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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Ascenseur rural</title>
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		<dc:date>2011-12-30T07:28:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Claude Leyraud</dc:creator>


		<dc:subject>Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques</dc:subject>
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&lt;p&gt;La France des campagnes conna&#238;t aussi ces parcours &#224; la Bernard Tapie, parti de rien, arriv&#233; nulle part. Pas tout &#224; fait quand m&#234;me, puisque leur impudique d&#233;monstration de nouveaux riches r&#233;ussit &#224; les faire accepter dans le cercle tr&#232;s restreint des notabilit&#233;s locales. Portrait ouvertement impressionniste de l'un de ces sp&#233;cimens. Jacques est un enfant de l'Assistance publique. Dans les ann&#233;es 1970, un couple de paysans ne pouvant avoir d'enfant l'a adopt&#233;, b&#233;n&#233;ficiant ainsi d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no94-novembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;94 (novembre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Du-cote-de-chez-les-rustiques" rel="tag"&gt;Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La France des campagnes conna&#238;t aussi ces parcours &#224; la Bernard Tapie, parti de rien, arriv&#233; nulle part. Pas tout &#224; fait quand m&#234;me, puisque leur impudique d&#233;monstration de nouveaux riches r&#233;ussit &#224; les faire accepter dans le cercle tr&#232;s restreint des notabilit&#233;s locales. Portrait ouvertement impressionniste de l'un de ces sp&#233;cimens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jacques est un enfant de l'Assistance publique. Dans les ann&#233;es 1970, un couple de paysans ne pouvant avoir d'enfant l'a adopt&#233;, b&#233;n&#233;ficiant ainsi d'une pension, d'une nouvelle force de travail pour la ferme, et, pour plus tard, d'un h&#233;ritier &#224; qui transmettre l'exploitation viticole. Jacques a eu la chance de la reprendre en main au d&#233;but des ann&#233;es 1990, au moment o&#249; le vignoble local acc&#232;de &#224; la notori&#233;t&#233;, o&#249; le prix du vin flambe. Rapidement, il peut racheter les vignes &#224; ses parents adoptifs, son revenu ne cesse d'augmenter. Mais il n'oublie pas les vexations subies durant son enfance, le m&#233;pris dans les yeux de ses petits camarades, tous fils d'agriculteurs bien &#233;tablis : &lt;i&gt;&#171; Hou ! Jacques le b&#226;tard &#187;&lt;/i&gt;. Il promet de se venger, sans trop savoir comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa course &#224; l'argent, il n'h&#233;site pas &#224; rentrer dans la client&#232;le d'une figure locale influente, du moment que &#231;a rapporte, mais il sent toujours dans le regard des autres ce soup&#231;on d'ironie qui le ram&#232;ne &#224; son enfance douloureuse. Il r&#233;alise alors qu'il ne s'agit pas tant d'avoir de l'argent que de pouvoir l'&#233;taler ouvertement. Sa grosse villa sera &#233;difi&#233;e &#224; l'&#233;cart, en position dominante, son pick-up 4x4 fera les battues aux sangliers, la BMW noire, aux vitres fum&#233;es, permettra &#224; sa femme d'aller chercher les enfants &#224; l'&#233;cole&#8230; situ&#233;e &#224; deux cents m&#232;tres. Son activit&#233; permanente sera de mettre en sc&#232;ne la totalit&#233; de ses moyens &#171; mat&#233;riels &#187;, et m&#234;me au-del&#224;, avec l'aide des cr&#233;dits &#224; la consommation. Il veut suffoquer les paysans par son ostentation, les contraindre &#224; le suivre ou &#224; reconna&#238;tre qu'ils ne le peuvent pas, bref, les humilier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH440/94_remi_Cassecouille-fa6b6.jpg?1782645481' width='400' height='440' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, le vent tourne : lui qui aimait se r&#233;fugier dans ce cocon familial tant d&#233;sir&#233; observe autour de lui qu'une vie priv&#233;e discr&#232;te risque de passer pour suspecte voire coupable aux yeux des autres. D&#233;sormais, elle aussi doit &#234;tre exhib&#233;e pour &#234;tre approuv&#233;e. Il change sa voiture pour une Audi blanche, entoure sa maison de lampadaires en fonte imitant l'&#233;clairage public, installe pour sa piscine un syst&#232;me d'eau sal&#233;e (un &#171; bord de mer &#187; accueillant au milieu des champs). Et lui vient une id&#233;e lumineuse : il va construire un grand hangar &#224; c&#244;t&#233; de la route principale traversant le village, pour en faire la sc&#232;ne de son th&#233;&#226;tre intime. D&#232;s potron-minet, il ouvre les portes, nettoie &#224; grande eau le tracteur, un autre engin agricole, la moto, le quad, ou bien il met en route la petite pelle m&#233;canique pour arracher un plant de lavande d&#233;cati. Vous l'aurez compris, son bilan carbone est celui d'un poids lourd, d'autant que dans les vignes, c'est pareil, pas un poil sur le caillou, &#224; Monsanto rien ne r&#233;siste, pas m&#234;me les bordures des voisins. Justement l'un d'entre eux, qui s'est install&#233; en bio, go&#251;te tr&#232;s mod&#233;r&#233;ment le cadeau empoisonn&#233; que, chaque matin, Jacques lui fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Jacques a pour principe de vie de se montrer serviable en toute occasion. Toutes les voitures qui passent devant son hangar le klaxonnent, sa bonne humeur permanente faisant le reste ; il tient son local &#224; disposition pour stocker le mat&#233;riel du Comit&#233; des f&#234;tes ; les chasseurs y organisent leurs repas. &#193; toute heure, Jacques est l&#224; pour tailler une bavette. Quand il y a un taureau &#224; la broche, c'est lui qui tourne l'engin, puis qui d&#233;coupe la b&#234;te. Il est toujours partant pour un voyage d'&#233;tudes dans le vignoble du Douro, ou celui de Crim&#233;e. &#193; chaque f&#234;te, il boit&#8230; et drague les filles en riant : il sait bien qu'il n'est pas question pour lui de conclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la soif de reconnaissance, bien plus que l'app&#226;t du gain, qui motive Jacques, sans doute une revanche &#224; prendre sur ce qu'il a v&#233;cu dans sa prime enfance. Une soif qu'il partage avec ses coll&#232;gues viticulteurs, une mani&#232;re d'&#234;tre qui lui permet d'entrer enfin dans la normalit&#233; de la grande famille humaine. Car, dans ce monde de la marchandise, la possession des choses est une fa&#231;on d'acc&#233;der &#224; une certaine forme d'&#233;galit&#233; avec tous les vivants. Jacques en &#233;tait persuad&#233; depuis longtemps, mais il n'aurait pourtant jamais os&#233; r&#234;ver d'&#234;tre approuv&#233; par tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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