marseille, quand il s'av&#232;re que des l&#233;gionelles clapotent dans l'eau sanitaire, tous les retenus restent derri&#232;re les barreaux. Imaginez la r&#233;putation si l'on venait &#224; lib&#233;rer un sans-papier !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_71 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH341/Bertoyas85-93ab7.png?1782651267' width='400' height='341' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le 3 d&#233;cembre, le juge a dit qu'il allait r&#233;agir comme si un membre de ma famille se trouvait dans le centre &#187;&lt;/i&gt;, rapporte Ana&#239;s L&#233;onhardt, l'un des avocats des personnes retenues au centre de r&#233;tention administrative (CRA) du Canet, &#224; Marseille. R&#233;sultat : le magistrat a laiss&#233; les sans-papiers barboter dans la l&#233;gionelle pendant deux semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour sur les r&#233;cents al&#233;as sanitaires de cette taule &#224; &#233;trangers. Le 2 d&#233;cembre, suite &#224; des analyses de son r&#233;seau de flotte, l'on apprend qu'une partie du CRA du Canet est contamin&#233;e par la l&#233;gionelle, bact&#233;rie responsable de la l&#233;gionellose, une maladie infectieuse pas des plus sympathiques. Les r&#233;sultats sont sans &#233;quivoque : &#231;a grouille comme dans le pucier d'une ge&#244;le du ch&#226;teau d'If. Dans l'eau des robinets de la zone de vie r&#233;serv&#233;e aux femmes, on atteint 50 000 unit&#233;s formant colonie (UFC) par litre d'eau, pour une norme maximale de 1 000. Il faut agir vite : surtout, que personne ne sorte ! Le 3 d&#233;cembre, le r&#233;seau est sommairement trait&#233; au chlore. Deux familles sont transf&#233;r&#233;es, mais la majorit&#233; des retenus est envoy&#233;e dans une aile du b&#226;timent pr&#233;tendument saine. &lt;i&gt;&#171; Les tests de l&#233;gionelle dans le CRA ne sont pas une obligation. Si nous l'avons fait, c'est en application du principe de pr&#233;caution &#187;&lt;/i&gt;, s'enorgueillit Bernard Reymond-Guyamier, directeur de la police aux fronti&#232;res (PAF) de la r&#233;gion Paca, aupr&#232;s de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;, il est vrai, sous couvert d'une autre r&#233;daction.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un principe qui s'arr&#234;tera l&#224;.
Le 7, un m&#233;decin sollicit&#233; par le juge de la libert&#233; et de la d&#233;tention (JLD) assure, selon Me Vanina Vincensini, autre avocate des sans-paps, que &lt;i&gt;&#171; le seul moyen de supprimer les risques est de placer des filtres sur les pommeaux de douche &#187;&lt;/i&gt; et que &lt;i&gt;&#171; l'on n'est pas s&#251;r du r&#233;sultat de l'op&#233;ration de d&#233;sinfection &#187;&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, de filtre, il n'en est point question, mais de nouvelles remises en libert&#233; sont refus&#233;es par le JLD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard tombent les r&#233;sultats du pr&#233;l&#232;vement de contr&#244;le effectu&#233; apr&#232;s la d&#233;sinfection. Arf. L'aile contamin&#233;e l'est toujours autant et la bact&#233;rie s'est propag&#233;e de mani&#232;re significative dans l'aile &#171; saine &#187;, passant de 250 &#224; 25 000 UFC. &lt;i&gt;&#171; Depuis le 3 d&#233;cembre, nous soutenons que l'op&#233;ration de d&#233;sinfection n'est pas s&#251;re ! s'&#233;nerve Me L&#233;onhardt. Nous envisageons de d&#233;poser une plainte au p&#233;nal pour &#8220;mise en danger de la vie d'autrui&#8221;. La l&#233;gionellose est une maladie dangereuse, 15 % des personnes contamin&#233;es en meurent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire reste &#224; venir. Le 16 d&#233;cembre, le JLD d&#233;cide &#8211; enfin ! &#8211; de faire lib&#233;rer les quarante-quatre &#233;trangers retenus, puisque le CRA est dans l'incapacit&#233; de fournir &lt;i&gt;&#171; une eau potable et sanitaire de qualit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Et l&#224;, paf ! Lors de l'audience, la police aux fronti&#232;res se radine sur ordre de la pr&#233;fecture des Bouches-du-Rh&#244;ne et embarque sept sans-papiers qui attendaient de passer devant le juge. Direction ? Le centre de r&#233;tention de N&#238;mes ! Chaque &#233;tranger compte, quand on veut atteindre les 28 000 expulsions exig&#233;es par le minist&#232;re pour l'ann&#233;e 2010. Seuls trente-sept d'entre eux retrouveront la libert&#233; avec, en prime, un petit conseil sant&#233; du magistrat :&lt;i&gt; &#171; Pendant vingt jours, vous avez int&#233;r&#234;t &#224; surveiller votre temp&#233;rature. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il aurait &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable qu'ils aillent tous au CRA de N&#238;mes, o&#249; ils auraient pu avoir un suivi m&#233;dical,&lt;/i&gt; explique &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; le directeur de la police aux fronti&#232;res. &lt;i&gt;Ils ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s, tant mieux pour eux. Mais j'esp&#232;re qu'ils ne sont pas atteints. &#187;&lt;/i&gt; Notons qu'entre le 3 et le 15 d&#233;cembre, les &#233;trangers retenus n'ont pas &#233;t&#233; inform&#233;s de la situation. &lt;i&gt;&#171; Une note a &#233;t&#233; affich&#233;e &#224; leur intention, mais &#224; partir du 15&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Me Vincensini.&lt;i&gt; Et uniquement en fran&#231;ais. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, les sept personnes transf&#233;r&#233;es seront lib&#233;r&#233;es &#224; N&#238;mes. L'une d'entre elles, revenue &#224; Marseille, a repris contact avec son avocate.&lt;i&gt; &#171; Pour le moment, il attend les r&#233;sultats de ses analyses m&#233;dicales, pour savoir s'il a ou pas la l&#233;gionellose&lt;/i&gt;, explique Me Vincensini.&lt;i&gt; Au passage, il est bon de noter qu'il ne fait l'objet que d'une simple obligation de quitter le territoire. &#187;&lt;/i&gt; Lors du transfert dans le Gard des sept malchanceux, l'Administration avait fait savoir qu'ils &#233;taient sous le coup d'une interdiction du territoire prononc&#233;e &#224; la suite d'une condamnation p&#233;nale. En clair : ce sont des voyous, on les rafle dans la salle d'attente du tribunal pour les garder au frais ! Pour le moment, au frais, il n'y a plus personne : d&#233;but janvier, le CRA est toujours ferm&#233;, toujours contamin&#233;. Pourvu que &#231;a dure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;, il est vrai, sous couvert d'une autre r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Camp de Rivesaltes : 70 ans d'enfermement</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Camp-de-Rivesaltes-70-ans-d</link>
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		<dc:date>2010-05-26T11:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>Camp</dc:subject>
		<dc:subject>CRA</dc:subject>
		<dc:subject>Canigou</dc:subject>
		<dc:subject>Rivesaltes</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;sert mongol</dc:subject>
		<dc:subject>violemment ensoleill&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>camp Joffre</dc:subject>
		<dc:subject>SALSES</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;morial</dc:subject>
		<dc:subject>tramontane transforme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; ENTRE SALSES ET RIVESALTES, au pied du Canigou, la tramontane transforme chaque &#233;t&#233; la garrigue en un d&#233;sert mongol, froid et violemment ensoleill&#233;. Certains ont choisi d'appeler ce lieu le &#8220;Sahara du Midi&#8221;. &#187; Construit en 1935 &#224; quelques kilom&#232;tres au nord de Perpignan, le camp Joffre de Rivesaltes devait servir de centre d'instruction militaire r&#233;serv&#233; aux troupes coloniales,mais rapidement l'endroit va &#234;tre recycl&#233; en camp d'internement pour parquer ces diff&#233;rents rebuts de l'humanit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no76-mars-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;76 (mars 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-vieux-dossiers" rel="tag"&gt;Les vieux dossiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camp" rel="tag"&gt;Camp&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CRA" rel="tag"&gt;CRA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Canigou" rel="tag"&gt;Canigou&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ENTRE SALSES ET RIVESALTES, au pied du Canigou, la tramontane transforme chaque &#233;t&#233; la garrigue en un d&#233;sert mongol, froid et violemment ensoleill&#233;. Certains ont choisi d'appeler ce lieu le &#8220;Sahara du Midi&#8221;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but du tr&#232;s bon bouquin de Violette et Juanito Marcos, Les Camps de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Construit en 1935 &#224; quelques kilom&#232;tres au nord de Perpignan, le camp Joffre de Rivesaltes devait servir de centre d'instruction militaire r&#233;serv&#233; aux troupes coloniales,mais rapidement l'endroit va &#234;tre recycl&#233; en camp d'internement pour parquer ces diff&#233;rents rebuts de l'humanit&#233; bannis ou rafl&#233;s par les &#201;tats-nations en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premiers &#224; faire les frais de l'hospitalit&#233; made in France, les vaincus de la guerre civile espagnole. En 1939, 500 000 Espagnols traversent les Pyr&#233;n&#233;es pour fuir la r&#233;pression franquiste. La France bient&#244;t p&#233;tainiste parque ces mauvais perdants dans des camps situ&#233;s non loin de la fronti&#232;re, Rivesaltes en recevant un important lot. &#192; partir de 1941, collaboration oblige, on y adjoint les Juifs et Tziganes rafl&#233;s par la police nationale. Puis en ao&#251;t 42, et ce pendant trois mois, une partie du camp se transforme en centre de triage isra&#233;lite, pr&#233;lude &#224; l'abattoir nazi : direction Auschwitz via Drancy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps calme jusqu'en 1962. L'Alg&#233;rie ind&#233;pendante, ce sont plus de 900 000 &#171; rapatri&#233;s &#187; qui vont regagner la m&#233;tropole. Parmi eux, ceux que le potentat languedocien Georges Fr&#234;che a qualifi&#233;s de &#171; sous-hommes &#187; en 2006 : les Harkis. De 1962 &#224; 1963, 20 000 de ces suppl&#233;tifs de l'arm&#233;e fran&#231;aise vont s&#233;journer avec leur famille dans le camp de Rivesaltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire r&#233;cente continue sur la m&#234;me pente x&#233;nophobe. En 1984, en plein tour de chauffe du Front national, le sinistre camp est choisi pour accueillir la construction d'un centre de r&#233;tention administrative (CRA). De son ouverture jusqu'&#224; fin 2007, le CRA accueillera 20000 clandestins. On aurait pu en rester l&#224;. Mais &#231;a serait sous-estimer le cynisme dont sont capables les plus fiers-&#224;-bras de nos &#233;lus. En 2000, une convention d'objectifs entre &#201;tat, d&#233;partement et communes jette les plans d'un futur m&#233;morial qui doit &#234;tre construit sur le site du camp. &#201;valu&#233;e &#224; 15 millions d'euros, la douloureuse fr&#244;le les 22 millions fin 2009 ! Faut dire que l'ambition est l&#224; : il ne s'agit ni plus ni moins que de construire le plus grand m&#233;morial de l'Europe de l'Ouest. Membre de la commission historique, Jos&#233; Sang&#233;nis, fils d'exil&#233; anarchiste espagnol, en claque la porte il y a deux ans : &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait des assembl&#233;es de pure forme, on arrivait et les d&#233;cisions &#233;taient d&#233;j&#224; prises. Et puis c'est un projet incroyable, plein de luxe, avec des souterrains, des lumi&#232;res, un bistrot. Une vraie fanfaronnade. Nous &lt;/i&gt; [les autres r&#233;fugi&#233;s espagnols]&lt;i&gt;, on voulait un truc beaucoup plus simple, &#224; l'image des femmes et des hommes qui ont &#233;t&#233; enferm&#233;s l&#224;-dedans. &#187; &#171; Y avait un autre d&#233;saccord, ajoute Ren&#233;. C'&#233;tait sur le nom. &#187; &#171; C'est vrai&lt;/i&gt;, se souvient Jos&#233;. &lt;i&gt;On voulait que le m&#233;morial s'appelle camp de concentration comme il s'appelait &#224; l'&#233;poque dans les circulaires mais Peschanski, le pr&#233;sident du conseil scientifique, &#231;a lui plaisait pas. Il craignait l'amalgame avec les camps d'extermination. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre pierre d'achoppement sur laquelle a longtemps but&#233; le projet : comment &#233;difier un m&#233;morial sur un site toujours en activit&#233; ? En effet, tandis que de colloques en conf&#233;rences, entre petits-fours et diaporamas, l'id&#233;e du m&#233;morial faisait son chemin, les sans-papiers continuaient &#224; s'entasser dans le CRA &#224; deux pas des anciens baraquements. Ce qui fait quand m&#234;me un peu mauvais genre. Qu'&#224; cela ne tienne, d&#233;but 2008 un nouveau CRA, avec une capacit&#233; d'accueil doubl&#233;e et un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; high-tech, a ouvert ses portes un peu plus loin. Torremila qu'il s'appelle. Ultime attention pour les clandos : l'a&#233;roport est &#224; moins de 200 m&#232;tres. Une douceur r&#233;sum&#233;e dans ces propos de Christian Bourquin, pr&#233;sident PS du conseil g&#233;n&#233;ral : &lt;i&gt;&#171; &#201;difier un m&#233;morial, c'est aussi rendre justice &#224; des gens consid&#233;r&#233;s comme &#8220;ind&#233;sirables&#8221;. &#187;&lt;/i&gt; Miracle de l'amn&#233;sie s&#233;lective. Comme si les m&#233;canismes ayant produit les &#171; ind&#233;sirables &#187; d'hier n'avaient plus rien &#224; voir avec ceux qui produisent les &#171; ind&#233;sirables &#187; d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but du tr&#232;s bon bouquin de Violette et Juanito Marcos, &lt;a href=&#034;http://www.loubatieres.fr/?p=347&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Camps de Rivesaltes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&#233;d. Loubati&#232;res, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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