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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Tunisie, le business de l'exil</title>
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		<dc:creator>Nathaly Saint-Hilaire</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir obtenir un visa, les Tunisiens qui veulent gagner l'Europe n'ont d'autre choix que de prendre la mer, au p&#233;ril de leur vie. &#192; Zarzis, certains en profitent pour s'enrichir sur leur dos, et l'&#233;conomie locale s'en trouve d&#233;stabilis&#233;e. Reportage. D&#232;s le 27 d&#233;cembre, les habitants de Zarzis, petite ville c&#244;ti&#232;re (70 000 habitants) &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la Libye, sont descendus dans la rue pour manifester contre le r&#233;gime de Ben Ali. Le 12 janvier, deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no89-mai-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;89 (mai 2011)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir obtenir un visa, les Tunisiens qui veulent gagner l'Europe n'ont d'autre choix que de prendre la mer, au p&#233;ril de leur vie. &#192; Zarzis, certains en profitent pour s'enrichir sur leur dos, et l'&#233;conomie locale s'en trouve d&#233;stabilis&#233;e. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH266/Dauphins89-7740a.png?1782640935' width='400' height='266' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nathaly Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s le 27 d&#233;cembre&lt;/strong&gt;, les habitants de Zarzis, petite ville c&#244;ti&#232;re (70 000 habitants) &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la Libye, sont descendus dans la rue pour manifester contre le r&#233;gime de Ben Ali. Le 12 janvier, deux personnes sont tu&#233;es et dix-sept bless&#233;es par les forces de l'ordre. Le lendemain, le Conseil populaire de la r&#233;volution est form&#233; et le si&#232;ge du RCD est saccag&#233;. Les deux commissariats sont &#233;galement incendi&#233;s, mais cette fois par les policiers eux-m&#234;mes afin de ne laisser aucune trace des exactions pass&#233;es. Pr&#233;c&#233;dant de peu Ben Ali et sa famille, les forces de police et de la Garde nationale s'enfuient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zarzis lib&#233;r&#233;e, profitant opportun&#233;ment de l'absence soudaine des gardes-c&#244;tes, les premiers harragas&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les candidats &#224; l'exil. Litt&#233;ralement, en arabe : &#171; Ceux qui br&#251;lent &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; partent le 17 janvier. D'apr&#232;s les estimations, entre 4 000 &#224; 6 000 Zarzissiens mettent les bouts dans les semaines suivantes. Les d&#233;parts de bateaux, parfois au nombre de cinq &#224; six par jour, ne vont pas discontinuer. Et &#224; partir du 17 f&#233;vrier, c'est une seconde vague de milliers de personnes venues cette fois de toute la Tunisie qui s'embarque &#224; Zarzis pour tenter de rejoindre l'&#238;le italienne de Lampedusa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adib, professeur d'allemand, rappelle qu'&lt;i&gt;&#171; au d&#233;but, c'&#233;tait une impulsion, mais en ce qui concerne cette deuxi&#232;me vague, il ne s'agit plus que de profit et rien d'autre. L'id&#233;e &#233;tait l&#224;, avant la r&#233;volution. Les passeurs ont profit&#233; du rel&#226;chement policier. Les d&#233;parts avaient lieu en plein jour. Toutes les transactions se faisaient sur les terrasses des caf&#233;s, dans la rue. &#187;&lt;/i&gt; Le prix de la travers&#233;e se n&#233;gociait d'abord autour de 2 000 dinars (1 008 euros), puis 1 000 lors de la deuxi&#232;me vague, pour atteindre actuellement 2 500 dinars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#234;cheurs vendaient leurs bateaux quand ils ne partaient pas avec, pour ne pas se les faire voler ou pour faire rapidement fortune. Lors de la premi&#232;re vague, les harragas n&#233;gociaient directement avec les capitaines des bateaux, ensuite ce sont souvent des commer&#231;ants de la ville et des &#233;migr&#233;s de retour au pays qui ont investi dans ce nouveau business. &#192; 70 000 dinars (35 300 euros) le prix de vente moyen d'un bateau d&#233;barrass&#233; de tous ses &#233;quipements et pouvant embarquer de soixante-dix &#224; cent vingt personnes, les profits &#233;taient maximaux. Les passeurs ont &#233;galement d&#233;velopp&#233; un autre business : la location de v&#233;hicules au personnel des organisations internationales et aux journalistes afin de desservir les h&#244;tels, l'a&#233;roport de Djerba-Zarzis et les camps de r&#233;fugi&#233;s libyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trafics prennent un tel essor qu'ils en bouleversent l'&#233;conomie locale, la premi&#232;re vague d'exil engendrant une p&#233;nurie de main-d'&#339;uvre dans tous les secteurs : la p&#234;che surtout, mais aussi les caf&#233;s et le b&#226;timent. Les habitants de Zarzis sont d&#233;sempar&#233;s par ce bouleversement &#233;conomique et social. La plupart de ceux qui restent veulent construire &lt;i&gt;&#171; une nouvelle Tunisie &#187;&lt;/i&gt; et refusent toute forme de complicit&#233; avec &lt;i&gt;&#171; les riches de guerre &#187;, &#171; ces profiteurs de la r&#233;volution qui se sont enrichis avec le commerce des harragas &#187;&lt;/i&gt;, explique Ali Fellah, repr&#233;sentant de la coordination locale de l'Union des dipl&#244;m&#233;s ch&#244;meurs. La situation est toutefois complexe car ici personne ne peut ignorer ce que chacun fait et pense : &lt;i&gt;&#171; M&#234;me si je ne te connais pas, ce qui est s&#251;r c'est que je connais ton fr&#232;re, ou ton cousin, ou ton beau-fr&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;sume Moez, un ancien officier de l'arm&#233;e. De plus, on trouve parmi les passeurs tous les profils : ch&#244;meurs, employ&#233;s, p&#234;cheurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les d&#233;parts impliquent le recours &#224; de nombreuses petites mains.
Mais aujourd'hui, les passeurs ont de plus en plus de peine &#224; trouver de bons bateaux. Les meilleurs sont d&#233;j&#224; tous partis pour Lampedusa, o&#249; ils sont syst&#233;matiquement d&#233;truits. Restent les embarcations les moins s&#251;res et les naufrages, souvent mortels, se sont multipli&#233;s ces derni&#232;res semaines. Les harragas commencent aussi &#224; manquer. Le trafic d&#233;cline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil populaire de la r&#233;volution interpelle fr&#233;quemment la d&#233;l&#233;gation de Zarzis et le gouvernorat de M&#233;denine, afin qu'ils mettent un terme &#224; l'ins&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par les trafics. Sans succ&#232;s. La Garde nationale maritime est bien revenue, mais reste aussi passive que l'arm&#233;e. Le 11 avril, des passeurs ont m&#234;me r&#233;cup&#233;r&#233; un bateau saisi par les gardes nationaux. Ces derniers, retranch&#233;s dans leur poste sur le port, les ont laiss&#233;s remettre le navire &#224; flot et pousser leur 4x4 dans le bassin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup pensent que les harragas constituent pour le gouvernement tunisien un atout majeur dans le cadre de ses n&#233;gociations avec l'Union europ&#233;enne afin d'obtenir de nouveaux cr&#233;dits et autres pr&#234;ts. D'o&#249; l'inaction des forces de s&#233;curit&#233;, qui serait une fa&#231;on de mettre le peuple au pied du mur : l'obliger &#224; choisir entre libert&#233; et s&#233;curit&#233;. Et en laissant partir des dizaines de milliers de harragas, l'&#201;tat tunisien se d&#233;barrasse &#224; peu de frais d'une partie de la jeunesse dont il ne sait finalement que faire.
Tous souhaitent que les politiques europ&#233;ennes de restriction en mati&#232;re de visas changent radicalement. &lt;i&gt;&#171; On est coinc&#233;s ici&lt;/i&gt;, explique Zyed, &lt;i&gt;un jeune m&#233;decin, on ne peut pas partir en Europe l&#233;galement et quand je vois des touristes fran&#231;ais me regarder de haut, j'enrage. Nous n'avons m&#234;me pas le droit de faire du tourisme. On veut juste voir quelque chose de diff&#233;rent. Faire la m&#234;me chose que vous, prendre un sac &#224; dos et partir. Vous pouvez quand m&#234;me comprendre qu'avec l'Alg&#233;rie et la Libye &#224; c&#244;t&#233;, on ait envie d'aller voir ailleurs ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;NDLR : Une fois n'est pas coutume, une version longue de ce texte est disponible sur &lt;a href=&#034;http://setrouver.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://setrouver.wordpress.com&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les candidats &#224; l'exil. Litt&#233;ralement, en arabe : &#171; Ceux qui br&#251;lent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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