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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Blitzkrieg m&#233;diatique sur la Gr&#232;ce</title>
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		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; l'instar du satyre, ce demi-dieu &#224; jambes de bouc de leur mythologie, les Grecs dansent, chantent, boivent sur le dos des Allemands. Telle est la caricature dont la presse outre-Rhin fait ses choux gras pour stigmatiser la paresse et les m&#339;urs d&#233;prav&#233;es de toute une nation. Juste de quoi pr&#233;parer les esprits &#224; une restructuration radicale de l'Union europ&#233;enne. Non contents d'avoir ruin&#233; l'euro, ces fain&#233;ants de Grecs vont-ils nous bousiller en prime notre libert&#233; d'expression ? C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no95-decembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;95 (d&#233;cembre 2011)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'instar du satyre, ce demi-dieu &#224; jambes de bouc de leur mythologie, les Grecs dansent, chantent, boivent sur le dos des Allemands. Telle est la caricature dont la presse outre-Rhin fait ses choux gras pour stigmatiser la paresse et les m&#339;urs d&#233;prav&#233;es de toute une nation. Juste de quoi pr&#233;parer les esprits &#224; une restructuration radicale de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non contents&lt;/strong&gt; d'avoir ruin&#233; l'euro, ces fain&#233;ants de Grecs vont-ils nous bousiller en prime notre libert&#233; d'expression ? C'est la question qui traumatise la presse allemande depuis l'ouverture &#224; Ath&#232;nes du proc&#232;s de l'un de ses plus robustes repr&#233;sentants, l'hebdomadaire &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt;. En f&#233;vrier 2010, le &#171; news magazine moderne &#187; &#233;dit&#233; &#224; Munich avait consacr&#233; &#224; la Gr&#232;ce un dossier r&#233;pertoriant les tares de sa population, pr&#233;sent&#233;e comme un ramassis de f&#234;tards goulus et fraudeurs qui pr&#233;f&#232;rent danser le sirtaki plut&#244;t que d'aller travailler. En couverture, une V&#233;nus de Milo faisant un doigt d'honneur au lecteur illustrait l'accroche du num&#233;ro : &#171; Les escrocs de l'euro-famille &#187;. Preuve que ces gens-l&#224; sont aussi chatouilleux que voleurs, sept Grecs portent plainte contre Focus pour injure et diffamation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_241 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH461/95_Aigle_teuton_Remi-7e406.jpg?1782637825' width='400' height='461' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, la direction du journal se montre confiante : aucune chance que dans un pays d&#233;mocratique, f&#251;t-il aussi vicieux que la Gr&#232;ce, une poign&#233;e de buveurs d'ouzo puissent demander r&#233;paration pour une offense qui ne visait personne en particulier &#8211; seulement un peuple dans son ensemble. La libert&#233; d'expression et le droit &#224; la satire ne sont-ils pas des &#171; valeurs europ&#233;ennes par excellence &#187;, comme le rappelle l'association des journalistes allemands ? Contre toute attente, pourtant, les juges ath&#233;niens font la sourde oreille et d&#233;clarent la plainte recevable. &lt;i&gt;&#171; La bo&#238;te de Pandore est ouverte &#187;&lt;/i&gt;, s'alarme l'avocate de &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt;. Et les &#233;ditorialistes allemands de lui embo&#238;ter le pas, sur l'air de &lt;i&gt;&#171; c'est la libert&#233; de la presse qu'on assassine &#187;&lt;/i&gt;. La preuve, au fond, que &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt; avait bien raison de cogner sur les Grecs. Bien raison, aussi, de boycotter un tribunal aussi manifestement hostile aux plus nobles &lt;i&gt;&#171; valeurs europ&#233;ennes &#187;&lt;/i&gt;. Le proc&#232;s, ouvert le 29 novembre, se tiendra donc en l'absence des accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, cette affaire n'a encore suscit&#233; aucune r&#233;action en France. Tout porte &#224; croire pourtant que la libert&#233; de conchier les Grecs constitue un droit aussi inali&#233;nable que celui, fi&#232;rement brandi au pays de Voltaire, de conspuer les musulmans. Nul doute que, si l'envie prenait &#224; un Grec de jeter une bouteille de liquide inflammable dans la vitrine de &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt;, les m&#233;dias fran&#231;ais unanimes s'empresseraient d'apporter leur vibrant soutien &#224; leurs confr&#232;res allemands et de condamner avec la plus grande fermet&#233; la vague d'intol&#233;rance qui d&#233;ferle sur le monde hell&#233;nique. &lt;i&gt;&#171; On n'a rien contre les Grecs, mais si on peut plus d&#233;conner sur eux, alors on peut plus rire de rien &#187;&lt;/i&gt;, ne manquerait pas de d&#233;clarer le directeur de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'en sommes pas l&#224;. Pour l'heure, la libert&#233; d'expression &#8211; entendue comme la libert&#233; de se fabriquer des boucs &#233;missaires et de convier ses lecteurs &#224; taper dessus &#8211; se porte plut&#244;t bien en Allemagne. Car &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt; n'est pas le seul journal &#224; dire ses quatre v&#233;rit&#233;s aux Grecs. La p&#233;dagogie qui consiste &#224; imputer la &#171; crise &#187; non pas aux banques, mais au peuple europ&#233;en le plus impitoyablement brutalis&#233; par elles, est pratiqu&#233;e avec entrain par toute la presse de boulevard, le &lt;i&gt;Bild Zeitung&lt;/i&gt; en t&#234;te. Depuis presque deux ans, le fleuron du groupe Axel-Springer r&#233;p&#232;te inlassablement &#224; ses neuf millions de lecteurs quotidiens que c'est la faute aux Grecs si l'euro est dans les choux et que c'est pour leur payer leurs souvlakis que le contribuable allemand se serre la ceinture. Pour ces &#171; fain&#233;ants &#187;, une seule promesse, brandie en lettres grosses comme des coups de poing : &lt;i&gt;&#171; Vous n'aurez rien de nous &#187;&lt;/i&gt; (21 juin 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mars 2010, alors que le Premier ministre grec d&#233;barque &#224; Berlin pour s'informer si sa population va devoir manger des pissenlits ou des cailloux, le &lt;i&gt;Bild Zeitung&lt;/i&gt; lui administre en une cette lettre ouverte : &lt;i&gt;&#171; L'Allemagne aussi a de grosses dettes, mais nous, nous pouvons les rembourser. Parce que nous nous levons t&#244;t le matin et travaillons toute la journ&#233;e. Parce que nous veillons &#224; &#233;pargner une partie de nos salaires en pr&#233;vision des jours difficiles. Parce que nous avons des entreprises en bonne sant&#233;, dont les produits sont convoit&#233;s aux quatre coins du globe. &#187; &lt;/i&gt; La faute aux Grecs, l&#224; encore, s'ils ne poss&#232;dent aucune des qualit&#233;s morales dont nous, les Allemands, sommes si abondamment pourvus.
La presse bourgeoise tient le m&#234;me langage, mais &#233;l&#233;gamment suspendu &#224; des points d'interrogation.&lt;i&gt; &#171; Combien nous co&#251;tent les Grecs ? &#187;&lt;/i&gt;, s'interroge le journal d'affaires &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (22 mai 2011), tandis que &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, le m&#234;me jour, pose sans tabous la question qui d&#233;range : &lt;i&gt;&#171; Les Europ&#233;ens du Sud sont-ils vraiment paresseux ? &#187;&lt;/i&gt;
Pour autant, les robustes fantassins de la libert&#233; d'expression n'ignorent pas que l'Europe, ainsi que nous l'ont promis ses promoteurs, reste d'abord et avant tout un espace de paix et de coop&#233;ration entre les peuples. Aussi, quand des manifestants grecs se mettent brusquement, on se demande pourquoi, &#224; agiter des pancartes hostiles &#224; l'Allemagne, cette animatrice d'une &#233;mission de talk-show de la t&#233;l&#233;vision bavaroise ne parvient pas &#224; masquer son incompr&#233;hension : &lt;i&gt;&#171; Mais pourquoi les Grecs nous d&#233;testent-ils de plus en plus, nous les Allemands, alors que nous leur donnons tant d'argent ? [&#8230;] Quand on voit des manifestants qui nous caricaturent avec des croix gamm&#233;es, franchement, &#231;a vous coupe l'envie de leur envoyer les sous que nous avons si durement gagn&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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