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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Po&#232;te, tes papiers...</title>
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		<dc:date>2011-09-05T06:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anatole Istria</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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&lt;p&gt;Il y a des beaux m&#233;tiers &#224; inventer. Comme celui de po&#232;te public. &#192; la diff&#233;rence d'un &#171; po&#232;te des rues &#187; qui d&#233;clamerait son art &#224; la vol&#233;e, le po&#232;te public propose plus modestement des mots presque taill&#233;s sur mesure. C'est le cas de l'ami Antoine&#8230; Lors d'un voyage &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans, Antoine voit &#233;voluer des &#171; d&#233;brouillards c&#233;lestes, des fomentateurs de vies incroyables &#187; qui vivent de boulots qu'ils se sont cr&#233;&#233;s. C'est en croisant un de ces beatniks modernes pos&#233; avec sa machine &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/face-d-un" rel="tag"&gt;face d'un&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a des beaux m&#233;tiers &#224; inventer. Comme celui de po&#232;te public. &#192; la diff&#233;rence d'un &#171; po&#232;te des rues &#187; qui d&#233;clamerait son art &#224; la vol&#233;e, le po&#232;te public propose plus modestement des mots presque taill&#233;s sur mesure. C'est le cas de l'ami Antoine&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors d'un voyage&lt;/strong&gt; &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans, Antoine voit &#233;voluer des &#171; d&#233;brouillards c&#233;lestes, des fomentateurs de vies incroyables &#187; qui vivent de boulots qu'ils se sont cr&#233;&#233;s. C'est en croisant un de ces beatniks modernes pos&#233; avec sa machine &#224; &#233;crire sur une petite table en face d'un bar, qu'Antoine a le d&#233;clic : &lt;i&gt;&#171; Il m'est apparu &#233;vident que je pourrais le faire moi aussi et que je devais le faire aussi vite que possible. &#201;tonnamment, parce que cela faisait dix ans que je n'avais pas &#233;crit de po&#232;mes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenu &#224; Paris, il se trouve une vieille machine &#224; &#233;crire portative. &lt;i&gt;&#171; Durant trois mois j'ai tourn&#233; en rond, il pleuvait, j'avais le trac de m'y mettre, peur de ne pas y arriver. &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s une retraite m&#233;ditative et pr&#233;paratoire, il se jette &#224; l'eau : &lt;i&gt;&#171; Je me suis install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du centre Pompidou, &#224; deux pas du m&#233;tro Rambuteau. J'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire fr&#233;n&#233;tiquement. Au bout d'une dizaine de minutes, un passant s'est approch&#233;, il m'a demand&#233; ce que je faisais l&#224;, ce que &#231;a allait lui co&#251;ter, je lui ai dit de me donner un th&#232;me, que j'&#233;crirais pour lui un po&#232;me, qu'ensuite il pourrait me donner ce qu'il voulait... je lui ai &#233;crit un po&#232;me qui lui a plu. Et je suis devenu po&#232;te public. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment trouve-t-on&lt;/strong&gt; l'inspiration pour composer &#224; la demande ? &#171; &lt;i&gt; Nous sommes tous pleins de mots,&lt;/i&gt; r&#233;pond Antoine, &lt;i&gt;de r&#233;sidus de discussions, de propagande, de lectures, de r&#233;flexions, de brouhaha... Lorsque l'on me donne un th&#232;me, par exemple &#171; l'attente &#187;, je vais me concentrer et chercher en moi ce qu'est l'attente, ce que je sens, ce qui se passe en moi, alors que j'attends ; et piocher parmi les &#233;l&#233;ments qui me viennent, les moins niais, les mots les moins ampoul&#233;s, je vais viser au plus simple. Mais la plupart du temps, j'&#233;cris sur des sujets personnels. Souvent cela commence par &#8220;je veux un po&#232;me d'amour&#8221;, alors je questionne mon chaland : &#8220;et toi comment tu aimes ?&#8221;, &#8220;depuis quand l'as-tu rencontr&#233; ?&#8221;, etc&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont&lt;/strong&gt; au juste ces &#171; chalands &#187; qui prennent la peine de s'arr&#234;ter ? Une multitude d'intellos, de bobos, d'homos, d'&#233;tudiants, une &lt;i&gt;&#171; proportion d&#233;raisonnable &#187;&lt;/i&gt; d'artistes et puis des prolos, des lascars, des clochards. &lt;i&gt;&#171; Et parmi tous ces gens-l&#224;, il y a &#233;videmment les amoureux libres ou pas, les trahis, les d&#233;sesp&#233;r&#233;s, les juste-frapp&#233;s-par-un-coup-de-foudre, les mari&#233;s, les justes-jet&#233;s, des amateurs de mots, des testeurs de performance. &#187;&lt;/i&gt; Sans oublier la maison poulaga, insensible depuis toute &#233;ternit&#233; aux quatrains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fois&lt;/strong&gt;, alors qu'il tente d'expliquer la fa&#231;on dont il proc&#232;de &#224; un patibulaire de police, celui-ci lui r&#233;pond, tout fier : &lt;i&gt;&#171; Vous me faites un po&#232;me et je vous donne un timbre-amende&lt;/i&gt; [&#224; mille cinq cents euros !] &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt; Gloups, &#231;a fait cher la versification !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fait&lt;/strong&gt;, comment lui paye-t-on ses vers ? &lt;i&gt;&#171; Les gens me donnent ce qu'ils veulent... Je ne veux pas que quiconque s'approche avec l'id&#233;e de se faire faire un po&#232;me et reparte bredouille parce qu'il n'a pas de fric&#8230; &#187;&lt;/i&gt;
Et puis l'aboutissement du po&#232;te n'est-il pas de contribuer &#224; la rencontre des &#234;tres, de sacrifier au hasard objectif et de sublimer les douleurs qu'on croyait enfouies ? &lt;i&gt;&#171; N'ai-je pas vu passer&lt;/i&gt;, se souvient Antoine, &lt;i&gt;cette amoureuse qui, il y a dix ans, m'avait plaqu&#233;, me poussant vers une solitude forc&#233;e et vers l'&#233;criture de mes premiers po&#232;mes ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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