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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Violences sexuelles : penser l'apr&#232;s</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma. On ne se remet pas d'un viol . C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agression" rel="tag"&gt;agression&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1587-36c6b.jpg?1782663193' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LMG
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne se remet pas d'un viol&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; renoncer &#224; leur d&#233;sir, &#224; faire une croix sur leur plaisir. Si pour certaines, d&#233;serter ces terrains est v&#233;cu comme une n&#233;cessit&#233;, d'autres s'attellent &#224; reconstruire leur sexualit&#233; sur les ruines du traumatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de Fanny&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et Emma qui ont accept&#233; de livrer un t&#233;moignage intime, personnel et mouvant de leur rapport au &#171; sexe &#187; apr&#232;s leur agression. De ce par quoi elles sont pass&#233;es et du terrain gagn&#233;. Des blessures jamais referm&#233;es et des cicatrices sur lesquelles veiller.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny a 32 ans. Elle est lesbienne. Adolescente, un homme l'agresse. Il est plus &#226;g&#233; qu'elle, elle le conna&#238;t. Elle dit &#171; non &#187;, il insiste et la force. Quelques ann&#233;es plus tard, alors que Fanny sort avec des femmes, une deuxi&#232;me rencontre tourne mal : dans l'intimit&#233;, celle qu'elle aime fait d'elle son &#171; &lt;i&gt;objet sexuel&lt;/i&gt; &#187;. Douze ans plus tard, Fanny vit aujourd'hui avec Agathe. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon entr&#233;e dans la sexualit&#233; s'est faite par un rapport non consenti impos&#233; par un homme. Je n'&#233;tais pas du tout pr&#234;te, j'ai dit &#8220;non&#8221;. Trop de fois pour ne pas &#234;tre entendue. C'&#233;tait une agression sexuelle. Je le dis comme &#231;a parce que je n'arrive pas encore &#224; parler de viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression, donc, a eu un impact direct sur mon rapport aux hommes : elle a certainement r&#233;duit le champ des possibles qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas bien ouvert. Est-ce que je suis gouine parce que mon premier rapport avec un mec a &#233;t&#233; celui-l&#224; ? La question peut se poser, mais je crois que les choses sont plus complexes que &#231;a. Les femmes, je les aimais bien avant ce type-l&#224;, c'est une certitude. J'ai fait un slow avec un gar&#231;on quand j'avais cinq ans qui m'avait un peu &#233;mue, mais j'embrassais d&#233;j&#224; ma meilleure amie &#224; cette &#233;poque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette violence n'est pas &#224; l'origine de mon d&#233;sir pour les femmes, je sais qu'elle a clairement impact&#233; ma sexualit&#233;. Pendant longtemps, j'avais des angoisses &#224; chaque rapport sexuel m&#234;me si mes partenaires &#233;taient des femmes. Ce premier mec n'a pas pu me p&#233;n&#233;trer parce que je n'&#233;tais pas consentante et pendant longtemps, &#224; chaque rapport, je me disais que mon corps n'allait pas r&#233;pondre. C'&#233;tait la crainte de ne pas mouiller assez, d'avoir un vagin trop &#233;troit. Jusqu'&#224; il y a peu, je v&#233;rifiais &#224; chaque fois si j'&#233;tais assez lubrifi&#233;e. &#199;a m'arrive encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette agression a aussi peut-&#234;tre influenc&#233; d'autres choses : si les hommes ne sont pas pour moi des objets de d&#233;sir, ils peuvent &#234;tre des objets de fantasme. Je ne parlerais pas de fantasmes de viol, mais quand m&#234;me : je pense souvent &#224; des rapports costauds, j'imagine un mec qui me &#8220;chope&#8221;. Pendant un moment, c'&#233;tait tellement pr&#233;sent que je me disais que j'allais me r&#233;veiller un jour en me rendant compte que c'&#233;taient les hommes que je d&#233;sirais vraiment. Donc la violence de ce mec, elle est inscrite dans mon corps jusque dans mes fantasmes et mon d&#233;sir &#8211; qui ne se porte pas sur les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette agression, je suis sortie avec plusieurs filles. J'avais 17 ou 18 ans, c'&#233;tait une sexualit&#233; un peu timide, les d&#233;buts o&#249; tu t&#226;tonnes. Et puis &#224; 20 ans, j'ai rencontr&#233; une femme qui avait dix ans de plus que moi et qui m'a brutalis&#233;e. Cette histoire a dur&#233; dix-huit mois pendant lesquels j'&#233;tais rel&#233;gu&#233;e au rang d'objet sexuel. &#199;a m'a bris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#231;a s'est termin&#233;, pendant une ann&#233;e, plus aucune femme ne pouvait me toucher. Lorsque je sentais que l'une d'elles me d&#233;sirait, je le vivais comme quelque chose de sale, d'avilissant, de dangereux. Comme je ne pouvais plus envisager une sexualit&#233; avec des femmes, je suis all&#233;e vers des rapports destructeurs. Je me retrouvais dans des lits de mecs que je ne connaissais pas et dont je n'avais pas envie. Je me mettais en difficult&#233;. Je n'en ai quasiment aucun souvenir parce que j'&#233;tais absolument trop saoule pour savoir ce que je faisais, et que je ne voulais d'ailleurs pas savoir. Quand il y a des violences sexuelles dans un rapport amoureux, &#231;a te brise au-del&#224; du corps. Cette histoire montre que les rapports lesbiens sont aussi travers&#233;s par la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette p&#233;riode, j'ai recommenc&#233; &#224; coucher avec des femmes. Sauf que je m'&#233;tais d&#233;couverte dans la sexualit&#233; avec cette femme qui m'a fait subir des pratiques violentes qui m'emmenaient au-del&#224; de ce que je d&#233;sirais, de ce que voulais et de ce que je pouvais supporter. Cette violence-l&#224; a teint&#233; ma sexualit&#233;. J'avais l'impression que c'&#233;tait &#231;a le mod&#232;le. Parce que j'avais vingt ans, qu'elle en avait trente et que pour moi c'&#233;tait une femme avec un grand &#8220;F&#8221;. Paradoxalement, apr&#232;s je m'ennuyais presque de ne pas avoir mal quand je baisais. J'ai aussi connu des rapports que je consid&#233;rais comme sexuellement puissants alors que c'&#233;taient surtout des rapports dans lesquels je n'arrivais pas &#224; dire que c'&#233;tait trop pour moi. Je travaille encore sur le fait de r&#233;ussir &#224; dire &#8220;&lt;i&gt;&#199;a, &#231;a ne me va pas&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;Pas maintenant, pas de cette mani&#232;re-l&#224;, pas autant.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; longtemps dans la fuite du lien et je laissais du coup toute la place &#224; une sexualit&#233; v&#233;n&#232;re. Je revendiquais aussi avoir besoin de sexe, je disais que je ne pouvais pas m'en passer. Un peu comme une fiert&#233; virile &#224; la con. J'ai toujours un rapport tr&#232;s angoiss&#233; &#224; la baise : si dans mon couple, ma sexualit&#233; n'explose pas tout le temps, n'est pas au premier plan, je flippe parce que &#231;a veut dire que je laisse la place &#224; autre chose, &#224; une autre forme de lien. Jusqu'&#224; il y a peu, &#231;a me travaillait tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis avec Agathe, c'est ma premi&#232;re relation longue depuis douze ans. Je peux maintenant &#234;tre avec une femme que j'aime, la d&#233;sirer sans avoir besoin de me sentir salie ou de la salir. C'est le r&#233;sultat d'un long processus. Elle est un vrai soutien. Entre autres parce qu'elle est beaucoup plus au clair que moi avec le consentement. C'est souvent elle qui me fait remarquer qu'il y a quelque chose qui ne me va pas. Elle le voit avant que je l'exprime. Je peux dire aujourd'hui qu'il y a des choses tr&#232;s joyeuses dans ma sexualit&#233;. J'aime la libert&#233; qu'offre un rapport sexuel de lesbiennes, le fait de ne pas &#234;tre pourvue d'un p&#233;nis et de pouvoir en jouer, d&#233;placer cette question du phallus, pour de vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la fa&#231;on dont on se remet d'un viol d&#233;pend de la fa&#231;on dont on est entour&#233;e, entendue. Chez moi le traumatisme est toujours pr&#233;sent, il y a une fissure &#224; un endroit. Tu as beau colmater, poncer, c'est toujours pr&#233;sent. Tu travailles autour de ces failles, mais ton corps imprime, c'est comme une cicatrice. Heureusement qu'on peut se retrouver avec des personnes, lesbiennes ou non d'ailleurs, qu'on peut en parler, construire un discours autour de cette question des violences sexuelles, qu'on peut s'accompagner. Il y a une vraie force puis&#233;e dans la sororit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma a 40 ans. Elle vit avec Alex et, ensemble, ils ont une petite fille. Il y a vingt ans, un homme lui impose avec beaucoup de violence une fellation. Une exp&#233;rience douloureuse v&#233;cue &#224; un moment o&#249; son &#233;quilibre &#233;tait d&#233;j&#224; sur la tangente. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#226;ge de vingt ans, dans un moment d'errance li&#233; &#224; une bouff&#233;e d&#233;lirante qui a dur&#233; plusieurs mois, j'ai atterri dans le lit d'un gars rencontr&#233; dans un bar. Il a d'abord voulu me p&#233;n&#233;trer, mais &#231;a m'a fait mal. Il m'a alors attrap&#233;e par les cheveux, a plaqu&#233; sa bite dans le fond de ma gorge et a choisi la vitesse des allers-retours de ma t&#234;te le long de sa verge. J'ai pouss&#233; un tout petit &#8220;&lt;i&gt;&#192; l'aide&lt;/i&gt;&#8221; qui a arrach&#233; un rictus au mec qui dormait au sol &#224; c&#244;t&#233; du lit, et qui n'a pas boug&#233;. Puis j'ai vomi et me suis endormie. Je trouve &#231;a n&#233;cessaire de raconter ce point de d&#233;part parce que toutes les agressions sexuelles ne se ressemblent pas, et leur impact sur la personne peut parfois d&#233;pendre de la nature de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, moi, je n'avais pas v&#233;cu moult exp&#233;riences sexuelles. Du coup, &#231;a a marqu&#233; mon rapport &#224; la fellation &#8211; passage souvent oblig&#233; de la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro &#8211; durant de nombreuses ann&#233;es. J'ai d&#233;test&#233; &#231;a pendant longtemps, j'avais tout le temps des haut-le-c&#339;ur quand je m'y attelais. Le fantasme que manipule le porno, selon lequel il faudrait aller tr&#232;s profond, tenir la meuf par les cheveux, lui faire faire des gargarismes improbables, limite lui faire rendre ses tripes, je le trouve particuli&#232;rement abject. Et j'ai l'impression d'avoir crois&#233; pas mal de mecs qui ne l'avaient pas remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme cette agression est arriv&#233;e au d&#233;but de ma vie sexuelle, &#231;a n'a pas contribu&#233; &#224; ce que je m'&#233;panouisse vraiment de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Je crois qu'il m'en est rest&#233; longtemps l'id&#233;e qu'il fallait avant tout satisfaire les d&#233;sirs de l'homme, pour &#233;viter qu'il finisse par me contraindre. Je n'ai pas re&#231;u d'&#233;ducation sexuelle de la part de mes parents, pourtant f&#233;ministes. C'&#233;tait vraiment un angle mort total, je n'&#233;tais pas outill&#233;e pour me sentir puissante dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi dire que dans la d&#233;cennie qui a suivi cette agression, j'ai fait plusieurs passages en h&#244;pital psychiatrique et que j'ai pris un antipsychotique qui m'a fait prendre beaucoup de poids, qui a maintenu mon corps et mes sensations &#224; distance, faisant piquer ma libido en rase-mottes. Je couchais ou avais des histoires affectives avec des gens aussi perdus que moi, et le besoin de tendresse primait largement sur celui de jouir. Pendant longtemps, j'ai eu l'impression de ne pas savoir faire du sexe, un truc d'incapacit&#233;, de handicap, une vision n&#233;gative de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je couchais avec quelqu'un, c'&#233;tait plus pour satisfaire des attentes sociales. Le sexe &#233;tait pour moi quelque chose d'assez plastique, sans affect, assez routinier au final : on s'embrasse avec la langue, il me pelote les seins, je lui embrasse la bite, il me p&#233;n&#232;tre, et puis voil&#224; c'est fini. Outre les probl&#232;mes de libido impos&#233;s par le m&#233;doc, je pense que cette agression &#224; 20 ans m'a un peu p&#233;t&#233;e dans mon &#233;lan. Qu'elle a mis de l'ins&#233;curit&#233; dans mon rapport au sexe, qu'elle a impact&#233; ma confiance en moi-m&#234;me. Grosso modo, la morale de l'histoire &#233;tait &#8220;&lt;i&gt;Si le mec n'est pas content, tu risques de passer un sale quart d'heure.&lt;/i&gt;&#8221; Ce qui ne me poussait pas &#224; mettre mon plaisir au centre, &#224; l'&#233;panouir, &#224; jouer et &#224; jouir. C'est parce que j'ai rencontr&#233; quelqu'un qui m'y invitait et qui me mettait en confiance pour le faire que j'ai pu remettre de l'&#233;vidence dans la recherche de mon plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression a aussi peut-&#234;tre eu un autre impact : ce n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant, mais il n'y a pas de fellation dans mes fantasmes. Que ce soit dans ceux dans lesquels je me visualise en homme comme dans ceux dans lesquels je suis une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; &#224; reprendre de la ma&#238;trise sur ma vie en g&#233;n&#233;ral, apr&#232;s le long cycle des passages en HP et des lentes reconstructions, j'ai eu envie de rouvrir ce chantier du sexe. &#201;tonnamment c'est un bouquin qui m'a aid&#233;e, alors que je ne suis pas du tout habitu&#233;e &#224; ce genre de litt&#233;rature &#8220;d&#233;veloppement personnel&#8221;. Il &#233;tait biface : au recto, un guide de la fellation, au verso, un guide du cunnilingus. C'&#233;tait hyper h&#233;t&#233;rocentr&#233;, tr&#232;s romantique dans l'approche de l'acte, avec plein de m&#233;taphores &lt;i&gt;too much&lt;/i&gt;, mais &#231;a m'a aussi aid&#233;e &#224; ne plus voir le phallus comme un marteau-pilon, mais plut&#244;t comme un organe sensible, avec ses zones appelant de la d&#233;licatesse et de l'expertise. La fellation est devenue un acte ludique, o&#249; je restais ma&#238;tresse des choses que je voulais faire ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je suis avec Alex. C'est moi qui l'ai dragu&#233; effront&#233;ment. Je lui ai rapidement parl&#233; de mon agression sexuelle, qui avait eu lieu douze ans auparavant. J'avais besoin d'&#234;tre sinc&#232;re, de vite expliciter mes zones d'inconfort pour qu'il ne m'y m&#232;ne pas direct, par maladresse. &#199;a a &#233;t&#233; un peu trop abrupt, comme un abordage un peu violent dans une histoire d'amour. Je ne mesurais pas tout ce que &#231;a allait pouvoir brasser chez lui. Du coup, il a eu besoin de me mettre &#224; distance tr&#232;s vite, pour mieux re&#8202;ve&#8202;nir vers moi au bout de quelques semaines, quand &#231;a s'&#233;tait apais&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ose esp&#233;rer que si j'avais d&#233;marr&#233; ma sexualit&#233; autrement, j'aurais pu plus vite faire de ma jouissance un axe central de mes pratiques sexuelles, et donc identifier plus rapidement les endroits o&#249; je n'avais pas envie d'aller. Il m'arrive encore des fois de dire apr&#232;s coup &#8220;&lt;i&gt;&#199;a m'a fait un peu mal, mais je ne voulais pas t'interrompre parce que tu avais l'air bien.&lt;/i&gt;&#8221; Alors m&#234;me qu'entendre l'autre dire la m&#234;me chose me r&#233;vulse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette id&#233;e qu'on ne se remettrait pas d'un viol. Je ne me sens pas forc&#233;ment l&#233;gitime &#224; poser un regard dessus parce que j'ai l'impression d'avoir v&#233;cu plut&#244;t une agression sexuelle qu'un viol. Mais si j'ai &#233;t&#233; viol&#233;e et que j'ai une sexualit&#233; &#233;panouie derri&#232;re, alors quoi ? Cela sous-entend que je n'ai pas &#233;t&#233; vraiment viol&#233;e, pour m'en remettre si facilement ? C'est ultra d&#233;primant dans ce que &#231;a a de cat&#233;gorique, de d&#233;finitif aussi : cela revient &#224; dire que d&#232;s mes vingt ans, je pouvais faire une croix sur une vie sexuelle riche et &#233;panouissante. Heureusement que la vie est plus complexe que &#231;a. Dans mon cas, l'enjeu est plut&#244;t de ne pas d&#233;serter le terrain, de me r&#233;p&#233;ter que jouir c'est important et qu'il faut se donner les moyens d'y arriver, sans le vivre comme un truc martial, mais comme un truc auquel j'ai droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020). Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt; du journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; &lt;i&gt;tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par la violence, contrainte, menace ou surprise est un viol&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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