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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Entre chien et loup</title>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Son troupeau attaqu&#233; par les loups, Alain Guibert, berger en estive dans les Alpes, se trouve aujourd'hui pris entre deux feux : d'un c&#244;t&#233; la coterie des &#233;radicateurs, cornaqu&#233;e par le maire &#171; droite populaire &#187; de Sisteron, et de l'autre les talibans de la d&#233;fense animale, SPA et Brigitte Bardot en t&#234;te. Loin des anath&#232;mes hyst&#233;riques de ces extr&#234;mes se rejoignant, Guibert pr&#233;f&#233;rerait qu'on parle du fond : dans quel monde voulons-nous vivre ? Il n'a rien entendu, &#171; sauf les patous, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no92-septembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;92 (septembre 2011)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Son troupeau attaqu&#233; par les loups, Alain Guibert, berger en estive dans les Alpes, se trouve aujourd'hui pris entre deux feux : d'un c&#244;t&#233; la coterie des &#233;radicateurs, cornaqu&#233;e par le maire &#171; droite populaire &#187; de Sisteron, et de l'autre les talibans de la d&#233;fense animale, SPA et Brigitte Bardot en t&#234;te. Loin des anath&#232;mes hyst&#233;riques de ces extr&#234;mes se rejoignant, Guibert pr&#233;f&#233;rerait qu'on parle du fond : dans quel monde voulons-nous vivre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH401/92nono-2fa0b.png?1782687658' width='400' height='401' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'a rien entendu&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;&#171; sauf les patous, mais comme ils aboient tout aussi bien aux marmottes qu'&#224; la lune, je ne suis pas sorti de la cabane &#187;&lt;/i&gt;. &#192; quoi bon, il faisait nuit noire. &lt;i&gt;&#171; Avant, je tirais en l'air, un tir d'effarouchement. Puis j'ai essay&#233; de les faire fuir en laissant au milieu des b&#234;tes une radio allum&#233;e sur la fr&#233;quence de RMC, mais peine perdue. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 5 juillet &#224; l'aube, l'estomac serr&#233;, Guibert est mont&#233; sur les cr&#234;tes. Autour de la zone de couchage, il n'a pu que constater les d&#233;g&#226;ts : vingt brebis mortes, dont sept achev&#233;es par ses soins, plus dix-huit disparues, trois pattes cass&#233;es, une gorge entaill&#233;e, un gigot &#224; moiti&#233; arrach&#233; qu'il d&#233;sinfecte &#224; l'essence de lavande pour emp&#234;cher que les mouches y pondent. Lui qui reconna&#238;t chacune de ses 700 b&#234;tes, il en a le c&#339;ur &#224; l'envers. &lt;i&gt;&#171; J'ai vu pas loin de quatre-vingts vautours, ce jour-l&#224;. Je me demande s'ils n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;introduits pour faire le m&#233;nage et ne pas avoir &#224; payer les indemnisations&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, ironise l'ami. Pourtant, il n'a rien contre le loup : &lt;i&gt;&#171; S'il me prend une dizaine de brebis chaque &#233;t&#233;, je fais avec. Quand tu travailles sur du vivant, tu acceptes la mort. &#187;&lt;/i&gt; Mais avec le temps, la pression augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le loup est r&#233;apparu dans le Mercantour depuis les ann&#233;es 1990, &#224; ce qu'il para&#238;t en provenance des Abruzzes, en Italie &#8211; la premi&#232;re attaque a &#233;t&#233; r&#233;pertori&#233;e en 1992. La population augmentant, elle s'&#233;tend et, aujourd'hui, r&#244;de m&#234;me parfois dans les plaines. Guibert, qui n'est pas un fou de la g&#226;chette, pense que les gardes de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage devraient effectuer des &lt;i&gt;&#171; tirs de pr&#233;l&#232;vement &#187;&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; les paysans d'autrefois op&#233;raient &#224; coups de battues villageoises, avec le r&#233;sultat que l'on sait. &lt;i&gt;&#171; Il existe un corps de louvetiers depuis Charlemagne. &#187;&lt;/i&gt; Les Suisses contournent d'ailleurs la convention internationale de Berne &#8211; qui a class&#233; le loup &#171; esp&#232;ce strictement prot&#233;g&#233;e &#187; &#8211; et r&#233;gulent sa d&#233;mographie. Quatre mois d'estive dans une cabane perch&#233;e &#224; 2 000 m&#232;tres laissent &#224; Guibert le temps de m&#233;diter sur certains ennemis inattendus de ses moutons. La revue &lt;i&gt;Terre sauvage&lt;/i&gt; du 21 juillet assenait un jugement sans appel : &lt;i&gt;&#171; Concurrence f&#233;roce de productions &#233;trang&#232;res &#187;, &#171; non rentabilit&#233; structurelle &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; d&#233;sint&#233;r&#234;t progressif pour le produit chez le consommateur &#187;&lt;/i&gt; justifieraient la disparition du pastoralisme traditionnel. &lt;i&gt;&#171; Le loup a &#233;t&#233; offert aux &#233;colos comme lot de consolation, pour les &#233;loigner des sujets strat&#233;giques comme le nucl&#233;aire &#187;&lt;/i&gt;, opine notre berger depuis l'alpage de Chalufy, entre Barcelonnette et Digne (Alpes-de-Haute-Provence).&lt;i&gt; &#171; On laisse l'&#233;levage industriel et ses agneaux shoot&#233;s aux antibiotiques envahir le march&#233;, puis on pr&#233;serve des poches de nature mise sous cloche, o&#249; l'activit&#233; de l'homme se r&#233;duira au tourisme d'observation animali&#232;re ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mentalit&#233; de bourrins&lt;/strong&gt; de certains &#233;leveurs, capt&#233;e par le client&#233;lisme de Daniel Spagnou, d&#233;put&#233;-maire de Sisteron et patron du deuxi&#232;me plus grand abattoir ovin d'Europe, les fait hurler et r&#233;clamer le droit de tirer &#224; vue. Ils consid&#232;rent les &#171; pro-loup &#187; comme des &#233;colos de salon et des bobos urbains &lt;i&gt;&#171; en mal de sensations &#187;&lt;/i&gt;. Pas toujours &#224; tort&#8230; Mais leurs gesticulations visent surtout &#224; faire cracher &#224; l'&#201;tat quelques indemnisations de plus. Face &#224; la grogne, le gouvernement indemnise les brebis tu&#233;es au-dessus de leur valeur marchande, paie les patous et leurs croquettes, subventionne un aide-berger pour l'estive des grands troupeaux. En juillet 2010, Sarkozy, de passage chez une berg&#232;re, promet aux &#233;leveurs un permis de chasse &lt;i&gt;&#171; acc&#233;l&#233;r&#233; &#187;&lt;/i&gt; pour permettre &lt;i&gt;&#171; l'autod&#233;fense &#187;&lt;/i&gt;. D&#233;merdez-vous et affrontez BB et SPA, qui vous tra&#238;neront devant les tribunaux d&#232;s que vous ferez mouche, pense en substance le Ponce Pilate &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour limiter la casse, ils veulent qu'on rentre les b&#234;tes dans un enclos pour la nuit. Mais c'est quand elles montent vers le couchage et quand elles en redescendent aux aurores qu'elles paissent avec le plus d'entrain&lt;/i&gt;, explique Guibert. &lt;i&gt;Autant abandonner l'estive tout de suite et faire de l'&#233;levage industriel ! &#187;&lt;/i&gt; Les d&#233;cideurs voient le pastoralisme comme une activit&#233; r&#233;siduelle et les bergers comme des &lt;i&gt;&#171; agents agro-environnementaux &#187;&lt;/i&gt;, des sortes de jardiniers des alpages, dont les ruminants &#233;vitent que les bois ne se referment et que la flore ne s'appauvrisse. Et puis, c'est si joli sur les cartes postales&#8230; D&#233;pendant souvent &#224; 50 % des subventions, les &#233;leveurs sont oblig&#233;s d'avaler les couleuvres de Bruxelles : interdiction d'abattre &#224; la ferme, pu&#231;age du cheptel, campagnes de vaccination absurdes et, prochainement, interdiction de poss&#233;der un b&#233;lier reproducteur&#8230; &lt;i&gt;&#171; L'&#233;t&#233; dernier, mon voisin d'alpage s'est tir&#233; une balle dans la t&#234;te avec l'arme qu'il s'&#233;tait achet&#233;e contre le loup. Mais ce n'est pas le loup qui l'a tu&#233;, plut&#244;t la d&#233;prime qui gagne quand on voit son m&#233;tier m&#233;pris&#233; et marginalis&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Le berger est seul face &#224; la concurrence n&#233;o-z&#233;landaise et aux ligues de d&#233;fense animale. &lt;i&gt;&#171; Avec elles, le dialogue est impossible, elles ont plus &#224; voir avec Le Pen qu'avec l'&#233;cologie politique. &#187;&lt;/i&gt; Et les Verts ? &lt;i&gt;&#171; Silence radio. Pourtant, pr&#233;sent&#233; comme une panac&#233;e, le patou est devenu le pr&#233;dateur des li&#232;vres, des marmottes, et m&#234;me du chamois. Du coup, l'aigle s'en va vers des vall&#233;es plus giboyeuses. Alors, de quelle biodiversit&#233; on parle ? &#187;&lt;/i&gt;, s'&#233;nerve Guibert. &lt;i&gt;&#171; Ici, on est loin de la ta&#239;ga russe, la nature est partout en &#233;troite relation avec l'homme. C'est cette relation qu'il faut repenser, et pas en s'accrochant &#224; des f&#233;tiches. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu &#233;tant la viabilit&#233; d'une production de viande d'agneau ou de fromages de brebis autre qu'industrielle. &lt;i&gt;&#171; Mais &#231;a, Spagnou et Bardot s'en contre-foutent. &#187;&lt;/i&gt; Alors, misanthropie verte ou ruraux fachos ? &#192; la mi-juillet, on lisait sur un forum &#233;colo : &lt;i&gt;&#171; &#8220;Les loups sont entr&#233;s dans Paris&#8221;, comme chante Reggiani, mais eux au moins ne br&#251;lent pas de voitures ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La transhumance &#224; Guibert</title>
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		<dc:date>2009-12-13T12:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques</dc:subject>
		<dc:subject>ferri</dc:subject>
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		<dc:subject>OBSESSION</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est l'agnelage, les pr&#233;s s'irisent de rouge sang avant de se tacheter de blanc. Muriel et Alain Guibert, bergers du Luberon, nous re&#231;oivent autour d'un gigot &#224; faire baver d'envie le plus repu des gros richards qui ont rafl&#233; toutes les vieilles pierres de la r&#233;gion. Ces deux-l&#224; se racontent avec humour et gourmandise. &#171; MON OBSESSION D'ADOLESCENT, c'&#233;tait de sortir avec des filles. J'allais guincher en costume trois pi&#232;ces. Apr&#232;s mai 68, je me suis rendu compte qu'on pouvait avoir du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alain" rel="tag"&gt;Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guibert" rel="tag"&gt;Guibert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/OBSESSION-D-ADOLESCENT" rel="tag"&gt;OBSESSION D'ADOLESCENT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mumu" rel="tag"&gt;Mumu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/OBSESSION" rel="tag"&gt;OBSESSION&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'agnelage, les pr&#233;s s'irisent de rouge sang avant de se tacheter de blanc. Muriel et Alain Guibert, bergers du Luberon, nous re&#231;oivent autour d'un gigot &#224; faire baver d'envie le plus repu des gros richards qui ont rafl&#233; toutes les vieilles pierres de la r&#233;gion. Ces deux-l&#224; se racontent avec humour et gourmandise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; MON OBSESSION D'ADOLESCENT, c'&#233;tait de sortir avec des filles. J'allais guincher en costume trois pi&#232;ces. Apr&#232;s mai 68, je me suis rendu compte qu'on pouvait avoir du succ&#232;s en portant des jeans, des camarguaises et les cheveux longs. Mais pour devenir hippie, il fallait lire un peu, et en lisant tu devenais gauchiste &#8211; tu commences &#224; partir en biberine et &#231;a te pla&#238;t ! Difficile de renier Marseille,mais entre Marx et Giono, le chemin m'a men&#233; jusqu'ici. &#187;&lt;/i&gt; Alain a grandi entre Saint- Victor et Arenc, deux quartiers populaires du littoral marseillais. Il y a fray&#233; avec le meilleur comme le pire de la culture dockers. &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s l'&#233;cole, on avait form&#233; une esp&#232;ce de communaut&#233; de sept ou huit mecs, entre 18 et 20 ans. Les filles allaient et venaient. On vivait bien, sans trop travailler. Celui qui bossait nourrissait les autres, un peu &#224; tour de r&#244;le. Le samedi, il n'y avait pas de vigile au Sodim d'Endoume, alors on allait faire les courses. En plus on avait une copine caissi&#232;re&#8230; Tranquille. &#187;&lt;/i&gt; L'accent d'Alain s'est arrondi au contact de l'arri&#232;re-pays, mais sa verve est toujours bien sal&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Un jour d'avril 1976, on allait payer un kilo d'herbe achet&#233; &#224; Belsunce et le dealer s'est fait gauler sous nos yeux. On a pris peur, on est venus se mettre au vert chez des potes, &#224; c&#244;t&#233; d'ici. Deux jours apr&#232;s, un berger du coin m'embauchait comme stagiaire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, apr&#232;s un an &#224; l'&#233;cole du Merle, &#224; Salon, le fr&#232;re du berger l'appelle. Il cherche un jeune associ&#233; et met &#224; disposition ses p&#226;turages. &lt;i&gt;&#171; Un de mes buts, c'&#233;tait ne pas &#234;tre employ&#233; toute ma vie. Mais c'&#233;tait quand m&#234;me lui le patron, de fait. &#187;&lt;/i&gt; Finie, l'agitation marseillaise.&lt;i&gt; &#171; &#199;a m'a tout de suite plu. Les copains et les copines venaient me voir. J'avais l'aura de ce m&#233;tier un peu mythique, &#231;a ajoutait &#224; mon charme. &#187;&lt;/i&gt; Mumu sourit d'un air entendu. &lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas un boulot, berger, c'est une vie &#187;&lt;/i&gt;, s'enthousiasme Alain. &lt;i&gt;&#171; Mais je n'ai jamais reni&#233; le pass&#233;. Les amis venaient me squatter, soi-disant pour d&#233;crocher des drogues dures&#8230; Ce qui m'a sauv&#233;, c'est ma passion pour les brebis. &#192; la naissance de mon petit, en 1990, j'ai arr&#234;t&#233; la d&#233;fonce. Ceux qui sont rest&#233;s &#224; Marseille ont mal fini&#8230; Sur les sept de la bande, quatre sont morts du sida. &#187;&lt;/i&gt; Mumu se&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH339/ferri60-d977e.jpg?1782833067' width='500' height='339' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Ferri
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;souvient bien : &lt;i&gt;&#171; Moi, j'ai jamais touch&#233; &#224; &#231;a. J'avais dix-huit ans, un papillon pos&#233; sur une fleur fan&#233;e. Je l'ai connu l&#224;-haut, dans les alpages. J'avais fait une transhumance avec une copine, depuis le Var. Quelque chose de magique s'est pass&#233; en moi. J'&#233;tais en train de regarder la porte de cette bergerie, o&#249; sont grav&#233;es les noms des bergers pass&#233;s par l&#224;. Et d'un coup, j'ai senti un souffle passer derri&#232;re moi, une odeur, quelque chose de fort, humide, chaud. C'&#233;tait Guibert. Je me suis tourn&#233;e et l&#224;, en trois secondes, j'ai su que j'allais faire un enfant avec lui. &#187;&lt;/i&gt; Alain bougonne : &lt;i&gt;&#171; Dis tout de suite que je puais ! Moi, j'ai juste su que j'allais passer la nuit avec elle ! Et ce soir-l&#224;, elle n'a pas voulu, en plus ! &lt;/i&gt; &#187; Mumu, imperturbable : &lt;i&gt;&#171; Depuis on ne s'est plus quitt&#233;s. Il m'a beaucoup appris. Il a cette tol&#233;rance qui peut changer le monde. Quand tu vois le bon c&#244;t&#233; des &#234;tres humains, &#231;a te porte. Guibert m'a appris &#231;a. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est facile de s'int&#233;grer, dans le coin ? &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;part, je voulais &#234;tre plus paysan que les paysans. Mais j'ai vite compris que je resterais toujours marseillais. Et &#234;tre &#233;tranger, &#231;a a des avantages. Moi, si je n'ai pas besoin de me lever &#224; l'aube, je reste au lit ! Et s'il y a un match de l'OM &#224; 18h, je rentre les b&#234;tes &#224; 17h30&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Mumu ajoute : &lt;i&gt;&#171; Les voisins faisaient disjoncter le transfo pour l'emp&#234;cher de voir son match. Pour le plaisir de l'entendre hurler&#8230; On le traitait d'estranger, mais avec sympathie, parce qu'ils ont vite reconnu son travail et aussi sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, la table toujours ouverte&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepoint de cette hospitalit&#233;, il y a le rapport vici&#233; avec les nouveaux propri&#233;taires. &lt;i&gt;&#171; On est dans le Luberon, les terres, c'est les riches qui les ont. Et comme en France la propri&#233;t&#233; est sacr&#233;e, des fois je dois faire la pute. Tu peux faire pa&#238;tre tes brebis mais &#224; condition que tu laisses leur pr&#233; comme un terrain de golf. &#187;&lt;/i&gt; Alain s'interrompt pour avaler son caf&#233;. &lt;i&gt;&#171; L'authenticit&#233; devenant &#224; la mode, il y a ce multimillionnaire des cosm&#233;tiques, qui vient en h&#233;licopt&#232;re dans son mas transform&#233; en palais, et qui me pr&#234;te sa garrigue pour le plaisir d'entendre les clochettes de mon troupeau (c'est un pote &#224; Nicolas Hulot, je l'ai vu passer r&#233;cemment dans son 4X4 avec trois blondes &#224; bord). &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mumu nuance : &lt;i&gt;&#171; Guibert sait y faire. Surtout avec leurs femmes. &#192; la marseillaise, il sait les charmer et leur donner ce qui manque le plus aux riches : un peu de chaleur humaine. Il fait de la p&#233;dagogie. La veuve de Cartier- Bresson se plaignait de l'aspect d'une parcelle qu'elle nous pr&#234;te, un terrain de safre, dur &#224; cultiver. On lui a montr&#233; la terre voisine de l'ex-associ&#233; de Guibert, toute &#8220;propre&#8221; parce qu'il utilise des d&#233;sherbants. On lui a expliqu&#233; qu'on pourrait faire pareil, mais que tout un tas de petites fleurs sauvages allaient dispara&#238;tre. Comme elle aime beaucoup les fleurs, elle a fini par comprendre&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Guibert, patient : &lt;i&gt;&#171; Je leur dis que s'ils veulent du gazon, il faut du d&#233;sherbant, mais que &#231;a va s'infiltrer dans leur piscine&#8230; et accessoirement dans la nappe phr&#233;atique. &#187;&lt;/i&gt; Mumu, songeuse : &lt;i&gt;&#171; Avant, les bergers c'&#233;tait comme des Gitans, des gens libres. On &#233;tait herbassiers, &#8220;ceux qui cherchent l'herbe&#8221;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Berger-pas-moutonnier'&gt;&#171; Berger, pas moutonnier &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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